DUBOIS
Dbahohit.
Octog^aire.
. (i) Homme de leUres, auteur de jolies pièces de théâtre et de contes spirituels.
iRiA (Eag.) Le portrait de M. LadvoCât a été vu de tout
iLaTvo^at, Parfs ; tout lé ihôndé a reconnu, dans cette
"î*' Galerie peinture , l'industriel qui s*est fait un nom eu-
1» 5a4. ropëen, a Faide de spéculations heureuses,
heureusement conçues. M. Devérîa a donné
à ce prototype de la librairie française, xm
air de méditation, ou plutôt de bouderie ro-^
mantique , qui est plus singulier que naturel. • i- M. Ladvoeat tient a la main un volume in-i 2;^ -; il songe probablement à une réimpreâsion^Er^tn du texte quil contient ; si Fesprit du fabricantr»' ^t de livres est occupé de quelque chose, ce ne^^^e doit être, probablement, que d'un calcul ma térîel. Combien de tomes in-S"* pourrai-je con fectionner avec les trois cents petites pages que voici? combien de fleurons, d'interlignes,^- *i de vignettes, de blancs, de points^ d'alinéas^^ s
(i) Quelques personnes, se prétendant bien instruites, assurent que i'elcposition du portrait d< M. Ladrocat est la conséquence du système de bKéité , inventé par ce Briarée du co«iimerce de l'esprit et du papier. Sai^s doute , des méchans ont dit ce^^^^^ nouvelles. Quoi qu'il en soit, pour entrer, autant que ji le peux, dans les intentions de M. Ladvoeat, j'ai ajouta à soÉi nom , son adresse ; c'est encore un prospectus.
(iVdfe de Nditeur.)
£|odr£Ht -il jeter ftu milieu de cette |)ro9ê^ pour en composer trois volumes iStn peu cor-* ses ? Voila, tout ce que M. Ladvocat peut se demander k lui mémie. Cette pensée arithmétique devait dominer là composition de M. Devériâ ^ et vdilà que cet artiste â fait d'un lil»^re Utte espèce de petisetir ; ôh dirait d'un {ibilo^piie ^ ou d\ih secrétaire général de mi-^ ftistère !
Vôflli uit l»értt:*âlîl d'une sinsulièté eiécu-* Portrari
. . , d'hominr.
tî^n. L'afiectâtk>n de ^originalité y est tfbp étidente. M. DevéWtt devrait se mettre eii gdrde cdtt«ce les àyôtêmes , surtout contre l'angjiofiiatti«4
LK IPHILOSOPHÉ:.
Ce jeune artiste m'a tout l'air d'une victime de Lawrence.
t'ARTlSlTE.
OUa, c'est LaWretléé en charge. Ôri pourrait dire de ce portrait, quil est...
A peindre.
u» Sa"..
M. Devéria n'a pas été beaucoup plus heu- Scène de famine
, r ' . . • *- * ^ du temps de
reux dàhs cette scënc , qiie dans le portrait Henri iv.
ne Romaine n" 1261.
que nous venons de quitter. On dirait qu'il a cherche à imiter M. Bonington. C'est un lazzis de ton et de touche qui a à peine l'accent du talent ; ce tableau est tout au plus une esquisse pour un graveur.
navez. Laissons la peinture de convention pour
rirait d'une , i n -«t t» 1
femme les chos6S Vraiment belles. Voyez cette Bruxel—
Bruxelles. ^ '' ^
r»° ia6o. loise, de M. Navez. Voilà qui est fièrement^ touché et vigoureusement coloré. Voyez cetter jeune fille de Rome et cette habitante de Cori^ que c'est fait avec simplicité I mais, en mém^:
une fille de tcmps, quc c'cst vrai. Chez M. Navez , la riaï— -
Cori. 1 /• 1 •
n» ia62. veté n exclut pas la force et le savoir ; oïè^ s ''TabiM^x sent , dans sa manière , les préceptes de lîk Ben*iST* tonne école. Je parierais que David a pass^ par là.
On m'a dit que M. Navez est. le premiei^ peintre du roi des Pays-Bas. Ce monarqu^^ ne pouvait faire , parmi les Belgei^ , un meilleur et mieux justifié.
«te Famille. Voîci un moTccau charmant.
n" laSo.
Quel en est le sujet , îe vous prie ?
Une Sainte Famille.
liE PHILOSOPHE.
Vous voulez rire !
Non, vraiment.
Ah ! l'excellente plaisanterie ! Une Bohémienne jouant de la guitare, un mendiant <les Etats du pape , un petit gamin se câlinant sur les genoux de sa mère... Vous voulez nous donner cela pour une sainte Vierge , un saint Joseph et un enfant Jésus ! Nous ne vous croyons pas. Dites-nous tout simplement que c'est une famille de Sonino ou d'ailleurs , et nous pourrons vous croire.
 cela près d'un choquant anachronisme , convenez que cette peinture est délicieuse.
Oh ! très-volontiers.
La tête du vieillard est belle ; celle de la |eune femme est ravissante d'expression, en
même temps qu'elle est d'un modelé agréable^ n
et d'une bonne couleur. Le petit espiègle est ^
gracieux ; les costumes sont d'un ton riche ^ enfin . . .
Il ne manque à cet ouvragé que de dir^^ bien ce qu'il veut dire. M. Navez , on li voit , veut se régler sur les grands maître: des écoles anciennes ; cette intention est loua ble ; mais il faut lui rappeler , que c'est lement par leurs beaux côtés qu'il leur doi ressembler. C'est une affectation puérile qui celle d'imiter, en eux, leurs contre- sens d< costumes ou de traditions. Un artiste comm< -M. Navez peut prétendre à se faire remar- — quer autrement que par des fautes combin^e^ à dessein , et qui ne sauraient se justifier aa— jourd'hui par des exemples fameux.
