QUATRIÈME PROMENADE
PouRRiEZ-vous aujourd'hui me faire voir les tableaux de ces deux Vemet, dont le nom, populaire en France, rappelle ce que l'observation dans les arts a de plus spirituel , ce que le talent a de plus aimable ^ ce que le pinceau a de plus facile?
La foule est déjà grande auprès du chef- h.vbbkit.
d7 ^i*. . I ^ fialâille de Mont-
œuvre d Horace; mais approchons, et peut- miraii.
être qu'avant un quart-d'heure, nous pourrons ^^ "^ /^' ^^
être assez bien placés pour l'admirer tout à '* **^^
notre aise.
Prenons notre rang, et ayons patience.
Savez - vous , mon cher ami , que c'est un komme prodigieux que ce jeune artiste , dont
le moindre mérite est une fécondité surnatu*' relie. Tous les genres lui sont familiers^ et à tel point , qu'il les porte presque tous à un degré de perfection rare. Peintre de marine , il n'a pas encore acquis la renommée de son illustre aïeul Joseph Vernet; mais je suis convaincu qu'il ne tient qu'à lui d'y parvenir. Peintre de chevaux , il balance la réputation de son père et celle de Wouvermans. Peintre d'animaux , il peut lutter avec Berghem , Jean Wéenix, Demarne et Cuyp. Peintre de paysages , qui ne pourra-t-il égaler avec la volonté d'être supérieur ? Peintre de sujets comiques , il est d'une originalité, d'une gaieté , d'une vérité délicieuses. Peintre romantique, il est plein de sensibilité. Peintre* patriotique, il est à la hauteur des grandes circonstances qu'il retrace pour la postérité; peintre satirique , il a une verve étonnante ; peintre élcgiaque , il est d'une expression qui n'a rien du prétentieux et du maniéré de tant d'autres qui font de la sensiblerie au lieu de sentiment. Peintre de portraits, il est l'égal de Gros , de Gérard , de Rouget , de Paulin Guérin , d'Hersent , de tous ceux qui se distinguent dans ce genre. Peintre de batailles, enfin, il
( 1^9 ) est sans xivaux. 11 a réduit à ses justes pro« portions la peinture histori<|ue xnoderne ; il a compris que Tunifonne français contemporain a une forme qui répugne aux grandes dimensions de la peinture héroïque. Yânder-* Meulen avait donné, au dix-septième siècle, la même preuve de goût et de discernement; aussi ses ouvrages se voient aujourd'hui avec (Saisir, tandis qu'on ne le regarderait peutêtre pas s'il eût peint le hautrde-chausse et le pompoint à la Louis XIV dans les proportions de la taille commune du soldat. Horace Vemet a deviné mille choses que de longues études pourraient seules donner aux hommes ordinaires. Chez lui, le génie est si ardent, le tact si délié, l'intelligence si délicate, qu'il saisit , au premier coup d'œil , telles nuances qui échapperaient certainement à une perspicacité vulgaire. Il sait les camps comme un colonel; il sait les casernes autant qu'un adjudant-major. Aussi, qu'il jette une division au milieu du feu, . ou qu'il établisse au quartier le jeu de la drogue, c'est toujours ime justesse de vue, une naïveté de détails, une vérité d'observation <pû séduisent et étonnent. Horace est le peintre des gens d'esprit, il est aussi le peintre
( i.ao )
des f^ené qiù n'oïkt qœ du bon sens yc^esk que, chez lut, la raison ne sacrifie rien à ce qu'on peut 9ppdiev aussi en peinture le sel et la pointe. Il est vrai d'abord ^ il est ensuite fin et spiritueL Tout le moiide possède «ne Ittho-* g:raplue de lui (car tont le monde n'est pas asBca riche pour aToir dé ses tableaux)^ comme on a une chanson de Bëranger^ et une mess^^ûenne de €asimir Delarigne. II sait ùàte penser ; je ne connais pas un ouvrage de ce maître , quelque léger qi&'en 'soit le suj^^ qui ne contienne une idée philosophique. Il est poète autant que peintre ; je n'en veux pour preuve que cette planche de Venxpire qm se brise à Fendreit où est écrit le nom éa Waterh>o^ et cette brillante apothéose où' ceM héros, accourus des bi»i^ d'un- moiidi3 imagi-' naire, viennent rendre, au^ guerrier mort djois Fesdavage , au souverain déchu, les devoirs du respect et de ^amitié.
