‹ L'ártiste et le philosopheChapitre 21 sur 43 · TROISIEME PROMENADE · texte numérisé non relu

TROISIEME PROMENADE

Aïïr DE pojoi. . Le nom de M. Âbel de Pujol se lit en tête

ûermanicas sur ii* *9*i • i* '11/* i

le champ de ba- clu livret ; ] di, depois avant hier, le desir de

taille où Varus , i • 1» v • 9

et ses i<^gions vQir SCS Droductions ] a où vient qu aucune ne

furent massa - rr \ 1

crés par les S est encore offerte a mes regards?

Germains.

°° ^* I/'artiste.

Vous les avez vues , sans doute , mais vous ne les avez pas remarquées. Le Germanicus ti'est cependant pas de ces tableaux auxquels on ne prend pas garde. C'est la plus grande page de l'exposition.

Je ne sais pourquoi je voudrais que ce fut la plus belle. Je prends au succès de cet artiste le plus étrange intérêt. Je ne Tai jamais vu, et je l'affectionne. Je serais fâché d'apprendre qu'il n'a pas réussi cette année ; il a si bien débuté ! son saint Etienne m'est tou-

( 73 ) jours resté gravé dans la mémoire... Je vous €n prie^ menez-moi devant son ouvrage.

Vous y êtes depuis un quart-d'heure.

I/E PHILOSOPHE

Quoi ! c'est là le tableau de mon ami Pujol ? Dieu ! j'ai peine à le regarder ; dites-moi pourquoi il me fatigue la vue 7

C'est qu'il est d'une harmonie un peu

criarde.

Dites-moi pourquoi je ne reconnais pas le

sujet?

C'est qu'il manque d'unité, de concentration d'intérêt.

Dites-moi pourquoi je ne vois là que des bras et des jambes ?

C'est, qu'il y a beaucoup d'agitation partielle j et pas d'action générale.

LE f>HILOSOPHE.

Dites-moi pourquoi rexprèssioti de G fermanicus ne fait aucune i impression sur mon ame ?

C'est que sa douleur n'est pas e'pique , pas naturelle I, mais théâtrale. Gérmanicùs n'est pas ici le vainqueur dés Germains; c'est un héros d'ope'ra.

LE PHILOSOPÙE.

Dites -moi si ses yeUic, rfouloiUreiisement levés au ciel , ne rappellent pas ceux d'un personnage historique que nous avons vu au salon il y a quelques vingt ans ?

Us ont ce malheur là !

le ^filLOSÔ^llB.

Pourquoi donc le Bonaparte de Gros (f) faisait-il passer en moi lé seïitiiiiliènt profond dont il semblait pénétré ^ «t pourquoi la tristesse de Germanicus n'éveille-t-dyte ch léon eoeur aucun mouvement sympathique ?

(i) C'e^t , sans douté , à Ik baâiillè A^Ëylati que ce passage fait allusion.

C'est que Bonaparte était sublime ; c'est que cette espèce d'imprécation au sort , qui en donnant le gain de la bataille ^ l'avait fait payer si chèrement au gênerai, et au chef de l'État ; c'est que cet adieu muet aux braves qui venaient d'expirer; c'est que ce retour d'une ame ambitieuse, sur elle-même, à l'aspect des victimes du grand sacrifice qu'on lui a oflert; c'est, dis-je, que tout cela portait l'empreinte du génie. Ici, au contraire, tout est froid : l'enthousiasme des légionnaires, la mort de ce vieux soldat qui rapporté l'aigle qu'il a préservée, l'affliction de ces guerriers qui rendent les honneurs funèbres aux ossemens blanchis de leurs anciens frères d'armes, et la joie mféïéè de regrets du futur vengeur de Varus.

Vous venez dé parler^ d'iSm vieux soldat qui a sauvé son ensei^« ^ et qui expire en la remettant aux mains de Germ/inicus ; cette figure vous plaît-elk ?

Je fe trï^c pàttVré ?

Je le croîs parbleu bien ; ce Valérius n'a vécu que de racines et de fruits sauvages.

Ce n'est pas une raison, je pense, pour me le représenter comme on ferait un saint Jean nourri dans le désert de sauterelles ou de cigales. Cette académie est savamment indiquée, elle est peinte avec soin , elle prouve d'excellentes études, mais elle ne plait pas. Il faut que dans un ouvrage de style , un Romain , mort de fatigue et de faim , ne ressemble pas à un Juif, vivant de privations et soutenu par la grâce, ou à un sujet d'amphithéâtre, mort dans l'étisié.

