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CHAPITRE QUATRIÈME

Aryens primitifs. — Nous ne possédons jusqu'ici rien qui se rapporte à VHomo Eiiropxus de Tépoque la plus ancienne. A répoque où cette race occupait la re^gion de Latham, elle ne pouvait s'étendre vers la Norvège, dont elle était séparée par un profond bras de mer. Il fallut que la navigation fît des progrès pour permettre de pénétrer de ce côté en Scandinavie. Vers le S. 0., les Iles-Britanniques, et vers le S. E. les Pays-Bas et l'Allemagne occidentale étaient en conlinuité avec la terre de Latham, dont ils avaient presque le climat ; aussi trouvons-nous en Ecosse, en Angleterre et en Scandinavie des traces du travail des Aryens primitiTs, et même des squelettes. Les débris humains que l'on possède jusqu'ici ne remontent malheureusement guère au delà du néolithique moyen, sauf les crânes trouvés en Scandinavie dans le kiôkkenmôdding de Staongenaes (Nilsson, Les habitants primitifs de la Scandinavie, tr. fr., Paris, 1868, 153- lo9 et pi. XV).

Les crânes de Slaengenaess paraissent bien contemporains du dépôt dans lequel ils ont été trouvés, et ce dernier appartient à l'époque antérieure au relèvement qui a formé le lac Ancylus. On peut donc les dater à peu près du cinquième glaciaire, et par suite d'un temps où les ancêtres de //. EuropâBus, en voie de s'installer, avaient été refoulés par un affaissement (lu sol dont la région de Latham avait nécessairement dû souffrir davantage. Une pièce remarquable est intermédiaire entre H. Europœus et P. Neanderthale^isis, aussi Ta-t-on invoquée comme preuve d'une filiation directe. Je pense que le développemeni marqué de la région sourcilière est un cas individuel, ou tout au plus la preuve d'un croisement avec des descendants de P, Neanderthalensis, Mesures : long. max. 200, largeur 147, circonférence 550, indice 73. S. Autre moins accusé : 196, 147, 556, 75.0. Ce dernier se rapproche davantage de //. Europœus par la région frontale.

Les cavernes d'Ecosse et d'Angleterre ont fourni des sujets assez nombreux du commencement et du milieu de l'époque néolithique, dont les uns sont indécis comme type entre B, meridionalis et H, Europœus^ les autres bien plus rapprochés de ce dernier. Parmi ces crânes moins allongés, plus renflés en dessus et en côté, ceux de la caverne de Perth-y-C iwareu dans le pays de Galles ont un indice de 76.5 et ressemblent d'une manière singulière aux formes actuelles de B. Europœus. D'une manière générale, cette ressemblance est plus marquée chez les crânes des cavernes que chez ceux des dolmens à iong-barrowSy de date un peu plus récente et plus rapprochée de la fin du néolithique.

Il semble que dans les Iles-Britanniques la race des longbarroivs, plus dolichocéphale, à lignes crâniennes plus droites, soit arrivée seulement pendant le néolithique moyen, venant de l'Espagne et de la France méridionale. Il est possible aussi

que cette race, dont les affinités sont grandes avec B, meridionaliSy se soit formée sans immigration et sans croisement, par une évolution d'une partie de //. Européens vers des formes plus fines, analogues à celles du meridionalis. 11 est possible enfin qu'elle ait à la fois ces deux origines.

Les long-barroios nous fournissent d'ailleurs aussi, dans le nord surtout, de bons échantillons de iî. Européens, très semblables aux diverses variantes actuelles de ce type. Les deux crânes, figurés jadis par Wilson dans les Prehistoric annals of Scotlandy comme les représentants typiques de la plus ancienne population des dolmens d'Ecosse, se rattachent à la race dolicho-blonde et se séparent nettement de la race méditerranéenne. De même le crâne du cairn de Get à Caithness, dont l'indice est 76.5, et 7 autres crânes de la même localité qui ont donné à Huxley une moyenne de 75.14. Il faut d'ailleurs d'après Thurnam distinguer entre les chambered long^ barroios et les simple long-barrows. Les premiers lui auraient donné pour 40 crânes une moyenne de 75.5, et les autres des crânes très dolichocéphales qui se rattachent plutdt aux variantes à faible largeur du meridionalis, Thurnam prenant la longueur maxima de Tophryon, et non de la glabelle comme on le fait depuis Broca, ses longueurs sont trop courtes, et il faudrait abaisser la moyenne â 74 et une fraction.

Les magnifiques planches en grandeur exacte du Crania Britannica de Thurnam et Davis permettent de distinguer les dolichocéphales tendant vers B. Europaeus de ceux qui tendent vers B, meridionalis. Les deux crânes de Phœnix-Park à Dublin, le crâne de Xewbîggîng, Orkney, celui de Wetton, ceux de Littleton-Drew, de Morgans-Hill, de Bincombe^ pourraient aussi bien sortir d'une tombe gauloise de la Marne ou de Reibengràbcr de l'époque franque. Parmi les autres dolichocéphales quelques-uns, très allongés, latéralement compri-

mes, me rappellent davantage les crânes méditerranéens anciens qui sont passes entre mes mains par centaines, mais ils en diffèrent cependant par la région occipitale et un certain nombre de détails. Ce sont plutôt des intermédiaires.

La taille conduit à des conclusions analogues. La longueur du fémur de 13 sujets des longbarrows^ relevée dans les tableaux du Crania Britannica, me donne comme moyenne 18 pouces anglais, soit 0"*456. En appliquant la formule de Manouvrier, je trouve une taille probable masculine de 1.66, Les 3 fémurs féminins me donnent 15 pouces 5, 0"*419, et une taille probable de 1.S5, ce qui confirme le résultat précédent, l'intervalle des tailles masculine et féminine étant regardé comme d'environ 0.11. Ces tailles sont exactement intermédiaires entre celles AqH. Etiropœus et H. meridionalis, et si l'on songe que la première n'était pas à l'époque préhistorique ce qu'elle est aujourd'hui, on sera tenté d'exclure l'analogie avec H. meridionalis. De fait la taille des sujets des long- bar roics, si les mesures de Thurnam ont été prises comme nous les prenons, est exactement celle des Gaulois de l'invasion marnienne et des Francs des Reihengràber.

Tout à la fin de l'époque de la pierre polie, nous voyons s'introduire en Angleterre une population différente. Aux longbarroios succèdent les round-barrows, dans lesquels apparaît bientôt le bronze. Les crânes de la race nouvelle sont très différents de ceux de la population ancienne, qui semble avoir en grande partie quitté le pays, et se trouve en minorité dans les tombes du nouveau type. La race nouvelle, légèrement brachycéphale, est de haute taille, égale à celle des Anglais actuels, c'est-à-dire de 1.70 environ. Elle a la face haute et large, des orbites en relief, et le front plutôt fuyant. Les exemplaires qui subsistent en Angleterre sont aujourd'hui plutôt roux avec des yeux verts. On en a conclu, ainsi que de

chevelures trouvées dans les sépultures de sujets do cette race, qu'elle était rousse. Au reste, rien d'analogue à noire brachycépbale actuel. H, Alpinus, dont la taille est au dessous de la moyenne, la face plutôt petite et courte, l'indice céphalique de trois ou quatre unités plus élevé, la coloration foncée.

Cette race a été trouvée dans les dolmens danois, notamment à Borreby, d'où son nom de race de Borreby. Elle parait avoir les plus grandes analogies avec le grand métis blond à^Europœus et de Dinaricus aujourd'hui commun au nord des Alpes, en Allemagne, et dans l'est de la France, race de bauto taille et à face grande, massive, faiblement brachycéphale et d'aspect farouche, bien connue par les portraits d'un de ses représentants typiques, le prince de Bismarck.

L'Introduction de cette race nouvelle en Angleterre parait avoir coïncida avec un grand mouvement de population. Les dolichocéphales de Grande-Bretagne avaient depuis longtemps commencé une migration vers le sud, occupant la Bretagne continentale et ses environs, le Poitou et le Limousin, la Guyenne et le Languedoc, et atteignant enfin la Méditerranée depuis Narbonne jusqu'au Rhône. J'attribue à cette migration les innombrables dolmens de France, qui correspondent comme date à la seconde moitié de l'époque néolithique, et au commencement de l'époque des métaux. Dans ces sépultures nous trouvons les types du Cranta Britannica mélangés avec les descendants de l'ancienne population plus dolichocéphale, issue de la fusion des méditerranéens avec la race de Cro- Magnon.

On comprend que dans ces conditions la race de Borreby ait trouvé plus de facilités à s'installer dans des régions à demividées par l'émigration, et de fait les dolichocéphales n'ont jamais repris le dessus, jusqu'à l'arrivée des Gaulois dans les

iles *. La race de Borreby peut, de son côté, avoir été chassée du continent par le contre coup d'un recul des Aryens, menacés dans leur domaine par l'invasion de la mer à l'époque de la formation de la Baltique à littorines. Cette transgression de la mer correspond, en effet, aux derniers temps de la pierre polie Scandinave et au commencement de l'époque des métaux, et débute vers Tan 4000 avant notre ère.

