CHAPITRE TROISIEME
ORIGINE DES ARYEXS.
Méthode de recherche. — Toute la morphologie de VHomo EuropœuSy constitution lymphatique, diminution générale du pigment, nous montre en lui le produit d'une évolution demipathologique, laquelle a dérivé d'un type normal cet albinos relatif. Cette évolution suppose un séjour prolongé des ancêtres de la race dans un pays humide,, sans grands écarts de température, sous un ciel chargé dont les nuées arrêtaient les rayons chhniques.
Je m'apphquerai d'abord à démontrer ces deux propositions. Je chercherai ensuite à déterminer ie pays dans lequel cette évolution a dû se produire, et les conditions de milieu qu'il devait alors présenter. Je serai ainsi amené à chercher parmi les races éteintes ou vivantes de la région les prédécesseurs phylogéniques de VH. Europœus, et à. établir ses rapports de généalogie avec les races qui lui sont apparentées.
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dm YAijmm. — Le lympbatisme Q*«st pas un caraiHère spt^cial à VB, Eurofums, II se r»ftn}aTe •i^ns toutes les races du globe, irhez des imlividu? is4>I«^*, uu des gn>upes de popalatioQ soumis au palmiisine ou à d'autres coo^iitions coQtrairei* à ThviriêQe, mais «iaustous ces»'a5 il est acvideutel et à Tétat d'exception. Dans la race «{ue nous étudions, le caractère est au ciiQtraire ethnique* il ^t partie du tableau normal des qualités physit^ues, et ({uand il s'atténue ou dis> parait, c'est alors que nous sommes dans l'exception. Ces tissus iror^és d'humeurs sont la cause immédiate des i«>rmes et des Douleurs du corps. Les membres sont Tolumineux et arrondis, les muscles gonDés mais en i:pielque sorte ouatés de tiâsus mous qui atténuent les formes ; la peau fine, souple, à p^»ine protégée par l'êpiderme, laisse voir la o^loratiou que lui donne une circulation abondante. Ces formes à la fois volumineuses et adoucies, cette peau blanche et rosée donnent quelque chose de féminin à la race masculine entre toutes, et le contraste sur ce point est frappant au conseil de révision dans les nagions où le tyj>e Europœus n'est pas rare. A distante, et avant que la couleur des yeux et des cheveux, la forme du crâne puissent être per«;us, ranthro[>ologiste reconnaît ainsi avec une certaine probabilité le type du conscrit qui s'avance. Chez les femmes, les caractères de la race sont plus accusés que chez Thomme, mais l'intervalle morphologique est moins grand entre elles et celles des autres races europ-ennes. Il est d^ailleurs plus difficile d'avoir une impressio:i en bloc, aucune circonstance n'existant où Ton puisse voir, comme pour les conscrits, défiler en deux ou trois heures plu*i^^ur5 centaines de sujets d'un même âge *.
I. L'iniportaDce de rinspcclion simultanée d'un grand nombre d*iadi- Tidd) pour saisir les faciès diflerenticls est bien connue des naturalistes.
La quantité d'eau plus grande dont les tissus de VH. EuropsBus sont imprégnés comme une éponge leur donne une moindre pesanteur spécifique. On a essayé divers moyens d'évaluer la pesanteur spécifique de diverses catégories humaines. Le plus simple consiste à faire immerger le sujet dans une tonne cylindrique munie d'une échelle. Le volume est donné par la différence de niveau au moment de l'immersion totale, le sujet plongeant sa tète sous Teau, et après Témersion. Le procédé n'est pas compliqué, mais il est difficile de l'appliquer à des séries sérieuses, sauf dans les corps de troupes. On a trouvé que la densité de la femme était moindre que celle do l'homme, celle du soldat anglais que celle du cipaye. Il serait bon de reprendre méthodiquement ces recherches *.
La même insuffisance de documents existe quant à l'analyse chimique des tissus. Il a été fait des analyses donnant des teneurs en eau sensiblement différentes pour Thommo et la femme, et les individus de divers pays, mais sans tenir assez compte de la race.
Le lymphatisme de VH. Europœus retentit sur sa physiologie normale et pathologique. Transporté dans les pays secs,
Quand on rapproche deux individus d'espèces ou de variétés très voisines de Carabus^ d^Aphodius, de Cétoines, Tœil le plus expert fait à peine la différence des faciès. Si l'on pique au contraire sur deux lignes trente ou quarante exemplaires des deux variétés, on s*étonne d'avoir été porté à tes confondre. Pour les crânes il en est de même. Deux cr&nes de race différente peuvent paraître à peu près semblables, mais le faciès très différent se manifeste dès qu'on aligne un certain nombre d'exemplaires de chaque race. Il en est ainsi alors que la variabilité dans l'espèce ou la race parait dépasser l'intervalle qui les sépare. Ces écarts individuels.' ne frappent plus quand les échantillons sont en nombre, et le faciès collectif est l'impression dominante.
i . Voir les recherches nouvelles de Mies communiquées au xii« Congrès médical international, Moscou 1897.
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OU simplement dans un milieu chaud, il transpire abondamment et boit d'une manière exagérée. Sa façon de se comporter dans des conditions pareilles est toute différente de celle de l'Espagnol ou de l'Arabe, et l'Anglais ou le Hollandais transportés dans les pays chauds réagissent déjà tout différemment du Français moyen. C'est là une des raisons qui rendent difficile r acclimatement même individuel dans les régions tropicales, où la femme de race Europesus ne résiste pas longtemps, et l'homme succombe avant l'âge normal s'il ne peut retourner en Europe pour refaire sa constitution. De là aussi l'impossibilité pratique d'élever des enfants de cette race aux colonies, où l'Espagnol élève parfaitement les siens.
Dépigmentation. — L'Homo Europœus est la seule race d'hommes qui ait naturellement, sans mélanges et à titre ethnique, les cheveux et les yeux clairs. La généralité des primates a les yeux plutôt foncés, et le pelage de couleur très diverse, mais rarement tout à fait noir. L'homme a aussi les yeux foncés, mais ses poils sont toujours noirs, à part la race qui nous occupe, ses métis et quelques exceptions individuelles d'ordre pathologique. Celte situation particulière de l'homme parmi les primates et du dolicho-blond parmi les hommes exige une étude spéciale, mais avant d*aborder la question de la pigmentation renforcée de l'un, diminuée de l'autre, il convient de se faire une idée de la pigmentation en soi, de sa nature hislologîque et des conditions qui la modifient.
Physiologie de la pigmentation. — La pigmentation chez l'homme et la plupart des animaux supérieurs est due à une matière colorante, nommée mélanine, qui se présente rarement à l'état diffus et presque toujours sous la forme de fines granulations. Ces granulations ne sont pas la matière chimî-
que pure, mais des grains de protoplasme imbibés de mélanine, ce qui rend assez difficile la détermination chimique de celle-ci. Les granulations sont animées d'un mouvement très vif dans la cellule vivante et dans les solutions liquides, par exemple celles obtenues par le traitement des tissus de tumeurs mélaniques du cheval. Ce mouvement est purement brownien. Si le chloroforme le paralyse, comme celui des êtres animés, les expériences du Dr Paul Carnot {Recherches sur le mécanisme de la pigmentation , Thèse de sciences, Paris, 1896), montrent qu'il résiste à un quart d'heure d'ébullition dans une autoclave à 120, et à plusieurs mois de conservation.
Celte substance, encore mal connue, parait provenir dans certains cas de la substance colorante du sang. Si l'on sacrifie à plusieurs jours d'intervalle des sangsues, bien gorgées après un long jeune, on trouve da;ns le sang absorbi une proportion croissante de mélanine. En sens inverse, dans d'autres cas, il parait bien certain qu'il se produit de la mélanine en dehors de toute oxydation d'hémoglobine.
Dans la peau, la mélanine a pour siège les cellules dermiques et épidermiques, et quelquefois une seule de ces catégories la renferme. Son abondance est d'ailleurs très inégale aux divers niveaux. Les corpuscules se groupent en plus grande abondance autour du noyau, mais dans quelques cas, par exemple dans les cellules dermiques supérieures du scrotum du nègre, ils remplissent entièrement la cellule K Dans la karyokinèse, la mélanine opère diverses évolutions qui ne
I . Pour la répartition quantitative du pigment, voyez Ludolf Breul, Ueber die Verbreitung des Hautpigments bei verschùdenen Menschenrassen, leoa, Fischer, 1896, thèse soutenue à Strasbourg la même année. Breul a étudié le pigment de coupes prises en 25 ou 30 endroits de ses sujets, mais ces derniers étaient moins nombreux que le titre ambitieux du travail tendrait à le faire croire : cinq Européens^ dont deux femmes et un
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Ht pas avoir d'iiiti^rët au point de vue de la question I traitons ici.
ellules de l'iris contiennent aussi de la inijlaninc, ociée id'autres pigments du groupe des lipochromes, e de la pigmentation de l'iris a besoin d'être reraite. e poil nous ne rencontrons chez l'homme que la nu't l'état granuleux ou diiTus. La pigmentation du {Kiil hénomène indépendant de celle du derme et de l'é- , Chez une infinité de mammifères la peau est hlaiiide histotogique montre fort peu de pigment dans les dermiques, même sous-jacentes à Tépiderme, et celés phanères, poils, cornes; salx)ts ou grilTes sont di- [it colorés, parfois en noir pur. On observe le phénorerse : chez le cheval arabe, la poule nègre, certains a peau est noire, et les iihauères peuvent être plus clairs : blancs. Il est rare que les phanères et la peau soient pendant on en trouve des exemples, presque tous chez ites : A nthropopithecus calous, A . Gorilla, Homo afer. ois aussi les phanères et la peau sont également dé- ?s, mais il y a si peu de véritables espèces blanches mammifères que l'on peut regarderie cas comme nalie pathologique (albinos), ou comme uur variation : climatérique, souvent spéciale à une saison (formes
Manine n'est pas entièrement localisée dans la peau lanèrcs. Ou en trouve un peu partout chez le nègre, ans le cerveau et le sperme. Les expériences de Carnot action de grandes quantités de mélanine dans le sang , p. 32 et suiv.) montrent que le foie, le poumon, et
!, UD Soudanais, ud Fellah, ud Arabe, un Japonais. Le travail 'une bibliographie d'ailleurs fort ÎDcomplëte.
à un moindre degré les autres organes peuvent devenir complètement noirs. 11 s'agit d'ailleurs de cas expérimentaux, et même en physiologie pathologique on n'a pas observé de cas demélanisme splanchnique si caractérisé.
L'intensité de la pigmentation n'est pas fixe. Le rentorcement est très appréciable sur l'homme exposé au soleil et au hâle, et d'autant plus sensible que sa coloration normale est plus claire. Nous fonçons tous au printemps, et surtout les femmes, et, chose singulière, nous revenons Tété à la couleur de l'hiver, ou peu s'en faut. L'influence du renforcement par la lumière est encore plus manifeste quand on photographie ^ les individus au lieu de les examiner directement. Il est très curieux de voir sur Tépreuve les mains et les tètes très foncées, souvent semées d'éphélides que l'œil ne perçoit pas, mais qui modifient profondément la qualité photogénique de la peau. Le corps est très clair, et souvent le passage se fait sans transition à la place du haut du col et du bord des manches. 11 arrive parfois que l'inégalité photogénique devient un embarras pour le photographe. Je ne parle pas de l'amateur ou de l'artiste, la situation étant sans remède il en est quitte pour s'abstenir de la photographie du nu sur de tels sujets, mais l'anthropologiste n'a pas la ressource de l'abstention. Quand son sujet est documentaire, il faut qu'il le prenne, et se contente du résultat quel qu'il soit. Il faut le dire, ce résultat n'est pas toujours suffisant, esthétique mise à part. Dans les cas d'inégalité actinique extrême, le cliché est tel qu'au tirage la tête et les mains viennent trop vite, et si Ton donne l'exposition nécessaire pour le corps, le reste est perdu. Si l'on raccourcit l'exposition, les détails de la tête et des mains sont parfaits, mais le corps ne vient pas. Il faut alors faire des "^ clichés complémentaires, à longue et à courte pose. Avec une petite fille à peau d'une remarquable blancheur, mais très
hàlée sur les mains et à la t6te, j'ai obtenu ainsi deux clichés très curieux. Le tirage de l'un ne donne qu'un corps parfaitement détaillé, la tète, les mains et les pieds sont totalement
^ absents. C'est la fille-tronc. Elle ne manque jamais d'étonner les curieux. L'autre cliché fournit seulement les extrémités, le reste n'est exprimé que par une nébulosité sur le papier.
^ C'est la fille sans corps. Les deux épreuves se complètent pour l'étude, fort heureusement car le sujet est important comme type spécial, mais elles sont aussi des documents très curieux pour l'étude de la pigmentation.
Chez certains animaux, la pigmentation varie avec beaucoup plus de rapidité. Certains poissons et divers céphalopodes changent de couleur suivant le milieu qu'ils traversent. D'autres se contentent de devenir sombres la nuit. Le caméléon doit sa célébrité à des propriétés du même genre. Notre modeste grenouille verte jouit, à un degré moindre, de la même faculté. Les mammiTères et Thomme ne sont pas susceptibles de pareils changements, mais l'étude de la grenouille n'en présente pas moins un intérêt direct, parce que nous saisissons sur le fait la physiologie des variations de pigmentation. Les variations lentes que nous oH're la coloration de la peau humaine sont moins rapides, mais la physiologie en est la même, sauf ce qui sera ajouté plus loin.
Certains agents éclaircissent la couleur de la grenouille : lumière (la lumière rouge est la moins active, ce qui prouve qu'il s'agit plutôt des rayons chimiques); chaleur; divers réactifs, comme le chlorhydrate d'aniline, la nicotine, l'ergotine, l'iodure de potassium, la santonine.
D'autres agents foncent la couleur : nitrite d'amyle, carbonates divers. Ces réactifs s'emploient injectés en solution dans le sac dorsal.
Si Ton fixe sur la platine du microscope la membrane inter-
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digitale d'une grenouille soumise à ces agents» on constate que sous l'influence des premiers agents les granulations de pigment émigrent vers le noyau de la cellule. Le pigment exécute au contraire un mouvement centrifuge sous l'action des agents qui foncent la couleur. C'est pourquoi les premiers sont appelés chromoconstricteurs et les seconds chromodilatateurs. L'éclaircissement ou le renforcement de la teinte est donc dû, non à une variation quantitative du pigment, mais à un changement dans l'étendue respective des places noires et des surfaces claires.
11 est à remarquer que les agents ne produisent pas les mêmes effets sur le protoplasme pigmenté (chromoblastes) des divers animaux. La réaction du têtard est précisément inverse de celle de la grenouille, en présence de la plupart des agents.
Des diverses expériences instituées pour déterminer le mode de production des rétractions et des dilatations chromoblastiques, il résulte que ces effets sont causés, partie par une action chimique directe sur la matière cellulaire, partie et principalement par une action nerveuse d'origine centrale ou réflexe, s'exerçant par des nerfs spéciaux chromoconstricteurs et chromodilatateurs.
Sous l'influence de divers agents, une autre cause, plus lente mais plus stable, d'obscurcissement ou d'éclaircissement peut intervenir. La quantité de pigment contenue dans les cellules peut être augmentée ou diminuée. La chaleur, chromoconstriclive chez la grenouille et probablement d'une manière assez générale, produit l'augmentation lente de la quantité de pigment. Cette augmentation a pour résultat de balancer, et au delà, l'effet chromoconstricteur. De même Faction de la lumière solaire, de la lumière électrique, des rayons X, provoque une augmentation lente mais considé-
rable du pigment. Quand je parle de lumière, il faut bien entendu regarder comme principale Taction des rayons chimiques. C'est ce que démontrent les photographies dont j*ai parlé plus haut, celle de la fille-tronc notamment et aussi d'un jeune homme des environs de Paris, dont la tête et les mains paraissent d'un nègre sur les photocopies. L'inégalité entre les réflexions photogéniques du tronc et des extrémités est bien des fois plus grande que celle des teintes perçues par Tœil. L'absorption ou la réflexion de la lumière sont en effet surtout sous la dépendance de la surface de la peau, tandis que les rayons chimiques traversent assez bien la couche superficielle et sont arrêtés ou réfléchis par la couche sous jacente et invisible.
L'augmentation quanlitative du pigment parait avoir ainsi pour but de rendre le corps moins pénétrable, et d'empêcher la radiation chimique, quand elle devient trop puissante, d'agir dans la profondeur des tissus. L'organisme se défend eu faisant de la pigmentation contre des réactions fâcheuses qui pourraient s'accomplir dans les organes. Entre les rayons X qui traversent la plupart des tissus et la lumière qui ne doit guire dépasser la peau, il y a une infinité de radiations connurs et inconnues. Le pigment a |)our effet d'arrêter leur ailion |)erlurbalrice, et les effets chronioconstricteurs nous donnent un exemple de cette action *.
1 . Il est très difficile de détermioer la nature cl l'étendue des ravages causés par l'action chimique et physique intempestive des radiations qui pt}Dêlrent les tissus. Toute cette branche de la physiologie est à peu près ÎDcoonue. Jusqu'ici on s'est peu occupé de ces radiations, et on a cru que leur zone d'action ne dépassait pas la peau. La découverte des rayons X, qui produisent dans 1* intérieur des tissus des lésions remarquables, et notamment sur les os (Gilchrist, A Case of dermatitis due to theXRaySj Bull, uf the J. Hopkins Hospital, t. VIII, 1897, p. 170), a ouvert des ho-
Ou peut donc estimer que si la coastriction dos chromoblastes est l'effet direct des rayons thermo et photo-chiiuiques, ou plus exactement de certains rayons, la multiplication des corpuscules, au point de remplir la cellule comme chez le nègre, est l'œuvre de la cellule même, qui réagit contre la cbromoconstriction.
La multiplication des globules s'observe dans d'autres cas dont l'explication n'est pas aussi facile, par exemple sous l'influence de l'acide picrique, si employé dans le traitement des brûlures, de la cantharidine (vésicatoires), de la teinture d'iode. Elle s'observe encore dans les régions exposées au frottement :
rizoDs nouveaux dont Texploration sera difficile, car nous ignorons évidemnnent la plus grande partie des espèces de rayons pénétrants. La corrélation entre les rayons chimiques, cause d'altérations probables dans l'organisme, et la pigmentation, qui a pour eiîet d'éteindre en grande partie ces rayons et de les employer pour son propre renforcement, est de nature à pouvoir être plus facilement étudiée. Il est probable que la plupart des maladies des Européens dans les pays chauds sont dues à des altérations chimiques profondes dont ils pourraient se défendre en portant des vêtements imperméables aux rayons chimiques. Le blanc qui arrête et réfléchit beaucoup de rayons lumineux est une défense illusoire contre les autres et ne les empêche point d'aller faire dans les cellules profondes de la chimie à contre-temps. La nature intervient heureusement en faisant de la pigmentation. Sur les photogravures du mémoire Gilehrist, la main atteinte de périostite est venue bien plus sombre, en raison de l'absorption des rayons lumineux par les cellules pigmenlaires, dont l'auteur dit « were almost as numeroiis as are usually found in a section of negro skin ». Celte pigmentation toutefois n'avait pas suftl pour empêcher l'action profonde.
11 est probable qu'une doublure rouge appliquée aux vêtements et aux coifTures serait d'une grande utilité pour les Européens vivant dans les pays chauds. Elle suppléerait à l'insuffisance de la pigmentation. Il faut remarquer que les populations peu pigmentées de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique ont depuis longtemps une préférence pour les vêtements blancs, jaunes et rouges. Les nègres au contraire tolèrent parfaitement le bleu et l'ont en affection.
plante des pieds, empreiote du corset, des bandages et dans les régions soumises à la macération par la sueur : aisselles» aine, périnée. Elle s'observe enfin sous l'influence d'irritations répétées, piqûres de moustiques, de poux et surtout de morpions, qui produisent le mélanisme local dit des vagabonds.
Toute cellule n'est pas également apte à fabriquer ou emmagasiner du pigment. Il faut qu'elle soit vigoureuse et saine. En règle, la cellule faible ne fait pas de pigmentation, même défensive. C'est pour celte raison que le nègre pàlit quand il est atteint d'une maladie chronique, ou dans la vieillesse, que les poils et les plumes des animaux âgés deviennent plus clairs et même blancs. Le cheveu blanc est un poil qui ne fabrique plus de pigment, soit par vieillesse, soit par maladie du bulbe pileux. Si on lui fournit de la couleur par une teinture, il devient jaune, puis roux, châtain et brun foncé.
La corrélation de la vigueur cellulaire et de la production du pigment est établie par les expériences du Dr Carnot. Celui-ci emprunte à des cobayes bigarrés des parcelles de peau noire qu'il greflfe sur des régions blanches. La greffe prend, et peu à peu la tache noire augmente ses dimensions jusqu'à décupler son étendue. Les cellules noires, c'est-à-dire richement pigmentées, détruisent et remplacent par prolifération les cellules blanches environnantes. La tache est encore en voie d'accroissement au bout d'un an. Les poils poussent d'abord blancs sur la greffe, puis des poils noirs apparaissent au centre, croissant plus fort et plus vite que les poils blancs.
L'expérience inverse n'a jamais réussi. L'épiderme blanc greffé sur peau noire est détruit par phagocytose quand par hasard la greffe consent à prendre. Cette destruction par phagocytose est recueil contre lequel avaient échoué tous les expérimentateurs antérieurs, qui avaient mal combiné leurs expériences, en greffant de l'épiderme de blanc sur des nègres.
Si là greffe noire est faite sur un sujet albinos, elle ne prend pas davantage. Le terrain est mauvais pour elle, et si elle prend, elle est promptement détruite par phagocytose. C'est ce qui explique Téchec des greffes faites du nègre au blanc, et à lAryen en particulier.
Ces résultats nous amènent à conclure que la cellule du nègre est plus vigoureuse que celle du blanc, et celui-ci plus ou moins comparable à Talbinos au point de vue de la pigmentation dermique, épidermique et pileuse.
Coloration des primates. — Le pelage des mammifères, à la différence du plumage des oiseaux, est à peu près dépourvu de pigments autres que la mélanine. Il ne varie guère en couleur, les diverses combinaisons forméesparle noir, le blanc et le rouxfonttous les fi:ais de sa parure. Il n'existe à cette règle que de rares exceptions, dont les plus remarquables sont celles delà taupe verte et de certains primates. Les primates paraissent avoir une tendance à s'écarter de la coloration normale des mammifères. Ceux qui ne présentent rien d'anormal dans les couleurs se distinguent déjà par leur disposition. Plusieurs espèces de primates ont du blanc sur le dos, sur la tête : le cas est rare chez les mammifères, on ne le rencontre guère que chez certains ruminants et subursins. La bigarrure est extrême, au moins aussi grande que celle du chat domestique : cela encore est anormal chez des mammifères sauvages. Les singes ne se contentent point de cette variété dans l'emploi des couleurs normales, ils se parent de deux couleurs inconnues du reste des mammifères, le vermillon le plus éclatant et le bleu vif, sans s'abstenir du \ert.
Le jaune et le roux ne sont d'ordinaire que des nuances dues à un état particulier de la mélanine. 11 en est peut-être aussi de même du bleu et du vert, mais il est probable que
dans ces derniers cas un autre pigment intervient. Le vermillon éclatant des Brachyurus calvtis et rubicwidus suppose probablement quelque pigment du groupe des lipochromes, analogue à celui des plumes des perroquets, ou à Ja lutéine. Cet éclat varie toutefois avec la circulation cutanée et dépend par suite en partie de l'action des vasomoteurs, comme la rougeur chez l'homme.
J'étudierai d'abord les lémuriens et les singes ordinaires en bloc, réservant les anthropomorphes pour une étude plus détaillée.
La couleur de l'iris est d'ordinaire un brun plus ou moins foncé. Les espèces dont l'iris appartient à la catégorie chromatique intermédiaire sont rares, et ne constituent pas des groupes spéciaux : ainsi Brachyurus calvus Geo. a les yeux moyens, et les autres Brachyurus les ont foncés. Les yeux véritablement clairs sont plus rares encore et constituent surtout des variations individuelles quand il ne s'agit pas d'espèces nocturnes. Chez Lemur nigerrimus Sel. l'œil est bleu verdàtre, c'est-à-dire à peine pigmenté, ce qui est assez curieux chez une espèce toute noire de pelage, mais cette espèce est nocturne. J'ai vu des yeux franchement bleus chez des sujets albinos, notamment chez un jeune cercopithèque ap porté du Gabon par le Dr Rul, et que celui-ci a bien voulu me donner.