Vous ne trouverez donc rien pour me consoler? Nous allons donc impitoyablement condamner l'ouvrage de M. Abel ?

Gardons-nous en bien^ ajoutons aux observations que nous avons faites , que le fonds de paysage combiné par l'auteur, pour produite un effet lugubre , est plus lourd que sombre ;

que les terrains sont dW ton monotone ; qu'il y a peu d'air dans le tableau ; mais arrêtonsnous sur plusieurs détails habilement exécutés ; reconnaissons le crayon fin et correct d'un élève de la bonne école, dans quelquesunes de ces académies du premier plan ; remarquons les jambes de ce soldat cuirassé^ assis à gauche au-dessus de la fosse qui reçoit les derniers débris de tant de braves ; étudions avec la lorgnette (car le tableau est placé si haut , que le mérite de ces morceaux d'étude est presque perdu ^ même pour les connaisseurs); étudions ces bras, ces mains qui sont d'une forme et d'un modèle excellent.

Et disons , pour en finir avec cet ouvrage , que pour se tromper comme M. Abel de Pujol, il faut avoir le talent d'un maître. Voltaire , en rimant la Henriade , n'a pas fait un bon poème épique , et tout le monde en lit avec plaisir les brillans épisodes ; tout le monde en retient les vers frappés au coin du poète. Le même sort est réservé au peintre de Germanicus, on conviendra qu'il n'a pas réussi dans l'ensemble de sa composition,

( 78 ) mais les amateurs se rappelleront certaines parties d^ son tableau qui attestent un talent plein de force , un artiste habile et savant.

'''' T Jwe. '* Voulez-vous voir un Ixion de la façon de M. Pujol.

Un Ixion! Dieu m'en garde. Je n'aime pas^

dans les mythologies, les scènes sanglantes. A

quiyient-il dans la tête de demander de pareils

sujets? Pourquoi régaler nos femmes et nos

filles du spectacle de la roue ? Veut-on nous

accoutumer à l'idée de cet horrible supplice ?

Un honorable député a prié qu'on restituât

aux vilains la corde , dont la révolution avait

aboli l'usage roturier ; la jChambre , peu

miire encore pour ces sortes de prétentions ^

a passé à l'ordre du jour; faisons comme elle,

ne tenons aucun état de la roue où se débat

le téméraire amant de Junon, en attendant

l'entrée de Proserpine aux enfers.

Mais s'il y a de belles choses?

Je ne veux pas le savoir.

Si la figure dlxion est bien peinte 7

LE philosophe.

Tant mieux pour Fartiste, mais je ne la verrai pas.

Diable d'homme , avec ses systèmes !

Je veux bien aller à la tragédie , mais je ne loue pas de loge à la Grève. Vous ne me ferez jamais voir une sainte Cathjerine déchirée par des crampons de fer ^ vous n'obtiendrez^ pas que je regarde un Marsyas écorché.

Et le juge prévaricateur?

LE P]|ILOSOPJiE.

SionpluS) quoique ce soit très-moral.

L'Ixion de M. Âbel de Pujol est je croîs destiné à faire un dessus déporte. Il compléte^ra

une collection composée d'un Prométhée, d'un groupe de Danaides, d'un Sisyphe et de quelques autres sujets de ce genre.

Et ces monstruosités doivent figurer dans un palais? ce serait bon tout au plus pour une salle d'inquisition. Quoi ! dans la maison d'un prince, où tout doit respirer la clémence et là bonté , de semblables images !.. fi donc. . . Toujours du sang dans le palais des rois !.. Vous voulez des dessus de portes? en voici :

Auguste pardonne à Cinna.

Louis XII fait grâce aux ofiiciers qui l'avaient desservis auprès de Charles VIII (i).

Henri IV et le capitaine Michaud.

Trajan anéantit les preuves d'une conjuration tramée contre sa personne.

En voulez -vous d'autres? Marc-Aurèle^ Titus , Périclès , Henri IV ; oui , toujours

Henri IV!