Les données fournies par les gt^ologues suédois permettent de donner une durée de quatre mille ans à la période de soulè-

1. Beddoc. dans son mémoire Sw l'histoire de Vindice céphalique dans les Iles-Britanniques (Anthropologie, 189i, V, 513-529, 658-673), donne les moyennes suivantes : 87 néolithiques des grottes et long-barrows^ indice 7*2; 19 néolithiques des round-barrows, 77.5; 103 crânes des roundbarrows de l'époque du bronze, 80; 109 romano-bretons 75.4.

La sériation quinaire de ces quatre groupes donne :

Néolithiques, long-barrows 2 24 50 H » w n

— round-bar rows » 2 2 9 3 3 »

Bronze » » 14 33 44 11 1

Homano-bretons » 6 43 52 7 1 »

Ce tableau montre d*une manière frappante la submersion graduelle des anciens dolichocéphales par les brachycéphales et leurs métis, et celle de la population mélangée par l'immigration des Gaulois dolicho-blonds.

Remarquez d'ailleurs l'indice moyen très modéré de 80. C'est juste la limite entre les cr&nes courts et longs. Les indices au dessus de 80 sont seuls significatifs et font seulement la moitié de la série de bronze. Il n'y a là rien qui ressemble aux sériations de populations vraiment brachycéphales, comme celles que j'ai fournies, par exemple, pour l'Aveyron (Mat. pour VAnthropol. de VAveyronj p. 65-72). Pour bien mettre on évidence la différence des séries de brachycéphales préhistoriques et de celles de vrais brachycéphales, différences que les écrivains non spécialistes ne manquent jamais d'oublier, je mets en parallèle avec les sériations précédentes celle de l'ossuaire moderne de Sainte-Radégonde^ Aveyron.

60-64 65-69 70-74 75-79 80-84 85-89 90-94 Sainte-Radégonde 3 18 9 'i

vementqui a précédé, et de trois mille à la période d'immersion précédente, dont le maximum coïncide avec le temps des kiôkkenmôddings. Dès ce temps, la population de la région de Latham avait dû opérer un premier reflux vers le continent. Elle devait d'ailleurs avoir déjà reçu une impression profonde, car il faut accorder une durée minima d'environ 5000 ans à la période d'émcrsion antérieure, depuis le moment où le climat était devenu supportable.

Ce premier reflux avait déjà dispersé dans toute TEurope centrale de premiers essaims de H. EuropcVus.Le croisement avec les races indiquées dans un autre chapitre s'était produit à partir de cette époque, et il semble que la poussée, dans diverses directions, de populations moins dolichocéphales sorties de l'Europe centrale vers les derniers temps de la pierre polie ou les débuts de l'époque du bronze, ait été provoquée par l'arrivée de la seconde invasion. C'est à partir de celte dernière que je marquerais le commencement de la eivilisatiou aryenne de l'Europe centrale.

J'ai déjà dans le premier chapitre fait toucher du doigt que celte civilisation ne pouvait avoir précédé de beaucoup les civilisations classiques, dont elle est séparée par une étape seulement, et que d'autre part elle no s'était pas produite chez nn peuple homogène, mais dans uu milieu ethnique déjà très complexe. 11 importe de ne pas oublier cette distinction entre l'Aryen anthropologique et l'Aryen ethnographique. Nous sommes précisément en ce point du sujet où cette confusion doit être écartée avec le plus de vigilance.

On tend à regarder aujourd'hui les langues aryennes comme sorties d'un rameau des langues iinno-ougriennes. Les affinités sont très grandes, et ne peuvent s'expliquer que par une aryanisalion de ces dernières, ou par une filialion directe. 11 est probable que les langues finno-ougriennes que nous conl'aryen. 13

naissons ont dû subir à plusieurs reprises des aryanisations parlielleSy mais Tensemble des affinités parait remonter à une époque plus ancienne. Il semblerait que sur une très vaste étendue l'on ait parlé des langues finno-ougriènnes, et que révolution produire sur une partie de cette aire ait abouti à la formation des langues aryennes. La transformation se serait produite sous rinHuence du second ban venu de la région de Lalham.

Celle hypothèse de Torigine finno-ougrienne de la culture aryenne ne doit pas être confondue avec celle de Pruner-Bey, ou de Taylor, qui regardaient les Aryens comme des brachycéphalcs, issus de brachycéphales iinno-ougriens. La question ethnographique, je le répète, est entièrement indépendante de la question anthropologique. Certainement cette population finno-ougricnne de langue, que je suppose occuper une grande partie de l'Europe à la fin de Tépoque néolithique, n'avait ri ni de comman avec les brachyc 'phales mongoloïdes dont on a beaucoiip parlé autrefois, ni même avec les populations Cuno-ougrienncs do nos jours.

L'archéologie préhistorique établit d'une façon certaine que la Russie tout entière, y compris le Caucase et la Sibérie occidentale, ne possédait aucune population, ougrienne ou autre, avant le mih'eu de l'époque néolithique. Alors que l'Europe occidentale étail déjà parvenue à l'époque deshachesen pierre polie, des fines flèches à retouche et des palaffites, toute l'Europe de l'Est di mcurait vierge de populations humaines. Tout au plus [)eul-on f lire exc3ption pour quelques stations le long de 11 Balii(|ue ou dms la péninsule d^s Balkans. Cette considération est dune importance considérable, car elle coupe court à toutes les hypothèses d'immigrations asiatiques. Ces dernières, en tant qu'elles se soient produite?, ne peuvent être ve lues que de TA^ii-Mineure.

I^es travaux des palelhoologues russes établissent que depuis le milieu de l'époque néolithique jusqu'au Moyen-Age, les populations des régions aujourd'hui plus ou moins mougolisJl'S de la Russie étaient constituées par H, Europœus. Cetla rôi;ioD n'est pas son berceau, mais c'est là qu'il s'est longlein|is conservé le plus pur, n'ayant guère trouvé de races aoi<rioares avec lesquelles il put se mêler. Les peuples (junooa- ^Tirwis d'aujourd'hui n'ont pris leurs types actuels que depuk ie Moyen Age, et pour plusieurs d'entre eux, dont on connaît :)ieii l'hisLoire, on peut suivre dans les sépultures médiévalei 'i récent'îs le progrès de l'altération du type anthropologique Il ye:i. Les formes actuelles qualifiées d'ougrienues par cer- Uuns anthropologisles sont le produit de métissages muliiphs 'l r.îceuts. et si derrière la civilisation et les langues des populations ougriennes nous cherchious à trouver un type anihropologique, nous rencontrerions encore H. Europœus. Ce |)hénomcne explique les analogies de certains crânes préhistoriques de l'Europe centrale et occidentale avec ceux de P'Miples ougriens actuels. Il n'y a pas descendance^ mais des ( Tjisements analogues, en des lieux et des temps différents» ont nécessairement donné des résultats à peu près semblables.

Nous arrivons donc à la conception suivante, synthèse d'ua noiubre inflni de faits de nature diverse. Vers le milieu de l:i pierre polie, l'Europe centrale était occupée par une population mêlée, dont l'élément dominant était H. Europœus, et Il I mgue finno-ougrienne d'origine, mais évoluant dtjà vers N's formes aryennes. Une poussée causée par l'arrivée de masses considérables de //. Europœus, remontant les grands neuves à mesure que la mer envahissait leurs demeures, a di'lerrainé des migrations de celte population dans toutes les dircclions, et spécialement vers Test, où l'absence d'habitants reaJ.ûl la colonisation facile. L'évolution linguistique et elhno-

graphique proprement aryenne s'est produite dans l'Europe centrale, à la suite de cette nouvelle arrivée d'éléments JFi/ro-

pâBUS,

Je vais étudier en détail la migration venue des Iles-Britanniques en France, et qui a eu de grandes destinées, et après en avoir fini avec ce rameau important mais éteint aujourd'hui, je reviendrai aux Aryens proprement dits pour les suivre jusqu'à nos jours. Cet ordre chronologique m'éloigne pour un temps de la masse des Aryens, mais il m'est imposé par les faits eux-mêmes, car le rameau dont je vais parler a été le prédécesseur en plusieurs pays des Aryens de race et de langue.

Le peuple des dolmens. — Si l'on consulte une carte de la répartition des dolmens, notamment celle de VArchéologie celtique et gauloise de Bertrand, on remarque que ces monuments, très nombreux dans les Iles-Britanniques, se retrouvent en France depuis la Bretagne jusque dans les départements de l'Aude, de l'Hérault et du Gard, mais que leur aire constitue une large zone limitée au sud par la Garonne et au N. par l'Artois et la Picardie. A l'est d'une ligne allant de Reims à l'embouchure du Rhône, les dolmens sont très rares. L'étude archéologique des mobiliers funéraires montre aussi que les dolmens les plus anciens sont situés au nord de l'aire, et que ceux de la France méridionale sont presque tous des conGns de l'époque du bronze, beaucoup de cette époque même.