Parmi les peintres d'histoire, qui font, avec un grand succès , le genre du portrait, MAU2AISSE. T'* pourrait ne pas citer M. Mauzaisse? Vous voyez, de cet artiste, un buste de femme âgée (les grand^ mères abôiiifent àù Salon de cette année), vêttte de noît, et l'a figurer
sillonnée de traces de lît petite vérole. U est difficile de faire un portrait mieux que C!elui-la.
£n effet , cela est d'un naturel exquis. liCS détails si fâcheux dont sont marqués les traits de cette bonne dame , sont rendus avec un esprit, et , s'il est permis de le dire, avec une grâce admirables.
C'est un des meilleurs morceaux du Sa* Ion. Je ne suis pas très-disposé à faire le même éloge de cette grande composition , où M. Mauzaisse a représenté saint Etienne Manyre de «int près d'expirer sous les coups des fanatiques. J***°o3. Ce n'est pas que cet ouvrage ne soit esti- (•*• D mable au moins ; mais il accuse, à mes yeux, la peine extrême qu'a eue l'auteur à composer toutes ces figures , qui m'ont l'air d'aulant d'académies , luttant de poses et de mouvemens. Ces bourreaux scml cependant sn général , et pris isolément , de bonnes études , savamment indiquées , dessinées avec :;orrecti<m êl largement tatouées de couleurs ^6se2 brillantes. Je ne sais pas pourquoi Fen^
semble manque d'eflfet. Peut-être est-ce parce que le ton en est un peu uniforme , et que les personnages du second plan n'ont pas assez de ressort et tiennent trop au fond.
Je sais moins que vous encore à quoi il faut attribuer cet . eflfet négatif ; mais , comm^ ^ vous , je suis peu frappé de l'aspect de cett- ^ grande page. La tête du saint Etienne hl «^ paraît belle ; j'aime assez ce jeune hommes ^ quoique^ dans sa blouse bleue ^ il setnbl^^ sortir de l'atelier de M. M auzaisse , pou:** venir présider à l'arrangement des groupes ^ le calme de ces juges me semble heureu- — ' sèment rendu ; ce bourreau au poil r oug me plaît aussi beaucoup . Je suis enchant qile le peintre ait songé a faire un bour reau de cette couleur ; elle m'est : si anti pathique ^ qu'elle m'inspire du dégoût presque de l'horreur pour celui dont la tét on est malheureusement déparée. Aussi j pense, si la tradition est fidèle en nous faisaiB. le Typhon d'un jaune cuivré, que ce die s'était choisi , par excès d'humilité, cetf^ chevelure qui est à la blonde, ce qu'est
dard du hérisson^ Tondoyante toison de la vigogne.
Souhaitons à M. Mauzaisse un sujet moins rebattu que celui qu'il a traité, et encourageons-le a réprimer la facilité prodigieuse de son etécution. M. Mauzaisse a toujours trop d'art et de métier; c'est un reproche qu'on peut adresser aussi à M. Fragonard. Sa brosse, entraînée par une main dont rien ne pourrait arrêter l'élan , s'égare souvent. Cette année , par exemple , voyez ce qu'a produit cette foudroyante activité du pinceau ; des figures qui manquent de grâce et d'élégance, une couleur bizarre et factice. Ce tableau de la reine Blanche n'est pas, après tout, sans quelque mérite, mais il n'a ni charmes , ni puissance sur l'imagination. M. Fragonard, artiste dans toute l'acception du mot , se trompe ordinairement en homme habile; mais il est impossible de ne pas avouer qu'il a échoué tout-à-fait cette fois.
J'en éprouve un vrai chagrin ; j'aime cç peintre dont j'ai vu quelques tableaux qui
Fbagovakb;
La reine Blanche.
BiBGEBCT.
ressemblaient peut-^re bien un peu à desdavms à rhoile colorée , mais qui avaient de Taspec^f: et de ce mensonge qui flatte. Je connais aus^i de lui une foule de charmans dessins litbogra^ phiés ^ où il a réussi à rendre , d^une manièsc-e délicieuse , les débris des monumens gothiquL.^es de la vieille France (i).
Je fais ^ comme vous , profession d'admii le talent de M. Fragonard; aussi, est-ce a douleur que je vous ai parlé de son ouvra qui n'est guère remarquable que par une co position assez neuve.
Permettez , mon ami , que je détourne nrraes regards du spectacle touchant que donne ici dUcnri IV. la mère de saint Louis , pour les arrêter sur p. "!" î" la scène déplorable qu'a représentée M. Bcr-
Desime au mu- 4 jl x
tturg). ^'*""*" geret. La voilà, sur son lit, cette noble victîmr
(i) M. Fragonard est un des plus habiles et des pl«s importans collaborateurs de MMi! Taylor , Caîlleux et Nodier , dans Texécution des Voyages pittoresques et romantiques, dont ces Messieurs ont déjà publiés deux volumes in-folio , d'un prix et d'un travail inestimables. {Note dé réditeur.y
er ec
'^e la fureur de$ moines ^t d^s insinuations jésuitiques ; ses dévoués serviteurs 1 entourent, donnant un libre cours à leurs larmes. Henri n'est plus ! s'écrie en gémissant Sully, le fidèk ami du roi. Henri n'est plus! repètent d'une - voix que les sanglots étouffent , tous ceux qui entourent sa dépouille refroidie ! Jour de deuil et d'horreur où triomphèrent les menées secrètes de la ligne ultramontaine , où l'instrument le plus vil servit la plus détestable des causes^ où l'Europe perdit un grand homme , la France un grand roi , la cour un grand modèle, le peuple un excellent père ; où l'hydre du jésuitisme perça de son dard empoisonné le cœur le plus généreux! Jour aflreux qui pourrait encore éclairer Paris , si "Çhémis , armée du glaive des lois, et guidée par la raison, n'abat jiœqu'à la dernière tête de ce monstre qui s'agite aujourd'hui au sein de la société , et qui l'épouvante de son réveil inatteiidu ! Oui«, Charles X a déjà donné trop de preuves de sagesse pour que les pieux enfans d'Ignace n'aient pas conjuré sa perte ! Il a parlé de son amour pour la Charte, , de sa confiance 4an$ le peuple français , de son respect pour la justice ; il ne peut donc être le roi qui coo-
Vient à ces ennemis de toute liberté , a ce^ fauteurs de toutes les divisions entre les nai tions et les rois , à ces sectaires qui pro testent avec le poignard contre les prince équitables. Quand verrons-nous donc rejet^x^ avec éclat ces satellites du pouvoir théocra^— tique qui font le siège du trône et de la cit^ , et qui^ sous le masque dont ils se recouvre:K)t avec adresse, cachent leurs perfides dessein.^, soufflent le feu de la discorde , réveiit Tusi^k-jpatîon de tous les emplois , s'insinuent da^k^ns l'esprit des petits et des grands ; et , se^cmblables aux harpies, déshonorent tout ce qu Z^ils touchent? Attendons-nousqu'un autreHenri IV ait tombé sous leurs coups , pour comprencuzlre enfin à quel danger de tous les instans l^^ur présence nous expose ? Ah ! gardons-tious de cette incurie ! Prince , ne soyez pas sourc3 à nos avertissemens : chassez les Jésuites; ci3eracinez leur puissance qui croît peut-é 'tre malgré vous , à l'abri des marches du trône^^ ^^ de l'autel ; là est le péril pour vous et pcn^ur nous !
