‹ L'ártiste et le philosopheChapitre 20 sur 43 · WI · texte numérisé non relu

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(57) ris , comme dans Farrangement des grandes scènes ,

. . . Un beau désordre est un effet de Tart.

Et vous avez raison. En nous éloignant du Léorddas, souhaitons à M. Couder une inspi^ ration plus heureuse^ et comptons, si nos vœux sont exaucés , sur un très-bon tableau pour le salon prochain. ^

Diable! voila qui est bien! qu'en pensez- dklabochb(j

• ^ Jeanne d'An

VOUS , mon ami ? ^o^^s^,

9 (Ce table

L ARTISTE. - appartient à ]

Arouschmit q

Ce que vous en dites. Sire^^ye?*

' Angleterre , f

LE PHILOSOPHE. Sey^oiSÏ" ^

Le sujet s'explique de lui-même : Jeanne d'Arc prisonnière et malade...

l'artist;e.

Ah! vous êtes plus habile que moi; vous avez deviné du premier coup , et je vous avoue que c'est seulement après y avoir regardé à deux fois que j'ai reconnu là une jeune fille.

Les caractères de son sexe sont , à la vérité', trop peu sensibles, et, comme vous, j'aurais de'siré que sa gorge plus fortement prononce'e ne laissât aucun doute sur l'espèce du prisonnier. Le courage que Jeanne d'Arc montre en présence d'un de ses bourreaux en eut été plus extraordinaire, plus intéressant; on se plait à trouver la force dans la faiblesse , et la con» stance de la vertu dans une femme jeune et belle. L'apparence de virilité convenait à l'expression de la tête de la bergère devenue chevalier ; les grâces et les formes féminines convenaient au reste de son corps; et cela d'autant mieux qu'elles justifiaient la haine du cardinal dont les désirs luxurieux n'étaient pas moins trompés, sans doute, par la résistance de l'accusée, que son fanatisme n'était irrité par ses dénégations.

Dans cette figure de Jeanne d'Arc , d'ailleurs fort jolie , le doute oîi l'on est sur le sexe du principal personnage , n'est pas le seul défaut apparent ; on ne se rend pas cqmpte aisément

de la position de son corps. Le raccourci est pénible.

LB PHILOSOPHE

Il me parait à moi assez adroitement dissi* mule. D'aillem*s, je confesse que si c'est là une faute ^ à peine j'ai eu le temps de la remarquer ; l'expression de la figure de Jeanne ^ en opposition avec celle de Vinchester, captive toute mon attention. Le cardinal menace des pemes étemelles Fhe'roïne française^ si elle persiste dans son silence ; il lui prodigue les paroles les plus terribles; c'est le Dieu de vengeance , le Dieu cruel , le Dieu courroucé qu'il lui montre acharné à sa perte ; Jeanne lève les yeux au ciel ; son regard semble dire : <^ Je ne crois qu'au Dieu indulgent, au Dieu « (jui pardonne ; ce Dieu soutient mon cou- « rage, et me donne la force de le glorifier « au moment oà toi , son ministre , tu pro- (( fanes son notn , et méconnais ton sacré ca'*- « ractère. »

La figure du cardinal est superbe.

ΫE, PHILOSOPHE

U est marqué au iront du sceau, kifquisito-

rîal. L'enfer ! misérable charlatan^ hypocrite en baretle, scélérat empourpré, tu parles d'enfer! il est dans ton cœur, il est dans tes jeux , il est dans ton geste , il est partout dans ta hideuse personne; il t'inspire, c'est ton dieu, le dieu des tartufies et des Vinchester.

l'artistb.

Ce tableau est d'une belle exécution ; le coloris a de l'éclat sans affectation; le dessin est correct sans sécheresse; le style en est généi^ement relevé; le scribe seul est un peu commun.

LE iPHILOSOPHE.