Je partage votre opinion sur le mérite éminent de M. Horace Vemet. Di^a, aux précédentes expositions, j'ai vu, avec le plus vifplaisir, ses^ pro(ki^tibns délicienses; je suis bien
( ih )
AéùtewL de voir les morceaux qu'il a \\xté% cette aimëe à Fadmk'atiion publique..*. Mais , ^îssezr^om donc; là; bien cette fèis* Nous
TOtlà arrirés^ et ce n'eet pas éaiis peine
Keu ! quel mouremeni ! quelle (Candeur et ^elle implicite de composition ! Le jour parait à peine. Le ciel charge ça et là de nuages aimonce une de ces matinées humides dont un rayon de soleil pourra faire une belle jour*^ née. Les premiers feux du sdieil colorent Fho^ mon d' une lueur froide et incertaine. La terre^ humide Picore des pluies de la yeilie, eo]>serve une teinte somlM*e , smr laquelle se détachent. reflétés peu* les cWlés blanchâtres de Taurore ^ les bataillons de la vieille garde, lie mouYement est imjNpimé à ces phalanges redou« tables. La mêlée est sauvante. La moitôqueterie jette au loin la mort<) et plus près la baïonnette fait son office. Cependant un aide-decamp (i) vient accélérer ta marche d^une compagme dont la présence peut être importante
(i) M. le colonel AttaiîiiY officier èa génie, Sxm talent ^stingaé, aajound'hui aide-de-camp dé- S. A. R. Mr le duc d'Orléans. Ce militaire, que la vie des camps n'a trouvé étranger à aucun des plaisirs que
au centre de Taction. Dans le fond, les divî^ sions agissent, se pressent, disputant et occupant; le canon gronde sur toute la ligne. Les ennemis se défendent en vain. On fait des prisonniers, on fait des victimes. Un ojQTicier russe s'iest imprudemment avancé ! A la vue de cette milice , dont le seul aspect porte la terreur au cœur de l'e'tranger, il tourne bride, et s'apprête à fuir. Son cheval franchit un petit mur qui lui barre le passage. Il se croit
sauvé un capitaine français Fa aperçu,
il le fait ajuster par un chasseur ; le coup n'est pas parti encore; mais, dans deux secondes, le téméraire aura vécu.
Tout cela est beau , grave ^ imposant. C'est bien l'image d'une bataille. Une bataille ! et pourquoi se battent-ils? ils ne le savent pas. £t cependant il y a de l'honneur à bien faire son devoir ! qu'est-ce donc que ce devoir qui veut qu'on fasse une chose contraire à l'ordre de la nature , quand une volonté humaine ,
procure Fétude, abrège les loisirs de la paix par la pratique des arts du dessin. C'est le plus habile de nos lithographes. Il en sera parlé en son Heu. {^Note â^ réditeur.)
