‹ L'ártiste et le philosopheChapitre 26 sur 43 · CINQUIEME PROMENADE · texte numérisé non relu

CINQUIEME PROMENADE

Vous êtes sorti de bonne heure, aujourd'hui, mon cher ami; je m^é tais rendu ce matin, chez vous, pour vous prendre et vous mener voir l'exposition particulière d'un tableau dont on parle beaucoup et diversement dans le monde ; j'ai eu le déplaisir de ne vous pas rencontrer, et d'aller, seul, faire ma visite s l'ouvrage de M, Dupavillon.

iki.DupAviLLoK. M. Dupavillon! Ah! bon, je sais. Une cirlÉ^tnt ^^^^^^'i signe'e de lui, m'est parvenue hier^

d'ÂmhoUt,n^j.) m'invitant à venir me constituer juge d'appel, dans une cause , où le jury de première instance s'est montre injuste , s'il faut en croire M. Dupavillon. Je vous avoue que je me suis bien prononcé à cet égard ; j'ai assez d'Iphigénie et de sa race , qui ne finit jamais , ainsi que l'a dit un poète fort spi-

i^'ituel ; je nuirai pas voir le tableau en quesh-

-i:ion. S'il esl vrai que le jury ait blessé les

Ic^is de Téquité^ en rejetant du Louvre, où

J^gurent tant de morceaux médiocres , une

»nne production de M. DupaviUon , je plain-

'ai beaucoup Fauteur, et plus encore les

-p^iges , qui auront cédé à des considérations

jimidignes de leurs fonctions impartiales ; si ,

:stM contraire , l'arrê^ porté est juste , et l'ou-

-vrage mauvais , je me féliciterai de m'étre

épargné Fennui de voir une chose ridicule,

^t je dirai à M. Dupavillon : macte anuno t

^^onsieur le peintre , et recommencez ; il ne

f»at pas s'e décourager pour un revers ,

B.'abord on ft*y pÊiméTOfA. j puî» ub peu mMUx, puî$ bîeii. Puis enfin, il n'y manque rien (i).

x'artiste.

J'ai vu cette Iphigénie.

^h ! bien ?

I^e jury a commis une injustice et une

Ct) La Fontaine.

( «92 ) faute. Une injustice , en refusant Tadmission d'un tableau fort supérieur à tel ou tel autre que vous voyez au salon ; une faute , eh appe* lant, sur l'ouvrage de M. Dupavillon^ l'intérêt qui s'attache à toutes les victimes des proscriptions.

Mais sous quel prétexte , au moins raisonnable , la commission s'est-elle montrée aussi rigide ?

Elle a reproché à l'auteur , des réminiscences de David , et n'a pas cru pouvoir admettre, à figurer parmi des originaux, une pastiche dont presque toutes les parties sont des imitations, à-peu-près serviles , de morceaux, connus.

Voilà un motif bien misérable. Ce n'est: point au jury à décider de semblables questions. Si M. Dupavillon se présentait au concours , pour le prix de Rome , avec un tableau qui annonçât plus de mémoire que d'imagination , l'Académie excluerait l'artiste stérile , qui n'aurait pu composer qu'un mor-

«eau .vide d'idées neuves , et l'Académie au-

:wskit raison. Mais il ne s'agit pas ici d'un prix

^|ue donne le gouvernement; il ne s'agit pas de

rarécompenser les progrès d'un élève , et de

^dire s'il a bien ou mal mérité des prof es-

eurs. L'enseignement est une chose , l'expo-

ition des produits des arts , disons plus ,

es produits de l'industrie des wtistes , est

autre chose. Selon moi, cette exposition

evrait être libre.

l'artistb.

Mais vous ouvrez la porte aux plus dé- ^cùtantes turpitudes ; vous pavez les murs ^ti Louvre d'enseignes à bierre , et âieûC'^oto !

Le jury amende-t-il donc beaucoup notre ïiaarché? Ne voyons-nous pas, de ce côté, un Débitofit de tisonne , production niaise d'un élève, que je renverrais de mon atelier, si jetais M. Gros? Ne voyons-nous pas, dans cette salle , F Ours ailé de M. Bourdon ! N'a- ^ons-nous pas subi un Incendie de VOdéon, et tant d'autres honteux ouvrages , qui suffiraient pour prouver l'inutilité d'une cora'-

UÛssion académique? Je le maintiens, oui,

( Ï94) le Mnsëum devrait être ouvert à tous venant. Je n'aime pas cette douane que je rencontre partout; comment donc! toujours de la censure ! Il ne sera permis de produire que sous l'approbation des délégués du pouvoir , et avec privilège de M. tel ou tel ! C'est une folie , dont il faudra que la raison guérisse enfin nos gens à préjugés. Nous serons inondés , d'abord , de mauvaise^ productions! Qu'importe. Le public sifflera, ce qu'il ne fait pas , de peur de siffler le jury. L'artiste qui aura produit un mauvais tableau, recevra, de juges indépendans, une leçon qu'il ne doit pas recevoir de juges intéressés ; les coteries ne triompheront pas ; la voix du peuple sera entendue; il ne sera pas dit que, chez une nation où il n'y a nL maîtrises , ni privilèges , il y aura des artistes patentés , dont on recevra toujours les enfans morts-nés , et des artistes exceptés , dont on refusera toujours les oeuvres, développemens passables d'un germe heureux; personne , au moins , n'aura le droit de se plaindre. On n'entendra pas , de tous côtés , des peintres qui appellent , comme d'abus , des atiathémes lance'^ contre leurs ouvrages ; on

ne verra plus de ces Aristides d^ateliers ^ qui

arment, pour leurs querelles, tous les ëcri^

Tains de la capitale ; on n'aura plus Pair d\it<«'

tenter à la vie et à la fortune d'un homme,

<n attaquant en effet son amour^propre ; on

dFera un acte raisonnable , un acte conséquent

a l'institution du pays ; on ne fera pas d'Ilotes

armi des citoyens essentiellement égaux ;

nfin, les arts conserveront leurs franchises,

t ne seront pas flétris du timbre politique

?on veut imposer à tout.

A merveille ; voilà une utopie qui en vaut

e autre; elle n'est pas cependant sans ré-

nse ; mais je ne suis pas en train de dis-

^ter. Je viens au fait qui a donné lieu à vo-

e digression. Le tableau de M. Dupavillon

^^vait être exposé au Louvre ; son rejet est

^^denmient le fait d'une intrigue, dont il

^9t difficile de deviner le mobile. Je ne pré^

'Vois pas queUe* espèce de succès lui était ré-^

i&ervé , s'il eût obtenu les honneurs , un peu

vulgaires , du salon ; voici , toutefois , ce que

j'en pense. L'ensemble en est froid. L^ntérét

n'est ni sur Iphigénie , ni sur sa mère , ni sur

( 196 ) le roi des roîs^ ni sur Achille. Âgamemnon est à gauche , assis comme un magistrat qui entend le plaidoyer d'un avocat. Impassible ^ immobile ; il n'est père , ni chef dWe grande entreprise ; il est à peine irrite des menaces d'Achille. Sa tête est celle du Jupiter Oljrmpien , et cependant je l'ai reconnue pour être aussi celle de M. B. , que vous verrez exposée ici sous le n"" 588. Sa pose est celle du Mars de David.

Achille est à droite , porte sur la jambe droite , le bras de ce côte' élevé en l'air , et brandissant son épée flamboyante ; c'est le Romulus, moins la grâce. Le bras de Romulus est arrondi , ce qui donne à cette figure académique une noblesse élégante dont manque un peu l'Achille. La ligne qui s'étend du gros orteil du pied gauche. à l'extrémité du bras droit , que prolonge le fer menaçant de l'amant d'Iphigénie , est d'une longueur démesurée. Achille est ftu, vu par derrière^ le profil tourné à gauche^ la jambe gauche tendue ; mettez-lui un bouclier , et dites-moi si ce n'est pas Romulus , quoi qu'en publie M. Dupavillon.

Iphigénie n'est pas jolie , Gytemnestr(r

( 197 ) n'est pas noble; elles sont groupées ensem-* ble, sur le second plan ^ entre Agamemnon et Achille: Clytetnnéstre ihanque de passion ; elle devrait être tristement ëmue; malheureusement ^ die ne témoigne ^ ni la cic^înte que devrait lui inspirer la situation de sa fiUe , ni la haine qu'excite en elle la barbarie de son époux. Iphigénie n'est pas plus touchante , c'est ime fille qu'on a grondée ; ce n'est pas une fille soumise , mais qui murmure en 'secret de la rigueur des volontés paternelles.

Le tableau me* parait donc manquer d'expression; ce serait peut-être une assez bonne composition théâtrale^ un bas-relief bien combiné ; mais ce n'est pas une peinture qui parle a lame.

Cette scène, dans Racine j me fait tressaillir; Achille m'épouvante dé son courroux , Iphigénie m'intéresse ; je prends parti , avec Clytemnéstre, contre AgameiHhcm ; dans te tableau de M. Dupavillon, de tous ces genslà, aucun ne m'alrachè l'exdiamation de la terteul* . 6ii . de la pitié.. Comme étude , c'est autre chose.îLa jambe droite 4' Achille est très^ belles le torse. 4'Agamemnoh bieii accusé;

(«9«) les draperies sont largement traitées ^ mais la couleur est noire, cuivrée et monotone. On reconnaît, dans le dessin, un élève de David, et (je voudrais m'en défendre en Vain)^ dans Farrangemenf , uii copiste de ce grand maître. Je vois là Romulus ^ Mars , et jusqu'au petit écuyer des Sabinés , déguisé en soldat d'Ulysse.

