L-elfet en est piquant, le eolf^ris plein d'é
nergie et de yërite, la touche fine et spirituelle.
Encore un ouvrage bien pensé ! Un hus- Tien», voii^ m: sard vient de recevoir le coup mortel. Il touche! est gissant sur le gazon ; un camarade passe et l'aperçoit. Mon vieux , venge ton ami , lui dit-il ! — Dors en paix , j'aurai pied ou aile de ces gaillards4à; mais je n'ai plus de munitions et je vais... — Tiens, voila ma dernière cartouche! tais-en' bon usage... Adieu, et vive la France !
Les deux têtes de ces militaires sont excellentes. Le toa local du tableau est ferme, les fonds sont charmans. Cet ëloge s'applique à presque toutç$ les productions de M. Horace ; il est , parmi nos meilleurs artistes , un de ceux qui possèdent le mieux les secrets de la perspective ae'rienne , et les ressources ' de la palette.
Il possède encore mieux l'ii^t de plaire et d'attacher. Voyez comme il tire parti d'un rien ! Un cheval chargé de filets , un vieux
rais.
Le pécheur, péchcur dicppois ^ quelques petites barques, " '^' ' un peu de galet ^ soumettez ces données a un homme ordinaire ^ et vous me direz s'il n'en fait pas la chose du monde la plus insignifiante. Regardez , au -con traire ^ ce Vernet , il a arrangé tout cela avec un tact impayable. Cest bon comme la nature. Et ce La dusse aa ma- chasseur au marais . comme il est à son af- I7I5. faire ! le canard sauvage est parti , le fusil du chasseur est prêt ; mais faut-il massacrer cette pauvre bête? non, il faut qu'elle ait au moins une chance. Ce retardement ne me rassure guère pour le canard. Le chasseur a l'air exercé. Que ne suis-je à sa place ! ma présence serait un brevet de vie pour tous les habitans du marécage. C'est que je suis aussi mauvais chasseur que mauvais juge en peinture , et puis je hais ce noble jeu. J'y trouve quelque chose de cruel. Il me semble que l'homme s'y venge , sur les animaUx , du peu de liberté dont il jouit ; et tout ce qui a l'air d'une vengeance me déplaît. Messieurs , laissez la paix aux cerfs , aux canards et aux perdrix ; battez-vous entre vous , puisque c'est votre instinct ; faites» des orphelins et des veuves, on dit que c'est de la
gloire; tuez-vous habilement, politiquement, stratëgiquement , on appelle cela du génie 7
Je n'aime guère, plus que vous, la chasse, parce que je suis goutteux ; mais ce qui me la rappelle me fait plaisir. Je ne m'attendris pas, moi, sur le sort d'une bécasse ou d'un perdreau. Le ciel les a créés pour .satisfaire mes besoins et mes goûts.
Qui vous l'a dit?
La raison , qui m'a fait roi des animaux et m'a donné le droit de disposer de leui* sort.
La raison ! dites la vanité , l'ambition , la force , l'adresse ! Ce sont elles qui font aussi des esclaves et des tyrans parmi les hommes.
Âh ! que voilà de la morale bien placée ! Renoncez , croyez-nioi , a cette philosophie
cliagrine. Le pessimisme n'est pas moins fou que l'optimisme. Ce tendre intérêt, que vous prenez aux hôtes des forets, et à leurs frères des étangs , ressemble un peu à de la sensiblerie, et vous ne l'aimez pas. On se fait aisément ridicide avec de bons sentimens exagérés. Défendez les droits de vos semblables , tonnez contre l'oppression , exaltez' les vertus du citoyen , préconisez l'indépendance de la pensée , prêchez le respect pour la loi , recommandez la tolérance dans toutes les matières qui sont de l'opinion... Vous remplirez la véritable mission du philosophe. Mais n'allez pas , à l'exemple de Plutarque <ît de Pythagore , vous constituant, d'office, l'avocat des animaux , nous mettre au régime végétal ; car , outre la petite niaiserie qu'il y aurait à cette prétention, dans votre système même , on pourrait prendre , contre vous et contre les animaux , le parti de ces pauvres légumes , dont se régalent impitoyablement lès herbivores , nonobstant la vie et la sensibilité végétales.
Plaisantez à votre aise ! . . .
l'aetiste.
Et votre gravité philosophique ne s^abaissera pas à répondre , n'est-ce pas ?
Parlons de peinture .
Àh! vous êtes piqué, M. le philosophe ! Eh bien ! parlons peinture , et pour en revenir à nos canards, cette chasse est charmante; le brouillard, au milieu duquel vous distinguez la silhouette du chasseur , est d'un étonnant effet. Ce morceau est di^e de figurer dans un cabinet de premier choix (l). Passons rapidement sur ces deux pécheurs nornoiands , qui halent à terre un chasse- LehaUge marée ; c'est une petite improvisation sans ' importance ; arrêtons-nous un moment de-
(i) Au milieu de leur dÎACusfiion philosophique qu'a fait naître la mort d'un canard (tant il est vrai que les plus grands effets peuvent avoir de petites causes), nos mterlocutenrs ont oublié le pendant de la chasse au ^norois. Il a pour sujet le dernier acte de la chasse au cerf. Je lui préfère, de beaucoup, le tableau qui a ex- <^Hé la bile de notre ami le philosophe; mais j'avertis qoe je ne suis pas une autorité. (^Note de rédU^ur»)
Les chasseurs
écossais.