Ces monuments sont donc les sépultures d'un peuple néolithique descendu par un lent progrès des Iles-Britanniques vers la Méditerranée, et qui a fortement occupé l'ouest de la France, de l'embouchure de la Seine à celle de la Gironde, sans parvenir à s'établir d'une manière stable dans les bassins

supérieurs de la Seine et de la Loire. Les dolmens isolés du S. 0., de l'Est, du N. E. et du S. E. semblent marquer seulement des étapes d'incursions ou des établissements isolés et passagers.

La disposition des dolmens dans riolérieur nous montre que le peuple dont ils conservent les restes était surtout navigateur, fréquentant plus volontiers les bords des grandes rivières et remontant les vallées d'accès facile.

Des dolmens exactement semblables, échelonnés dans TE»pagne occidentale et le Portugal, montrent que ce peuple néolithique se hasardait volontiers en haute mer, et qu'il avait colonisé les côtes, d'une manière d'ailleurs discontinue, jusqu'au détroit de Gibraltar. La l^série de ses établissements parait même se continuer sur la côte du Maroc.

Dans une autre direction^ nous trouvons un courant d'émigration parti des côtes du Languedoc et des embouchures du Rhône, qui a laissé des traces dans les iles de la Méditerranée, sur quelques points des côtes de l'Italie, et dans toute la région comprise entre Alger et l'Egypte.

L'usage des dolmens parait s'être continué plus longtemps dans celte dernière région, et les sépultures de ce type arrivent jus ju'à l'époque historique.

Je ne parlerai point pour le moment des dolmens de l'Europe du Nord, et de ceux de l'Asie. Je mentionnerai seulement que ceux de Palestine peuvent se rattacher au courant de migration venu du Languedoc dans les iles de la Méditerranée centrale et orientale.

Tous ces dolmens, et d'autres sépultures moins somptueuses, nous fournissent des types anthropologiques analogues à ceux des long-barrows d'Angleterre, mêlés à d'autres plus franchement méditerranéens ou dolicho-blonds, et à des éléments ethniques différents, suivant les régions. Ces derniers

F^présenlent nécessairement des races locales, anlérieufvS ou survenues après l'arrivée du peuple des dolnriens.

Le tvf e certainement le plus abondant parmi les crânes des dolmens de France est H. mendionalis, plus ou moins mélangé de H. spelœus. Ces deux formes constituent le fonds ancien de la population néolithique. On les trouve dans les grottes anciennes (Cro-Magnon), dans les sépultures antérieures à Tinvasion que nous étudions (Nécropole du Maupas, Vienne), et dans les grottes de date relativement récente où sont déposés hs restes des populations dépossédées par les nouveaux arrivants (Beaumes-Chaudes, THomme-Mort). Les éléments venus des IleS'Britanniques donnent aux séries des dolmens un indice moyen plus élevé, 74, 75, 76. Cette différence d'indice est Ires appréciable dans la Lozère où Ton trouve pour Heaumes- Chaudes 72.6, pour l'Homme-Mort 73.2 et pour les dolmens 75.8. Mais je préfère ne pas m'appuyer sur les dolmens de la Lozère. Sur 25 crânes de cette provenance six ont plus de 80, ei nous trouvons même un cas de très forte brachycéphalie à 89.8. Cela semble indiquer pour les dolmens de la Lozère une date postérieure, non seulement à l'invasion venue du N. 0., mais encore à l'invasion venue du N. E. qui jeta sur notre pays un second flot d'immigrants, H. Europœm typique, H. contractus, et divers brachycéphales. Les séries des grottes de la Lozère ne paraissent pas non plus bien anciennes:, et sont, malgré le type de la population, contemporaines do celles des dolmens, fin extrême de la pierre polie, époque du cuivre ou commencement du bronze. Hommes des grottes et hommes des dolmens semblent avoir été les héros de la dernière lutte des indigènes et des envahisseurs, dans la dernière région atteinte par l'invasion.

Le cimetière du Maupas, avec ses nombreux tranchets de silex, parait au contraire sensiblement antérieur à la première

invasion. Il est, en raison de la série assez nombreuse, le meilleur terme de comparaison de la population ancienne avec celle des dolmens. Il est regrettable que je n'aie pas été d'âge à le fouiller quand il fut pour la première fois découvert et saccagé en 1863. Mon père m'avait mené voir les cairns que l'on venait d'ouvrir, et ce fut mon premier contact avec le monde préhistorique. La nécropole était alors fort importante, et les fouilles de Tartarin n'ont porté que sur un très faible reste. Le type du Maupas, dont j'ai pu voir les 18 exemplaires conservés, est nettement mendionalis. Crâne très dolichocéphale 72.6, à vertex horizontal, côtés parallèles et chignon saillant. Face étroite et haute, nez leptorhinien, taille petite. La taille calculée d'après les fémurs masculins, dont la longueur maxima est en moyenne 0.423, serait de 1.61, mais ce chiffre obtenu en appliquant les formules de Mauouvrier aux longueurs maxima, les seules que je possède, est trop fort d'à peu près un centimètre. La race est de faciès très homogène. L'indice le plus élevé est de 75.2, le plus faible 69.0, l'individu le plus grand avait 1.65, le plus petit 1.57; ces chiffres confirment l'impression visuelle d'uniformité.

Ce type est à peu près seul représenté dans les cavernes sépulcrales et les sépultures en cistes de l'Ouest et du Centre. C'est seulement dans les Charcutes qu'il commence à se croiser avec celui de Cro-Magnon.

Il n'existe à ma connaissance aucune série de crânes des dolmens de l'Ouest qui puisse être comparée à celle des cistes du Maupas. Ou a fouillé une prodigieuse quantité de dolmens en Tourainc, en Poitou, en Berri, en Limousin, dans TAngoumois et la Guyenne, mais on n'a gardé que rarement des crânes, et d'ordinaire un ou deux seulement. J'ai pu cependant en étudier de cette provenance une quarantaine, parmi lesquels il se Irouve cinq ou six sujets à profils crâniens

convexes, qui sont d'aulhenliques Europœus. Il n'y a parmi ces crânes qu'un seul indice supérieur à 80. Je compte, quand mes matériaux seront plus nombreux, publier une monographie qui mettra en relief la différence de la population des dolmens de l'Ouest et de ceux de la région parisienne, postérieurs en général à la seconde invasion, et contenant de nombreux crânes courts, associés à des Europaeus très caractérisés et à une minorité de représentants de la race indigène. Les dolmens bretons ont fourni une cinquantaine de crânes tous dolichoïdes.

En Bretagne, partout où il y a tendance à labracbycéphalie, on se trouve en présence d'inhumations secondaires, avec objets de bronze ou de fer. Je ne parlerai pas des dolmens languedociens. Leur cas est celui de ceux de la Lozère, et très peu d'entre eux sont de la pure époque néolithique. Dans l'Hérault, les dolmens sont devenus rares, mais les cimetières plus modestes en simples cistes couvrent littéralement toutes les hauteurs.

J'ai dit que le peuple des dolmens avait débarqué sur les côtes atlantiques de l'Espagne et du Portugal. A côté d'éléments locaux, les pièces provenant de ces dolmens nous en montrent d'autres à indice moyen de 74 ou 75, analogues au type de Gro-Magnon, mais avec une face plus haute. Jo ne connais ces crânes que par quelques figures et des mensurations, mais ils me semblent par le front et la région sous-iniaque différer autant de H, spelœiis que par la face. Us me paraissent identiques aux Ecossais néolithiques de Wilson et aux types Europaeus des dolmens français de l'Ouest. Une révision sérieuse des crânes néolithiques de l'Espagne établirait peut-être que Tinfiltralion ne s'est pas bornée à la côte atlantique. Certains crânes des séries publiées par les frères Siret dans leur magnifique monographie sont certainement plus

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voisins de Europœus que de spelœusy avec lesquels toute leur ressemblance réside dans la courbure appréciable du vertex et des régions temporales. Les crânes néolithiques des séries Siret me paraissent provenir d'infiltrations de l'invasion britannique, en particulier le crâne de Puerto -Blanco de la planche 70. Quant aux crânes de l'Argar, ils sont certainement contemporains des grandes invasions postérieures, et on ne peut avec certitude rattacher à l'invasion britannique les exemplaires du premier type qui ne sont point des spelmus (2, 63, 65, etc.).

IiBB Libyens. — Je rattache aux descendants de la migration britannique les populations blondes connues par les Grecs sous le nom de Libyens, et par les Egyptiens sous ceux de Lebou et de Taraahous. Ces peuples étaient en effet déjà installés aux confins de l'Egypte dès le quarantième, et peut-être le cinquantième siècle avant notre ère. Ce sont eux qui ont construit les dolmens, les cromlechs et les cistes de la Barbarie et du Sahara, dont certains sont contemporains des dolmens de France, les autres plus récents, et même postérieurs à l'ère chrétienne.