J'aurais bien voulu que vous eussiez pa^ ^^sé devant le tableau de M. Bergeret sans l'ap^
cevoir ^ je n'aurais pas été obligé de m'en occuper ; ainsi , je. ne me serais pas mis au risqi^e de désobliger un artiste <]ui a , comme on (Ut maintenant , des précédens qui plaident pour lui , mais q[uii, pftr malheur, a complètement échoué cette année.
Cependant il me semble que cela ne manque pas d'expression.
Peut-être bien ; mais en revanche cela manque terriblement de noblesse et d'élégance : ces figures sont autant de portraits de charbonniers, je ne vois là que de laides faces rouges, reflétées de noir ; U y a à peine dans cet assemblage d'acteurs deux têtes qu'on puisse remarquer , encore sont-elles d'un ton disgracieux qui afflige les regards. N'étendons pas plus loin no^e examen ; que le souvenir de quelques ouvrages de M. Bergère t impose a notre critique un silence obligeant.
Vous venez d'assister aux derniers instans ikorxs. <l'un grand roi, venez voir mourir un grand ^^^\}l'^^: peintre. Léonard de Vinci expire entre les iTo^de'^* iras de Françok P' ; la douleur du monarque J'"^';
éclate en embrassemens respectueux, en étreintes où se peignent et lé regret de la perte qu'il Tient de faire , et fenthousiasme des beaux-arts.
Cette figure de François I" esuâelicieuse.
Et celle de Léonard ! quelle finesse de dessin , quel admirable coloris , quelle délicatesse d'intention dans ces deux personnages ! et dans les témoins de cette jcène attenrdrissante , quelles poses naturelles et dramatiques l Cet «ouvrage est raTissam^ il peut faire pardonner à M. Ingres bien des écarts de génie ^ Iwea des folies systoiiatiques. Le Henry IV jouani Heori IV quc votts npoyez de ce bote n'est fias
**" '"'".'"* à jbeimcoup près aussi beau que le Fratiçms 1" .
(Ces tableaux 1^ té te Carminée du bon roi est «ne oamca-
fpnl parlie du
d*^""d*BÎa^*) ^^^^' ^ grand personnage^ costumé comme le valet de ^arreaii^ est d-mie i^dear insupportable. En revanche les petits enfbns et la reine sont «chatmans. M. Ingres est tombé ^ en . peignant oé ÉaU^au^ dans kr d^ul qu'on lui a . tant reproché ^ vue manière ioirtitée et gothique qiii nuit beauooup cfhe^ lui au déveioppemeiU
«les riches qualités dont Ta doue la nature. 3Vf. Ingres semble n'être pas de son siècle ; il nous parle la langue de Ronsard , et il s'étonne que nous ne le comprenions pas. Plaignons son e'garement, et souhaitons - lui souvent de ces instans lucides pendant les* cpiels il exécute dés morceaux de la force de son Léonard de Plnci.
Cette Angélique délivrée par Roger n'e^t- «11e pas aussi de M. Ingres ? Roger de
Angëlic
Non ^ vraiment. Cependant au premier coup ^'œil vous avez pu vous y tromper. Cet ou- "vrage de M. Rioult est évidemment une imit:ation de celui que M. Ingres exposa au Louvre ^n 1819 ; mais il n'^a ni la finesse ^ ni la corx*ection , ni le modelé ^ ni la sécheresse , ni la ^pideur qu'on remiyrquait dans celui de nôtres qoiQpatriote le Florentin. Ce tableau de ISA . lUwlt n'ef t pas très-heur eugi ^ et )e lui préfère ce)» de,ux iesquisses se faisant pendant l'une un pauvre -À Fautr^ , ^t cop^pog^nt çnsiemble un petit "^^ ^!^ ^rapoae pjlein de ^sentiment ,et de philosop^, ''''^o ^l
^meVr^dw Ccs Jcux taMcaux me plaisent. J'aime le '"n-^uT contraste quHls pre'sentent a mon esprit : d'un (AM.Guyoi), côté, la durete', l'égoïsme, l'inhumanité d'accord avec la richesse et la débauche ; de l'autre, l'aflfection et la bonté' unies à l'infortune; c'est très-moral, helas! et très- vrai.
L'auteur de ces ouvrages est fait pour inspirer un vif intérêt. Si sœi talent et son zèle parlent en sa faveur, son malheur le recommande aux amateurs assez fortunés pour se faire les protecteurs des artistes. Jeune encore , il a perdu l'usage de la main droite ^ et , comme Jouvenet, il est réduit à peindre de la gauche; ses peines en sont accrues d'autant, et sa fortune diminuée dans les mêmes proportions.