La peau des primates est ordinairement blanche et mate sur le vivant, rarement tannée ou dun jaunâtre sale. Sur les exemplaires empaillés, la dernière couleur l'emporte, et non seulement le blanc devient ainsi jaunâtre, mais encore les teintes foncées s'éclaircissent, de sorte que la couleur primitive est assez difficile à distinguer, d'autant que l'épiderme noirâtre disparaît aisément par la macération. La poussière et la crasse foncent artificiellement la peau chez les exemplaires
de ménagerie, et ne disparaissent pas toujours à l'empaillage. Il ne faut pas confondre avec la coloration naturelle celle de ce revêtement qui souille la peau ^
La couleur naturelle de la peau ne s'observe que sous le pelage. Toutes les parties nues subissent en général une modification de couleur. Chez la plupart des lémurienset une forte minorité des singes, ces parties nues se réduisent à la paume des mains et à la sole des pieds, et au bout du museau encore chez les premiers. Chez les singes proprement dits, la dénudationdes extrémités est d'ordinaire plus étendue, et les oreilles, souvent aussi la face sont à peu près glabres. Enfin chez es singes de l'ancien continent les fesses et les géniloires, chez ceux du nouveau la partie inférieure de la queue prenante sont également nues.
Dans toutes ces parties qui ne sont pas abritées des rayons chimiques par des phanères, la peau présente une coloration différente, parfois défensive, parfois tout ornementale.
En général, les parties nues ou à peu près nues de la tète et des membres, queue comprise, sont foncées. La coloration varie du chocolat clair au noirâtre, presque toujours avec une teinte plus ou moins violàtre ou bleuâtre. La teinte ardoisée, si rare chez les nègres bimanes, est fréquente chez les quadrumanes à face nègre. On trouve cette coloration foncée ou noire des parties nues dans tous les groupes : genres Lemur^ Propiihecîis, et chez les singes Pithecia monachus Humboldt, Aluatia seniciilus L., Lagothrix infumatus Spix, Ateles marginatus G., Theropithecus gelada Rupp., la plupart des Cer-
{, La peau des parties couvertes est ncltemeut bleuâtre chez quelques cercopithèques: C. Diana L., et semoopithèques : S. Enteies Dufr., mais ce caractère n'est pas coostant. L'eotelle décrit par Cuvier avait la peau bleu&tre, mais j*en ai vu chez qui elle était claire. Nous verrons la même instabilité chez le chimpanzé ordinaire, Tr. niger. Geo,, et l'orang-outang.
cocebiis, C. collaris Gv^lj^ peiaurista Schr., Callitrichus Geo., la plupart des Colobus^ C. verus Bened., rufomitratus Peters, ferrugineus Shaw, Satanas Walerh., la plupart des Semnopithectis, CercopUhecus paias Wat., etc.
Souvent on trouve cette coloration foncée des parties nues dans presque toutes les espèces d'un genre, et à côté des exceptions très nettes. Ainsi CercopUhecus fulxginosus Geo., est seulement tanné, de même S. Phayrei Xnd. ^ Cercopilhecus mona Schreber, C. Grayi Fraser ont la face et les extrémités couleur chair. Chez le do\ic, C, nemxusL., le blanc devient un jaune franc. De même chez Macacusy Cebmy Aieles, etc., il y a des espèces leucoprosopes et d'autres mélanoprosopes. Bien plus, quelques espèces ont une forme à parties nues colorées, et une autre à face et extrémités blanches ou à peine tannées. Tarsius spectrum Geo., a les parties nues blanches, et sa variété fuscomanus Fisch. a les mains noires. Propithecus dia-dema est nègre de poil et de peau, sauf les parties couvertes, sa variété sericeus qui est à peu près albine a la plus grande partie de la face décolorée. Ateles paniscus L. et 4. ater Cuv. ne forment qu'une même espèce, la seconde variété ne diffère de la première que par la coloration noirâtre des parties nues. De même la variété claire de Cebiis fatuellusL. a la peau des parties nues blanche et rosée, le poil blond, tandis que le type est foncé.
Certaines espèces mélangent davantage le noir et le blanc, d'autres sont franchement polychromes, et outre le blanc et le noir ont diverses parties de la peau bleues, vertes, vermillon, etc. La plus prodigieuse variété règne parfois dans les couleurs de la peau.
Certaines espèces à face noire ont la peau du tour des yeux et des lèvres de couleur chair : Ateles Geoffroyi Kuhl, Semnopithecus obscurus Heid, frontatm Mûll., holotephreus An-
ders., et beaucoup de Papions, qui sont d'ailleurs polychromes. D'autres à face et pattes relativement claires ont les oreilles noires : Cheiromys, Chirogale melanotis Fors. D'autres sont de plus en plus pie : Cebus hypoleucus Humb., monachu& F.» ont la face chair, la peau des extrémités et du dos yiolacée. Ateles cucullatus Gray a la face en partie chair, les joues, le menton, le front, les pattes noirs, les parties couvertes et Tcxtrémité nue de la queue sont blancs. Ateles BelzebuihGey. a la face claire, sauf une barre noire à l'œil, et le reste des parties nues est noir.
La peau de la face est rouge ou vermillon chez plusieurs espèces américaines : Bapale argentata L., Brachyunis rubU cundus Geo., calvus Geo. Pithecia albinasa Geo., a la région nasale rouge sur une face noire, il est vrai que par compensalion son parent P. monachus Humb., a le nez noir sur un fonds pourpré. Chez les espèces de l'ancien continent, le vermillon est surtout réservé pour l'extrémité postérieure. Cependant Macacus fuscatiis Blyth a ses deux faces rouge vif, ainsi que son parent M. speciosus Cuv.
11 est impossible de classer les espèces polychromes. Papio leucophmus Cuv., a la face noire, les mains, les pieds, le derrière rouges. P. sphinx Geo., a les parties nues noires, sauf le tour des yeux'blanc et les génitoires rouges. De môme P, AnuéisCuv., qui a de plus les pattes blanches. P. 7%o/A0gilby a toute la peau, couverte ou nue, blanche, sauf la sole, la paume et les oreilles noires, les callosités pourpre. Nasalis larvatus^nvmh.^ a la face rougeâtre, les génitoires violacées, et les extrémités noires. Cynopithecus niger Desm., a seulement les fesses roses, tout le reste des parties nues est noir. Cercopithecus cephus L. a la face violette, les lèvres noires, avec une tache blanche en guise de moustaches. C, cyaosurus Se., a la face chair, les oreilles et les extrémités noires.
les callosités écarlale, le scrotum b!eu vif. Ce dernier est d'ailleurs vert chez Cercopithecus sabœus L., C. callitrichus Geo. Enfin Rhinopithecus Roxellanœ Edwards a la face verte et les callosités jaunes. Le Papio maimon L. est célèbre par Téclat de ses couleurs : face noire, avec des rides bleues et pourpre sur les côtés du museau, le nez rouge, écarlate au bout, les mains et les pieds noirs, le derrière violet et les génitoires éparlate. Les papions et les cercopithèques sont presque seuls à arborer le bleu, cependant le Lemur rubriventer Geoff., tout au bas de l'échelle des primates, a déjà du bleu vif autour des veux.
Un certain nombre d'espèces a la peau toute blanche, sur les parties nues comme sur celles qui se trouvent protégées : genre Hapale^ Brachyteles Arachîwïdcs Geo., et sur l'ancien continent, avec réserves pour le postérieur d'ordinaire brillamment vernissé : Papio cynocephaliis Geo., Hamadryas L., Inuus ecaudatus Geo., Macacus speciosus Cuv., du Tibet, M, Rhésus Aud., lasiotis Gray., S. Johannis Swinh., cyclopis Swinhoe, ces deux espèces de Chine, pileatus Shaw, sinicus L., Cercopithecus ruber, Semnopithecus entelles.
Il est inutile d'entrer dans les mêmes détails en ce qui concerne les poils, Thomme, notre autre terme de comparaison, étant à peu près glabre en dehors de la tête, des aisselles et des organes génitaux. On trouve chez les primates toutes les nuances existant chez les mammifères, et d'autres à peu près spéciales à ce groupe. Il importe seulement de retenir certaines lois générales qui président à cette bigarrure. 1® Il est très rare que l'animal soit entièrement cancolore, le blanc plus ou moins pur s'associe presque toujours au brun, au roux ou au noir ; 2** chez un très grand nombre d'espèces, les poils ne sont pas d'une même couleur dans toute leur longueur et présentent des zones successives souvent très tran-
chées. Par ces deux points les singes s'opposent nettement à rhomme, dont le revêtement pileux est concolore, en dehors des croisements de H. Europœus, et le poil d'une même couleur, sinon d'une même nuance dans toute sa longueur.
Ce polychroïsme des poils produit des effets ornementaux très importants. Le vert du Cerc. callitrichus Geo., du Papio leucophœus Cuv., etc., est obtenu par Talternance sur les poils de zones noires et jaunes, et la nuance est plus ou moins claire ou foncée suivant que le bout du poil est noir ou jaune. Quelquefois [Semnopithecus mourus très adulte), le poil est noir et l'extrémité blanche, l'animal paraît comme poudré. Ce cas est le seul qui ait quelque chose d'analogue chez l'homme. Un même poil, chez certains macaques, peut affecter dans sa longueur trois ou quatre couleurs différentes, répétées le plus souvent.
Les espèces noires de poil sont rares, et ce noir n'est jamais ou presque jamais général et absolu. Citons Aluatta caraya llumb., mâle, A. villosa Gray, les deux sexes, Ateles ater Cuv., CynopUAecus niger Desm., sauf les fesses, Colobus satanas Waterh., etc.*
Les formes blanches, sauf les cas d'albinisme, sont encore plus rares, et il n'y en a pas d'entièrement blanches. Propithecus sericeus ne parait qu'une variété de P. diadema, et de même Cercopithecus atys? est probablement un albinos. J'en ai eu un exemplaire qui a Gni par foncer.
Le blond tel qu'il existe chez l'homme est également rare. Il y a un certain nombre d'espèces qui poussent le rouge à l'excès : Cerc, patas Schreb., mais le blond proprement dit, à part des formes subalbines comme C. fatuellus L. v. blonde, est rare comme coloration générale. Le plus bel exemple à en donner est Midas Rosalia L. En général les femelles des espèces rousses sont plutôt blondes, mais aussi quelquefois
l.'ARTBN. 5
celles d'espèces dout le mâle est noir, ainsi la femelle dM /t/a//a caraya Humb.
Certaines espèces présentent un dimorphisme sexuel de coloration très marqué. L, macaco L. mâle est entièrement noir, parties nues et pelage ; sa femelle n'a de noires que les parties nues, le pelage du dessus est roux vif, plus clair sur le cou et les membres, le dessous est d'un beau blanc, ainsi que les favoris et la queue. Bartlett en avait fait une espèce sous le nom de L. leucomystax. Aluatta Caraya Humb. mâle est noir, et la femelle blonde, jaune paille dessous, aussi Geoffroy en avait-il fait son Stentor stramineus. Stentor, comme nom de genre,' est synonyme de Aluatta, mais ce dernier nom, créé par Lacépède en 1801, a la priorité. Les petits sont d'abord jaune paille, puis, quand ils quittent leurs dents de lait, le poil devient plus foncé à la base, d'abord sur le dos. La pigmentation se renforce de plus en plus, jusqu'au noir opaque chez le jeune mâle, et la teinte gagne jusqu'à la pointe. Ce procès est exactement conforme à ce qui se passe chez les individus de notre espèce qui évoluent du cendré au blond foncé et au noir. Sur les longues nattes des petite^ filles, on observe très bien le passage, et les échantillons prélevés à la pointe et à la base sont fortement contrastés.
Un très grand nombre d'espèces présente une amplitude individuelle de variation très remarquable. Chez la plupart des makis, chaque individu coQstitue une variété particulière, et il serait difficile de trouver deux exemplaires identiques du Lemur varius. La classification des Cebus et des Ateles, celle des Cercopithecus^ ne sont pas beaucoup plus faciles, en raison de l'extrême variabilité de la plupart des espèces. Par ce caractère les primates en général se différencient profondément de l'homme.
Nous arrivons aux anthropoïdes. Ici tout est changé. Plus
de couleurs voyantes, à peu près exclusivement le noir, le blanc et leurs combinaisons. L'orang-outang seul fait exception par sa couleur d'un roux vif. La coloration est à peu près uniforme dans les deux sexes, sur le corps entier, et dans toute la longueur du poil, sauf les cas de canilie commençante.
La peau des Bylobates est presque blanche sur le corps, mais plus ou moins noire sur les parties nues. Cependant H. lar et môme B. agilis ont souvent la face et les extrémités blanches. Simia satyrus L. est également variable. Le Prof. Selenka, qui a tué et étudié sur place à peu près 300 orangs, dislingue plusieurs variétés locales, toutes confinées dans lo N. 0. de Bornéo, Tespècc ne se trouvant nulle part ailleurs dans l'ile. S. satyrus tuakensis a la peau peu pigmentée, les autres variétés sont plus ou très pigmentées (Selenka, Die Rassen iind der Zahnwcchsel des Orang-Utan, Sitzungsberichte der Akademic der Wisseaschaflen zu Berlin, 1896, 1, 333). La coloration peut être très faible chez les individus élevés en Europe. J'ai eu un orang étiolé par six ans de domesticité, dont la peau était presque aussi blanche que celle d'un Européen, sauf sur le visage et sur les autres parties découvertes. Ces parties, sur l'orang normal, sont plus ou moins noirâtres ou ardoisées suivant la variété. Les lèvres et le tour des yeux sont toujours plus clairs.
Troglodytes gorilla Wyman est franchement nègre. 11 a la coloration moyenne du nègre respectivement dans toutes les parties du corps. 11 y a d'ailleurs des variations individuelles, comme chez Homo a fer.
Troglodytes calvus du Chaillu est également nègre, mais le Troglodytes niger est seulement couleurde mulâtre, plus tanné sur la face. L'exemplaire décrit par Gratiolet sous le nom de Troglodytes Aubryi présentait une pigmentation très marquée, singulièrement répartie : une bande scipulaire allant
d'une aisselle & l'autre^ et se prolongeant sur la face dorsale des bras, réunie par-dessous à une autre bande qui allait rejoindre les cuisses, et enGn une autre sur la jambe. J'ai vu un dessin à peu près analogue sur un chimpanzé empaillé du laboratoire de zoologie de l'Université de Rennes. J'ai eu un jeune chimpanzé qui avait seulement deux taches sombres sur les pectoraux, tout le reste de la peau étant très clair, et le visage rosé. D'autres chimpanzés sont à peu près entièrement clairs comme les blancs.
L'iris est de coloration foncée, rarement moyenne. Mon orang avait les yeux châtain clair, tachetés de fines pétéchies brunes. J'ai vu des yeux presque clairs chez un H. lar, mais demi-albinos.
La fourrure des Hylobates est épaisse, assez longue^ et foncièrement noire. Chez presque toutes les espèces, et spécialement chez Vagilis, le syndactyhis et le lar, il y a des individus atteints de canitie partielle ou presque totale. Chez syndacifjlusy celte canitie est plus fréquente, plus désordonnée, et il serait difficile de trouver deux exemplaires entièrement semblables. La canitie existe, chez cette espèce et chez H. lar, sur des individus même très jeunes, mais son caractère demi-pathologique est accusé par l'irrégularité des taches blanches, et la présence de nombreux poils dont le bout seul est blanc.
L'orang est également pourvu d'une puissante fourrure, sèche et rude, qui le protège contre les pluies tropicales. Chez mon orang, les poils du bras atteignaient O'^ifi, et ceux des épaules O^SS. Les cheveux et les poils du ventre n'avaient que neuf centimètres. Ces longueurs, très rares chez les exemplaires de musée qui proviennent des ménageries, sont normalement dépassées chez les orangs sauvages. Le poil de l'orang varie du roux blond sous le ventre au roux brun sur le dos.
Chez la plupart des variétés ce roux brun est très foncé, très bràlé, mais il reste toujours un reflet rutilant.
Les anthropoïdes africains sont au contraire pourvus d'une fourrure courte, rare, et parfaitement noire. Le gorille, en particulier^ n'a guère sur la poitrine que des poils clairsemés. Les exemplaires clairs de chimpanzé paraissent les plus velus, et la coloration de la peau est en général d'autant plus foncée que la partie est moins protégée.
Nous arrivons donc pour les anthropoïdes à cette conclusion, applicable [h tous les singes et aux lémuriens, sauf quelques exceptions individuelles : les régious qui se défendent en faisant de la pigmentation sont celles et seulement celles qui ne sont pas autrement protégées contre les rayons chimiques ^ « ■ . » . ■ .1
i. II n'existe guère de répartition géographique de la couleur chez les singes. Tous ou à peu près sont tropicaux, et tous pourvus de fourrure. En Amérique les espèces les plus septentrionales ne remontent pas au delà de Mexico, les plus méridionales n'atteignent pas Buénos-Ayres. En £aro)pe le magot atteignait pendant le pléistocène la région des Pyré nées, où M. Harlé a trouvé ses restes; ce singe a été trouvé dans THérault associé à la faune actuelle; il existait encore en Corse au commencement de notre ère, et une série de textes fournis il y a quelques années par divers collaborateurs à la Revue scientifique permet de suppose r qu'il en a survécu des exemplaires jusque dans les temps modernes^ depuis les Pyrénées jusqu'aux Alpes. Aujourd'hui on ne le trouve plus qu'à Gibraltar. Par ses caractères, ce singe ne se classe ni parmi les clairs ni parmi les foncés. En Asie nous trouvons au Thibet, dans la Chine occidentale et jusqu'en Mandchourie des singes très résistants qui supportent de longs et rigoureux hivers. La présence de singes au N. de l'Himalaya est plus étonnante qu'en Chine, étant donnée l'altitude, mais il ne faut pas oublier que du singe et du relief montagneux, c'est peut-être ce dernier qui est le plus jeune.
Plusieurs singes du nord et de l'ouest de la Chine paraissent se rattacher au Macwus Rhestis, dont ils constitueraient des races claires. M* lasiotis Gray du Sou-Tchuen a la peau claire partout, sauf les callosités qui sont écarlate. M. Tcheliensis Edw., qui affronte les hivers rigoureux de la Mandchourie^ est pourvu d'une fourrure très épaisse. II a également
Coloration chez rhomme. — L'homme oe varie guère, à Tex- * ceptîoQ de E. Europams^ qae par la peaa. L'œil est, en effet, trèg pigmenté chez presque toutes les populations noires et jaunes. Il ne s'éclaircit qu'en Europe, et dans les pays colonisés autrefois ou récemment par des émigrés venus d'Europe. C'est dans ces conditions seulement que nous trouvons des iris ' dépigmentés, et paraissant bleus. Entre l'œil foncé, à iris brun déteinte uniforme, et le bleu il y a toute une série d'intermédiaires. Le pigment peut être raréfié, ou disposé par traînées divergentes, par rayons, ou par cercles concentriques, le pourtour étant plus pigmenté que la zone voisine de la pupille. De là l'infinie variété des yeux marrons, verts, gris, qui caractérisent les métis de H. Europxus et forment la grande majorité en Europe, sauf dans l'extrême sud et dans leN.-O. Pour se rendre compte de cette variété, il faut se reporter aux plan- ^ ches coloriées de l'album de Bertillon {Identification anthropométrique^ Nouv. éd., Melun, 1893), et ne pas oublier que les exemples fournis sont une très petite partie des cas qui
la peau claire. Le premier est olivAtre jaune, le second tourne davantage au roux.
D*aulres espèces constituent un genre spécial, KhinùpiihecuSy caractérisé surtout par la présence d'un nez, sinon aussi sén^i tique que celui du nasique, tout au moins très respectable. M. RoxellansB Edw. habite les montagnes du N.-O. de la Chine. Il est gris argenté dessus, gris jaunâtre dessous. La peau est blanche, mais la face est nettement verte, les callosités jaunes. Rh. Bieti Edw., le singe des neiges, qui habite le Thibet dans la région du haut Mékong, est plus clair de face et plus foncé de poil, le gris tournant au noirâtre sur le dos.
En somme, les espèces des régions froides sont plutôt claires de peau et même de poil. En revanche le gorille, presque nu et habitant le pays des nègres, est à peu près de leur couleur, ainsi que le chimpanzé chauve, un peu mieux vêtu cependant. Mejer a décrit un Troglodytes calvtis du jardin zoologique de Dresde qui avait la peau d*un blanc rosé, les poils roux ou roux foncé, mais il s'agit d'un individu anormal (Ein Brauner Tschimpanze, Abh. und Ber. des Muséums zu Dresde n, 1894-95).
ORIGINE DES A'RYENS 71
peuvent se présenter. 11 en est de même pour les cheveux. Entre le N.-O. de l'Europe^ où le blond est la règle, et le reste de rAnclen Continent, s'étend une large zone où toutes les nuances intermédiaires se^combinent, parfois chez le même individu, car la barbe est souvent plus claire que les cheveux. Sur tout le reste du globe, le noir est la règle *.
Pour la peau, il en est autrement. 11 y a beaucoup de races peu ou médiocrement pigmentées et la couleur primitive de l'homme est, je pense, aussi éloignée du teint du nègre que de celui de l'Ecossais. L'homme des tropiques a subi plus que nul singe, même le gorille, l'influence mélanisante des climats tropicaux parce qu'il était nu. Dans les régions moins chaudes, où rhomme était obligé de se garantir par des vêtements le jour comme la nuit, la peau n'a pas subi une pareille adaptation, ou plus exactement la sélection basée sur la résistance aux radiations ne s*est pas exercée avec la même intensité. La même raison explique pourquoi les populations de race plus claire qui ont dépossédé les anciens noirs de l'Inde n'ont pas encore pris la livrée du climat. La formation de variétés très pigmentées a été rendue moins utile par Tusage des vêtements, et rinfluence du climat s'est trouvée moindre que sur les anciens indigènes à peu près ou entièrement nus. La
1. On a signalé depuis longtemps des cas de flavisme avec vitiligochez les Dëgrcs et diverses autres populations fonct^es. C*est probablement à des cas de demi-albinisme qu*il faut rapporter ce qui a été dit de nègres blonds TUS au Congo (Bull, de la Soc. d'Anthr. de Paris, 1895, p. 724). Il existerait aussi vers le pays de Kong des troglodytes à peau assez claire, avec des jeux bleus. Jusqu'ici aucun exemplaire n'a pu être étudié. J'ai vu un Chinois demi-albinos qui avait aussi la chevelure d'un roux clair et les jeux bleus, avec de vastes plaques de vitiligo sur la peau. BufTon et les écrivains du siècle dernier ont déjà connu les Indiens dépigmentés de la Colombie et du Darien. Le chimpanzé blond de Mejcr était probablement l'analogue des nègres blonds.
question de la pigmentation et celle de la jierte du pelage sont ainsi en corrélation directe avec celle du vêtement.
Aussitôt que l'homme a pu faire varier le milieu, comme le remarque très justement Vaccaro, la nécessité de varier a diminué pour lui-même. L'usage des abris, du feu et des vêtements a rendu inutiles la pigmentatioa intense dans les pays chauds et la conservation de la fourrure dans tous les pays, ceux oii la nuit seule est fraîche, et ceux où le froid peut régner même le jour. 11 n'est resté de fourru re que sur la tète, pour assurer mieux contre les rayons chimiques, la chaleur et le froid le cerveau déjà garanti par sa boite osseuse, au visage chez l'homme & titre d'ornement soumis sans doute h la sélection sexuelle, aux aisselles et aux aines pour éviter l'érosion de la peau toujours humide et soumise à de fréquents frottements. Les sculptures de l'époque du mammouth nous montrent déjà le vêtement en usage chez une race encore pourvue d'un pelage assez fourré pour que l'artiste ait éprouvé le besoin de l'indiquer (Piette, La station de Brassempouy, Anthropol., 1895, p. 129 s.; Cp. 1897, p. 168).
L'extrême pigmentation comme la dépigmentation sont • donc doux exceptions. La teinte dominante varie du blanc mat et plus ou moins ambré au vieux cuir et à l'olivâlre.