Si vous voulez que les tableaux dont vous décorez les demeures royales aient un sens moral utile aux courtisans , l'histoire des phi-

(i) Ce sujet a été traité par M. Gassies ; il en sera parlé plus tard^

losophes vous ofirira cent sujets pour un. Si vous voulez montrer votre haine pour l'ambition et votre horreur pour l'oubli des services rendus à la patrie , représentez Aristide exilé. Si vous aspirez à exciter l'efiroî de la conquête et à prouver le mépris que le conquérant fait des citoyens , offrez a nos regards les officiers^de Xerxès frappant d'un fouet sanglant les soldats perses , pour leur faire exécuter plus promptement le passage du détroit ; enfin . si vous voulez illustrer l'amour national et donner une leçon mémorable aux traîtres qû portent les armes contre la patrie, peignez Thémistocle, si coupable envers Aristide, expiant sa faute et buvant le poison plutôt que de prêter le secours de son bras et de ses conseils à Artaxerxès ; et , pour pendant à ce tableau , représentez la mort de ce général que le premier boulet français vint frapper dans les rangs ennemis, où, semblable à Coriolan et comme lui criminel , il était venu chercher le moyen de se venger du pays qui le vit naître.

Voilà les peintures dont il faut orner les édifices publics , et non ces traditions vieillies et sanglantes de la mythologie païenne ; ce

(Si)

ii^est qu'en produisant des ouvrages utiles fck riches de moralités , que les arts se rendront dignes de la mission qu'ils ont à remplir. Comment les artistes feignent-ils d'ignorer des vérite's de cette espèce? Le goût du siède est cependant bien prononce ; il sifflerait les vers de Boufflers et de Dorât ; il briserait les ouvrages de Boucher et de Baudouin ; il ferait justice des licencieuses productions de Crébillon fils ; il ne se complairait pas aux récits des exploits des colonels de boudoirs, des abbés prestolets , des héros de ruelles , de tous ces roués du bon ton enfin , à qui il ne tint pas que la France ne passât pour uneBabylone nouvelle. Il veut du raisonnable , de l'énergique , du vrai , ce siècle de bon sens et de philosophie ; il veut des mœurs , de l'industrie , du commerce , de l'indépendance dans la pensée , de rhonneur , delà véritable gloire, de la philantropie et du respect pour les lois ; il veut la conséquence de toutes ces choses , la liberté que l'aveugle ignorance voudrait proscrire ^j mais qui est plus forte que les regrets de l'ancien régime , et plus persuasive que les promesses du pouvoir absolu.

Revenons à notre examen.

Voila un ouvrage d'un bel aspect , d'un bon cockht. dessin , d'un modelé excellent , d'une couleur ^^'Z^,^' bien entendue ; il mé plaît , et j'éprouve le "* *^^ regret de voir la foule passer devant liii sans le regarder !

La foule a besoin d'être prévenue sur le» beautés d'un tableau pour s'y arrêter. Il y a , dans le public ^ deux parties bien distinctes ; Tune se compose des hommes qu'un sentiment vif des arts domine, et porte instinctivement à l'appréciation des bonnes choses ; l'autre est composée de cette espèce d'hommes dont Timagination ne saurait être excitée par rien, qui n'a aucune délicatesse dans le goût , et a laquelle il serait injuste de refuser cependant la faculté , non d'apercevoir ou de pressentir , mais de comprendre quand on s'adresse adroitement à son organisation , et qu'on frappe son intelligence d'une certaine manière. Celle-Ki se laisse entraîner ; elle saisit alors assez bien ; l'autre n'attcHad pas l'impulsion ; elle^^la donne ordinairement. Cette réunion des deux partie» qui forment le public , outre son inap-

titucle à Lien juger , est dirigée par un sentiment naturel. Il faut qu'elle soit au courant des choses qu'on lui montre ; il faut qu'elle ait fait connaissance avec les personnages q'u'on met en mouvement devant elle. Sait-elle ce

que c'est que Marins ? a-t-elle jamais entendu parler de Carthage ? le liom de Servilius a-t-il jamais frappe son oreille? se doute-t-elle des causes qui ont amené l'exil de cet homme ^ qu'elle voit assis sur le fïit renversé d'une colonne? Non, elle ne sait rien dé tout cela; et vous voulez qu'elle y prenne intérêt? Elle laisse Marins pour ce qu'il est, et l'envoyé du préteur aussi ; elle regarde , elle ne voit que deux hommes noirs , reflétés de roùge et de jaune , qui exécutent ime scène de pantomime k laquelle elle n'entend pas un geste.