Je ne sais si j'ai bonne mémoire , et si ^ dans ce moment, elle me trompe; mais je crois me rappeler un tableau de M. David ^ dont le sujet est la colère d'Achille, et dont la coBceptkm différait très-^eu de celle de M. Dupavillon. C'est un hasard fort singulier^ si ce n'est , de la part de l'élève , une réminiscence volontaire. Quoiqu'il en soit, l'ouvrage de David n'était pas heureux, celui de M; Dupavillon né l'est pas darantafge ; je le dis à regr^, car j'aurais voulu trouver, comme' vous ,. exceUent un morceau refusé par le jury; d'aiUeurs M. DupâviUon inspiré l'intérêt ; il a produit dés ouvrages qui. n'é-r taient pas sans mérite, il est victime d'une indignité rév^taftte , il d^^it itré plaint et estimé. Je l'engagerais^ si j'avais l'honneur de le connaître, à ne se pas iaismar abattre;, à

( 199 ) traiter des sujets de composition, dont les détails lui appartiendraient en propre (i); à vivifier un peu son coloris , et surtout à ne pas attaquer, de front, les hommes influens qui disposent du sort des artistes. La

(i) J'estime que, sur le fait des plagiats qui sont

reprochés à M. Dupavillon , mon ami P est trop

rigide. L'auteur de Tlphigénie , qui est le sujet de la querelle , pourrait alléguer en sa faveur la coutume et Pusage ; il pourrait montrer les plus grands poëtes empruntant avec impunité à leurs devanciers , ou à leurs contemporains, des idées et même des expressions; il pourrait nous faire voir Corneille s'enrichissant des dépouilles de Lucain , et mettant à profit Caldéron y Lopez de Vega et tout le théâtre espagnol ; Racine grossissant son bagage de larcins faits h Virgile, à Sophocle et* à Euripide ; Boileau marchant avec les jambes d'Horace ; Bossuet faisant de Péloquence avec les Pères et FEcriture; Rousseau imitant Sénèque et Montaigne ; Lucien prêtant k Gilbert ; Toltaire prenant à Racine, etDelille à Patercule. Si ce n'était assez de ces souvenirs , il pourrait fouiller dans Thistoire littéraire , et se faire une arme de cinquante faits semblables :

Les exemples Êimeux ne l^i manqueraient pas.

Ensuite, il serait en droit de dire : « Pourquoi ce qui « est toléré dans la poésie ne le serait-il pas dans la

gloire du martyre est sublime , mais je croîs qu'elle tient un peu de Tenté tement.

Je vous ai parlé longuement du tableau d^Iphigénie , parce que son auteur a ti'ouvë , dans les salons , beaucoup de patrons et beaucoup d'accusateurs. Je serais fâché que M. Dupavillon vit ^ dans mon opinion ^ franchement exprimée^ un manque de générosité; mais la question de plagiat partage les personnes qui ont vu son ouvrage ; il m'est impossible

« peinture ? Horace n'a-t-il pas dît : Ut pktura poesis «r erit; et.pour coTDpléter le parallèle , Dufresnoy n'aie t^-il pas ajouté: Similisque poesi sit pictura? » Assurément cette assimilation serait très-rassurante pour la conscience de M. Dupavillon; il trouverait un autre motif de sécurité dans le succès des D^ux Soldats, laboureurs (^), qui ont paru en même temps , sans que le plagiat évident fût reproché à Pun des deux coupables ; dans rintérét de sa défense, il accumulerait facilement des citations conduanies Mais tant de soins et d'adresse serait peut-être perdus. Je donne donc un conseil à M.' Dupavillon ; qu'il s'applique à être original , ou qu'il imite en homme de . génie ; s'il vole , qu'il tue celui qu'il aura volé ; mab Comme il est à croire qu'il aura de la peine à faire oublier David , qu'il ne dérobe plus ce grand maître ! (^Note de PédUeur.')

(*) D'Horace Vemet et de Vigneron.

de ne pas reconnaître la fatalité qui Fa pousse à ne trouver^ sous son crayon, que des figures connues; il m est impossible de ne pas i'avouer. Je devrais m'en taire , direz-vous , f>eut-étre...

Non , je ne le dirai pas ; il faut être vrai , iirtout avec un homme qui , par une grande ublicitë, appelle sur lui la critique; d'au- ^suit mieux qu'il ne l'épargne pas, et avet ^son , aux membres de la commission qui tH menti a la conscience publique , en exi- ^mt M. Dupavillon, quand ils ont ouvert la orte du sanctuaire k M **'', à M **** et à \utres qui n'ont ni le talent ni les droits « cet artiste répudié.

Le jury a voulu se donner un air (fimiité , en admettant les portraits que vous ^Uez voir , et auxquels M. Dupavillon ne devait attacher qu'une importance minime, Comparée à celle dont était pour lui la réception de son« Iphigénie. Cette façon injuste d'être équitable me parait singulière.

( 2oa )

LB PHILOSOPHE

Elle est jésuitique. Le jésuitisme envahit la société ; c'est une morale renouvelée dés temps antérieurs à la révolution^ qui fait, aujourd'hui , beaucoup de prosélytes. Je ne m'étonne pas de ses succès dans un temps où il y a si peu d'opinions franches , où tant de gens ont besoin de trouver , à leur conduite du moment , et à leur conduite passée, des excuses ingénieuses , d'adroites interpré* tations ! Au fait , quel est le mérité des portraits de M. Dupavillon.

Fhuen. Ccs portraits sont bien. Celui du statuaire

Flatters, que vous voyez ici, est ressemblant; je le trouve un peu petit de forme ; du reste,, pas mal.

Il manque en effet d'e grandiose. Il est bourgieois , comime le serait un marchand de la rue Saint«Denjs ; je n'aime pas qu'un artiste ait l'air bonh<{mme. Je lui veux quelque chose d'élevé. Je ne prétends pas exiger par là qu'on me fasse , de tous ces messieurs , des énergumènes, des enthousiastes^ des Calchas^

pas plu$ ^e je n'ènteâads qu'cm érige toutes nos femmes en Saphos ^ en Coiinnes , en Héloïses ; mais je désire trouver en eux un caractère particulier. Je soufire , quand je suis au hasard de prendre un statuaire pour un bonnetier ^ un peintre dliistoire pour un tailleur ^ un graveur pour un marchand de modes , et un homme de lettres pour un serrurier.

C'est à-peu-près là ce qui arrive k M. B. ^ortnài de m.

Il a une belle tête, dont M. Dupavillon n'a

pa» tiré tout lé parti qu'un homme habile

p^Qyaât concevoir^ Il l'a peint avec plus de

dureté qu^ de noblesse; il l'a fait noir des

dieveux aux pommettes dés joues* Cette pein-

tore manqué de vérité. Le métier n'en est

pas mauvais <) mais le sentiment n'en est pas

aasez disfiiigué^ le coloris est sombre et faux. '

M. DupaiVilloit . n'a pas été mieux inspiré >)

quand il é ajusté au menton de M. B. la

fau^e de J^ii|ût6r , pour en fair<e un Âgameior

non. Souhaitons, à l'avenir, à cet artiste ime

plus heureuse chance dans la conception «t

dans réexécution de ses ouvraffes. Souhaitonsr

lui ^ en même temps , des juges moins^ prëre^ nus^ et des amis plus modérés et plus discrets.

Des amis plus discrets ! vous en parlez bien à votre aise ! Estxm libre , quand on est vivement ému d'un tort fait à son ami, d'être froid et réservé ? A-t-on le temps de cboisir ses expressions , et de les mesurer à la raison : facit indignatio versum , comme vou& savez.

L^ARTISTB.

Oui, mais Fenthousiasme fait les gens difficiles. Tenez , par exemple , on m'avait A Schiffer l>caucoup vauté cc tatlcau dc M. Scbcffer. Gaston de Foix Vous vcrrcz , mc disait-ou , avant l'ouverture

trouve mort a- .

«rè*u victoire j^ Louvrc , combicu cela est beau ! Quelle

de Ravenne. ' ^ . ^ ^

û» 1538. couleur, quelle énergie, quel sentiment ! Eh ieri?°de DiSê bien ! je suis devant cet ouvrage, et je resté . g,^jj^ jyoh vient cela? c'est que j'étais venu avec la confiante de voir un chef^'œuvre, et que je suis en présence d'une production remarquable seulement par quelques bonnes parties. Si l'on n'eutpas cherché à m'imposer une admiration, contre laquelle, au surplus t^ je ne me débats pas, car je ne demanderais pas

acuieux que cTàdmirer ^ si l'on m'eut dit : il y a e grandes dispositions dans le tableau de . Scheflfer^ je serais venu dominé parles idées 'indulgence que commande le talent naissant, t peut-être aurais-je trouvé ce morceau beau- ^îoup ipieux que je ne le trouve aujourd'hui. En ^ffet, je suis porté à juger M. Scbeffer comme vm maître , et sa production comme un modèle ; je deviens sévère, malgré moi, et c'est le «calpel à la main, que j'examine cette préten- 4ne merveille.

Yous ne trouvez donc pas cela beau?

Han ; beau est toute autre chose pour ^»^oi.

Le sujet me parait cependant bien expliqué.

Je ne dis pas le contraire.

le PHILOSOPHE.

La composition me semble bien ordonnée.

Je la vois confuse.

Ces chevaliers expriment au mieux 1 douleur.

Oui , mais tous de la même manière.'

La tête de Gaston est belle.

Oh ! cela.est incontestable.

LE philosophe.

J'aime ce cardinal de Médicis ; il me parai bien placé dans cette circonstance.

l'artistr.

Je l'aime aussi , parce qu'il fait diversior avec tous ces hommes cuirasses , bardés de fei et de cuivre^ roides comme des mannequins de revendeurs d'objets curieux ; mais je voudrais que son costume £&t dans ime harmonie plus heureuse^ et ne fit pas^ au milieu du noir. ui|e tache éclatante qui fatigue l'œil.

La couleur ne vous frappe-t-eUe pas 7

Oui, dans chaque figure ; mais elle m'éblduit <lans Tensemble. La lumière se joue sur tous les points de toutes les surfaces ; il n'y a point de sacrifices, partant point d'effet grand, t^crrible , maj estueux .

Bf ais le faire !

Hapide, trop rapide. Dessin négligé, c'est- ^"-*cïire , têtes peu nobles , style lourd , touche *^eurtée.

LE PHILOSOrHE.

Ce soldat qui me tourne le dos, et qui guide, ^ l^assaut dé Ravenne , ses compagnons d'ar- ^^es , dont il dirige lé mouvement , ce soldat ^e plait ; il agrandit la toile.

