‹ L'ártiste et le philosopheChapitre 41 sur 43 · GUILLOIS · texte numérisé non relu

GUILLOIS

en sa force se montre , et triomphe des difficultés. Ainsi la tête est un peu lourde ; mais Tétude des jambes et des bras est pleine d'énergie. 11 faut applaudir à la longue virilité de l'artiste , et respecter les traces d'une vieillesse aussi belle.

Le Baigneur de M. Espercieux est une statue peu aimable ^ à laquelle je voudrais , ce qui serait facile à exécuter , un ensemble de ttaits plus gracieux. Je ne sais si je me trompe^ mais il me semble que ^ tout naturel qu'il soit , le raplatissement de l'abdomen est désagréable à la vue, et que là, peut-être, il était permis de mentir, pour satisfaire davantage au goût. Je m'en rapporte, au surplus, sur ce point, à M. Espercieux.

M. Foyatier a exposé un petit Amour plein de naïveté , mais dont la tête n'est pas assez jolie.

M. Jacquot est tombé dans le même défaut , et se fait remarquer par les mêmes qualités. Sa Baigneuse laisse à désirer plus de gentillesse ; le travail en est un peu négligé ; les mains et les pieds ne sont guèï*e que des ébauches.

J'aime assez cette petite figure d'un en-

- ^^^^^^^Jatj

fant étonné de voir un lézard. L'exprès- F»6"re d^enfant. sion en est agréable , la tournure naïve. Je n'ose pas dire que je crois sa tête un peu grosse.

Je me souviens d'avoir vu, au dernier Sa- tioubr. Ion , le modèle en plâtre de ce groupe allé- par lAmour. gorique , dont l'idée est ingénieuse. ' C'est "" "«^• l'histoire du monde. L'exécution en marbre fait honneur au ciseau de M. Tiolier. Ce morceau, d'un joli goût et d'un style gracieux , est d'une touche fine ; le modelé en est délicat, sans mollesse ; les artistes peuvent estimer l'ouvrage de M. Tiolier, les dames l'aiment beaucoup.

M. Laitié est connu par des succès obte- Lattié. nus depuis dix ans. U ajoute , cette année , ^o^l^' à sa réputation , par la production de ce (P) groupe de la Chantée II est fort bien entendu, La figure principale est belle de sen-* timent et d'expression. Le petit enfant qu'elle tient sur son sein est intéressant. Un enfant plus grand , auquel eHe offi:*e du pain , fait un contraste heureux avec ce tendre nouiv risson. Je pense ne pas me tromper , en trouvant un peu long le torse de ce petit garçon , d'ailleurs un peu gros. Si mon ob-

BOHAN.

Saint Victor.

Pktitot (fils).

'iuuMur blessa par on serpent.

Sêrvation n'est pas déplacée^ ce qui n'est pas impossible, car )e n'ai pas juge, le compas à la main , il me semble que M. Laitié pour^ rait facilement remédier à ce défaut , avant de mettre la main au marbre.

Arrétons^nous un numient devant ce mo* dèle d une statue de saint Victor , exécuté par M. ftoman. Cette figure est dW momrement passionné, d'un beau style, d'une touche large et franche ; la tête est d'une bonne ex{H*ession ; le fanatisme s'y cache habile* ment, sous les traits de la ccmviction. M. Ro« man est un de nos jeunes scu^teurs les plus distingués. Il mérite nos éloges et les encon-* ragemens du directeur des arts.

M. Petitot fils occupe aussi une des pre^ mières places parmi les statuaires de la jeune école. 11 a déjà produit des ouvrages estimés ^ voici une étude tpii it'e&t pas tout<-àrfait irré* prochable , mais cpai est dans un lion sentimtent* L'expression de la piiysiofioa»e est peu^cÉM faâ:»lement indiquée , la douleur s'y &ît sentir un peu froidement , en revanche die parle à l'extréoiité du pied. Cette statue^ revue avec soin par l'artiste ^ ferait un jpli pendant à r£ur^€&re de M. Na»keuîl.