une petite ambition l'exigent? Je n'en sais rien, et le mot honneur est, en ce sens, singulièrement entendu. On appelle lâche un homme qui lève le pied quand il peut , parce qu'il a pense à sa femme et à ses enfans ! Estce bien de ce nom qu'il faudrait le flétrir? IN'est-il pas sage , s'il combat pour un despote dont le trône est en danger, indépendamment de la patrie? Si, au contraire, l'intérêt du pays est compromis , s'il déserte la cause de tous qui est la sienne , il est indigne du nom de citoyen , il est lâche. Voilà que je me surprends encore dans mes divagations ! C'est qu'il y a des choses qui épouvantent l'esprit. Je n'aime pas la guerre , voyez-vous ; ce n'est pas que j'aie été jamais ce qu'ils appellent un lâche ; j'ai servi dans le temps où tout le monde servait; la France était alors une tente, on se battait pour ses foyers. Je me suis distingué, et je suis devenu soldat à grosses épaulettes. C'était une chance à-peuprès commune à cette époque , où l'exception était un grade de maréchal , une vice-royauté ou un trône. Malgré mon attachement à ce devoir que je cherchais à définir tout-aJ'heure, je n'ai pas pu faire un bon militaire. Je ne
comprends pas cette haine de nation a nation^ et je me dis souvent avec Pascal : « Se petit-ii n rien de plus plaisant , qu'un homme ait tL droit de me tuer^ parce qu'il demeure au- « delà de Teau , et que son prince a querelle a avec le mien ^ quoique je n'en aie aucune ix avec lui? » Mais je suis £9u comme cet utopique abbë de Saint- Pierre. €e droit de guerre, qui est un droit de mort sur les peuples , finira par être apprécie un jour ce qu'il vaut ; on s'entendra pour s'estimer à proportion de ses travaux agricoles ou industriels, et l'on réalisera ce souhait de notre Pindare :
Peuples, formez une sakite alliance , £t donnes-Tous la maki! (i)
Nous sommes un peu loin de Montmirail.
Pas tant que vous croyez bien; c'est sur ce terrain que plusieurs questions qui se ,rapportent aux miennes allaient se juger... Mais trêve aux réflexions ! Une observation encore. Dites-moi , peut-on appeler du nom de tableau
(i) De Bëranger.
ée bataâie la reprësentattim d'un épisode ôh ne figurent ni le gëmir^ en clief , ni les gënëi*aiix qm ont assuré le succès de la journée 7
Cela ne devrait pas être.
U me semble cèpetidant que c'est ce qui arrive ici. Si je ne me trompe, Napoléon commandait l'armée , «et ce sont les génëiraux Ber* trand et Ney qui ont arraché la vietoil*e aux Russes , en marchant sur leurs colonnes ^ à pied , et en guidant six bataillons de la garde. Pourquoi donc , ces personnages fie figurent«ils pas dans le tableau de M. HcMrace? Oublierait-ôn Condé à Rocroy, Henri IV à Ivry, et le duc d'Angouléme au Trocadero?
ï.'artiste.
Mais le^ convenances....
LE 9BfLOSOPHE.
Cest la raison des petits hommes. Je n'y crois pas, elle serait trop outrageante. Un sujet dliistoire doit être franchement historique. Croyez-vous donc que les images de Napoléon et de Ney auraient causé une bien grande
sensation^ aujourd'hui? Non^ mon amii) nous sommes la pîostërité !pour ces personnages. Leur présence dans im tableau n'exercerait aucun empire sur les esprits; elle pourrait donner matière à des reflexions philosophiques , voilà tout. Nier ces vérite's , ce serait nous assimiler aux enfans qui ont peur des ombres. Ceci est au surplus une observation sans conséquence. Mais je n'aurais pas voulu que ^ par une retenue qui a l'apparence de la faiblesse ^ et qui se trouve ainsi en contradiction» avec la force réelle du Gouvernement;, on eut dressé les piédestaux pour n'y pas placer les statues de Cassius et de Brutus. Venous au tableau.
C'est une grande preuve d'habileté que d'avoir surmonté toutes les difficultés du sujet. Il n'était plus nuit , et il n'était pas jour encore. Le terrain était humide et boueux; le ciel, était nuageux i, les soldats étaient en costume d'hivçr ; tout cela devait donner des tons noirs et bleus; il n'y en a pas; La couleur est ferme , tous les personnages sont éclairés de reflets; il n'y a ni dureté ^ ni mollesse^ ni mo-
( ï37 ) notonie. Tout est transparent ^ suave , harmonieux et plein de vigueur. Je regarde la bataille de Montmirail comme Fouvragc le plus capital et le plus beau de son auteur.