En somme la coloration de la peau suit d'une manière grossière les zSnes géogra])hiques. La rt-gion des peaux bistrées cl jaunes coïncide assez exactement avec la zone sèche qui commence au Sahara et se termine au désert de Gobi. La région des peaux noirâtres correspond à la zûne de l'humidité ï^hniidA II fait iilus chaud en Arabie et dans le Sahara qu'au 'gions humides el moins chaudes, la couleur e. Dans les régions froides et assez humides , le teint est plus foncé que dans la zone sè- 9 bordièrcs à climat continental. C'est ce que
montrent bien les cartes météorologiques, celles de l'Atlas Brockhaus par exemple, comparées avec les cartes anthropologiques publiées par le professeur Ripley de Boston dans sa Racial Geography, spécialement la carte de la page 757 {Colo r ofSkin.)
La pigmentation est en relation plus directe avec le climat et le genre de vie qu'avec la race anthropologique. Il existe sur le Ilaut-Nil et dans la région du Niger des peuples aussi foncés que les nègres et qui se rattachent cependant au group e dolichocéphale d'Europe. La pigmentation est surtout une livrée de climat, lentement acquise par sélection. J'ai étudié longuement cette question du climat dans un précédent volume de ce cours (Sélections sociales, chap. V, p. 127 et s.) et je me borne à renvoyer le lecteur à ce que j'ai dit des climats qui font blanc, jaune ou noir. V. aussi plus loin, p. 76, et note.
J'insiste seulement sur un point qui paraît avoir attiré l'attention d'une manière insuffisante. Beaucoup de populations n'occupent les régions où nous les trouvons que depuis un nombre limité de siècles. Ainsi les populations jaunes ont débordé sur les noires dans l'Inde, l'Indo-Chine, l'Indonésie, mais le type noir est plus ancien, antérieur à la géographie actuelle. Ainsi les Indonésiens se retrouvent à Madagascar, et il y a de fortes raisons de croire qu'ils n'y sont pas venus directement par mer, mais en suivant des terres disparues dont Teffondrement peut d'ailleurs ne pas appartenir aux âges géologiques. La fixation de la couleur parait remonter, au contraire, au delà des temps historiques, à Tépoque antérieure aux civilisations. Les nègres, au témoiguage des Egyptiens, n'ont pas varié depuis six mille ans, c'est-à-dire depuis notre époque de la pierre polie. Sous le bénéfice de cette observation, on consultera avec fruit le chap. 111 du travail du Prof. Ripley.
74 L'ABTKN
OolomiaB oba l'Aiyam. — A mt'sure que nous avaucioDS daufi ]\*ludr nni)ulit'u«ie de la C(»]oration des primates et de rbtmuiïr, il deM'uait plus t^\ideii1 que celle de H. Europxus eM uu pbt'uouH'^De uiùijue, anormal et pour ainsi dire pathologique, Cottf^ j>t\MU ntSfV, vv xisaire vermeil, ces yeux dépîgnitUitôs, <H»5 poils clairs^ jxrt^isqut» atteints, nous n'avons rien vu d%'qui\a1tnit, Si jmrfv»i> f^es cararlôres se rencontrent, c'est cht'X dr5^ t*s|vi\v?: ou pîui M dis varii^it'-* viTant dans des condiîh'Uîi auc^nnalrs. et f'HMtH'^s d'une scorie de dêi^énérescence. Lt^s Rin^r^îi à fdv>* vt^rnu j'îf haîviei.t ]es forèl s obscures et inondtV> v!f IWuiirôiiie. à ^a^ri d .uï>. vitîrables frondaisons et dauf uut^ aîUK>>j'^:tiv j^v..rrr' irb.::ti .:"::". Le mico. Hapale «ryr'/^.f'xf'^t d.v.i îi 'd.>e T^: \rrii:T. \ r-î 1-? poil fin et presque Ma':;, \îî dAi\s \vs vvi>-l/.\r$ c ::•.:,> le Tucuman jusqu'à 1 ->'.'. 'jLie dt^ P-ii-.iiui, jJty^ où rh,LL '.Ut' lu^meme est souvent frï; •*? «.ri'b: '>zïve- t»; k^ •?'y^:v:'d r^^ ;v.: ne sont point pris 'ix'.'s ^'rs 'vr^':? i':"*i:>f^- of«î ;^:: c:t: I r^riiips vécu captifs, f/T \\: \ :;i ?; \ilr5 i-* \r^ x^**. ni >: \-:T'r :*> sur la face. Midas Ho.yau^j, '. ji:: ?L v^rL'i-ril et *.i'":*î f. :-.v sur les parties nues, *f^* i .•; bX*i':J []'ii^ T\ii\, :iii)s d'i\' ri\ dd:i< certaines variétés d'i'i ' !m. 1 br'::i eu b.^^^'i -.^Ir. De ai«?iii'^ oh»^2 les Brachyurus If «'i-i« r^'f*; if/orfî.'i!. •j.v'iiîi-jvith» ioci'jue, «i»* la e»>*oration est «r-i-i i'-nt vi iMi o^n>.''i»;rv la c-.Ioritiou t-jut à fiiit ordinaire d i/MfiMri'i^. ♦■'i!*'r/i*'ut voisins «K's pr»:*niit*rs à tous autres re- (jriT'N '{M*' I»:s îM*'iri!i>tes lit'>iîvMit à li.*s regarder comme app»ir*"n,ifit i <J«-s »;^[>».i>'S distiiit:{i»s.
K"'^ r:ii:«s •:'.'ijr».'s smit dunr d»*s races demi-albiues appartenant il d»-* *î^[;»Mes {iriîniriviMin.Mit normales, et cet albinisme <:^l. lii: .1 rij.ihitat dans un inilii»u très humide et obscur. f,<;ur ':'jliir-tii(jn «î^t un phtMioiarne d'éliolemeut, et l'adapta- Imn rin nnljrn i>t si p.irraite <{iie ces races, d'ailleurs très t ri*jir'''î4.Mi (•••**< on individus, s'éteignent à mesure
que la forêt vierge disparaît. On peut dire d'autre part que cette coloration claire est due à la conservation par l'adulte de caractères du jeune âge. Chez la plupart des singes la femelle est plus claire que le mâle, et le petit très clair, souvent blond, ou presque blond, car, je le répète, la couleur & laquelle on donne ce nom est presque l'apanage exclusif de rhomme et ne se réalise que par à peu près chez le singe. Le Cyn. maurus, qui est tout noir, est tout à fait jaune paille dans son enfance et j'ai donné plus haut un autre exemple semblable. J'ai cité également, en parlant du dîmorphisme sexuel, l'exemple d^un platyrhinien dont le mâle est foncé et la femelle blonde. La couleur claire est ainsi nettement caractéristique de Tâge ou du sexe le plus débile.
H. Europmus vit, lui aussi, dans une région qui, si elle est moins chaude, n'est guère moins humide que l'Amazonie, et qui par l'obliquité des rayons solaires et l'épaisseur des brumes se trouve dans des conditions d'inactinisme particulières. Son habitat était autrefois plus étendu, mais il est aujourd'hui confiné autour de la Mer du Nord et du bassin inférieur de la Baltique. Il semble, comme le mico et le marikina, n'avoir pu résister à la destruction des grandes forêts. Cette race spéciale et unique est ainsi cantonnée dans un climat unique et spécial, maritime et terne, sans hivers rigoureux mais sans étés véritables, brumeux quand il n'est pas pluvieux, et dépourvu de soleil. Il est à remarquer que nulle région du globe ne présente ces conditions particulières, résultantes d'une infinité de causes, l'exposition à l'ouest, sous le vent de mer, le Gulf-Stream, le peu d'élévation des terres, l'abondance des marécages et des lieux humides, et l'enchevêtrement des terres avec la mer. La côte américaine située en face est relativement sèche et ensoleillée, ces conditions étant absentes. Sur le Pacifique la Colombie anglaise ne présente qu'une étroite
bande de littoral, derrière laquelle les hautes montagnes condensent aussitôt les nuages apportés par le vent d'ouest et le Kuro-Sivo. Les condilioas seraient plus favorables sur la cAte sibérienne, mais l'orientation est à t'est, il n'y a pas de courants chauds s'épanouissant sur la cAte, et le vent dooiinant vient de terre. Dans toutes ces régions froides et médiocrement humides la peau est jaune et assez foncée. On peut donc dire que B. Europsus est par sa morphologie •^ l'homme du Gulf-Stream. Quand on le sort de ce milieu, il dépérit, comme je l'ai montré dans les Sélections sociales en parlant de l'acclimatement. Nous sommes donc amenés à conclure que ses caractères spéciaux, lymphatisme et dépigmeatation, nouveaux dans le groupt^ des primates et surtout chez les bimanes, ont été acquis par l'innuence d'nn milieu humide "^ et obscur, analogue à celui où la race prospère aujourd'hui, mais présentant sans doute un maximum de ces conditions. Nous sommes ainsi conduits à chercher la région dans laquelle ces conditions maxima ont pu se trouver remplies.
1. La Ihéorie de l'influeQce des climals sur la pigmentât ion n'est pas nouvelle. Elle remonte aux aocicas, qui d'ailleurs ne compreaaient pas le mode d'ioflueûcc du milieu. Aristote (npaei>7.:iaT«, XXXVIII, 1) disait : « A(R Ti ai àititç xai iropyuptîç uni âitliç ai t^ï fla/ttrTtm tpyaïoj*<vo( Jtuppoi iloi» ; Ilortpov ûîi n 9!(XaTT<t 6taa.ii xai &ûxfi"JBt iori Sii. •rirr âkant, tô ii ToioùTov iruppà; nouî tù; Tpi;;a;, xccSinip ^ Tt xovia xoi rà «p^nuiv ; "H tk jthi «Ti; yiwnan ôipfioTipoi, Ta 3' Îïto; ■nifi-yjyji-j-ti Sià, rô ^pi;( ofuvckw (cÙTÛv àil ÇqsafvfirScii VKh toû tMiu tU ntpt^ ; toutûi 3i toûto n'ciT;(â ï teuv ai Tpix'î SnpaiïOfUïai lijTTiJïOïrai xaX nvpjmivTai. Kni TiiivTi; S" oï wpi; âpxTO» jtuppoTpijjiî ïKÎ ItjTTOTpi;^!; lÎTiv ». Lft prcmiârs observation, que les pécheurs el les préparateurs de pourpre ëtaieut blouds, prouve siniplemenl aps d'A.rislote comme aujourd'liui les Aryens aimaicut le mtïos de mer, la dernière, sur les peuples nordiques, aboutit k itioD bizarre, mais ea rapport avec l'idée d'iDQueacc des clî*
90, t) formule celte idée plus nettement : « Contexenda aunt
Recherche du milieu producteur du type dépigmenté. — Dans celte recherche nous devons nous inspirer d'abord d'un principe à tort bien négligé par la plupart des anthropologistes. La géographie que nous connaissons, celle d'aujourd'hui, n'est pas la géographie des temps où s'est formée la race Europmisy L'Europe et ses environs n'ont pas subi de modiScations considérables depuis deux mille ans. Sauf au N. de la Caspienne et sur les bords^continentaux de la Mer du Nord, il ne parait pas y avoir eu de variation des limites de la terre et de la mer, et ces variations ont, en somme, été restreintes. Dans les périodes antérieures il n'en a pas été ainsi, et de grandes fluctuations dans les contours du N. 0. et de l'Ë. de l'Europe se sont produites dans les temps que nous appelons néolithiques en Eu-
his cœlcstibus nexa causis. Namque ^^thiopas vicini sideris vapore torreri, adustisque sîmilcs gignî, barba et capillo vibrato, non et dubium. Et advcrsa plaga mundi atque glaciali, candida cute esse génies, flayis promissas crînibus ».
Manilius développe davantage [Astronomicon, IV, 709 et suiv.). Il développe même beaucoup :
« Idcirco in varias leges variasque figuras Dispositum genus est hominum, proprioque colore Formantur génies ; sociataque jura per artus Materiamquc parem privalo fœdere signant. Flava per ingénies surgit Germania partus. Gallia vicino minus est infecta rubore.
Âsperior solides Hispania contrahit artus. Mariia Romanis orbis Pater induit ora Gradivumque Venus miscens bene tempérai artus ; Perque coloraias subtilis Grsecia génies Gymnasium prœfert vultu fortesque palaesiras ; Et Syriam produnt torii per tempora crines ; Aethiopes maculant orbem, tenebrisque figurant Per fuscas hominum génies. Minus India testas Progenerat mediumque facit moderata ienorem. Jam proprior, tellusque natans Aegyptia Nilo
ropo, mais qui r6poQ<JeDl déjk aux débuts de la civilisalion en Egyple et on Chaldëe. Des effoadremeots étendus, dans les régions égécnne et pontïque, ne paraissent mâme pas remoDter plus haut. Quant au quaternaire proprem.'nt dît, le pléistocène des auteurs actuels, il a élê marqué par une succession d'elTondrements h l'orient de l'Europe et dans la région de l'Atlantique, combinés avec des soulèvements et aGTaissements alternatifs de toute la région N. 0. de l'Europe.
Après avoir longtemps cru que les modiQcalions gi^ologiques s'étaient produites par do brusques cataclysmes, puisque ces modifications étaient l'œuvre lente et insensible des causes actuelles, les géologues oui fini par constater que, si dans la généralité des cas les mouvements du sol sout plutôt lents et
Lenius iariguU iaruscat corpora campis.
l'IiLebus arenosis Afroruin puiverc Icrris Ëxsiccal populos. El Maurilunia nomcn Oris habcl. tilulumquc suo fcrl ipsa colore. »
Galieo (Mioi xoaatMv, 11, 5) dt'reloppe la lliôsc avec des proportiuDS qui ne permcllent pas de reproduire le texte. Je résume : « Les Ëgj-plions, les Arabes, les ludieDs, tous ceux caOnquiliabiloiil une région sèche cLaude onl les cheveux aoirs, courts, secs, crépus, fragiles. Au contraire ceux qui habilcnl uoe régiou froide et humide, les IlljrieDs, les Germains, les Dalmales, les Sannates. tous les habilaDts de la Scylhie onl tes cheveux fins, droits cl roux, Tiluocai Tt xai riouavoL x«i Aa^uccrai laupDUEcyai xkï rj^i:«> td IxvBixi-j,,, Âtir:»; x«i lûSiia; ini iruôâa;. Il eï de même pour les iges, les clieveui des enfants rappellent ceux des Gei mains, ceux de l'flge adulte rappellent ceux des Élhiopicns n. LadoctrÎDc ac retrouve développt^e encore davantage dans le Irailé De lair, des eaux et dtt lieux d'Ilippocratc, qui lui est entièremenl consacré.
Les grandia et motliu corporâ des Guulois avaient forlemenl frappé les
Komains. Hippocraie el Galîen étudient le Ivmplialisiiie des Scjlhes et le
H^/riïPnt d'une manière minutieuse. S"il n'y a pas d'exagératioa dans
, on peut dire que les Scjlhes d'Europe avaient atteint le der-
le lymphalismc compatible avec la vie. Je conseille de lire 1&
'ouvrage de Galicn, el celui d'IIippoerate en entier.
graduels, il se produit aussi parfois des relèvements soudains et des eflondrements subits, dus à la rupture et à la chute de Youssoirs parfois très étendus de la voûte terrestre, et à des ^ mouvements de bascule des régions mises ainsi en porte-&faui. La fin du pliocène et le pléistocène tout entier ont vu se produire avec une fréquence exceptionnello ces ruptures de Yoùte accompagnées de dislocations et de relèvements partiels. C'est ainsi que la formation de la Méditerranée actuelle et de ^ l'Atlantique sont des faits récents, contemporains de l'homme paléolithique et pliocène.
Tous ces faits relatifs à la géologie et à la palégéographie du pléistocène sont connus d'un très petit nombre de personnes, ^ du moins en France, où la plupart des géologues ne lisent même pas les travaux relatifs aux époques géologiques récentes. Les préhistoriens sont encore plus mal renseignés, Touvrage de M. de Morlillet qui leur sert de guide datant d'une époque où les notions sur le pléistocène étaient à peu près nulles. Depuis dix ans les géologues suédois, russes, allemands et anglais se sont passionnés pour la géologie et la climatolo- ^ gie quaternaires, et un nombre infini de monographies excellentes a paru. La lumière est déjà suffisante, et il est possible ' de se faire une idée des vicissitudes extraordinaires qui ont bouleversé TEurope et ses environs pendant ces temps si rapprochés et que Ton croyait naguère avoir été géologiquement si calmes.
C'est dans ces vicissitudes qu'il faut aller chercher l'origine de VB. Europaetis. C'est pourquoi je vais résumer Thisloire de toute la période pléistocène, qui ne se trouve nulle part, et qu'il > est indispensable cependant de connaître avant d'aller plus loin.
Définition du pléiitocèn«. — Si l'oQpread pour caractéristique du pléistocène l'allertiaiice de périodes chaudes et de périodes froides, il faut lui rattacher te sicilien, qui correspond à la première période froide connue de ce système climatologique, et qui a été placé jusqu'ici dans lo pliocène supérieur. Il n'y a pas lieu d'autre part de distinguer du pléistocène la période actuelle, qui no dilTëre en rien par la lïlune du pléistocène supérieur, à l'exceptiua de quelques espèces détruites récemment par l'homme. Tout le pléistocène enlîa doit être compris dans le tertiaire, aucune ditTérence considérable do faune ne permet de faire pour lui une division équivalente à celle du secondaire et du tertiaire. Sans les phénomènes spéciaux de glaciation, et le changemenl de l'orientation des grandes masses océaniques, autrefois parallèles et devenues perpendiculaires à l'Equateur, il n'y aurait même pas JL séparer le pléistocène du pliocène, dont les espèces se continuent presque toutes par des variations légères jusque dans la faune actuelle.
lies glftciairoB. — Le pléistocène ainsi déterminé présente une dizaine de périodes, alternativement chaudes et froides, avec des alternances correspondantes de faunes tempérées et arctiques. Si l'on en juge par l'importance des traces, les périodes les plus anciennes ont été les plus longues; elles paraissent avoir été aussi les plus contrastées. Le froid parait avoir été en croissant de la première h la seconde période froide, et en décroissant dans les autres. Chaque période chaude parait au contraire avoir été moins chaude que la précédente. On trouve sur tout le globe des traces de pareilles alternances, sans qu'on ait pu établir encore si le refroidissement ou le réchauffement affectaient la terre entière, ou si I de chaleur dans un hémisphère correspondait à sèment dans l'autre. On parait, en tout cas, avoir
établi le synchronisme des périodes pour rhémisphère boréal dans les deux continents.
Ce qui donne aux prennières périodes froides leur caractère particulier, c'est l'intensité des phénomènes glaciaires. Il y a eu probablement toujours des régions élevées et froides sur la terre. C'est dans de pareilles conditions que s'est faite la spécialisation des formes animales et végétales que nous appelons alpines et arctiques, dont la vaste diffusion caractérise les époques froides du pli'istocène. 11 y a même eu des glaciers dès l'époque primaire, et Ton a signalé sur plusieurs points, en France, en Australie, des conglomérais et des cailloux striés d'origine glaciaire ^ Ces glacial iojs locales ont pu prendre des
1. Gcikie a coosacré un appcadice du Great Ice Age à l'énumératioa des gisements glaciaires aaléricurs au pléistocène, et les notes contiennent une riche bibliographie.
On a constaté la prisence de conglomérats d'apparence glaciaire, et parfois des stries caractéristiques, dans des couches appartenant à presque tous les étages, de Técorce terrestre : précambrien en Ecosse ; cambrien au Varangcrfîord en Norwège et dans l'Inde ; silurien à Pangi, Cachemire, Glen App, Ecosse, Maimanse près du Lac Supérieur, Gibboriver, Australie ; dévonien, Sedburgh, Lammermuir Hills. Le carbonifère d'Europe et d'Amérique est riche en dépôts glaciaires. M. Julien qui a spécialement étudié ceux de France a établi leur corrélation avec la chaîne Hercynienne, alors élevée de six mille mèlres environ (V. Julien, Carbonifère marin de la France centrale, Paris, Masson, 1896, p. 269).
Le permien est d'une prodigieuse richesse en gisements glaciaires. L'énumération par Geikie tient six pages. De nombreuses localités ont été cependant omises. On trouvera une très riche bibliographie des glaciaires pcrmiens, spécialement de Tlnde, dans Nôtling, Btitraege zur Kt:nntniss der glacialen Schichten permisckers Allers in der Salt-Range, Punjab, Indien, Neues Jahrbuch fur Minéralogie, 1896, H, pp. 61 sq.
Le trias, le jurassique et le crétacé ont laissé moins de traces de leurs glaciers. On en a récemment signalé de nouvelles, notamment des blocs de granit erratiques de la craie d'Angleterre, présentés par M. Stebbing à la Société géologique de Londres dans la séance du 24 février 1897.
Le miocène a été riche en glaciers. La région des Alpes et celle des
proportions énormes sur les flancs de chçitnes de montagnes aujourd'hui usées et réduites par l'action des intempéries à des proportions relativement modestes, comme le Caucase et les Pyrénées. De vastes dépôts miocènes subpyrénéens ont été at tribués, à tort ou à raison, à de semblables causes. Le^refroidissemeut des régions polaires n'était pas non plus un fait nouveau. Graduellement pendant le tertiaire la température s'était abaissée dans la zone arctique, et les couches les plus élevées, au Spitzberg et au Groenland, n'accusent plus une flore chaude, mais tout au plus celle de la France. Mais en somme, entre ces phénomènes et ceux des époques glaciaires pléistocènes, il y a une telle différence qu'elle doit être regardée comme qualitative et non simplement quantitative.
Au moment de la plus grande glaciation, pendant le second ou grand glaciaire, la région nord de notre hémisphère était
Pjrénées, montagnes alors inûniment plus élevées qu'aujourd'hui, fournissent de nombreux exemples de conglomérats et de déjections glaciaires. V. Trulat, Les Pyrénées, Paris, Baillière, 1896.
Tous ces phénomènes glaciaires paraissent avoir été dus à l'exis tence de massifs montagneux énormes, agissant comme condensateurs dans une atmosphère saturée d'humidité, et dont la température, codstante sur tout le globe, n'était probablement pas très élevée. Il est probable que le soleil encore diiTus n'échauflait pas autant la terre d'autrefois que les Tropiques d'aujourd'hui. On a évalué la température de la grande époque des fougères, carbonifère moyen et supérieur, à, 45 ou 4 6* seulement .
Le régime des saisons et des zones n'a débuté que pendant le tertiaire, quand le soleil a commencé & éclairer moins fortement les deux pôles. L'inégalité s'est accusée sans cesse et ira en s'accusant davantage.
En somme, il j a toujours eu des phénomènes glaciaires, mais ceux du pléistocène sont d'une nature particulière, et en corrélation intime avec la crise météorologique causée par la réduction de l'insolation polaire au dessous d'un minimum critique. Aucune faune froide n'est venue jusqu'ici nous révéler l'existence de périodes de refroidissement général antérieures au pléistocène.
écrasée sous le poids d'une énorme calotte de glace d'une épaisseur moyenne de plusieurs centaines de mètres, et qui atteignait en Scandinavie une épaisseur assez grande pour recouvrir les basses montagnes. La limite méridionale des dépôts laissés en Europe par ce glacier formidable passe à peu près par Bristol, Douvres, Anvers, Magdebourg, Leipzig, Breslau, Lamberg et Kiev. En Asie elle remonte plus au nord, pour redescendre un peu vers le sud dans la Sibérie orientale. Les traces sont plus difficiles à suivre, une partie de ces régions ayant été couverte par la mer pendant le pléistocène moyen, la moraine frontale a été dispersée par les flots, et son eiListence n*a été constatée que depuis peu d'années. En Amérique la calotte glaciaire paraît avoir été plus épaisse qu'en Europe, et ses traces descendent davantage vers le sud à mesure qu'on approche de l'Atlantique, dont l'influence sur la production des glaces parait indiscutable. Sur cette coupole de glace, uniforme et dont la continuité est établie par le transport jusqu'en Belgique des roches Scandinaves, s'élevaient comme des lies rocheuses les sommets les plus élevés des montagnes de la Scandinavie et de l'Ecosse. La base du glacier rabotait le fond de la mer, relevant jusqu'à la hauteur de son front, le long des montagnes britanniques, les coquilles marines dont la présence a fait exagérer longtemps Tamplitude de la submersion de l'Angleterre.
