XXVIII AVANT-PROPOS
excellent, nous avons voulu que sur ce même principe repose toute la doctrine contenue dans cet écrit.
Malgré le titre de cet ouvrage , nous devons déclarer qu'il n'est qu'un essai ; mais qu'un essai de cette nature est devenu nécessaire, vu le silence fâcheux qui dure depuis si longtemps sur cette question, que bien des gens regardent comme très-secondaire et même inutile, mais qu'on doit appeler, dans tous les temps, morale et sociale.
SECTION r*.
Les beaux-arts , tous d'origine divine , tous prenant naissance dans Pamour de l'étude, du beau ou de Dieu, seul principe et modèle archétype de ce beau.
Parmi les choses intellectuelles qui manifestent évidemment leur origine divine, les beaux-arts doivent occuper le premier rang ; Dieu a voulu que le principe du beau, qui régit toute la nature, fût révélé et rendu sensible par les productions des beaux-arts, privilège glorieux accordé à l'homme : ces mêmes beaux-arts devant ainsi éclairer l'humanité dans la voie du perfectionnement auquel elle doit tendre pour parvenir à la félicité.
L'excellence et la perfection sont interdites à l'humanité, il est vrai , et les phénomènes de la nature
2 L'ARTISTAIRE , SECTION Ire.
sont inimitables; mais une faculté toute divine nous est accordée, celle de reconnaître le principe éternel que recèlent les merveilles de Dieu, principe ou lumière qui met en action notre sympathie pour le beau, pour la perfection, ou pour Dieu, qui ne peut être que la beauté elle-même, ou le centre éternel de ce principe.
Les beaux-arts servent donc à rendre accessible à l'humanité le principe éternel et divin de l'excellent et du parfait. L'étude qu'il en faut faire peut mettre à la portée de notre débile perception la lumière éclatante de la beauté.
Dieu, en constituant toute sociale notre espèce , et en lui donnant le sentiment et l'idée du bien et du mal , et > par conséquent , du beau et de son contraire , a dû nécessairement lui donner aussi l'idée du principe fondamental de l'un et de l'autre. Or, par les beaux-arts, nous possédons le moyen d'étudier, de démontrer et de rendre permanent dans notre esprit ce principe du beau , lequel comprend toujours le bon, et est la source de la félicité humanitaire qui doit s'obtenir par les progrès d'une commune collaboration.
Dieu anima l'homme d'un souffle divin : il lui donna les beaux-arts pour Faider à comprendre sa propre dignité , son origine, ses devoirs et sa haute destination.
Les beaux-arts ont été accordés à l'humanité comme un don suprême, comme un feu sacré et tout divin, d'où notre âme, toute divine elle-même, peut et doit faire jaillir les lumières éclairant les sociétés dans l'étude progressive de l'éternel principe du beau et de l'excellent, principe qui réside en Dieu, âme du monde et source unique de toute excellence et de toute félicité.
Les beaux-arts prennent donc leur source dans l'amour de ce principe , ou dans l'amour de Dieu , qui est ce principe.
Le Christ est venu enseigner sur la terre l'amour de Dieu, amour d'où résulte la charité. Or, les beauxarts favorisent et excitent cet amour de Dieu , en rendant sensible et attrayant et intelligible le beau : aussi les beaux -arts sont-ils par leur enseignement un grand moyen de charitable ou sociale collaboration. Que ceux-là sont donc ingrats qui ne voudraient faire servir les beaux-arts qu'à leur égoïsme et à leur vanité !
Les beaux-arts sont un puissant moyen de collaborer à l'œuvre de Dieu, et, par conséquent, à l'unité humanitaire, puisqu'en nous excitant à l'adoration et à l'amour de Dieu, qui est l'harmonie et le beau, il nous prépare à un avenir de transcendante et plus félicitaire collaboration; le beau n'est qu'un effet que nous éprouvons; mais où est la cause de
4 i/ARTISTAIRE , SECTION Ire.
ce beau? Elle est en Dieu. C'est donc l'amour de Dieu qui constitue, qui réalise l'étude de ce beau.