te Tësuve.
vant ce rocher , sur lequel des Écossais font la guerre aux mouettes et aux goélands ; c'est un tableau original de lignes et d'aspect; admirons ce portrait du Vésuve, où nous reconnaissons MM. Vernet père et fils, gravissant les rochers qui avoisinent les cratères, franchissant les torrens de lave enflammée , qui bouillonnent dans les fissures de la montagne, et, PUnes nouveaux, allant* courageusement, sur les lèvres du gouflire, admirer le spectacle horrible et imposant du débordement de ce fleuve de feu ; jetons un coup-d'œil sur cet engagement entre une Une batterie de battcric de côtc ct uu uavirc anglais ; nous ferions au risque de nous répéter, si nouscherchions a faire un éloge détaillé de ce' joli morceau ; et puis , quand nous aurons^ donné dix minutes à la mort du brigand , que cette femme a tout l'air d'avoir attiré dans le piège , pour le livrer au soldat de* la maréchaussée , nous ferons une station^ plus longue devant cette Madeleine repentante , dont les formes pourraient être ,. peut - être, plus épurées ; mais qui ne saurait être mieux peinte et plus habilement; colorée.
côte.
Un brigand, n'» 1715.
Madeleine, n* i7i>5.
Les Madeleines abondent au salon ; j'en bbiaro.
* .• . T9 1*.^'* I* Madeleine
ai vu trois ou quatre. L une 'n est guère dansiedtjMn qu'une copie peinte de celle de Canova ; "'*'^* l'autre n'a pas même la trace élégante de cette beauté qu'a flétrie le péché (i). Celle ^^"'^
j ... , ; Madeleine.
de M. Prudhon est ravissante, mais encore ii'>4o3. un peu coquette ; quant à celle que nous d^^ed'Jbrw*)'^ avons sous les yeux , elle me parait avoir plutôt les grâces qui distinguent les belles Flamandes, que les proportions suaves des filles d'Israël; elle est cependant charmante, et le sacrifice est grand qu'eUe a fait de renoncer à l'amour quand eUe pourrait si bien l'inspirer encore.
Venons aux portraits dout M. Horace a
(i) M. Dassy a exposé un saint Jérôme fort mé- ^ocre ; il le destine , comme la Madeleine , à la cathédrale d^Arras. Il serait injuste de croire, parce que cet artiste n^a pas réussi dans ces deux ouvrages , qu'il manque iout-à~fait de talent. J'ai remarqué un portrait d'une M"® R trois étoiles , qui est une bonne chose » et qui prouve que le pinceau de M. Dassj a quelquefois assez de coloris et de fermeté. (^Note de Véditeur,)
enrichi le salon de cette année ; ils sont au nombre de cinq ; et d'abord examinons celui de BOeiessert. M. Benjamin Delesscrt ^ en costume de chasse. "** '^'^* Il est charmant. M. Vernet s'est donné le plaisir de vaincre une difficulté dont vous ne vous doutez guère , j'en suis certain.. Il a habillé de vert son personnage , et il a relevé , de la manière la plus heureuse, ce ton du vêtement , sur un ton analogue , celui du paysage qui sert de fond au portrait.
^ L'idée d'avoir environné le chasseur de la fumée grisâtre du coup de fusil qu'il vient de tirer à l'instant , me parait fort ingénieuse. Voilà de ces choses qui frappent tout le monde, tandis que votre remarque^...
Elle parle en faveur du peintre, la vôtre
en faveur de l'homme d'esprit. Continuons.
Cette femme jolie , vêtue avec une élégante
simplicité, l'air rêveur et les mains croisées,
Poriraii de Ma- ^st , dit-ou , madame de CasteUane. Je ne
?eTe*di*asTi- jugerai pas de la ressemblance ; je n'ai pas
*"n« 1715. 1^ bonheur de connaître l'original; mais il
y a un accent de vérité qui me ferait pa-
rier que, sous ce rapport déjà^ le portrait est parfait. Il est d'ailleurs d'un dessin gracieux , d'une touche large , d une couleur suave , enfin , d'un faire qui peut le disputer à celui de tous les maîtres en réputation de l'école moderne. Si, après cet éloge, il était nécessaire d'en ajouter un encore, il £mdrait louer Tarrangement , qui ne le cède en rien, pour sa coquetterie naïve, a tous les élégans atours, que M. Gérard sait dis^ poser avec tant d'artifice.