Oui, mais cet homme à cheval, à droite , l'obstrue. Il n'y a pas d'air dans ce coin^ et ^out y est pesant. Tenez, ^ tout ceci \^ abus

de la facilite^ de la couleur et des ressources de l'exécution ; de belles chpses et des choses trèg-faîbles. Vous ne me ferez pas approuver cette pose, ce sang noir dont toute la personne de Gaston est souillée ; vous ne m'empêcherez pas de dire que cette manière de peindre sent le mélodrame ; vous ne me forcerez pas de trouver cela touchant.

Vous savez que je ne contrains point votre opinion.

Mais avec la même franchise qui m'a fait désapprécier le grand ouvrage de M. A. Scheffér, à qui d'ailleurs j'accorde un talent qu'un peu plus de raison mûrira pour les succès, j'^P* plaudis aux petites compositions de cet artiste que cinq ou six tableaux charmans placent au rang des meilleurs peintres de genre , et des auteurs romantiques les plus attachans.

Ces petits poèmes sont en effet délicieux, et je veux les voir en détail ; mais, dites-moi,

( ^09 ) élendez-vous votre rigueur à ce saint Thomas saiùt Thoœa* dAquin que je remarque Ik haut ? etc^^ cra

fiance dans I

pendant ta len

Je ne l'avais pas vu, on ne me l'avait pas ^ 00453.

vanté ; je suis pur de préventions à son égard ;

examinons -le. Mais, vraiment, très -bien! la

figure du saint est d'un beau caractère. H y a

dans cette pose de la force et de la noblesse.

Hy a dans ce geste de la persuasion. Je suis

iàché que le* cadre soit si étroit ; les person-

^:^ages accessoires s'y placent péniblement ;

^bomas-d'Aquin, lui-même, n'a pas assez d'es-

{:»ace pour se développer ; il y a trop peu de

^^liiel et de mer , pour que la tempête soit bien

^^^ffrayante. L'harmonie générale est sombre ,

^^^insi qu'il convenait au sujet ; la couleur est

^s^evère , soutenue^ et cependant mystérieuse.

!e tableau mérite d'être cité. Je le préfère de

beaucoup au Gaston de Foix. Je vais parier

[ue l'auteur n'est pas de mon opinion ; mais

S 6 g^S^ aussi qu'il en sera avant deux ans.

Vous pouvez avoir raison ; j'estime aussi X^eaucoup ce saint Thômas-d'Acquin , quoique je n'aime pas trop les sujets d'église. Venons

^lU

i élégies de M. A. Scheffer, qui me parait des artistes les plus mélancoliques de loque.

]ette cérémonie funèbre , dont le jeune aur a emprunté le sujet à Walter Scoot , 'te surtout l'empreinte de cette dispoon romantique que nous reconnaissons à Scheflfer.

]e tableau est charmant. Les caractères différéns personnages sont supérieureit indiqués. Je reconnais bien là, à droite, vieille Elspeth qui semble s'être survécue le-méme , et qui n'est sortie un instant de état de léthargie morale que pour faire bation mortuaire ; elle est retombée dans hébétement ; elle fait le geste de la fie ; elle sourit , comme si , dans son cer- 1, retentissait un écho lointain de quelvieux souvenir ; on dirait la parque qui lait à l'idée d'une conquête nouvelle. Et le î de Stéenie\y combien sa douleur est e ! Les paroles de Blattergowl trompent nstant cette angoisse affreuse ; mais toute

l'éloquence du bon prêtre ne peut imposer air lence au cri de la nature. Il se fait entendre dans le regard de ce père infortune^ aussi I^ien que dans les convulsions de cette femme <gpii perd un fils , et à laquelle les commère» ^adressent en vain . . .

. . . Ces compHmens de consolation Qui sont surcroît d'affliction (i).

^Pendant que tous les assistansexprimentd'une x^aanière si énergique leur chagrin , Oldbuck X'^antiquaîre, debout aux pieds du mort , con- ^lemple philosophiquement cette victime de l'^Océan. L'histoire décent naufrages fameux se 3^résente à sa mémoire (2); et je crois l'en-

(i) La Fontaine, les Obsèques de la Lionne. '

(2) Ceux qui ont lu V Antiquaire, trouveront s^ns ^oule que nous avons bien faiblement rendu les traits ^e Tadmirable tableau du Lesage anglais. M. A. Scbeffer l^s a très-fidèlement conservés. Il semble que sir Wal- %er Scott n^ait écrit cet épisode de la mort du jeune pécheur naufragé que pour porter un défi au pinceau de ^Wilkie. Nous nous étonnons que cet artiste si habile, fâlans Fart de reproduire les scènes qui demandent un fiaient d'observation , n'ait pas encore traduit le passage 4a romancier, dans le langage vif et animé qu'il parle

Le ton de couleur de cet ouvrage est en. rapport avec la pensée ; les détails en soni:. spirituellement faits ; la touche en est ferme à-la-fois et moelleuse. En un mot , c'est une production charmante.'

Dites ^ touchante. C'est du romantique fort bien entendu et fort bien à sa place.

avec tant de succès. M. A. Schéfier a acteptëte râlé de W^kie, et il est perâiîs de croire que lé peintre de Lonidres n'aurait pas fait mieux que le péinfiié de Paris. Une gravure au burin de ce tableau, exécutée par quelque rival de Raimbach , serait probablement trèsrecherchée. (^Note de V éditeur J)

^i) U eut un cœur d*airaizi celui qui de l'orage Affronta le premier Timpétueuse rage Sur un fragile bob !

(Daru.)

( lf2 )

tendre répéter , entre ses dents ^ ce passage d'Horace :

Illi robur, et œs triplex Gtcà pectus erat, gui/rctgUèm tmci Conimîsit pelago ratem. . . (i).

kl

l'artiste. ar

Vous pourriez faire le même éloge de cette une «c^e

• « X l'Alsace ,

c^omposition simple, ou vous voyez une pay- isusanne allaitant un jeune enfant, tandis que le frère aîné de celui-ci dort tranquillement sur les genoux de sa mère. L'ennemi a surpris cette famille au milieu de la nuit. La j>auvre villageoise a sauvé de la ferme ce cju'elle avait de plus précieux ; elle est venue xnettre à Tabri du danger , les seuls biens, qui lui restent désormais ; elle pleure sur son héxitage perdu; et ses enfans, insensibles encore à la perte qu'ils' ont faite, cèdent natuxellement au besoin du sommeil qu'ont trou- Hé les cris : Aux armes ! répétés par tout le village.

Oui, cela est très -heureusement exprimé. i^hanM^i C'est encore une jolie chose que cette réunion (mm. d/* de petits curieux écoutant avec attention et bonhomie les discours gais et naïfs de l'aïeule qui semble leur dire : Enfans y croyez votre vieille grand'mère ! J'ai vu quatre-vingts fois se défeuiller les tilleuls du grand parc; je sais bon nombre de belles histoires qui vous plai-

( ai4 )

ront ; je ne vous dirai pas les aventures des chevaliers errans , les male'fices des fe'es , les traditions du loup-garou ; je vous dirai mon enfance passée au village, ma jeunesse que ne purent séduire les plaisirs de la ville et les appas dangereux de la cour de Dubois ; mon âge mùr , semé d'alarmes et de douces jouissances ; je vous raconterai mille anecdotes amusantes et difficiles à croire ; écoutez donc ,

Du temps passé j'apporte des nouvelles (i).

La paavre fem- Ccttc pauvTC fcmmc cn couches , CCS enfans

me en couches. , , ■,.,.. i

1543. égares , ce retour de miliciens que la guerre a

Les en&ns ëga- mutilés, cct cufaut quiplcurc pour être porté ^

rés.

kO

li* 1544. me paraissent aussi des productions déli-

Le jeune inva- cicUSeS.

lide.

n*" i546. LE PHILOSOPHE.

^^îêwe.'*"* Je suis bien de ce gout-là. Qu'elle est intéi548. ressante la jeune mère que sa misère n'efifraîe pas ! heureuse de presser sur son sein le fils qu'elle vient de donner à l'époux dont elle serre affectueusement la main ! Et celui-ci , comme son regard est expressif! il plaint des souf-

(i) Bëranger, le Bon Vieillard,

( ai5 ) ances que sa femme a déjà oubliées , tant le lx)nheur de la maternité est au-dessus des ^ncxaux afireux dont la faiblesse humaine ac- ^^^c^mpagne cet eflfort de la nature. Un autre sentiment le domine sans doute ^ ce père : ^^ Taut-il avoir donné le jour à un être que la pauvreté accueille à son berceau ! )) Il est ein de confiance dans l'avenir ^ mais il a vu ^mt d'infortunés expirer de besoin !

Mon ami ^il y a dans cette petite toile une égie digne de Chénier ou de Gilbert.

C'est de la charmante peinture. Le dessin est élégant et simple à-la-fois ; le coloris n'y point d'effets recherchés : j'y remarque telle partie qui ferait honneur au pinceau le plus exercé. Félicitons M. A. Scheffer du bonheur ^e ses petites compositions ; engageons-le à ^tre plus simple ^ moins affecté dans le^ grandies pages qu'il entreprendra à l'avenir , et, en f^onvenant qu'il y a de belles choses dans son Gaston de Foix , encourageons -le à quitter xine route qui ne le mènerait pas à la réputation qu'il doit envier , et pour laquelle il a déjà fait quelque chose en produisant son ^aint ThomaS'dAquin.

scHEFFBR (Heu- M. Henri Scheffer, dont je vois , sur le liîl» ^g*S^x *âl vret , le nom inscrit à la suite de celui de **^r?KL M. A. Scheffer, est sans doute le frère de celui-ci.

Justement. Ce jeune peintre ne donne encore que des espérances. Le Christ que voilà est un morceau faible^ mais il annonce que son auteur n'est pas dans une route vicieuse. M. H. Scheffer ne saurait trop se mettre en garde contre les dangers de cette e'colé aventureuse , qui fait le plus grand mépris du style et de la correction , qui se jette inconsidérément dans le romantisme des forme?, et qui ne réussit guère a exciter l'horreur^ qu'en faisant des choses déboutantes. Je voudrais qu'on pût faire entendre aux propagateurs de cette secte nouveUe, qu'il e§t possible d'émouvoir sans renoncer à l'imitation de la belle nature ; et que , produisit-on des monstres , des morts , des assassins , il ne faut pas oublier qu'un beau contour s'allie très -bien avec la terreur ou la pitié qu'on veut provoquer dans l'ame du spectateur. Supplions ces messieurs du roman ti-

e, de ne pas casser ainsi bras et jambes aux dheùreux dont ils se font des héros ; à res- />^cter le dessin^ à ne pas outrer la couleur, à ^ t je , s'ils peuvent , aussi forts que le Dante , ais, en même temps, aussi corrects que Virle ; à faire , enfin , du vrai , du simple , mais ec le crayon de Raphaël et de David (i).