L'éclat des beaux-arts sur cette terre ne peut être que le reflet d'un foyer tout divin ; mais il nous prépare à un plus grand éclat que percevra l'âme dans les phases supérieures qu'elle aura mérité de parcourir.
Gomme la vertu , les beaux-arts sont le symbole perceptible de la beauté parfaite et infinie.
Puisque les beaux-arts reflètent et interprètent la beauté de Dieu et qu'ils nous inspirent aussi l'amour de sa perfection, tout artiste ou toute personne s'éclairant par l'étude contemplative de l'art, appartient intimement au culte de Dieu , seul générateur de ce qui est beau.
Si la religion (culte que l'on rend à Dieu) a pour base l'amour de Dieu, qui est le centre du beau et de la perfection, centre, par conséquent, de toute félicité , c'est au feu de cet amour divin que les beauxarts ont dû allumer le flambeau dont ils conservent la lumière sacrée et qu'ils doivent porter en tête de la civilisation.
Toute personne qui n'aime pas Dieu, qui n'est pas épris de la beauté de Dieu, ne s'empressera pas si elle se fait artiste de le servir en collaborant au bonheur de l'humanité, à l'aide d'œuvres produites d'après la belle nature, œuvre de Dieu.
Le célèbre Florentin Michel-Ange, statuaire, peintre, architecte, poète, etc., disait : Uart, c'est moi. Raphaël disait : Uart est un envoyé de Dieu, je dois donc étudier l'art pour servir Dieu. Auquel des deux artistes l'humanité est-elle le plus redevable? N'estce pas au jeune peintre d'Urbino?
Quand nous cherchons au-dessus de nous le signe le plus représentatif de la puissance de Dieu , nous le trouvons dans le soleil ; et quand sur cette terre nous cherchons le signe le plus représentatif de l'harmonie de Dieu, faisant concorder en une merveilleuse unité toutes variétés- nécessaires, nous trouvons ce signe précieux dans l'art.
Plusieurs ont cru que le mot italien disegno (dessin), composé de Di (Dieu) , et de segno (signe) veut dire signe de Dieu.
Les païens disaient que la poésie est la langue des dieux ; aussi Apollon était-il le dieu de la poésie et de la musique; Mercure était le dieu de la gymnastique ; ils disaient que Jupiter lui-même avait apparu à Phidias ; enfin Minerve , la déesse de la sagesse , présidait aux arts.
Si l'on peut, si l'on doit même mépriser et haïr les fausses productions des beaux-arts et leur profanation , personne ne doit mépriser, ne doit haïr les beaux-arts, tous d'inspiration divine et bienfait immense accordé par la sagesse de Dieu à l'humanité.
6 l'artistaire, SECTION lïe.
Mépriser, délaisser les beaux-arts , en déguiser, en altérer les bienfaits , c'est insulter à Dieu , c'est blasphémer un culte qui ne saurait avoir de schismes, puisque la nature et l'éternelle ou divine loi du beau servent de base à ce culte. De même que quand on vit au milieu des vices, on ne croit pas que la vertu soit une divine émanation ; de même que quand on vit entouré de productions vicieuses , dites alors artistiques , on ne croit pas devoir compter les beauxarts parmi les choses saintes émanées d'en haut et parmi les plus riches présents reçus par l'humanité. Une persuasion doit nous être acquise , c'est que les beaux-arts comme la vertu sont pour l'humanité des moyens tout divins d'avancer dans la voie de la perfection et de la félicité.
Les hommes auront beau masquer le divin éclat de l'art par des turpitudes , le temps effacera ces turpitudes, car Dieu, toujours réparateur, sait maintenir l'ordre éternel ou l'unité en toutes les choses de son œuvre.