Porrrait de Ma-
Cette madame Castellane est charmante , fen conviens ; mais avouez aussi que madame S. M. , si soigneusement cachée à l'abri de ces i^™« s. m initiales , dont je chercherais en vain à deviner le secret, n'est pas moins ravissante. Il y ^ je ne sais quoi de mystérieux dans ce joli ensemble. Ce n'est pas de l'éclat de sa parure <}ue brille cette fenune , elle n'emploie pas ntéme , pour plaire , cet art du négligé galant qae les dames savent si bien : un simple chapeau de paille , une gaze verte , agitée par une légère bise du nord, une mante de Kottingue, compensent tout l'ajustement de cette jolie per-
sonne ; et cela vaut bien ^ à mon avis , les tur^ bans ambitieux, les velours aux riches reflets^ les bijoux ëlincelans dont je vois tant de Françaises parées au salon du Louvre, où elles semblent figurer , dans cet attirail de la séduction , comme autant d'odalisques , venues à Paris pour représenter les femmes de l'Orient, et nous donner une idée du goût des enfans chéris du prophète. Je ne sais si vous appréciez ce parti de demi-teinte adopté par l'artiste, comme pour tempérer l'éclat de ces beaux yeux? Je le trouve , quant à moi, fort ingénieux. Par une adroite combinaison, il fait ressortir davantage la forme d'une bouche et d'un menton , qui , chez des hommes moins sûrs que je ne le suis , de leur force morale , pourraient inspirer un sentiment qui ne serait pas tout- à -fait le respect! Cette espèce de voile (i) ajoute au piquant de la physionomie, sans en bannir la pudeur. La pose du personnage est naturelle ; il n'y a point là de ces airs d'inspirées qui ressemblent tant à de la prétention; on aime, au contraire, à y trouver un laisser-aller plein de grâce , et ce qu'il fau*»
(i) L^ombre portée parle chapeau sur la figure.
drait oser appeler une bonhomie pleine d es* prit et d'art. Quant à la partie technique de ce portrait
Que voulez-vous que je vous dise? Me voilà dans un embarras extrême. Il ny a dans notre langue qu'un certain nombre de mots pour caractériser les degrés du beau et du bon ; je suis au bout de mes formules ; dispensez-moi donc de vous répéter ce que j'ai déjà dit.
Savez-voi|^ quelle est cette dame^ dont je i^awbmck.
vois la figure étrangère , à côté de celle de ^i*]^'.*.?*
madame S. M. n« i.sî.
l'artistb.
Je ne sais pas son nom ; mais c'est une Anglaise^ et probablement une femme de qua-» lité , puisque son portrait a été exécuté par Lawrence.
Ah! c'est encore un ouvrage de sir Thomas! Que faut-il que j'en pense?
Le voisinage de Vernet ne doit pas vous rendre injuste envers le peintre anglais.
{ ï6ii )
Je n'ai aucune prévention nationale. Je trouve que cette manière de juger les produits des arts , relativement à tel ou tel pays , à telle ou telle alliance , à telle ou telle inimitié^ est une petitesse dont on ne saurait se rendre complice sans honte. Je suis enchanté que les artistes français soient plus habiles que tous leurs compétiteurs étrangers ; mais j'aime à trouver en Angleterre ou en Hollande des talens qui puissent exciter rémulation de nos peintres.
Je suis enchanté de vous voir dans de pareils senlimeiis. Je puis maimendnt m^expliquer avec franchise. Ce portrait a ce que nous appelons de l'aspect. Le dessin ^st mcorrect ; les cheveux y sont habilement traités^ les accessoires faits avec Uberté; mais la figure n'est pa$ très-heureuse , bien qu'elle soit d'un ton agréable ; la touche en est bizarre. Je n'estime que peu la manière léchée et polie de certains artistes ; mais je veux qu'une femme soit plus caressée que celle-ci. Les yeux deM*^ *** sont expressifs ; les lèvres qui grimacent peut-
être plus qu'elles ne sourient en effet, sont d'un corail outré. Pour exprimer^ en un mot, toute ma pensée sur cet ouvrage de Lawrence , je dirai que c'est un portrait bon , malgré ses défauts , i|n portrait artistement £^t , mais dans une manière qu'il £g|udrait se garder dWiter en France si l'on veut plaire , un portrait, enfin, dont on peut penser beaucoup de bien e| dire beaucoup dç i^a}.
LE tHILOSOPHB.
Me voilà fixé. Revenons à notre Horace. Ne Ponrau da ma-^
, ^ ^ ^ réchal Gouûoa
vois-je pas le portrait dte M. Gouvion Saint- s»wi-cyr. Cyr?
LARTIStE.
Ju&tement. Ihast d une tette ressemblance , ^^il est imppssiUe cfe s^ méprendre.
Cette tête me parait belle,
Et dW effet excellent. Il est inutile d'ajoiip ter que cela est bien pçint ; h nqm de l'auteur le dit ass^z.
C'est donc un bon ouvrage?
Oui , dans toute racception du mot.
J'en suis ravi; j'aurais ëtë bien fâché que le
portrait d'un des hommes les plus honorables
de notre époque , ne fût pas un des'plus beaux
de l'exposition. Mais dites-moi, pouvez- vous
P^rtraTda ma. comparer cette peinture à celle oh M. le baron
réchaideLau- Q^'^^j ^ représenté M. le marquis de Lau-
"'* 747- riston?
Je n'y vois d'analogie que dans les sujets : ce sont deux maréchaux, deux ex-ministres. Du reste , l'avantage est à M. Vernet. Le personnage de M. Gérard est roide, sa tête n'exprime rien; M. Gouvion , au contraire , pense, et n'a pas l'air d'un héros en représentation. Puisque M. Gérard mettait le bâton de commandement dans la main d'un maréchal , il fal- Jait lui donner de l'énergie , de l'action , du génie, et, malheureusement, il y a rien de tout cela. Je peux bien y voir un grand veneur, mais je ne saurais y reconnaître l'ancien compagnon d'armes de César.
Je suis tout-k-fait de cet avis; mais M. Gérard a été' si souvent heureux , qu'on peut bien lui pardonner de s'être trompé cette fois.
