COMMENT ONT PRIS NAISSANCE, ETC
C'est parce que Fart est un, qu'il embrasse toutes les époques , toutes les religions , toutes les civilisations.
Si quelque sculpteur grec des beaux temps de l'art reparaissait au milieu de nous , la même majesté, la même poésie laconique, sublime et instructive, reparaîtraient aussi sur nos images en relief ou autre ; que ces images aient trait à notre religion ou qu'elles aient trait à notre histoire civile; enfin, cet artiste grec exercerait l'influence de son goût excellent, même sur nos objets d'industrie, nos ustensiles, nos ornements décoratifs, etc. Espérons que parmi nous surgira un si désirable revenant.
Une vérité que les modernes n'aiment point à entendre, c'est que, quand l'art n'est encore qu'à son premier état d'enfance , il est chaste, parce que peu d'initiés s'en occupent ; alors il existe réellement et il est très-honoré. Mais quand l'art est profané par un grand nombre d'audacieux, leurs productions n'ont point de chasteté; elles sont bientôt toutes d'industries, et, quoiqu'agréables , leur corruption les éloigne de tout caractère de morale et de sociale utilité.
Dans les périodes tardives où les artistes servent la corruption, les nations ne portent à l'art aucune estime ; car l'art qui ne peut naître et ne peut vivre glorieusement que de l'amour du beau et de la
110 l'artistaire, SECTION XVI.
vertu, leur semble être resté dans le chaos, et cela parce que les manières viciées de la mode dominant à ces mêmes époques, sont, aux yeux des faux connaisseurs, un signe certain de virilité.
Ainsi, quel que soit aujourd'hui l'état de l'art, nous devons être persuadés qu'il n'est pas à créer, mais à instituer, et que c'est dans l'époque de sa virilité chez les Grecs, et même antérieurement à cette virilité que nous devons l'étudier.
SECTION XVI
Puisque chacun des sept arts constituant le grand ensemble artistique est une spécialité distincte , il faut que toutes les conditions essentielles et fondamentales de chacun de ces mêmes arts soient respectées, pratiquées et mises en évidence. Ainsi, on ne saurait, par exception, négliger en peinture, par exemple, soit le coloris, soit le dessin, soit toute autre partie, sous le prétexte qu'il est bon de
favoriser l'exaltation de l'artiste en la partie seulement avec laquelle il sympathise le plus. Il faut donc absolument la beauté du coloris, comme la beauté du trait, de la forme, etc. C'est ainsi qu'en musique il faut celle des sons, celle de la mélodie, de l'harmonie et des autres conditions de cet art.
Toujours confondre, lorsqu'il s'agit d'appréciation d'œuvre d'art, la célébrité avec l'excellence, ou le but qui est l'enseignement du beau et de son principe, c'est desservir ceux qu'on veut absolument encenser. Que nous fait, par exemple, à nous public, la vogue d'un artiste très-habile coloriste, s'il a triomphé malgré ses incorrections de dessin, incorrections enlaidissant les figures ou tout autre objet exposé dans son œuvre ; et comment le justifierait-on, en disant que, s'il eût couru après la correction du dessin, il eût refroidi son génie de coloriste? L'art complet serait donc une chimère, il n'aurait donc point son unité. Enfin, les beaux-arts auraient donc été accordés à l'homme , non pour le perfectionner, mais pour le détourner de la vérité et pour servir sa vanité.
Non , ce ne sera pas parce qu'on permet aux critiques courtisans du coloris de railler les Hébés, les Neptunes, les Hamadryades, etc., de l'ancienne mythologie, qu'on leur accordera le droit d'exclure aujourd'hui de nos écoles l'étude de l'antique! Non,
118 L'ARTISTAIRE , SECTION XVI.
ils ne leur appartiendra jamais de déprécier l'art grec, et Pexcellence des doctrines artistiques aux temps de Périclès et d'Alexandre ! Certes , aux concessions qui leur sont faites à propos des êtres mythologiques , sont annexées des réserves que probablement ils feignent de ne pas comprendre.
On peut définir la peinture comme la poésie; la peinture est donc l'art de dire aux hommes, par d'excellentes fictions, les plus belles et les meilleures choses, et cela dans le langage le plus clair et le plus puissant du pinceau.
L'imitation obtenue si heureusement par la peinture n'est que le moyen de cet art; son butj c'est la beauté.
La loi divine de l'unité ne saurait être mieux enseignée que par la peinture , laquelle peut fournir plus d'exemples de ce même principe que les autres beaux-arts. Les grandes conditions artistiques sont très-nombreuses dans la peinture, et la permanence des exemples et des comparaisons en cet art, dont les moyens d'ailleurs saisissent et pénètrent rapidement l'esprit et les sens, agissent utilement à la fin sur tous les cœurs.
La peinture, par ses délinéations animées, par ses couleurs créatrices , et Actionnant le relief, bien qu'elles soient impalpables étant apposées sur une superficie plate, offre des tableaux du beau. La
peinture a une obligation spéciale , celle de reproduire les beautés des couleurs de la nature; aussi les matières qu'elle emploie doivent-elles, autant que possible, être inaltérables.
Un amateur qui dessine faux, qui barbouille par routine , et peint en laid tout ce qu'il copie , a beau dire : J'ai réussi comme amateur, on a pitié de lui, parce qu'il se permet de toucher à un art de beauté, à un art sacré, qui jadis n'était exercé que par des hommes philosophes, et qu'on ne devrait confier de nouveau qu'à des initiés , tous sages , tous indépendants et bons citoyens.
Deux gens de campagne examinant les anciens tableaux de la galerie du Louvre , l'un appelait l'autre en lui criant sans malice : Viens donc, en voilà de bien plus vilains par ici : Est-ce le paysan ou l'artiste qui avait tort? C'est un des deux, assurément. Peut-être que cette remarque toute naïve , ce paysan l'appliquait aux morceaux les mieux peints.
En Grèce , aujourd'hui , sur le mont Athos , les peintres sont encore appelés docteurs : la justesse de ce titre, saint Basile la reconnaissait, lorsqu'en présence des nobles et chastes images du pinceau chrétien, il disait, d'après Aristote, que les peintres font autant par leurs tableaux , que les orateurs par leur éloquence.
La peinture est constituée de cinq grandes condi-
120 l'artistaike , SECTION XVI.
tions : 1rc, la composition; 8% le dessin; 3U, le clair-obscur; 4e le coloris; et 5% la touche. Ces cinq grandes conditions doivent offrir la vérité et la beauté ; vérité , c'est-à-dire construction ou formation vraie, par graphie préparatoire de l'objet, et association vraie de ces objets ; de plus , la justesse de leur représentation ou fictions selon leur position et situation , soit aux choix des objets , soit à la disposition de leur ensemble. Quant à la beauté, elle doit se manifester sur la vue et sur l'esprit.
L'ordre selon lequel sont ici énoncées les cinq conditions de la peinture, 'est plutôt celui selon lequel procède l'artiste pour exécuter son tableau que l'ordre des études successives que doit poursuivre l'élève. L'élève qui ignorerait le dessin, le coloris , etc., ne saurait pas réaliser une composition, et produire une esquisse peinte de cette composition.