ène damassa- Vovcz-la , au Contraire» devant cet autre

crc des mno- •' ' '

cens. ouvrage de M. Cogniet ; elle s'agite , elle s'en-

, ^ ^ flamme . elle exprime vivement ce qu'elle sent

Lchetee 7,000 t JT 1 ^

ffiue^)*' ^' ^' ^^^^ force ; elle a compris ce tableau ; fc'est que tout le monde «st bon jugé de l'expression de la douleur d'une mcl^e , c'est que tontes les femmes se mettent à la place de cette malheureuse , qui cherche à sauver Son enfant : c'est que tous les hommes , ceux au moins qui

- Û^M- u/-aif<' //^ ' fL^..airc /,:< r 4,,^-,-r.w./-

sont pères ^ savent combien est grande la perte d'un fils , combien est affreuse la mort surnaturelle de ces petits êtres , dans lesquels on se plaît à se voir revivre ! Et n'ayez pas peur que rien n'échappe aux regards de ces gens ^ dont les pensées diverses sont confondues dans une pensée unique ! Vous croyez avoir remarqué tout seul ce raffinement de la crainte qui in* spire à cette mère infortunée l'idée d'étouffer les cris de son enfant , en appliquant sur sa bouche vagissante sa main agitée? Non, ils l'ont remarqué comme vous. Il ne faut pas avoir appris à lire dans un tableau pour voir ces choses-là; il y a, dans le cœur de chacun de nous-, un sens intime , qui fait découvrir ces délicatesses , dpnt l'artiste se glorifie probablement, et d'aujtant plus qu'elles lui ont coûté davimtage : et potu-quoi ont-elles cj^ùté à lartiste? C'est que son instinct natur^el n'est plus pur comixie c^uide l'homme du peiq>le: l'étude de l'art Ta gâté.

Dites mainltenant tant que vous voudrez , à la masse des spectateurs, que cet épisodç n'est pas d'ime bonne exécution , que ce n'est pas bien peiiit ; vous ne serez pas cru. L'artiste a pour lui tous ceux qui ont été attendris

OU eflrayés. Pour ceux-là, l'ouvrage est assez expressif, la mère assez belle dans son appréhension, l'enfant assez intéressant dans son indifférence innocente; ils ne savent pas qu'ils haïssent le roi Hérode ; Hérode n'a jamais été pour la plupart d'c^ntre eux; mais ils haïssent' celui qui a commandé ce massacre ; ils haïssent les soldats barbares qui ont levé le glaive sur les enfans d'Israël. L'indignation les transporte, et, prenez-y garde, elle retombera sur vous, si vous avez le malheur de les désenchanter sur le mérite de cet ouvrage ,

Je serais certainement digne de leur courroux si je me permettais une critique injuste. Ce tableau de M. Cogniet est recommandable sous tous les rapports. La composition en est - très-hem^use ; le dessin correct, sinon élégant, la couleur austère et dramatique. J'aime beaucoup cette production , dont quelques-uns d^s mérites se retrouvent dans une tête de femme de la campagne de Rome, et dans le portrait

pOTtraiid'eM dc M. Thévcniu , peintre et ancien directeur

»• ssleî 337. d^ l'École française en Italie,

Ni

aux gens qui voient.

11 a dédaigne le moyen vulgaire de Fexpres

sion.

U a dédaigné la compositipn , sans laquelle il n'y a point de tableau.

Voulez-vous faire une nouvelle épreuve de ce que je vous disais à Tinstant? Tenez , voila un autre tableau dont le massacre des innocens gram PlIABTlf^

. 1 • 1 11- Massacre des in -

est aiissi le sujet ; voyez; tout le monde le re- nocen*.

garde d'un œil étonné ; personne n'y comprend

rien. Il y a du sang répandu^ et pas d'intérêt;

c'est que l'auteur n'a pas voulu parler pour

être entendu des oreilles vulgaires ; il a fait

comme ce sermoneur en camail, qui débuta^ar

dire^ dans la chaire, aux auditeurs qu'avait

rassemblés sa réputation : Qui potest capere ,

capiat(^qae celui qui pei^t entendre entende).

Il ne s'est pas soucié de plaire aux gens qui

sentent.

Je ne trouve rien de dramatique dans cet

arrangement.

Je cherche en vain l'efTet dans ce grand camaïeu.

LE philosophe.

Voulez- vous que je vous repète ce que disait hier une bonne femme qui s'était arrêtée devant le tableau de M; Gham{>martin ; j'ai recueilli son prbpos , pendant que nous traversions cette salle? « Voila , cependant , disait- K eUe^ à quoi sont exposéâ tios enfahs! Un c( cheval emporte son cavalier qui le promé- (( nait aux Champs-Élisées ; il franchit la bar- <( rière des Tuileries , et vient à la petite Pro- « vence renverser et tuer les marmots et les

« bonnes! Si j'étais préfet de police ! »

Je parie qu'elle s'est répandue en invectives contre les valets, contre les chevaux, contre les factionnaires , et peut-être aussi contre les bonnes d'enfans qui resteht dans la partie basse du jardin, au lieu de monter sur les terrasses!

