‹ L'ártiste et le philosopheChapitre 19 sur 43 · Scène des mas · texte numérisé non relu

Scène des mas

^ __ sacres de Scio.

Un jeune homme ! oh ! oui , voilà la fougue, u mauôn"db rt! la vigueur , Faudace , la témérité , Finexpé- îe* ubitiu** des -

, ^ . 1 . liné, sans doute,

nence et le génie ardent , apanage heureux au nasëe da, de la jeunesse! Que cette tragédie excite en moi de profondes émotions! Quoi! ce sont là les derniers débris d'une population riche et Taleureuse ! Le plus beau pays de la Grèce est dévasté, les maisons sont brûlées, les enfans sont édrasés sons la pierre, les églises sont profanées , les marches*^ du sanctuaire sont sà- \ turées de sang chrétien , les lAembres épars ^rdes morts sont jetés aux chiens dévorans. Ni le courage malheureux, ni la beauté sup- *^liante^ ni la nature en pleurs ne pourront ^ÎMouver grâce devant le farouche Turc! Il fiadra donc que tout périsse! Non; un sup-

plicc plus affreux que la mort des champs de bataille, plus horrible que l'assassinat et le massacre , la faim fera périr le peu qui restera des braves Sciotes, à moins que, par un raffinement de barbarie , l'infidèle n'ait marque pour l'esclavage, les chefs du parti libre , et pour le harem , les vierges consacrées au culte de la mère de Dieu.

Impitoyable osmanli ! . . . Chrétiens plus impitoyables encore ! que je vous déteste ! que je méprise cette politique avare et honteuse qui vous fera sacrifier jusqu'au dernier des Grecs , sans que vous pensiez à le secourir ! Embrassez donc l'islamisme, vous , adorateurs du Christ, qui croyez à la légitimité du fils de Mahomet! Décidez-vous enfin à fléchir le genou devant le prophète, et renoncez à la religion de Jésus ! Ne vous lèverez - vous pas , paladins qui volez au nom de la croix défendre l'autel partout oii vous le croyez attaqué ? Mais la liberté vous fait peur, et vous ne voulez pas prendre parti dans sa querelle, contre le despotisme oriental! Que je vous admire ! et vous dites que vous êtes chrétiens! Chrétiens! vous qui laissez périr vos frères ! Chrétiens ! vous qu'effraient les idées

(49) de l'indépendance ! Chrétiens ! vous qui feignez d'ignorer que l'Évangile est le code de l'opprimé ! Non , vous êtes amis de l'oppression; vous n'avez ni charité chrétienne^ ni respect pour la loi qui ordonne de protéger le malheureux^ ni amour de l'humanité! Scio aura péri; Ipsara se sera vue noyée au sang de ses cou|?ageux enfans , et vous aurez conservé votre attitude égoïste! Mais le ciel combattra pour les Grecs; le Turc sera rejeté sur les côtes d'Asie ; la Grèce ancienne surgira de dessous les décombres où la force du cimeterre l'avait si long-temps retenue. Alors, la liberté triomphante, qui aura le Dieu des armées pour complice de ses succès^ Vous accusera aux pieds de l'Éternel. Que répondrez <- vous , quand il vous demandera compte de tant de sang versé ? Direz-vous : Le cri d'indépendance était séditieux ! Il vous dira : J'ai confondu les despotes.

Il en est temps encore ; la Grèce vous appelle; sa cause est juste, vous l'avez souvent dit vou^mémes; allez à son aide, vous pouvez avoir encore l'honneur de belles victoires. Allez vous mettre entre le poignard du Turc et le cœur du chrétien. Ne soulirez pas que

THellenie achète sa liberté de Ift moitié de s(bA sang ; et puisqu'il vous faut parler d'intérêt et de finances, sauvez la Grèce, ne fut-ce que pour vous! Mais non, elle se sauvera sans vous , sans vous elle se replacera au premier rang des grandes nations! Uti jour, ses arts, son commerce et son inditstrie seront pour les vôtres de redoutables rivaux; elle vous imposera leurs produits, heureux encore si elle ne finit par vous imposer ses lois.

Je vous écoute , et félicite, en vous écoutant , le peintre qui a trouvé le secret d'exciter à ce point votre sensibilité. Ce n'est pas stup votre ame seulement qu'il a pris cet empire. Voyez la foule se presser autour de son tableau. Lisez sur toutes les figures de ses spectateurs l'indignation dont vous êtes ému. Le silence morne quie chacun garde à l'aspect de cette scène de désolation , et 4es larmes qm coulent des yeux de cette jeune femme au spectacle douloureux de l'épisode éfirayant qui termine à droite la ccMmposition , Toilà le succès le pl^s beau qu'ait pu envier l'auteur ^ Qu'importe qu'après ce sufirage, nous disions

que cette cotieeption est presque sublime^ que rexiécation est empreinte d'une force ex* traûffdmaire ^ que la couleur est d'une énergie incontestable^ [que le pinceau a couru sur la toile avec la vivacité de la pensée? Nous n'a-^ }OQterioas rien par ces resnarques aux éloges ^e donne le public à l'ouvrage de M. Delà* mil.

Cest pour moi le plus beau tableau de l'ex-* position , car c'est le plus expressif.

l'artistb.