€e M. Rioult m'intéresse beaucoup. Pourquoi faut-il que je n'aie pas les millions da baron Rostchild, ou seulement les rentes d'un éligible! je demanderais à ce jeune homme quelques tableaux philosophiques, que j'aurais grand plaisir à lui payer le doubfe de leur
"Valeur; et je lui fefrais accepter dans ma mai- &on ( car alors j'aurais une maison ) un atelier Si la porte duquel seraient Consignés le mal- Heur et ses acolytes ^ les aoucis et les cha- .grins, cohorte maudite qui glace le génie et j>araly»e l'imagination.
Yoici un tableau qui vqus fera plaisir sans YionHo cloute. L'idée en est touchante. Un soldat va * maï" passer par les armes; son chien, que retenait, t weân ^siu loin, un caniarade du condamné , a rompu 5îf"** de"( sa chaîne et arrive au lieu de l'exécution oii **"*^* les fusils déjà sont ajustés... il se précipite sur son malheureux maître. Celui-ci le repousse ^n vain, il ne veut pas s'éloigner. Son instinct d'amitié a deviné qu'une balle pourra l'atteindre , et qu'ainsi la mort réunira ce que l'affecttion mutuelle avait si étroiteinent lié pendant la vie. Le soldat qu'émeut un tel acte de dé* ^oueipent , éloigne avec la main cet ami si fidèle , et cette lutte attendrissante durera Jusqu'à ce queie plomb £atal.«..
Vous l'aviez dît; ce tableau me touche; mais, il faut que je vous l'avoue, ce n'est
point le €hten qui m'intéresse. Je rends justice Bia sentiment tèndbre qui Faxiime ; j'aime assea cet homofiagé^ rendu par M. Vigneron^ à. là constante plus qu'inatinctivè dont les -animaux de Fespèk^e canine ont donne tant de preuves; je conviens que c'est peut-être en traçant des scènes de cette nature que le peintre s'élève à la hauteur du moraliste, et qu'une apologue de cette espèce vaut mieux qu'une page sévère de reproches aux faux
amis, aux âmes tièdes, aux coeurs ingrats.
mais, tenez, je crois qu'on a tro|) usé de ces moyens. Depuis dix ans, le règrie des chiens dure au Salon. Nous avons vu dPaBorJle chiei;! du marchand forain (i) ; ensuite , le chien qui rapporte au logis un enfant engourdi par le froid (2) ; après , le chien du pauvre (3) ; plus tard , le chien du régiment et ' le chîeii du trompette (4) 5 enfin , aujourd'hui , le chien
(i) Par M. Moiigiïï. C'est tin fort Joli tableau, (a) Par M. V«fflard. ;
(3) Par M. Yigiieroa* Cet oaTrage>o^iot ud ^ând succès.
(4) Par Horace Verne l. Ce sont deux jolis morceaux; ils ent été bien granrés par Mïitt. Leeonte et Johannot. {NqU 4è l'èél^eur.y .
^a fusille; en voilà trop; encore ne vou^ ai-jp jpas parle d'une foule d'autres chiens ^ imitatueurs de ceux-ci ^ et qui ont eu , comme les aotxes, le priviiége de faire verser quelques douces Wmes aux femmes ^ à qui Famour des l>étes l'emporte ;sip: h. tendresse maternelle, et aux hommes qui font i^ 1^ sensibilité à fo^o-^ pQ3 de tqut et de rien. Je vénère beaticpi^p <;e$ respectables quadrupède dont le naturel jest excellent y je ne suis pas moins qu'^n pr«-^ let ou qju'un membre de 1» chambré de$ com- J3ftune$(i)) sensible aux traitemens rigoureui( <]uW leur fait enduret eli les Contraignant à trains, à la jeuri^ée, de lourdes chasrrettes^ ou a courre le sanglier et le cerf ; mais, aj^rèstoût, le sqrtde;^ hon^né^ n'est p^s M, exempt de dour* leurs, ^^pie îe n'aie plus de laraoti^ËàrépaMte sur eux; 1^ vic^^ ii|e ^ai|t pas si; généralement répandu» parmi ^ons,^i|iie \euib puisse hien trour* ver à lou^ quehpie b^anne qi|ialité ; pi>ur<^i donc appeler toujours mon attention sur des chiens? .pourquoi me montrer sans cesscf lavertu à quatre pattçs? j'ai ^sez de ces sujetsr là. Je ne dis pas que les artistes ont tort d^ les
(i) N. BélàvéAU et ât Î/Utiià.
traiter, je dis que je n'ai pas ]e pouvoir d^en être ému. Ce n'est donc pas au Brusquet ou au César de M. Vigneron que je m'intéresse en ce moment, mais à ce jeune soldat qu'une balle cruelle va bientôt frapper de mort. Je me demande quelle faute il a pu commettre. Il n'a certainement pas passé à l'ennemi. Ce serait un crime ; et il à Fair si calme qu'il ne peut s'être rendu coupable d'une action infamante. Je ne lis sur ses traits ni remords, ni fanfaronnade. 11 va mourir eh brave homme , en homme qui a la conscience de l'injustice de ses juges ou plutôt de la barbarie de la loi... Ce sergent, qui l'a dénoncé au conseil de guerre, l'avait provoqué , j*en suis sûr; il est si difficile à un cœur bien placé de soufl^ir de ^ang-froid une injure publique ! Le malheureux se sera vengé, i^aùra levé la main sur son agresseur, et lé lâche, fort de cet acte d'insubordination, a rendu raison à son inférieur cruellement outragé, en s'annaht contre lui de l'éloquetice dW capitaine rapporteur. Ah ! mon ami , que nos Codes sont barbares ! ils sont constamment en^ opposition avec les moeurs et la raison publiques. Le préjugé note d'infamie celui ;qui reste in&oasible a im
0ttiM,y et si l'offense est an dernier rang de la hiérai'chie militaire ^ la loi de la discipline le tue! Lé même sort eist' réservé au soldat qui a donné nii soufflet à 'son caporal^ et au général qui a ^enflu à l'ennemi le secret d'une combinaison straté^que ! que dis-je ? le soldat est toujours fusillé , et quelquefois le traître, à qui l'ennemi aura été rederable d'un succès , est récompensé, honoré, surchargé de rubans! tant il y a de contradictions dans l'esprit hur main, et de petitesses dans ]a politique ! mais laissons ce chapitre ; j'aurais trop de choses à dire sur un pareil sujet !