Ces peuples blonds nous étaient depuis longtemps connus par les peintures égyptiennes et le récit de leurs tentatives d'invasion. J'aurai à parler plus loin des peuples de la mer et de leurs alliés du nord de TAfrique, mais les premiers appartiennent certainement au groupe aryen proprement dit, et représentent un ban de migrations plus récent que l'époque dont je m'occupe. Les peuples de la mer jouent un rôle considérable dans l'histoire aux alenlours du xv« siècle, et on savait que leurs alliés Libyens etTamahous étaient alors établis déjà sur les frontières occidentales de l'Egypte. Ces derniers, de langue berbère comme tous les peuples formés

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d'élémenls spelœus et mediterraneus qui occupaient le N. de rAfii.jue et le S. 0. de l'Europe, appartenaient certainement au premier ban, celui dont je suis en ce moment les traces. On ne savait toutefois exactement à quelle époque remontait leur installation en Afrique.

Les découvertes de Flinders Pétrie et de Morgan ont jeté un jour nouveau sur la question, et si les hypothèses de M. de Morgan se vériBenl, il faudra faire remonter au delà du cinquantième siècle la date la plus récente qui puisse être proposée pour la première arrivée de peuples blonds en Afrique. Cette conséquence nécessaire des faits que l'on croit avoir observés nous permettrait de préciser indirectement la date de la première migration, et nous forcerait à la reculer au delà de ce qu'il semblerait jusqu'aujourd'hui légitime de le faire, vers le sixième millène.

M. Flinders Pétrie a découvert en Egypte une série de stations et de nécropoles qu'il a attribuées aux Libyens et supposées contemporaines de la civilisation égyptienne. M. de Morgan a démontré que ces stations et ces nécropoles étaient en partie antérieures à la fondation de la monarchie pharaonique, en partie contemporaines des premiers Pharaons. La découverte des tombeaux de Menés et des premiers souverains do l'Egypte, et l'étude des objets qu'ils renfermaient, ont réglé la question. S'il est encore permis de douter que les fondateurs da la monarchie aient été des étrangers élevés à l'école des Chaldéens, il est bien certain que cette fondation coïncide à peu près avec l'apparition du cuivre et du bronze, et que la civilisation antérieure est néolithique et indigène «.

i. L'Egypte nous fournit en grand nombre des stations et des ateliers paléolithiques et nrolilhiques. Les stations anciennes ne se trouvent guère que dans la Uaule-Egypte ou sur les plateaux qui bordent le cours InTéricur

Je me bornerai à renvoyer aux ouvra^jcs.des deux archrologues auxquels revient Thonneur rie la découverte du préhislorique égyptien, noais Fpécialement au second volume de M de Morgan, Le tombeau royal de Negadah,

Cette civilisation de la pierre polie, im p< u plus avancée que celle de TEurope, n'en diffère cependant par aucun point, essentiel. Elle est à son apogée vers le cinquantième siècle

du NiL Les stations néolithiques se rencontrent jusqu'à la pointe du Delta, autour du Caire, dans la yallée. Les unes et les autres sont dans des localités si bien choisies qu'elles ont été habitées d*une manière constante depuis cette époque. La quantité d*objels en pierre dont le sol est semé a fait croire qu'ils dataient de l'époque historique, parce qu'on les trouve en abondance dans les ruines. En réalité, dans les monuments funéraires intacts, on ne trouve d'instruments en silex intentionnellement déposés que pendant l'époque de l' Ancien-Empire, et dès la IV' dynastie les formes autres que les couteaux sont déjà rares.

Les stations égyptiennes sont difAciles à classer. Elles sont toutes à la surface du sol, et renferment des restes des dates les plus diverses. Il semble cependant qu'en Egypte, comme dans tout le nord do l'Afrique, les formes anciennes soient restées en usage à côté des plus récentes, jusqu'en pleine époque néolithique. On assiste à la transformation do la hache chelléenne en celle de Saint-Acheul, et de cette dernière en hache polie, par une série de formes intermédiaires qui manquent totalement en Europe. Chez nous la hache cesse avec P. Xeanderthalensis et ne reparait, sous la forme polie, qu'avec H. meridionalis. Ce dernier paraît avoir introduit la hache polie d'Afrique en Europe, à moins qu'on ne la fasse descendre des tranchets allongés des kiôkkenmOddings du néolithique ancien de Scandinavie. Les stations de l'Egypte et du N. de l'Afrique montrent à peu près toutes les formes d'armes et d'instruments connus en Europe, et dont on peut voir l'infinie variété dans le Musée pré/iîs/ori^Mcde Mortillet, et l'atlas magnifique des frères Siret. L'Egypte possède en plus une forme particulière de hache plate, courte, arrondie comme le fer d'une francisque, qui n'existe pas en Europe el caractérise la fin du néolithique africain. De cette forme est dérivée \x hache en bronze écryplienne, si dilTércnle dé toutes les formes européennes, réciproquement inconnues en Ejrypte.

Les Egyptiens n'ont jamais voulu acceplor l'upapo du for jusqu'à l'époque classique. Pour des raisons prolmbioiiicnt roligicu.sos, ils se sont

avant notre ère, si Ton adopte cette date comme celle de la royauté de Menés. Il e-^t difficile d'admettre une date moins recuire, car les arguments invoqués pour rajeunir TAncien Empire égyptien ont été renversés par des découvertes récentes. Les diverses dynasties que Ton supposait avoir régné simultanément avec d'autres sur des points différents du territoire^ pendant des périodes de morcellement de TEmpire

tenus pendant deux ou trois mill6ncs, et peut-être dayantagc, en état d'infériorité par rapport aux Chaldéens. Ils n*en connaissaient pas moins ce métal dés une époque ancienne. Quant au cuivre et au bronze, on les trouve dès les premières dynasties, représentés par des menus objets qui prouvent la connaissance et en même temps la rareté de ces métaux. Le tombeau de Négadah, où reposait Menés, le fondateur du royaume, n'a fourni qu'une perle, un bouton et quelques bouts de fil de cuivre, avec une abondance relative plus grande de Tor. Celui de Den ([il« dynastie) est un peu plus ricbc, et dans d'autres tombes royales de la troisième dynastie on a trouvé même des haches et des vases de bronze. Le cuivre domine beaucoup sous les premières dynasties. On a trouvé dans les mines de cuivre du Sinaï des inscriptions au nom des rois Sozir et Snofrou, de la III** dynastie, soit environ 4000 av. J.-G. Sous la Vi» dynastie, le sceptre en cuivre de Pepi I montre que ce métal était encore rare et précieux vers 3500. Il cesse de Têtre sous les dynasties suivantes, et l'étain devenant abondant à son tour, Tusage du cuivre pur devient rare. y. Flinders Pétrie, Nagada and Ballas, London, 4897; Morgan, Recherches sur lea origines de l* ancienne Egypte^ Paris, Leroux, '2 vol. parus 1896-98; de Bissing, Les origines de V Egypte, Anthr., 4898, IX, Î41-238; Berthelot, Sur Us mines de cuivre du Sinaï, G. R. Ac. des Se, 1896, II, 365-367.

On ne connait pas de néolithique dans les vallées du Tigre et de l'Euphratc. Dès Tépoque des plus anciens objets connus, vers 4500, le cuivre est un métal usuel, bien que précieux encore. L'analyse, faite par M. Berthelot, d'une statuette du temps de Ournina (vers 4500), a montré qu'elle était de cuivre pur. De même la lance votive de Tello, de la même époque. De même une statuette au nom de Goudca et divers objets plus récents (Berthelot, Histoire des Sciences, 1, 364, 391-393; l*Age du cuivre en Chal'iée, G. R. de l'Ac. des Se, 897, I, 4328-331). Le bronze, d'abord rare, n'apparaît guère que vers 3500.

Le cuivre a donc été connu dès une époque très ancienne. Gela n'a rien

égyptien, finissent par nous être connues par des monuments qui ne laissent aucun doute sur le caractère des rois qui les ont composées. Ces souverains ont bien régné sur les deux Ëgyptes, ils n'ont pas été indûment intercalés dans les listes, et c'est le hasard seul qui avait empêché jusqu'ici de connaître l'histoire de leurs règnes. On en connaît même qui ne figurent sur aucune des diverses listes monumentales ni dans celles

d'étoonaot^ car il est comme For et l'argent du nombre des métaux que Ton trouve à Tétat natif. On le rencontre ainsi dans les Cévennes^ en Espagne, à Chypre, etc. On a dû s'apercevoir aussi de bonne heure que certaines pierres brillantes des mômes gisements^ soumises à l'action du feu, se réduisaient en cuivre. L'essai des minerais analogues a conduit à la découverte de l'étaiu, du plomb, de l'antimoine, métaux très anciennement connus et d'une préparation facile au feu ordinaire. Le fer a exigé, au contraire, plus d'efforts, et l'emploi de souffleries. Le bronze a pu être trouvé en fondant ensemble des minerais de cuivre et d'étain.

L'Egypte et la Ghaldée ont tiré leur étain ou leur bronze du dehors. Ces pays ne fournissent pas d'étain. Il est probable que l'étain a été découvert d'abord en Saxe ou en Limousin. Il a pu pénétrer de là en Egypte par la môme voie que l'ambre de la région de l'Elbe, qui apparaît déjà dans les tombes de la VI» dynastie.