Linterprétation du sujet est assez drôle.

Et assez juste; car enfin ^^ ces femmes ne sont guère cflGrayëes que pour elles ; ou si elles le sont pour les enfans qu'elles doivent défendre, c'est en gagistes; il n'y a rien de maternel dans leurs cris. Est-ce donc là l'accent de la nature outrage'e ?

Point de groupes , mais de belles parties de dessin ; point de couleur , mais le torse d'une femme blonde bien peint ; point d'eflFet, mais de la combinaison hardie , trop hardie même. En somme ^ un tableau manqué , mais qui prouve du talent. Je ne* serais pas étonné qu'un partisan de l'auteur ne trouvât cet ouvrage sublime ; ce serait se tromper d'un pas . M . Champmartin travaille à être original ; il se tourmente pour sortir des routes battues; l'eflbrt est louable. J'ai peur toutefois que la voie où il marche aujourd'hui né l'égâire , el: ne le jette dans un précipice d'où il ne pourra plus se tirer.

On dit cet artiste jeune et plein d'ardeur ^ laissez-le faire ; cjuelques folies , dit^on , rendent sage. Ajournons à dix ans un jugement de'finitif sur un peintre à qui vous reconnaissez des qualités^ et dont^ par conséquent, il ne faut pas désespérer. Le temps et les conseils de la raison le dissuaderont du système q[u'il parait avoir adopté. Il caresse aujourd'hui une chimère y que demain peut-être il foidera aux pieds.

Poriraii de M. Cc portraît d'uu oAScicr de cuirassiers est

le comte de.... >» . , • ^

iieuienant de fait dans uuc autrc manière.

«cuirassiers.

, Je crois en i*econnaître le type.

Gérieault !

Justement. C'était un homme habile, celuilà ! Original sans efforts et sans prétention , il avait un cachet qui sentait le maître. Ce peintre me parlait une langue que j'entendais à merveille, mot qui suis un grand ignorant.

( 91 ) J'ai pleUrë sa mort, et le souvenir de son trépas prématuré m'arrache encore des larmes en ce moment. Jeune , et doué d'une si fougueuse imagination, d'un talent si neuf, d'un génie si profond; être enlevé aux arts au moment où on recueille les premiers fruits de ses succès ; quel malheur !

Voilà de tes de'crets , céleste providence ! LE PHILOSOPHE.

Revenons à M. Champmartin. Croyez-vous que ce cheval pût marcher , si un nouveau Prométhée lui disait: Tu es, vas!

Peut-être serait-il un peu lourd.

Il ne me déplaît cependant pas. J'y vois....

De belles indications musculaires, largement traitées. Dans le cavalier, j'admire la cuirasse qui est d'un ton riche et brillant ; le fonds de paysage qui remplit l'espace compris entre les jambes du coursier , me parait re-

( 9^ ) marquable par des qualités analogues ; la brosse s'est exercée avec liberté sur cette toîle; les couleurs s'y sont pressées , entasséies , heurtées quelcpiefois avec bonheur, quelquefois malheureusement .

Il y a licence , abus : eh bien ! je les préfère dans un jeune homme à la sécheresse , à la symétrie , à la froideur. Il y a de la ressource dans les organisations chaudes; M. Champmartîn est plein d'espérances; vienne 1 826 , et vous verrez !

siGAioN Poursuivons ; Sigalon! voilà un nom k-peu-

Lociuie. pp^g nouveau pour moi. Mais je me ravise ,

(M.j.Laffiue a M. Sigalou a exposé, il y a deux ans, un ta-

payë 4i000 f. cet 11 •' il 1 "i '

ottwage.) bleau presque inaperçu , dans lequel j ai cru

reconnaître le germe du talent. Je suis fier de ne m'étre pas trompé.

Oh ! oh ! voilà un sujet largement conçu ! Trois figures. A gauche, Narcisse, la tête appuyée dans la main droite ; il est dans l'attitude de la plus sotobre réflexion 5 au milieu ^

l'empoisonneuse , le corps penche vers Narcisse , et se glorifiant auprès de l'afiranchi de Néron , de l'excellence de son art ; à droite et par terre , l'esclave se débattant contre la mort qui circule dans ses veines, comprime ses entrailles et soulève sa poitrine. Voilà qui est simple et beau.

