LE PHI1.0S0I
Dieii Tons bénisse , avec vcrtre décence ! Regardez donc les yeux de ce monsieur qui sort des roseaux et qui, avec sa bouche en cœur, et le ton délicat de sa carnation, sa barbe postiche et sa coifiure à la neige , m'a tout l'air d'un petit-maître travesti , ou d'un grand seigneur en bonne fortune à Fissue d'un bal de rOpëra. Vous appelez cela deceot! El cette petite nymphe minat^iit, singeant la hkhdestie , et cependant se résignant sans beau^ coup de peines , la trouvez-vous décente aussi ? Oui , décente comme une modiste ou comme un modèle de peintres'.
Allons , pardonnez-lui quelque chose en faveur de sa grâce !
Elle gracieuse ! précieuse , et c'est tout.
De l'élégance de ses contours !
Précieuse, vous dis-je.
Elle est jolie.
le philosophe.
Entendez-vous? précieuse, précieuse, précieuse ! et puis , qu'est-ce que ce ton violet?
Je vous l'abandonne.
Qu'est-ce que cette fantasmagorie , cette cas- <îade en forme d'auréole? cela est faux, prétentieux, et plus voisin du ridicule cpie du beau. Laissons ce tableau, dont il faudrait dire ce que Lipse disait de Pétrone : pura im^ puritaSy si le style en était plus simple et l'expression moins maniérée.
Psu[idore descendue sur la terre par Mer- allavs. cure, composkion de deux figures par M. Al- "Tom* l^Utt. On dit que cet ouvrage, d'un ton aérien, ^ ^ ^^^ €st destine k servir de plafond; je croîs qu'à &d place il produira un bon effet.
( lOo )
Je le pense ain&i. C'est un joli nîorceau el pas plus. La tête de Pandore n'est pas assez ide'ale ; le mouvement que fait en arrière son corps , à peine soutenu par Mercure , indique spirituellement la rapidité' de la marche du céleste messager ; les jambes de la fille de Vulcaii^ sont très-gracieusement croisées; quant à Mercure, il est d'un dessin qui me paraît correct.
Oui, si vous en exceptez la cuisse gai^che qui s'attache péniblement au tronc. '
L'efTet de ce voile est élégant.
Il est d'une longueur outrée ; mais qu'est-ce que cela? La tète de Mercure est charmante. L'ensemble du tableau est finement peint ; la couleur est peut-être un peu froide ; quelques parties et surtout le torse de Pandore manquent de modelé. Au total : ouvrage agréable, ^auquel jç préfère de beaucoup le centaxu'e
( loi ) combattu par un lapithe . que vous voyez de scèoe da com-
^ , r ^ ^ J baldesCenUu-
Ce cote. res et des La-
' pithes.
Le succès de ce morceau , Findiffërence des curieux pour celui que nous venons de voir , prouvent cette modification dans le goût du public, dont je vo»iis ai de'jà piarlé souvent. Observez : les femmes même , ne regardent pas Mercure , tandis qu'elles se plaisent à cette lutte où l'adresse et la force du lapitlie vont triompher.
Avez-vous mis de la malice à cette observation; et croyez-vous avec l'éditeur des prétendues Maximes médites de La RochefoU' caulty que a certaines femmes n'estiment les « hommes qu'en raison de leur force pby- « sique ? » Je ne leur fais pas un outrage aussi odieux ; le ciel m'en garde , moi qui suis assez fat, pour avouer que j'ai été souvent estimé des dames , mais assez franc pour reconnaître que j'ai dû ces chances fortunées seulement a ma faiblesse morale .
le philosophe.
Je ne mets de malice à rien; mais je re-
marque qu'aujourd'hui les femmes aussi, veulent dans les œuvres des arts, ou une pensée attachante, ou une forte ex{Nression. Et, en cela, elles ont raison.
Le tableau qui nous occupe en ce moment n'est guère qu'une étude. Le dessin en est ferme et le ton solide. Je me rappelle que M. AUaux l'envoya de Rome, quand il était encore pensionnaire du Roi, et qu'alors il obtint les suffrages des gens de goût.
Cherchons cette scène de brigands, annoncée par le livret.
LP PHILOSOPHE
La voici peut-être.
Non, celle-ci est de M. Fleury. Elle est, Des iMrigands. çommc VOUS voyéz , remarquable par un coloris vigoureux, et par la représentation fidèle des habitudes de ces n^îsérables, dans leurs expéditions aux environs de Rome.
le philosophe.