Pahmsktika.

Jason.

DBSB(Surs.

La Madeleine pleurant sur le corps du Christ.

Ive Jason de M. Partncntier est théâtral ; il me rappeUe Laine dans le personnage de l'amant de Mëdëe . Du reste ^ bien de détaiJs.

Des petits ouvrages , M. Desbœufe s'est élevé aux grandes compositions. Il a assez bien réussi . Cepemknt il manque un peu de style et de noblesse. Encore quelques efforts^ et il sera tôut-à*fait à la hauteur des sujets qu'il voudra traiter. Sa petite Pam/one est agréable ; je lui voudrais un peu plus de grâce. Encourageons M. Desboeufe à persister dans la route qu'il essaie ^ et à ennoblir un peu sa manière^ Les travaux de M. Romagnesi sont dignes de leur auteur.

M. Raggi a exécuté le morceau le plus con* sidérable de l'exposition. Je ne sais pourquoi Hercule et il a adopté la dimension colossale. Si c'est pour rendre , dans Hercule ^ plus sensibles la fcMrce et le détail des formes ^ il a bien, réussi ; mais en même ten^s il a appelé la roidem* sur \e% membres dlcare , qui ^ dépourvus du jeu des musclés ^ ne présentent plus que de l»rges sur* faces arrondies ^ désagréables à l'oeil . Je crois quç ce grovpe , d'ailleurs très-remarquable ^ gagnerait à être réduit de moitié ; Hercule n'y perdrait pas beaucoup , et Icare y trouverait.

RoMAGirxsi.

Raggi.

Icare

de la grâce et de la souplesse qui lui manquent. La tête de ce jeune téméraire est beUe , celle d'Hercule est un peu froide. Il y a dans cette composition de bonnes parties d'études ; elles annoncent une main habile.

Je ne vous arrêterai pas devant une foule de bustes qui augmentent le nombre des morceaux exposés ^ sans ajouter au prix de l'exposition. Vous les examinerez à votre loisir.

Vous avez pu être étonné de ne point m'entendre prononcer les noms de MM. Dupaty^ Cartelier et Lemot. Ces pères -conscrits de la sculpture n'ont rien envoyé cette année au Louvre^ et nous devons en témoigner notre regret.

Bornons ici le cours de nos promenades. Tenons*nous à cette froide nomenclature que le temps nous a forcés d'abréger ;, et sur laquelle nous n'avons pas été toujours maîtres de jeter quelques ornemens capables d'en dissimuler la sécheresse. Nous avons fait tous nos efforts pour être justes ^ ce qui est plus difficile, qu'il ne l'est d'être piquans. Rien n'est plus aisé que de multiplier les pointes , les plaisanteries , les

quolibets , les lazzis d'ateliers ; mais porter un jugement sain , exempt de préventions et de mauvais goùt^ est une chose beaucoup moins facile qu'on ne se l'imagine . C'est vers ce but qu'ont tendu tous nos soim. Si<|uelquefois nous avons manqué d'équité , c'est assiu^ément matgré nous ; on pourra en accuser notre ignorance, mais non pas notre volonté ou nptre bienveillance.

Le Titien disait un jour à un homme qui jugeait ses productions avec rigueur : (c Je vous estime parce que vous me dites la vérité ou ce que vous croyez l'être. » Les artistes pourront nous tenir le même langage ; puissent-ils nous féliciter de n'avoir défendu que des opinions raisonnables ! Répétons , en finissant, que tout ceci n'est à proprement parler qu'une improvisation ; c'est en présence des ouvrages que nous avions à analyser que nous avons rédigé ces arrêts ; nous les adressons aux gens de l'art et aux gens du monde dans l'espoir d'être utiles aux uns et agréables aux autres.

âo»

Page 1