Le tableau de M. Vigneron est estimable , mais il manque de vigueur. Le ton général en est plutôt gris que mélancolique. La tête du soldat est belle ; on pourrait dire que celle du chien est très-expressive ; quant aux exécuteurs de la sentence , je vais parier qu'ils répugnent à l'accomplissement d'un devoir affreux, car ils n'ajustent pas leur camarade ; ils visent à côté. •
Entre un soldat qu'on va fusiller et une fille ^^^^^ qu'on ravit à sa mère pour la sacrifier' aux mânes ly^è
d'un prince , il n'y a guère de transitions possi-
blés ;mais vous n'sàmez pas le$ tràrisitions^ aussi vous mènerai* je brus(]«ieliki0)lt) et sans. que eela vous fâche , du champ où Tadjudant seusofficier va faire moiutir le grenadier français ^ à la perle de la tente d'Hëetibcf^ d^ Ul^s^e Se saisit de Polixène pour la livrer aux Grecs.
LB l^HILOSOPHÈ.
Ah ! encore de l'Euripide ! Encore une de ces traditions incertaines de la vieille histoire de Troie.
Oui , mais elle est représentée avec talent.
Que me fait le talent, ijuand le sujet m'ennuie.
Eh bien! ne voyez là ni la femme , ni la fiUe de Priam ; mais se;u)einent ^ une fille qu'on va séparer de celle qui lui «foi^na le jojur;. Fait^ abstraction du cqçt^me; qç.e lajfcène du tragique grec disparaisse a vos yeux.; figurez-* V4)us qpe, vous assistez^ dans votre maison, à une scène de désespoir , dont la x^ajnse est celle que je viens de voipis dir^ , ,et )ugez d'après Icis
sensations qu^n semblable spectacle vous fexait éprouver.
Soit ^ et e'est dans ces dispositions ^ que je Vais regarder le tableau de M. DroUing.
ffeim !
Je regarde , et je ne suis pas e'mu.
Cependant cette mère est bien vivement ^r^tée ; elle crie bien f fe crois entendre ses im- ]f»récationg contre Uly^e, dontre Achille , cimr •t:<re la Grèce tout entière.
Je n^ai pas les oreilles aussi fines , ou j'ai le cioeiu' moins facile à l'émotion.
Cependant...
Cependant:, cependant..; Cette femme s'ar
^t€; Quiis^lle laiaaè pi^tir sa fiUi^ sàtis'la ré^
l^enûr ^ ell^ ^ppli^ue , à la véritë^ aor ses braé ^
aes doi^s ^ntir'ouvetto^ mais oomme elle ks
Peut-être bien ; mais la composition. . .
Au diable la composition , si elle a des règles contre nature. Mais non; les règles de l'art n'imposent pas a l'artiste de lèes 'contre-sens , de ces- fautes de pantomimes. Je vofece que c'est; M: Drollihg aura remarqué, cbez quelq[ues-uns de ses camarades , de l'exagération
placerait sur un clavier , ou sur le cadavre -
d'une ressuscitée , pour s'assurer du fait de son ^
retour à la vie. Vous aurez beau me dire ^
qu'on arrête le mouvement cjfe cette mère ; ^
elle a posé sa inain sur l'épaule de sa fille , il -Il
faut qu'elle s'en fasse un point d'appui ; il faut qu'elle devienne un moyen de défense pour celle qu'on veut lui enlever. C'est à poings fermés qu'on retient ceux que Toti craint de perdre. Si quelqu'un venait vous ravir votre épouse , ou votre enfaht chérie , ne la saisiriezvous pas avec force , de peur de la voir s'énchapper ; ne la tiendriez- vous pas embrassée sur votre sein; et la* lutte, que pourrait seule terminer la violence, ne me montrerait-elle pas le ravisseur entre votre femme et vous?
dans le mouvement ^ et, pour se garantir de ce défaut \, il est tombe dans le défaut contraire :
In vitium ducit ciilpse fuga, ^i caret arte (i).
(HoKÀCZ, de jérte poëHcâ).
Ulysse n'est pas plus empressé de saisir sa proie, quHécube de la défendre. Cette retenue serait peut-être bonne dans un bas -relief; mais dans un tableau, je veux plus d'expression, plus de chaleur, plus de force , plus de
vérité, enfin.
Sans adopter tout-à-fait votre critique , qui me paraît un peu exagérée , j'avouerai avec vous que le tableau de M. Drolling aurait gagné à être composé dans un système de pantomime plus animé. J^ajouterai que j'aurais souhaité que les figures fussent plus à l'aise dans le tableau ; elles sont sur le même plan , et paraissent gênées. L'espace sur-bai ssé qu'elles occupent, est trop rempli par leurs dimensions, que l'auteur a craint cependant d'agrandir ,
(i) Si Fart ne nous ^umit un guide salutaire ,
L*on n*ëvite un déÊiut , que pour l'excès contraire.
(Dakv y jiri poétique).
Souvent la peur dW mal nous conduit dans un pire,
(BoiiXAu, ûiL)
car , en général ^ ses personnages sont csonrts; Ulysse n'est pas plus grand que. Polyxène ; celleci serait dWe taille* assez élevée, si elle était ^ moins forte ; mais les proportions de ses épau- —-r les et de sa gorge , en font une petite femme ^e et non une fille jeune et élégante. Hécube ^^ seule paraîtrait bien ; mais elle est plus grande ^le qu Ulysse. Quant aux esclaves, dont Tune est groupée avec Hécube , elles sont ce cju'il fallait qu'elles fussent.