La découverte du cuivre a pu se faire en divers lieux. On peut supposer que celle de l'étain, en raison de la rareté des gisements, a été faite en France ou en Allemagne, vers le quarante-cinquième siècle. Cela nous force à reculer les débuts de l'époque éncolithique de l'Europe jusque vers cette date, et peut-être faudra-t-il remonter encore plus haut. Les découvertes archéologiques de ces dernières années, en Egypte, dans les îles orientales de la Méditerranée, en Chaldée, l'existence bien établie d'un commerce entre ces pays et le N. 0. de l'Europe dès cette époque, une foule d'autres raisons contraignent à reculer sans cesse les dates du préhistorique européen. Les dates que j'indiquerai seront toujours minima.

Il est à remarquer que le cuivre est resté en usage jusqu'à l'époque du fer en Hongrie, en Russie, dans l'Asie centrale et en Sibérie. Le centre de production de l'étain et du bronze paraît avoir été le centre et le N. 0. de l'Europe, d'où il s'exportait jusrju'en Egypte et en Chaldée. L'hypothèse contraire de Mortillet et sa thèse de l'origine indo-chinoise de l'étain sont maintenant abandonnées, comme contraires à tous les faits observés.

•le Mauélhon, et la date réelle de Menés pourra ôlre reportée par des dJcouvertes ultérieures au delà du ciaquautièine siècle.

Celte époque paraît ôtriî aussi celle de Tapogée de Tépoque n.'olithique eu Europe, mais l'en.ploi de la pierre a été moins négligé qu'en Egypte dans les âges postérieurs, et chez nous répo(|ue du bronze lournit pendant longtemps des obj»*ts eu silex de la plus grande perfection, tandis qu'en Egypte Tartdc tailler la pierre est en d 'cadence dès le quarantième siècle. A partir de cette épo([ue, la civilisation européenne et celle de l'Egypte divergent rapidement. Dans chaque région se poursuit une évolution propre, tandis que l'époque précédente avcit été marqu 5e par une grande uniformité de civilisation sur le territoire de TEurope, de l'Afrique du Nord et de l'Asie Occidentale.

La civilisation du cin(iuanlièine siècle ne dépassait pas le niveau social et aitislique de celle des Soudanais et des Congolais de nos jours, mais elle était comme elle très semblable dans sa variété, et les communications étaient nombreuses et facilt s. Aous nous faisons en général une très fausse idée de ces temps barbares et reculés, mais où Thomme était déjà ce qu'il est aujourd'hui. De même que les caravanes mettent aujourd'hui la Méditerranée en rapport avec le Sokolo et le Baghirmi, la côte sénégalaise avec ïombouctou, Zanzibar avec le Congo, faisant traverser aux objets de trafic le continent noir tout entier, et promenant des bandes de trafiquants, de porteurs et d'esclaves d'un bout à l'aulrcj de l'Afriijue, de même les caravanes sur terre et des navires nombreux sur la Méditerranée et l'Océan mettaient en communication directe ou indirecte l'Espagne et la Susiane, l'Egypte et la Scandinavie. Beaucoup de modèles, de procédas se trouvaient ainsi transportés à d'immenses distances, les découvertes et les modes

se propageaient avec rapidité, et partout il passait, plus ou moins souvent, des hommes de partout, qui mettaient en communion iuteII''Cluelle les peuples les plus éloignés. Ainsi s'explique l'unité singulière de la civilisation néolithique.

Faut-il expliquer ainsi par des migrations individuelles la présence de blonds dans l'Egypte néolithique ? Faut-il admettre que les Libyens blonds fussent déjà arrivés dès le cinquantième siècle? C'est, je crois, la seconde hypothèse qui siraposerait si la découverte de cheveux blonds dans les nécropoles préhistoriques et dans celles de répo(iue des premiers Pharaons venait à être confirmée.

Parmi les très nombreux squelettes provenant des uécro- |)oles néolithiques, quelques-uns, par la double vertu d'un embaumement rudimentaire et de la sèche: esse du sol, conservaient des traces de chevelure. Les cheveux sont presque toujours noirs, plus ou moins ondulés, mais fins, nulle. nent crépus, et de fait on n'a pas encore trouvé un nègre auihenlique dans les sépultures préhistoriques de l'Egypte: Chez quelques sujets, par exception, les cheveux variaient du blond au châtain, et MM. de Morgan et Fouquel n'hésitent pas à voir en eux de véritables Lebous. M. Flinders Pétrie avait môme généralisé davantage, et attribué en bloc aux Lebous les nécropoles en question.

Le D' Fouquct a décrit plusieurs de ces sujets blonds. Le n^ 10 de la nécropole d'El-Amrah est un homme d'j taille moyenne, 1.G3, dont le faciès est très différent de celui des Egyptiens préhistoriques en général. Ceux-ci sont un mélange de fJ. nubut dominant, avec d'autres races moins faciles à identifier, U, arabicus probablement, et peut-être meridionalis et spelxus, El-Ainrali n° 10 est au contraire nettement Europesas et ne serait pas remarqué s*il était intercalé dans une série de Gaulois ou de Saxons La face est seulement un peu

massive, avec l'intervalle sous-nasal très graad. Dans çon ensemble le sujet rappelle beaucoup un exemplaire du dolmeo du Vîala, Aveyron, qui Sgure dans ma collection. L'indice est cependant plus faible, 69.83 au lieu de 73.73.

Un sujet de Kawamil, également blond, n'a pu être mesure, le crdue étant Tragmenté. La même nécropole a fourni des échantillons de clieveui châtains.

L'échantillon de cbeveux n° 3f de Guebel-Sitsileb est également châtain.

Divers échantillons de cheveux ont été soumis à l'examen de Virchow. Celui-ci a déclaré que leur coloration claire était due à une altération juos/ mortem. Cela ne me parait pas impossible, mais je me demande pourquoi la décoloration n'est pas générale et frappe seulement une très faible proportion des cheveux retrouvés. Je me demande aussi par quel basard singulier le n° 10 d'El-.\mrab possède tous les caraclcres^ crâne, face et taille, des plus anciens échantillons de la race blonde d'Europe. Je ferai remarquer aussi ce fait très curieux 'une des chevelures blondes retrouvées était coupée et e dans un vase. Or dans le Crania britannica, p. 170, il iiestiou d'une découverte exactement semblable faite dans st du Yorkshire fouillé par Kendall.

question soulevée par Ftinders Pétrie n'est donc pas ré- . Il faut espérer qu'elle le sera bientdt, et si elle l'est par 'mative, nous aurons désormais une base précise pour luation de la date minîma de la première migration bri- Ique.

elle que soit la date première de l'arrivée des peuples Is dans la vallée du Nil, elle est certainement antérieure .W." dynastie. On trouve en elTel, dans tes peintures de époque, la représentation très certaine de gens de ce . Ce sont des gens de basse condition, bergers, laboureurs,

bateliers, faiseurs de tours, probablement esclaves, à peau claire, barbe et cheveux roux. Dès 1878, Mariette les assimilait aux Tamehous des monuments postérieurs, mais les Tamehous sont des étrangers, et ces individus roux font partie, à titre quelconque, du peuple égyptien (Morgan, Origines, I, 197, II, 221; Pétrie, i^w/ory, H; Mariette, Galerie de t Egypte ancienne, 20).

Il faut remarquer toutefois que le faciès de ces roux qui figurent sur les fresques du temps de Snéfrou (III® dynastie) et des temps postérieurs ne ressemble pas à celui des Tamehous. La face est plutôt bestiale^ Pair abruti, le crâne prodigieusement déprimé au vertex, bien plus que chez H. meridionalis, tandis que les Tamehous sont certainement un des plus beaux typea de la race blonde. D'autre part, il n'est pas possible de voir dans cette dépression le résultat de l'inexpérience de l'artiste. Le temps est celui du plus grand art égyptien, et l'expression est certainement plus naturelle dans les peintures et les sculptures des III^ à VI® dynasties que dans celles du Moyen et du Nouvel-Empire. Les gravures sur roche du Sahara oranais montrent exactement le même type d*homme à vertex déprimé, la tète rasée et avec le même costume, associé à des représentations de rhinocéros, d'éléphant, de Bubalus, de girafe, espèces éteintes, du moins en Algérie, et de haches en pierre. Les gravures sur roche de cette catégorie appartiennent à une époque où le Sahara n'était pas encore aride, et sont au moins contemporaines des peintures de Dahchour. Peut-être s'agit-il d'une déformation. Ces documents sont les plus importants en faveur de la thèse de Brinton, et prouvent en tout cas la date très ancienne des premières migrations blondes en Afrique.

Les Tamehous apparaissent déjà dans les inscriptions de la

VI® dynastie. L'inscription de Herchuf à Assouan montre qu'ils l'aryen. 14

s'étendaient dans l'intérieur jusqu'au [deU de la première cataracte (Schiaparelli, Una tomba egiziana délia Yl^ dinastia, Roma, 1892). Le type des Taraehous, si frappant, avait été interprété par ChampoIltOQ comme européen et nordique, quand il seTtrouva pour la première fois à Biban-el-Molouk en présence ^de représentations multipliées de ce peuple. Ces représentations sont très nombreuses et de date très diverse, mais le type représenté est toujours uoiTorme. La tète est allongée dans le sens antéro-postérieur, mais avec un vertex convexe, le visage fin, avec un prognathisme total et sous nasal rappelant celui des Sémites. La lèvre inférieure est en retrait, le nez droit ou légèrement busqué. La barbe est en pointe fine, en barbiche, les cheveux coupés assez court laissent pendre une longue tresse recourbée sur la tempe.

