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fréquente.
L> ARYEN ET L’ANTHROPOSOCIOLOGIE
Ce tableau permet de constater, d’une manière manifeste, la corrélation du système dentaire, de l’appareil masticateur et de la conformation craniofaciale.
Insistons sur le fait, que chez le Chien comestible, soumis à l’engraissement par un régime de boullies féculentes, les dents sont profondément modifiées : un des crânes (collection De Pauw) n’a plus de canines à la mandibule; les prémolaires et les molaires ont diminué de nombre et ont perdu les caractères qui distinguent les Carnassiers.
Dans nos villes, on peut toujours distinguer chez l’Homme, un type fin et un type grossier; celui-ci est fréquent dans les classes inférieures, dont la nourriture moins bien préparée, plus grossière, exige des efforts plus énergiques de mastication et, par conséquent, des muscles plus développés, des crêtes d’insertion plus saillantes et plus étendues. L’usure dentaire, souvent considérable des ouvriers et des paysans, est beaucoup moins accusée et souvent nulle dans les classes sociales élevées, nourries d’aliments plus délicats, dont la mastication demande peu d’effort.
Dans révolution phylogénique, le crâne facial entre en régression et le crâne cérébral en progression. Cette corrélation se trouve vérifiée par la tératologie et la pathologie.
Quand il y a arrêt de développement du cerveau, le crâne cérébral est petit et la région faciale est relativement énorme; cette disparité est à son maximum chez les microcéphales vrais, les idiots.
Si, au contraire, il y a excès de développement intracrânien, deux cas peuvent se présenter : dans le premier, c’est la boîte crânienne atteinte de rachitisme qui n’oppose pas une résistance suffisante à l’accroissement du cerveau ; dans le second cas, l’hydrocéphalie, la pression excessive du liquide encéphalo-rachidien fait céder les sutures.
Les résultats sont identiques dans le rachitisme et l’hydrocéphalie : la boîte crânienne est agrandie et le crâne facial amoindri.
H est intéressant de suivre le système dentaire chez les Primates. Le volume augmente de la première à la troisième molaire chez les Singes. La même disposition a été constatée sur la mâchoire quaternaire de la Naulette. Dans les races inférieures, la troisième molaire est souvent plus grosse; fréquemment les trois molaires sont de volume égal.
Les types préhistoriques et les primitifs actuels ont la face prognathe, des arcades dentaires étendues et présentant assez fréquemment des anomalies dentaires par excès.
En Europe, le prognathisme a fortement diminué, les arcades dentaires se sont rétrécies, les molaires ont diminué de volume et la troisième molaire est en voie de disparition. Les anomalies dentaires par défaut sont très fréquentes;
lime partie — L’ANTHROPOLOGIE
et les déviations, exceptionnelles dans les races inférieures, sont relevées dans une forte proportion dans les diverses populations européennes.
Le type blanc, qui est le plus avancé au point de vue cérébral, est le plus orthognathe et le plus microdonte. L’éruption de la troisième molaire est beaucoup plus précoce chez les Nègres que chez les Blancs; dans nos populations, elle sort très tardivement et souvent pas du tout. Nous avons constaté avec Mantegazza (i), qu’elle disparaît d’abord sur la mandibule.
L’enquête (2) que nous avons entreprise, il y a longtemps, comprend 6,000 sujets vivants et 580 crânes. Les phases régressives de la troisième molaire consistent en plusieurs étapes que l’on peut suivre ; le volume diminue; les cuspides s’effacent et s’atrophient.
L’arcade dentaire se rétrécit et l’éruption se fait dans l’angle formé par le corps et la branche montante; ce cas est très fréquent. L’arcade devient plus petite encore, l’éruption a lieu sur la branche montante même, la surface cuspidaire de la troisième molaire se trouve en rapport avec la face postérieure de la deuxième molaire, qui doit être enlevée à cause des douleurs térébrantes intolérables que provoque sa sortie.
Enfin, l’éruption ne se fait pas, la dent reste incluse. La dernière phase est la disparition complète. Tel est le mécanisme de régression dont nous avons observé les différents stades.
La découverte du feu a amené l’homme à modifier ses aliments par la cuisson. L’acquisition d’un régime artificiel a fourni une nourriture moins grossière. L’art culinaire a été un facteur favorable de l’évolution progressive, en libérant le crâne cérébral des influences exocraniennes : travail moindre, aliments plus assimilables, plus riches sous un moindre volume, ont donné à l’organisme un rendement énergétique dont le cerveau a largement profité.