C'est par là que je le trouve fort bien* JVe voudriez-vous pas qu'il fut noble comme un d'Aguesseau, un Moléj, un Malesherbes ? il est laid , tant mieux ; il serai toiitjours assez beau pour un greffier du Saint-Office.

Quittons ce prêtre qui maudit; cela soulève l'ame. Venons assister à une scène consolante ;

Saint Vincent àt , .« it^p*. 1

Pauie préchant ccoutons cc vicairc Qo Jcsus tait homme, qui

devant la cour à i i i • /

de Louis xui prêche la chante.

Vincent de Paule! ce nom rappelle l'as- pouriesenfims semblage de toutes les vertus ^ de toutes les n» 458. perfections humaines. Je suis enchanté que .^à^^^^

I / \ 11^ ry.L*juteur pré-

chaque année nous ramené au salon le por- ,irc le pendant

. .- •■ !• i» •- 11 j > de ce Ubleau,

trait de ce bientaiteur des hommes ^ de ce père dont le sujet ^st

1 11* -cT •i\ 1 •.! M •"» i* m ** la morl de Louis

des orphelins. Voua le saint dont il iaut pem- xiid dre toutes les actions. Il honora plus son siècle par son héroïsme philosophique ^ que tous les guerriers , les poètes et les savans de son temps. Honneur au prêtre qui sait rendre aimables les devoirs du chrétien! malédiction au desservant des autels qui ne fait retentir le sanctuaire que de cris farouches , de furieuses imprécations ! la vertu, voilà le texte et le but <lu premier; l'ambition, l'intérêt, la politique: voilà le mobile de l'autre. ^

Vincent de Paule a toujours été honoré d'un culte touchant. De Troy exécuta une suite de tableaux dont tous les sujets étaient empruntés à la vie de cet honorable patron des maisons de charité. J'ai vu, il y a quelques mois , sur le maître-autel de la vieille église de Saint* Pierre à Mùcon , celui de cette collection qui

se rapporte à l'ouvrage de M. Delaroche^ que nous avons devant les yeux. J'y ai remarque une belle ordonnance , du mouvement et de l'exfNression ; mais le dessin est mou et tourmente, la couleur faible, et la touche froide. Le tableau de chevalet que nous examinons eçt aussi bien composé que bien peint.

La figure principale est persuasive ; il y a de l'onction et de la bonté sur tous les traita du prédicateur. L'auditoire est habilement représenté; sa scrupuleuse attention me plait. J'aime beaucoup le groupe des pauvres enfans .

Un de ces petits orphelins me rappelle les enfans du tableau des Sabines.

Je ne sais ce que vous direz de ce vieux magistrat qui remet au trésorier de l'œuvre une J^ourse , produit de sa quête , mais je le ti*ouve fort bien.

Je suis fort satisfait aussi de ce clerc au rentre, et je remarque avec plaisir lliabSeté

du peintre dans la manière dont il a placé là cette figure de femme , dont la robe de velours fait un repoussoir excellent , parce qu'il est naturel. Félicitons M. Delaroche sur ses progrès , et faisons-lui compliment aussi au sujet de ce petit tableau où nous voyons Philippo- PUiippo-iâppi , Lim)i devenir amoureux d'une religieuse qui «^ «i> ^^t»u

rr ^ * pour un coa-

posc pour lui une tête de vierge. Sw^^îê *•

religieiue qui lai servait de LE PHILOSOPHE. modèle.

