LES MOEURS SOUMISES AUX LEÇONS DES BEAUX-ARTS
temps, qui aime à se retrouver dans les œuvres de Part?
De ce que l'actualité dans le sujet d'une production d'art fait rechercher avec curiosité et acheter plus immédiatement l'ouvrage, il ne s'ensuit pas que l'actualité soit une condition inhérente à l'art.
Si l'on objectait que l'art doit fournir des matériaux pour l'histoire morale particulière à certains peuples, on pourrait répondre : Les chroniqueurs, les archéologues sont là, c'est leur affaire; et quand même certaines mœurs seraient assez remarquées pour devenir l'objet d'une production artistique dont le modèle connu pique la curiosité, il n'en résulte pas qu'un tel sujet doive intéresser et fournir à l'instruction dans tous les siècles, et en tous pays.
A celui qui proposerait, par exemple, afin de restituer à nos vieux édifices par des améliorations de morale utilité, d'en diminuer les toitures colossales et évidemment laides et barbares , on répondrait : Vous voulez donc déchirer la page de nos annales sur laquelle est inscrit le goût d'époque; mais, doiton répliquer, l'histoire a son domaine, l'art a le sien, et les mauvais exemples permanents en fait d'édifices doivent être modifiés par la puissance du progrès : c'est aux historiens contemporains, ce n'est pas à l'art qu'il appartient de conserver les chroniques du mauvais goût.
32 l'artistaire, SECTION IV.
L'idée bizarre de faire de Part un thermomètre de notre moralité actuelle à l'usage des historiens à venir, prouve à elle seule combien nous laissent ignorants de la définition des beaux- arts ceux qui se chargent de notre éducation.
Quand le mauvais goût est répandu dans les mœurs, c'est aux beaux-arts à le combattre : ils sont les réformateurs nés de tout ce qui est contraire à la beauté.
A la fin du dix-septième siècle, par exemple, la mode avait pris en aversion la ligne droite ; mais prendre en aversion la ligne droite , n'est-ce pas se disposer à prendre en aversion la droite raison? n'est-ce pas goûter aussi le tortueux du cœur et de l'esprit? L'art donc n'aurait pas dû servir la mode d'alors et suivre ses dangereux errements; il aurait dû lui résister et lui opposer sa morale autorité.
Si l'on prenait point d'appui sur cette vérité, on extirperait bien des hérésies artistiques.
Un élégant bien ridicule, bien hétéroclite dit à un historien : « Regardez-moi bien, devinez mon individualité; et vous, lithographes, copiez-moi, calquezmoi, je suis la personnification de l'époque, je représente l'actualité ; il y a , je le sais , des puristes qui attendent de moi des concessions , mais je n'abattrai pas un poil de ma barbe pour leur plaire ;