On est stupéfait de la prodigieuse masse des eaux solidiflées ainsi et devenues pendant longtemps comme une formation géologique. On se demande quelle influence la soustraction d'une pareille couche a pu exercer sur le régime de l'Océan, et on so trouve plus stupéfait encore de constater que presque partout le niveau de celui-ci était plutôt supérieur au niveau actuel, par suite de causes diverses, et d'un affaissement marqué du sol. Cet affaissement lui-même serait facile à comprendre,
par le double effet de la coalraction due au reTroidissement, et de la compression due au poids du gracier, dont la pression moyenne dépassait cinq millions do kilogrammes par mètre carré, mais il doit avoir eu des causes plus générales, car le maximum d^affaissement a toujours accompagné le début et non le plein des périodes glaciaires '.
La température sur celle coupole de glace n'était pas toujours et partout lr^>s basse, mais elle devait rarement se relever au-dessus de zéro ^. En dehors de ses limites, et dans une zone très élendue, devait régner un régime humide et froid, humide, car la production de la glace suppose une abondance de neiges, et Tévaporation reproduit à son lour de la vapeur d'eau, froid, car une pareille masse de glace devait emprunter au loin le calorique nécessaire à sa fusion. Certains géologues ont soutenu que la température pouvait être douce au
i. La surface couverte par la glace ca Europe, au moment de la plus grande extension des glaces, a été de six millions de kilomètres carrés, soit les deux tiers de la surface totale. Grand axe 4,000 kil., petit axe 2,500. Cubage 70 millions de kilomètres cubes. En Amérique, surface totale 15 millions de kilomètres carrés, grand axe 7,000 kil. Pour TAsie les chiiTres manquent. De môme pour les surfaces maritimes. La masse totale de la calotte polaire ne devait donc pas être inférieure à 200 millions de kilomètres cubes, et atteignait probablement 300 millions. Cette quantité de glace, si énorme qu'elle paraisse, ne représente cependant qu*une tranche d'eau de moins d'un mètre enlevée aux océans.
2. Sur le plateau du Groenland, qui subit aujourd'hui le régime glaciaire, Nansen a observé des températures très basses. Entre le 1 1 et le !5 septembre, à Taltitude de 2,000 à 2,500 m., le maximum de jour a été — 20'', le minimum de nuit — 45**. A Taltilude de 2,000 m., en hiver, la température moyenne est — 25** et descend jusqu'à — 65* et — 70**. Au moment de la plus grande glaciation, la Scandinavie, située sous les mêmes parallèles, devait subir des températures beaucoup plus basses et presque interplanétaires. Si l'on attribue au sol un niveau de 1,000 m. plus élevé qu'aujourd'hui, chiffre faible en raison de Ténormité de la masse des matières enlevées par la glace et dispersées sur le N. de l'Eu-
voisinage du glacier polaire. Il en est ainsi en Nouvelle-Zélande tout près de glaciers qui descendent jusqu'à 200 mètres du niveau de la mer, le Waïbau par exemple, mais il n'y a guère plus de comparaison à établir entre un modeste glacier et la coupole polaire qu'entre un feu de tisons et un volcan. En pareille matière, c'est la quantité qui est tout. Il n'y a pas davantage à tenir compte de la plupart des preuves directes, tirées de la superposition immédiate de couches fossilifères et de dépôts glaciaires. Les fossiles datent d'une époque où le glacier n'avait pas atteint son développement maximum ou se trouvait déjà en régression, dans les deux cas assez éloigné pour que le régime glaciaire virtuel ne fut pas actuel au point éludié. Cependant» par suite de circonstances particulières, régime du vent d'ouest, humidité plus tiède, certains dépôts britanniques montrent des alternances de flores presque tem-
rope, et au glacier une épaisseur de 1,500 m., on est amené à conclure que la surface moyenne de la couche de glace devait être comprise entre 3,000 et 4,000 mètres. Le froid était bien moins vif dans nos régions.
La ligne des neiges persistantes, indiquée par la position des glaciers, était de 1,000 m. au S. de la Forêt Noire et des Vosges. Elle se relevait dans les Alpes, et dans les Pyrénées ne descendait pas au dessous de 1,700 m. On en a conclu que la température était seulement de 5 ou 6* plus froide qu'aujourd'hui en Allemagne et en France, et de 6* dans les Pyrénées. Ces chiffres s'appliquent au moment de la plus grande glaciation. En somme, la température était ce qu'elle est aujourd'hui au Canada, et dans le sud de la Sibérie, régions placées sous le même parallèle que les nôtres. Le climat était donc normal, et c'est celui de nos jours qui est anormal, dû à l'influence du Gulf-Stream. Il devait seulement, au point de vue biologique, être rendu plus dur par la constance et la violence du vent du nord.
Nous n'avons pas de données pour les régions intermédiaires, la zone extérieure de la coupole polaire, et les terres libres qui l'avoisinaient immédiatement. La décroissance était probablement très rapide depuis la Scandinavie jusqu'à la limite des glaces, et surtout depuis celle-ci jusqu'aux régions pour lesquelles nous sommes documentés.
péréesavec des lits neltement glaciaires. Sur ce point, la zone neutre entre la mort et la vie doit avoir été plus étroite.
Partout ailleurs, de la calotte glaciaire jusque bien loia dans le sud, le sol devait être constamment balayé par un vent furieux et glacé, une sorte de mistral perpétuel causé par le retour vers l'Equateur de l'air ramené à zéro sur cet énorme appareil réfrigérant. Les faunes de toundra et de steppe, si bien étudiées parNehring en Allemagne, correspondent à ces époques où le vent ne permettait pas aux arbres de vivre, même à plusieurs centaines de lieues du bord extrême de la coupole.
Il parait y avoir eu quatre périodes comportant un grand développement de la calotte polaire. La première glaciation et les deux dernières n'ont que peu dépassé les bassins de la Baltique et de la Mer du Nord, mais le développement des phénomènes glaciaires a été cependant très grandiose dans les régions montagneuses. Les chicots de montagnes du centre de la France montrent les traces de glaciers formidables, contemporains du premier glaciaire, et que l'usure des cimes a empêché de se reproduire plus tard. Dans les Alpes, les glaciers du grand glaciaire ont au contraire entièrement raboté les moraines du premier.
Dans les intervalles des périodes froides, la température était d'abord supérieure à celle d'aujourd'hui. La faune à Elephas meridionalis et celle à Elephas anliquus comportent des espèces dont le genre de vie exigeait un climat doux, par exemple le magot, et des amphibies exigeant des eaux constamment libres de glace, comme V Hippopotamus major et son descendant amoindri l'hippopotame ordinaire. A partir du troisième interglaciaire les espèces adaptées au froid, rhinocéros laineux, mammouth et renne, dont la présence ne se constatait que par exception dans la couche inférieure, ne
quilteot plus le pays jusqu'à leur entière destruction. Les périodes froides ne le sont plus assez pour leur interdire la vie dans les lieux abrités, et pendant les périodes chaudes, l'excès de la température n'est pas tel qu'ils ne puissent subsister dans les montagnes ou dans les forêts exposées au nord. De là de singulières coïncidences dans divers dépôts du pléistocène moyen et supérieur, et des mélanges déconcertants qui s'expliquent par les incursions estivales des espèces méridionales dans le nord, et les migrations hivernales des espèces du nord vers le midi, sous un régime climatérique à saisons très contrastées comme celui de nos pays à la 6n du pléislocène.
Causalité des glaciations. — On ne sait rien de bien précis sur les causes des phénomènes glaciaires. Elles paraissent avoir été fort multiples, les unes générales et les autres locales. Les maxima de froid ont été dus pour chaque région à des conjonctures spéciales de causes, ce qui explique l'inégalité du phénomène dans les divers pays.
Pendant le miocène, la flore du Groenland et du Spitzberg avait de grandes analogies avec les flores actuelles des Canaries, de la Galice et de l'Irlande, elle suppose un climat très doux, plutôt chaud, et une grande humidité. Même en admettant un léger déplacement du pôle, que penser d'une pareille flore dans des régions où le soleil monte aujourd'hui si peu sur l'horizon l'été, où l'hiver est marqué par une nuit de plusieurs mois? Il faut supposer qu'alors le soleil, plus grand, probablement moins chaud, éclairait à la fois les deux pôles du globe. Depuis, sa condensation s'est accusée, les pôles sont privés de ses rayons, et Téquateur les reçoit plus chauds. Le pléistocène parait répondre à cette période de transition. Que le phéno-
88 L'ARYEX
mène ait él6 dû à des causes internes, ou que le soleil luimême ait subi une action réfrigérante exlcrieure, il parait certain que la crise a coïncidé avic la période météorologique tourmentée qui nous occupe. Le soleil n'était certainement pas durant le tertiaire tel qu'il est aujourd'hui (Blandet, Lapparent, Fayc).
Il est évident que la réduction de volume du soleil, et le changement dans l'incidence de ses rayons ont déterminé une condensation considérable de vapeurs atmosphériques. Il s'est produit en petit pour la vapeur d'eau ce qui s'était fait en grand quand le globe entier était passé de l'état gazeux à Tétat liquide. De là, et pendant une longue période coupée d'alternatives, un régime de brumes épaisses, de pluies interminables et de neiges abondantes, et la cessation du rôle protecteur contre le refroidissement que jouait l'épaisse couche de nuages permanents du monde ancien.
Ce phénomène, sur lequel mon attention a été attirée par M, de Rouville, me parait avoir eu sur le pléistocène une influence principale. D'autres causes générales ont exercé aussi une influence probable. Le général Drayson pense que le pôle décrit un cercle autour d'un point situé à G° du pôle de l'écliptique, et à 29^ 25' 47' du pôle. Vers 13700 avant J.-C, le cercle polaire pouvait ainsi coïncider avec le centre de l'Angleterre. Il est possible aussi que la théorie de CroU explique une partie des phénomènes, mais elle a le tort grave de n'expliquer facilement qu'un glaciaire, commençant il y a 240,000 ans, durant 160,000 ans et prenmt fin il y a 80,000 ans à peu près. Pour quiconque a étudié les dépôts pléislocènes, alluvions de fleuves ou dépôts marins, il est bien difficile d'admettre une pareille durée du glaciaire, et une pareille ancienneté de sa fin. Ces dépôts, terrestres ou marins, partout où la glace n'est pas intervenue, ne représentent que bien peu
ORIGINE DES ARYtNS 89
de chose auprès des couches vraimeat géologiques *. Il ne s'agit plus, d'aulre part, d'un seul mais de plusieurs glaciaires^ de sorte que Thypolhèse de CroU s'appliquerait seulement au second. 11 est possible enfin que des phénomènes géologiques internes aient produit un déplacement appréciable de Taxe de gravité, et par suite des pôles, ù diverses reprises, mais cette cause est à peu près négligeable. Il faudrait un prodigieux changement d'équilibre, un soulèvement en mass3 de la moitié des terres du globe à deux ou trois mille mètres, pour faire varier d'un ou deux degrés la position du pôle. La cause dominante reste donc celle-ci : avant le pléistocène il n*y avait pour ainsi dire ni z jnes ni saisons, la paléontologie nous le prouve, et les périodes de lutte entre le chaud et le froid ont été la crise inaugurale du régime actuel.
i . Les dépôts laissés par les glaciers sont comparables par leur épaisseur à d*i m portantes formations géologiques, mais partout où n*ont pas agi ces formidables instruments d'érosion et de transport, les couches pléistocèncs ne dépassent pas quelques métrés Les dépôts glaciaires marins du nord de l'Europe ont de 40 à 200 métrés. Dans l'île de Seeland, un sondage a atteint 400 m. sans sortir de la couche. On évalue la masse totale des matériaux enlevés à la Scandinavie et aux régions voisines à plus de 700)000 kilomètres cubes. La Baltique et les lacs de Finlande, dus ù Térosion glaciaire, ont fourni une partie des matériaux, mais Tabrasion a dépassé 2,000 m. dans quelques régions de la Scandinavie. Dans la région du Léman, des sondages ont atteint une profondeur de 200 m. sans sortir de la couche des matériaux alpins apportés par les glaciers. Les alluvions de rivière ne dépassent, au contraire, généralement pas dix ou vingt mètres en France et en Allemagne. Plus au sud, la couche devient très faible.
Les couches marines sont à peu près négligeables. Cependant elles ont atteint une épaisseur plus grande dans certains dépôts de la Méditerranée, formés durant une période d'affaissement local lent et continu. Dans ce cas l'épaisseur des couches pléistocùnes peut atteindre plusieurs dizaines de mètres.
En Chine, le loess, qui est une formation éminemment pléistocène, un dépôt de poussière et de boues, atteint dans la vallée du Hoang-llo une
Des modiGcations im{)orlantes dans la répartilion des eaux et la direction des courants se sont produites pendant le pléistocène. En Europe, les choses se sont passées comme si dans les périodes froides le Gulf-Stream fut arrêté très au large, à des centaines de lieues, par une barrière de terres basses, ne laissant accéder les nuages que refroidis et prêts à se résoudre en neige. Les effondrements considérables dans la région atlantique ont agi aussi comme causes directes de production de vapeur, et ont dégagé certainement au fond de la mer des quantités considérables de calorique, en partie dues à l'action mécanique et en partie à d'immenses épancbements basaltiques. Ces effondrements ont agi encore d*une manière plus directe, en soulevant d'immenses raz-de-marée qui balayaient les continents jusqu'à une grande hauteur. Les phénomènes
épaisseur de 600 m. C*est encore une anomalie dont rcxpHcation sera impossible tant que le mode de formation du loess n*aura pas été expliqué.
Ces données ne concordent donc pas avec les chiffres de Croll. L*hjpothèse de Croll peut cependant fournir des résultats plus satisfaisants, combinée avec celle d'Âdhcmar sur la précession des équinoxes. D'après cette théorie, Thémisphère nord et l'hémisphère sud jouissant alternativement d*un été plus long, et souffrant d'un hiver plus prolongé, le maximum de refroidissement pour chacun d'eux constituerait une période glaciaire, dont l'intensité serait réglée par une combinaison avec les causes invoquées par Croll. La période d'xVdhémar est d'environ i 0,500 ans. Elle donnerait au pléistocène une durée de 50 à 60,000 ans, peut-être suffisante pour l'accomplissement des phénomènes d'érosion et de transport.
Il ne faut pas toutefois chercher à raccourcir trop les périodes glaciaires. Que l'on songe au temps nécessaire pour amener, à dos de glacier, un bloc de Finlande en Brandebourg ou de Suède en Angleterre. .\vec la marche actuelle des glaciers il faudrait plusieurs milliers d'années. Mettons que le transport ait été dix fois plus rapide, il n'en a pas moins fallu, le glacier établi, des milliers et des milliers d'années pour transporter la prodigieuse quantité de matériaux détritiques indiquée plus haut.
diluviens, en effet, sont à peu près les seuls qui puissent expliquer la présence d'alluvions de plateaux dans diverses régions. Il suffit de se reporter aux récits du raz-de-marée qui accompagna l'explosion du Krakatoa pour comprendre Télévation prodigieuse des lames que devaient produire des effon* drements étendus, mille ou un million de fois plus vastes, et plus profonds.
11 n'y a pas à tenir grand compte des dénivellements lents. Ils ont agi simplement en modiGant la répartition des terres et des eaux, dans le N. 0. surtout, mais ils n'ont élevé aucune région étendue à de grandes hauteurs. Des mouvements de bascule ont porté en Sicile, en Calabre, en Turquie, de petits lambeaux de terrain sicilien ou saharien à quelques centaines de mètres d'élévation, mais, d'une manière générale, c'est plutôt par une tendance à l'affaissement des terres que se caractérise le pléistocène. Ces périodes d'affaissement comportent des phases, de compensation partielle qui sont les périodes chaudes, mais les époques froides paraissent avoir été toutes des périodes d'affaissement général. Il faut d'ailleurs retenir que le maximum de dépression ne coïncide pas dans l'espace et le temps avec celui de la coupole glaciaire et de l'extension des froids, de sorte que les dépôts [nous renseignent surtout sur la faune marine du commencement et parfois de la fin de l'époque glaciaire correspondante. Il est bien certain que cet affaissement n'a pas été dû seulement à la compression par la calotte de glace, ou à l'attraction exercée par celle-ci sur les eaux, déterminant un bourrelet de la surface marine, ni à la contraction des matériaux de Técorce terrestre par l'effet du refroidissement *.
4 . Drjgalski a calculé que le granité se dilatant de 8 à 9 millionnièmes lorsque sa température augmente de 1°, pour 5 ou 10 degrés la dilata-
92 L'AHYEN
A titred"exempl(5, la CLi Le Scandinave était, avant lepicistocène, de 1,000 m. environ au dessus de son niveau actuel dans la région des fiords, qui, naturellement, n'ont pas été creusés sous leau. Pondant le quatrième glaciaire, la Scandinavie méridionale <!tait do 300 m. environ au dessous du niveau acluel. Les dénivellations oui été généralement moins considérables dans le reslo du N. 0. do l'Europe, à peu près 40 m. seulement pour l'Ecosse et moins pour l'Angleterre. Evidemment des causes géologiques locales sont intervenues comme élémeut principal dans css dénivellations.
Formstion d« l'Atlantique. — L'événement géologique du pléistoccne est la formation de l'Atlanliquo. Jusqu'alors el depuis le crétacé supérieur la grande masse des eaux dans l'Occident de l'hémisphère nord afTectait la forme d'une bande irrégulière, s'étendant depuis le N. de la Perse jusqu'au fond du Golfe du Mexique, et dont l'étendue longitudinale et les contours ont varié suivant les époques dans des proportions considérables. Les régions couvertes aujourd'hui par l'Allaotique Nord étaient un continent fort ancien, dont les débris nous montrent encore en Irlande, aux Fœrœr, en Islande, au Groenland, dans le N. E. de l'Amérique, des traces de lits charbonneux à flore et à faune terrestres. Plus au A. il y avait probablement de vastes étendues d'eau, mais d'eau tiède, car les couches du Spitzberg nous montrent une flore tempérée
, 90 niillionniùmes, [l saffiruit d'uQC dilaUittoD do i ' "xpliquer les relÈvcmeuls produits en Scacdinavie liri;. KOciproquement l'nffaisscmeuL général de la pourrait ëlrc eu partie expliqué pur la perte de ériodes glaciairca, perte très incomplètement récucette cause ne peut être invoquée seule, car les ut toujours les muxima de froid.
chaude, et oq a trouvé au N. du Groenland, à Discovery-IIarbour, par 81^.48, lo Taxodium disiiclnim qui vit actuellement au Mexique.
On peut voir dans Touvragc célèbre de Sues?, et surtout dans l'édition française publiée par M. de Margeric sous le nom do Face de la terre, (t. I, part. 2, ch. iv), le résumé des vicissitudes de cette mer parallèle à l'Equateur et dont la faune avait une grande uniformité à chacune de ses époques. Les formations à polypiers de Sainl-Barlhélemy, leurs équivalents de Cuba, de la Jamaïque, représentent les bancs à poly[)iers de Castel-Gomberto et de Crosara en Europe : Trochosmi/ia subcttrvata, argiUa^ Siephariocœrna el^gans, Astrocœina multigranosUy Ulophylla macrogyra, Porites rainosa. Cidaris melitensis existe dans plusieurs des Antilles, en compagnie d'espèces proches parentes de celles du calcaire supérieur de Malte; comme Schizaster Loveni, Brissopsis Antillarum. La différenciation s'accuse dans les étages supérieurs; une cause, sur la nature de laquelle on n'est pas fixé, mais qui ne comporte pas Texislence d'une séparation complète, empoche la diffusion des faunes.
Le pléistocène débute par l'effondrement de vastes parties de ces régions, permettant à la faune du plus extrême Nord de pénétrer jusque dans la Méditerranée pendant les divers glaciaires. Pendant tout lo pléistocène se sont succédé ces effondrements, dont les derniers ont donné lieu à la légende de TAtlantide et à d'autres analogues. Ces cataclysmes, le mot est purement exact dans ce cas, ont été très rapides. Presque tout le travail de formation de l'Atlantique Nord s'est fait ainsi dans la période si courte du pléistocène, quelques dizaines de mille ans au plus. Ces phénomènes soudains, dus à des ruptures de voûtes, ont été accompagnés de mouvements de bascule lents et plusieurs fois répétés au N. 0. de l'Europe. Le
résultat déGaitira été la Tormation de ce vaste bassin qui s'étAnH riftrtuis le pôle jusqu'à l'Equateur, où il se joint au grand maritime austral.
action nouvelle des eaux, suivant les méridiens» fait •,c la mer tertiaire dont il reste seulementles deux ex* le Goire du Mexique et la Méditerranée. L'aspect des américaines a donc profondément changé depuis le et ce phénomène a été général sur tout le globe. Au les mers peu profondes et enchevêtrées dans un s;srchipels et de terres découpées a succédé un régime lents compacts et de vastes et profonds océans.
mes. — Les vicissitudes du climat ont entraîné d'une nécessaire une grande vicissitude de faunes. Les es* la (in du pléistociinc sont en grande partie nouvelles, is caracléristiques du commencement de celte époque iru. Ces dernières sont cependant moins nombreuses parait d'abord. H faut distinguer les espèces vraiment disparues sans descendance, comme VElasmotherium gaceros, de celles qui ont survécu dans des formes laptéûs, comme VElephas meridionalis N. dins \'E, F., celui-ci dans r£.^ri»iiyeniwsBl. et !'£. Afrîcanus , rnier encore vivant. Pour les rhinocéros, les éléphants, lux, les bœufs, de, la transition des espèces est inet il existe, par exemple, dans la collection Sirodot, intermédiaires entre les formes éteintes et vivantes lit. Tous ceux qui ont eu à classer des mammifères nés, et qui se sont maintes fols butés à l'impossibilité rter un exemplaire à une espèce plutôt qu'à une aumt à quoi s'en tenir sur l'extinction des espèces. En 1 part Machœrodus latidens, Elasmothertum, Trogonet quelques hippopotames et éléphants minuscules
de Crète, de Sicile et de Malte, les espèces pléistocènes d'Europe et de Sibérie survivent toutes. La fauae pléistocène de rAmérique a été, au contraire, prodigieusement réduite en grandes espèces ^ Il en est de môme pour les petits animaux et les plantes, il n'y a pas plus d'une dizaine des uns et des autres qui aient disparu sans descendance. Quant aux espèces disparues de chez nous mais qui survivent ailleurs, comme les cerfs, les hyènes et les félins pléistocènes, Machœrodus excepté, c'est à tort qu'elles sont parfois appelées éteintes.
Cette dernière catégorie est généralement qualifiée : animaux émigrés. Cela ne veut dire aucunement que le climat ayant cessé de leur convenir, ils aient été chercher fortune ailleurs. En réalité, à mesure que le climat variait, chaque espèce s'éteignait sur une partie de son aire, et envahissait au contraire de nouveaux territoires devenus appropriés à sa constitution. Cette remarque a son intérêt. Elle nous permet de comprendre que le renne de France pouvait avoir un tempérament
\ . Le globe entier était couvert durant le pléistocène mojcn d'une faune de mammifères gigantesques, éléphants, rhinocéros, édcntés, ruminants, marsupiaux. Toute cette faune est éteinte, à part deux espèces d'éléphants et trois ou quatre de rhinocéros, qui survivent en Afrique et en Asie. L'Amérique du Nord a perdu Mastodon ohioticus, Elephas Colombie americanuSf Mylodon, Megatkerium, Megalonyx. Toute cette faune s'est éteinte depuis la lin du pléistocène. On la trouve dans les brèches et dans les grottes des Grandes Antilles et des Bahama s, jusqu'à Anguilla, dans l'est extrême du système des Grandes Antilles. Toutes ces terres faisaient, comme nous le verrons plus tard, partie du continent. L'Amérique du Sud a perdu de grands félins, Machœrodus neogœuSy Fêles protopanthery des chameaux, Macrauchenia^ Pro^auc^cnta, et toute une faune singulière d'édentés, de tatous: Chlamydotherium, Glyptodon, EiUattts, Panochtus, Dœdicurus, Toxodon, Tant dans le Nord que dans le Sud, quelques espèces ont végété jusqu'à une époque récente, le dernier mastodonte aurait été tué au siècle dernier et le bison a été exterminé de nos jours. L'immense majorité des espèces n*existait déjà plus à la un du pléistocène.
moins spécial que le renne actuel de Laponie, son collatéral mais non son descendant. Il est probable que le tigre de la Mandchourie et de la Sibérie orientale, transporté brurquement à Ceylan, mourrait aussi vite que lo renne de Laponie amcno à Paris. I/Esquiraau adapté au climat polaire meurt en peu de mois dans nos climats, en vertu même de la spécialité de son adaptation.