On peut être d'autant plus indulgent pour iui^ qu'il est pour ses camarades d'une indulgence extrême ; tout le monde sait cela ; tout le monde sait aussi qu'il est d'une bonhomie touchante , et c'est certainement à tort que les envieux ont dit de M. Gérard, que pour être premier peintre du Roi , il se croit le roi des premiers peintres .
LK PHILOSOPHE
Modestie et talent iront toujours ensemble.
11 est cependant naturel et beau d'avoir la conscience de son mérite; j'aime assez qu'un «omme de génie laisse percer un petit bout de Vanité, et qu'étant juste envers les autres , il *€ soit aussi envers lui.
Ce sentiinent intérieur de sa propre force , ^lève l'artiste au-dessus de la jalousie; avec cette conviction , il se plaît aux succès d'un
ëmule , il applaudit frandiement au triomphe (J'un débutant ^ il n'est ni diplomate , ni tartuffe, ni persécuteur, ni quêteur d'éloges, ni. entremetteur de critiques. Ce caractère à déshonoré Lanfrane, dont le nom n'est prononcé qu'avec une sorte d'horreuir; espérons que, parmi les modernes^ âuctm peintre ne descendra à ce degré de mépris.
Assurons même que tous sont à l'abri d'un reproche à cet égard....
H.VEBirtT. ^ î c'est la , je pense, le portrait de mon-
Porfrait ^queslre , ^ ^ Ulk ia • a /
de S. A. R. Mgr. scigncur Ic duc d Ângoulemc , si fréquemment
Je UAIXPHIN. '* 4 i* ' '
n" 1711, cité depuis l'ouverture du salon? Il est adini- (M '^) rable. Quelle vérité l C'mt 1% première peinture ressemblante, que j'ai vue jusqu'à ce jour, du prince généralissime. Mais voyez donc ! quelle aisance dans la pose du cavalier , quelle vie dans le mouvement du coursier !
Et quelle facture , mem ^mi ! Qàe teïà ^i large, brillant, scdîde! Quelle étude dans le jeu des articulations^ des muscles et des vaisseaux de ce quadrupède ! Ce n^'est pas l'ouvra^ d'un peintre, c'est l'ouvraige de la natui'e. J'ai
entendu dire^ à côte êé noHS ^ que la forme
de cette béte espagnole nunxquak d'^ëgonce ,
ipie ce n'est pas de ce stjHk que devrait être
incBquëim cheval liistatîque.Quelie sottise! Il
faudim <, pour satisfaai^ des §ens qui ne reflé-
ehîssent à rîen^ que IWtiste^ oubliant la si tua-
t;i€iii où la donnée de son tableau le jidace ^ s V
laniise à faire de Fidéal , et dessine un cheval de
parade sons un militaire en campagne ! Non :
Ad* Horace ne commet pas de ces incoiivenan-
oes. Le général ordonne un mouvement., tout
8^ébranle a« signal qu'il a donné ; les escadrons
<léfileat av galc^ ^ et font voler des nUages de
poussière ^ le prince parcourt les lignes pour
exciter le soldat; il lance son cheval^ dont les
£atigues des jours précédens n'ont point abattu ,
l^ardeur ; le générettu animal iiennit ; son œil
^respire le courage ^ la sueur lâche sa robe blan-
ohe, sur lac^pieUe le soleil vient refléter ses
irayons brùlans. Voilà ce qui se passe dans la
Tiature, et ce qu'il faut pemdre. M. Vemet Ta-
t-il fait? Oui ; que vfjulez-vous de plus ?
Cet ouvrage est d'une grande beauté ; il a
réuni tous les sufifrages. Pourrait -il en être
autrement? Il est traité d'un pinceau si franc ,
si vï'ai , si spirituel , qu*îl <doit irapper égale-
( ï68 ) ment le connaisseur et l'ignorant. Rien n*esi de convention dans cette peinture , tout y est d'observation , tellement qu'on pourrait dire que le prince y est portrait dé la tête aux pieds; ce sont l'habitude de son corps, sa manière d'être assis à cheval , son coup-d'œil timide et doux, sa manière afiectueuse, son vêtement, et jusqu'à son lorgnon. Les portraits accessoires ne sont ni moins beaux , ni moins fidèles ; celui de M. le duc de Guiche, surtout, est frappant; quant au cheval que monte cet offi* cier , il a déjà la tête hors de la toile , il vient à nous, il est vivant, galoppant, et comme l'andaloux qui le devance :
Quadrupetante putrem sonitit quatit ungula camputn.
MAt7ZAissB. Permettez que je vous fasse une question :
Portrail éqaestre in«-¥»
de Henri IV. Je VOIS, cn pendant au tableau de M. Horace,
n° i2oa<
(M. d. r!) im portrait de Henri IV, dont je connais beau- (Dertinëiiagi- coupTautcur. M. Mauzaisse. Dites-moi si vous
lerie de Diane k *^ ^ x i .
FonuineWcan.) préférez cct ouvragc a celui dont nous venons de parler.
Je ne vois pas qu'il faille les oamparer. Ce
sont deux belles choses . mais deux choses belles différemment. La tête de Henri IV est pleine de bonté ; la cuirasse , les velours , et les ornemens de la selle , sont d'une perfection dejaire k laquelle M. Mauzaisse nous a accoutumés. La tête du cheval blanc qui porte le bon roi ^ est d'un joli dessin , d'un modelé fin et harmonieux ; le corps et les jambes sont assez bien indiqués, mais ils le cèdent aux parties correspondantes du cheval de M. Vernet. Le portrait de Henri IV est un morceau de coloriste où l'on doit reconnaître beaucoup de talent ; le portrait de monseigneur le duc d'Angouléme est un morceau bien coloré , bien ajusté , bien dessiné, grassement peint, et, par-dessus tout, étonhemment vrai. Je ne ferai pas le même kwsoic.