La composition devant toujours comprendre la vérité ainsi que la beauté, s'obtient, quant à la justesse de représentation , par des moyens certains ; ce sont ceux que fournit la science appelée communément perspective, laquelle s'applique aux lignes, aux tons , aux teintes et à la touche. Quant à la beauté de la composition , elle est démontrable et praticable à l'aide du principe de l'unité.
L'artiste ne saurait procéder à la composition sans concevoir un ensemble ou un tout ayant précisément
Je nombre de ses parties constituantes. Or, l'ordre selon lequel se présente ses parties doit rendre trèscompréhensible le sujet, et c'est lorsque cet ordre a été observé, qu'il y a composition. Ainsi, le meilleur ordre dans l'ensemble et les parties est la condition fondamentale de la composition ; et comme le nombre des parties est plus ou moins grand, la combinaison faisant obtenir le meilleur ordre est plus ou moins difficile, puisqu'il faut obéir: 1°au beau intellectuel ou convenance, et %° au beau sensible, c'est-à-dire pour la vue; de cette combinaison dépend en grande partie la beauté de tout l'ouvrage.
Ainsi le dessin ou la justesse graphique appliquée à la figure humaine comme à tout objet inanimé, est démontrable. C'est une ridicule pauvreté que l'absence pendant un long intervalle chez les modernes des moyens positifs pour représenter par les lignes et par les tons l'ensemble et les parties de la figure humaine. On a donc été privé trop longtemps de la science ou de l'art par lequel se répètent les mesures apparentes de tous les corps selon les lois antiques de l'opticographie, lois qu'on avait,fait connaître à Raphaël. Il semble inutile de dire ici que de toutes les formes vivantes , c'est celle de la figure humaine que le crayon ou le pinceau a le plus de peine à saisir, et que les élèves, dans la plupart des étudoirs, ne se livrent guère à d'autres exercices,
122 i/artistaire, section XVl.
pendant tout le cours de l'année, qu'à ceux qui sont
nécessaires pour bien représenter le modèle vivant.
La vanité des peintres leur fait trop souvent dire qu'on dessine juste quand on aime les belles formes ; ils se trompent, car, pour dessiner juste, il faut pratiquer la géométrie, qui est la science des étendues et qui enseigne comment et de combien ces étendues, si souvent raccourcies à notre vue, doivent diminuer d'apparence sur le tableau*
Il faut donc une grammaire des lignes en dessin , grammaire sans laquelle la faillibilité de notre vue ferait commettre au crayon mille contre-sens.
De même donc que le professeur de musique démontre instrumentalement la justesse d'un ton et d'un temps , de même le professeur de dessin peut et doit démontrer instrumentalement la justesse d'une ligne , soit que cette ligne doive être répétée dans l'image selon sa réelle proportion, soit que l'image doive n'en offrir qu'une apparence quelconque. Nous devons donc tous, dans notre éducation, apprendre la science appelée le dessin linéaire.
C'est lorsque l'homme est en travail de production par les beaux-arts qu'il doit surtout employer l'unité de force de tout son être ; il manquerait donc à ce devoir si, au sujet du dessin , par exemple , il traçait , il Actionnait sans employer la vue de son esprit.
On a dit : Celui qui a l'esprit géométrique surpasse, dans quelque genre que ce soit, ceux auxquels cette faculté manque.
Voltaire a dit : Il y a une géométrie cachée dans les arts de la main, comme une logique dans la langue.
Un mensonge en dessin est une grande faute , car si la peinture est un art divin , tout graphiste de mauvaise foi exprime un blasphème.
Il est vrai qu'en musique le sentiment de l'ouïe joue un grand rôle quant à la réalisation des tons et des temps, selon la justesse mathématique ; il faut convenir qu'en peinture le sentiment de la vue ne sert pas aussi heureusement l'artiste. Cette différence est naturelle , car l'art de la musique est l'art d'un concert excellent entre les voix diverses des hommes réunis pour chanter selon les lois de l'harmonie ; mais, dans l'art de la peinture, le dessinateur, le coloriste, etc., procédant successivement et seuls, ils leur est loisible de consulter aussi souvent qu'ils le veulent la géométrie , dans les moyens de mesurer qu'elle leur fournit, et par lesquels ils peuvent rectifier les erreurs de leur organe ou de leur sentiment. On doit conclure que la science des mesures est plus indispensable pour le peintre que pour le musicien.
Le principe du beau étant démontrable aussi, il s'ensuit que la beauté dans les lignes , dans les
124 l'awtistaire , SECTION XVI.
formes, dans les proportions des corps enfin, peut s'obtenir en suivant les prescriptions de la loi du beau, loi qui émane de l'admirable principe de l'unité.
Dans le clair-obscur, c'est la vraie pratique de l'opticographie, dont le principe s'applique non seulement aux lignes , mais aux tons , aux teintes, à la touche et à la composition, qui est, par conséquent, le régulateur de la condition appelée clair-obscur vrai, ou produisant le relieffé.
Si la géométrie peut facilement mesurer les obliquités des surfaces, au jour ou au luminaire, elle peut facilement mesurer les degrés d'intensité des tons; ellepeut faire mesurer aussi l'influence dételle ou telle espèce d'air sur ces surfaces plus ou moins obliques au jour, mesures déterminées par les distances mesurables elles-mêmes.
La beauté du clair-obscur consiste dans le choix ou l'arrangement des clairs, des bruns et des demibruns, selon la loi de l'unité (ceci est relatif au plaisir de la vue) . Quant au beau pour l'esprit, il résulte de la convenance de ce même clair-obscur par rapport au sujet ou au mode du sujet.
Dans le coloris, la justesse de représentation par les teintes s'obtient encore à l'aide de mesures accessibles à la géométrie, en sorte que toutes les couleurs ou toutes les teintes étant mesurables ainsi que l'influence des reflets colorés apportés par les
objets ou par l'air général coloré lui-même , il ne s'agit, pour être vrai dans la fiction , que de se conformer aux règles de cette même science de l'opticographie qui a dirigé linéairement le tracé, et prescrit aussi les tons des objets, prescription comprenant, en fait de coloris, l'orthographie et la scénographie des teintes (scénographie appelée perspective aérienne chromatique) : l'échantillon transportable au bout de la lame qui sert au peintre devient donc un chronomètre ou compas des couleurs comme il l'est aussi des tons.
Une grammaire chromatique est donc nécessaire pour empêcher ce que l'on peut appeler le baragouin de la palette ; car bien des peintres travaillant trop souvent à la tâche, déclarent qu'une belle imagination ou une prédisposition native suffisent pour faire colorer juste.
Les peintres peuvent se convaincre de ces vérités, aujourd'hui surtout qu'on est parvenu à rendre inaltérables les couleurs matérielles que l'emploi de l'huile dénaturaient sur les tableaux.
L'encaustique est la plus pure des peintures ; cyest elle qui peut le mieux répéter la pureté du culte religieux et la pureté des mœurs; la cire , dans son état parfait, étant le symbole de l'incorruptibilité ou de l'innocence.
Puisque l'unité est le principe d'où émane la loi du
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beau, c'est ce principe qui commande aux couleurs et aux teintes leur harmonie, ou l'ordre que réclame et la vue et l'intelligence rapportant toujours le coloris au sujet ou au mode offert dans les tableaux.