Nous avons d'assez nombreux noms propres de Tamehous. Ces noms sont tous berbères. Celui de la nation même s'Identifie avec celui des Touaregs. Tamahou, que l'on trouve aussi écrit avec e ou t à la place de l'a, est la même chose que Amaher, pluriel Imobar', féminin Tamahaq, Timoboq. Ces formes sont proprement touareg, en cbaouîa la permutation régulière de A et s donne Amazir'. Ce dernier nom l'emporte en Egypte à partir du xv« siècle, où les Pharaons ont affaire aux tribus plutôt littorales. Les inscriptions de Ramsès le donnent sous la forme Mashouasb. Les Grecs t'ont défiguré autrement Mi^ue;, MàÇuxe;. Au reste l'histoire des Tamahous ne change pas. Depuis quatre mille ans avant notre ère jusqu'à l'éooaue de la conquête arabe, elle se résume ainsi : razzias, :ations, expéditions de répression, défaites, repos, et lies razzias (Basset, Lx dialecte de Syouah, Paris, Le- 1890, p. 2-4).

Tamahous parlaient donc un dialecte, de nombreux dîaplutdt, de ce grand groupe des langues berbères qui se

parlent encore aujourd'hui dans tout le nord de l'Afiiquey de la Mer Rouge à l'Océau, de la Modilerranée au Niger. Ils pratiquaient la circoncision. Ces daux faits semblent aller contre l'hypothèse de leur origine nordique. La conclusion serait cependant fort risquée. Il est possible, en effet, que ces peuples aient pris la langue et les coutumes de leurs prédécesseurs sur la terre d'Afrique. Je crois cependant qu'il n'en est pas ainsi> et que le peuple des dolmens parlait des langues du groupe hamitique. Le basque, mélange bizarre de toutes les langues parlées dans la région des Pyrénées depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, comprend un fonds principal berbère, altéré par des éléments finniques et indo-européens. La toponymie de l'Europe occidentale et méridionale offre nombre de formes berbères, et la similitude des noms propres d'hommes n'est pas moins grande. Des noms de héros d^ la Johannide deCorippusse retrouvent en Languedoc, avec d'autres d'époque égyptienne. Je ne saurais dire si cas langues hamitiques S3nt originaires du S. 0. de l'Europe, mais je re* garderais comme plus probable leur introduction par les méditerranéens, d'origine commune avec les populations du N. do l'Afrique, et qui ont apporté en même temps en Europe la plus ancienne civilisation de la pierre polie, avec la hache si caractéristique du néolithique moyen.

Les blonds de la première iavasion furent renforcés à plusieurs reprises, d'abord du xx« auxv® siècle avant notre ère par les peuples de la mer, puis à l'époque des invasions barbares, par les Vandales, peuple goth. De toutes ces populations blondes il reste peu de chose. Chez Les Berbères de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc, les blonds ne sont pas rares dans certaines tribus, mais les recherches de CoUignon et d'autres anthropologis tes récents oat montré que, même dans l'Aurès et leRiff, il n'existe plus de tribus en majorité blondes. Chez

les Touaregs, il existe égalemeat des traces de sang blond chez quelques familles nobles, mais il est entré trop de femmes arabes et noires dans les tentes des Imohar' pour que le sang aryen s'y soit conservé.

Il parait toutefois que cette élimination du sang blond est de date rtîcente et presque partout postérieure à l'époque romaine. Les écrivains de l'antiquité nous montrent seulement des populations blondes dans le N. de l'Afrique. Je ne sache pas que l'on ait encore trouvé sur les monuments égyptiens même les plus récents la représentation d'Africains de type bruG, à l'exception des nègres et des peuples de race rouge comme K>e Egyptiens eux-mêmes, B. Nuba. Les types qui nous sont familiers paraissent avoir été inconnus des Egyptiens. Les Grecs ne nous parlent de même que des nègres, des Ethiopiens à cheveux lisses ou Nuba, et de peuples blonds.

Le géographe Scylax dit : « IlepiottoSdi II wj-rh-* (TptToviSTi» XijAvriv) AtSua; Zu^ôvre;) ë6vo; xxl icôVt; xà. ÊicÉiuiyx icpô; rMoo Swi(iiî* ouTOi yip aîtavTï; AiSue; Xt-fovTOci ÇatvOo!, fi^rotorot xxî xi)û«.vaTot, » Pér. ilO. Il est regrettable que ta portée de ce texte soit incertaine. L'adjectif blonds, ÇavQo!, peut s'appliquer k tous les Libyens Zugantes, où à tous les Libyens, car les Zugantes sont éoumérés en dernier lieu, et il n'a pas encore été indiqué de caractères généraux concernant les autres tribus: Adyrmachides, Marmarides, Nasamons, Maces, Lotophages. Pausanias ([, 14, 6) fournit une indication dont le sens n'est pas très clair : k Tô Sa îyaXj^x Ôiûv tJiî AOïivÏç yiauxoù; Ijm Toi; ôf6ecV[uiù; AtSiMniTov [i'jQov Syrx e'jfiTxov, To'iroi; Y^p Écn» lifi]|L<vov nooEiSùvo; xx\ Xi[i.vn; TpiTWviSo; OuyaTepot eîvii, xoiî Sli

-'"-' -■■'- 'i; tïvai ûffTcêf xal Tiji ÎIoTEtSâvi Toù; ô:pOaX,uo'j; ».

aprendre de deux façons ce passage : ou bien lit représentée avec des yeax bleus, parce qu'elle divi.iité3 des eaux, caractérisées cbet les classi-

ques par la couleur bleue ou verdàtre des yeux, des cheveux et souvent de la peau, ou parce que les yeux bleus paraissaient une conséquence uaturelle de l'origine libyenne, les Libyens et leurs dieux ayant eu les yeux bleus ou verts.

Callimaque de Cyrène, contemporaiu de Ptolémée Phiiadepbe, dit en parlant de la fondation de sa ville natale : « ""H f ijifni [liya 4>oî6o;, aT« Çworripa; 'Evuou; 'Avape; à)p5(v)'7avTO (xerà ÇavÔYîdt AiêÙGffai; » H. II, 83. Les Libyennes blondes que Callilimaque fait danser avec les Doriens débarqués pour fonder Cyrène ne sont certainement pas des Doriennes qualifiées de Libyennes parce qu'elles devenaient citoyennes d'une colonie fondée en Libye. Certainement il s'agit des Lebous des Egyptiensy d'autant plus que la ville de Cyrène se trouve en effet sur le territoire des Lebous, dans le voisinage prochain de l'Egypte. Le témoignage de Callimaque nous montre, plus de mille ans après le dernier document égyptien, les Libyens toujours l'^.s mêmes, et dans le même pays.

Il n'y a rien à tirer de l'épithète donnée par Théocrite (XVII, 103) au roi Ptolémée « Çav0oîc6[;.ai; IlToXejtaio;». Ptolémée était de pur sang macédonien. La même observation s'applique à la description donnée par Lucain (X, 129), des serviteurs de Cléopàtre : « Bâec Libyens^ pars tam flavos gerit altéra crines Ut nullis Ceesar se dicat in arvis Tam rutilas vidisse comas; pars sanguinis usti Torta caput, refugos que gerens a fronte capillos ». Il est probable en effet que ces serviteurs blonds pouvaient être pour la plus grande partie des esclaves achetés en Europe, ou des Macédoniens et des Grecs. Les cheveux libyens opposés aux blonds, c*est-à-dire noirs, ne se rapportent pas davantage aux Libyens ethnograpliiquos, mais probablement aux Egyptiens eux-mêmes, qu'il serait étrange de ne pas voir figurer dans le cortège de leur reine. L'Afrique, la Libye, TEgyple, pour un poète qui a besoin de consolider un vers, c'est tout un.

L'expression Mauri, qui se rencontre fréquemment chez les auteurs latins, est toujours accompagnée d'épitbètes désignant une race foncée, mais le plus souvent les caractères complémentaires indiquent qu*il s'agit de nègres soudanais, importés à Rome comme esclaves.