'Il . -iioA-n 5 Porlrail en pied
woge de ce portrait en pied de S. A. R., qua des.AR.Mgr exposé M . Kinson . C'est une figure de fer blanc , i^mepeinte au vernis, à -peu-près comme le sont ces morceaux de tôles dont on fait du moiré" ^tatlique. Dur , mou , roide , sec , rouge, l^une , lilas ,^ grimaçaiit , laid ; voilà le prince felque nous le représente M. Kinson. Ne pouri*aitpOB pas interdire à cet artiste le droit de b^avestir ainsi les personnages les plus, honora^ «ksî Qu'il renonce à peindre les héros ; il n'est
( 170 ) pas dans la confkleiice du génie des grands licnnmes^ il les Cnt ridicules.
Lï: PHILOSOPHE.
II faut donc que M. Kinson brise ses pinceaux^ lui qui s'est fait une réputation dans les vieux ];)Oudoii[*s du faubourg Saint-Germain et dans les salons , qui Be sont fait les échos de G«s tabernacles aristocratiques. 11 faut donc*, à vous entendre , que £on nom soit rayé de la liste des portraiteurs ; '
Mais vivre sans porirtdre, est-ce contënleraenf !
£h ! mon dieu ! }e ne cfis pas à M. KÛASon de vivre sans portraâre ; il peut encore peindre des femmes ; une certaine grâce de contention suffit pour cela ; d'ailleurs, il y réussit qu^^iq!^-^ ^ar^m^Thir- fois, témoin ce portrait jde madame Thurret, "*„o g^8 qui n'est pas sans ehaniie , et qui peut pas^r pour un morceau agréalile et distingué ; maos je lui interdis , que dis-je? je le sopp'Ëe de ne jmnus se hasarder 1 représenter <les àommes qui doivent eénunander le respect , et qu'entoure la vénération puMique ; il ft'entei^ rien à cela. Gros^ Gérard, Gîirodet, Paulin ,
( 171 ) Gaërin ^ Y émet ^ voilà les msutres à qui il faut laisser le soin de faire les figures histori<jues ^ les artistes et les princes ; ils savent les tirer de la foule , eux , ils savent leur donner le cachet de l'immortalité. Le lot de M. Kinson^ ail contraire , est la finance , la haute bourgeoisie ; qu'il s'y tienne , à moins qu'il n'aime mieux faire comme M. Rehert-Lefevre qui vit ai:qourd'hui de ses souvenirs. Semblable a l'archevêque de Grenade , ce peintre commençait à baisser, mais , plus sage que le prélat , il s'en est aperçu , et il a quitté sa palette qu'avait honorée quelques briUaos succès. Cet homlaage rendu à la voix puUique qui lui criait : asses^ prouve en M. Robert-Lefèvre un esprit judicieux dont il faut le féliciter.
LE raitôsoras.
Je croi^ que nous eh avons éni avec M. Ho^ î'acé; voilà de compte fait vingt morceaux passés en revue.
Vartiôte.
Oui , mais ce n'est pas tout encore : tenez , ^^j vbhhet Venez de ce côté^^ dites -moi ce que vous -^"*»pensez de €ette figure d'Écossais»
Elle est effroyable. Quel regard ! quel geste ! et quel fardeau ! Une tête d'homme , une large ëpe'e teinte de sang^ un air de joie féroce : quel est donc ce héros de grande route , ce cannibale Highlandais ?
C'est Allan à la main sanglante , un des personnages dq V Officier de fortune.
le philosophe.
Ah! j'y suis. Ce diable de Walter-Scott , où a-t-il été chercher l'idée d'un Âllan? Renvoyezmoi ce monstre avec tous les briganti italiani
qui infestent les salles nouvelles du Louvre.
.S'il était permis de lé déplacer pour l'envoyer quelque part, je sais bien où je l'adresserais.
LE philosophe.
Dans votre cabinet, sans doute.
Oui, c'est une production délicieuse.
Je ne dis pas non ; mais il me ferait peur , avec sa crinière rousse et ses lèvres écumantes.
J'admire Ténergie et l'empâtement de cette
peinture.
Tant qu'il vous plaira; mais ce Cacus au plaid quadrillé ^ à la moustache léonine , au mousquet redoutable , à la claymore doublement acérée , m'épouvante et me dégoûte. Je lui vois l'instinct de la béte fauve , sans pouvoir reconnaître en lui quelque chose qui soit de l'homme. Son aspect ne peut rien m'apprendre; quelle leçon recevrais-je, en effet, de la présence de ce génie infernal ? Aucune ; et mes yeux en seraient offensés ! Je vous cède donc volontiers ce tableau, où je ne peux regretter qu'une chose , je veux dire la conve-^ nance du style local , en harmonie avec le costume et l'expression du personnage.
C'est un mérite que vous retrouvez dans
(174) tous les ouvrages de M. Vemet ; je ne me rappelle pas avoir jamais été frappé, dans un de ses tableaux, d'un contre-sens ou dW anachronisme.