Mais , par peinture encaustique , il faut toujours entendre le procédé complet de cette peinture fixée par le feu, et faisant obtenir cette demi-transparence des matières qui rend si vrai le coloris des écoles hollandaise, flamande, etc.; car l'encaustique mate (c'est-à-dire non lustré) , bien que favorable aux peintures murales , parce qu'elle ne produit point de mirage, n'atteint point le but.
Le peintre encausticien n'a donc point à redouter, lorsqu'il a obtenu l'harmonie dans son coloris , les trahisons désespérantes de la peinture à l'huile.
Les raisons de la touche vraie sont données par la géométrie ou l'opticographie faisant connaître sur le plan de l'objet ou des objets les surfaces s'échappant à la vue par l'effet de la position oblique et par Péloignement ; car le près et le loin , et aussi l'oblique et la position de front ne sauraient être rendus de la même manière par la touche du pinceau ou du crayon.
Enfin, la touche est vraie si elle rend la nature corporelle des surfaces de chaque espèce d'objets , les uns étant rudes ou anguleux, les autres polis , les uns mous, les autres durs, etc.
Quant à la beauté de la touche , elle se compose non seulement des qualités résultant de l'adresse et de la grâce de la main, mais elle se compose aussi de la convenance qu'elle garde par rapport aux espèces d'objets représentés et par rapport au mode de tout le sujet. (Cette question est traitée section 29.)
Les cinq grandes parties de la peinture venant d'être indiquées, une espèce de récapitulation semble nécessaire ici au sujet de leur importance.
1° Le peintre se rabaisse lui-même dès qu'il méprise le dessin, cette grande condition de son art.
Le dessin linéaire (il serait mieux de le désigner sous les noms de Yopticographie des lignes) est une langue universelle, inaltérable et pleine d'autorité par son laconisme, sa précision, sa clarté, sa grandeur : l'Indoustan, Persépolis, Ninive, l'Assyrie, l'Egypte, Egyne et l'Etrurie, répondent encore aujourd'hui aux voyageurs par les échos de ce grand et noble langage.
%° Le clair-obscur, par ses tons relieffeurs, est l'affirmation constante de la forme consacrée par la graphie , le tracé ou la délinéation ;
3° Le coloris est l'apôtre et le propagateur du tracé relieffé, en le revêtant des parures toujours convenables de la couleur; le clair-obscur d'ailleurs contribue à signifier et à rendre évident le caractère du sujet ou du tableau ;
128 L'ARTISTAIRE, section xvii.
4° Le toucher est la prononciation grammaticale du dessin, selon le mode prescrit par le sujet;
5° La composition enfin construit et édifie selon le beau, à l'aide du trait toujours fondateur et dépositaire du plan de l'œuvre.
SECTION XVII
Gomme le peintre, le sculpteur doit dire aux hommes, par d'heureuses fictions, les plus belles et les meilleures choses, et cela dans le langage le plus expressif et le plus puissant du ciseau.
La sculpture produit le beau, non par l'apparence des formes, comme le fait la peinture, mais par la fiction palpable de la forme rendue réelle sur tous les points de l'œuvre , une statue pouvant être vue et touchée de toutes parts.
La sculpture produit le beau par l'imitation palpable des individus modèles beaux eux-mêmes ou embellis par l'artiste, selon la convenance que prescrit le sujet.
La statuaire, le premier des genres compris dans la sculpture, possède des moyens plus puissants peut-être que ceux de la peinture pour rappeler aux sens et à l'esprit la dignité de l'homme dont elle produit l'image saisissante, soit par des statues grandes, ou plus grandes mêmes que le modèle, soit par des colosses , soit par de délicates figurines.
La sculpture comprend, outre l'imitation par les figures entières et isolées, l'imitation par les basreliefs plus ou moins saillants sur le fond d'où ils ressortent, et parmi lesquels on distingue les camées , les médailles , médaillons , monnaies , etc. , productions qui sont ordinairement d'une assez petite dimension. Enfin, la scuplture comprend l'imitation par les entailles, ou gravure en creux sur pierres fines, sur métaux, etc., genre dans lequel sont classées lès ciselures (produits de la glyptique).
La sculpture emploie le marbre, la pierre, les métaux, les bois, l'ivoire , le stuc, le gypte (ou plâtre), l'argile plastique, la cire molle, etc.
La faculté qu'ont les statuaires de mesurer les objets modèles n'est pas un privilège de leur art, puisque le peintre peut aussi les mesurer ; mais le statuaire aujourd'hui est plus porté que le peintre à comprendre cette obligation des mesures , le peintre ayant malheureusement délaissé plusieurs savantes pratiques de l'antiquité.
130 l'artistaire , SECTION XVII.
La sculpture, la statuaire surtout, a un langage artistique qui lui est propre, et dans les monuments ses accents de vérité sont toujours des accents de poète.
La statuaire étant un art tout positif et ne représentant pas positivement les choses telles qu'elles paraissent être, mais bien telles qu'elles sont, et de plus telles qu'elles doivent être selon l'art, l'artiste qui cultive cet art est nécessairement un savant connaisseur de la nature ; c'est avec elle qu'il lutte corps à corps, car aucune échappatoire, aucune distraction optique ne saurait détourner le spectateur de la rigide comparaison. C'est par la vérité, la réalité, qu'il éveille dans l'âme, des idées , des sentiments , et qu'à l'aide du beau , du grand et du noble, il la dirige vers la vertu.
L'imitation n'étant que le moyen de l'art dont le but est la beauté , une statue ne doit point reproduire , en les rendant aussi durables que le marbre et l'airain , les pauvretés et les misères du corps ; mais elle doit mettre sous les yeux la dignité de Fâme qui doit savoir imposer à ce corps la même dignité. Aussi l'illusion du statuaire serait une perfidie, si elle nous inspirait du mépris pour ce corps qui doit être l'écho de la divinité, et dont l'excellence peut être en partie notre ouvrage.
La statuaire est donc une langue poétique qui
embellit tout ce qu'elle dit , et cela sans sortir du vrai et de la nature.
Il faut que la sculpture plaise aux yeux et à l'esprit par ses belles lignes, ses belles masses et aussi par son heureux clair-obscur, puisque le sculpteur doit tenir compte des effets de clair et de bruns résultant des masses lisses et claires, et des masses chargées de détails portant ombre et offrant des fouillés plus ou moins privés du jour.
Les statuaires d'aujourd'hui doivent, comme les statuaires grecs anciens , connaître parfaitement l'objet qui va être imité, ainsi que les embellissements que l'art doit apporter à cet objet; mais, ainsi que les anciens Grecs , les modernes doivent interroger constamment les mesures que la géométrie sait préciser lorsqu'elle analyse les formes, car l'œil est souvent dupe de l'exaltation imaginative de l'artiste.
Les moyens de la statuaire , ce noble produit de la sculpture, sont moins nombreux que ceux de la peinture , aussi la statuaire est-elle un art austère ; mais c'est par cette austérité même qu'elle met en évidence sa beauté. Ces moyens ne sont pas moins difficiles que ceux de la peinture, puisque son imitation obtenue par le positif des formes est contrôlé sur tous les points de l'œuvre, la vue pouvant en parcourir toutes les faces.
132 l'artistaire, section xvii.
Quant à la beauté des lignes que manifeste une statue ou un groupe (la peinture n'est pas dans ce cas), il faut qu'elle existe aussi sous tous les aspects.