Ajoutez , je vous prie , dans le genre historique; car, dans les genres inférieurs, il a produit des choses si ravissantes ! La dernière
des pièces de Molière que je lis ou que je vois au théâtre me parait toujours la meilleure et la plus neuve ; j'avoue que je suis de même à l'égard des ouvrages de M. Horace. Ce sont tous chefs-d'œuvre qu'à très-peu d'exceptions près je mets sur la même ligne. Toutefois, malgré la hauteur de talent que je puis reconnaître dans la bataille d'Hanau(i), je ne Bataille dHa-
nau.
(i) Dans ce tableau j'ai remarqué surtout un groupe ^^'^'f^^' d'un intérêt tout-à-faît dramatique et d'un grand mouvement ; c'est celui au milieu duquel figure le général Drouot près d'être frappé par un Bavarois. Cet épisode répondrait seul à un critique, d'ailleurs bienveillant, quia reproché à M. Horace de ne peindre jamais que des portraits stratégiques et point de ces batailles conQentionnelles comme les faisaient le Bourguignon, Parrocel et Salvator Rosa ; toutefois je conseille à M. Vemet , pour prouver que son génie ne se refuse
l'estime pas à l'e'gal de celle que nous venons de voir. M. Horace avait à lutter contre luimême , et il avait e'të si heureux !
Tel qu'est cependant cet ouvrage , d'un pinceau que Ton trouve un peu arrêté^ mais où brillent des beautés d'un ordre supérieur, il n'est pas un peintre qui ne voulût l'avoir fait, et M Vernet peut-être le premier, s'il n'avait d'abord produit Montmirail. Tenez, de ce côté, dans l'encoignure, voila l'afiaire de la
pas à ce genre 4emble ^ camme l^^ppelle r^crrvaln^ii question , de composer une mêlée à la manière de celles des mahres anciens. Si notre peintre de batailles nationales se livre , dans rexécution d'un pareil ouvrage, à toute la fougue de son imagination et de sa brosse ; s^il fait choquer le fer du glaive sur le fer des cuirasses ; s^il entasse des morts ; s'il place sur Iç pfeitiier plan quelques pourfendeurs bien acharnés et quelques pourfendus bien ensanglantés, vous verrez , messieurs , quel morceau ce sera. Là aussi vous direz :' on entétid les cris des blessés et le bruit des armes ; vous trouverez cela chaud , j'en suis sAr , et vous reconnaîtrez que ce n'est point par timidité que M. Horace s'est abstenu^ mab par déférence pour le goût du public.
{Note de V éditeur. )
barrière de Clichy. Ce morceau vous est connu £. urrière de
sans doute par la gravure de Jazet ? ^o .^j
' ( Ce tableaa
LE PHILOSOPHE. appartient ^ M.
Je Festime fort. Il y a une véritë , un esprit, un sentiment parfaits. LTieureuse opposition de ces jeunes pupilles pleurant sur leiu*s blessures , avec ces grenadiers qui , tout hors de combat qu'ils sont , disent en se serrant la main : Mon vieux, nous n'y renonçons pas encore ! Fépisodç touchant et , comme on dirait aujourd'hui, romantique, de cette jolie paysanne qui pleiu*e siu* son ëpoux absent, sur sa maison détruite, sur l'enfant qu'elle idlaite , et dont le repos a été si cruellement troublé par le bruit des armes et le besoin d'âne fiûte précipitée ; la présence de ces restes de héros qui donnent l'exemi^e à la milice bourgeoise ; le courage de ces gardes nationaux ; ce dragon mutilé ; le cabne du maréchal Moncey...... tout cela est admirable.
Je De me rends pas juge de l'exécution de cet ouvrage intéressant y mais j^oserais parier qu'il est aussi bien peint que bien conçu.
Vous gagneriez.
appartic Odiot.)
J'en suis enchante ; car il me semble que là où la nature est si bien représentée , où les détails sont si vrais, où les physionomies sont si expressives , là doivent se trouver les qualités du peintre.
