‹ L'ártiste et le philosopheChapitre 35 sur 43 · HUITIEME PROMENADE · texte numérisé non relu

HUITIEME PROMENADE

Il était dix heures , et notre philosophe n'avait point paru au lieu de notre rendezvous de tous les jours. Je n'étais pas sans inquiétude sur son compte. La veille, à l'aspect des tableaux ultrà*médiocres dont Faini P. . . • Pavait régalé , il s'était mis dans un furieux accès de colère, accès d'autant plus dangereux, qu'il avait cherché à en dissimuler la violence et à en retenir l'élan. L'honnête homme est d'une complexion sanguine ; il a de ces cols courts et replets que les commères et les fraters de village regardent comme apoplectiques ; déjà quelquefois la lancette de Richerand avait ouvert à-propos à son sang une issue qui le détournait d'un mouvement ascensionnel fort rapide qui l'aurait infailliblement envoyé philosopher xlans l'autre monde : bref, j'avais peur qu'un coup de foudre n'eût mis l'éternité entre lui et nous. J'allais monter en fiacre avec P...-

pour lui faire visite , quand sa vieille domestique m'apporta la lettre suivante.:

(( J'ai bien manqué, cette nuit, mon cher « J..., de faire mon entrée dans la chau-> « dière des philosophes. Un diable de eau- (( chemar a failli m'étouffer ; j'ai eu , pendant (( plus de trois heures, Fours de M. Bourdon « sur l'estomac. Ce n'est qu'après une lutte u longue et opiniâtre , que j'ai pu me déa barrasser de ce maudit animal qui m'écra- (( sait la' poitrine à plaisir. Quand j'ai pu re- « trouver la voix , j'ai invoqué le secours de u ma fidèle Jeannette ; elle m'a donné je « ne sais quelle boisson, qui m'a soulagé. « Cette fille aurait fait un excellent mé- (( decin.

(( Depuis ce matin , gisant dans mon lit , « sans pouvoir remuer les jambes , j'appelle (( a mon aide la faculté , à laquelle nous ne (( croyons pas , tant que nous sommes bien (( buvans, bien mangeans, bien chantans (( et bien marchans ; mais qui a toute notre <( foi , quand la peur du mal nous fait sentir K le mal de la peur. Hélas !

La cruelle qu^elle est, se bouche les oreilles , Et me laisse crier.

(( Je cr^is ^ autant que je pevx mY coniud^ u tre ^ et qae je peux le deviaer , aux -^s— « cours et aux frictions de ma zelee servante ^ <( que je suis atteint de paralysie. Ce n'est (( pas chose fort gaie que ce mal, et peut- « être lui pr^ér»ais-je la goutte <, la grâce Velle ^ ou le cstharre ^ toutes gracieusetés <( qu'en sa prévoyance^ la natore a dëpar- <i ties aux pauvres humains^ pour les punk « du goût un peu trop prononcé qu'eut , il « y a quelques qumzaines de siècfe , plus (( ou moins (en ce moment je n'ai pas les (( dates très-'présentes) ^ notre amère Ènre, (( pour les pommes <, amcuns disent les roranix geSi, il n'importe pas : tant est ^tque je ne (( peux me lever ^ et que me voilà pestant, « jurant ( car la philosopUe n^a pas encore <( pris 'le dessus ) ^ et fort dépilé de ne pour « voir vous suivre dans oette dernière pro- (( menade que nous devions faire aujour- ((, d'hui ^ pour terminer notre revue du Sa- « Ion. Allez donc sans mm à ce 'Louvre, (( que je nHraipeuttétre plus visiter y et comme <( il n'y manque ^s de saints et de ma- <( dones ^ faites une petite oraison en faveur « de votre ami. )>

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ce Prenez vos noies et adresses^les finâ; eUea « ahrégeFont un peu^ Fennui des Iftisks que « Dieu vient de me Saire. »

(( Âilieu ^ mon ami. Chargez v«ire technicien (( de rédiger vos observations. Je vais a»'oe- <c cuper à étudier la physionomie de mon place fend ; c^ést le seul ciel qn'il me soit permis (( de regarder. Ovide n'avait pas pensé aux (( paralytiques cpiand il disait :

Os komîaî subiime dédit , ccekim que tueri Ju«sit(i}.