11 résulte de la série de faits que nous venons d’accumuler, que l’évolution progressive, aidée de la sélection, a été le résultat de l’action du milieu et de la réaction de l’organisme qui en est sorti. Ce n’est pas une lutte qui s’est établie, mais une entente de plus en plus intime, grâce au perfectionnement du système
(1) Mantegazza. In terzo molare nelle razze imane, in Archivio per V Antropologia, 1878. — Amadei. Anomali numeriche del sistema déniait nelV nomo, in Archivio, 1881.
(2) HouzÉ. Pourquoi et comment perdons-nous la troisième molaire ? Bulletin de la S'^ciété royale des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles, février igoS.
L’ARYEN ET L’ANTHROPOSOCIOLOGIE
nerveux; c’est lui qui, dans la suite des âges géologiques et dans la série zoologique, a servi à harmoniser les influences du milieu avec les actes des organismes.
Chez les Protistes se manifeste déjà la différenciation des points du protoplasme où se fait la réception et la riposte. La voie réflexe n’existe pas encore, ou du moins elle nous est encore inconnue ; la direction suivie par la réception vers la riposte ne peut être due qu'à un courant physico-chimique, qui va tracer la voie à la conduction nerveuse. Le système nerveux apparaît d’abord diffus, là où se manifestent davantage les rapports de l’ambiance et de l’organisme.
Une fois les rapports établis, la différenciation s’accuse de plus en plus : le système nerveux se centralise dans les segments qui vivent autonomes, mais dans l'axe de l’animal se manifeste bientôt une direction prépondérante dans la locomotion : à la région antérieure se concentrent les éléments réceptifs et moteurs qui, tout en laissant l’autonomie aux segments, vont permettre à l’organisme d’être mieux' dirigé : la céphalisation est le phénomène important sur lequel la sélection va s’exercer et se poursuivre, pour aboutir au cerveau de l’Homme.
Le système cérébro-spinal des "Vertébrés suit un développement en rapport avec les exigences du milieu et obéit à ses sollicitations. La moelle, d’abord d’un volume égal dans toute son étendue, s’élargit là où se forment des productions appendiculaires, des membres qui assurent la locomotion. Les renflements brachio-lombaires sont d’autant plus marqués que les appendices locomoteurs sont plus développés.
La différenciation des membres se fait, soit du côté du membre postérieur, soit du côté du membre antérieur. Chez Stegosaurus, les énormes pattes postérieures ont, pour les innerver, un renflement lombaire considérable que l’on a appelé fort improprement cerveau lombaire. L’adaptation du membre antérieur est en corrélation avec des centres cérébraux : Ceratosaurns, forme carnivore bipède, a le crâne plus large que l’Iguanodon.
Le perroquet (Psittacus) a le membre postérieur adapté à la station et la préhension, la patte est une main postérieure.
Chez les Mammifères, il y a une corrélation manifeste entre l’élargissement du cerveau pariétal et l’adaptation du membre antérieur au toucher et à la préhension, c’est une fonction nouvelle dont le centre est encéphalique. Le cerveau des Carnassiers est plus large que celui des Quadrupèdes vrais; celui des Primates est plus large encore. Le cerveau s’accroît plus vite en largeur
(i) Die Unterschiede dey Gyosshirnwindimgen nach Geschlechte hei Zwillingen in Bcüy'àgt zur Anihy apologie nnd U ygeschichte Bayerns, H. IL München, 1878.
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que le crâne, l’indice de largeur-longueur est plus élevé que l’indice céphalique du crâne (brachyencéphalie de Bischoff).
Chez le Bipède parfait, l’Homme, se trouve le maximum de largeur; les Anthropoïdes ont un indice encéphalique plus fort que les Singes inférieurs.
Le lobe pariétal montre son importance fonctionnelle par son développement précoce : Rüdinger (i) a fait des recherches fort intéressantes sur des cerveaux de fœtus, trente masculins et trente féminins; les lobes pariétaux sont en avance, leurs circonvolutions sont déjà très compliquées et se séparent nettement des autres lobes encore presque lisses. La précocité et la complexité sont plus accusées chez les garçons que chez les filles; la scissure de Rolando a chez les garçons une direction beaucoup plus oblique en arrière et le lobe frontal est plus large. Rüdinger a trouvé que le fœtus, aussi bien que l’adulte, a les circonvolutions et les scissures dirigées transversalement dans le cerveau brachycéphale, tandis que leur direction est plus oblique par rapport à la ligne sagittale dans le cerveau dolichocéphale.