Il semble toutefois que dès l'époque romaine l'élément blond commence à être subinergé en Afrique. Le climat n'est plus le même. Strabon parle de crocodiles habitant les fleuves de la Mauritanie saharienne, et de fait il en reste encore, mais déjà ces fleuves n'aboutissaient probablement plus au Niger. Le Sahara était moins étendu, moins aride qu'aujourd'hui, puisqu'on pouvait le traverser à cheval, mais déjà les colons romains d'Afrique commençaient à vivre sur les eaux fossiles. La sélection du climat devenait trop sévère pour les blonds, et peu à peu les populations foncées du Sud et de l'Ouest, H. Nuba, B. spelœus gagnaient du terrain sur H. Européens. L'historien Procope est le dernier qui nous parle de peuples blonds en Afrique. Parlant d'Orthaia;, roi maure, il dit: « Toutou toO avOp-cù «ou i*{ùï XéyovTOç v:>couca ax; ûxlp Ty;v x<»^pav, 7)ç aÙTo; apj^oi, O'jÎI- Vfç àyOpd>icwiy oixoij<;iv^ âXkà *ff\ ï^^% iid TrXetaTOV Siy]X8i, tocut^ç x% swéxetva àvO^ ciw:ot elciv oij^ wdrcp oi Mauf oucioi jxeXavoj^pooi, otX- Xûc Xeuxoi t8 Xtav TOt GcojtttTa xat toIç xojJLaç ÇavCoi. C. S. H. B., Procopius, T. 1, 466, 13 — Bell. vand. II, 13 ». Le pays d'Orthaia se trouvait à l'ouest de TAurès et ces blonds devaient habiter le HoggaT. 11 est inutile d'ajouter qu'ils n'avaient rien de commun avec les Vandales.

Procope et Corîppus, contemporain de Justinien et africain lui-même, nous font des Maures une description qui rappelle beaucoup les Somftlis de nos jours. La présence de troupes montées sur des dromadaires, inconnus en Afrique à l'époque classique, nous montre que le pays était déjà envahi par des

*' '"S venues du centre de l'Afrique, où elles étaient arrivées

de l'Erythrée, région où les Arabes avaient introduit depuis longtemps le chameau. Cette invasion, qui a précédé de deux ou trois siècles la première invasion arabe, parait avoir profondément modifié dans le sens actuel la population du N. de l'Afrique.

Les Egéens. — Les récentes découvertes archéologiques faites dans les iles de la Méditerranée, dans les régions qui entourent le bassin oriental de cette mer, et sur quelques points du bassin occidental, nous ont révélé toute une civilisation antérieure au mycénien proprement dit, et qu'on relie d'une manière étroite au néolithique égyptien. M. Reinach et moi-même voyions récemaient encore un lien plus direct entre cette civilisation égéenne et celle des peuples des dolmens. Les découvertes de M. Morgan semblent devoir faire pencher en sens inverse la balance des probabilités. Il me parait toutefois certain'^qu'avant les Achéens, les Osques et les Tursènes de l'époque mycénienne, c'est-à-dire aryenne proprement dite, les contrées de la Méditerranée orientale avaient déjà reçu des immigrants blonds, et je reste tenté de croire qu'une partie du peuple des dolmens qui a formé les nations libyennes occupait déjà la Grèce, les îles de l'Archipel, une partie des côtes de l'Asie Mineure, et les grandes îles de Crète et de Chypre, où il a rencontré le courant d'immigration de l'Europe centrale vers l'Orient,

Ce qui parait certain, c'est que l'écriture alphabétique ou syllabique des Egéens peut dériver directement de celle dont M.Piette a trouvé de nombreux spécimens au Mas d'Azil et ailleurs, et que d'autre part nous la trouvons sur les poteries et les autres objets de l'Egypte néolithique plus développée que sur les dolmens d'Europe et les Hadjira-Mektouba d'Algérie et du Maroc. Le tombeau de Négadah en a fourni de très beaux spécimens. C'est même par parenthèse un phénomène|plutôt

singulier que l'écrilure hiéroglyphique ait prévalu sur celte très aDcienue écriture néolithique, bien plus pratique, et de laquelle sont dérivés les alphabets phénicîeD, grec, libyque, et par ceux-ci tous Jes alphabets modernes. V. Morgan, II, 166-170 <.

La question des Egéens est en directe corrélation avec celle des Hittites, des Phéniciens, des Pélasges et des Sémites. J'au-

1. Déjà usités duraat le quatrième inlerglaciaire par l'homnic coDlemporaJD du reonc, et même du mammouth, les caractères conTentionnels apparaisBcat sur les cailloux coloriés des grottes p^rénéeDoes, cloquiâme interglaciaire, comme un système déHuitir d'écriture. On est même obligé de supposer que les jeux de cailloux, retrouvés dans diverses grottes par H. Pielte, représentent le matériel scolaire de ce temps-là, des caractères mobiles destines à former des mots et faciliter l'enseigne me ut de la lecture, de même que les essais de sculpture ou de gravure corrigés des époques magdalénienne et papalicnne sembleut les traces d'un enseignement artistique. Sur ces caractères, v. Piette, Les GaUlt coioriis du Mas d'Aiit, Paris, Masson, 1B96.

L'écriture des dolmens a été étudiée par Lètourneau, dans un mémoire communiqué le 49 janvier 1893 à la Société d'Anthropologie de Paris et qui figure au Bulletin; ce mémoire est analysé dans la Revue Bcientilique de la même année, t. I, p. 463-4fi7. V. aussi, du même auteur, La paléographie mégalithique, 11. se, t897, 3"S0r„ VUI, 142-)4i, et Mortiilet, Formation de ta nation française, )66-l7î. Pour les pierres écrites d'Algérie, v. Flamant, iVoie sur les staliims... de pUrres écrites... du Sud-Oranais, Anthropologie, 169-2, Ilf, 145-196; Note sur deuxp-erres écrites, Anthropologie, 1897, Vlll, 384-293. 1 i*.;t — égéenne a fait l'objet de travaux considérables de A. Evans : lographs and a Prx-PhenicUm Script fT<m Crète, i. of belle* )89i, XIV, 270 8qq.,et London, QuarKch, 1895; FurtAer iiselan aad £<jean Script, viitk Libyan and Prolo-Egyptian compa- XVn, 327-395.

phénicienne n'est qu'un dérivé de l'écriture égéenne, de lalUrs autres se sont détachées aussi d'une maniOrc indépenl'empécbcru pas l'enseigoemenl classique de professer longne phénicienne de nos écritures, comme l'origine bactrienne

rai lieu d'en dire encore quelques mots en parlant des peuples de la mer^ et notamment des Achéens.

Les Aryens dans l'Europe centrale. — L'usage des dolmens n'est pas propre au rameau de la race blonde émigré vers le Sud. Nous trouvons encore des dolmens dans toute l'Allemagne maritime, en Scandinavie, en Russie, jusque dans le Caucase, la Perse, l'Arghanistan et Tlnde. Ces monuments recouvrent les restes des rameaux aryen proprement dit et iinno-ougrien de la race blonde primitive.

On a trouvé en Allemagne une grande quantité de crânes et d'ossements appartenant à l'époque néolithique. Il n'existe par malheur aucun travail d'ensemble qui permette de s'orienter dans les centaines de publications où sont disséminés les résultats des fouillesdesanthropologistesdupays.Virchow s'est beaucoup occupé de la question des dolicho-blonds néolithiques, mais n'a publié que des monographies de détail. Certaines données se trouvent dans les travaux d'Ammon, de Ranke, de Wilser, d'Ecker, mais elles se rapportent surtout à la partie méridionale, où les dolicho-blonds ne pénétrèrent que tardivement. Pour la Scandinavie les matériaux sont plus accessibles, et pour la Suisse ils le sont tout à fait.

Les plus anciennes tombes néolithiques de l'Allemagne se trouvent vers l'embouchure de l'Elbe, et la nécropole de Tangermûnde peut être rapportée au temps où les dolicho-blonds habitaient la plaine de Latham et s'étendaient déjà sur le N. 0. de TAUemagne. Le type des crânes est nettement Europœus, Dans toute l'Allemagne du Nord ce type est prédominant depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours.

Dans la région rhénane, les cimetières néolithiques accusent la présence de la même race. Virchow a étudié les crânes de celui de Worms) Erôffnung prdhistorischer uad rômischer

Gràber in Worms, Verhandi. der Berliner anthrop. Gesellschaft, 1897, XXIX, 464-470). Ces crânes dolichocéphales, à face haute et assez étroite, sont par leurs mesures et leurs profils courbes, nettement Europœus K

Il est assez difficile de se guider d'après les indices quand il s'agit de travaux allemands. La plupart sont faits d'après la méthode de Jhering, qui donue une longueur toujours inférieure à la maxima, et d'autant plus inférieure que la partie saillante de l'occipital est placée plus bas. Avec ce système on arrive à relever d'autant plus l'indice que le crâne se rapproche davantage de la forme meridionalis, caractérisée par un chignon très bas et très saillant. Les crânes de cette forme ne se distinguent plus par leur grande dolichocéphalie, et ont presque

. t. Weinzierl a décrit les crânes des cistes de Lôbosilz sur TElbe {Der prâkistoriche Wohnplatz und die Begràbnisstàtte auf der Lôsshuppe van Lô- ^bositZy Zeilschrift fur Ethnologie, 1895, XXVII, 49 sq.)- Trois crânes ofifrent les indices respectifs de 67.3, 69. i, 68.1. Ces indices sont bien faibles et font songer à meridionalis. Virchow déclare au contraire nettement aryens les crftnes de Worms. L'indice des quatre premiers varie de 72.3 à 73.5, celui du cinquième est égal à 78.7, mais le sujet est métopique (VircLow, Erôffnung pràhistorischer Grdber in Worms, Zeitschrift fur Ethnologie, 1897, XXIX, 464 sq.).