Reconnaissons que le dessin de ce tableau mmïsx
est remarquable par sa pureté, acception faite du malheur des proportions , que je reprenais à rinstant. Félicitons Fauteur de la «^a conception de la tête dé Polyxène, elle est J«st charmante.
Oh ! oui ; elle est jolie cette jeune personne ; ? * ;
mais je Faimerais bien plus , si , au milieu de ^Je
Kncertitude où elle est du sort qui Fattend , perçait sur son visage , le chagrin de quitter sa mère. Une fille bien née., qui voit pleurer ses parent , pleure avec eux , surtout si elle n'a que dix-huit ans , et si elle s^éloigne des bras maternels pour la première fois.
Ulysse n'est pas assez noble , je crois.
Dites qu'il n'est ni assez fin , ni assez violent, i le peintre voulait en faire rOdjsseus di* jplomate^ il fallait le montrer persuasif; s'il V'oulait n'en faire fq[ue l'exécuteur de la volonté des Grecs , il fallait le représenter irrité de la x*ésistance d'Hécube, et entraînant Polyxène.
Tout cela est d*une belle couleur , d'un mocielé et d'in^e étude délicieux. Voyez comme ^ent peintâ la tête, les bras^ et les pieds d'Hé- <^|ib^- Admirée ces deux figures d'esclaves dans \ a demi - teinte ; elles sont ravissantes de ton , ^'arrangement, de toucher et de pose ; celle qui soutient la veuve de* Priam , est surtout un Cîhef-d'ceuvre. J'ai entendu dire que les concours des figures de M. Drolltng étaient cernés. Je ne vois point Ik de sédiéresse , peut-être y ^*t-il quelques passages un peu fermes , mais ce n'est pas un grand mal. Le reproche qu'on y eurrait faire plus justement à l'artiste, serait d'avoir un peu durement enlevé ses figures sur un fQp4 cru ; nxm ce n'^t pas ^sim V^mk^.
La peinture de M. Drolling a de la puissance, du ressort ; elle est faite en conscience ; elle •prouve un pinceau exercé, et une main savante que n'effraient pas lès difficultés; cet éloge n'est pas de ceux qu'on peut adresser à beaucoup de peintres modernes; ils ont l'air de mépriser le rendu; mais, pardonnez-moi la comparaison , ils ressemblent un peu en cela au renard du bon homme La Fontaine.
En dernrère analyse , l'ouvrage que nous avons scrupuleusement examiné , légitime d'assez nombreuses critiques; mais c'est un morceau très-remarquable. Il ne peut y avoir qu'un homme fort habile qui ait exécuté les parties que je louais tout-à-heure. M. Drolling a soutenu sa réputation ; il est au premier rang, dans la jeune école ; un pas encore , et il n'aura rien à envier aux maîtres ; il est exécutant supérieur, qu'il se montre égalenient fort dans l'invention et la composition. . .
hn PHILOSOPHE.
Qu'il laisse un peu la fable et l'antiquité.
Et nous verrons de lui des chefs-d'œuvre (i).
(i) Je ne sais si ce titre ne convient pas au Samantain exposé par M. Drolling, en 1822? Cet oir~
XE PHILOSOPHE
C'est ce que je lui souhaite ainsi qu'à M. Ca-
minade qui est d'une propreté, dune bonne le mariage de i
grâce assez aimables , mais qui manque de J^m,
force et d'enthousiasme. ^^^
Le talent de M. Caminade est estimable ; :mais vous ne le comparez pas à celui de M. Drolling.
Je ne compare pas, j'apprécie. Vous denotandiez tout-k-l'heure à lios peintres du rendu, «n voilà,
Rien de trop , a dit je ne sais quel sage. On devient froid, de crainte d'être désordonné. L'art consiste à éviter ces deux extrê- %ies. M. Caminade est soigneux, on le voit; ttellement, qu'il fait du granit presque aussi bien ^ue delà chair. Il faut savoir faire des sacrifices à
propos , si l'on veut réellement produire quelque
^▼rage que J'ai rêva,' dernièrement, au muséum dé Xjon, me pai^âtt' une 'des productions marquantes "^e"» " . la peinture modecQC.^ {JNqIc (kilediteur.)
sensation sur les kommes bien organises. Le poli n'est pas du fini. Le fini consiste à bien fûre toutes les parties d'un ouvrage ^ mais ncm pas à les faire bien de la même manière. Des cheveux ne sauraient être traités comme des mains, des mains comme des ëtoffes, des étoffes comme des visages, et des visages de femmes comme des visages d'hommes. Chaque nature a son accent , chaque objet son expression propre. M. Caminade doit se mettre en .garde contre la tendance à \m faire uniforme. H est d'ailleurs pur de contours, agréable d'harmonie. Sa palette n'^st pas riche , mais eUe est naïve ; il né sait pas mentir , pour arriver à Teffet ; l'art ne consiste cependant qu'à dire un mensonge avec le ton de la vérité.
hZ PHILOSOPHE,
Je préfère lé tableau dé M; Caminade à ceux de M. Frosté.
J^sdft-Cbrisl guérit un possëdé.
n- 67S. L'ARTiSTÉ.
Qui vous dit le contraire? M. Fruste' n'a ni
grandiose, ni couleur, ni élégance de formes.
' Il a fai( beaucoup wii^ai: ) que son Christ, et
Saint Charle. \^, , ^ / ^ '
Biirromee. stiTtout oue son UiarLes JiiffTàfnee . Je me 01. a! R.) rappelle \xn Samaritain de lui, qui ne valait
( 371 ) m cehii de DroUing y ni celui de Schiletz, inais
Que disons-noM de M. Attviray ?
I, ARTISTE* AuTiAï.
