‹ L'ártiste et le philosopheChapitre 27 sur 43 · SIXIEME PROMENADE · texte numérisé non relu

SIXIEME PROMENADE

Vous me demandiez en venant ici, tout-à- s.;n^i*c^de l'heure, quel cas je fais du talent de M. Gojse^{"|^Xr'*'* voici qui répondra des éloges que je lui ai n*" 790donnés.

C'est en effet d'un aspect flatteur. Quel est ce sujet?

Saint Vincent, de Paule convertissant son patron.

LE PHILOSOME. :

Très-bien choisi. Je me plais à voir l'élo- ^{fience du coeur et de la raison triompher de la force ; j'aime un esclave qui ,' dans les fers y se montre au-dessus de sa fortune, et qui, vraiment libre sous lé bâton du maître, fait rougir le sort de son injustic<$. Saint Vincent de Paule eut ce bonheur.

Si VOUS félicitez M. Gosse du choix de son sujet ^ je lui fais compliment, encore, de son exécution. Saint Vincent de Paule, à qui j'aurais voulu que l'artiste conservât un peu plus le type connu de sa physionomie , est- dans' une position naturelle. Son geste est noble, sa tête est d'une expression calme .

Oui ; ce n'est point un convertisseur fanatique , c'est un sage qui ne se glorifie même pas , tant il a de modestie , du succès que sa vertu a remporté sur toutes les résistances d'un cœur égaré.

Le torse et le bras du saint ne sont pas moins remarquables par la facture large et gracieuse dont ils portent le caractère, que par le bon goût de leur dessin. Le ton général de cet ouvrage est brillant et chaud. Les fonds sont d'une légèreté charmante et d'une richesse d'harmonie qui doit plaire î La figure du réné-^ gat prosterné est très-belle; peut-être qu'un peu moins d'éclat conviendrait bien aux vête-

( ^^7 ) mens de ce personnage. Ce serait, au surplus, Taffaire d'un glacis.

Vous ne dites rien des figures accessoires. Je les trouve bien placées et bien composées dans l'intérêt du tableau. Cette jeune esclave, qui prend une part si vive à la scène dont elle est témoin , me parait mue pas un sentiment plus fort que celui de la simple ciu:iosité ! Si l'auteur a voulu mettre ce personnage en rapport d'affections avec le renégat , je crois qu'il a eu là une pensée fort ingénieuse.

M. Gosse mérite des éloges et des encouragemens. Souhaitons qu'il persévère avec constance dans la manière franche et élégante qui lui vaut aujourd'hui un beau succès. J'attends de lui , pour le salon de 1826 , un ouvrage capital que celui-ci me fait espérer. Donnons^lui rendez-vous pour cette époque , il n'est pas 'h.onome à nous manquer de parole.

, , . - . Porirail de M.

Parmi les portraits qua exposes cet artiste, o.voutier,co^

« 1 • • i ' • -1 "^ lonel au service

1« remarque, avec plaisir, celui de M. le co^ des Grecs.

lonel O.Voutier. J'ai entendu dire beaucoup de «

bien de cet officier, notre compatriote, qui s'est ^

dévoué avec un zèle vraiment chevaleresque à -*

la cause des Grecs , et qui peut dire déjà , en ^

parlant des premiers triomphes des Hellènes : -

quorum pars magna fui. J'ai lu avec intérêt ^

les mémoires (i) qu'il a publiés, et j'ai pris •

une très-bonne opinion du militaire aux récits *

modestes de l'écrivain. M. Voutier joue main- ""

tenant un rôle important en Grèce; il rend honorable, sur la terre régénérée des Léonidas, ♦

le nom qu'il tient d'un père , officier distingué. La France, dont il est le représentant armé , devra sans doute être fière d'avoir produit un des plus nobles instrumens du triomphe de la plus sainte des causes qui aient été agitées dans les temps modernes .

Le portrait de M. Voutier est fort ressemblant ; il est aussi d'un bon pinceau.

Oh! bon dieu! qu'est-ce, s'il vous plait,

(i) Chez Bossange frères, rue de Seipe ; Un volume iii-8% Avec planches.^

aue cette grande estampe coloriée qui porte le do«uf#é.

, r / r 1 Naissance de S.

:i:iiiinero 543? a. r. Mgr. le

duc de Bor -

Passons ^ mon ami , c'est la preuve malheureuse de cette vérité , qu'un homme de talent peut se tromper tout-à-fait.

LB PHILOSOPHE

C'est une vue intérieure du cabinet de Cur^ ius!

Hélas ! vous avez raison.

Il n'y a ni profondeur , ni majesté , ni élégance, ni....

Non , sans doute , il n'y a rien de tout cela.

LE philosophe.

Et pourquoi , s'il vous plaît , ces gardes na« ^îonaux à genoux? Adore-t-on les princes à leur Naissance , comme le Messie à son berceau.

La composition était si ingrate , que , pour ^^ donner du pittoresque. . .

On a fait une chose ridicule. Et cet officier bourré de son, que vient-il faire là?

Je n'en sais rien. Il y a dans ce tableau quelques détails qui atténuent un peu la faute de l'artiste.