Les néolithiques d'Allemagne se sont introduits assez tardivement en Bohème, où l'on ne trouve pas de traces d'habitation humaine entre l'époque du mammouth et colle des dolmens. Niederle a étudié avec beaucoup de soin le néolithique de Bohème (Frispèvky k anthropolagii zemi ceskych, II, Prag, Simacek, 1894). L'indice céphalique des cr&Des varie de 62.65 à 78.8. Il n'y a pas trace de brachycéphales, les deux types en présence sont meridionalis et Eyropseus, On n'a pas trouvé spe^ Ùbus, Tous les sujets ont la face haute, le nez étroit. La platycnémie est eommune.

Virchow a décrit trois crânes néolithiques de Lenghyel dans la Hongrie méridionale. Ils se rapportent peut-être aux ancêtres des Grecs et sont de pur type Enropaetis, avec des indices cependant un peu faibles, 67.5» 68.8, 74.3 (Zeitschrift fur Ethnologie, 1890, Sitzber., 96).

les indices & EuropsBvs. Il est donc possible que les sépultures néolithiques de l'Allemagne aient donné des meridionalis. Quant au type de Cro-Magnon,il se rencontre aussi, mais c'est bien à tort que l'on a rapporté à spelaeus la plupart des crânes regardés comme tels. Le vrai spelœus avec ses apophyses orbitaires externes droites et extroversées, son visage large et courty n*a rien de commun avec les sujets qu ou lui rapporte couramment en France. Je pense qu'il en est de même en Allemagne, où l'on est aussi hanté par l'idée que les crânes anciens doivent être des spelœus.

Les sépultures néolithiques de l'Allemagne du Nord paraissent avoir donné peu de crânes appartenant à d'autres races, et spécialement aux brachycéphales. L'apparition de ces derniers en Belgique, en France et ailleurs vers la fin de la pierre polie, à l'époque où le cuivre et le bronze sont déjà connus, mais regardés comme des métaux précieux employés seulement pour la bijouterie, nous prouve cependant que les Aryens ont dû refouler une population comprenant diverses races à crâne plus court. J'examinerai un peu plus loin ces races peu connues encore.

Du cdté de la Scandinavie, la pénétration des dolicho-blonds s'est faite en partie par terre, en partie par eau. L'intérieur de la presqu'île du Nord parait avoir été occupé par des Lapons, appartenant à la race hyperboreus. Cette race, dès l'arrivée des dolicho-blonds, parait s'être trouvée reléguée dans l'extrême nord, où elle se trouve encore depuis la Norwège jusqu'à l'Obi, vivantdurenne qui ne s'accommode plus des régions moins boréales, et possédant jusqu'à une époque très récente une industrie lithique particulière. Les dolicho-blonds reFoulèrent les indigènes vers le nord et vers la Norwège, qu'ils abordèrent plus tard en traversant les montagnes. C'est à la descendance des Lapons que paraissent se rattacher les bra-

chycéphales semés en petit nombre sur la côte de Norwège. Ces débris de l'ancienne population ont ainsi opéré leur retraite en sens inverse de l'ordinaire, et occupent des presqu'îles au lieu de se trouver réfugiés dans les montagnes. On trouve des exemples du même fait en Hollande et en Espagne, où de semblables populations, prises à revers, se sont adossées à la mer.

On connaît une centaine de crânes de l'époque néolithique, tant en Scandinavie qu'en Danemark. Ces crânes datent d'époques antérieures à la géographie actuelle, mais quelquesuns peuvent ne pas remonter à plus de quatre mille ans, l'usage des dolmens ayant duré très longtemps dans ces régions. Un dixième environ des crânes porte des traces de parenté avec les Lapons et est plus ou moins brachycéphale. D'autres, moins brachycéphales, appartiennent au type deBorreby. La grande majorité, huit dixièmes au moins, est franchement de type Europœus et ne se distingue en rien dos formes actuellement vivantes dans le pays.

Ces considérations ne permettent pas d'admettre dans toute son étendue l'hypothèse de Penka que la Scandinavie, lato sensu, serait le berceau des Aryens. En réalité c'est là que l'évolution s'est parachevée, les Scandinaves étant les plus aryens des Aryens, mais le type était déjà très avancé dans sa formation quand il s'est installé en Scandinavie. Cette région, les Iles-Britanniques, le N. 0. de l'Allemagne ont fait partie du berceau de la race, mais la région centrale, celle qui a donné proprement le cachet typique, est aujourd'hui sous les eaux.

Si nous voulons nous rendre compte de la manière dont s'est faite l'expansion de la race dolicho- blonde, il faut nous transporter sur un poivit de la périphérie de l'Europe centrale, en Suisse, où les recherches soigneuses et bien coordonnées de

nombreux chercheurs ont rendu au jour toute la civilisation prolo-aryenne.

Lé préhistorique de la Suisse est éclairé, au point de vue archéologique, par de nombreuses publications accompagnées de figures. Je citerai seulement le dernier et le meilleur de ces recueils. Antiquités lacustres, éd. par van Muyden et Colomb, Lausanne, Rouge, 1896.

L'anthropologie préhistorique est connue par le Crania helvetica Antiqua de Studer et Bannwarlh, Bartb, Leipzig, 1894, reproduisant en phototypie tous les crânes connus, en grandeur naturelle, à l'exception de ceux déjà figurés par Rûtimeyer dans le Crania helvetica, Bascl, Georg, 1864. En me servant de ces deux recueils, du Schweizersbild de Nûesch et de quelques travaux plus récents, notamment du mémoire lu par Schenk le 19 janvier 1898 à la Société Vaudoise (Arcb. des sciences, 1898, GUI, 366-368), et de son Etude sur les ossements humains des sépultures néolithiques de Chamblandes (Archives, 1898, GUI, 536-549), je suis arrivé à des résultats intéressants par leur précision. Je vais les résumer, en prévenant que pour les longueurs d'os j'ai employé pour la reconstitution des tailles les formules de Manouvrier, plus précises que celles du Crania antiqua.

Les races paléolithiques et mésolithiques de la Suisse sont encore inconnues. Le riche gisement du Schweizersbild n'a fourni aucun crâne de la couche du renne. Celle de l'époque néolithique a fourni seulement cinq sujets, dont un enfant, mais appartenant à une période ancienne de Tépoque, car on n'a pas trouvé de haches polies dans la couche, à part un fragment incertain. Ces restes appartiennent à deux races.

La première est représentée par un homme dont l'indice céphalique est 77.6. L*apophyseorbitaire externe horizontale et l'indice orbitaire 77.3 excluent toute parenté avec la race

dolicho -blonde. La taille d'un autre exemplaire mâle de la même race, dont on n'a que le fémur, est de 1.66. Nous avons donc affaire à des exemplaires plus ou moins purs de B. spehdus. Capa:cité du crâne modérée 1310^ supposant un poids cérébral de 1250 gram.nes. Le crâne d'un enfant de 6 ans^ de la même race., présente un indice céphalique de 73.2.

La seconde race est représentée par un homme et deux femm es dont voici les données principales :

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es

JO

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ns

Cette seconde race diffère absolument de la première par sa taille de pygmée, la gracilité du squelette et le visage très allongé, très étroit, avec un nez haut et mince et des orbites arrondies. A part la taille exiguë cette race rappelle H. meridionalis, mais il serait très imprudent d'aller au delà d^une affirmation d'analogie.

Le Schweizersbild est près de Schaffbouse. A l'autre extrémité occidentale de la Suisse, on a trouvé à Chamblandes près Lausanne d'autres pygmées enterrés dans des cistes. Un individu féminin avait un indice céphalique de7S.5,le visage étroit, le nez leptorhinien à 41.9, une taille rectifiée de 1.46. Un autre masculin, un indice de 76.7, mais un visage large, court, des orbites surbaissées, une taille de 1.58. Il s'agit peut-être, dans ce dernier cas, d'un métis avec la race de Cro-Magnon, ou de la forme qui a donné par enroulement le type conlracttÂS.

Ces deux crânes sont décrits dans le Crania antiqua, mais non figurés, ayant été trouvés trop tard. Des sépultures analogues à Ghamblandes, au Cbàtelard et à Montagny, toujours aux environs de Lausanne, ont fourni une série dont Télé ment dominant est Enropœus. L'indice de cette série est 77.5.

Ces divers crânes sont contemporains de ceux de la population des palaffites. Celle-ci parait avoir été différente. Les palâffites purement robenhausiennes, sans trace de métaU ont fourni sept crânes, dont la moyenne des indices est 81.70. Les indices vont de 79.4 à 84.0. Nous verrons plus loin la raison de cette anomalie.

 l'époque énéolithique, où les bijoux en métal coexistent avec le matériel de pierre, une série de vingt sujets adultes donne 74.9. L'indice est le même dans les deux sexes. Une série de cinq enfants donne 73. 1, à cause d'un sujet très dolichocéphale à 67.9 et d*un autre à 68.5* Les indices vont de 66.8 â 83.

A l'époque du bronze six hommes donnent 75.3, trois femmes 73.5, ensemble 74.5, et quatre enfants 76.4.

Si Ton met en série, on arrive aux résultats suivants :

j. § ( Pygmées, \ 2 2

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