Je ne crois pas que la transformation des espèces qui apparaissent durant le pléistocène ait toujours été accomplie au temps géologique où nous les voyons se multiplier. Les espèces de montagne et de Textrême nord de l'Europe à la On du pliocène nous sont inconnues, ce sont elles probablement qui ont envahi les plaines plus tard, au moment où nous apparaissent les faunes froides. Cette remarque encore est niile, elle nous permet de comprendre la rapide succession des espèces d*é!éphants, par exemple, dansun temps assez court ensomme. Le climat nouveau a contribué à parfaire et à répandre les types de faune froide, mais il existait depuis Torigine de la vie des formes adaptées aux températures peu élevées, espèces monticoles sur la terre, abyssales dans la mer.
C'est très probablement à une ceitaine profondeur, dans le bassin subpolaire, que se sontainsi formées les espèces de faune froide qui apparaissent brusquement pendant le premier glaciaire dans le crag de Norwick, dans les sables de Palerme à Ficarazzi et Monte Pellegrino. II est probable que pendant le pliocène la température douce de la mer devait être superQcielle, entretenue par un courant analogue au Gulf-Slrcam. Nous ignorons parfaitement comment ce courant, qui n'était pas, et pour cause, le Gulf Stream alors tournant en rond dans l'Atlantique central, a pu parvenir dans la mer polaire, mais la formation même d'une faune froide dans ces eaux prouve à peu près son existence.
Xous possédons jusqu'ici très peu de documents pour la zoologie du premier glaciaire. Les dépôts terrestres du nord de l'Europe ont été ravinés par les glaciaires suivants, et l'action du froid parait n'avoir pas été si marquée dans l'Europe moyenne et méridionale que la faune terrestre en ait subi de 1res profonds changements, ou toutjau moins que de^nouvelles espèces aient été créées. Les coquilles d'eau doucede la couche inférieure de Magdebourg et de quelques autres stations sont à peu près tout ce que nous connaissons de la première faune froide, en dehors des dépôts marins. Do mammifères nouveaux, point de traces. En revanche une grande partie de la faune arnusienne ne se retrouve plus dans les couches du niveau de Saint-Prest ; les âges de ces deux assises étant séparés par le premier glaciaire, on peut en conclure que le changement du climat détruisit un grand nombre d'espèces du pliocène.
Dans le crag supérieur de Norwich et les couches de Chil . lesford, la faune spéciale comprend Fusus striatus, Turritula commiinis, Cardium edulcy Cyprina islandica, espèces qui vivent encore dans la Mer du Nord, mais qui n'y existaient pas pendant le pliocène, ou s'introduisaient à peine. Elle comprend en outre Scalarîa groenlandica, Panopœa norwegica, A star te borealisy formes nettement polaires. Dans les sables supérieurs d'Anvers la Chrysodomus despecta a la même signification.
La présence de ces coquilles dans la Mer du Nord, avec le voisinage de la Scandinavie couverte d'un glacier comme celui du Groenland actuel, et de l'Ecosse également couverte de glaces, n'est pas faite pour surprendre. Celle des coquilles boréales dans la Méditerranée est plus étonnante, malgré la présence de puissants glaciers dans les Alpes et sur le Plateau central. La faune de Ficarazzi et Monte Pellegrino, Bticcinum groentandicum, Trichotropis borealisj Myatrimcata, Cyprina
L'ARTBN. 7
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islandica, Saxicava arctica, est démonstrative d'un abaissement de plusieurs degrés dans la température marine. Il est probable que, par suite de la conGguratiou des côtes à cette époque, un courant polaire devait venir s'engouffrer par le détroit bétique, peut-être par celui de Gibraltar s'il existait déjà, dans la Méditerranée occidentale. Les formes arctiques deviennent moins abondantes dans les dépôts j)lus orientaux.
La faune de Tinterglaciaire qui suivit est la continuation de celle du j)liocène supérieur, la faune arnusienne diminuée d'un grand numbre d'espèces ^ Dans l'Europe moyenne les formes animales du premier glaciaire et du premier interglaciaire sont identiques. La faune desalluvionsde la Bresse, par exemple, qui paraissent dues à une première glaciation alpine comme les deckenschotter suisses, est exactement celle de S.
\ . Espèces des couches immédiatement antérieures au niveau sicilien qui ne se retrouvent plus aux niveaux supérieurs : Mastodon arvemmsis Cr., Borsoni H., Rhinocéros etruscus Falc, Tapirus arvernensis Dev., Gazella Julieni Dép., borbonica, burgundina Dép., Antilope ardea, PcUœcreas torticorniSy Cervusardeus Cr., Par dinensis Cr., Douvillci Dép., Etueriarum Cr. et J., cusatms Cr., Castor issiodorensis Croiz., Ursas ai^vernensis Cr., Eyœna Perrieri Cr., Machaerodus crenatidens Fabr., etc. En Italie, Palœoryx Meneghinii, Equus intermcdius, Inuus florentinus. La disparition totale des antilopes est surtout à remarquer. 11 faut toutefois observer que les tombes néolithiques de l'Hérault ont iburni des débris de gazelles dont quelques espèces ont pu se maintenir sur le littoral méditerranéen, si elles n'ont pas été importées, les gazelles ayant été domestiques en Egypte et dans le N. de l'Afrique à l'époque indiquée.
Du commencement à la un du pliocène, la faune de la France et des pays voisins est ix peu près constante. On remarque très peu d'apparitions et d'extinctions de formes nouvelles, l'abondance relative varie seule. Il y a aussi des faciès locaux, avec espèces spéciales, qui rendent parfois difficile le classement chronologique des gisements isolés, mais ne rompent pas l'unité de la faune. Celle-ci perd plus de la moitié de ses espèces dès le commencement du pléistocène, par l'effet du changement de cli- '^at.
Prest et des couches supérieures du Val d'Arno. C'est la fauue à Elephas meridionalis N. dominaut, E, antiquus^ Rhhioceros A/er/:<V Kaup. I Hippopotamits major, Trogontherium Ciivierii^ Machxrodus latidens, Megaceros Carnutum, CervusSedgivicki, capreohiSy dama. Les petites espèces de mammiîères sont moins coiiQues, à cause de la nature des dépôts. Les dépôts d'eau douce sont caractérisés par Belgrandia, Paludhia diluviana, Cyrena fluminalis, formes aujourd'hui éteintes ou cantonnées dans la région méditerranéenne. Paludina dihiviana, qui forme à Magdebourg et à Berlin de véritables bancs, ne reparait plus dans le chellécn d'Allemagne et suffit à dater uu gisement. Dans le Forest-ùed de Cromer on trouve des plantes qui prouvent Texislence d'un climat constant et plutôt doux que chaud : Aôies peciinata, Picea excelsa^ Pinus silvcsiris, P. montana. Taxas baccata, Symphœa alba *. Dans le midi de la France, la flore à lauriersjel figuiers de CasLelnau parait de cette époque ou de l'inlerijlaci lire suivant et prouve Texisleace d'hivers moins rigoureux qu'aujourd'hui. L'existence des hippopotames montre que, môme en Angleterre, les rivières n'étaient jamais prises. Toutes ces espèces ne supposent
m. • II. . II.., I i.l
i. Pour les flores du pléislocène il D*apas été fait de découvertes botaniques importantes depuis Touvrage classique de MortiJlet, auquel je renvoie par suite le lecteur. A noter cependant la découverte du blé cultivé dans les dépôts asjliens du Mas d'Azil, et de plusieurs arbres fruitiers. Cette graminée d'une si grande importance appartenait donc probablement à la flore pléistocène d'Europe, ou du moins de la région ibérique. Ainsi prend fin une longue controverse sur l'origine du blé. La thèse de rîDiportation asiatique est d'ailleurs abandonnée pour la plupart de dos espèces domestiques animales et végétales, qui sont maintenant rattachées à des souches indigènes ou mt^diterranéennes.
Pour les flores d'époque chaude, vojez aussi Dollfus, Tufs de Monligny, C. R. Ac. Se., t. ^26 (1898), i39.
Pour celles d'époques froides, et d'une manière générale pour les pays du Nord, vojez Nathorst, Blytt, Nehring, Andersson, Huit.
d'ailleurs pas des 6\^s plus chauds qu'aujourd'hui, leur ardeur pouvait même ^Irc moii)dic. Il suflïsail que l'hiver Tilt peu rigoureux, car la faune cl la Horc sonl régl<5es plutOl par la tempjralure hivernale que parcelle des mois les plus chaude. I,e second ou grand glaciaire a laissé peu de traces dans la faune marine de la Médîlerraniîe. Il n'y a pas du moins de lits à faune froide actuellement connus qui se rapportent à celte ('■poque. Comme le précédent, ce glaciaire a laissé des traces plus importantes en Angleterre, par exemple les lits h Leda mijalis au dessus du Forcstbed de Cronrier. L'E. primigenius se trouve, dans le Foreslbcd de Cromcr, représente par des précurseurs. Son arrivée dale probablement du commencement du second glaciaire, quand la grande coupole de glace commentait feulement à s'avancer. Plus lard le glacier est descendu de Scandinavie, rabotant la Mer du Nord et couvrant les Iles Britanniques. Il a supprimé pour un temps la vie dans la région. La faune du Itoiildcr-Ciai/ inférieur, qui correspond au second ou grand glaciaire, csl donc à proprement parler celle du commencement ou do la lin de rcpoi]ue. Dans tous les dép:>Is marins du Boulder-Claij inférieur continental, nous trouvons de nouveau Ci/prina islandica, Astarte borealis. Saxicava arclica, Leda myalis, Yoldia arctica, Natica grocnlatt' dica. En Angleterre, même faune marine. Comme mammifères les couches contemporaines donnent le morse, le narval, le pboquode la mer polaire, Pagophilusgroenlandicus, le renne, Rangifergroenlandicus, le chien, C. familiaiis v. groeiilandica, latus, le castor, le glouton, Gitlo borealis, le mamrimigeniiis, le rhinocéros laineux, Rh. lichorhimis ,E. caballus foxsilis, le bœuf, Taurus primî genius Bison prisciis, des cerfs et des ours que dous reous plus lard. Absence du daim et du chevreuil, «les. Tout le nord de l'Europe tempérée a pcii-
dant le progrès et le regrès du glacier porto une flore à Salix polaris, herbacea^ Drt/as octopetala^ Betula naîia, etc.
L'inlerglaciaire suivant est connu par de nombreux dépôts d'alluvions, dont le plus célèbre en Francis est celui dcChelles, d'où le nom d'époque chelléenne donné au second interglaciaire. La faune est à très peu près celle du S. Prestien, mais VElephas anliquus y remplace VE, meridionalis devenu très rare, du moins dans la région correspondant au N. de la France. Le gisement de Tilloux et certain» gisemenls de la région méditerranéenne en France et en Italie nous montrent en effet la survivance de cet éléphant jusqu'à l'époque où le mammoulh domine à son tour. 11 ne faut pas perdre de vue que la faune dont on parle d'ordinaire est celle de l'Angleterre mé ridionale, du nord et du centre de la France, de l'Allemagne, et qu'à toutes les époques certaines de ses espèces ont manqué dans le nord de l'Europe, tandis que le midi en possédait une série d'autrrs dont l'occurrence est fort rare dans la région moyenne. Ainsi le renne n'est à aucune époque des- C3Ddu en Espagne et en Italie, sauf des incursions individuelles, et sous la même réserve le Nord n'a jamais vu VElephas meridionalis ni VE, anliquus. Les éléphants nains, E. mnaidriensis et melitensis B., et le petit Hippopolamus Pentlandi n'ont pas vécu sur le continent. Hyaenabrunnea^ crocula, n'ont vécu que dans la région méditerranéenne, et en petit nombre* De même le magot ne parait avoir été trouvé que dans l'Hérault et les Pyrénées. Toutes ces formes sont du chelléen. Le rhinocéros dominant du chelléen est le Merckii, le tichorhinus reparaissant seulement comme précurseur du glaciaire suivanl. Les espèces datant du pliocène se raréfient : Machœrodus, Trogontherium, Equus Stenonis,
L'homme fait dans le second interglaciaire sa première apparition certaine. 11 a semé ses lourdes haches de type chelléen
lOa L'ARYEN
et acheuléen siirlo globe presque entier, mais nous n'avons de débrishumainsaulhenliqucs que deux dénis IrouvéesàTaubach près de Weimar. Il esl prchable que nous avons affaire au fousgenre Piihecanthropus, représenté par P. erecws Dub. dans les couches de Trinil à Java, dont la date est à peu prés celle du S. Prestien français, Norfolkien de Geikie, et par P. Neanderthalemis King dans le troisième interglaciaire.
Le Iroisième glaciaire nous fournil de nouveau comme faune marine Cyprina islandka, Psammobîa ferœnsis, Mi/a irvncata, Bticcinum undalvm et autres espèces déjà citées. Le renne, le rhinocéros laineux, le m&iamoViXh, E. primigemtis, sont les espèces caractéristiques de l'époque. E. andquus disparait à peu près entièrement de France et d'Allemagne, et d'une manière [définitive. On ne le retrouve plus qu'au delà des Pyrénées, où il s'est maintenu jusqu'à une époque très récente, et d'où il a fait quelques incursions dans le S. 0. de la France pendant l'interglaciajre suivant.
Après le troisième glaciaire nous voyons très nettement, grâce aux fouilles minutieuses faites ea Allemagne et en Suisse, et à la' richesse des dépôts des cavernes, la succession des faunes s'opérer. 11 faut distinguer entre les régions do l'Anglelerre et de l'Allemagne, où les documents ne commencent guère avant le quatrième inlerglaciaire, et le midi de la France, où le qualrtèmeglaciaire ayant faiblement agi la faune n'a pas subi de fortes vicissitudrs. Celte dernière esl caractérisée pnr des félins et des ours qui existaient déjà pendant le chelléen, mais n'y avaient pas la raè'me valeur caractéristique : Byxna spelsea G., Léo spelœus G., L'rsus spelseus Bl., par le mammouth elle rhinocéros laineux. La plupart de ces espèces du pléistocène moyen s'éteignent peu à peu chez nous; '■;s couches supérieures on ne les retrouve plus, mais X dernières ont seules réellement disparu.
OaiGlNE DES ARYENS 103
Le quatrième glaciaire apporte peu de changement h la faune dans nos régions, mais réintroduit la faune arctique dans TEurupe septentrionale et centrale. C'est du quatrième glaciaire que datent les restes innombrables et bien conservés de la faune à lemmings du lœss et des cavernes. Aucun bouleversement n'étant venu depuis lors remanier les alluvions et vider 1rs cavernes, les archives se sont empilées dans un ordre parfait. Leur destruction par les phosphatiers est un des faits les plus regrettables de notre époque, où la recherche inintelligente du lucre causé d'incalculables ravages. Par ces dépôts nous apprenons comment se sont passées en détail les périodes de transition du froid au chaud, dont nous n'avons qu'une notion sommaire pour les temps antérieurs.
Aussitôt après que le sol est redevenu habitable apparaît une faune de toundras, le climat correspondant à celui de la Sibérie dans le voisinage de la mer glaciale. C'est la couche à leraming, Myodes torqiiatus, qui offre les espèbes suivantes : Lepus glacialis, Vtilpes lagopiiSt Gulo borealis, A la même époque appartient Ovibos moschatus. Chose singulière, l'ours blanc n'en fait pas partie, et cette espèce ne se trouve pas à Tétat fossile. Vient ensuite une faune de steppe, avec Lagopus pnsillus, Spermophilus rufescens K., citilhis, Lepus variabilisy Canis corsac, Equus hemionus P., Saïga prisca, Cervus canadensis, maral, Rangifer tarandus L., Elephas primigeniiis, Rhinocéros tichorhimiSy Alactaga jaculus P., Arciomys bobac Sch., Cinvetus frumeniarius, vidgaris D., phœeus, Oois argalîoides, etc. A cette faune se superposent les grands carnassiers énumérés plus haut \
I. Les recherches de Nehring, de Sluder et de divers autres savants allemands ont prodigieusement enrichi la liste des espèces du qualriôme interglaciaire. En France, les dépôts de cavernes ont cHé transformés en
La faune à saïga, hamster et spcrmophile s*ePt étendue jusque dans Toucst de la France (Périgord, Mayenne), mais celle à lemming n'y est guère représentée que par le glouton et Tovibos. Le renne est abondant jusqu'aux Pyrénées.
La reconstitution du sol arable et des forêts fit disparaître peu à peu les espèces de steppe, excepté dans les régions où le steppe dure encore, en Russie et Sibérie. Peu à peu les grands carnassiers diminuent, et les espèces actuelles, d'abord pauvrement représentées, se multiplient et les remplacent. De môme les bovidés et les cervidés supplantent les éléphants et le rhinocéros, et enfin le renne'même. Le cheval, qui parait avoir été d'une extraordinaire abondance après le troisième et le quatrième glaciaire, diminue aussi de fréquence. La fin du pléistocène est marquée par un développement considérable des forêts et par
phosphates sans avoir été étudiés, et la science ne dispose que de débris sans étal civil bien précis, arrachés à la rapacité des phosphaticrs ou récoltés au hasard par des amateurs souvent zélés, rarement pourvus des loisirs, de Targent et des connaissances techniques nécessaires. C'est donc aux gisements allemands que nous sommes surtout redevables de la connaissance de la faune à rongeurs, patits carnassiers et insectivores, jusqu'à la taille du Pelia manulV. cl du Hystrix hirsutirostris.
On trouvera dans le mémoire de Wuldrich une^ liste de près de 80 espèces de mammifères di quatrième interglaciaire de la Basse-Autriche. Pour la région du Rhin, le volume consacré au Schwcizersbild fournil des liiiles de mammifères presijue aussi copieuses, et d'autres relatives aux oiseaux, aux vertébrés inférieurs. Dans l'ouvrage de itiviôrc. Antiquité de l'homme dans les Al^cs-Maritimes, on trouve une liste à peu près complète des espèces alors vivant dans la région, i-a faune des coquilles du lœss a fait l'objet de diverses publications allemandes.
Les principales et les pluj caractéristiques sont : Limas agresiis L., Hyalina cristaUina M., Palula pygmœa D^^ap., Hélix pulchella Mûll., costata Mûll., sericea Drap., hispida L., villusa Drap., arbustorum L., a/pestris Sandb., Cochliopa luhrica M., Vupa secale Drap., dolium Drap., muscorum L.. columella Mari. , pygmœa Drap., Clausilia parvula SiudtyTj Held, Succinea oLlunga Drap.
l'abondance des cervidés, représentés par les espèces actuelle?, le cerf do Virginie, le maral, tous deux éteints en Europe, l'élan, relégué aujourd'hui dans Textrôine nord avec le renne, et le prodigieux Megaceros hibernicus, dont Texistence s'est prolongée jusqu'à notre ère et même au delà.
 la faune desjgrands carnassiers, du mammoulh et du renne, qui se divise elle-même assez bien en trois sections chronologiques d'après la prédominance de ces espèces, succède donc celle des cervidés, puis la faune actuelle, résultat de Textinclion progressive des espèces par l'homme.
Le cinquième et le sixième glaciaire n'ont pas sensiblement agi sur la faune et la flore, en dehors des régions de montagne et de Textrême nord de l'Europe.
Homme. —J'aurai plus loin à étudier en détail l'anthropologie pléistocène pour chercher l'ancêtre de VH. Europœus, Je n'en dirai donc ici qu'un mol. L'homme est déjà représenté pendant le pléistocène par des formes très variées. Laissant do côlé les formes exotiques, et en particulier la plus ancienne et la plus primitive, P, erectus Dub. de Java, nous avons dans le pléistocène supérieur d'Europe Pilhecanthropits Neanderthalensis, King, la plus ancienne forme connue dans toutes ses parties, et une série de formes appartenant au g. ^owodans le sens strict. De celles ci, les unes sont connues par leurs restes, comme celles de Chancelade et de Menton, les autres ne sont que supposées d'après des dessins ou des statuettes, comme la race stéatopyge de Pielte. 11 est problable aussi que les races de pygmées, découvertes exclusivement jusqu'ici dans les couches néolithiques, existaient déjà en Europe durant le pléistocène. EnGn le crâne de l'OImo et celui de la ïruchère représentent d'autres variétés.
Chronologie. — Nous possédons très peu de travaux synlhé-
tiques sur le pii^istocène. Lo meilleur est assurément le Great
Ice Age deGeikie, mais il est fait à iinpoiat de vuespécial. Les
mono<;raphies locales sont innombrables, et leur dépouillement
'" ni un iiomhre considérable découpes de terrains, dont
irt sont difficiles à raccorderenserable'. La terminologie
principulemciit utilisé les Iraïaux suivauls, clool lu liste com- JQDS une ccrtuiiiQ mesure celles de la 3' ôdit. du Great lie Age, Ment à 1692 ou 1893.
sson. — Ont nauTa vâxlfostil fran GoHland {Geol. Fôrou. Fôr- 893, XVII, 3S-52).
SEOD et Bergholl. ^~ Torfmosfe ùfverlagrad of Slrandvalt vcsicr ro {ihid., XVII, 21-9*).
sson. — Om sefglaciata och poslglaciala aflagringar i mellersta l(Lbid., XVI, 53t-f>66).
ssow. — Sur l'diat du bastin de la Utr Noire pendant l'époque [Bull. Ac. des Se. de Pélershourg, I8S4, XXXV, 437-448). r. — Btiirâge zur Kenntnm dcr interglaciaUn Ablogerungen ohrbuch fur Minéralogie, 1896, I, 139 et s.)
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, S7T-S96, cuHc monlrant la plus grande étendue de la première
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présente une première difficulté. Chaque monographe, et je ne saurais Irop le louer de le faire, appelle première glaciation celle qui a laissé les plus anciennes traces observées dans sa région. Il en résulte que la première glaciation d'Ecosse correspond seulement à la seconde de Suède. De même la quatrième gla-
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cialioli d'IîcofS:', de la ForOl-Noire et de Suisse ne parait pas avoir do cotrespoiidatito chez nous. D'autre part il y a de vi-
.-L. ■ii-.-.. j.jig ig grand glaciaire d'Ecosse, des lils de
prouvant que dans cette région protégée
l'homme au travers dei temps... (B. Soc. d'Aiilhr. , 98. ~ L'f origines du quaternaiie de la Belgique iol., ISO?, XI), — Les tif)di/ieations du liitorai le nwdrme (Aim, Soc. gOol. du N., 1807, XXVI,
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par le Gulf-Stream, la vie était aux aguets cl gagnait du terrain à chaque r(»cul temporaire do la coupole de glace.
Les glaciations, d'autre part, n'ont ni le môme centre ni la même aire. lien résulte une superposition des gisements ti es irrégulière. Sur certains points ils accusent une ou deux phases de simple refroidissement sans glaciers, sur d'autres la présence quatre ou cinq fois répétée d'un épais manteau de glace. La géologie pléistocène ne se comporte d'ailleurs pas autrement en cela que celle des temps antérieurs. Toutes les époques nous montrent des dé[)ôls marins ahscnls ici, parce que larégion était alors exondée, ou parce que les couches ont été abrafécF, tiès puissants ailleurs, avec faciès abyssal dans un pays, littoral ou d'estuaire dans un autre, et enfin dans d'auties régions encore, les couches contemporaines sont lacustres, fluviales ou purement terrestres. Le travail de coordination, l'établissement dessynchronismes se Tcra donc de la même manière. On se guidera tout à la fois par la stratigraphie, la paléontologie, même la li» ihologie micrographiquo, caries argiles et les graviers plé'stocènes accusent une composition minéralogique différente suivant les époques, à cause de la différence des roches dans les régions desquelles émanaient chaque fois les courants de glace *.
Les débris de l'industrie humaine sont un élément de détermination nouveau et précieux dans la géologie du pléisto-
i. Ainsi la présence de parcelles de Rapakiwi dans un gravier prouvera que celui-ci contient des éléments d'origine finlandaise, celte roche étant propre à cette région. Dans le N. de TAllemagne, celle présence prouvera que le limon est contemporain du troisième glaciaire, ou poslérieur, les courants de glace n*ayant apporté dans les périodes antérieures que des matériaux Scandinaves. L'analyse microscopique des limons de l'Allemagne du Nord, de la Scandinavie, de la Belgique, de l'Angleteric, et de ceux retirés du fond de la mer par les sondages a donné de précieux résultats.