Parbleu ! ie pardonne de tout mon coeur à (a m. Dema-

. ' f î • / • . ««re. Il doit être

ce Lippi une mconvenance quun' janséniste grave ^ u ma-

, . ^ ... nière "oire par

n excuserait peut-être pas : mais le ne suis pas m. Meiie, artiste

r ' . . . *^, «ngW» actuelle

janséniste , et cette religieuse est si jolie ! elle "»«»» * p»"» ) se défend avec tant de grâce , tant de modestie et tant de faiblesse ! D'ailleurs, je le vois bien, tout peut s'arranger ; la nonnette n'est pas encore professe , ses engagemens ne sont pas étemels ; elle pourra se débarrasser des liens du cloître , et suivre dans le monde ce jeune homme qui montre tant de talent et qui est si bien fait pour plaire. Et puis , d'ailleurs , qui sait? Cette jeune fille est peut-être une victime de la tyrannie paternelle ; sa vocation aura été contrainte ; elle était née pour satisfaire aux lois de la nature: eUe devait être

épouse et ; mère et l'on a abusé de sa faiblesse j)our la condamner au supplice du couvent ! Pauvre petite, que je te plains; mais consoles^ toi , l'amour est là ; la société va reprendre ses droits , la grille va letre ouverte. . . . Au moins , Fhilippo, épousez4à ! . . . .

Cette petite scène est charmante, et, si j'étais riche , dans deux heures ce joli tableau serait à moi. Mais je suis ici comme Tantale ; je suis entouré d'objets qui me tentent , et je n'en puis saisir aucun. Philosophie , apprendsnous à modérer nos désirs les plus ardens.

meïnjkh. Revenons à saint Vincent de Paule. Mes-

" PaX"* *** sieurs Meynier et Guillemot nous le montrent

n» i3i8. encore dans l'action où nous l'avons vu tout à

l'heure. L'ouvrage du premier de ces deux

peintres est d'une grande dimension.

Je n'ose pas dire que c'est la seule chose qui le rend remarquable ; ce n'est pas à moi à décider du mérite pratique d'une aussi vastecomposition ; mais ce que je puis avancer , c'est que la figure du fondateur des Enfans- Trouvés est mesquine ; il grimace , le saint

homme ^ il est d'une laideur repoussante : et je pense que tout en conservant le type de ses traits, on pouvait le rendre noble et beau. II fallait l'idéaliser un peu. Mais, l'idéal ne parait pas être dans le goût et les habitudes de M. Meynier; car les nobles dames qui assis* tent à l'exhortation de Vincent de Paule sont tout au plus jolies ; ce sont des nez longs et pointus , dont un pouvait se trouver là par hasard , mais que je n'aurais pas voulu rencontrer sur tous ces visages. Le petit enfant assis par terre , et celui qui s'élance des bras delà sœur hospitalière, sont charmans.

Oui, mais d'un dessin un peu lourd.

Je n'en sais rien. Ils sont expressifs , et c'est ce qu'il me faut ; quant aux deux religieuses ^ elles sont bien.

L'ensemble de ce tableau ne me. satisfait pas.; Je le trouve mollement peint et fait dans un^ système de couleur froid et triste. A tout prendre , j'aime mieux les cendres de Phoeion^

de M. Meynier, et son Œdipe enfmty que le Vincent de Paule dont nous venons de nous occuper. Bien entendu, cependant^ qu'il fallait du mérite poiir le faire tel qu'il est , mais' l'auteur est académicien , et ce titre peut rendre exigeant !

Flatteur ! vous cr^igne^ les ressentimens de rAcadémie !

Non, vraiment ; mais j'ai pour elle les égards qu'on doit aux corps constitués.

La bonne plaisanterie !.. l'Académie ,

corps constitué!

Oui, Monsieur, et par arrêt de la Cour Royale , encore !

Diable ! mais c'est sans appel. Ainsi il €st défendu, par re3pect pour la société , de critiquer un académicien , une décision de l'Académie ! L'Académie est un corps politique !

(67) L'Académie en corps a toujours raison ! Un académicien a toujours du talent ! sinon!

Eh ! sans doute , d'après ce principe judiciaire , qui veut que la chose juge'e soit réputée pour la vérité.