« Je suis^ etc. »

Il ne faut pas demander si la nouvelle que nous apprenait notre malheureux ami r O^W afihgea ; cela va saiats cUre. C'est une si bcmsKe conscience d'homme que ce philosophe ! Ses boutades ^ ses exagérations sont si sincères ! U est d'ailleurs si accommodant dans toutes les choses de la yie ^ qu'il est difficile de ne pas l'aimer^ et de ne pas maudire les chagrins qui lui arrivent.

Nous fumes dosic fort tristes , P«.. et moi , pendant: un quart-d'heure ; mais enfin , pleins de l'espoir que le prétendu paralytique en se-

(i) La nature a donné à l'homme une face élevëe, et lui a ordonné de regarder le ciel.

( 390 ) rait quitte pour la peur et nous aussi -^ nous nous consolâmes petit a petit ; nous nous dirigeâmes du côte du Musée où , une fois ins — tallés ^ le savant de l'expédition me cficta les^ notes qu'on va lire :

Co&soii. Guindé , boursouflfié , sec et petit ; s'il en

cassandre. *^^^ quclquc chosc cc scra du vent. Si c'est là n«» 353. Jii Style , je n'en veux pas. J'aime autant M. Natoire ou M. Pierre. Au moins ^ ils avaient une sorte d'entrainement. Un régisseur de l'iVmbigu-Gomique blâmerait la mise en scène de cette situation théâtrale. Frenoy serait plus noble qu'Âgamemnon^ mademoiselle Lévesque plus expressive que Clytemnestre ; mademoiselle Halignier beaucoup moins maniérée que Gassandre.

LoBDoir; Mieux que M. Colson. De la prétention à la

Samt François t f \ r t

d'As«»e. force. On a reproché a M. Lordon trop de (P.) mollesse ^ il est tombé dans la dureté. La figure du Soudan pas mauvaise ; celle de l'esclave qui amène saint François , pas mal traitée, quoique lourde de style. La scène a l'air de se passer sur le pont d'un vaisseau ; c'est un jion-sens. Ce tableau manque de profondeur. i^dttcâtMwt- Le costume a menti ^ ce n'est point la le

vêtement qu'on portsût en 179a. La fuite du duc de Montpensier pouvait être un joli sujet de tableau. Je le -voudrais de la main d'Horace ou de madame Hersent. M. Lordon l'a tout-àfait manqué ; il n'y a point d'intérêt ; il est pauvrement peint , et puis un anachronisme ! M. Des touches qui devrait être bien au-dessus de misères de cette espèce , s'en est permis un moins pardonnable encore. Ne lui en déplaise ^ ce n'était point ainsi que se vétissaient les jeunes filles au temps de nos aïeules. Le costume était bien caractérisé. Vous riez , M« Destouches; vous savez cela mieux que mpi ; mais je vous comprends ; vous avez peint une scène charmante; c'est un frère et sa sœur, un amant et sa maîtresse, ce qu'on veut enfin. Yous les avez baptisés de noms historiques pour leur donner une certaine consistance dans le monde ; eh bien ! vous vous êtes trompé. Votre tableau est ravissant , en dépit de votre 'petite ruse; c'est une petite perle pour laquelle je donnerais tous vos autres tableaux de chevalets, et, à propos de cela, pourquoi avez-vous donc renoncé à l'histoire que vous traitiez avec succès ? Est-ce paresse ou spéculation 7 Ni l'une , ni l'autre sans doute.

pe du fort ae Saint- Jean, en

n*^ II 66.

DxSTOUCHXt.

Convalescence de Greuet.

n* 5oS.

Schéhérasade.

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