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di ♦. i;/i. Cl.. . *\.i 'i * la [*«::nbes et de la Bresse. — Pal^on^ tolo^j'^, £.'/.^rrn.;..i:!-,Q <i-s es{.»-':t^s ciroctérisii (aes du plio- ':fî >:. Fi;'. î h'/Trile dmi I.i M-.^r da >'orly daii> l'Europe OVi/f:;.:,';, hf/cnudit fj.^fjefdan ucuni. C joruta idaU'iica, Tri^ cAo/rofjf.i ôoreaii^'y »;?.:. d.j.as II M^iiterraaée. — Géo^jrtiphie. EffiiU irftni^-.iil \,irO:\ di r:o:i::ineai ^r'iro-américaîn. Coatours iln X. *>- *»ï 'i *- 1 •> '!•; l'Eirope plus avanc^^'s vers l'ouest qu*aa-
'ii'Aui aHîaeat du Rhiu, 1* Rhiu de la SatJae. I, .\l;>^î^, Pyrénées, de mille mètres au moins ijjo ird'liiii au dessus de la plaioe. Méditerratr^î-t irr^î^rulière et petite, communiquant avec
rOcéan par le détroit de Gibraltar récemment formé, et par périodes avec un bassin maritime au sud de la Grèce. Pas d'Adriatique ni de Mer Egée, lacs d'eau douce et lagunes dans la région de la Mer Egée. Fleuves de Syrie affluents du Nil, dont Terabouchure devait se trouver au S. E. et à peu de distance de la Crète. Dans la région de la Mer Noire orientale, un lac saumâtre communiquant au nord avec la Caspienne très étendue qui reçoit le Danube. Ce fleuve séparé du lac par une chaîne unissant le Balkan aux montagnes de Crimée. Grande glaciation. Au maximum Vlnlandsis couvre la Baltique, TAUemagne du Nord et l'Ecosse. Grands glaciers dans toutes les chaînes, spécialement sur le plateau central de la France, où la glaciation a été plus forte que celle du grand glaciaire. — Climatologie, Période de refroidissement, neiges et pluies abondantes.
Premier interglaciaire. — Norfolkien. — Géologie. Fores tbeddii Norfolk. Saint-Prestien de France. Couches de Durfort. Couches supérieures du Val d'Arno. Couches à Paludina dituviana de Magdebourg. Argiles et marnes à Paludines de Berlin. Formation d'eau douce de Fleming. — Paléontologie. Faune des survivants du pliocène, sans éléments nouveaux. Eléphant dominant : meridionalis. Rhinocéros dominant : Merckii. — Géographie. Période d'émersion dans le N. 0. Le Rhin continue à recevoir le Rhône par la vallée de TAar, mais coule vers le N. et va se déverser au N. E. de l'Ecosse. — Climatoloyie. Epoque plus chaude, au moins l'hiver, que de nos jours, pluvieuse et humide.
Deuxième ou grand glaciaire. — Saxonien. — Géologie, Erratique ancien de l'Europe du Nord. Boulder-Clay inférieur d'Angleterre et d'Allemagne. Moséen de Belgique. Sables fluvio-glaciaires de l'Europe moyenne. Deckenschotter récent de Suisse. Moraine inférieure delà Forêt-Noire, des Carpathes>
' ••( di^s f yr.fnéfis. Prr.b^iblemeiit i-onglonn'rjt aorinL'ç. Kunsan fnt-maiion iIl' r.Vmt'rii{ue du Nord. hijie. i^nqiiiiles bnn.'ale' en Ao^lelorre. F^uac à miQpiiius Innjnnlhfrn. — Gt-oir'!i>hie. Cautours il! jiliis t>ti plus foisins lie (:eux d'aujourd'hui. Sublieila, jiisi[u',i. L'altiluile actuelle de 2i'0 mètres, nord diî la 'irandi; Breiaane, Atfaissemcut de la , Persi-itance di; Tisthmi' du Pas-de-l]aiais. Creu- \ti\\9, alpias, du \\c Al', t^aeve. et rattacbcmeat du ii'ine. Peu de iDt:)ilitioaLi.3as dans l'Eunipe rai.-dipX orieniale. Centre de £;!aciaiioo en ScandiaaTie.
- t'urnpo pondant la scconilo pOriodo
lalro dont la limilc passe par Bristol, Douvres, îiiolwurg, Leipzig, Hreslau, Lamberg, très au sud
de Perm, de Kiev, et remonte obliquement jusqu'aux sources de la Petchora pour reprendre en Sibérie et suivre le 53® parallèle. Lobes glaciaires de Bretagne, du Cotentin. Glaciers couvrant la Suisse. Glaciers des Carpathes, du Caucase, des Vosges, du Plateau-Central, des Pyrénées, de la Sierra-Ne-' vada, etc. — Climatologie. Période très froide, à précipitations abondantes; climat arctique entraînant la destruction des espèces préexistantes sur une aire immense.
Deuxième inter glaciaire, — Belvétien de Geikié, auquel il* est préférable de conserver le nom de Chelléen, — Géologie. Graviers interglaciaires de Sunderland, de Rixdorf, calcaires interglaciaires de Scanie et de Magdebourg, graviers à faune chaude de Cbelles et d'Abbeville, assise inférieure de M. Ladrière, travertins de Weimar, gisement de Taubach, lignites de Dûrnlen, etc., tourbe inférieure de Klinge et de Lauenburg. En Amérique, Aftoaien, tourbes d'Afton, lowa. — Paléontologie, Eléphant dominant : antiquus. Hhinoceros Merckii^ Ilippo potamus amphibius et dans la Méditerranée Pentlandi, Trogontherium Cuvieriiy Equus^ déjà Ursus spelœus, Léo spelœtis, Byœna spelœa. Faune malacologique de type oriental dans l'Europe centrale et Test de la France. Faune d'eau douce à Corbicula. Flore d'eau douce à Paradoxocarpus carinatus et Cratopleura halsatica. Flore terrestre à Laurus canariensis de la Celle. — Géographie, Extension des terres vers l'ouest. Pas de Manche. Jonction avec l'Amérique du Nord à une latitude assez élevée. Epoque probable du passage de VElephas primigenius et autres espèces de faune froide, reléguées alors dans la région septentrionale : Tarandus rangifer^ Alces, Cervus caîiadensis, Ursus ferox, Lupus, Vison, Castor, etc. — Climatologie. Hivers très doux, régime pluvieux, température moyenne plus élevée qu'aujourd'hui.
Troisième glaciaire. — Polandien. — Géologie. Erratique
L'ARTBN. 8
il4 L'aBÏES
siip«'rieur du N. «le l'Allemagiie el àe la Pologne, Bottlder- Clay supiTtetir d'Angleterre el d'.V[Iemagn«. Marainea tennîque. Moraine de 8."0 mètres de la Forét-rfwre. lie Suiate, moraines intérieures des Pyrt^nées. erratiques d'Abbeville. Mooslérien à-i Chelles. 9 de M. Ladrière. En .Vmériqtie, lotcan for- 'rontohgie. Coquilles boréales en Angleterre. Dt : primiijenius. Ours dominant : spelxus. — Qtre de .glaciation plus à. TE. que penlant le . Cbarriaiie de matériaux de Fiolande. Exteala coupole glaciaire, principalement vers l'E. cialre ne dépasse pas la Volhynîe et remonte i la Mer BE^incbe, laissant un ïnterTalIe étendu Caspienne qui recouvre encore une partie de iinale, — C'.imat-iloijie. Période aussi humide, ture moyenne basse, neiges abondantes. Intâ s'êt 'ndant moins loi j que pendant le saxo-
•'■j.'-i.iaire. — .V^KdV'.'t/nt. — Géologie. Grairt's de >'eu<'.<^>>.. L>t?f ancteo. Tourbe supéi\ Mi'iisE'^riea suf* rieur d-f Cbelles. Limons i''$ de M. Ladrière. Besbayen île Belgique et im.-nqt:e, T^':h:.- 'ormathn. — Paléonlolor,V;i'.-î> y.-im: ifnius. H\iii0^ffOi ûchorfànuSj (^cval d >t ahor.ôast. renne, maïs toujours
ftnj^i, UijTna ,</<.j(-fl, Ln.' sfielnis. — Géo- >out-^lrc à ce;'.? .jv^jue feulement que les
avec TAmt-rique du >or»l sVlant n'tiblies les no se sont proi'uiis. Tan* ce cis lacommunï-
avoir liou à «ne moiudre lalilude que le pas- ■njcr. — <'!im/'i'-h--f,ie. Epoque de froid sec, al, sauf le loni; d« rivace océanien de l'Europe
et des terres earo-américaiaes. Durée probablement courte et Faible récbauffemeot dans l'Europe du Nord. En réalilé, période de dégel du troisième glaciaire, interrompue par l'arrivée du quatrième sans établissement d'un régime chaud, d*où continuité de la faune et des alluvions jusque dans le quatrième iuterglaciaire.
Quatrième glaciaire, — Mecklemburgien. — Géologie, Glaciaire baltique supérieur du Mecklembourg. Quatrième couche glaciaire d'Ecosse. Ârgiie à Betula nana de Hoxne. Couches h Renne de Rabenslein. Graviers et couche inférieure à rongeurs du Schweizorsbild, graviers supérieurs de M. Ladrière. Moraine de 90 mètres de la Forêt-Noire. Terrasse moyenne du Breisgau. Moraine sur la haute terrasse de Suisse et le Deckeoscholter. Couche stérile de Brassempouy. En Amérique, Wisconsin formation, — Paléontologie. Complexe. Faune de toundra dans l'Europe centrale et une partie de la France : Myodes torquatus, Lepus glacialisy Arvicola nivalis, Vulpes lago' pus y etc. Plus au sud, continuation de la faune précédente» avec quelques espèces boréales en plus. Lagopus vulgaris dans la région méditerranéenne, harfang dans les Pyrénées et dans les îles de la Méditerranée, Cyprina islandica, Chlamys islandica dans la Méditerranée et le Golfe de Gascogne. — Géographie. A peu varié. — Climatologie, Climat du 70^ à SchaflThouse, boréal jusqu'à la Méditerranée, plus doux dans le Golfe do Gascogne.
Quatrième interglaciaire. — Lower Forestian de Geikie. Fin du Moustérien, Solutréen et Magdalénien de Mortiliet, Papa* lien et Gourdaniende Piette. — Géologie. Couche jaune à renne du Schweizersbild. Couche à cheval du Mas d'Azil, rive droite, couches A E rive gauche. Brassempouy. Gourdan. KiôkkenmOJding inférieur d'Oban. Lœss des terrasses et moraines de Suisse. Lœss supérieur d'Allemagne. Ergeron de France et de
Belgique. Couches à Yoldiade la Baltique, à flore de toundra.
— Paléontologie, En Allemagne et autres régions du même climat, faune de steppe à saïga, marmotte, hamster, etc., suivie du retour de la faune à mammouth, cheval et renne. Ursus spelœus et ferox, etc. Extinction graduelle de l'éléphant, du rhinocéros, des grands ours, finalement prédominance du cheval, puis du renne et des cerfs, mais conservation du renne jusqu'à la fin de la période et pendant les suivantes, jusqu'au Moyen-Age, ainsi que de V Ursus arctos et duglouton. En France et dans l'Europe méridionale, continuation de la faune à Elephas primigenius, Ursus spelœus et ferox, rapidement diminuée par l'élimination de l'éléphant, du rhinocéros et des grands carnassiers. Ensuite prédominance du renne et du cheval^ le renne moins abondant d'abord que le cheval, plus abondant ensuite, et laissant la place comme espèce d'une fréquence caractéristique au Cervus elaphus, tout à la fin de la période. Le lion ordinaire, la panthère, l'ours brun remplacent comme carnassiers les espèces autrefois dominantes. — Géographie. Affaissement de la partie méridionale de la région égéenne, dénivellations considérables dans la Méditerranée moyenne, isolement de la Corse, de la Sardaigne, de la Sicile, des Baléares.
— Climatologie. Climat froid, presque boréal dès la vallée moyenne du Rhin. Période sèche, humide vers la fin.
Cinquième glaciaire. — Lower Turbarian de Geikie. — Géologie. Couche supérieure à rongeurs de steppe du Schweizersbild, couche à graviers marins d'Oban, limon E du Mas d'Azil. Basse terrasse de Suisse. Moraine de Cazeaux (Ariège). Moraine de 1250 mètres dans la Forêt-Noire (Wanne, Seibenlechtenmoos, Schwarzenbach, Eschenmoos, Heitermoos, etc). Tourbières inférieures de la Grande-Bretagne. Couches à flore subarclique de Scandinavie. — Paléontologie, Faune de steppe en Allemagne. Faune froide en France, mais sans espèces nou-
velles, les grands mammifères de l'ancienne faune froide étant éteints dans ce pays, et le renne devenu rare. — Géographie. Affaissement de la région Scandinave. Baltique en communication avec la Mer Blanche par la dépression des lacs de Russie et avec l'Atlantique par celle des lacs de Scandinavie. Scanie encore soudée au Danemark. Glaciers dans les montagnes et dans le X. de l'Europe, mais pas de manteau glaciaire en dehors des régions boréales. Formation du Pas-de-Calais par invasion marine d'un ancien lit de rivière. — Climatologie, Période très humide, mais ne paraissant pas avoir été très froide le long de l'Océan. Les tourbières de Tépoque des pins en Danemark paraissent dater de cette période. Durée très courte. D'après les observations de M. Piette au Mas d'Azil, les couches stratifiées de limon correspondant à cette époque n'accusent que quelques centaines de crues de l'Arise. On ne sait rien sur la périodicité de ces crues, mais le cinquième glaciaire, s'il estpermisde l'appeler ainsi, n'a pas duré longtemps dans TAriège. Il est probable que sa durée a été plus longue dans le Nord, les périodes chaudes se continuant encore dans le Midi pendant toute la phase croissante, pour recommencer bientôt après le maximum des froids. — Archéologie. Mésolithique.
Cinquième interglaciaire, — Asylien de Piette. Upper-fores- /ta/1 de Geikie.— Géologie. Couches à galets coloriés et harpons plats de Saint-Martory, Montfort, Mas d'Azil, Kiôkkenmôdding supérieur d'Oban (Ecosse), etc. Couches à flore boréale de Blyth. Couches baltiques à Ancylus, et Kiôkkenmôddings. — Paléontologie. Faune caractérisée par l'abondance des cerfs. Cervus elaphus L., capreolus L., canadensis L., maral, etc. A/ces palmatus, Megaceros hibernicus. — Géographie. Relèvement considérable du massif Scandinave. Emersion de laMerdu-Nord. La Baltique, lac d'eau douce fermé de toutes parts
{Ancylus Seé). Epoque probable de la Formatioa de la Mer- Noire et de la rupture du Bosphore. Affaissement par fractions de la région de la Mer F)gée. Relèvement de couches récenles à plusieurs centaines de mMres en Sicile, en Calabre, dans le Péloponëse et aux Dardanelles. Le mouvement secontînue pendant la période suivante. — Climaiologie. Température un peu plus élevée qu'aujourd'hui, tout au moins hivers moins froids.
— Archéologie. Mésolithique. Néolithique. Knéolithique. Sixième glaciaire. — Vpper Turbarian de Geikie. Coquîllier
de Piette. — Géologie. Tourbes supérieures d'Angleterre. Der- DJÈres moraines d'Ecosse- Couches à littorînesde Scandinavie.
— Paléontologie. Prédominance du Megaceros. — Géographie. AtTaissement graduel delà région anglo- Scandinave. Formation du SundetdesBeltB. Glaciers enEcosse; en Scandinavie et en Suisse, dernièreavance des glaciers. Forât-Noire, glaciers à moraine de 1250 mètres : Mantelhalde, Zastler Viehhûtte, Baldenweger Viehhûtte, Hirschsbaden, Kriegsbach. — Climatologie. Période tempérée, froide dans le Nord, pluvieuse et neigeuse. Courte durée. — Archéologie. Partie de l'énéolithique. Date probable 3000 avant J.-C.
Epoque actuelle. — Géologie. Terrains contemporains : terres noires de Russie, sables sahariens. — Paléontologie. Espi^ces actuelles, plus celles éteintes récemment par l'homme. — Géographie. Derniers atTaissements dans la Mer Egée et l'Adriatique. Retrait graduel de la Caspienne. Nouvelles et faibles fluctuations du sol dans la région baltique (époque à limnées,
ide actuelle à Mija). Formation graduelle des
; ta Mer du Nord '.
:s de périodes pluviafres et sèches, de plus en plus
es coDlinuenl. Les couclics de food de la vallée de la
: fciurnt à MM. LebescoQle et Béziers des coupes qu'ils
;s do Ladriôre, maÎB qui reposent sur des graviers
Spécialisation des données. — Ces donne^'es générales sur le pléislocène nous permetlront de comprendre les conditions spéciales présentéesdurant celte époque par les diverses régions où l'on a voulu placer le berceau des Aryens. Ces régions sont au nombre de trois, ou plutôt forment troisgroupes : 1° le nord de l'Afrique; 2^ le sud delà Russie et la Bactriane; 3<* la région baltique et celle de la Mer du Nord. Je commencerai par l'étude du nord de l'Afrique, où Brinton a voulu, très à tort ce me semble, chercher le milieu d'évolution du dolicho-blond. Nous ne perdrons point notre temps en examinant les conditions climatériques de celte région pendant le pléistocone. S'il est improbable au plus haut degré que //. Europœus ait accompli son évolution dans le N. de l'Afrique, il est probable au contraire que la race de laquelle il descend occupait ce pays pendant le pléislocène. Lui-même a fait de bonne heure son apparition en Afrique. Le plus ancien sujet dolicho-blond que nous connaissions autrement que par des pièces osseuses, c'est-à-dire par ses cheveux, a été trouvé dans la nécropole indigène d'El Amra, contemporaine à peu près de rinstallalion des Khemi en Egypte. Il date par conséquent d'environ cinq mille ans avant notre ère. Enfin ce que nous verrons du régime climalérique du N. de l'Afrique durant le pléislocène nous servira beaucoup dans l'étude des péripéties traversées par le N. 0. de l'Europe.
remaniés à silex néolithiques, probablement du sixième glariaire. Ces couches nous font connaître deux nouveaux épiglaciaires, du coinmencement et de la fia du Mojen-Age, qui paraissent répondre à ceux des couches de Testuairc de TEscaul. Voyez Description stratigraphique des terrains quaternaires et des alluvions modernes de Rennes (Bull, de la Soc. se. et méd. de TOuest, 1897, VI, 221-235). L'identification avec les couches de Ladrière est contredite par le contenu archéologique, mais Tanalogie est curieuse, et dans plus d*un cas les couches similaires à celles de Ladrière, signalées sur tant de points, sont plus probablement contemporaines de celles de Rennes.
Nord de l'Afrique. — Le pléistocène du N. de l'Afrique est bien moins connu que celui de l'Europe. Les chercheurs, peu nombreux, sont depuis trop peu de temps à l'œuvre. Leurs méthodes de recherches sont infiniment loin de la précision de celles des géologues allemands et suédois. Les couches pléistocènes sont loin d'être négligeables au Maroc et en Algérie, le manteau des alluvions clysmiques atteint au sud de l'Atlas des proportions formidables,' mais les alternances de périodes froides et chaudes ont été peu accusées, les faunes froides sont absentes, et il est plus difficile de s'orienter dans la stratigraphie.
Il est encore très délicat de classer les dépôts correspondant aux débuts du pléistocène. Les vallées entre l'Atlas et la Méditerranée sont comblées par des atterrisse ments de transport violent formant dans leurs parties inférieures des bancs épais de cailloux roulés, recouverts par un limon gris jaunâtre. Ces couches se superposent nettement dans la Mitidja au pliocène supérieur. La faune de celte époque comprend Elephas meridionalis, Equus Stenonis, associés à des formes locales : Cynocephalus atlanticusj Antilope Tournoucrij Gaudryi, dorcaSy Bos antiqttusy à des rhinocéros et des hipparions, ces derniers qui ne dépassent pas le pliocène en Europe. Celte faune qui se trouve surtout dans les limons correspond-elle à l'époque de Saint-Prest? Il serait difficile de le dire. Les lits fie cailloux, qui indiquent un développement torrentiel formidable, correspondent-ils au premier ou au second glaciaire? Probablement aux deux, car la stratification indique plusieurs époques clysmiques. Sur le versant méridional de l'Atlas, des dépôts semblables recouvrent tout le Sahara septentrional, et finissent par confluer avec des nappes de galets et de limon descendues du plateau central du Sahara. Cet ensemble de formations constitue les faciès continental de Tétage saharien,
OKIGINE DES ARYENS 121
mais il est probable que l'on devra plus lard y distinguer une série de périodes et de lits différents. Il est visible, quand on longe les grands gours sahariens, que Taccumulation des débris n'est pas l'œuvre d'une seule période de pluies diluviennes. Partout on observe plusieurs couches de galets, séparées par autant d'assises limoneuses. M. Ficheur dislingue quatre séries répondant peut-être aux quatre premiers glaciaires. C'est pourquoi il vaut mieux avec Pomel employer le terme provisoire de terrain subatlantique.
Ces couches sont recouvertes en général par une carapace calcaire qui parait due à Tévaporation des eaux telluriques, remontant par capillarité au travers des lits de sable et de cailloux, et cimentant la couche superficielle par le dépôt des sels calcaires tenus en dissolution. On peut considérer l'époque de la formation de cette carapace comme une période plus sèche. L'existence d'une flore forestière magnifique dans les travertins de la même époque prouve que si cette période était sèche, elle ne comportait cependant pas le faciès désertique de nos jours *. En d'autres termes, à la période diluvienne avait succédé une période de sécheresse, mais non d'aridité, contemporaine à peu près du chelléen.
Sur le littoral, on trouve au Maroc, en Algérie, en Tunisie, des lambeaux de dépôts marins aujourd'hui soulevés à une vingtaine de mètres d'altitude, qui se trouvent superposés aux conglomérats subatlantiques, et même parfois à la cara-
i. Cette flore k Laurus canariensis est ceJle da chelJéen de la Celle, de Montigny près Veruon et de Meyrargius. On la trouve en particulier à Tlemcen. $
Les coudilions clinaatériques dans lesquelles elle s'est développée ne peuvent pas avoir été très différentes en France et en Algérie. Celle-ci n'avait donc pas un climat tropical, ni même une moyenne de température aussi élevée qu*aujourd'hui, les ardeurs de l'été se trouvant amorties par ]*liumidilc de Tatmosphère, comme chez nous les rigueurs de l'hiver.
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pace calcaire des dépôts contineotaux. Ces lambeaux ne se trou veut que sur quelques points, l'ancien littoral ayant disparu ailleurs, mais leur existence sur les deux rivages du détroit de Gibraltar prouve que celui-ci était dès lors ouvert. M. Pomel les regarde comme les témoins d'affaissements en corrélation avec les périodes glaciaires. Je croirais plutôt que ce cordon de 20 mètres, qui règne sur tous les points conservés de l'ancien rivage méditerranéen, est dû à ce que la mer, plus richement alimentée, cinq fois plus petite et fournissant une évaporation beaucoup moindre, à surface égale, dans les périodes pluviaires, était simplement surélevée par l'abondance des eaux, qui s'écoulaient péniblement par le détroit de Gibraltar.
Toutes ces formations sont en général plutôt postérieures aux deux grands glaciaires, peut-être au troisième, et sur certains points au quatrième. La carapace continue encore à se former aujourd'hui dans quelques régions. La faune des dépôts marins est plutôt chaude et correspond aux dépôts sahariens de Sicile et de Calabre. Elle est caractérisée par Sirombus mediterraneus, aujourd'hui éteint, Nassa gibbosula, etc. La faune terrestre est différente de celle de l'époque précédente. On y trouve un éléphant de médiocre taille, E, lolensis P. qui lui est spécial, et un grand éléphant différent du meridionalis et frère de Yanliqims, E. At/anticus P.