Pas toujours , mais ici l'observation e^t juste.
Vous m'étonnez. Pas toujours, dites-vous ; j'avoue que je ne comprends...
Tenez , prenons un exemple que nous n'i-
BoaiT. rons pas chercher bien loin. Voyez M. Boilly.
^"'"^'f" ^"^ Il est observateur ; il a de la vérité dans ses
■•»79- poses, de la naïveté dans ses expressions, de
la gaieté dans ses compositions ; n^ais il a une
couleur factice, une touche sèche , un crayon
peu correct, et, cependant, on ne peut pas
dire que ses tableaux ne sont pas agréables.
Je le crois bien. Cet intérieur de café est délicieux. La carricalure de ce vieux chevalier qui joue aux dames, celle de son partner ^
la figure du spectateur au parapluie et au chapeau à trois cornes\, ce gros homme qui souffle son café^ cet important qui lit le journal , ne sont-ce pas des choses charmantes ?
l'artistb.
Je n'ai garde de le nier; mais ces choses sont charmantes indépendamment de la peinture. Que M. Boilly fasse de cela une lithographie, que M. Jazet en fasse une aquortinta^ . vous verrez que la composition n'a rien perdu, vous Faimerez mieux peut-être , al>straction faite du coloris , que vous ne Taimez maintenant. Ce que je dis de cette scène du café s'applique également à la main chaude et i» main chaude. 2iVLpied de bœufàvL même auteur.
Le pied de boeuf, a*" i8i.
Vous devez avoir raison , puisque vous êtes plus connaisseur que moi ; mais je persiste à croire que ces petites charges sont très-jolies. Je voudrais avoir les tableaux de M. Boilly dans ma collection. J'aime, dans ces choses qui ont la prétention d'être des ressouvenirs de localités ou. des représentations d'habitudes populaires, j'aime le natiu*el.' Le coloris, la
science des ombres et des reflets sont keau«* coup, sed magis arnica veritas.
Je ne veux point vous contrarier. Aussi je ne vous dirai pas que M. Boilly se recomimence sans cesse , qu'il n'a dans la main que trois têtes diffisrentes...
Vous auriez pu vous dispenser de me lé faire remarquer. Je croyais ce peintre aussi varié que fécond.
Oui , mais il l'est à la manière des faiseurs de fugues, cjpi retoument, en cent manières différentes, un sujet ^ jusqu'à ce qu'ils l'aient épuisé , et qui font passer une phrase de chant dans tous les défilés d'un ton donaié.
Vous me chagrinez. Quittons ce sujet, et revenons à M. Vemet.
Justement , nous voilà devant une de ses plus jolies productions.
Je YOU& ai déjà dit que je n'ai jamais été à Rome. Plusieurs raisons se sont opposées h ce voyage.
l'A;RTISTE.
Votre antipathie pour les brigands doit être comptée pour une.
Peut-être bien ^ monsieur le maurais plai«sant ; mais tant est que je n'y suis point^ailé. Cependant je connais a^ez les moeurs romaines. J'ai lu sur ce sujet plusieurs Wumes assez ennuyeux , et quelcpies cahiers très-interessans d'tm recueil que vous conaaisseE sans doute : Un an à Rome y par M. Thomas (i).
H. VuiuT,
L'arrivée de« chevaux d« course , à Rome.
(i) C«t ouvrage ^ compeaé sur aaplaa neuf ^ se composera de 12 livraisons. M. Thomas , artiste distiagné , dont il sera question plus tard, dans cet examen critique de l'exposition , y donne la description et la représentation lithographiée des cérémonies , des couttt— oies , des fStes, àts eostumes, des ustensiles, etc. , ^le l'ohserraCeur peut remarquer à B4>ine. 3t crois qu'on souscrit à cette collection intéressante , chez l'auteur^ rue Godet de Mauroy, n^ i. {NoUde l'éditeur.)