Quel éclat harmonieux ne devait pas ressortir de la Minerve, ouvrage de Phidias, à la citadelle d'Athènes ; de la Junon colossale d'Argos, par Polyclète, où l'or et l'ivoire paraissaient vivants et s'étaient divinisés sous leurs mains ! Proclamons donc le statuaire l'artiste de la beauté.
Le sculpteur doit convertir le marbre en chair, et son art doit faire palpiter l'airain.
Tout art a son domaine, ses limites et par conséquent ses conventions suppléant à certaines impuissances ; ces conventions sont des mystères pour les profanes, mais ces mystères ajoutant à la puissance de cet art, comment le sculpteur oserait-il s'en plaindre? Ainsi des cheveux en marbre, des cheveux en bronze ne sont bien imités que par des conventions; le bas-relief a les siennes, enfin bien des statues pédestres ou équestres, bien des pans légers de draperie ont besoin de certains appuis que l'art tâche de déguiser et dont le bon sens reconnaît la nécessité.
Quant au laconisme propre au langage artistique, les statuaires grecs, dès la haute antiquité, en ont compris toute la puissance ; ils ont compris que leur ciseau pouvait se faire comprendre par certaines indi-
cations magiques plus vraies que ne le seraient des fac-similé; certains restes enlevés au Pharthénon d'Athènes, témoignent de cet ancien et savant artifice.
Eh quoi! tous les peuples, dans leur essai en sculpture surtout, ont cherché, avant même de réussir dans l'imitation, à produire le beau, le grand, le poétique, le gymnastique, l'extraordinaire enfin , et nous, qui nous disons arrivés au terme de l'art, nous en sommes à exiger aujourd'hui le défectueux, le laid, parce que, disons-nous, ils font partie de la vérité individuelle et qu'ils sont quelquefois toute la vérité! Une telle hérésie n'est-elle pas, surtout lorsqu'il s'agit de la statuaire, un blasphème, et ne suffit-elle pas pour persuader que chez les modernes l'art n'a jamais été institué?
Il semble qu'à notre époque on ne veuille plus entendre parler d'embellissements, même en statuaire ; on ne veut que la ressemblance, car l'individualité c'est, dit-on, la vérité. Cependant la statuaire n'est pas un registre destiné uniquement aux antiquaires à venir pour qu'ils reconnaissent les pauvretés de notre art et les pauvretés corporelles des individus qu'il met à contribution.
Il est évident pour toute personne qui aperçoit la statue surmontant la colonne militaire qu'on voit à Paris, que l'artiste a été plus préoccupé de l'idée
134 l'artistaire, section xvii.
de répéter scrupuleusement le costume individuel du grand capitaine que de l'idée de terminer noblement cette colonne monumentale.
Le statuaire qui avait exécuté la première figure de Napoléon, pour être placée en haut de cette colonne, Pavait conçue comme une image poétique et appartenant à l'espèce des apothéoses ; il avait choisi, pour la faire concorder avec la dignité du monument, un costume noble et susceptible de beauté artistique, costume consacré d'ailleurs par les conquérants de Rome antique et qui, s'il devient aujourd'hui un anacronisme, semble une convention tolérable à cause de cette même beauté.
Une statue colossale sur une colonne colossale ne doit point ressembler à une figurine en sucre ou à un jouet d'enfant; or, si elle n'est ni poétique, ni monumentale, si elle n'est pas une noble image, elle n'est pas vraie. Y a-t-il du mérite d'artiste dans une telle effigie?
On nous parle de garde-robe, on nous rabaisse les idées au lieu de les soutenir à la hauteur du personnage. Enfin on a consulté des contemporains myopes et on n'a pas consulté les idées de la postérité.
Chacun sait où en était la sculpture sous Louis XV et quelle était son influence sur l'industrie d'alors ; les chaires à prêcher, les tasses à café, les carrosses et les manches de couteaux de chasse étaient chan-
l'architecture. 135 tournés, bosselés avec cartouches et guirlandes; tout cela, les dames le trouvaient imprévu et d'une piquante actualité.
Depuis la chute de l'empire, on a tourné le dos à l'antique et aux Grecs, mais à qui donc a-t-on ouvert et tendu les bras? A ce même goût du siècle de Louis XV. Pourquoi ce retour vers les mêmes ridicules? Ce retour était donc commandé; oui, et les rétrogrades eurent beau jeu, puisque l'instruction artistique nous manque aujourd'hui même de toutes parts, et qu'ainsi délaissée faute d'institutions réelles et complètes, nous ne pouvons plus retourner à l'art.
SECTION XVIII
l'architecture.
Nos dictionnaires sont en défaut lorsqu'ils disent que l'architecture est l'art de bâtir, puisqu'on en peut dire autant de l'art du maçon. Construire, bâtir n'est que le moyen de l'architecture, qui, dans son caractère complet, ainsi que les autres beaux-arts, comprend la condition du beau.
136 l'artist aire , SECTION xviii.
L'architecture donc, par ses édifices et ses constructions quelconques, exprime ce beau à l'aide des moyens qui lui sont propres.
L'architecture, art qui n'a point pour moyen la fiction, produit le beau par ses constructions, ses édifices ; et par la signification de ses moindres créations, elle enseigne la convenance dans le mode des choses ; elle nous apprend ce que c'est que la régularité, l'ordre, la grandeur ; elle nous impose par sa majesté et charme par la beauté et l'élégance de la disposition dans les détails et dans l'ensemble ; toujours elle est présente aux regards.
L'art de l'architecture est le plus glorieux conservateur de l'éternel principe du beau. Cet art montre à tous les peuples de la terre la loi du beau écrite sur de durables édifices.
L'architecte servant un art qui n'est nullement fictionnel n'a pas à sa disposition des modèles tout trouvés dans la nature ; il est donc vraiment créateur et il lui faut une grande force imaginative pour inventer, selon le beau, comprenant toujours le bon ou la convenance exigée dans tous les arts par tout le monde ; l'architecture est par conséquent créatrice de sa propre statique.
Bien que les individualités n'offrent souvent dans la nature , en fait d'objets ornementaux adaptés à l'architecture, que des indications, les études imita-
l'architecture. 137 tives de ces créations individuelles conduisent le goût de l'architecte à des créations de formes artistiques.
Tout monument d'architecture, a-t-on dit, doit non seulement être utile, mais encore porter franchement l'empreinte de son utilité (on peut ajouter : Et cela afin d'enseigner à tous la convenance).
Parmi les sept arts, il en fallait un qui enseignât surtout la convenance , le bon , et par conséquent l'utile, ou, si l'on veut, le beau pour l'intelligence; nous rappeler constamment la puissance de l'ordre, de la régularité, de la grandeur; frapper les cœurs par une majesté qui leur impose, les charmes par une harmonie à laquelle l'élégance ajoute du prestige ; familiariser enfin les populations à des leçons permanentes du beau , et les entretenir ainsi dans les sentiments de dignité qui seuls peuvent faire atteindre l'espèce à la félicité , tels sont les privilèges réservés à l'art bienfaisant de l'architecture.
Puisque les leçons que propagent les monuments de l'architecture doivent être transmises à la postérité, il faut absolument que ces leçons ne perpétuent jamais que des idées toutes sociales du beau , et jamais des idées opposées à ce beau.