6i£n a donc pris à Piron de ne pas naître au dix-neuvième siècle ; les procureiirs généraux près l'Académie française auraient eu souvent à venger la docte corporation des railleries du poète! Mais, dans ce temps là, l'Académie n'avait pas besoin que le ministère public se chargeât de la protéger. Jjcs Muses auraient ri d'une semblable prétention et se seraient plaint à Apollon du zèle imprudent de Thémis. C'était devant le public que se plaidaient, par épigrammes , les causes d'amour - propre littéraire ; il prononçait en dernier ressort^ et quand. l'Académie était vaincue, elle ne se pourvoyait pas en cassation par-devant messieurs de la grand'chambre.

Trêve aux digressions séditieuses, les ou^ GuiLWMOT. Trages de M. Guillemot nous appellent dans

Saini Vincent de i n • •

Pauie. la salle voisine.

n^'S^^, 5o el5i.

Ce sont, m'a-t-on dit^ les esquisses de trois tableaux à fresque qui doivent orner une des chapelles de Saint-Sulpice.

Elles sont remarquables par la composition et par l'aspect ; si les tableaux réalisent l'espérance cpi'elles font concevoir , les marguillers de Saint-Sulpice auront à se féliciter d'avoir chargé M. Guillemot d'un travail aussi important. L'artiste dont nous parlons a une réputation à soutenir; le souvenir de plusieurs ouvrages et notamment de sa Résurrection de la fille de Ndim , lui impose une grande obligation à remplir; s'il ne fut pas parfaitement heureux au dernier salon, iUpeut prendre sa revanche cette année. Les murs de Saint-Sulpice sont un champ vaste où il peut déployer toutes les ressources de son pinceau et de son imagination. Il a surtout à exécuter un pla- • fond où le génie de l'artiste pourra s'exercer.

Ah! une apothéose! c'est de situation, j'en conviens, mais je n'aime pas cette espèce de représentation. Je trouve de mauvais goût le rapprochement d'un homme en surplis et en soutane <, avec des anges aux ailes étendues, aux larges draperies , aux têtes brillantes d'auréoles et de divinité. Quelque bien traite que soit ce genre , il a toujours l'inconvénient de se rapprocher de l'allégorie , le genre le plus froid et le plus faux qui soit au monde,

Il est des traditions données dont le peintre ne doit pas s'écarter*

Je ne suis pas obligé de les respecter, moi ; et comme je suis ici pour vous dire toute ma pensée , soufirez que je persiste dans mon opinion ; elle est si formelle que j'ai peine à pardonner à M. Gaillot la peine qu'il s'est donnée à faire monter au ciel cette douzaine de bonnes âmes et d'anges qui sont inondés des célestes menj d w cha-

, , . . , peHé dediëe anx

clartés , et qm aspirent aux recompenses pro- trepas.es ; pour

, ,7 r . r l'ëglise de Saint-

mises aux élus. Maurice, à LUle.

Caillot»

Allégorie des-

Libre à vous. Pour moi, qui n'ai pas de répugnance pour les sujets de telle ou telle nature pourvu qu'ils soient habilement combinés et bien exécutés, je loue M. Gaillot du talent qu'il a mis dans la composition de son tableau symbolique. Je le trouve d'un style éh général agréable, d'un dessin gracieux et d'une couleur satisfaisante. M. Gaillot ne vise pas aux effets sombres de nos imitateurs dfe l'école espagnole, il est naturel et brillant à-là-fois. Il a traité d'une manière classique un sujet trèsromantique ; enfin il a fait un bon tableau.

LE PHILOSOl^HÊ.

Sa je m'en souviens bien, en 1822 , il avait fait aussi un bon ouvrage.

Cela est Vrai. Cet artiste est toujours bon , mais jamais meilleur.

Tant pis ; «Ce n'est pas eii l'appliquant à la peinture, qu'Horace a qualifié dUheureusey la médiocrité.

Maïs j'entends le cri du gardien : Messieurs , on ferme ! Adieu , mon cher compagnon de voyage. A demain.

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