Chez l’Homme, la forme allongée ou dolichocéphale est plus ancienne, de même que chez les animaux qui le précèdent dans l’échelle zoologique. La libération du cerveau est corrélative de l’évolution régressive des muscles temporaux. Le cerveau long et plat des primitifs s’est agrandi en largeur, puis en hauteur, du côté pariétal d’abord, du côté frontal ensuite.
Les Canidés domestiqués ont une évolution parallèle; les variétés les plus intelligentes s’éloignent le plus des ascendants sauvages par l’élargissement du cerveau pariétal et du cerveau fronfal, dont la poussée développe un véri- . table front.
Le lapin domestique est la contre-expérience : sa capacité crânienne est moindre que celle du lapin sauvage et concorde avec un allongement du crâne, caractère acquis par la domestication; celle-ci n’a favorisé que le développement de la chair et a fait entrer en régression le cerveau, comme chez tous les animaux de boucherie.
Les Hominiens présentent les deux formes, la dolichocéphalie et la brachycéphalie, avec toutes les formes intermédiaires dues à l’évolution progressive et aux croisements. Ces deux formes se rencontrent aussi bien dans les tribus sauvages que dans les populations les plus civilisées. Dans les croisements entre dolichocéphales blonds et brachycéphales bruns, c’est la forme arrondie qui se transmet rapidement. Si l’hérédité fixe davantage ce caractère, c’est parce qn’il est favorable à l ’accroissement du cerveau sur lequel la sélection se concentre depuis r apparition de la céphalisation.
Les hommes distingués, les savants, les intellectuels ont, en moyenne, le cerveau plus large, la circonférence crânienne plus accusée et le poids du cerveau plus élevé.
L’ARYEN ET V ANTHROPOSOCIOLOGIE
L’acquisition de l’attitude bipède a imposé au bassin une morphologie particulière en rapport, non seulement avec la position redressée, mais avec l’accroissement céphalique. Pour continuer à s’adapter aux diamètres maternels, la tête fœtale ne peut dépasser une certaine étendue sans rendre dystocique la parturition. L’accroissement du cerveau ne peut plus se faire en longueur; il est obligé de se développer en largeur et en hauteur. Dans cette transformation, le lobe occipital subit une incurvation postéro-inférieure et l’écaille de l’occipital devient moins saillante.
En Europe, la dolichocéphalie a diminué depuis l’époque quaternaire; d’âge en âge, l’indice céphalique a monté, grâce à l’évolution du cerveau, favorisée par le croisement avec la brachycéphalie. La largeur de celle-ci et la longueur de celle-là se sont associées et ont accru la surface et le volume du cerveau.
Ce que nous venons de dire, en nous appuyant sur l’évolution phylétique tout entière du système nerveux, ne doit pas faire croire au lecteur que nous opposons la supériorité des brachycéphales à la thèse de l’Anthroposociologie qui soutient le contraire. L’histologie du cerveau que nous avons résumée antérieurement, a montré que l’accroissement de la substance grise en surface et en profondeur, et que la complexité des fibres de la substance blanche s’opposent de la manière la plus catégorique aux essais de craniodésie intellectuelle.
La sélection naturelle élimine la forme dolichocéphale et cette élimination, transformée en fléau social par M. de Lapouge, inspire à Ammon des idées sombres.
Et c’est au moment où la civilisation n’a jamais atteint un stade aussi élevé que l’on entend de pareilles lamentations ! Certes, elle a eu des phases diverses, des périodes d’ascension, des périodes stationnaires aussi bien que des reculs, mais elle a marché constamment, et malgré le mélange qui s’est de plus en plus accusé, le progrès s’est accompli.
Aussi loin du reste que l’on puisse regarder en arrière, aucun type humain européen ne peut revendiquer une part prépondérante. La civilisation est sortie du mélange des peuples, et l’on peut répéter avec Renan (i) : « les plus nobles pays sont ceux où le sang est le plus mêlé ».
Chaldéens, Susiens, Egyptiens, Mycéniens, Grecs et Romains, étaient des peuples mélangés; leurs civilisations ont été balayées par le temps, car les peuples ne sont pas plus éternels que les individus. D’autres groupements ont repris le flambeau du progrès. C’est toujours sur le terrain cérébral que se meut d’un pas inégal, mais certain, l’évolution de l’humanité.
(i) Qu’est-ce qu’une nation? Paris, Callman-Lév}'-, 1882.