Amen , amen y mon ami. Vous venez de me

entrer un Christ; j'en ai aperçu plusieurs

litres : voulez-vous que nous les examinions

^wit de suite?

Volontiers . *

En voici un qui me parait bien. La lumière* MA»ioin

^ i «Il . ^ . Le Christ au

est bniiante. . deUcroi

Peu t-é tr e un peu trop .

Les têtes y sont belles.

(i) Pourquoi l'artiste oublie-^t-il de mentionner la Jeune fille soignant sa mère malade , qui est un fort joli ouvrage de M. SchefTer ? Il serait étonnant qu'il ne Teût pas remarqué. ( Note de Pédiùmr, )

MOUCHT.

Descente de croix

o9 ia48.

l'a^rtiste.

Et le dessin généralement soutenu.

Quel est l'auteur de cette peinture ?

M. Marigny.

C'est la première fois que ce nom me frappe

dans les arts.

Je ne connaissais rien encore de cet artiste qui annonce du talent ^ et à qui nous devons souhaiter^ dans l'avenir^ des succès.

Et surtout des sujets.

Mais celui-ci !...

Sujet de sainteté ; et ils sont si rebattus y qu'il semble impossible de les traiter aujourd'hui , sans être involontairement imitateur ou copiste des maîtres anciens. Tenez, par exemple, cette descente de croix que voici , elle me rappelle cinquante descentes de croix , mais, surtout, celle de Rubens.

IM. Mouchy, qui en est l'auteur i, s'est évîd^:Kiiment applique à éviter les ressemblances j n^sus , presque malgré lui , la masse de sa comp^^^sition étant jetée sur la toile, 'il est tombé .ms quelques rapprochemens de détails. Du ste, ce n'est pas seulement du Rubens qu'on p^\Lt reconnaître dans son tableau, il y a aussi d^ji. Jouvenét. Mais ce qui lui appartient, c'est e couleur terne et olivâtre, un dessin ca- 'té, un style lourd, quelques bonnes inten- ^^^^ns de poses , des extrémités bien indiquées , ^^ un mouvement général assez imposant.

Voici venir M. Prud'hon. Quelle belle cou- pbud'hom. ^^"to' ! Oue ce Christ est beau ! ^ ^^ *

^^ croix.

11 pourrait être, je crois , d'une forme plus ^^andiose, plus idéale.

Vous me ferez mourir de rage avec votre ^fSéal. C'est le Dieu fait homme , c'est l'homme t:out entier ; et , si quelque part il doit y avoir 4u grandiose , ce n'est pas dans le corps qui

doit être que beau , c'est dans l'expression la tête. La souffrance du Christ n'est pas . inblable à celle d'un martyr ordinaire ; il y a ^ ns le sacrifice du Très-Haut incarne, quelle chose de sur-humain ; mais l'expression de tte douleur mystérieuse ne doit être que ns les yeux et dans le reste des traits du vige. Partout ailleurs, point d'idëal ; de lare'ae' , voilà ce qu'il faut ; de la réalité belle , et !St ce que je reconnais dans Prud'hon. Je is fâché, cependant, que les genoux du Christ lient l'air plies que pour que la figure enîre puisse entrer dans le cadre ; je regrette ssi que le sentiment du mal physique se fôsse ntir aussi vivement dans les mains crispées L patient : cela me semble un contre-sens . 1 reste , je trouve le morceau admirable. La adeleine est charmante , et la Vierge Marie me expression déchirante.

La manière de Prud'hon est séduisante ; sa illeur riche et harmonieuse fascine l'œil à l point, qu'on a à peine le pouvoir de rearquer qu'en général les extrémités de toutes s figures peintes par ce maître ^ saut léchées^

St

Te st

ÎS

frëlhont)

u modelées, et fort incorrectes de dessin.

Son pinceau suave et flou lui a gagne' tous les

sxiffirages , et a fait quelques victimes ; il drape

l a.rgement , mais cette ampleur est un sys-

me, car on le retrouve partout* Prud'hon est

peintre original et gracieux , dont les imi-

eurs sont froids et maniérés ; il a fait des

lèves , mais point d'école.

Puisque nous en sommes à Prud'hon , dites- Andromaqu oi ce que vous pensez de son Andromaque. "! *^*^

C'est un tableau digne de la réputation de l^auteur , mais qui n'est cependant pas sans reproches. Andromaque est bien mère , elle ^^Tià'est pas assez la veuve d'Hector ; elle con- %:eniple avec ravissement les 'traits de cet enfant^ qui lui rappelle l'houx qu'elle a perdu ; ^Ue.est heureuse d'avoir un portrait vivantde <2elui qu'elle regrette ; mais , au mUieu de cette j,oie y je voudrais Vjûr percer plus de tristesse, ïîlle «st d'ailleurs bien coquette ^ cette veuve désolée. ' -

Oui \ mais elle est bien jolie. Elle me ferait

presque détester Pyrrhus , à moi qui ai passe lage des amours. Astyanax est d'une innocence ravissante ; les deux femmes , dont Fune est debout derrière le sie'ge d'Àndromaque, et dont l'autre pre'sente l'enfant à sa mère , sont presque aussi belles que la fille d'Eëtion.

La conception et Texécution de ce morceau laissent si peu de choses à désirer ; d'ailleurs , ce qui leur manque est si peu visible , quand on est sous le charme de la grâce qui règne dans cette composition grecque par le sujet ^ et française par le style , qu'il est permis de dire que c'est un petit chef-d'œuvre. La mort prématurée de Prud'hon nous aura privés sans doute de plusieurs ouvrages précieux, dont l'auteur aurait enrichi son œuvre. Prud'hon succomba aux efforts d'une passion fimeste qui a fait deux victimes; ses derniers ouvrages portent le cachet de la mélancolie dont il était travaillé quand il les conçut. Andromaque, et snrtont la Paui^re FamiUe-. attestent l'état maladif du peintre. En voyant l'esquisse de cette scène touchante et empreinte du malaise moral qui accablait l'artiste , Diderot ou Grimm

â^^ût pas manque de dire : beaux-arts , soyez er:m. deuil ^ l'auteur de cette ébauche est plus A^a-demi mort; ce sera son. dernier ouvrage.

Andromaque et éet infortune' Prud'hon nous t fait perdre de vue les tableaux dont le ist est le sujet. Revenons-y. Voilà le saint l^^«slateur au Jardin des Olives. L'humanité' i-echri»*"

.^ , " me au ji

«-•^^faille en lui. « Éloiimez de moi ce calice, àtsou^ts <^ dit-il au messager de douleur, qui lui pré- (P.) <^ sente le fiel et l'absynthe emblématiques ; ^^ soutenez-moi , puissances célestes , j e meurs , ^^ si vous ne m'êtes en aide ! )) Et l'ange du

igneur soutient son corps chancelant. La

te du Christ est superbe.

De couleur.

Et de pensée.

Cet ouvrage est fait de jet ; on sent cela; il 3^ a dans la couleur une vivacité , un éclat qui ^e peuvent déceler un travail pénible. La tête ^t la poitrine de l'ange qui soutient le fils de

ti«^

Marie, sont d'un ton délicieux ; l'harmonie gëne'rale est riche ; l'opposition entre la lumière douteuse de la lutie et la vivacité' scintillante des célestes clartés est fort bien sentie ; l'es draperies sont richement faites , et le paysage est savamment indiqué.

Heureux sera le curé qui enrichira son église d'un ouvrage de ce mérite. Ce sera, pour les marguillers et les habitués de la paroisse , une matière à conversation qu'épuisera à peine la durée de quinze jours. Comme il faut voir les tableaux de cette espèce à la place pour laquelle ils ont été faits , j'irai juger celui-ci quand il figurera dans une chapelle. La tranquillité du lieu , jointe au mystère de cette scène, feront certainement de l'ouvrage de M. Rouget un morceau très-remarquable. Je le reverrai avec plaisir. Il y a d'ailleurs , dans cette défaite de l'Homme-Dieu, une pensée philosophique qui m'attache , et sur laqueUe j'irai me'diter , quand ce Christ ne sera pas si près da Scamandre de M. Lancrenon, de la Pandore de M. AUaux , et du Neptune de ^ M. Guérin.

Quitt;pns un moment M. Rouget , à qui nous allons revenir tout-à-l'heure pour examiner i^q "i^„ son Henri IV devant Paris, et jetons un coup J«*^«;^"* d'oeil sur cette Flagellation par M. Ansiaux. . (m. d

Les véritables bourreaux de Jésus-Christ

ïie sont pas ces Juifs qpi macèrent le corps

du Sauveur, ce sont les peintres qui estro-

piei:itun semblable sujet. Le Christ au roseau,

de Titien m'a toujours inspiré des réflexions

sër*î cuses : c'est que la résignation y est noble ,

^^^ine, philosophique; le corps souflre, mais

^ ^*^f>e triomphe des douleurs physiques. Chez

^ • Ansiaux , il n'y a rien"! absolument rien ; le

'^^ist a une tête léchée, peignée, losée, insi*

^*^ifiante . une véritable tête de bois ; il a tcmt

^^^ d'un grenadier autrichien, qui tend, au

ï>oral schldgueur, le derrière, sur lequel

Liii-ci va appliquer une ration de coups se-

l'ordonnance . Cela est risible . Malheureux

'çipti:\e , qui n'a pu trouver, dans son cerveau,

i vigueur, ni expression, ni élévation de

^tyle, ni grandeur d'idées, pour représenter

^^uie des plus belles pages de l'histoire morale

^e Phomme !

Saini Paul i A- Vous scTcz plus contcTit , j'espèrc , de saint „o ^5" Paul consfertissant Denis VAréopagitey par (M. I.) jg même auteur.