J^^U de bien, peu de iiial. Son saint Louis saint Looispn
«oonier.
sent nn péu le mannequin f le meurtrier du n** 49
sultan d'Egypte manque dé caractère. £e
tableau est médiocreoieot coloré . Mais , à tout
pirendre , ^c'esf; w ç^jcf-d'opiiiyrie , c'est du Ru-
bens, du Titi^i, du Raphaël > du D.onûniquin^
«i on le compare à ce Christ mort de M. Char- charpkxtœk.
. Le Christ mort ,
penber. sur les genoan
• de la Vierge.
LE PHILOSOPHE. n» 3o4.
Il faut bien être possède de la fureiu* de tout
voir , pour aller déterrer, dans cette salle des tombeaux, des ouvrages de cette formel quelle ^ peinture , bon dieu ! et le jury l'a agréée !
Et il a refwé VJjphigipme de M. Dupavillon ! Il est vrai qu'ici il n'avait pas à reprocher à l'auteur des réminiscences de David. 11 n'y a rien là qui puisse le rappeler. Voyez donc liommë ce Cittist eit pauvre, laid , ignoble et contourné; oh dirait d%n Vilain iiiat^ot bas-
breton ) jeté par la mer sur un rocher, et brisé, dans tous ses membres, par le choc de la vague.
C'est offenser Dieu, que de le représenter ainsi. Voilà un pauvre peintre en état de péché mortel; il ne lui faudrait pas moins (]ue l'absolution du pape pour l'en relever.
Oui; mais quelle puissance l'absoudra jamais aux yeux des gens de goût?
LVnIrée de feu ^^ ' ^^^^* T** ^^^ P^^^ ^^^^ CUCOrC ; c'cSt à
le dt?eB«^ n'y pas tenir.
datis la ville de
Cacn. L'ARTISTE,
n" lag.
(M. I.) . Au-dessotts du médiocre.
Dites donc au-dessous du mauvais. Quel dessin , bon dieu ! quelle composition ! quelle
expression !
Et quelle couleur! Un arrêt de la cour royale ne pourrait-il pas intervenir pour dé-
fendre à tout peintre de défigurer ainsi les princes et les magistrats ?
Le Code est insuffisant pour punir de tels délits. L'ouvrage est insoutenable, c'est au parterre à siffler Fauteur. Fuyons , mon ami , ces insipides productions qui révoltent mes yeux et ma raison. Ce sont des artisans que les gens qui font ainsi de la peinture. Eh! messieurs ,
Soyez plutôt maçon , si c*est votre talent.
Vous êtes de fort honnêtes gens, sans doute ; mais vous n'êtes pas nés pour sentir le beau et pour l'exprimer. Trouvez un- autre métier; tissez du drap, foulez du castor, polissez du fer, taillez du bois, cousez du cuir ou faites des perruques. Toutes les professions honorent, excepté celles auxquelles on n'est pas propre.
M. Berthon a été plus heureux jadis.
C'est justement comme si vous me disiez que cet aveugle du boulevard a chanté juste autrefois; que m'importe, s'il m'écorehe aujourd'hui les oreilles!
ijSi.
Picot. Tcncz , voici pouT VOUS remetti*e en goût.
etPrucri*. I,E PHILOSOPHAS.
À la bonne heure! c^est le Besiune aprè^ ki piquette^ le miel api*èâ la (dU)rqiiinte« Hoo œil se reposé agréableménMur c^ laU^u. Il est d'une harmonie douce ^i tranquille cpii conyient à ihii situation. J'ai be^n de me calmer, et je trouve ici du calme. Cette Pro^* cris est charmante. Je lis le pardon dans ses yen% à demi-rfermés «^ à moitié éteints; elle meurt acfïusant ^sa jalou$|<ç^ et maudissait à peine le fatal présent qu'elle tît à $on époux* La douleur ne la rend point injuste^ J^Ufi tourne sur Céphale un regard plein d'affec-* tion et de regret. Ses membres , ^ graciçux, si délicats ^ flécUssent et ne suffisent plus k supporter le poids de son corps , déjà privé du mouvement ; sdn sang s'est arrêté dans ses veines ; le froid de la mort glaÈeera biei^dt son cœur, où la vie errante a trouvé un refiige d'un moment. Aucun secours ne pcnirrâ la i^en(k*e au monde.; dans un instant, cette fiemnle ckaf^ mante qui rivalisa la belle Aurore, qui fiit l'orgueil d'Érechthée et la gloire d'Athènes ,
( 375 ) i^ette Semtxhe que les oympbe^ des forets saluèrent du nom de leur sœur , cette femme ne sera plus.... Pleure, Cépliale, pleiu'e ce trésor perdu pour toi ! maïs , non ; il est surpris et point agité. Âfa! » j'avais eu le malheur de tuer celle que j'aurais aimée avec idolâtrée, . mçs yeux suaient deux sources de larmes in* tarissables, je ferais retentirlaforétde nies ms^ j'iaccuserais le sort, je Uasphemeraia les dieux ^ j'appelerais sur moi la foudre céleste, je chercherais à rappeler à la lumière y ma victime chérie, je la serrerais contre mon sein pomr lui rendre le sentiment , que ma main malbeuireuse Im aurait ôté ; je ferais^ enfin, ce que fe«> fait tout homme vivemei^ ému, fortement ^iris, et cruellement déchiré. Pourquoi M. Pi*^ €f^ n'a-t-il indiqué que faiblement un désespoir que rien ne devra finir, et qui n'aura pour terme que le trépas ? Pourquoi la pensée de Céphale est-elle incertaine? pourquoi l'expression de son chagrin est-elle "incomplète? Dites-moi donc cela, vous , mon ami , qui connaissez les ressources et les difficultés de l'art.
Pourquoi? c'est que le désespoir outré est
une grimace , et qute les beaux-arts ont horreur d^s contorsions.