Cest^y sans doute^ un mor^ieau intéressant ;

«QaisneiMMisliâtGais pas de lui donner la palm«.

m ^ remarqiiable par des q«alite^s étonnan.

ifts, U ml déparé par de grands déiauts. Il

Mianque ^en ^nér^ de style; M. Delacroix' n'a

pjis BWt^ 9 ea^ arrêtant le j^aractère de ces

bétes et de ces corps nus ^ qu'il avait à peindre

des Grefiis qiû sont encore le type du beau

Jàumain^ ià a Oiublié également quelapoputa*

liîon de jScîo était prodigieusement riche ^ et

que les Sciotes ne pouvaient être recouverts

de haillons dégaatans ; encore lui pardonne-

raition, en fav^eur de la couleur^ cet oubli de

la convenance ^ si les règles du dessin étaient un peu plus respectées. Mais il semble qu'il n'ait pas eu le loisir d'y songer. Il faut engager M. Delacroix à dessiner avec plus de soin. J'aime assez la manière heurtée et sévère, mais J'aime aussi le modelé; je veux qu'un bras soit bien articulé, et qu'un cadavre nu soit fait dans de belles proportions . Encourageons le jeune peintre à ne se point arrêter. Il a travaillé déjà pour sa gloire, il ne tient qu'à lui de faire un chef-d'œuvre ; qu'il s'élève à la hauteur de la combinaison du tableau que nous avons devant les yeux; qu'il daigne se faire un peu plus comprendre ; qu'il soit plus propre sans être léché; qu'il ne descende jamais au-dessous de ce torse de femme attachée à la queue du cheval arabe ; qu'il fasse aussi bien qu'il a fait ce Grec plein de résignation et de courage, que je vois assis sur un rocher, où il attend la mort; qu'il soit touchant comme il l'est dans cette jeune épouse fondant en larmes sur le sein de son mari déses- , péré.... alors nous le couronnerons, nous lui décernerons la palme du concours. .

Ah ! mon ami , que je vouxlrais être au salon

prochain! quand aujourd'hui je suis enthousiasmé, transporté, je ne connais pas ce M. Delacroix; mais, si je le rencontre, je lui ferai la scène la plus extravagante ! je l'embrasserai, je le féliciterai , et je pleurerai ; oui, je pleurerai de joie et de reconnaissance. Brave jeune homme, la fortune lui soit en aide ! Il a bien mérité des amis des arts ; il a bien mérité des ennemis du despotisme , il Ta montré dans toute son horreur.

De Scio venons à Sparte. Le trajet sera coudbr. court; un pas à faire, et nous y sommes. ^^^nià^s.^^'"'

Allons -nous assister encore ici à quelque horrible drame? Le Turc est-il aussi là? Le Laconien courbe-t-il sa tête sous le poids du fatal Ijatagan ? 0

Rien de tout cela; nous rétrogradons. Il ne s'agit pas de Mistra cherchant à secouer le joug du musulman , mais de Lacédémone se préparant à repousser l'invasion de Xerxès.

Quoi ! cet homme est Le'onidas? qu'il est morne et qu'il me glace ! il reçoit les adieux de sa famille comme un condamne qu'attend un supplice ignominieux. Je ne lis pas dans son regard la pensée exaltée de ce grand sacrifice qui doit étonn<er le Pçrse. Il est résigné^ mais c'est tout. Il est plein de l'ide'e de la mort; il n'y a sur son visage que le calme héroïque du martyre , il y manque ce reflet de gloire et d'immortalité' que je vois au front du Léo* nidaç de David,

Ce groupe est d'un bon dessin.

le philosophe.

Oui, d'un dessin de bas-relief. Il n'a ni mouvement, ni vie , ni passion. Que me veux-tu? voilà ce que je suis tenté de lui demander.

La scène est bien composée.

LE philosophe.

Dites compassée et vous aurez raison ; point de désordre ^ point de grandes dotations qui

pénètrent l'ame. Et pub ces gens-là pleurent froidement!

Les larmes étaient presque un crime dans cette ^tuatîon.

LE PHIJ^OSOPHE.

Eb bien ! ne me montrez pas tous les mem- Kres d'une famille ^ obligés de faire mentir la nature et de ne laisser paraître qu'une douleur arrangée par les convenances ! Que l'exaltation du sentiment patriotique les ait rendus oublieux du sentiment paternel^ de l'affection conjugale ) je le veux, et il y aura de la poé-^ sie ; mais que l'abnégation de l'amour des siens soit leur seul mobile, je ne puis le tolérer , cela est antipathique à la peinture qui ^ ainsi que l'épopée et la tragédie a horreur du contemplatif. Si vous voulez, M. Couder, mettre dans le sujet du départ des trois cents, ce talent admirable que vous avez montré dans votre Lévite y cette connaissance du technique de l'art qu'atteste votre Léonidas y montrez-nous ces fils de la Grèce assistant à leurs funérailles, €t jurant sur leurs bûchers, de mourir ou de faire rouler le^ phalanges étrangères ; donnez

quelque chose à la nature qui ne peut perdre tous ses droits ; qu'un Lacëdemonien se laisse attendrir aux pleurs de sa famille ^ mais que bientôt^ le fanatisme reprenant son empire, ce père,. cet époux soient en butte aux outrages de tous ces concitoyens. Essayez une esquisse de cette scène imposante ; livrez-vous à toute votre verve ; dutrez, si vous voulez, lexpression du dévouement, on vous le pardonnera , car, dans ces sortes de compositions, il est permis d'être au-delà, et jamais de rester en deçà.

Il serait injuste de quitter M. Couder, sans avoir rendu justice à l'exécution pratique de son tableau. Peut-être serait-il vrai de dire que le torse de Le'onidas est un peu lourd de forme ; mais il sera de toute vérité d'avouer qu'il est bien peint, et qu'en général, tout dans ce morceau est d'un modelé qui annonce de profondes études et un très-grand soin de travail. Quant à la couleur elle est sage...

Que ne l'est-elle un peu moins ; je l'en aimerais davantage; selon moi, dans le colo*

Page 1