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La yisitatipO;
(S.A. R.Mgr. le D, dO )
Bkauus.
Alain Chartier.
M. Blondel exécutait^ à Fontainebleau, des peintures délicieuses. Ce château royal reçoit e'galement des compositions de M. Abel de Pujol ; mais on m'a rapporté que cet artiste n'était pas aussi heureux que son compétiteur.
J'en suis . fâché. Ces défaites successives peuvent décourager M. Abel de Pujol.
11 est en fonds pour prendre sa revanche.
Dites-moi ; n'est-ce pas la scène du baiser de Marguerite d'Ecosse au poète Alain Chartier , qu'on a représentée là ?
Justement.
LE philosophe.
Ce tableau me convient. L'hommage d'une jolie femme à un beau talent , caché sous une enveloppe si disgracieuse , est d'un prix très-grand à mes yeux. Je suig bien aussi laid qu'Alain Chartier ; je voudrais avoir son
( ^77 ) ^ïierite , pour obtenir la faveur dont il fut l'objet.
M. Beaume ( c'est le nom du peintre à qui noas .devons cet ouvrage agre'aWe), a fort l^ien réussi à rendre gracieuse et pudique, l'action de Marguerite. L'exécution de son t^ableau est charmante. Il faut reconnaître le jméme talent dans cette composition familière, où vous voyez une mère infirme, aidée dans l* mère infirme. sa marche par son petit-fils e,t par une jeune (CeiaWeauei
.^ 11 le suivant app»r-
^-»"^« tiennent à MM.
Durai et Saze - LE PHILOSOPHE. rac)
L'expression de la malade est bien sentie, oelle du petit garçon est d'une aimable naï- Areté , celle de la jeune personne plait par l'attention et la prévenance qui la caractéï*isent.
j C'est ejicOTe , selon moi , un petit drame
k l^ien conçu que celui-ci.
I II est touchant, en vérité. Ce soldat, qu'ont
épargné cent combats , va mourir dans l'asyle
La mort d'un invalide.
( ^7« ) que la reconnaissance de la patrie a voué à ses anciens défenseurs. Un regret le poursuit , celui de n'avoir trouvé que la mort dun bourgeois. Son frère d'armes est venu pour adoucir l'amertume de ce dernier moment : (( Console-toi , mon vieux , lui dit-il , v7 n'y <( a pas (t affront; tu as fait tout ce qu'il « fallait pour mourir en brave militaire , eh « bien ! meurs en brave homme. Avais- tu c( des ennemis? — Aucun, pas même parmi « ces gens que nous avons si durement se- <( "coués pendant vingt ans. — Êh bien ! va- « t'en tranquillement rejoindre nos camara- (( des; dis -leur qu'ici nous pensons souyent (( à eux. J'irai d'ailleurs bientôt vous retrou- <( ver ; Page et les infirmités m'avertissent (( qu'il faudra avant peu battre en retraite ; j'y « suis tout pr^t; et, quand notre awrionier (( voudra me signer mon passeport pour (( l'autre monde , je partirai joyeusement , (( comme autrefois , à la mêlée , l'arme au « bras, et au pas accéléré. — Adieu, ami, « au revoir; mais ne te presse pas. — « Bah ! aujourd'hui ou demain , qu'imt( porte? A la grâce de Dieu ^ ma foi... et u du major. »
Pas mal interprété.
N'est-ce pas? C'est que je crois les entendre, es deux invalides ; il y a dans leurs figu- ^■:*es ., peintes par M. Beaume , cette bonhomie Soldatesque et cette franchise de langage.
L'ouvrage est d'ailleurs bien traité ; la touche en est facile et large, le dessin naïf et correct, la couleur raisonnable. Je n'ai pas liesoin de vous dire que je préfère cette maixière simple et sans affectation de M. Beaume, a. la froide perfection de M. Laurent LxvutnriJ.-x.)
Je vous crois sans peine ; il y a , entre ces deux jBsiçons de sentir et d'exprimer , la différence qull y a entre l'esprit naturel et l'esprit d'emprunt, entre la candeur et la prétention. Regardez cette Cendrillon; combien cendriiion. elle est recherchée dans la simplicité de sa " '* ^"
Le pelil Ckape-r
pose ! et ce petit Chaperon , quelle fausse in- ron génuité ! sans parler encore du choix de ces
ioj8.
sujets, qui sont assez mal en harmonie avec les pensées de notre siècle ! . . .