L£ PHILOSOPHE
Comment donc ; il n^y aura point de milieu enlre la grimace et la belle et touchante expression du désespoir ! Mais la mère Niobé n'est-elle pas sublime? et ses yeux et sa bouche, et toute l'harmonie de ses traits, ne disent-ils pas : Je suis la plus infortune'e des mères ! Tenez , j^ainierais mieux un peu d'exagération que cette froideur qui ment à mon cœur et à mon imagination. Le drame perd de son intérêt si la situation de l'un des deux personnages que vous mettez en scène manque d'énergie et de vérité. Vous voulez exciter ma pitié, ma sensibilité ; faites donc que Géphale soit abymé dans sa douleur.
Si vis me flere, dolendum est Primùm ipsi tibi (i).
M. Picot a échoué dans la composition de la tête et dans la pantomime de Céphale. J'en ^^
(i) Pleurez si vous voulez faire couler xnes larmes. ^
(Daru.) /
Pour nifi tirer des pi urs , il faut que vous pleuriez. -
(BoiLEAU. )
éprouve un vif regret ; sa Procrîs est si jolie,
si intéressante ^ que je souffire avec peine à ses
côtés un amant qui n'a pas une larme k lui
donner.
M. Picot n'est pas le peintre des passions fortes. La grâce est son partage. Il n'aime pas k altérer, par la violence des sensations, l'élégante régularité d'un beau visage. Son crayon n'a pas de traits terribles ; sa palette n'a point de couleurs sombres. Il ne reconnaît pas pour sa muse celle qui inspira le Dante et Michel- Ange. Son commerce n'est qu'avec l'aimable déité qui guida le pinceau d'Âlbane et du Corrége , qui dicta leurs vers k Catulle et k l'auteur des Géorgiques. Chacun a ses penchans : Corneille est énergique , Racine est tendre , Molière est comique, Lachaussée est larmoyant, Salvator-Rosa est fougueux , Le Sueur est correct, Gluck est plein de majesté, Rossini est sémillant. Tout cela est k merveille, l'important est qu'on suive son penchant naturel, et qu'on soit supérieur dans le genre qu'on a instinctivement adopte'. C'est ce qui arrive k M. Picot. Sa Psjché et son Electre lui ont fait une réputation , que la marche actuelle de l'école n'a
pas affaiblie ; sa Procris (je ne parle pas du Céphale que vous avez eu peut - être raison dç critiquer ) vient la corrobborer encore. Ce morceau est d'une bonne exécution; ce n'est pas une brosse impétueuse qui a mesure en un instant la toile ; e'est un pinceau soigneux et dëlicat Cfui a caressé les contours de ce sein , de ces cokses et de ce^te t^ete ravissante. Le dessin dç M. Picot est d'un bon goût, et scm style agréable. L'^et de son taMeau est bien entendu. Le paysage est trè$*beau sous le triple rapport de la couleur , du site et de l'étude. Je ne veux pas vous laisser partir d'ici sans que vous ayez remarqué un détail d'expression foat heureux ; c'est ce nàouvement de la lèvre supé« rieure de Procris , qui, à mon sens, prononce ^ justement autant qu'il te faut, l'accent de la douleur physique qu'éprouv« en mourant l'épouse de Céphale.
LB FBILOSOVBB.
En effet , cela est bien trouvé et bien réussi. Félicitez M. Picot sur toutes les belles partie» de son ouvrage ; engagez-le a tenter un nouvel effort en fiiveur du dramatique de sa composition. Je m'imagine que s'il parvenait à rendre la tête de Céphale comme je la sens, comm«
illa sent hivméjxie^ cpmme il l'aurait indicpiëe peutrètreff 9iil eut été moins pressé par le temps ; s'il voulait enlever ces reflets rosés dont les tibia 4u fils d'ËQle sont silhouettés ; s'il cherchait à pousser les chairs de ce chasseur au ton qu'elles doivent tenir de l'ardeur du soleil et dé l'impression continuelle des vents chauds ; jje m'imagine, dis-je^que son tableau serait un morceau très-recommandable. J'insiste beaucoup pour ces modifications que je crois possibles. Si je me montre exigeant envers M.Picot, c'estt que M, Picot m'a rendu difficile ; c*est que je prends intérêt à la gloire de cet artiste qui sait parler à l'esprit , et qui tient , parmi ttos peintres, unrang trop éminent, pour que dans une de ses productions, on ne veuille pas que tout soit excellent.
Je lui sais gré de sa constancç k peindre du nu ^ au moment où tout le monde semble reculer devant cette difficulté. J'aurais voulu
» \ -n» -Kjr w li* délivrance de
voi|s naontrer un saint Fierre que M. Picot a saim Pierre. exécuté sur l'ébauche de son ami , feu Léon "** *^^*- Pallière ;. mais il çst au magasin du Mu^ée. Il a d'abord figuré, dans la grande galerie ^ a côté Ju Louis XIF^àe M. Gérard, et l'on y a remar-
que un ange ^ un soldat endormi et la tête du saint Pierre ^ qui sont empreints des bonnes qualite's du talent de leur auteur.
Avant que nous nous séparions, je veux,
pour vous divertir , ne pas Vous priver de voir
Bbbois. (jh.) quelques productions qui ont fait les délices
Un marchand de m. . m. x i
tisanne. dcs geus Ics moius disposés à rire; et, d'abord, arrêtons-nous devant ce Marchand de tisane.
LE PHILOSOPEE.
Vous croyez que cela va me faire rire? Vous, vous trompez. Je vois en pitié une telle production. Est-ce donc là le but de la peinture historique ? Qu'un peintre de genre s'empare d'une carricature de cette espèce , soit ; elle est de son domaine; mais que, dans les proportions héroïques, un élève de Gros me peigne la face commune d'un débitant d'eau acidulée ; qu'il n'oublie ni le large chapeau de paille, ni les gobelets de cuivre argenté^ ni le double réservoir ; qu'il passe son temp^ à terminer des détails propres à amuser des bonnes ou des enfans , cela me met en fureur.
Oh ! le plaisant projet d*un poè'te ignorant , Qui de tant de héros va choisir Childebrand t
Renvoyez-moi ce peintre sans goût a l'auteur