L'architecture est une , mais des convenances respectables déterminées par les nations, les mœurs, les climats, établissent des variétés qu'admet en
138 l'artistaire, section xviii.
les approuvant la postérité. Toutefois , l'architecte ne doit point favoriser l'empreinte de certains goûts fantastiques et de certaines habitudes blâmées même de son temps.
L'architecte t comme le sculpteur, a ses belles lignes , ses belles masses et son heureux clair-obscur.
En architecture, tout signifie , tout exprime : l'architecte commande à notre moral; il nous dispose au recueillement du cabinet, à la solitude pleine de charme du boudoir, ou à la douce gaieté dans les riantes habitations de la campagne.
L'architecture prescrivant aux pierres divers langages, celles-ci deviennent les interprètes de cet art; leur éloquence instructive, comprise par toutes les nations du monde, sait devenir poésie, et s'élève quand il le faut jusqu'à la divinité.
La plus minime production architectonique peut devenir un enseignement par la puissance du beau qui y sera manifesté. Aussi cet art, qui se présente magistralement à tous les esprits , semble-t-il être institué comme le plus redoutable adversaire des contre-sens.
Les utiles leçons de l'ordre et de la convenance , les hardiesses nécessaires , les modèles d'inventions gracieuses, etc., l'architecture les offre noblement à la multitude, qu'elle appelle de loin et qu'elle instruit au grand jour.
l'architecture. 139 Ceux-là rougiraient peut-être de leurs dédains pour les beaux-arts, si on leur faisait remarquer, au sujet de l'architecture seulement, que c'est à la puissance de cet art qu'est due l'influence morale et sociale qu'exercent les édifices publics et particuliers de nos villes et de nos villages ; la laideur ou la beauté de ces édifices, représentant presque toujours la beauté ou la laideur des sociétés.
Le bizarre, en architecture, comme dans les autres arts, est une laideur qui nous distrait de la vertu ; c'est pour éviter ce bizarre , cet invraisemblable et l'absence de caractère que l'architecture a recours d'abord au canon généralitaire de statique ou du possible de construction ; elle a recours encore aux canons de caractère, canons qu'on appelle ordres.
L'architecteure a, comme tous les autres arts , ses modes divers , que doit choisir et respecter la convenance.
Lorsque Vitruve , qui, sous l'empereur Auguste, appelait, dans son livre sur l'architecture, la doctrine des Grecs , et distinguait cinq modes ou ordres d'architecture (certains observateurs ont prétendu que Vitruve, en parlant de l'art grec , ne prétendait signaler que trois ordres ou modes) , il n'entendait pas imposer à tous les artistes les proportions ( comodulatio ) qu'il croyait être propres à chacun de ces ordres, mais leur indiquer seulement le convenable
140 l'artistaire , SECTION XVIII.
et le possible , susceptible de modifications selon les cas particuliers.
Les monuments antiques encore existants démontrent cette liberté qui permettait, tout en restant dans l'unité d'un des ordres adoptés , de se rapprocher du convenable et par conséquent du poétique, en outre-passant ou restreignant la mesure rudimentale du canon. C'est ainsi , comme nous le disons section 28, que le canon pour la figure humaine, bien qu'il indique les vraies proportions de l'homme en général , n'empêcha jamais de reproduire les variétés infinies du corps humain, variétés dont l'art ou le génie s'empare avec succès pour vivifier, par leur enseignement social, ces images, en les rendant belles ou vraies selon l'art.
Collaborateur à l'œuvre de Dieu et interprète, pour ainsi dire , de sa protection envers notre espèce , l'architecture rapproche les peuples les plus éloignés dans leurs relations, puisque l'art multiplie les routes , les ponts , les vaisseaux , etc. L'art de l'architecture établit, comme à toujours ces jalons de l'astronomie; cet art veille à notre santé par l'assainissement et la commodité de nos habitations ; il nous y familiarise comme à notre insu, avec le divin précepte de l'unité que rappelle le spectacle constant des créations des combinaisons architectoniques ; il sert non seulement à nous défendre contre les in-
tempéries des divers climats, mais il nous protège contre toutes sortes d'invasions; c'est encore l'architecture qui érige les tombeaux honorifiques des bienfaiteurs de l'humanité ; une simple pierre reçoit de cet art la faculté de parler le langage des regrets , et ce langage est entendu de toute part. Enfin, c'est sur les plans poétiques composés par l'architecte que s'élèvent ces vastes abris religieux qui favorisent la réunion des hommes voulant adorer et prier ensemble le maître de l'univers.
SECTION XIX
La poésie est l'art de dire aux hommes les plus belles et les meilleures choses, morales, sociales et religieuses, et cela dans le langage le plus clair, le plus beau et le plus puissant.
Nos vocabulaires ne nous aident pas beaucoup à démontrer que la poésie est un des beaux-arts. On lit dans le Dictionnaire de l'Académie : « Poésie, s. f. L'art de faire des ouvrages en vers. Poésie se prend
142 l'artistaire, SECTION XIX.
aussi pour les qualités qui caractérisent les bons vers. Ce sont des vers, mais il n'y a point de poésie. » Et ailleurs on y lit : « La poésie est le langage des dieux. » Il résulte donc évidemment des autres explications données dans ce même article, que la versification n'est pas la poésie, par cela même que la poésie est un des beaux-arts (voir la section 1 4).
La poésie rappelle, par son langage supérieur et versifié, les beautés des choses, comme la peinture; elle compose afin de produire l'harmonie, en proclamant de belles et grandes pensées ; on la lit,, on l'entend, on la chante. Plus libre que les autres arts dans ses inspirations ou soumise à moins de réserves techniques, la poésie embrasse l'univers et semble gouverner ces mêmes arts. ,
Quelle autorité a l'histoire sans la consécration de la poésie? L'histoire s'efface comme un doute, la poésie reste comme une vérité.
La poésie est impalpable, invisible, mais elle est imitatrice et elle Actionne dans tout notre esprit.
Pourquoi rions-nous volontiers de quelqu'un qui se dit poète, si ce n'est parce que l'art auquel il prétend, nous le regardons comme sacré? Il n'y a rien de plus intolérable en effet dans cet art que la médiocrité.
Homère façonne avec ses vers le trône des dieux et l'armure des héros.
De ce que notre littérature a réclamé la poésie comme un de ses plus glorieux éléments, on n'en doit pas moins affirmer que la poésie est le plus ancien et le premier des beaux-arts.
Michel- Ange, qui à tous ses divers talents réunissait celui de la poésie, regardait, dit-on, la poésie comme le plus beau parmi les autres arts ; il pensait que l'en exclure serait une profanation.
La poésie, a-t-on dit avec justesse, déploie devant l'œil interne toutes les richesses de la création.
La beauté particulière du langage poésical, supérieur par la versification au langage de la prose, peut suppléer au pauvre choix d'un sujet; cet avantage n'est pas toujours assez compris et assez réalisé par les poètes.