Le plaisir que j'ai pris à voir cette collection des travaux de M. Horace, me donne lé plus grand désir de connaître cet artiste. Vous l'avez vu sans doute, vous savez son earac^ tère , ses habitudes; instruisez-moi iicat égaid; je suis curieux d'apprendre si s$i personne est en rapport avec son talent»
Son talent est toute sa personne* Mcd^^ile , fougueux , i^irituel , voilà l'homme et le peintre. L'œil vif ^ la figure expressive , la parole rapide, le geste court, l'imagination bouillante , le mouvement énergicpie , l'habitude du corps élégante , la taille ni grande y ni petite , la musculature du ^diateur anticjue ; chasseur ardent , écuyer infatigable , musicien par instinct , militaire par goût , peintre par passion , on le voit tour-à-tour saisir la palette et^ manier un fiisil , fumer comme un espagnol ,
( '75 ) et chanter c^mine un italien , faire des armes et sonner du cor , tracer un épisode plein de sentiment et de mélancolie, et dire un bon mot, tirer l6 pistolet et boxer ; son atelier est ûa rendez* vous des gens de la meilleure compagnie ; on y rencontre des officiers du plus grand mérite , des princes qui traitent Horace avec la considération que commande soq génie , des artistes de tous les genres , des financiers , des femmes charmantes ; les contrastes sont dans ses goûts ^ parc^ qu'il tire du rapport entre des objets essentiellement dissemblables , des observations qui ne sont point perdues pour la peinture ; c'est ainsi <|ii'il n'est pas rare de voir à coté de sa toile un singe qui gambade , une biche <{tt'i} affectionne comme un chien, un cheval dont il étudie nim-seulement les formes , mais encore ce qu'on pourrait appeler la vie privée. Quelquefois, au même instant, retentissent, dans la salle de ses travaux, le commandement militaire, le bruit du tambour, le ï'ftppel du cor, le cliquetis des fleurets, les ^scordans accords d'un piano vétéran , qui n'a guère de ftons que de quinte en quinte... Mais îtiq>assibie au mflieu de eé bruit , quand il a résolu de peindre , quand îL çst domino
par une idée ^ il s^isole et se concentre dans sa méditation ; il produit alors avec cette verve , cette facilité qu'aurait un improvisateur brillant et exercé; et ce qu'il fait porte cependant l'empreinte d'un talent consommé , d'une réflexion mûrie ^ d'un esprit vif mais raisonnable.
Voilà un portrait fait à plaisir , et vous voulez rire de moi , sans doute.
int«?rîciir de Ta- Si Dcu, ouc cc Quc îc vîcus de VOUS dire là,
telierdeM.H. r ") ^ ^ J ^ ^ ^
verneh g^t notoîrc; M. Horace, lui-même, va vous
en fournir la preuve dans ce petit tableau représentant l'intérieur de l'atelier qu'il occupait autrefois , rue des Martyrs , n** 1 1 .
Comment, c'est M. Horace qui a traduit ainsi en public sa vie intérieure !
Oui. Il s'est représenté au milieu de ses élèves et de ses amis, prenant une de ces récréations favorites , qui interrompent pour ua moment le travail de sa composition.
Ce tableau me plait. Dans un homme de talent , j^aime tout l'homme ; dans une production originale , j'aime à retrouver l'organisation de son auteur. La vue de l'atelier de M. Vemet me confiirme dans l'idée que je m'étais faite de sa personne en examinant ses ouvrages. Je suis fâché d'une chose pourtant; c'est de ne poi^yoir juger que des habitudes du peintre , et de n'avoir pas une indication suffisante de ses traits , pour y appliquer, suivant la théorie de Lavater , ce que je sais de son caractère et de son génie.
Si ce n'est que cela , voyez dans la galerie iApoUon, et soyez content. Tenez , voici une Ponran de m. Dainiature qiae vous pouvez considérer comme »• nsz. la vérité même.
Ce doit être ressemblant.
On ne peut davantage.
Cela ne m'étonne «pas.; voilà justenfient la
( ï7« ) figure que j'avais imaginée; Toeil vif^ la phy-" sionomie spirituelle , le front largement articule^ les muscles de la face mobiles. C'est très-bien. Quel est l'auteur de ce portrait?
Un des meilleurs élèves d'Isabey, M. Man- &ion ^ dont les connaisseurs apprécient le talent. Cet artiste tient un rang distingué parmi les miniaturistes ; il possède toutes les qualités qu'on exige dans l'art qu'il professe • Il est très-fidèle ; il a une touche fine et franche , une couleur agréable , une grande habileté de main, un goût d'arrangement qui ne sent pas la manière ; enfin une pureté de dessin recommandable . On pourrait lui demander un peu plus de vigueur, st, à côté de ses autres portraits d'hommes , qui pèchent peutêtre par l'absence de cette condition, on ne Elude d'après un ^oyait ccttc tétc dc tuTc, à laqucUc on recon- '. '^'"^' naît un coloriste. M. Manâion n'a besoin que
d'oser ; trop de timidité peut nuire même à un peintre de miniature. S'il n'a pas toujours la force , on ne Saurait lui reprocher de manquer , de grâce. Voyez cette jolie femme blonde , qu'elle est charmante ! Que ses cheveux sont
( 179 ) faits d'une manière ravissante ! Je voudrais cjue son cou fût plus modelé dans la lumière ; la simplicité du travail donne ^ je crois ^ de la roidcur dans le mouvement de la tête. Quelques demi-teîntes , quelques reflets, et une légère indication du mastoïde , rendront ce portrait excellent.