J'en ai les six premières livraison^. Je prise beaucoup cet ouvrage qui est à la fois amusant et instructif. Nous voyons dans la salle même où nous sommes^ un cadre de jolis dessins appartenant à cette collection.
LB PHILOSOPHE
Grâce à mes lectures ^ je connais parfaitement cette ville dont M. Hugo a dit en vers plus poétiques que fidèles :
, Rome , toujours ayante au fond de ses tombeaux , Reine du monde encor sur un débris de trône Avec uhe pourpre en lambeaux (i).
Je puis donc vous assurer que cette repré-sentation de la course des chevaux libres est très-exacte.
Je le crois bien ! c'est presque un tableau fait d'après nature. M. Horace, dans son voyage en Italie, assista aux fêtes du carnaval ,* pendant lesquelles ont lieu les courses. Ce spectacle le frappa, et c'est, plein du souvenir qu'il en avait conservé , qu'il a fait ce tableau
(i) Odes noayelles ) Mon enfance, page i57«
< Air
vous retrouvez toute la verve de son au-
^ette petite marine n'est - elle pas de une puge à
-- marée 1miss<
V «ïrnet? n« 1715.
CJui pourrait eh douter? Voyez quel charnu, si^nt efiet , quelle vérité dans la repre'senta.ltîon de ces sables recouverts d'une légère coviche d'eau, queUe finesse dans le ton de ce petit ouvrage ! Je préfère ce tableau à cet atitre où vous remarquez une barque portée su^ï' la crête d'une lame, et se dirigeant vers
'^'^ brick qu'on aperçoit au loin. L'effet en ^s t forcé ; ce n'est pas là un soleil couchant , ^ ^st un incendie. Cette couleur de conven- *^*^ii n'est pas digne de la palette fidèle , "^:nt nous avons vu tant d'échantillons P**^stigîeux. jéliquando bonus dormitat.
Oh ! voilà cfui me saisit ! Combien -cela Ep'»ode de
'- pesie de Bari
^^t: touchant et dramatique ! Que cette ***""•• ^^ïxime est belle ? Jeune encore , et riche ^ attraits , elle succombe au mal qui décore la contrée ; elle aurait pu échappei: au
( i46 ) sort aficeux dont elle est victime; mais un être chéri a réclamé ses soins ; marqué du doigt céleste, il a traîné son agonie au milieu des champs ; tous les secours ont été inutiles, il a succombé 7 et son amie a enseyeli ses restes précieu;^ sous les vastes plis d'un manteau. Elle n'a pas voulu s'éloigner de ce qu'elle a tant aimé. — Fuyez, lui a crié le passant ! — ^Moi, fuir ! Non: je veux que ce lieu, témoin de son trépas, le soit aussi du mien; allez et laissez-moi mourir. Elle a dit , et portant à ses lèvres déjà décolorées, la main froide de son époux , elle sent , avec une secrète joie , le poison refouler son sang ; elle s'asseoit sous l'abri, dont elle a voulu protéger le cadavre qu'elle n'a pas abandonné; calme, elle attend la mort , que d'affreuses émotions lui annoncent. Cependant le saint Viatique se promène dans la campagne. Le moine va ça et là bourdonnant, au travers du voile dont il se couvre la bouche , la prière des agonisans ; il s'approche de cette malheureuse....— Prêtre du dieu de la peste, que veux-tu ? M'exhorter à quitter ce monde ? Hélas! hier je l'aurais quitté à regret; hier, lui y dont je presse encore la%main, m^aurait
fe
at;t:achée à la vie ; de quel prix serait-elle amijourd'hui pour moi? Mais le fléau qui me tue est pitoyable , il n'a pas voulu que je s iiBjrvëcusse à Femand. . . Regarde-moi ! dans moment je serai éteinte ; déjà mes yeux voient à peine... Adieu... Un jour aura
cLetruit deux générations le fruit que je
j^orte en mon sein aura péri , puni coomne
T^ous d'un crime que j'ignore... Que ton Dieu
*oît content! — Blasphème !... a dit le vieux
i^iràcine. Miséricorde ! a répondu le jeune clerc!