Vouloir absolument le beau ou vouloir absolument respecter le principe de Y unité dans l'œuvre la plus minime de la poésie, n'est-ce pas, diront certains critiques, une manie et un abus de système? Non, c'est comprendre l'unité de Fart; la plus légère chanson aura donc sa beauté, si elle manifeste le caractère poétique qui lui est propre; qu'elle soit chanson bachique, chanson de gaieté ou d'amour, elle a ses règles, elle a son langage propre, elle a sa perfection, son unité. Si donc, par irrévérence pour l'art, on veut braver ces règles saintes, si on méconnaît le devoir de poète et le privilège de ses exprès-
144 l'artistaire , SECTION XIX.
sions ainsi que de leurs mesures, même en ses moindres œuvres, cette chanson restera sans valeur, sans unité, sans beauté, on la délaissera.
Nos modernes méprisent le précepte des trois unités d'Aristote, parce qu'ils dédaignent Aristote, qu'ils ne comprennent pas en ce point. Aristote savait donc que la poésie étant un des arts de beauté, et cette condition du beau étant aussi celle du simple, la doctrine de l'unité devait être, selon lui, la doctrine des poètes. Mais nos modernes, qui ne se soucient pas d'approfondir les choses, trouvent excellents tous les expédients en poésie lorsqu'ils produisent de l'émotion (voir section 11).
La poésie, par son langage supérieur, inattendu et transcendant, sait reproduire éloquemment, quoique indirectement, toutes les impressions résultant directement des beautés des autres arts qu'elle semble embrasser et contenir.
La puissance de la poésie est immense lorsqu'elle appelle à son aide les prestiges de la musique et de la gymnastique.
Comme tous les arts d'action, la poésie nous anime et nous entraîne. Quelle n'est pas sa rapidité ?
Aux armes, citoyens ! formez vos bataillons ! Marchez , marchez , etc. :
Le langage poésical a de grands privilèges sur celui de la prose; l'artiste peut dire :
LA POÉSIE. 145 Oui, vous êtes le sang d'Atrée et de Thyeste.
Il peut dire encore :
Tout vous est aquilon, tout me semble zéphir.
Ou bien encore :
Il crîrait comme moi du haut de son gosier.
Enfin le poète est libre dans le choix des termes qui le serviront le mieux pour l'image qu'il veut produire; ainsi le chat et le renard, etc., il pourra les appeler deux archi-patelins, et il aura le privilège de dire :
Ventre affamé n'a point d'oreilles.
La faculté qu'a le poète d'obtenir un style supérieur et transcendant lui a été dévolue afin qu'il puisse représenter plus dignement aux esprits et aux cœurs la beauté ou la vertu.
Les anciens chantaient la poésie, c'est ce qui a fait dire à un moderne :
Les vers sont enfants de la lyre ; Il faut les chanter, non les lire.
Or, si les anciens chantaient la poésie, c'était pour offrir aux cœurs des exemples plus intenses, plus touchants, plus pénétrants de la beauté.
Le langage d'une œuvre de poésie ne doit jamais sortir de l'unité de cet art, et ce langage doit rester aussi dans l'unité du mode ou du caractère particulier à cette œuvre.
146 l'artistaire , SECTION XIX.
Celui qui révère par conviction le caractère transcendant et sacré de la poésie ne manquera pas de blâmer l'usage inconsidéré et fort commun de mettre en vers des épîtres , des questions didactiques et d'autres sujets anti-poétiques, et cela , pour amuser quelques amis de la rime. Quant à la foule vaniteuse des aspirants au Parnasse , elle se corrige rarement de cette faiblesse. Ainsi, on peut l'affirmer, de même qu'il ne faut pas que la prose reste indigne du sujet noble qu'elle traiterait, de même le sujet traité par la poésie ne doit jamais être indigne de la hauteur de cet art.
Versification ou poésie ne sont pas une même chose : celui qui versifie est fort souvent bien loin d'être poète.
Combien de ces prétendus poètes qui savent faire jaillir de leur dictionnaire mille mots étincelants , et rendent ainsi phosphorescents leurs récits ! Mais , hélas ! dans leur cerveau les idées grandes languissent embarrassées , et leur petit esprit les laisse s'évanouir et se perdre ; bientôt épuisés et éblouis par tant de descriptions recherchées, ils s'arrêtent, et leur œuvre, ils la donnent comme étant terminée; mais qu'ont-ils produit? Ils ont brodé un habit à paillettes sur un vil mannequin. Poètes myopes, chacun le reconnaît, vous travaillez à la loupe, et les grands ensembles de la nature, votre œil ni votre esprit ne
sauraient jamais les saisir et les reproduire dans de magnifiques images.
La poésie a le privilège plus que la prose de rendre frappants par le placement des mots les contrastes. Le poète dit :
Et sans mêler à l'or l'éclat des diamants ,
Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornements.
Un mort s'en allait tristement S'emparer de son dernier gîte; Un curé s'en allait gaîment Enterrer ce mort au plus vite.
La clarté du langage, on n'en saurait disconvenir, provient de l'unité. Or, le poète sait plus qu'un autre ajouter à cette clarté, puisque la condition de la versification, ainsi que le laconisme du langage, est une espèce d'hommage rendu à la prééminence de la poésie; son laconisme obligé fait que l'artiste est constamment susceptible et scrupuleux dans le choix des mots les plus propres, par la force de leur clarté, à la fin qu'il se propose.
Le grand sens ne se produisant en poésie que par le laconisme favorisé par la versification , il devient ainsi un des puissants artifices de cet art, et doit en cela servir de modèle aux autres arts. Dans toutes les images de l'art grec , le grand sens et sa clarté augmentent d'intensité par cet effet du laconisme.
Parler en vers ce n'est pas , au dire de certains
148 l'artistaire, SECTION XIX.
novateurs, être vrai; ils se trompent; ce qui n'est pas vrai, c'est le langage de la prose lorsqu'il s'agit de transporter les cœurs jusqu'aux plus hautes régions du beau , la prose n'exhalant jamais le parfum précieux de la versification. C'est donc cette faculté, ce privilège réservé à la poésie, celui de parler le langage versifié, qui font encore reconnaître son droit de siéger au milieu des autres beaux-arts.
Ce qui démontre la nécessité de n'employer en poésie que le langage versifié , c'est l'unité entre la puissance des vers et la puissance de la pensée. Aussi est-ce à l'aide de ce principe, qui veut que les vers ne disent jamais que de belles choses, qu'on reconnaît une usurpation dans la prose lorsqu'elle veut se parer des tours et des mots qui ne sont réservés qu'au bel art du poète.
Ne serait-ce pas avec raison que l'on conteste le titre de poëme au Télémaque de Fénelon , et cela parce qu'au nombre des conditions épiques qu'il remplit ne se trouve point le langage versifié? Combien de poëmes en effet ne doivent leur succès qu'au caractère du langage toujours poétiquement versifié?
Jamais la traduction en prose d'une œuvre versifiée ne sera une traduction, toujours la prose traductrice sera pâle ou étrange et sans similitude à côté de son modèle versifié dont elle ne saurait donner que des équivalents.
On pardonne quelquefois à la poésie un peu de la marche et de l'allure de la prose ; mais ce n'est que lorsque cette marche active beaucoup l'esprit.
La Fontaine a donc pu dire :
Mais on lit sur ce front, qu'un vain luxe environne, Que la fortune vend ce qu'on croit qu'elle donne.
Toutefois le vers prosaïque est, on peut le dire, une laideur, le prosaïsme apportant une unité disputante dans l'unité de la poésie.