Cette femme au chapeau de velours noir, Le chapeau a©
• velours.
%e parait fort bien aussi. n<> nsa.
A merveille; mais le chef-d'œuvre de son ^^teur c'est ce portrait, que je crois être celui portrait de Ma^
J^ . 1 -m/r * dame Mansion.
<*e madame Mansion. „„„«„
n" ii;
Klle est très-jolie^ il n'y a, ma foi, rien de niarital dans cette peinture.
. J'y admire surtout le ton général ; il est d'une finesse étonnante. Le travail est d'ailleurs prëmeui^ shM sécheresse , égal san^ mo- Qot(^6. Je reg^d^ ce movci^au comine un petit tour de force.
J'en suis tellement satisfait aussi, 4^^*) ^^ jamais je me marie, ce qui n'est guère probable; si je prends une femme j.eune, ce qui sera difficile à trouver, a cause de mon âge , et jolie, ce qui ne sera pas plus facile à cause de ma lai^leur, je veux que M. Mansion m'en fasse un portrait. Allons , souhaitons à ce peintre bonne chance , succès , et fortune , et revenons k M. Vernet. Nous devons, je pense, avoir bientôt termine la nomenclature de ses productions.
Pas encore.
, Bon ! c'est donc le marquis de Garabas de la peinture?
Tout^à-fait.
Quand ^ous seroiis à ceht, nous- ferons *4iiaie croix.
Mais que nous r^te^t-iLdoiic à voir maintenant? î
D'abord, ces brigands qui consacrent leurs h. vebnkt. poignards à la Vierge. ,^lt::i
dune.
LE PHILOSOPHE. n» 1713.
Voila une peinture de mœurs révoltante.
<^uelle anomalie afireuse elle présente ! L'instrument du crime voué à la madone , et consacré par le prêtre du Dieu de paix et de chanté ! Et pourquoi m'en étonnerai-je de la part ^e fanatiques sans morale et sans civilisation ? 3^'assassinait-on pas avec un fer sacré Hen- :moi III, Henri IV et Louis XV? N'était-ce pas e mousquet d'une main et le crucifix de l'aure que les dragons parcouraient les Cévenes? N'était-ce pas au nom d'une religion douce t tolérante que l'inquisiteur torturait et brûlait à Madrid et à Goa? N'était-ce pas au nom ^e Jésus qu'on faisait la Saint-Barthélémy? N'était-ce pas au nom du monarque très-chrétien , <hx prince pieux , du grand roi , qu'on révoquait l'édit de Nantes? Passons, passons; ce tableau est sans doute bon pour vous , artiste ; pour moi , philosophe , il est cruel , et par le fait qu'il retrace , et par les souvenirs qu'il vient rappeler à mon esprit.
tteiidez-vous de Voilà uii rcndez-vous de chasse qui va faire
chasse.
«« .,,ç diversion à vos idées.
Vous savez ce que je pense de cette sorte de plaisir; mais occupons - nous uniquement du tableau , comme tableau. Comment le trouvezvous?
Bien. Il était difficile de ne pas faire ^ de tous ces gens en rouge ^ quelque chose qui eût l'air d'un buisson d'écrevisses. M. Horace a vaincu la difficulté. Je ne dis pas que )e n'estime cet ouvrage inférieur à la plupart de ceux que nous avons vus du même artiste ; mais il n'est pas indigné de son auteur. Voici mainte- Le soldai bbou- ^^^^ le Soldat laboureur. Mon ami^ devinez , si vous pouvez ^ ce qui se passe en moi.
reiir.
Vous êtes touché de la noblesse de ce sujet.
Pas le moins du monde. Je suis fatigue de notre admiration , et , ccxmme ce paysan des
( î«3 ) environs d'Adiène^ qui était eûntiyé dWieiidre dire toujours du bien d^ Aristide ^ je corn* rnence à me lasser de répéter sans cesse ^ ù propos de Vemet : bien , très^bien ^ admîral3le, délicieux, sublime. Aussi je suis presque montent, maintenant, d'avoir occasion de dire ^ine fois : cela est médiocre.
Médiocre! y songez-vous?
Oui, pour Horace s'entend. Cela manque ^e couleur et d'effet. C'est fipoid; j'en dis autant de cette autre peinture qui a fait une «• 171 s. gravure agréable.
L'idée en est charmante ; un enfant, à peine âgé de deux suas , joue avec la moustache grisonnaille d'im chasseur de la garde ; celui-ci , plein de douceur , lui interdit ce jonei : Attends ! attemls ! dit-il en souriant au marmot i, et le petit drôle de recommencer à tirer cette vénérable bar'be <|ue respectait l'ennemi. Je trouve cela très-joli; c'est l'image de la protection accordée par la force à la faiblesse
Atlendx î
même exigeante; c'est le lion èoùfirant sans colère la familiarité du roquet ; c'est le pouvoir fort, tolérant de petites attaques ; ce sont les grands hommes se moquant des petits e'crits.
C'est tout ce que vous voudrez, mais ce n'est pas un bien bon tableau. Il n'est pas d'une peinture solide ; on dirait d'un lavis à l'huile. M. Horace aurait dû se dispenser d'exposer ces deux ouvrages , qui auraient fait la réputation de quelqu'autre ; mais qui ne sont pas à la hauteur du talent du peintre du M ontmirail , d'AUan , de la peste de Barcelone , et de dix autres morceaux excellens.