Oui ; mieux , beaucoup mieux que le Christ à la colonne; assez beau même. Mais avouer que c'est bien loin du saint Paul de Lesueur !

Oh! Lesueur est im grand maître !

LE philosophe.

Vous m'avez parle d'un Henri IV ^ et tout mon cœur a tressailli ; montrez-moi promptement cet objet de ma prédilection. Je vous ai déjà dit ce que je pense de ce roi des rois ; vous ne pourrez jamais me rendre plus content que de me donner l'occasion de l'admirer et de parler encore de lui.

Rouget. Tcncz , contcmplez-lc à votre aise ; le re-

Henri IV devant . »■

Paris. connaissez-vous ?

<M. d. R.) LE PHILOSOPHE.

Je le crois bien , certes ! il fait un acte de

bienfaisance^ et vous me demandez si je le reconnais !

M. Rouget nous montre le roi pardonnant à des paysans qui avaient fait entrer des vivres dans Paris, malgré sa défense. Il office sa bourse à un vieillard qui parait très-misérable , et qui , dans l'espoir d'un gain licite , a introduit du pain au sein de la ville assiégée. Le coupable , appuyé sur son fils , vient d'être conduit aux pieds du monarque , ainsi que les bourgeois auxquels il allait vendre ces secours ; Henri ne leur fait pas un reproche, et lui tendant la main : (c Le Béarnais est pauvre, lui dit-il, il vous donne ce qu'il a. »

Belle vengeance , qui lui soumettait plus vite la capitale , que n'auraient fait trente assauts et cent coups de canon ! Le peintre a bien expliqué son sujet , et je l'en félicite ; car la première chose dans un tableau est de se faire entendre. L'expression du roi est douce j sa bienveillance est naturelle ; ce n'est point du charlatanisme de conquérant, c'est de la véritable sensibilité. Rien n'est composé

dans ce regard , dans ce geste ^ dans cette aititiide ; Henri n'a pas pensé à calcttler une scène politique, il a suivi Fimpulsion de son cœur. Ces choses-là se lisent sur sa figure. Sully , place' sur le premier plan , jouit de la surprise de ces malheureux qui reçoivent , au lieu du châtiment promis à leur délit , Faccueil le plus paternel ; peut-être , l'ami d'Henri IV se félicite-t-^il intérieurement de cette inspiration du roi , qui po;*tera des fruits plus heureux que ne pourrait faire peut-être la diplomatie la plus habile. La reconnaissance , la supplication et l'étonnement animent tous les personnages qui ne sont pas de la suite du prince ; quant à ceux-ci , témoins ordinaires de ses actions, ils ne sauraient être surpris du spectacle auquel ils assistent en ce moment; ils se tiennent là dans le calme et le respect , et leur contenance semble dire : (( Parisiens , « si vous n'êtes vaincus par les bienfaits du « roi , nos armes sont là pour vous soU- « mettï^e. »

l'artistb.

La composition de M. Rouget est d'iihte simplicité louable. Le parti de lltiliièiiB qu'il

21 adopté n'a rien d€ ces dispositions affecte^çs dans lesquelles nous voyons tomber tant de peintres d'histoire. Semblable à son maître David, c'est en plein jour qu'il se bat ; il laisse . • à ceux qui n'ont du coloris que les teintes rembrunies , ces effets piquans qui conviennent au genre de l'intérieur, mais dont le genre de l'histoire devrait user avec beaucoup de modération. Il a fait relever en clair, sur un ciel clair , les acteurs du drame naïf qu'il a représenté. L'ensemble de son ouvrage plait par une harmonie douce et bien entendue. Les détails ne sont pas moins satisfaisans. Le groupe du vieillard et de son fils, la tète chenue du premier , et le profil vigoureux de l'autre,' attestent im maître de l'art. La femme blonde, et l'enfant qu'elle tient dans ses bras , sont d'uii ton délicieux ; la figure de Sully, noble de caractère , est pleine d'énergie et de majesté ; les officiers , qui sont arrêtés derrière Henri IV, sont d'une excellente couleur ; quant au roi , il est bien pla<;é.

Je lui V0udrais une apparem^e plus grande

de force. Ses jambes me semblent mi peu grêles.

Henri IV était en effet plus solidement muscle; mais l'indication de cette vérité' bistorique aurait nui à la grâce i, et c'est san» doute pour cela que M. Rouget s'est permis de mentir un peu à la tradition. D'ailleurs ^ ee personnage est charmant. Regardez main* tenant comme toutes les têtes sont peintes ; c'est là que vous trouvez le véritable coloriste. Il n'y a point d'exagération dans les tons , point de ces rouges convenus , qui sont toute la palette de certains enlumineurs ; mais des demi-teintes finement passées , des plans indiqués avec force , ou seulement avec douceur , suivant le besoin ; enfin du naturel. Je sais bien qu'au point où nous en sommes venus , quelques-uns des adeptes de la nouvelle école ne manqueront pas de dire que ce naturel est trop bonhomme , qu'il faut^ comme disait Diderot^ plus de ragoût pour plaire aujourd'hui ; je sais que ^ d'un autre coté ^ ceux qui n'aiment que les nez grecs ^ les torses nus^ et les draperies anti-

ques , trouveront bien bourgeois le dessin et même le sujet de M. Rouget; à ceRT, il n'y a (pi'une chose à répondre ; le tableau d'Henri IV attache' par la naïveté , par le vrai , et

Le vrai seul est aimable.

Félicitons M. Rouget de ne point abandonner la bonne route. Le style simple et pur plaira éternellement , le contourné pourrait bien passer de mode avant peu. On ne se lassera pas de la représentation fidèle de la chair; on sera bientôt dégoûté du noir^ du rouge, du. bleu qu'on nous donne pour du coloris savant et riche (i). Ne quittons

(i) Pour ne laisser à la malveillance àç ses antagonistes aucun refuge, M- Rouget ferait bien d^entreprendre on de ces tableaux qu'en termes d'école on appelle ouoragesde style. Je Vy engage fort. Qu'il choisisse un sujet gracieux, qu'il l'orne de ce charme de contours dont il a appris le secret chez M. David; qu'il l'embellisse de cette couleur suave que les gens de goût admirent dans toutes ses productions , et son succès est certain. Il peut se mesurer avantageusement avec tous les peintres qui semblent lui porter un défi ; qu'il ramasse le gant, et je suis sûr de sa victoire.

{NoU d€ Védifeur.)

Bouton.

pas M. Rouget , sans lui avoir fait t^ompU^ ment sur les portraits qu'il a expose» ^ et particulièrement sur celui de madame Bou- Poriraii de Mme ton. C'cst la vcritë même. Ge portrait est un des meilleurs morceaux de ce genre , exposes au salon de cette année.

J'admire , ainsi que vous , cet ouvrage ; il est d'une simplicité de facture qui me charme. Si tous les peintres étaient intelligibles comme M., Rouget , je comprendrais facilement le mécanisme de leur art, que plusieurs s'appliquent à cacher, comme f®nt les physiciens des causes de leurs prestiges.

Vous venez de me dire, je crois, que la dame dont nous venons de voir l'image si parfaite est madame Bouton ; ce nom est célèbre dans les arts. C'est celui d'un homme dont j'estime beaucoup le talent ; cette dame lui serait-elle parente?

Elle est sa femme.

Puisque le hasard nous a conduits à parler de ce peintre qui possède si bien les se-

cTets de nilusion ^ que je ne puis oublier 6es Thermes de Julien , son Cals^aire de Saint- Roch , et, surtout son Intérieur de la cathé" drale de Cantorbéry^ expose naguère au Diorama , dites-mm si je dois trouver ici quelques nouvelles preuves de son talent ?

L AUTISTE.

N'en doutez pas. Les travaux importans du bouto». Diorama n'ont pas absorbe tous les instans de raine gothiqa!

«ix 111 • • *"' ^* bord di

cet artiste. Voua un grand tableau qui vient u mer-, effet d< témoigner ici de sa facilite' , de la grandeur n« 245. de sa manière et de la franchise de sa couleur.

L'intérêt est vivement excité par la scène déchirante que M. Bouton a imaginée. Les vents en courroux ont poussé sur les rescifs un navire , que la mer a bientôt brisé. Une femme , passagère à bord de ce vaisseau^ voyant prochaine la mort qui allait la frapper ainsi q[ue son fils, a lutté contre les flots , et , portée sur le rivage , qu'elle a gagné avec effort , est parvenue à trouver un abri, mais non pas encore un asyle. Ses cris ont appelé un secours qu'elle

implore , surtout pour le cher enfant qu'elle n'a peut-être préservé du naufrage, que pour le voir pe'rir de froid ,et de faim. Un ermite vit retiré dans les détours de ces ruines, dont les échos redisent les plaintes de cette mère infortunée; le chien du solitaire, sentinelle vigilante , a entendu les gémissefnens, et il est accouru. Il a passé , sous la porte , sa tête (i), indice de l'arrivée, pour ainsi dire , actuellf , du cénobite. « Suspends tes (( pleurs, victime de la tempête^ le ciel t'en- « voie un sauveur ! un instant encore, et les (( soins du pieux anachorète t'auront fait ou- (( blier tous tes maux ! » Cet épisode est dramatique. La soufirance et le désespoir de cette femme sont exprimés en traits pathétiques et douloureux. On est ému, attendri, effrayé de la situation où se trouvent les deux êtres qu'ont jetés, sur ces bords, les vaguesirritées; on est rassuré à l'aspect dfe ce chien, précurseur d'un secours prompt et efficace.

(i) On la trouve un peu grosse ; mais il était nécessaire qu'elle eut ces proportions ; sans elles , ce détail n'eût peut-être pas été aperçu, ce qui aurait fait manquer tout refiet de ce drame touchant.

(2Vbfe de réditeur.}

Vous V0U3 êtes assez occupé de l'accessoire , Tenons au principal.

De Taccessoire, dites-vous?