La poésie , par ses heureuses licences grammaticales, parle bien mieux que la prose, selon les mouvements passionnés de la colère, de l'extase, etc. Si le langage de la poésie doit différer du langage de la prose, n'est-ce pas surtout parce qu'il peut mieux peindre et rendre avec son accent propre tout ce qui est pathétique?
Ceux-là ne possèdent point la délinition des beauxarts et font parade d'une bien pauvre critique, qui déclarent que le langage versifié n'étant pas le langage ordinaire de l'humanité, l'employer dans un poëme est un mensonge et presque un ridicule. Ils ignorent donc ces critiques que c'est ce privilège réservé à la poésie de ne s'exprimer qu'en vers qui lui donne sa place glorieuse au milieu des beauxarts. Le poète n'a-t-il pas d'ailleurs à sa disposition plusieurs espèces de vers qu'il peut employer selon les modes? Il est dommage, en vérité, qu'Homère,
150 l'artistaire, SECTION XIX.
Ànacréon , Sophocle , Virgile et autres n'aient pas reçu ces avertissements si bien trouvés par les novateurs d'aujourd'hui. Mais Homère leur eût peutêtre répondu : Je crois apercevoir que , si vous êtes ennemis des vers , c'est par dépit de vanité , vous sachant impuissants à les sanctifier comme le prescrit l'art.
I! est à croire que c'est la rime plutôt que la mesure qui choque nos tranchants adversaires de la versification : la mesure, ils la pardonnent quelquefois aux Grecs et aux Romains; mais la rime , condition moderne, ils l'excluent comme une absurdité, puisqu'ils n'admettent comme naturel que le langage ordinaire commun à toute l'humanité. Par quel moyen donc le poète, tout en restant dans le vrai, élèverat-il son langage jusqu'à la hauteur des plus grandes pensées, si on le prive de la puissance de la mesure et de l'artifice de la rime? Ces critiques n'ont donc imaginé pour l'offrir aux poètes aucun équivalent qui puisse remplacer la rime, équivalent à l'aide duquel cet artiste puisse dépasser le langage de la prose? Oui, la rime fait rester dans l'esprit la pensée comme elle fait rester dans l'oreille le son qu'elle sait répéter ; la rime étant attendue fait même prévoir le mot qu'elle termine ; la rime est musicale, et elle sert aussi à élever la poésie ; enfin, c'est parce qu'elle est inaccoutumée que la rime s'empare de
l'attention ; qu'elle impose le respect et qu'elle nous place comme au milieu d'un concert dont l'éloquence est toute magique.
Une femme célèbre a dit très-heureusement : La rime est l'écho de la pensée.
Les vers ont précédé la prose : Homère et Empédocle (disait déjà Aristote) n'ont rien de commun que les vers; aussi le premier est-il vraiment un poète.
On croit que l'usage de la prose dans les harangues romaines ne fut introduit que vers l'an 307 avant Jésus-Christ.
Si , avec la prose , un écrivain scénique intéresse et intruit , il reste cependant au-dessous du poète, qui, plus puissant à l'aide du langage versifié, peut intéresser, toucher et instruire. Quels sont, au reste, les passages d'une pièce en prose , lesquels sont les mieux retenus et les plus applaudis , si ce ne sont ceux qui ont un peu de l'allure de ce langage poétique versifié? La scène dépend donc d'un art et doit être servie par un autre art.
Aucune objection valable ne saurait être produite contre la vérité de ce principe. Est-ce que ce langage particulier de la poésie ne s'assouplit pas. à tous les caractères de la pensée et à toutes les expressions? est-ce qu'il ne sait pas se rendre familier, populaire même dans le dialogue et les sentences? Et si la
152 L'AUTISTAlREj SECTION XX.
boursouflure, le maniéré d'une versification ampoulée (ou trop classique, comme on dit aujourd'hui) ont souillé trop souvent les productions des poètes , doit-on, au lieu de s'efforcer à s'affranchir de ces vices, déclarer d'un ton résolu qu'on ne doit plus écrire qu'en prose?
Au surplus , exiger avec rigidité la versification , condition difficile, il est vrai, dans les pièces scéniques, c'est restreindre heureusement le nombre de ces pièces , et n'admettre sur le théâtre que des enseignements rendus dignes complètement des citoyens.
SECTION XX
L'art de la musique a été donné à l'homme pour qu'il pût , selon la loi du beau , régler et gouverner sa voix , non seulement lorsqu'il ne fait qu'émettre quelques paroles , mais lorsqu'il les assemble en chants pour obtenir et communiquer plus d'expressions dans ses pensées. L'art de la musique exerce
son influence ? non seulement sur l'individu dont elle perfectionne Pouïe , mais sur plusieurs individus réunis socialement et par concert.
L'art musical doit donc prescrire aussi l'unité aux instruments, moyens auxiliaires faisant valoir la voix; en sorte que, lorsqu'ils sont employés seuls sans la voix, ils semblent comme par écho en répéter les accents, les pensées, les expressions.
La musique devait être nécessairement un des sept arts bellissimes , car il fallait que le sens de l'ouïe, sens qui, après celui de la vue, exerce le plus d'action sur l'âme, fût aussi l'interprète du principe du beau , à l'aide des sons de la voix hu ■ maine et des instruments imaginés pour l'imiter, la soutenir et l'accompagner ; l'homme reconnut donc de bonne heure le principal bienfait de la musique , et il étudia bientôt cet art conservateur par excellence de l'harmonie ou du beau.
La musique est l'auxiliaire de la poésie, de la mimique et de la gymnastique.
Par le sentiment et l'idée du beau que produit la musique, notre âme se trouve affectée profondément, parce que les divers moyens acoustiques affectent non seulement notre organe , mais tout notre être, le disposant ainsi, soit à la joie, soit à la tristesse, soit à l'action énergique, soit à la langueur et même au sommeil ; elle est donc bien puis-
154 l/ARTISTAlRE; SECTION XX.
santé cette influence magique et inexplicable qui , accordée par Fauteur de tous les biens à cet art de beauté , le rend nécessaire au complément moral et physique de notre espèce toute sociale douée d'une âme immortelle et appelée à une immortelle destination !
La musique anime et dirige utilement notre sympathie pour les expressions de la voix humaine , expressions par lesquelles nous manifestons nos joies , nos douleurs et tous nos sentiments , soit que nous chantions seuls , soit qu'étant réunis nous composions des concerts, image de la coopération et de l'harmonie sociale , concerts dans lesquels on fait encore entendre des instruments répétant plus ou moins approximativement chacun des caractères, chacune des nuances de la voix humaine. Or, si ces caractères de la voix humaine peuvent et doivent être distingués d'une manière positive (la voix de l'homme diffère de celle de la femme, et l'une et l'autre de ces voix offrent des différences générales qu'il est facile de reconnaître et de nombrer) , tous ces instruments de la musique , art supérieur et immense, sont eux-mêmes sacrés, comme Test aussi notre propre organe du chant.