M. Vernet est comme les millionnaires à qui ont réussi cent opérations, une spéculation malheureuse ne saurait nuire à leur fortude, ou ébranler leur crédit. L'artiste a pu être inférieur a lui-même, supérieur qu'il est resté aux autres ; il doit se consoler d'une rencontre fâcheuse qui est à peine un échec : ab une ai^ulso non déficit aller.
( i85 ) l'artiste.
Avant de nous séparer , hàtons-nous de jeter un coup-d'œil sur les ouvrages de M. Carie Vemet. Dans chacun d'eux , nous retrouvons la manière spirituelle que cet artiste a donnée à son fils^ et qui semble être un héritage , qu'il tenait lui-même de Joseph Vernet , le peintre le plus illustre du dixhuitième siècle. Voyez quelle charmante ca- u posiiUon, Hcature que ce postillon! "* '7*0.
Sa physionomie est délicieuse. Je l'entends «ÎT'e, en mettant son pour-boire dans le gousset de sa culotte : « Entrez là-dedans , vous ^< autres , et soyez tranquilles , vous n'y moi- « sîrez pas. »
l^a touche de M. Carie est toujours juste^ facile, caractéristique <) peut-être voudrait-on la voir un peu plus large.
Je n'en sais rien ; mais elle me parait savante , tant elle est naturelle. Voyez comme charge de lanelle anime cette charge de cavaliers ; voyez
ciers.
Il" i : I a
comme elle est naïve dans cette paysanne, qui H» 1710. se chauffe au foyer des petits bûcherons.
Gués. Et ces deux guës, où Ton voit, d'un cote,
'^'** un muletier qui tire sa bête par la queue pour la faire avancer , et de l'autre un guide de diligence qui tire , par la bride , là mule qui est en arbalète ; que c'est joli et simple ! Ces étalons , que vous voyez , sont des
Etalons. portraits. Tous les peintres de chevaux de- 170:1 e ^ vraient étudier de semblables modèles. Ils sont d'une belle forme, d'un très-bon dessin , je n'ose pas ajouter d'un très-beau ton ; la couleur est suffisante ; mais elle n'a pas , je croîs, assez de corps. La brosse d'Horace est plus harmonieuse , plus riche ; celle de GÉRicAULT. Géricault, plus ferme, plus puissante; et, à propos de Géricault, voulez-vous que nous allions cha[*cher les deux tableaux que possède Fexposition, de cet artiste, enlevé a la fleur de l'âge , et dont les premières compositions promettaient à la France un grand peintre de plus.
h m'intéressais beaucoup aux succès de
:. Gëricault. J'estimais beaucoup son tableau des naufragés de la Méduse. Il y avait de la verve ^ du sentiment , de la force. J'ai pleuré la mort de ce jeune émule de M. Horace Vernet , comme j'aurais fait celle d'un de mes amis les plus chers. La perte d'un homme de génie doit être un deuil public; celle de Géricault a jeté long-temps , sur mes idées ^ un voile sombre. J'accusais le sort , qui fait peser sur la terre ^ tant de sots ^ d'inutiles , de méchans ^ et qui frappe la société dans ce qu'elle a d'hommes les plus distingués ^ de gens les plus doués de la capacité productrice , enfin , de meilleurs et de plus vertueux citoyens. J'aurais racheté d'une moitié de ma vie, qui importe » peu à la gloire de mon pays, le salut d'un artiste qui ^fOHtait un fleuron à la couronne, dont nos Peintres ont orné le front de la gloire. Hclas!...
Tous ceux qui l'ont connu auraient fait le *^éme sacrifice que vous.
Mais je ne le connaissais pas, moi. Je con-
naissais ses compositions , ses tableaux et ses dessins; je les trouvais fiers et beaux.
Géricault voyait la nature dans ses proportions élevées. Tout était fort dans son expression. Ses chevaux sont vigoureux , quelquefois lourds; mais ils sont si bien mode"^
Forge de village. -, ., r ' J» • • 1^ J*
^o ^go, les , us sont touches d une main si hardie ^ ils sont si larsçement colorés ! Les deux qu
Un enfant don- *^ *
nanu mangera nous avons dcvaut nous . par exemple, s^
un cheval. ' . *
n« 761. font remarquer par un ton superbe. Ce son^ des morceaux de grands maîtres. Leur vu^ ajoute au regret que nous éprouvons. Géri — caulti, pendant l'espace de dix ans qu'il consacrés à la peinture , n'a pas été d'un-* grande fécondité. Il n'est que peu d'ouvrag<
de lui , connus des amateurs ; mais eût-i produit moins encore, son nom ne resterai pas moins attaché k l'époque actuelle.
Quelle célébrité l'attendait, s'il eût pu tronBper sa destinée ! Il n'eût peut-être pas marché l'égal de Carie et surtout d'Horace Vernet ; mais il eût assis sa réputation sur des bases larges et durables ; on l'aurait cité après eux....
( i89 ) l'artiste.
On lui fait aujourd'hui l'honneur de le citer à côté deux. Je n'examine pas cette question de préséance ou d'égalité ; mais je crois être en droit de dire^ que Géricault était, parmi les contemporains , un des hommes }es plus fortement constitués pour les arts.
A demain.