Oui, car, pour les peintres d'architecture, d'intérieurs et de ruines , le principal, c'est là composition de l'édifice qu'ils veulent représenter, c'est l'effet qu'ils veulent produire, c'est la perspective aérienne et linéaire , mais ce n'est pas le sujet; ils ne s'en occupent qu'après avoir tertniné leur peinture. Je vais parier que M. Bouton , quand il perça cette longue galerie , quand il en brisa la voûte , quand il accrocha , sur les arêtes de ses débris , les masses de neige que vous voyez , et quand il en recouvrit la surface du sol , ainsi que lès bases de ces colonnes ; je vais parier, dis-je, qu'alors l'idée de son sujet n'était pas bien claire dans sa tête; il avait rêvé quelque chose de mélancolique; mais il n'avait encore vu, des yeux de son imagination, ni cette femme, ni cet enfant, ni ce chien. si heureusement placé là.

Vous m'étonnez beaucoup.

Je le crois bien ; mais ce que je vous dis est la plus exacte vérité. Âinsi^ à l'avenir, ne confondez plus les genres. Dans un tableau d'histoire i, le sujet d'abord; dans un tableau de ruines , l'architecture avant tout , le drame ensuite s'il peut s'y trouver. M. Bouton a eu l'esprit d'accommoder, aux localités de son tableau, une scène intéressante ; elle y est même si bien en harmonie , qu'elle^ vous a captivé d'abord, et que, subordonnée par le fait aux riches détails de cette construction démantelée , elle a été pour vous ie tableau dont l'architecture n'était que le cadre , sans cesser d'être à mes yeux: ce qu'elle doit être en effet , un accessoire propre à faire valoir les travaux qui l'entourent. Maintenant que vous voilà prévenu , permettez que je vous Caisse remarquer avec quel art M. Bouton a lait jouer la lumière sous les voûtes priilongées qui vont au centre de perspective de son tableau. Voyez quelle finesse de ton dans ces parties laissées à la demi-teinte ; quelle vivacité <lans les par-

lies éclairées; quelles heureuses oppositions sans duretés ; quelle magie d'effets ; quelle tou-* che libre et sage ; quel pinceau large et précieux ; enfin quelle bonne foi dans cette manière de tout rendre , sans blesser l'illusion et les convenances des plans.

En effet , cela est admirable ; si je savais un autre mot pour exprimer mon étonnement, je l'emploierais.

U faudra que vous vous en serviez encore , si je vous montre la Grotte de Saint-Geimam- ^^aîon^'^céièlorTruitey du même auteur. «oLlTeauT-

nommée pour

UU PHILOSOPHE. lesmaladiwde*

en fans.

V^us avez fàisèh , et je dois le répéter : cela "" ^^^ est a<tetiirable. Moi, qui ne suis qu'un ignorant, je suis Éraj^ de la richesse de cette couleur. L'humidité du lieu, la végétation, que vous ap*^ pelcE moisisrare, y sont rendus dans la perfec* tiofi; ces tons verdâtres, dont les pieds des pîlieï's sont recouveris , me paraissent siurtout étotmans. Si Voùâ ûonnaissefi ce M. Bouton^ dont lés t)tivragés me font tant de plaisir, l^éséMféiKJui mes ISélkit^tions sur ses succès ^

et le tribut de mon hommage que commande son beau talent.

lUatiste.

dagubbhb. Qui peut parler de Pilade sans parler d'O-dwpêiie d*Ho- ''^ste ! Qui peut nommer M. Bouton sans nom-* yrood. ^^^ aussitôt M. Daguerre? Unis par Tamitié

n» 4oo.

et par des triomphes remportés ensemble , ils sont désormais inséparables. La même gloire les couronne au Diorama; si, au salon, M. Bouton a Tavantage , M. Daguerre maintient sa réputation. Reconnaissez ici, mon ami, Finiportance du choix d'un sujet , même dans le genre secondaire. M. Bouton a fait quelque chose que nous ne connaissions pas , il y a mis son savoir et son esprit ; nous en avons été ravis. M. Daguerre se copie; il reproduit à nos regards un morceau que nous connaissons, que nous avons contemplé avec délices quand il l'a offert à nos regards^ dans le cadre vaste et imposant du Diorama ; il apporte , à l'exécution de ce tableau répété , un soin extraordinaire; il réussit à faire un ciel charmant d'éclat et de finesse ; il donne à la partie droite de son ouvrage , un mystère , une harmonie enchanteurs; et, cependant, tout en admirant

€ peintre^ nous ne sommes pas saisis. Doii ^^ient cela? C'est que le morceau du Diorama ^défiait la nature; tout concourait à le rendre rodigieux; les étoiles scintillaient, la lune raçait un sillon dans le ciel, la lueur de la ampe mortuaire poussait des clartés inégales ; u loin s'entendait la musette du pâtre écossais; n silence religieux régnait dans Fédifîce où e plaçait le spectateur 7 il y avait, enfin , dans 'ensemble , un prestige que nous ne pouvons «trouver ici. Un cadre d'or , dont les bandes arges et arrêtant la lumière , attirent l'œil et oircissent la toile ; le voisinage de peintures osées, carminées, azurées (i); une portion 'ombre peut-être un peu trop vigoureuse; s moyens uniques de la palette , opposés aux

océdés mécaniques de l'illusion ; enfin la omparaison entre le premier tableau et sa épétition, voilà tous les désavantages qui iccompagnaient au Louvre la production de

. Daguerre , en faveur duquel combattaient n vain une belle exécution, des, parties sa-

(i) Le tableau de M. Dagaerre a long-temps ocapé , dans le grand salon , une place à côté de celui M. Lancrenon. (^Note de l'éditeur,)

vantes , et , autant que cela , l'estime qu'on portait à l'auteur. Je pense que M. Daguet-re a eu tort de ne pas faire une composition nou- . velle ^ ou , au moins, de ne pas traiter eji effet de jour le sujet qu'il avait si délicieusement enveloppé des voiles mystérieux de la nuit. Sa célébrité s'en serait accrue, et il n'a fallu rien moins que le mérite que les connaisseurs ont pu remarquer dans cette grande, trop grande page, pour qu'elle ne reçût une fâcheuse atteinte de l'exposition d'un ouvrage qui n'était pas manqué comme objet d'art, mais seulement comme morceau ê^exhibitioh publique. Quoi qu'il en soit de ce tableau, qui n'a guère que le tort d'être le cadet d'un aine qui réunit tous les suffrages, je crois qu'il figurerait bien dans la galerie d'im amateur.

I^B PU1J.0S0PHE.

Oui , dans là galerie d'un Anglais , ou dans celle d'un Allemand à la tête romantique.

Je plains ta disgrâce de M. Daguerre , en le complimentant sur le talent dont il a fait

preuve dans rexécution de la copie de son -*hef-d'œuTre.

Il me souvient qu'autrefois^ et avant que IM. Daguerre eut associe son nom à celui de I3Vf. Bouton, ce dernier avait pour émule ^

'autres disaient pour rival, M. Granet, que g«aiiit.

on tableau de Stella plaça au premier rang

es artistes distingués , et qui fit ensuite tant

e capucins.

Votre mémoire est fidèle. M. Granet a été

ong- temps le seul compétiteur redoutable

l'eut M. Bouton, à la prenûère place des

peintres de son genre. Cet artiste a un mé-

'ite incontestable ; mais tout le monde ne peut

»as en apprécier l'étendue. S'il séduit psur le

iquant des effets , et la magie du coloris, il

^^^diés^nchante pso* une sécheresse systématique

l'on tr^Mire dans toutes ses prûductî^His, et par

.'aflFectation des tons noirs et des vigueurs extra-

^^^^atiurelles. Sa pratique est uniforme. C'est

^^n deux traits chiqués qu'il accuse une tête

"^^t^^omme ; il ne met ni plus de grâce ni plus

le finesse dans l'indication d'une tête de femme.

S'il est large dans la lumière ^ il est quelquefois outré dans l'ombre ; ses demi-teintes et leurs modifications sont solides ^ mais souvent jusqu'à la dureté. S'il était permis de comparer des choses dissemblables^ je dirais que M. Granet fait de la peinture comme Napoléon faisait de l'éloquence ; il a de la vivacité , des oppositions^ de la force, mais peu d'onction.

Il y avait cependant bien de la séduction dans son tableau des Capucins.

Oui , dans le second plan en hauteur du tableau ; vers la partie où le soleil glissait sur les stalles , et se jouait au milieu de l'air que traversaient ses rayons ; oui , sur le parquet et dans les échos de la lumière sur les cadres des tableaux, mais non, dans les détails des figures qui sentaient le bois, quelques unesexceptées.

le philosophe.

Vous m'affligez , en me parlant ainsi ^vam h^omme dont j'aime beaucoup les ouvrages.

Soyez assure que je les aime plus que vous ; mais je suis moins facile à séduire.

Ne me dites pas de mal d'un artiste qui ^ ^it des tableaux comme celui-ci. Prise d© voiie

d'une Jeune

î'aRTISTF fille d'Albano

L ARTISTE. dans le chœur

^1 du couvent de

Ce sont encofe les capucins. sainie-ciaîrt>«

*■ Rume.

LE PHILOSOPHE. (DeMinéauMu-

- ^ , . sét du Liixem-

Quelle prévention. bourg.)

Il n'y a pas de prévention 'à cela; mais ^^. Granet se recommence toujours ; et s'il st vrai, comme on l'a dit, que bis repetita lacent; vous conviendrez que les choses cent bis redites , finissent par ne plaire que peu.

Jamais , encore , je ne l'avais vu aussi touhant que dans ce drame , à la représentation uquel il nous invite cette année.

Il est vrai que jusqu'a-présent , il l'avait été

fort médiocrement, si ce n'est dans son Stella, qui restera toujours un excellent ouvrage.

Que cette scène est féconde en émotions ! Une fiJle jeune et jolie...,.

l'aïitïste.

Oh! jolie, cela vous plaît à dire. Est -on jamais joli aVec de larges articulations musculaires qui vous couvrent le visage de plans noirs ou rouges-bruns? Elle est jeune , et c'est assez pour intéresser.

Ah! ca, mais c'est une conspiration véri taille! avez-vous juré de me faire mourir de ehagri avec vos restrictions? La tête de cette jeune fiU est indiquée autant que la grandeur du suje peut le permettre . Cette esquisse porte un char mant caractère ; et vous vous récriez contre 1 qualification que je lui donne! Ëntendôns-nous si c'est contre M. ,Ganet ainiâiosîté person nelle , n'en parlons plus.

l'ahtïstie.