M. Laurent vise trop au précieux; dans un temps où le vrai est en honneur, c'est un grand défaut.
Oui , voilà ce que c'est que de se tromper d'époque ; il est des gens qui s'imaginent que nous en sommes encore aux Dorateries. Notre siècle n'est pas celui du madrigal. Le régime constitutionnel, qui s'enracine dans nos goûts, en même temps qu'il satisfait à nos besoins et à nos désirs politiques, s'accommode peu de ces jolis riens , qui firent la gloire des Boufflers de la peinture, et des Boucher des lettres. Nous aimons mieux une vérité, fûtelle un peu crue , qu'un agréable mensonge. Nous sommes désenchantés sur beaucoup d'illusions, il nous faut du positif. Adieu les petits romans seulement ingénieux ; adieu les pensées musquées et les vers à l'eau rose. Nous ne haïssons pas les contes , quand ils renferment une moralité neuve: c'est de la philosophie du bas étage ; mais enfin c'est de
2a philosophie! Mais Finette, mais Noncha-* Les trois sœu» •.
. Finette, Baba-
^ante , mais BabUlarde ! Oue peuvent-elles ^rdt et Non- :3ious apprendre i, que nous ne sachions déjà? n« io36. ZLes tableaux de cette espèce sont faits pour ^ " d. d'oT * 3es enfans, et c'est aux gens sensés que M. Lauzrent les adresse ; son but est donc man- ^^ué. Qu'il reprenne la route dans laquelle il Wtait entré en 1822. Je donnerais tout ce -^ju'il a fait cette année , et , encore avec , tout -^îe qu'il a fait jadis , et ce qu'il fera à l'avezmir, dans le même genre, pour la tête et a main de son Galilée. Un philosophe en rison , pour avoir dit une vérité importante ; sage persécuté, pour avoir contredit des rreurs ; un savant condamné , pour avoir ait une découverte utile! Voilà qui est exellent , voilà qui est moral ! d'ailleurs cela st si vrai ! Ne nous en pend-il pas , tous les ours , autant à l'oreille , à nous qui ne som- ^^mes pas du quinzième siècle?
Vous mettez toujours les choses au pire.
Oui ! Eh bien ! fiez-vous-y ! Quant à moi , qui l'on ne saurait arracher l'approbation
d'un principe contraire à ma raiscm, mais qui , en même temps , ne brigue pas la gloire du martyre, je ne soutiendrais pas, sauf le bon plaisir d'un procureur-général, que le soleil n'a pu être , un instant , arrêté dans sa course ; que la civilisation , dans Tlnde, remonte à plus de dix mille ans ; que les affections tiennent à l'organisation du cerveau , et mille autres propositions aussi soutenables. Je ne combattrais pas le^ opinion probables des bons pères en Loyola ; je ne ferais pas l'éloge absolu de Pascal , je ne me flatterais pas d'avoir lu l'Ânti^ottoR (i), en fin, je n'imprimerais pas une réfutation des doctrines de messieurs tels et tels.
Je ne balancerais pas à te faire , moi , et à la barbe de tous les limiers de la censure ; mais avec modération , et non avec cette violence qui ne manquerait de vous emporter.
(i) Réponse fort rare, de César de Plain, à la lettre que le Jésuite Gotton fit imprime;* pour disculper la sainte compagnie de sa participation au meurtre d'Henri IV. (iVb/e de l'éditeur. )
LE philosophe; Monsieur le sage?
Sage ^ si vous voulez ; mais je ne me fâhe pas , au moins.
Ces têtes froides me font mal.
Ces têtes exaltées me font un bien !
^avez-vous , mon ami , qu'avec vos irritations^ TOUS nous donnez la comédie (i).
Diable ! C'est bien heureux ! Je ne savais -pas être si plaisant que je suis.
Changeons de conversation ; je serais au désespoir de vous causer le moindre ennui. Revenons à M. Laurent.
(i) Les motifs de ces emportemens sont trop honorables pour justifier les railleries de notre artiste. Qui songerait à rire d^Alceste sUl yivait parmi nous ? Qui pourrait condamner ses attaques si véhémentes, mais 51 consciencieuses ? {^^oU de i'édiieur,)