Ces figure^ scmt très-bien composées ; la scène est bien expliquée ; mais il me semble qu'il manque là un personnage.

Néron, n'estrce pas? Fi ! l'horreur !

11 se cachait pour épier Britannicus ; pourquoi ne viendrait - il pas mystérieusement prendre un avant-goût du supplice qu'il a rêvé en écoutant la conversation de son frère et de Junie?

LP PHILOSOPHE

Cela répugne. Le tableau ne serait pas supportable. Un roi se délecter d'un spectacle aussi affreux.

Il se regala bien de l'incendie de Rome î

N'importe; je ne veux pas qu'il assiste sl une épreuve aussi atroce. Si sa présence était historique , il n'aurait pas fallu faire le tableau. Il est des choses que la peinture ne saurait rendre, elle a sa pudeur comme la poésie. Ce serait la jeter dans l'excès du romantisme que d'exiger d'elle ces sacrifices à la dépravation du goût!

Néron n'est pas là, et j'en rends grâce à M. Sigalon. Que dis-je, il n'est point là? Il y est ; il y est tout entier dans la personne de Narcisse. La pose et l'expression de ce monstre subalterne sont très-bien senties. Le monstre s'est fait bourreau pour n'être pas victime , et il apprend par la mort d'un esclave comme lui , ce qu'à un tyran coûte la vie des hommes. Il déteste sans doute intérieurement l'affreux office dont il s'est chargé , mais il faut servir Néron; et l'ambition et la crainte justifient dans ce coeur de boue sa double complicité dans l'essai de Locuste et dans le meurtre de Britannicus.

La tête de Narcisse n'est peut-être pas assez noble ; j'y voudrais un peu plus de style.

Je crois que vous avez raison ; il y a de sublimes horreurs.

Quant à la Locuste , elle est belle comme un de ces monstres invente's par Michel-Ange ou par Byron.

J'ai entendu reprocher à M. Sigalon la témérite' de ces longues mamelles pendantes; on a dit que cette nudité est repoussante; je suis loin de penser ainsi. C'est une furie que cette émerite en empoisonnemens ; je veux que de sa personne tout soit hideux ; ^'aime que ses traits soient décomposés , que son œil «oit aflreux , que son souffle empesté se devine, que tout enfin me dise en elle : éloigne-toi si tune veux mourir.

Quant a la victime préparatoire.

Je la trouve un peu petite de formes. 11 me *semble qu'il fallait que ce fût sur un esclave des plus robustes que l'épreuve fût tentée; l'effet en eut e'té plus terrible et plus convaincant pour Narcisse.

Je partage cette opinion qui me parait fondée sui' un bon principe , qui veut que dans \m ouvrage épique, tragique ou comique -> dans une composition peinte ou scidpte'c , les détails principaux concourrent immédiatement à rendre le plus saillant possible la pensée dominante.

le philosophe.

Quel que soit le mérite de nos remarques , je félicite M. Sigalon de sa hardiesse à concevoir et de son talent à exécuter.

3% me joins a vous et je vous prie d'ajouter à vos félicitations un petit compliment à l'auteur de la belle draperie de Narcisse, au peintre qui a si largem^it combiné l'effet sombre qui règne dans l'ensemble de son tableau, au

traducteur de Racine , qui ^ dans un détail du ' poète classique ^ a trouvé le germe d'une excellente page romantique.

Faisons trêve aux ëmotions fortes ; suivons tAHcsiKoà* cette jeune fille qui va porter au fleuve Sca- ^ scamanAre mandre le tribut que lui devaient toutes les (m. d. r.) vierges de Phrygie.

( Destiné au ma-* sée du LnxemboorgO

Quel sujet!

La censure n'a pas passé par-là; c'est de Férotique s'il en fut jamais.

M. le directeur , faites retourner ce tableau ; car, enfin, il faut être conséquent : ici vous nous montrez des Jeanne d'Arc , et , a côté , des Gallirhoé. Décidez-vous pour les unes ou pour les autres ; je ne puis en vérité les voir ainsi en regard, sans être effrayé du rapprochement. Je n'ai point de ridicules susceptibilités, mais que faudra-tril que je réponde à ma fille, si elle me prie de lui raconter les aventures du galant Scamandre et des grîsettes de Troye ? Vous m'exposez à Un cruel embarras !

Mais cela est trës-dëcent.

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