Je n'ai pas Fhonnettr de le connaître.

Si c'est pour me tourmenter, séparons-nous, •et laissez-moi aux sensations vives que la vue <le ce tableau excite ^n mçi. /

Dieu me garde de gêner votre inclination. TVIaîs soyez moins exalte' , pour être plus vrai ; «t reprenez votre discours.

LE PQILOSOPHC:.,

Vous peîtoettez , monsieur le mauvais plaidant ; je reprends donc : une fille jeune et jo- Jie ( jolie, entendez-vous, je persiste), va se •consacrer ati cidte de la Vierge ; j»es vêtemens mondains doivent être échanges contré la bure -noire. Déjà lei soeurs «ont rangées au chœur ; Jes premiers chants ont retenti sous les voûtes de fa chalpellc ; Faspiranlè au noviciat s'est agenouillée devant la supérieure; les bijoux, les rubans, lès franges qui paraient sa tête et son cou sont successivement détachés ; liiie sœtir , la dernière venue sans doute , porte , sur un coussin , le voile blanc qui, dans un moment, va recouvrir l'adepte. Interrogée encore sur sa vocation, la jeune fille n'a point ba-

lance , elle a prononcé le oui qui a de'chiré le cœur de sa mère.' Celle-ci , placée dans le banc de Fceuvre, se trouve mal; ses cris ont troublé le calme de la cérémonie; des soeurs lui prodiguent les secours que ré^îlame sa situation; toutes prennent^ suivant leur âge et la manièrç dont elles sont affectées , une part active ou passive à la scène dont elles sont lestémoins; la plus jeune des novices, à qui le= spectacle récrit de sa mère en larmes est encore présent à la mémoire , parait vivement émue ; son regard , tourné vers .cette fename= qui pleure sa fille , perdue pour eUe, e$t pleins .d« la plus touchante siollicitude.

Cependant, ferme dali& sa résolution, laa future religieuse n'a point tour|ié la tête ; humiliée devant l'abbesse, elle a livré sa longue chevelure aux ciseaux fatals. L'abbesse, la main levée et prête à accomplir le sacrifice, lui fait: une dçrnière sommation; (épreuvfe dange— ^ reuse , car les pleurs d'une mère au désespoir" .po^vaient changer les vœux d'un cœur rnoin^ fanatisé.) « Je le veux » a répondu la cathëcu— mène, et, semblable à la parque (l), la supé^

(i) CeUe comparaison en^primtée à la mythologie

( 47 ) rieure a sépare du monde celle qui s'est dévouée aux éternels ennuis du cloître.

Je trouve cette scène admirablement pensée et très-spirituellement rendue ;* une chose me gène. Je ne sais pas quel motif a jeté dans le couvent cet enfant que sa mère regrette si sincèrement ; est-ce ferveur ? est-ce amour ? Quoi qu'il en soit, mon affection n'est point acquise à cette fille; elle est toute à sa mère. 11 y a, dans cette abnégation de la piété filiale, quelque chose d'affreux* Je n'aime l'égoïsme nulle part; je le déteste au cœur d'une jouvencelle. Que de- Tiendra, seule et sans appui, cette vieille que les séductions des nonnes, ou peut être une passion exaltée, ont privée de la compagne de ^es dernières années ! Je ne veux pas vous dire tout ce que m'inspire la vue de ce tableau ; TOUS approuvez peut-être les réclusions claustrales, et je n'entends point contrarier vos opinions. Laissons donc de côté le moral de cette composition et regardons les détails. Convenez que , sous le rapport de l'expres-

;païenne n'est pas ici Àe bon goût ; mais elle peint bien la figure de la supérieure , et je crois qu'à ce titre on :peut la pardonner. ( Note de. l'éditeur.)

( 48 ) sion et du mouvement , toutes ces figures

bien.

J'avoue que l'intention en est éxbéJletïi est même une opposition qui me plaît b coup dans le rapport des personnages entr'

Le philosophe.

Voyons cette opposition.

Elle résulte de la situation de lànéop et dé celle de cette femtne cjue vous ape véz à droitie ^ et à qui M^ Granet a donn signes extërieiu's de la grossesse.

J'aurais souhaité que cette jexme épouse manifesté le sentiment de pitié que d< éveiller en elle le sacrifice de son amie.

Vous demandez beaucoup.

Je sais que ^ dans les proportions donn de semblables raffinement d'expression i bien difficiles ; mais je n'exige trop que p

( 49 ) quen mé mettant sur la voie, on m'a fait espérer beaucoup »

l'àrtistk.

L'impassibilité de Tabbesse ^ la constance de la jeune fille, l'indifférence de cette doyenne des sœurs , qui sort de la sacristie , me semblent également bien caractérisées.

A merveille.

Quaiit au matériel de cette production il est louable. Le ton général en est riche, et Iliarmonie largement calculée, à (Quelques petites taches près ; les figures sont faites de pratique ; j'aurais désiré qu'elles fussent plus étudiées . Mais c'est maintenant un système adopté par l'auteur ; on Ae Sktit'ait l'en faire revenir; Voyez-en là continuation dans cet autre ta- ^ Dominiquîr

•^ ^ che» le cardi-

hleaù où M. Grarièt a représenté le cardinal naiAidobran- Âldobrandini entouré de sa cour, et recevant n» soi. le Dominiquin ,* obligé de quitter Naples pour pariiemYu^prS^

• , , y-i T i* ^^ Aldobrandini

se soustraire aux persécutions de Lantranc. Bàrghèae.) Ce sujet me parait singulièrement choisi ; s'il est hèiroràble J)0ur lie fcârdinal, il Test trèspeu pour le peintre français Lanfraric. Je né prétendit pas que , par flatterie , il faille , en

dépit dé l'histoire , nous montrer nos compa-* triotes toujours dignes d'ëloges ; mais je ne vois pas la nécessité de nous rappeler leurs fautes^ sans y être absolument obligé.

Voilà de l'amour-propre national mal entendu. Soyons inflexibles pour les crimes , les vices et les sottises des nôtres , et nous aurons le droit d'être sévères envers les étrangers. Lanfanc^ jaloux du Dominiquin ^ pouri^uit cet artiste de ses intrigues et de ses violences ; honorons la victime pour rendre odieux Iç bourreau ; peignons le Dominiquin fugitif^ ne fusse que pour offrir aux hommes qui cultivent les arts^ cet exemple d'un beau talent déco^isidéré par un caractère cruel et par une lâche rivalité. Célébrons d'ailleurs un bienfait quel que soit le bienfaiteur ; éternisons le souvenir d'un protectorat utile au génie quel que soit le protecteur. . •

Vous savez que je n'ai pas, pour messieurs les gens d'église, une àflSection bien tendre; je trouve cjpie, chez la plupart de ces prédicans de la sainte morale, il n'y a pas assez de tolérance, de charité chrétienne , enfin de ces

douces vertus qui devraient distinguer le pasteur ëvangelique ; je n'aime pas le luxe chez, un successeur des apôtres ; je de'sapprouve, de tout le pouvoir de ma raison , ce sibaritismc que Boileau frappa si judicieusement de son vers satirique ; je veux, au chef d'un troupeau catholique, de la sirtiplicité dans le goût, de la re'serve dans la parole, de l'éloignement pour tout ce qui est intrigue politique , de la continence, de la modération...

Vous voulez enfin qu'il ne soit pas homme !

Oui, puisqu'on ne veut pas qu'il soit citoyen. Je ne puis souflfrir la soif des dignités dans un prêtre (i); le titre de prince de l'Eglise ^ chez un prélat , me paraît une des plus choquantes anomalies qui soient, dans une société infectée de ces ridicules contre-sens ; et je ne sais comment concilier cette idée de primauté, avec celle qui s'attache à la qualification de servi-teur des serviteurs de Dieu dont l'humilité des

. (i) ... L*huinble .procédé de la dévotion

Souffre mal les éclats de cette ambition.

( MoLià&By Tartuffe, act. ii, se. n. )

vieux chrétiens a dëcorë les chefs du sacerdoce.

L'usage a voulu...

L'usage, mon ami! dites la sotte vanité. Est-ce par son titre que Fénélon fut grand parmi les hommes? et Vincent de Paule , est-ce à la pourpre qu'il fut redevable du respect de la France entière ? Le premier n'afficha pas le faste qui nous afflige chez tant de personnages enmitrés, dont les noms scandaleusement célèbres sont venus jusqu'à nous ; l'autre fut un prêtre simple et bon, d'un zèle sincère , d'un cœur ardent au bien ; il n'aspira pas aux pompes des palais , aux grandeurs du monde , aux richesses des traitans ; il crut en Dieu. Il est béni par les orphelins, il est aimé. de tous les philantropes. Tâchez de prononcer le nom de Dubois , après avoir dit celui de ces vertueux ecclésiastiques , et dites-^moi si , soudain , vous ne sentez en vous comme un tressaillement d'horreur, à la seule pensée du rapprochement.

Voilà qui est fort bien dit, sans doute;

mais quel rapport ont vos antipathies avec le tableau de M. Granit?

Quel rapport? Et cette cour, pour un cardinal ! Et ces flatteurs auprès d'un ministre dé vérité ! Et ces relieÊ d'un grand festin auxquels se sont assis tous ces camériers qui devraient être voués à la sobriété ! Et ce gras chapelain y vrai pourceau d'E^ncure, qui savoure à loùgs traits le malvoisie , en disant ses grâces ! Et cet enchantement des jardins où l'art a vaincu la nature , và:itables bosquets de Gnide et d'Amathonte ! Et ces marbres élancés, soutiens brillans du palais d'un Lucullus , conservateur abâtardi de la foi des pères du désert ! . . . . Tout cela , âlelon vous , est sans rapport avec mes antipathies! •

Vous mWez dit , il y a quelques jours , que vous n'étiez pas janséniste, et rifstp de ces cho^ ses ne trouve grâce devant vous !