^t: ils s'éloignent , après avoir déposé ^ sur
l^^s genoux de l'infortunée, le crucifix qui
f^orte grâce... Au loin retentit sourdement
1^ chant an Miserere.,. Elvire n'est plus.
Ce tableau m'a fait mal. Je m'associe à 1^ rage de cette femme si intâressante. Quelle ^st ta nécessité , plaie maudite , qui saignet'as long-temps au cœur de la malheureuse Kspagne ? Optimistes insensés ! dites , tout est-il bien? N'était-ce pas assez que la Catalogne fût en deuil de sa liberté ; fallait-il en- I core qu'elle fût frappée dans la vie de ses en- I fans, déshérités de leurs franchises? Toi, (jui consumes en im mois ce que tu produisis avec tant de peine , quel est donc
ton caprice 7 FaUt-il adorer tes dëcrefe de mort ? Faut«il s'interdire la plainte , à l'aspect de ces bizarreries ^ dont tu semblés te faire un jeu? Ici, tu fais triompher l'opinion; la , tu réveilles un peuple long-temps endormi sous la verge de fer ; de ce côté , tu assures le triomphe des lois ; de cet autre , tu couronnes le despotisme ; tu soulèves la mer, et tu sauves le naufragé ; tu donnes le lait et les poisons ; tu envoies la peste et tu fais naître un Mazet ! Oui , tu le fais naître ; mais, c'est pour le faire mourir bientôt de son courage ! Quel est donc ton secret, mouvement incompréhensible ? Tu n'es pas le hasard , et tu as ses aveuglemens ! Tu es un ordre immuable, et tu es plein de contradictions ! Révèle - toi donc à l'homme ; et puisque tu lui donnes la force de remarquer tes erreurs , donne-lui le pouvoir d'en découvrir la cause et d'en apprécier le besoin !.(i)
(i) Voilà notre philosophe bien empêché ! Le pauvre homme en est à peine à l'AB C du métier. Eh bien ! qu'il aille à l'école de ces savans pour qui un mot est une solution générale. Mais il n'entendrait jrien à leurs argumens. Oh ! non, il ne ferait jamais un
Vœux superflus.
Éloignons-nous d'ici.... J'ai presque tonte m'étre emporté.
Votre colère vous sera pardonnée par
ÎVI. Vemet. J'en suis bien sûr. Peut-être
iKiéme que , s'applaudissant inte'rieurement
de l'efiet que sa peinture a produit sur votre
imagination , l'artiste s'écriera , comme le
personnage de Molière :
Ce que c'est qu*à propos toucher la passion ! LE. PHILOSOPHE.
Il est impossible de l'exciter davantage , je l'avoue.
Cest que ce morceau est admirable. Ex- . pression , dessin ^ composition , pensée ^ cpu-
raisonneur scholastîque. Notre ami est un de ces simples dont la philosophie est toute de bon sens ; abhormis sapiens, cdmme disait Horace. {Note de l'éditeur. )
leur , tout y est réuni pour la plus grande sloire du peintre. Ce tableau est, je crois, de ceux que vous appelez romantiques ?
Oui ; mais dans l'honorable acception de ce mot.
Femme giecqut Cclui-ci cst du même gcnrc , quoique in- T«T'n* spire par un sentiment différent.
11 est délicieux aussi. Je l'achèterais, si je pouvais le disputer a nos aristocrates de la finance , qui s'arrachent les faveurs de M. Horace. Quant à celui que nous venons de quitter, je le couvrirai d'or, le jour où j'aurai réalisé les brillantes promesses de mademoiselle Lenormand; jusqu'à ce temps, je serai réduit à- désirer ; vous voyez combien ce tourment peut durer encore !
Pour moi , je voudrais posséder ces pe-
AUaqae d'un bâ- . ' ' ^ ^
umcnitarc. tits solqats gTccs , attaquant une corvette
^ '^ * turque échpuéersur les cote^ de l'Hellénie.