Ce dernier se rencontre plus communément dans les couches sableuses et limoneuses superposées à la carapace d'exsudation, et qui constituent un horizon géologique correspondant à l'époque du mammouth et à celle du renne. Dans la sablière de ïernifine on trouve avec E. Atlanticus P. un éléphant pygmée voisin de ceux de Malte, le Rhinocéros mauritanicus P., le Camelus Thomasii P., toutes espèces spéciales, et en outre la Hyaena spelœa. Cette station est datée par de
nombreux silex paléolithiques de types acheuléen et moustërien, mélangés comme en Egypte de formes plus récentes. La présence de l'hippopotame dans une région aujourd'hui si dépourvue de cours d'eau est un indice du régime pluvial de répoque. On le trouve en abondance, et représenté par plusieurs espèces, H, Bipponensis, Sirensis, IcosiensisV. La grande faune de l'époque comprenait, outre le Rhinocéros mauritanicus^ deux ou trois autres espèces dont la mieux connue est VAtelodus subinemis P. A ces grandes espèces il faut ajouter deux ou trois formes éleintes de cheval et de zèbre, plusieurs antilopes et des phacochères.
Ces espèces disparaissent peu à peu dans les alluvions les plus récentes du quatrième interglaciaire. Elles s'éteignent à peu près en même temps que chez nous la faune du renne. Une nouvelle faune les remplace, caractérisée par E. Africanus, Biibalus antiquus P., Antilope bubalis^ Bos primigenius Mauritanicus y par un chameau voisin du dromadaire, le cheval barbe et l'âne d'Afrique. Cette faune est à peu près celle d'aujourd*hui, sauf deux ou trois espèces éteintes, comme le Bubalus antiquus, ou localement exterminées, comme Téléphant africain. Les gisements de celte Faune Tournissent des débris de l'industrie humaine correspondant à la fin du paléolithique et au commencement du néolithique.
Après cette époque seulement commence un régime désertique, celui dont nous voyons aujourd'hui le complet développement *. Sous l'inBuence de la sécheresse, les alluvions, tritu-
\. La cessation soudaine du régime des pluies abondantes n'a pas encore complètement déterminé la mort du Sahara. La végétation, de plus en plus restreinte et précaire, s'est longtemps maintenue dans les basfonds en épuisant les eaux telluriques. Si l'on dépensait, comme le veulent certains ingénieurs, le peu d'eau fossile qui reste disponible, non seulement les oasis créées par leur soin ne tarderaient pas à disparaître. mais les puits nécessaires aux voyageurs seraient bientôt taris. 11 ne fau-
rées autrefois par les glaciers de l'Atlas et du Hoggar et répandues sur le Sahara par les inondations torrentielles, se résolvent en sable partout où elles ne sont pas prot(^gées par la carapace d'exsudation, et forment d'immenses dunes que Ton a longtemps regardées comme les traces d'une mer intérieure. Ces dunes sont parfois assez anciennes pour que Ton trouve des objets néolithiques à leur surface, et datent ainsi de quatre à cinq mille ans au moins.
En somme, depuis quelques milliers d'années seulement, le Sahara septentrional a cessé d'être une vaste forêt vierge, arrosée par des pluies abondantes, semblable à celles de l'Afrique équatoriale, mais avec une température constante et modérée. Les manifestations clysmiques du commencement du pléistocène étaient dues probablement à un régime plus humide encore, mais surtout à une élévation plus grande de l'Atlas et des massifs du Sahara central, qui constituaient d'énormes condensateurs et nourrissaient de leurs neiges des glaciers immenses. Pendant les époques de 1'^. Atlaniicus et de VE, Africanus, l'humidité moins extrême était cependant très grande, et la transition du régime humide au régime désertique semble s'être opérée d'un seul coup, par un brusque changement dans la direction des nuées.
Ces phénomènes d'apparence étrange sont faciles à expliquer. Ils sont sous la dépendance étroite de modifications de niveau dans la région de la Floride, des Grandes Antilles et des Bahamas. Supposez le détroit de la Floride fermé. Le (ïulf-Stream qui s'écoule par cette issue pour réchauffer l'Atlantique Nord serait obligé de prendre directement son cours vers PEst, rasant la côte sud d'Haïti et de Porto-Rico, passant
drait pas développer beaucoup les puits artésiens pour supprimer avant un siècle loule espèce de vie animale ou végétale dans la région désertique.
au travers des Petites Antilles au sud d'Anguilla et de Saint- Christophe, pour aller buter sur la côte du Maroc, entraînant et déplaçant le courant Nord-Equatorial. Dans un pareil état de choses, Timmense nappe de vapeurs tièdes, qui se déverse aujourd'hui en pluies sur TAtlantique Nord et le N. 0. de l'Europe, transformerait l'Espagne et le N. de l'Afrique en un pays à température constante, tiède et fortement humide, quelque chose d'analogue au bassin de l'Amazone, avec un peu moins de chaleur.
Or cet état de choses n*est pas une hypothèse, 11 est l'expression même de la réalité. Les petites îles de Tarchipel des Bahama, les Grandes Antilles et lesilesquiles continuent à TE., Anguillapar exemple, fournissent les restes de faunes de grands mammifères éteints du pléistocène. Ces terres, aujourd'hui fragmentées à l'infini par des eifondrements et des affaissements, faisaient un seul tout avec la Floride et continuaient le continent américain du Nord. Pendant cette période, le Gulf-Stream a simplement repris son ancien chemin tertiaire, celui qu'il suivait à l'époque des divers étages méditerranéens où il tournait en rond autour d'un bassin fermé, envoyant sans doute un bras dans la Méditerranée occidentale.
On comprend parfaitement dans ces conditions les apparentes bizarreries climatériques du pléistocène. L'Angleterre, la France, l'Allemagne ne sont point actuellement dans l'état clîmatérique normal que comporte leur latitude. Ces régions sont sous les mêmes parallèles que la Sibérie, le Labrador, le Canada. Le Gulf-Stream est la cau$^ et la cause unique du climat demi marin, très humide et sans écarts extrêmes, du N. 0. de l'Europe actuelle *.
1. Il ne faut pas essayer d'expliquer de môme les périodes chaudes antérieures, ni le climat tertiaire. Pendant le tertiaire, le Gulf-Slrcam ne pouvait influer sur le climat du N. 0. de TEurope, remplacement actuel
Le climat de ces régions à Tépoque du renne était exacte ment ce qu'il devait être d*après la latitude. Le renne et toute la faune qui l'accompagne sont encore vivants au Canada, au Labrador et en Sibérie. L'Afrique du Nord, aujourd'hui brûlée par le soleil, était vivifiée à leur place parles vapeurs du Gulf- Stream, couverte d'une végétation puissante et de fleuves, dont les uns, comme l'Igharghar, apportaient à la Méditerraoée un volume d'eau plus considérable que le Rhâne, et d*autres rem plissaient les vastes lits aujourdliui h sec qui sillonnent le Sahara depuis l'Atlas jusqu'au Niger.
Pour faire renaître cet état de choses, il sufGrait de construire une digue de Key-West h la Havane. Le cinquième glaciaire répond probablement à l'époque où la digue naturelle s^étint rompue, des masses énormes de vapeur furent brusquement introduites dans nos régions. La température étant basse, ces vapeurs produisirent de grandes quantités de neiges, d'où une recrudescence des glaciers qui prit fin bientôt par Tctiblissement d'un équilibre entre les vapeurs de Tatmosphère et la
(le l'Allanlique Nord étant alors occupé par un système de terres qui iaisaieul communiquer l'Europe et l'Amérique. La température douce de ces hautes régions ne pouvait élre due qu'à un plus grand volume du soleil, dout les rayons tangents aux pôles de la terre étaient convergents, tandis qu'ils divergent aujourd'hui. Tous les déplacements du pôle compatibles avec la mécanique céleste et Taplatissement de la terre ne peuvent expliquer la présence d'une flore chaude à Taxodium dUtichum, l'orme mexicaine, dans les couches tertiaires du Groenland et ilu Spitz- I)erg, à une latitude de plus de 81**. Dans ces régions la grande nuit d'hiver dure trois, quatre et cinq mois. Môme en admettant une température constante, ces plantes m'auraient pu vivre dans un pays où le soleil reste un tiers de l'année sans se lever. Un déplacement du pôle de vingt ou trente degrés ne permettrait même pas d'expliquer leur existence.
Les lignes isothermes ont donc descendu depuis et descendront sans cesse davantage vers l'Equateur. C'est la mort par refroidissement qui s'avance.
terre iosensiblement rf^chauffée par la douceur des pluies.
Je ne m'occuperai pas en détail des modiiicatioas géographiques survenues pendant le pléistocène. Les couches diverses de celte époque ont subi en Algérie, en Tunisie et au Maroc des soulèvements et des affaissements locaux très nombreux. Toute la région a travaillé, pour emprunter une compiraison exacte au langage des ouvriers du bois, et ce travail s'est pro*duit d*une maaière ini^gale dans tous les temps et à peu près partout. Il en résulte que certaines couches d'eau douce se trouvent à des niveaux différents de ceux où elles se sont formées^ que la stratiQcation des alluvions de date différent3 est souvent discordante, même eu dehors de tout ravine ment. Du côt i de la mer les traces de plages soulevées indiquent un relèvement géaéral des terres. Toutes ces modifications, qui ont changé sur quelques points Taspect du terrain ou 1 3 cours des eaux, n'ont que peu d'importance générale.
Il en est autrement des phénomènes qui se sont accomplis dans les régions aujourd'hui submergées, dans la direction de l'Italie. Nous savons qu'en Sicile et en Calabre d( s couches marines pléistocènes, siciliennes et sahariennes, se trouvent aujourd'hui à plusieurs centaines de mètres d'altitude. Ces soulèvements sont des cas particuliers de mouvements de bascule liés h. un système d'effondrements considérables. Pendant le pléistocène inférieur et moyen, toute la région, jusqu'à la Corse et à la Toscane, a été le théâtre de mouvements divers, les uns lents, les autres soudains. La Corse a été rattachée à la Toscane, et la profondeur est encore moindre de 300 mètres entre la Corse et l'Ile de Capraja, entre celle-ci et Pile d'Elbe. La séparation a été causée par Peffondremcnt tyrrhjnie 1, dont on prolongement s*étend dans le canal de Corse. La Corse tenait aussi à la Sardaigne, et peut-être à Pitalie méridionale par celle-ci. La Sicile au contraire était largement réunie à
l'Afrique. La présence de VE. meridionalis et d'autres espèces en Europe et en Barbarie prouve que par moments les communications furent entièrement coupées entre les deux grands bassins méditerranéens. L'absence des éléphants pygmées sur le continent européen et dans les deux grandes îles de Corse et de Sardaigne prouve au contraire que ces espèces, dont on trouve les traces en Barbarie, à Pantellaria, à Malte et en Sicile, n'ont pu trouver un passage par le détroit de Messine. Ces communications diverses ont cessé probablement au commencement du quatrième interglaciaire, et les modiBcalions géographiques paraissent, en l'état actuel des connaissances» n'avoir porté depuis que sur des régions peu étendues.
L'effondrement tyrrhéuien a porté sur une étendue triple de celle de la Sicile, et déjà couverte en grande partie par les eaux, mais dont un bon tiers devait être exondé. Le fond de la fosse d'effondrement accuse 3731 mètres au N. 0. et 3639 mètres au S. Ë. L'effondrement ionien, dont les bords rasent les côtes actuelles de la Sicile et de la Calabre, est encore plus profond et tellement abrupt qu'au large du cap Passera, l'on passe en moins de 40 kilomètres des profondeurs de 100 mètres à celles de 3600 mètres, par une pente moyenne de 10 centimètres au mètre.
Telles sont les vicissitudes de toutes sortes subies pendant le pléistocène par le N. 0. de l'Afrique. Les conditions de cette région, pendant la fin de cette époque et jusqu^àl'établissement du régime désertique, ne sont point celles qui conviendraient pour expliquer la transformation d*une race dolichocéphale brune en H. Europâsus. Assurément Thumidité ne manquait pas, mais la lumière était intense. Si épais que Ton suppose le voile de brumes chaudes jeté sur la Barbarie, le soleil d'Afrique était derrière, ardent et haut sur Thorizon. Le milieu n'était pas de nature à pousser à la nigrescence, une race blonde
aurait pu s'y conserver, mais il n'est pas admissible qu'elle ait pu s'y former. J'aurai l'occasion de revenir sur la valeur de ce milieu en étudiant l'origine phylogénique des Aryenjs, et aussi en rapportant les conquêtes de la race blanche dans l'Afrique du Nord, pendant la haute antiquité.
Région russo-Caspienne. — Toute cette région a présenté durant le pléistocènc et presque jusqu'à nos jours un aspect bien différent de celui que nous lui connaissons, et une étroite dépendance unit la palégéographie pontocaspienne à celle du territoire égéen disparu.
Pendant l'époque tertiaire tout entière, la région recouverte aujourd'hui par l'Archipel faisait corps avec l'Asie-Mineure et la Turquie. C'est plus à l'ouest, dans la région actuelle des Alpes, que passaient les bras de mer par lesquels la Méditerranée communiquait avec ses vastes annexes de l'Austro-lIongrie et de la Russie. Pendant presque toute la durée du pléislocène, ce plateau égéen, probablement très élevé, continue à subsister. Les masses d'eau salée placées plus au N. ne communiquent plus avec la Méditerranée, jusqu'au moment tardif de l'ouverture des détroits actuels du Bosphore et des Dardanelles, après l'effondrement du plateau égéen.
On peut donc distinguer deux phases dans l'histoire pléistocène de la région russo-caspienne : celle qui précède Teffoudrement égéen, et qui dure pendant presque tout le pléistocène, et la période qui suit. Je vais étudier dans cet ordre les trois questions : état ancien de la région, effondrement égéen, état récent.
Pendant toute la première période, la région de la Mer-Noire constitue un plateau élevé, depuis l'Asie-Mineure et le Caucase jusqu'aux montagnes do Crimée et aux environs de Varna en Bulgarie. Entre ces deux points s'étend une chaîne monta-
gaeuse, contiQuation du Veliki-Balkan. La région au X. 0. forme une plaiae basse ou plutôt un vaste estuaire, par lequel le Danube se déverse dans la Mer d'Azow, au N. de la Crimée. Sur le plateau, un système de lacs saumàtrcs, dont quelquesuns ont laissé des débris de dépôts, appendus aux côtes actuelles de l'Asie. Les eaux s'écoulent dans la Mer d'Azow. Celle-ci, beaucoup plus grande qu'aujourd'hui, s'étendait au N. jusqu'au plateau du Donetz, et au S. jusqu'entre le Caucase et le cours du Kouban. Un long et large détroit, qui a pris soa nom de la ville de Stavropol, faisait communiquer la Mer d'Azow avec la Caspienne. Celle-ci, tout autrement conformée qu'aujourd'hui, était plus restreinte dans sa partie méridionale, agrandie par un effondrement ultérieur, mais possédait en revanche une superficie triple dans toute sa région nord. Elle battait presque le pied du versant nord du Caucase, et son rivage passait par Naltchik et Vladikavkaz. A Touest elle était limitée par les hauteurs d'Ergeni, et celles de la rive droite de la Volga. La Volga et la Kama débouchaient dans un golfe à la partie N. 0. Un autre golfe s'avançait très près d'Orenbourg. A TE. la Caspienne s'étendait jusqu'au plateau d'Oust-Ourt, et recevait les eaux du lac d'Aral, dont les dimensions étaient bien plus considérables qu'aujourd'hui, sans s'étendre comme on le croyait naguère jusqu'au lac Balkasch. Celui-ci a toujours été une nappe d'eau douce, dont les dimensions sont aujourd'hui fort diminuées.
Au N. de ces régions, la mer polaire a parfois empiété dans dévastes proportions, couvrant une partie du nord de la Russie et le N. 0. de la Sibérie, golfes immenses entre lesquels le massif de l'Oural s'avançait comme un cap. Dans les périodes de relèvement au contraire, la côte se reportait très au N. et enclavait la Xovaia-Zemlia.
Ajoutons pour compléter le tableau, que le Caucase et TOu-
es
fi
ça
ci)
rai possédaient un relief plus puissant qu* aujourd'hui , ces montagnes ayant fourni la presque totalité des matériaux
qui couvrent la Russie méridionale et les régions à l'est.
C'est dans C3 cadre que se déroulent les phénomènes locaux du pléistocène inférieur et moyen. Sur leurs différentes phases nous n'avons encore que peu do documents. On n'a pas encore trouvé de gisements à faunescUaudescorrespondant à celles de Saint-Prest et de Chelles. Fendant le grand glaciaire, la coupole de glace s'est avancée au point de ne laisser entre elle et la Mer d'Azow qu'une bande de 400 kil. de large. L'Oural a été le siège d'une puissante glaciation, ainsi que le Caucase. Ce dernier a poussé une moraine jusque sur la barre de calcaire tithonique entre l'Ardon et le Terek. Celle moraine, faite de roches cristallines du haut Caucase, est à plus de 3000 m. d'alti:ude. Or la barre présente au S., face au Caucase, un escarpement très élevé au pied duquel se sont arrêtées les moraines des glaciations postérieures Celles du grand glaciaire ont eu la puissance de le franchir.
La faune de cette époque a été décrite par Tcherski. Elle comprend le mammouth cl le rhinocéros laineux, le saïga, qui vit encore dans le pays, VOvibos moschatus, le cheval, mais non YUrstis spelœus et le renne. Celui-ci, très abondant en Europe et dans la Sibérie orientale, parait avoir été très rare dans la région intermédiaire, à toutes les époques et jusqu'à nos jours.
Une faune supérieure à Cervus canadensis, capreolus, elaphus, paraît dater de la fin du pléistocène. Le cheval paraît ne s'être étendu d'ouest en est, sur la Sib'^rie, que durant la fin du pléistocène. Dans certaines cavernes, par exemple à Nishnî- Udinski en Sibérie, on a trouvé, embillée dans le limon encore glacé, toute une faune du pléistocène supérieur en état de complète conservation.
En somme, durant le pléistocène moyen, la région pontoaralo-caspienne parait avoir été soumise à un régime moins
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diluvien que l'Europe occidentale et la Barbarie. Elle a été moins privée de soleil, plus Troide sans doute en hiver que les pays à l'ouest, mais plus chaude en été, plus voisine de son régime extrême de l'époque actuelle. C'est pourquoi la faune actuelle est à très peu près la faune fossile, et pourquoi celle-ci se montre si pauvre.
La destruction du grand isthme eurasien du sud^ par la péninsule des Balkans, la Mer Egée, l'Asie-iMineure, est l'œuvre d'une série d'effondrements séparés par des intervalles relativement courts. La faune du quatrième étage méditerranéen, contemporain du pliocène supérieur, se voit en divers points du Péloponèse, dans des couches aujourd'hui relevées jusqu'à 500 m. Elle se rencontre jusqu'à Rhodes, à Milo, et dans Tile de Cos. C'était la limite extrême des golfes méditerranéens dans cette direction au début du pléistocène. Au N. existaient de très nombreux lacs d'eau douce, depuis la Bosnie jusqu'à l'Asie-Mineure, et sur les rivages de la Mer Egée, sur ceux de ses lies, on voit par places la coupe très nette de leurs dépôts, à divers niveaux d'élévation. Ces coupes nettes nous montrent comment se sont faits les affaissements, par des ruptures de voussoirs. Les parties détachées se sont engouffrées à plusieurs milliers de mètres, et les bords allégés des cassures ont été souvent relevés au contraire au-dessus de leur premier niveau.
L'achèvement de ce travail est très récent, s'il est permis de le dire achevé. Dans les Dardanelles, à Gallipoli, près de Salonique, on trouve des dépôts marins à une dizaine de mètres au dessus de la mer, et contenant la faune actuelle de la Méditerranée. Leur formation est donc postérieure aux derniers changements de faune. A Gallipoli ces couches ont fourni un couteau de silex dont la date est ainsi postérieure à Pouverture des Dardanelles, mais antérieure à l'abaissement des eaux.
L't'tude des dépôts du dëtroit de Stavropol nous fournit d'autres détails sur la date de l'ouverture du Bosphore et des Dardanelles. Ces dépôts sont limités au nord et au sud par les terres noires, Tchernoiziem, provenant de la décomposition des végétaux du grand steppe pléislocène, et qui font la richesse agricole de la Russie méridionale. Le détroit est donc resté ouvert jusqu'après le dépôt presque complet de cette formatioQ. Les couches marines du détroit contiennent, d'autre part, une grande quantité de blocs erratiques descendus du Caucase, emballés dans les glaces, pendant les diverses époques glaciaires. On n*en trouve aucun à la surface. De toutes façons le détroit subsistait donc après le quatrième glaciaire, le quatrième interglaciaire, et peut-être le cinquième.
Après l'ouverture du Bosphore et des Dardanelles, et l'achèvement de la Mer*Noire, la Caspienne dont le niveau était d'au moins trente mètres au dessus de celui de la Méditerranée actuelle, fournit à celle-ci une grande quantité d'eau, et le gisement de Gallipoli date peut-être de cette période de relèvement artificiel de l'étiage. Le système Mer d'Azow — Caspienne—Mer d'Aral se trouva, pendant un temps très court, constituer un prolongement de la Méditerranée. Privée de son grand affluent le Danube, recevant moins d'eau qu'elle n'en perdait par l'évaporation, et par l'écoulement dont je viens de parler, la Mer Caspienne ne tarda pas à se resireindre, et perdit tant qu'un jour le seuil du détroit de Stavropol se trouva découvert. Le niveau s'abaissant de plus en plus, la communication avec la Mer d'Aral finit par cesser à son tour, de sorte que cette dernière devint indépendante, et la Caspienne prit peu à peu ses limites actuelles.
Ces dernières ne sont pas encore définitives. Le niveau continue à baisser lentement. Hérodote donne à la Caspienne une étendue de quinze jours de navigation à la rame dans le sens des
parallèles, et de huit seulement dans celui des méridiens. Elle communiquait donc toujours, si les données d'Hérodote étaient exactes, avec la Mer d'Aral. Ptolémée lui donne aussi 23 degrés de longitude sur 9 de latitude. Cette dernière donnée demeure à peu près exacte de nos jours, la Caspienne n'ayant guère perdu de ce côté que vers l'embouchure de l'Oural.
De tous ces fuits nous pouvons déduire les conditions de vie dans la Russie méridionale et le Turkestan pendant la fin du pléistocène. Durant le quatrième inlerglaciaire, le régime de steppe qui dure encore existait déjà, mais beaucoup plus égal, l'humidité causée par la présence de masses d'eau triples au moins devait atténuer la rigueur des hivers, l'ardeur et la sécheresse des étés. Le climat était plus tempéré, le désert lurcoman beaucoup moins aride. Depuis lors, et à mesure que les eaux se reliraient, le régime actuel s'est établi, et il ira s'aggravant encore.
La région ne nous offre donc point dans le passé les conditions nécessaires pour expliquer la transformation d'un peuple de bruns en blonds lymphatiques. La Bactriane, le Pamir, dont on a parlé comme du berceau des Aryens, sont encore plus éloignés de nous offrir ces conditions nécessaires. La première ne recevait que l'exc'dent d'humidité du Turkestan, le second était aussi peu habitable que de nos Jours.
Nord-Ouest de rEurope. — L'élud i de l'ensemble du pléistocène a été faite surtout d'après les données fournies par la France, TAllemagne, les Iles Britanniques et la Scandinavie, c'est-à-dire par le N. 0. de l'Europe et les parties voisines. L'étude spéciale que nous allons faire de la région de la Mer du Nord et de la Baltique se trouve donc largement préparée; nous n'aurons à nous occuper en détail que de la fin du pléisto
cène, seule époque d'ailleurs qui soit pour nous d'un intérêt direct.
A la fin du pléistocène, il ne restait plus qu'un bassin maritime très restreint dans cette région. Iloccupait la partie méridionale de la Mer du Nord actuelle . C'était le reste de la mer qui avait déposé les couches jurassiques, crétacées et tertiaires du bassin de Paris et de celui de Londres. Il débordait un peu sur les contours actuels de l'Angleterre en Norfolk, et du continent en Belgique et en Hollande. Plus haut le bassin était plus restreint, n'atteignant ni l'Ecosse, ni la Scandinavie. Il était fermé vers le N. Toute la région de l'Ecosse, des Feroer, faisait partie des terres intercontinentales unissant iREurope à l'Amérique, et déjà fortement éventréespar les effondrements. Une mer froide, venant du Pôle, descendait probablement jusqu'entre la Norwège et les Feroer. La première ébauche de la Mer du Nord fut dessinée par ia jonction de cette mer froide et du bassin dont je viens de parler. Cette jonction amena sur la côte du Norfolk la première faune marine froide, celle de Weybourn et de Chillesford. Ainsi débuta dans la région le premier glaciaire, mais déjà la Scandinavie possédait de puissants glaciers pendant le pliocène. Les formidables entailles qui constituent les fjords ont été creusées dans la roche pendant le pliocène, par l'action prolongée de puissants glaciers de montagne. La profondeur des fjords, dépassant parfois le niveau de 600 mètres au dessous de la mer, prouve que le creusement est antérieur à Tétat actuel des choses. Tout le massif entre l'Ecosse et la Noiwège a subi depuis ce creusement un affaissement vertical de 4000 à 1500 mètres, contemporain sans doute du premier glaciaire et de la première formation de la Mer du Nord. Cet abaissement permit l'introduction des eaux marines dans la grande plaine aujourd'hui occupée par la Baltique. La forme de celle-ci est d'ailleurs
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toute différeate de celle qu'elle avait d'abord, et Torifice d'entrée se trouvait dans la région déprimée que jalonnent aujourd'hui le Skager-Rack et la chaîne des grands lacs suédois.