Non, morbleu! Je suis conséquent, moi. On nous damne nous autres philosophes qui vi-

vons de privations , parce que nous courons après la sagesse, et que nous n'admirons pas les pieux fainëans qui s'engraissent au sein des délices d'un paradis terrestre, abondant en joies et en voluptés; on ne nous pardonne ni le doute sur la fin de tout objet crée, ni la foi au Dieu qui a fait les hommes égaux ! Nous nous permettons alors de juger nos juges ; c'est dans leurs balances que nous les pesons ; nous avons pour eux la rigueur qu'ils aflFectent pour nous ; et, s'ils nous demandent compte de quelques écarts de notre raison faillible , nous appelons de notre faiblesse à l'infaillibilité de leur morale.

Cela me paraît assez juste ; mais, dans le cas particulier où nous a placés M. Granet, serezvou!5 inflexible ? Âldobrandini n'aura-t-il droit à aucune indulgence? Et ne lui passerez-vous pas ses courtisans , ses porphyres et ses raffinemens gastronomiques en faveur de l'asyle qu'il accorde à un grand homme malheureux?

Cette bonne action me raccommoderait avçc

lui , ^i sa générosité nVvait un peu Famourpropre pour mobile.

Ah ! voilà comme on empoisonne les meilleures actions. Qui vous dit que le cardinal n'a pas cédé au seul mouvement d'un cœur sensible ?

Qui me le dit? lui. Regardez-le mollement assis dans son fauteuil ; voyez s'il se lève pour recevoir son hôte , doublement intéressant par sa gloire et par son malheur ; il ne se bougera pas , de peur de compromettre sa digestion ; il fait l'aumône comme un marquis ; il ne reçoit pas comme un chrétien doit recevoir un frère , comme un ami des arts doit accueillir un grand artiste. Alexandre et François I" s'estimaient heureux de servir Apelle et Titien ; mais un cardinal ! . . .

Que votre inimitié perce ici mal à-propos ! Vous ne voulez rien laisser au rang, à la dignité , à l'éminence du protecteur.

Le génie et rinfortune ont comblé les tances.

Mon ami, vous n'êtes ni du 17* ni di siècles.

le philosophe.

Laissons cela ; car , si l'on nous avai tendus! (i) Quittons ce tableau, où le I niquin a le mouvement roide comme s celui de Polichinelle.

l'artistet.

^ Oui , mais où le paysage est d'un beau vail, quoique d'un ton peut-être un peulo où l'architecture est supérieurement fait< l'air circule avec liberté , où les personi sont bien composés; mais où^ conupe je

(i) Cette appréhension du philosophe aurai peut-être, me rendre plus circonspect ; mais j'a l'engagement de transcrire en entier les entretie ces deux amis. Je n'ai donc pas cru devoir en re cher cette discussion , d'ailleurs aussi innocente nutile. ( ISote de V éditeur^

le disais tout-a-rheure , le métier se montre systématique.

Estimez-vous cette boulangerie romaine? imérieurdebov*

Ungerie.

De laquelle parlez -vous? Car M. Granet nous en a donné deux éditions ^ tant est impérieux en lui le besoin de se répéter.

le philosophe.

Quelle aigreur !

Moi ) de Faigreur ; point du tout. Mais ^ en^ fin ^ du quel de ces deux tableaux entendez'^ ^ôus parler ?

le philosophe. '

De celui où est ce capucin. Je le préfère , cjuant à moi ^ a son jumeau^ non pas au moins à cause du moine ; mais je le trouvé d'un ton plus . . . Âidez-moi donc .

Plus franc, plus chaud, plus imposant.

C'est cela^

Je partage votre opinion. J'aime cet ouvrage plus que celui dont il est copie' , ou |i qui il a servi de modèle ; je dirai plus , je le préfère aux autres productions de Fauteur^ que nous venons d'examiner. Il y a moins de sécheresse , et moins de ce noir que M. Granet prodigue beaucoup trop.

Diorama. Avaut dc uous occupcr dc M. Granet , nous

parlions de MM. Daguerre et Bouton. Ce souvenir me fait naître une idée qui vous agréera, j'en suis sur. Ces artistes ont livré au public , dans leur établissement du Diorama, un ta- . bleau nouveau que' tout le monde s'accorde à trouver admirable , voulez-vous que nous allions en juger nous-mêmes? Nous avons encore plus de tempis qu'il- n'en faut pour aUer au boulevard du Château-d'Eau. Prenons bien vite l'équipage modeste qui convient à la fortune d'un artiste, d'un philosophe et d'un homme de lettres , et fouette pour la rue de Bondy.

^ Accepté.

( Nous partons en efifet , et après un quart-

d^heuré de traversée , abre'ge' par une conTcr-

sation vive, dans laquelle notre philosophe

trouva le moyen de faire une belle sortie con-

-Cre les travers, les ridicules et les vices qui

Xilessent sa vue à chaque pas , nous fûmes

^ans la salle du Diorama , et en présence du

^nouveau chef-<l'œuvre de M. Daguerre, )

Oh ! merveille ! Et vous dites que ce que dagui

Yue inl de la c de Rosi

anous voyons est de la peinture ! de u°c

Oui , mon ami , de la peinture , modifiée ^ans quelques-unes de ses parties , par un j>rocédé de catoptrique bien simple , mais que ^ous ignorerez toute votre vie.

L'illusion est complète; il est impossible

I <|ue les secrets de la perspective soient ja-

\ anais plus habilement surpris à la nature.

- Mais , voyez donc, mon cher, cette croisée du

' fond! Quel art a pu donner cette vérité au

I ton du ciel qui vient à nous , au travers de

\ <:es carreaux entiers ou brisés ! Et cette porte

<pii laisse apercevoir le paysage qui borne

notre horizon ! Et ces fenêtres latérales veuves de leurs châssis , et garnies d'une verdure si fraîche ! Et^du même côté, cette entrée qu'ont laissée ouverte les ouvriers en se retirant! Quoi ! tout cela est du seulement au pinceau; c'est la combinaison ordinaire des couleurs de la palette qui a produit ce résultat enchanteur ! Et ces pierres cassées , et ces dalles neuves , et ce panier, -et ce poteau , et cette corde , et ces instrumens de maçonnerie , et ces morceaux de papier ; ce ne sont pas des trompes-l'œil adroitement appliqués a quelque distance de la toile , pour aider à l'illusion ?

Non , ce sont des détails faits au bout de la brosse.

Bon ! Vous voulez m'en donner k garder. Vous vous faites un jeu de mon ignorante crédulité !

Je parle sérieusement, je vous jure.

LE philosophe.

Mais c'est que voilà l'accent de la nature à

xm point ! . . . Je me donnerais à tous les dial>les ^ quHl y a là-dessous du charlatanisme et de la fourbe , si vous ne m'assuriez que je ne ^uis pas victime d'une mystification.

Votre doute est l'hommage le plus flatteur ^^ue vous puissiez rendre au talent de M. Da- ^^erre; car il faut que vous sachiez que cet dmirable morceau est de ce peintre ^ que n'a aidé M. Bouton.

Faites-lui en bien mon compliment , je vous rie, quand vous le verrez. Quels hommes ^^ue nos artistes modernes ! et puis que les Cjrecs nous parlent encore de leur Zeuxis et de leur Pharrasius !

Ce que j'admire surtout en ceci , c'est la vigueur et la transparence de ces ombres , de oes partis de demi-teinte , de ces larges reflets. Cette couleur originale me plait beaucoup aussi ; l'amalgame de ce vert de la moisissure cjue l'humidité a provoquée dans toute la hauteur de cet édifice , avec le ton laqueux et car-

miné du grès dont est construit le monument ; cet amalgame est d'une richesse bizarre qui frappe de surprise. Je suis bien fâché que vous ne soyez pas habile à juger du mérite pratique de semblables productions ; je vous ferais remarquer la force de la touche ^ le moelleux et le large des teintes locales , l'énergie savante de l'opposition des tons dorés du soleil avec le froid bleuâtre des jours du nord ; Tempâtement et le fini de certains passages qui ne vous paraissent que simples , et qui sont des prodiges de difficultés vaincues.

Je suis bien aise de savoir par vous, que ce tableau si extraordinaire pour moi , Test encore pour les connaisseurs , et que , remarquable comme spectacle d'illusion , il ne l'est pas moins comme ouvrage de peinture. Ces deux mérites réunis plaident beaucoup en faveur de l'auteur.

C'est un homme d'un mérite reconnu. Il a pu n'être pas tout-à-fait heureux au Louvre ; ici, il prend une revanche dont personne, si ce n'est M. Bouton , ne pourrait s'aviser.

LE PHILOSOf^HE.

Je pense que des distinctions flatteuses ont î déjà la récompense d'artistes «de ce même. ^

La faveur du public , Fadmiration des ama- "iirs, l'estime des peintres, voilà ce qui a yé leurs efforts.

Comment! dans ce siècle de broderies et de achats vP^s une décoration à ces messieurs!

Non ; mais par : une compensation toute siturelle , et que M. Azaïs avait prévue , . Granet: , qui les mérite bien d'ailleurs, en deux , le ruban rouge et le cordon noir.

Vous pensez bien qu'avec mes idées , je ^^s assez peu d'état de ces sortes de jouets; ^>riais tout le monde ne les voit pas du même ^^il que moi. Dans la société , on est disposé à ^^'estimer les gens que sur l'écorce ; il est donc ^f^cheux pour le mérite , de n'être pas signalé ^xi regard de tous , puisqu'on peut le con-

fondre avec l'ignorance. Je sais beaucoup de chevaliers qui n'ont pas le talent de MM. Daguerre et l^outon ^ et à qui un bout de faveur donne une certaine importance ; pour rétablir l'e'quilibre , je voudrais qu'on fit ces artistes au moins égaux à ces hommes dont je vous parle ; cela n'ajouterait rien sans doute à leur supériorité ; mais ^ dans un cercle où ^ par hasard ^ ils ne seraient pas connus , cela les tirerait de la foulé.

Vos désirs seront sans doute accomplis cette année.

LE PHILOSOPHIE

Je l'apprendrai avec satisfaction .

Mais jetons un dernier coup-d'œil sur cette toile , et retirons-nous... A merveille, M. Daguerre , à merveille ! Je le donne au plus habile , et je le défie de faire aussi bien.

A demain au Louvre , mes amis ; adieu.

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