La parole est un don fait par Dieu à notre espèce toute sociale et toute fraternelle, afin que réunis tous les hommes chantent ensemble les louanges de
Dieu, leur admiration, leurs prières. Les instruments ne sont que des imitateurs de la voix et des suppléants à ses moyens ; le caractère des instruments doit être tout vocal ; et quand même ils exprimeraient sans aider à des paroles , comme cela a lieu dans les danses, les marches, les fanfares belliqueuses, ils sont toujours les interprètes de paroles qu'on doit supposer. Seuls, il faut qu'ils parlent et qu'ils rendent l'expression de l'âme. Pourquoi donc appellerait-on du nom de musique un bruit instrumental, inintelligible, fantastique, capricieux et simplement agréable à l'oreille? Ainsi, les instruments qui méritent la préférence, sont ceux qui sont susceptibles d'imiter le chant de la voix humaine d'après toutes les modifications des sons.
La musique instrumentale ne produit son effet que lorsqu'elle se combine avec la musique vocale poétique, et aussi nationale.
Non, il ne sert pas le culte de la musique celui qui. n'aspire qu'à émouvoir par ses attrayantes combinaisons acoustiques , ou par des imitations prétentieuses du chant des oiseaux, et qui, oubliant la haute destination de son art, ne se voue pas aux combinaisons toutes philosophiques , toutes instructives du beau. Que serait-ce , si , abusant de la flexibilité de sa voix, il s'efforçait de simuler la sonorité de certains instruments? (Cependant la célèbre Cata-
156 l'artïstaire , section xx.
Uni comptait parmi les triomphes de son gosier
l'adresse avec laquelle elle imitait les sons du violon.)
Un homme, dit Plutarque, qui aura appris dès son enfance la vraie musique , telle qu'on doit l'enseigner à la jeunesse , ne peut manquer d'avoir un goût ami du bon , et par conséquent ennemi du mauvais , même dans les choses qui n'appartiennent point à la musique ; il ne se déshonorera jamais par une bassesse ; il sera aussi utile à sa patrie que réglé dans sa conduite privée, et il n'y aura pas une de ses actions et de ses paroles qui ne soient mesurées et qui n'aient, dans toutes les circonstances des temps et des lieux, le caractère de la décence, de la modération et de l'ordre.
L'harmonie et la mélodie sont inconnus aux sauvages, mais non le dessin et le colons, et cela, parce que les modèles ou les merveilles visibles sont partout, tandis que les modèles et les merveilles acoustiques ne sont guère que l'œuvre de la voix humaine et des instruments'musicaux inventés par notre industrie et par l'art. Ainsi, les modèles en musique n'existant point hors de l'homme, l'artiste musicien a de grands efforts à faire pour produire le beau.
L'imitation de la voix de certains animaux ou de certains sons et bruits entendus dans la nature n'est point le but de la musique ; cet art n'est point fictionnel, puisqu'il est le son lui-même, et puisqu'il mélodise
et harmonise la voix , ainsi que les instruments qui la font valoir. Ne serait-ce pas une prétention puérile et indigne du grand art de la musique que de faire reproduire à l'orgue , par exemple , la voix de l'éléphant, le hennissement du cheval ou le bêlement de la brebis ?
Les moyens ou les conditions de la musique doivent, pour atteindre le but de cet art, réveiller des sentiments profitables en fournissant des exemples d'harmonie et en offrant les résultats de la beauté.
En musique , tout doit appartenir et se soumettre au mode ou au caractère adopté ; le caractère en musique n'est obtenu que par cette observance du mode. Or, le mode ou le caractère qui en résulte n'existe que par Funité. Aussi, tout musicien obéissant à ce principe de l'unité ne fait jamais rien entendre d'incertain , d'équivoque, rien enfin qui soit sans intention déterminée , rien qui ne puisse remplir l'objet de la musique , objet qui est la beauté manifestant elle-même son principe.
C'est dans l'art de la musique que semble régner avec le plus d'autorité la loi suprême de l'unité imposant à la variété, pour la subordonner au mode ou au caractère ; l'excès de la variété qu'augmentent encore les merveilles de l'instrumentation est donc empêché par cette loi de l'unité , garantissant ainsi l'œuvre de toute complication. Si nos plus beaux,
158 l'artistaire, section XX.
nos plus puissants morceaux de musique sont simples , c'est que l'unité y est manifestée depuis le commencement jusqu'à la fin sans qu'aucune variété corruptrice ne fasse éprouver à celle-ci d'altération. Aussi, ces morceaux les retenons-nous, parce qu'ils nous ont pénétrés, et les redisons-nous lorsque nous voulons chanter dans ces mêmes caractères.
Les plus anciennes productions musicales en démontrant cette vérité, démontrent aussi que de ce principe de l'unité ressort la magie particulière dont est susceptible ce même art de beauté. Ainsi, pas plus en musique qu'en tout autre art de beauté , on ne doit rechercher les tours et les manières acceptées seulement par la mode ou le style aventureux de certains maîtres en vogue : les maîtres ne sauraient être artistes vraiment grands hors de l'art, puisque c'est toujours le style convenant au sujet qui doit être recherché ; ces tours , ces phrases , ces ornements devant d'ailleurs paraître des vieilleries ridicules après vingt ans.
Le vague et la confusion de nos morceaux de musique persuadent souvent , mais à tort, que le langage et les phrases de cet art sont toujours et naturellement à double entente, la même phrase pouvant signifier deux choses toutes différentes. Mais lorsqu'il arrive que les résultats de la musique sont vagues, incertains et à double entente, il ne faut
pas s'aviser d'appeler cela une magie et une richesse particulière à cet art ; il faut dire , au contraire , que ce vice provient de l'artiste mal instruit et non de l'art.
L'imagination doit jouer un grand rôle chez l'acteur chanteur et l'instrumentiste, puisqu'ils ont à manifester autant leur manière individuelle d'artiste et leur âme propre ? que la pensée et l'expression du compositeur. Or, il est évident que cette imagination , cette individualité , cette spontanéité , doivent être dirigées et modifiées par la connaissance positive de l'art, puisque le chanteur et l'instrumentiste ne sont que des organes de l'art.
Non seulement la musique règle la danse; mais elle constitue l'unité de son mode ! La musique fortifie aussi l'unité du mode adopté et manifesté par les paroles de la poésie.
Une voix fausse est une infirmité , il n'en faut faire parade ni dans la rue, ni à table, ni près des enfants. Celui qui chante faux, qui joue faux, doit fermer ses fenêtres, et surtout ne pas s'écouter complaisamment ; car il serait complice de ce faux ou de cette insulte à la loi divine du beau.
Les louanges de Dieu sont interdites à la fausseté du cœur ; elles doivent l'être aussi à la fausseté de la voix.
En certains pays la dissonnance des cloches semble
160 l'artistaire, SECTION XXI.
être une infection aérienne autorisée par privilège
Enfin, Fart de la musique est un art divin, Dieu ayant voulu nous rendre perceptible en partie sa divinité infinie en nous accordant la faculté de reconnaître dans les charmes acoustiques le reflet de son harmonie ou de sa beauté.
Or, rélève sortant des écoles de musique où il n'a appris ni l'esthétique ni la philosophie de son art reste bien loin du but, il ne saurait se dire compositeur, ou, pour parler autrement, musicien.
SECTION XXI
Les choses belles et instructives que sait dire la poésie scénique, c'est l'art du mime qui leur donne une vie nouvelle, ainsi que la vérité d'action qui les fait pénétrer jusqu'à l'âme. Ce sont les personnages heureusement imaginés par le poète scénique que nous offre en réalité la mimique; cet art a donc sur les autres l'avantage de se rapprocher plus de la réalité.