J'aime assez àv^^ir capituler ces mpines,
FWURT.
is Inrigan
( io3 ) pour lesquels j'ai toujours eu peu de pitiév Cette race me déplaît. Si j'étais souverain, je la bannirais de mes états. Leur vie oisive etmeiidiante me parait d'un mauvais exemple. Ces gens-là font un métier qui doit bien offenser Dieu ! J'avoue qu'avec le mépris que j'ai pour eux, je ne suis pas fâché de leur voir rendre à la force ce qu'ils ont conquis sur la crédulité. Quant aux brigands qui se constituent ainsi les hauts-justiciers de la société ^ outragés par la présence de moines sales, ignorant ^ înu«tiles au pays, j'aurais bientôt fini^avec eux, si jetais prince de Rome. Je voudrais avoir la gloire de débarrasser l'Italie de cette lèpre qui la déshonore ; je rendrais aux routes leur sécurité; j'encouragerais l'agriculture et l'indus-» trie; je punirais de peines sévères tout sujet qui se permettrait le moindre attentat contre le voyageur qui me ferait l'honneur de visiter les lieux sur lesquels le ciel m'aurait appelé à faire reconnaître mon pouvoir; et je n'aurais pas le chagrin de régler sur un peuple d'aigrefins , de charlatans , de moines , de soldats du pape et de chevaliers de grandes routes.
l'artiste, Voilà qui va le mieux du monde ; mais en
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attendant que vous soyez pontife, croyez-moi , prenez les choses comme elles sont. Il y a des brigands, c'est un malheur.
C'est un défaut de police,
Soit.
C'est l'indice d'un peuple qui a fini sa carrière de peuple.
Je ne dis pas non,
D'une nation avilie par l'ignorance , l'indolence , l'horreur des choses utiles , et les sU" perstitions.
l'artiste. V ,
J'en convieii^.
C'est à lahonte de l'Europe, que dans un pays, où vivent encore de loin a loin les traditions historiques de la plus belle des republiques, on souffre ime espèce vivace , qui se reproduit à l'abri de l'impunité , quand rien ne serait plus
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facile que de couper court à ses honteuses
exactions.
J'en tombe d'accord avec vous. Mais enfin il y a des brigands ; ces brigands ont des moeui*s particulières; le peintre de genre, comme Fauteur comique, doit s'appliquer à rendre les traits caractéristiques des physionomies originales ; les brigands sont donc de son do* maine, et voilà justement pourquoi
.... Le salon est rempli de figures aflFreuses, de représentations révoltantes, de ces infâmes ladri que le ciel puisse confondre , puisque la police armée du pape n'en peut venir à bout; et dont Dieu veuille me préserver, s'il me prend jamais envie d'aller visiter les
débris du Colysée.
imposez un peu silence a votre indignation, j^^ brigand en et voyez ce brigand dévot qui joint ses prie- Ç^mî.*'" " res à celles de sa femme. ^®'* ^'"T ^""
gand.
LE PHILOSOPHE. n«»i45a«t53.
Il demande à la Vierge une riche proie et l'occasion prochaine de signaler son adresse. Ne voilà-t-il pas qui est édifiant !
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Vous conviendrez au moins que ces gens-la ne sont pas des hypocrites ; ils mettent à cet exercice de religion , une sincérité stupide qui demande grâce pour eux.
Cette naïveté féroce me révoltç ; mais je la préfère , à tout prendre , à l'odieux calcul de ces profanateurs éclairés qui font servir les apparences de la dévotion à leurs honteux trafics, et qui, au jour des troubles politiques , écrivent sur la porte de la maison de Dieu : Paix aux hommes de bonne volonté (i)!
(i) J'ai vu en i8i5 ^ à Lyon, le portail de Fëglise de Saint-Pierre, orné d'un transparent sur lequel était écrite cette légende : Fax hominibus honœ ooluntatis. Je me demandai compte de l'application de cette parole de TËcriture. J'observai ce qui se passait autour de moi; je vis des fêles en l'honneur de ceiui qui avait dit : Union et oubli; j'entendis Le cri : AU Ahàke 1 proféré par des fanatiques , contre les hommes du parti opposé au parti vainqueur ; je lus quelques arrêts de la cour prévôtale ; j'appris vingt destitutions ; je me crus alors en droit de dire : Le sens de l'inscription du transparent de Saint-Pierre est : guerre è ceux qui ne sont pas des nôtres ! Là barbarie de Cet appel
Ce tableau de M* Robert est fort joli (i). J'en dis autant de celui qui représente la mort dW brigand.
La douleur de cette femme est bien exprimée. Cet homme est bien mort. Le caractère de cette peinture est l'énergie. Je re-? marque, au surplus, que cette manière vigoureuse est commuiv^ à plusieurs peintres de 1 époque actuelle.
Presque tous ceux de nos jeunes artistes qui ont habité Rome, ou qui ont parcouru Fltalie pour enrichir leurs portefeuilles, se plaisent à confier à la toile les souvenirs qu'ils ont gardés des aspects , de la physionomie et du costume du jpkys le plus pittoresque, et
WLà toujours eSirajë I je ne Fai jamais <QQça« de la part d'an apôtre de la charité chrétienne.