Oui , six clous bien luisans au talon d'un soulier ! voilà bien le but de la peinture historique! Si M. Dubuffe avait envie de représenter cette scène de famille, il fallait que des proportions colossales où il s'est élevé , il se rabaissât aux proportions du genre. Peut-être qu'alors il aurait produit un ouvrage passable. Au lieu de prendre ce parti , il a perdu beau-* coupdetemps à faire unepage énorme, et, tranchons le mot, horriblement médiocre. Encore s'est-il avisé de faire ce tableau sans qu'il lui fut commandé ; de sorte qu'il pourrait bien risquer de le garder pour son compte ; car pour quel musée de sous -préfecture le gouvernement voudrait-il l'acheter ?

j-'artiste.

Si M. Dubufife a échoué dans un tableau Jésm nurchaot <1 étiquette , il a réussi dans une composition «« 547. Religieuse fort difficile à exécuter. ^^^

Ah ! ce Christ marchant sur les flots de l'océan. Oui, ce n'est pas mal; c'est même bien; et je n'aurais jamais imaginé qu'il fut sorti du même cerveau et de la même paletle, €jvL\ ont enfanté ce malencontreux tableau que nous venons de quitter.

Ici la figure principale est belle.

Mais le profil du Christ est un peu bien grec pour un profil israélite.

Cela est d'autant plus sensible, qu'il est sèchement arrêté, et qu'il se détache durement ^Ur ce fond blanc et lumineux.

Oui , l'auréole obligée qui fait mon désespoir, et qui ne m'a jamais paru moins niaise.

dans nos tableaux d'église ^ que ces lumières surnaturelles ^ émanées du corps d'un saint ou de celui du petit Jésus pour éclairer une scène entière. *

C est une convention reçue et qui a force de loi aujourd'hui.

Nous avons en France beaucoup de conventions comme celles-là^ dont le sage doit se moquer. Divinisez par l'idéal, puisqu'il vous est donné, les figures d'anges et de Christ, mais ne venez pas sottement me découper des silhouettes sur des taches blanchâtres ou dorées, que vous supposez n'être jamais que d'un côté de la tête, tandis qu'au moins elles devraient l'envelopper de leur vapeur éclatante. Les auréoles sont une trace de la barbarie des anciens temps , dont les peintres qui ont un peu de bon goût devraient faire justice.

Cela ferait une révolution. Et les dévots !

LE PÉILOSOPHE.

La dévotion n'est point intéressée Ik-dedans.

'WJii saint peut être fort bien représenté sans m:ui large fromage derrière la tête. Si les dévots ont l'habitude de l'auréole , et s'ils la demandent, on leur fera entendre que c'est offenser I)ieu que de mentir même en peinture , et que l'auréole viole une loi physique que les dévots doivent respecter parce que le principe en éternel.

Vous ne réformerez pas la tradition établie.

Je le crois bien ; les préjugés sont plus forts e la raison, chez un peuple qui a la fatuité de dire le plus instruit , le plus éclairé , le plus oigne des grossières croyances.

^lons , ne vous fâchez pas , et , pour vous •^^mettre , jetez les yeux sur cette grande page biondil. *i« M. Blondel ; ie crois que vous devez en EUsabeUi .

^^^ ' ' M. Hojigne depo

content . $anl s* couron;

au pied de 1 mage de J.-C.

LE PHILOSOPHE. n» i63.

Le sujet plait d'abord. Elisabeth dépose î^^ couronne de diamahs avant d'entrer dans

le sanctuaire , pour iie pas paraître , avec cette parure fastueuse ^ dans un lieu où elle doit voir le Christ couronne d'épines ; voilà un exemple d'humilité assez rare^, pour être immorlalisé par la peinture; voilà un tableau d'église comme je les veux ; il porte Qvec lui une moralité utile.

L'ouvrage de M. Blondel est fort bien composé; les groupes s'y placent naturellement. La figure de sainte Catiierine est d'un bon mouvement; celle de la jeune Agjûs, qu'on voit entrer, les mains jointes, dans l'église, est pleine de grâce ; celle de la mère d'Hermann est d'une belle expression ; la haine se peint sur tous ses traits et ne les fait pas grimacer. La surprise des courtisans est bien rendue. Le personnage épisodique de l'aumônier d'Elisabeth , donnant des secours à ime pauvre femme , est assez heureusement trouvé. Le style de ce morceau est d'un goiit élégant, le dessin en est correct. La couleur n'est pas bruyante , comme celle de tant de tabJbaux qui se disputent les regards des spectateurs, elle est douce et tranqui^.

Voilà qui est encore de M. Blondel ; c'est

Assomption de la f^ierge ^ à ce que dit

livret; j'ai peine à me figurer que cette

ierge monte au ciel , elle a jJutôt Fair de

scendre.

Vous avez raison. Cela tient à la roideur la jambe droite. Relevez un peu plus cette xnbe , en ployant le genou , et le mouveent ascensionnel sera prononce.

Je n'aime pas ce tableau. Les anges sont ngs et secs ; la tête de la Vierge a trop de étention au raphaèlesque. Je vois peu de uleur , peu de chaleur , peu de nerf.

Je distingue quelques bons détails de pieds de mains. En général ^ cet ouvrage n'est F^^s une chose d'étude ; je n'y reconnais qu'un ^^^^orceau de praticien assez difficilement fait, ^--•^tte petite f^isUation du même auteur est ^^réable^ quoique un peu maigre. Ce sera un J^>li ornement, d'oratoire. On m*a dit que

L'Assomption de U Vierge.

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