(^Note de VédUeur.)
(i) J'aî en vain cherché le morceau dont viennent 4e s'entretenir nos interlocuteurs, je ne Fai pas trouvé. Mais j'écris sous la dictée, et je rapporte tout ce qui se dit devant moi. Peut-être que cette petite composition m'a échappé. ( Note dé Védiieur.)
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encore le plus original du monde^ malgré son avilissement.
C'est à ce de'sir que nous devons les tableaux
de mademoiselle Lescot, quelques-uns de ceux
de MM. Schnetz, Fleury, Robert, Roger, Al-
laux ; et à propos de M". AUaux , puisque son
nom me vient en ce moment, voyons son
brigand que vous m'avez annoncé tout à
l'heure.
J'allais vous le montrer : le voici.
ALtAUX.
Une scène de
Lrigands. Q^ moustpc médite un coup de son métier.
Sa femme parait avoir été frappée d'un pressentiment; elle supplie son mari de ne se pas éloigner, de retarder au moins de quelques instans. Elle a fait un rêve qui l'inquiète ; elle a entendu , il y a quelques instans , une fusillade très-vivie ; et puis , unis depuis si peu de temps , se séparer peut-être pour toujours ! Cette pensée est affligeante ! Le brigand est inflexible. — Je pars. — Que t'importe un peu plus de richesses ; ton dernier butin n'était-il pas assez considérable ? — Ce n'est ,point l'or qui me tente aujourd'hui ,* mais. la gloire! —
( log )
La gloire ! ... si la mort ! . . . — Eh ! bien , voyez le malheur ! — Demeure : je t'en prie par les larmes de notre madone qui , ce matin^ pendant notre prière , a pleuré , quand je lui ai confié mon rêve et mes appréhensions pour schnktz. toi (i). — Non, ils m'attendent. Mon sort '^"a endo"doit être en tout semblable au leur; l'affaire "nojsea. sera peut-être difficile, il faut que j'y sois. Je passerais pour un lâche, et tu sais si je le suis ! L'étranger craint de se montrer à une lieue de ma caverne ; il sait mon nom qui fait trembler le sbire du pape ! . . . Mon nom n'aura pas menti. Adieu. — De grâce ! — Les nôtres m'attendent. — Entends les cris de ton enfant. — Ils me tueraient ! . • .
(i) Allusion k deux tableaux de M. Robert dont il vient d'être parlé (le brigand en prière avec sa femme), l'autre de M. Scbnetz, qui est d'une beauté de couleur 6t d'une fermeté de toucbe remarquables. Le drame qu'arrange ainsi notre philosophe se compose des diverses; scènes dont nous indiquons en marge les auteurs et les sujets. Le soin que les artistes de Rome ont mis à représenter la vie d'un brigand dans presque toutes ses circonstances, a sans doute inspiré à l'un de nos interlocuteurs l'idée de réunir dans un seul cadre, ce 'qui appartient il plusieurs pinceaux.
(^NoU^ l'éditeur.)
Une femme de
( iio)
Il a dit et il part* Cependant Faction s'en-* gage. Les combattans, qui d'abord étaient au loin dans la plaine, se rapprochent des rochers où la femme du brigand s'est réfugiee^^ pour se consoler^ avec son fils, de Tabsence de son époux. Elle entend des cris ; elle craint
une lemme ac j^ a . • 11 J 1 "L 1
brigand s'enfuit d ctTC suTprisc ; elle prend le berceau sur le-
avec son enfant. iii i «.«i) ) •..
n» i558. ^^' ^''^ pleurait u ny a qaun mstant^ et, ^^B.'^ô!)^ pleine de cette frayeur que redouble la pensée de la perte qu'elle peut faire dans ce fatal con]l>at , elle s'enfuît.
Elle a trouvé un ^te. Elle y dépose le la-^ drocino. Pendant ce temps, le feu a cessé, et le brigand ne parait pas. Qu'es t-il devenu? Elle court sur le champ de bataille ; elle <^herche. — Fatal pressentiment, tu ne l'as pas trompée ! ! ! Le brigand est baigné dans son sang. Elle cherche à le rappeler à*la vie (i). Vains secours. Sa raison est troublée; elle se charge du butin qu'a fait le brigand; elle emporte l'or et les joyaux qu'il a conquis. Elle s'égare dans la campagne , cherchant sans le trouver le lieu où elle a caché son enfant. Un
Ci) Voir le taUeaade M. Robert, sasmeotionifé , et exposé sous le n^ i453. ( Note de l'éditeur.)
Une femme assassinée.
ii« iSfii.