Pendant la période chaude qui suivit, époque de VE. ineridianalis, il est inutile de dire que ce dernier ne se montra guère que dans le midi de TAngleterre et ne pénétra pas en Suède. Il est probable que la faune de cette période chaude en Scandinavie et en Ecosse devait être intermédiaire entre les faunes froides et chaudes des régions de l'Europe centrale et occidentale. La Mer du Nord fut sensiblement amoindrie pendant cette époque.
Le second ou grand glaciaire fut précédé d'une période d'affaissement qui porta en général la Mer du Nord au delà de ses limites actuelles. En Ecosse, les régions au dessous du niveau actuel de 100 à 120 mètres furent submergées. Pendant rinterglaciaire chelléen, la Mer du Nord se trouva de nouveau considérablement réduite, puis un nouvel affaissement, pendant le troisième glaciaire, couvrit les plaines et les vallées deTEcosse. La terrasse témoin est aujourd'hui relevée de nouveau à 30 mètres au dessus de la mer. Ces fluctuations se continuèrent en Ecosse, l'invasion des eaux forma pendant le 4® glaciaire la terrasse de 25 mètres, et celle de 10 pendant le 5®. Dans l'intervalle le dessèchement atteignait la presque totalité de la Mer du Nord à la même latitude, à mesure que son fonds était relevé par les détritus glaciaires. Dans le S. de l'Angleterre les fluctuations furent moins marquées, moins encore en Belgique, et il est probable que pendant les périodes où la région N. était à peu près émergée, il se conservait une nappe d'eau assez étendue au voisinage de la côte belge.
Du côîé de la Scandinavie, les fluctuations furent probablement plus fortes qu'on Ecosse, ce qui nous explique les variations extraordinaires do la région comprise entre ces deux
pays. Submergée au commencement des p('riodes glaciiiires, couverte de glaces pendant le fort des deuxième et troisième glaciaires, prise en partie pendant le premier et le quatrième, cette région présentait pendant les périodes d'assèchement uo étrange système de vastes lagunes, de marais fangeux, de sables mouillés, de canaux tortueux, une sorte de Hollande immense, exposée à tous les coups de mer, et dont les lignes de rivage étaient en perpétuel changement. Le chaos de sables, de vasières et d'éliers de l'estuaire de l'Elbe et du Weser donne, sur la carte, une impression de ce que devait être cette vaste terre basse (V. Habenick, See-Atlas^ n* 13, Gotha, Perthcs.) La ligne de profondeur de iOO mètres suit à peu près une ligne idéale allant d'Aberdeen en Ecosse à Stavanger en Norwège. Elle enveloppe les Shetland, les Orkneys et le système entier des lies-Britanniques et joint le S. E. de l'Irlande à la pointe de Bretagne. Dans la Mer du Nord cette ligne était à peu près lalimitedes terres pendant les grandes éraersions, si l'on fait abstraction des affaissements et soulèvements locaux. Plus à l'ouest, des effondrements ont complètement défiguré le relief des terres par lesquelles s'est fait entre l'Europe et l'Amérique l'échange des espaces du pléistocène moyen. Le plateau de Rockall, aujourd'hui submergé à 180 mètres de profondeur, offre encore un fonds de coquilles littorales récentes, qui confirme les légendes médiévales relatives î\ l'existence d'une terre dans cette région, à une époque toute moderne ^ Entre
i. LMlot de Rockall est un rocher inaccessible situé à 420 kil. de l'Irlaudc, au tiers de la distance entre l'Europe et rAinérique. 11 est forrao d'un granité porphyrique spécial appelé rockallite. Ce rocher domine un banc de rocbes basaltiques de 100 kil. de long sur 80, situé à 180 m. sous l'eau. Ce basalte, comme celui des îles Shetland, Feroer, etc., paraît appartenir à un système de nappes basaltiques émises à plusieurs reprises sur toute l'étendue du continent euraméricain elTondré. Ces émissions paraissent correspondre à des phases d'effondrement. Les unes sont
rirlande et l'Angleterre il parait y avoir eu toujours un canal étroit, parfois fermé tout au N. de l'Irlande. Cependant E. meridionai's a pu passer. On l'a trouvé en Irlande. Le canal s'est donc, par moments, trouvé asséché en quelque point.
Il est incertain dans quelle mesure les régions entre TEspagne et l'Irlande ont été atteintes par les changements de niveau . J 'ai des raisons de croire que leurs lignes de ri vageétaient beaucoup plus rapprochées à une époque voisine du cinquième siècle avant notre ère, et que des effondrements considérables ont totalement modifié, durant le pléistocène et les temps récents, la topographie de la région. A Rennes, les alluvions à galets calcaires et à schistes rouges du sixième glaciaire prouvent qu'à cette époque la Vilaine venait du sud du département, suivait exactement à rebours son lit actuel, et allait se jeter dans la Manche. Ace moment les rivages actuels du sud de la Bretagne devaient donc être de 100 mètres au moins au-dessus de leur niveau actuel. Le mouvement île bascule a été produit par la formation de la fosse profonde au N. de l'Espagne.
Quant à la Baltique, elle a constitué pendant les périodes de relèvement, tantôt un bassin maritime ou saumàtre restreint, en communication avec la mer libre par la profonde fosse de Norwège, tantôt une plaine basse, couverte de marécages et de lacs saumâtres ou d'eau douce, tmtôt un grand lac d'eau douce, V Ane t/ lus See.
Les travaux des géologues belges nous fournissent une bis-
pliocènes, d'autres pléistocèoes. On trouve en Amérique une autre vaste nappe de basalte dans l'O. des Etats-Unis, mais dont l'émission n'a pas semblablement entraîné l'engloutissement de la région recouverte.
Les pécheurs donnent le nom de Buss à la terre dont Rockall faisait partie, et qui aurait encore subsisté au Moyeu- Afçe. V. Rovuo scientifique, 1898, I, 283 ; Tour du Monde, 1898, couverture du t9 lévrier.
toire très détaillée du rivage méridional de la région de la Mer du Nord. Les géologues suédois ont étudié avec non moins de détail Thistoire de la Baltique. Pour la région centrale et septentrionale de la Mer du Nord, aujourd'hui couverte de 50 à 100 mètres d'eau, nous ne pouvons connaître son régime climatérique que par induction, à Taide des données fournies par la Norwège et TEcosse.
Les couches du commencement du pléistocène en Belgique sont peu importantes, surtout les terrestres. L'invasion marine qui a formé les dépôts poerdeliens paraît se rapporter au début du pléistocène. Celle qui a déposé les couches moséen* nés est probablement celle du second glaciaire. Après ce dépôt le sol se relève, une faune de bisons et de cerfs s'établit sur les estuaires desséchés, et Thomme fait son apparition. Les silex des alluvions mesviniennes paraissent contemporains des haches chelléennes, cependant l'hippopotame et l'éléphant n'apparaissent pas dans ces couches. Ni E. meridionalis, ni E. antiquus ne paraissent avoir vécu sur le sol de la Belgique, tandis qu'ils abondaient dans le Norfolk, de l'autre côté de la baie qui formait alors la partie méridionale de la Mer du Nord. Ces alluvions mesviniennes ont d'ailleurs été encore plus maltraitéesque celles du chelléen de France par les pluies torrentielles qui préparèrent le troisième glaciaire. Ces pluies ont dépouillé les montagnes, remanié les dépôts antérieurs et laissé jusqu'à de grandes hauteurs des cailloutis diluviens qui forment le campinien de Belgique, à Elephas primigenius, Rhinocéros tichorhinus et haches chelléennes , correspondant aux graviers sus-chelléens de France, et aux graviers de fond de M. Ladrière.
Le régime torrentiel diminuant avec le progrès du froid, les matières déposées devinrent plus ténues, du sable d'abord, puis de la glaise, enfin un limon tourbeux. Puis le régime des
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gelées intenses et des dégels successifs s'établit. Faisant éclater les cailloux de la surface. Ces cailloux éclatés, graviers glaciaires, constituent la base de l'assise moyenne de M. Ladrière. Ils sont les restes d'une couche plus ou moins épaisse de matériaux, lavée par les pluies qui succédèrent au régime glaciaire et inaugurèrent le troisième inlerglaciaire. Les limons panachés, pointillés et fendillés représentent les alluvions de la fin de cette période pluvieuse, pendant laquelle les fleuves étendirent depuis les Flandres jusqu'en pleine mer les dépôts limoneux hesbayens. Puis la sécheresse vint, et de cette époque datent les limons à débris de mollusques et de plantes qui couronnent l'assise moyenne dans le N. de la France et forment le limon brun clair non slratifié, d'origine éolienne, de la Belgique et des parties voisines de la Hollande. La Belgique fut à peu près inhabitable non seulement pendant le fort des glaciaires, mais pendant la période hesbayenne, en raison de l'inondation générale.
Le quatrième glaciaire est précédé d'un affaissement, et d'une invasion marine durant laquelle se formèrent les dépiMs flandriens. Ce quatrième glaciaire est indiqué dans la stratigraphie terrestre par unnouveau lit de cailloux éclatés par le gel elle dégel. Ils forment dans nos alluvions du N. delaFrance la base de l'assise supérieure. On y trouve en France la faune et l'industrie moustériennes. Il ne faut pas oublier que ce lit provenant du lav'age de la partie supérieure des alluvions telles qu*elles existaient alors, ces débris datent de l'époque immédiatement antérieure au maximum du froid, pendant lequel le pays fut inhabitable, et peut-être inhabité.
Le quatrième inlerglaciaire est accompagné d'un relèvement du sol. On appelle ergeron, dans le N. de la France et en Belgique, le limon déposé pendant cet interglaciaire. Jusqu'à cette époque le pays n'avait été habité que par in-
termitteDces depuis IVpoque chellécnne. A la fia du quatrième interglaciaire, i'homaie s'installe d'uoe manière définilive^ et les cavernes ont fourni de nombreux objets magdaléniens. Jusqu'au cinquième glaciaire, qui n'a pas laissé de traces comme en Belgique, mais Fut accompagné d*un léger affaissement pendant lequel la mer parvint à franchir enfin le seuil du P^s-de*Calais, toute la région autour de la partie méridionale de la Mer du Nord se trouva dans les mêmes conditions , avec celtô différence que pendant le grand glaciaire la coupole glaciaire s'étendit jusqu'à Londres, Anvers et Bruxelles, plaçant ainsi dans des conditions différentes deux zones qui tout le reste du temps se confondirent en une seule.
Le cinquième interglaciaire est marqué par un relèvement du sol. La mer recouvre aujourd'hui, jusqu'à 10 kilomètres au large de la cote actuelle, un dépdt de tourbe dont la formatiou remonte à cet interglaciaire. D'après les calculs de M. Rutot, la formation de cette tourbe aurait exigé 7000 ans. La pariie inférieure ne fournit pas d'objets préhistoriques, mais la partie moyenne est riche en objets de l'époque de la pierre polie, qui remonteraient ainsi à 4000 ans avant notre ère. Cette couche de tourbe a été recouverte vers l'époque des invasions barbares par une nouvelle transgression marine, dont Thistoire a conservé W souvenir.
Tandis que ces péripéties s'accomplissaient en Belgique, la région de l'Angleterre située en face parait avoir joui d'un climat plus heureux. Cette différence se marque dès le chelléen, où VE. antiqiius habitait le Norfolk, tandis qu'il ne parait pas avoir vécu d'une manière permanente en Belgique et dans le N. de la France. La fin du quatrième glaciaire est marquée en Angleterre par un développement des forêts, comme dans les Pyrénées, et le cinquième glaciaire est biînin. Tandis qu'en Ecosse il se traduit par un retour des glaciers, en Angleterre
il se réduit à une substitution de la végétatioQ des tourbières à celle des forêts, et celles-ci repreuneat lo dessus {upper buried forest) pendant le ciaquième interglaciaire. Le climat était moins humide enAngleterre, en raison de la plus grande élévation du sol. Le sixième glaciaire de Geikie(lourbe recouvrant V upper 6i<rîVrf/ore5/, terrasses inférieures, glaciers supérieurs de Corrie, ligne des neiges permanentes à 1.100™,) parait avoir été de peu de durée, comme le prouvent les observations de M. Piette au Mas d'Azil. Ces derniers glaciaires nous sont connus en détail parce que leurs dépôts n'ont pas été enlevés par un glaciaire véritable, mais si celui-ci doit se produire un jour, avec Tintensilédu second ou du troisième, il est probable qu'il prendra le numéro cinq, peut-être quatre, en faisant disparaître les faibles traces de ses devanciers. Des glaciaires frustts ont pu exister ainsi avant le troisième et le quatrîè.ne, Sius laisser de traces suffisantes pour que nous puissions les distinguer aujourd'hui.
De tout ce qui précède, nous pouvons déduire ce qui suit. Dansla région méridionale delà Mer du Nord, et plus encore dans les Iles Britanniques, en excluant l'Ecosse et en ajoutant les régions exondées par périodes dans le sud et dans Touest, te climat n'a pas cessé d'être humide depuis la dernière partie du quatrième interglaciaire. Il n'a pas été assez froid pendant le cinquième glaciaire pour être intolérable. L'archéologie nous prouve d'ailleurs que Thomme a vécu en permanence dans toutes les parties de cette région accessibles aujourd'hui à Tobservalion directe. Pour les parties couvertes par les flots, on sait seulement que les dragages du Dogger-Bank ont fourni des grattoirs, et sur un autre point une dent de mammouth couverte de serpules.
Pour la région Scoto-scandinave et celle de la Baltique, les documents sont encore plus riches et mieux étudié?. Toutes
les couches, depuis la fia du qualrième glaciaire, ont été Tobjet d'études minutieuses, les anciens rivages et leurs niveaux portés sur des cartes, la matière de la tourbe et du limon examinée au microscope pour déterminer les graines et les débris ligneux, les diatomées et les écailles de poissons. Ces travaux méticuleux, comparables aux recherches de Nûesch au Schweizersbild, font ressortir la légèreté avec laquelle procèdent les explorateurs français, dont un seul, M. Piette, a su tirer de ses gisements des indications précises. Aussi peuton dire que le passé récent de la région Scandinave est connu millène par raillèno, tandis que le pléistocène de France est connu seulement e.n gros. La période que nous allons décrire ne comprend pas plus d'une dizaine de mille ans.
Jusqu'à la fin du quatrième interglaciaire, la région Scandinave était restée à peu près inhabitable. La Baltique constituait une mer glaciale, dont les dépôts sont caractérisés par Yoldia arctica. Cette mor communiquait avec la Mer du Nord par la ligne des lacs suédois, les détroits danois n'existaient pas encore. Elle communiqiait aussi largement par la Finlande avec la Mer Blanche, dont elle n'était qu'un golfe. Les dépôts terrestres de l'époque n'ont donné qu'une flore de toundra. Betula odorata, Popuhis tremulay Pinus silvestris apparaissent vers la fin de cette période, et le sol se soulève de plusieurs dizaines de mètres suivant les régions. C'est alors que se produit le cinquième glaciaire, marqué par une recrudescence des glaciers et le retour passager à une flore subarctique. Dans les derniers temps du quatrième interglaciaire et pendant le cinquième glaciaire l'homme s'était déjà installé en Danemark et en Suède (Kiôkkenmoddings).
Le cinquième interglaciaire, qui comprend à peu près l'époque de la pierre polie, est marqué par une nouvelle phase de soulèvement du sol et par une amélioration marquée du
climat. C'est la deuxième période boréale de Blytt, dont la flore est caractérisée par le frêne et le coudrier. Les forêts succèdent aux tourbières du cinquième glaciaire dans la région baltique, et en Danemark le frêne remplace le pin comme essence dominante. Cet état de choses s'étend jusqu'à la Finlande, où il correspond à la période de climat méridional de Huit. Ce cliraat méridional ne serait point tel pour nous. La flore finlandaise signalée par Huit, Andersson et Nathorst comprend encore Pinus silvestris, Betula intermedia, odorata, Populus tr émula, Arctostaphtjlos uva-ursi, Empetrum nigrum, Alnus glutinosa^ Scirpus silvaticus. Cette pi'Tiode est aussi appelée dans la région baltique Anctjlus-Zeit, Par suite de l'élévation du sol, l'eau marine s'étant écoulée entièrement, la Baltique devint un lac d'eau douce, dont le niveau était très supérieur à celui de la mer actuelle. Ce lac, comparable aux grands lacs nord-américains avec son système d'eaux secondaires en Finlande, ne communiquait probablement que par un fleuve avec la Mer du Nord, ou plus exactement avec le Cattégal, car la Mer du Nord, pour la dernière fois, devait être alors à peu près entièrement exondée entre la Scandinavie et l'Ecosse. Le relèvement du sol en Danemark, en Scandinavie et en Ecosse était supérieur à la profondeur actuelle de la Mer du Nord dans sa partie moyenne.
J'attache une importance particulière à ce fait. On verra plus loin que cette importance est capitale. La date exacte de rAncylus-Zeit nous est foui^nie par un instrument en os, fait d'un radius de Cervus Alces. Munthe a décrit cet objet dans un mémoire spécial {Om fyndet af ett Benredskap i Anci/lus leva nàra Norsholm i Ostergôlland, Ofvers. K. Veten^k. Akad. Fôrh., 1895, 131-177). Il n'existe aucun doute sur la date du gisement, l'absence de remaniement, et l'instrument est nettement néolithique.
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Uq affaissemeat lent de la région danoise ouvrit au lac Ancylus une issue inférieure au niveau des lacs suédois, et bientôt le lac d'eau douce fut remplace par une Baltique dont les contours étaient voisins de ceux d'aujourd'hui. Celte phase de l'évolution de la Baltique porte le nom de Littorina-Tide, et la mer elle-même celui de LittorinaMeer, La période correspond probablement au sixième glaciaire, maison ne voit point de traces d'un grand développement des glaces en Scandinavie. La faune marine est riche en Ostrea, mollusque de tempérament délicat. La flore forestière demeure très développée, c'est répoque du chêne, Quercus sessilifera. Le climat est plutôt pluvieux que froid, c'est pourquoi Blytt a donn \ à cette piriode le nom de subatlantique et d*atlantique. Cependant les glaciers des montagnes., alimentés par des neiges abondantes, poussèrent leurs moraines jusque dans les vallées. Nous trouvons donc bien la succession ordinaire des phénomènes : affaissement du sol, régime diluvien, marche en avant des glaciers. Heureusement ce glaciaire est demeuré fruste. S'il eût pris un grand développement il eût apporté un grand trouble dans l'évolution de la civilisation, car il correspond comme date au premier âge du bronze Scandinave, et aux grands empires d'Egypte et de Chaldée.
A la fin de l'époque du bronze, la région danoise est de nouveau soulevée. L'eau de mer pénètre moins facilement dans la Baltique, et celle-ci redevient un lac d*eau douce. C'est l'époque à lymnées, LymnœaTide, C'est le dernier moment où nous trouvons des terres émergées dans les limites actuelles de la Mer du Nord, et il est probable qu'il s'agit seulement d'une bande de quelques dizaines de kilomètres le long de la côte. Au commencement de l'époque du fer, l'eau de la mer s'introduit de nouveau dans la Baltique, c'est l'époque à Mya, Mya-Tide, qui se prolonge encore aujourd'hui et correspond
à l'clat actuel des choses. Celle dernière période d'affaissement s*est éteiiduc, comme nous l'avons vu, jusqu'à la Belgique, mais avec un retard de quelques siècles. Cet exemple nous prouve que les mouvements lents ne co.nmencent et ne finissent pas en môme temps au centre et à la périphérie de Taire K Les péripéties subies par l'Ecosse sont exactement correspondantes. A la fin du quatriè.ne inlerglaciiire, lo temps est devenu doux. De grandes forêts se iont dévelippées. Pendant le cinquième glaciaire, une péiiode d'affaissement se produit, dont on trouve par exemple la. trace dans la Mac Artiutr Cave à Oban, où le Kiokkenmcdding à harpons plats asyliens est
{. Pylhéas raconte que dans son expédition dans la Mer da Nord, Te-' paisseur de l'eau empêchait la manœuvre des rames. Cette observatioû a été l'objet des critiques les plus vives. Il est probable que Pytbéas n'a point imaginé ce fait. Les navires de l'époque avaient l'habitude de naviguer le long des côtes, et le voyage de Pythéas correspond à une période d'afTaissement, dont l'invasion de la plaine maritime belge fut le maximum. La Mer du Nord avait à pou près acquis ses contours actuels^ mais ceux-ci, depuis le Pas-de-Calais jusqu'en Norwôgc, étaient encore indécis. Le navire de l'explorateur s'avançait sur des vasières à peine couvertes, où les rames s'enfonçaient dans la fange. Il se trouvait aux prises avec les mêmes difficultés que les navires de gros tonnage de la marine actuelle, obligés de naviguer loiu des côtes pour ne pas labourer la vase molle à demi glacée en hiver, couverte de ces glaçons tendres qu'il compare à des méduses, et que connaissent encore les navigateurs de la région. Entre l'Ëlbe et le Weser, les cuirassés qui suivent la côte ne peuvent le faire qu'en se tenant en moyenne à trente kilomètres de terre.
A mesure que nous connaissons mieux l'état ancien des choses, une infinité de faits paradoxaux s'expliquent, dont la critique s'était emparée pour jeter le discrédit sur les affirmations des plus anciens historiens et géographes. La catastrophe de l'Atlantis et l'inondation progressive du pays des Cimbres se rattachent d'une manière directe & un état de choses ancien, sur lequel la critique littéraire a dit bien des sottises. Il ne faut d'ailleurs pas en vouloir aux critiques, notre génération est la première à savoir d'une manière exacte que la figure du sol est en perpétuel devenir.
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coupé par une couche de graviers marins. Les plages qui datent de cette époque sont par placps couvertes par des moraines de f laciers. dernière manifestation du cinquième glaciaire. Ces plages sont aujourd'hui à 43-50 pieds anglais au dessus de la mer. Le niveau devait doncôtre de 13 à 20 mèlres inférieur à celui de nos jours. Puis vient une période de soulèvement, et une nouvelle végétation forestière recouvre la tourbe où gisent les restes de la forêt plus ancienne. Puis vient une dernière période d'affaissement, d'environ 10 m., accompagnée d'un régime pluvieux dont témoigne un lit supérieur de tourbe et d'une apparition de glaciers, la dernière, limitée aux plus hautes montagnes d'Ecosse. Le synchronisme des oscillations du sol et du climat est donc parfait en Ecosse et en Scandinavie,. Nous pouvons en conclure que la région moyenne de la Mer du Nord a subi les mêmes oscillations, avec des différences climatériques moins marquées. Cette immense plaine d'alluvions vaseuses, toute en étîers et en marécages, directement exposée au Gulf-Stream mais largement ouverte au vent du Nord, devait être moins froide en hiver, moins chaude en été, constamment couverte d'un voile de vapeurs qui se résolvaient en pluie douce.
Le berceau des Aryens. — C'est dans cette région indécise, tantôt terre et tantôt mer, le plus souvent terre et mer à la fois, que Latham plaçait le berceau des Aryens. Cet écrivain est mort avant d avoir vu justifier par les géologues cette notion d'une plaine anglo- Scandinave aujourd'hui disparue sous les flots. Je crois même que cette croyance de Latham ne s'est pas répandue au delà du cercle de ses amis et qu'il ne l'a jamais précisée par écrit. Je n'en ai eu connaissance que par le D"" Beddoe. Il n'en est pas moins juste de reconnaître que Latham avait pressenti avant nous la situation nécessaire du
berceau des Aryens, et c'est pourquoi je donnerai son nom à la plaine anglo-scandinave, qui n'en a pas encore en palégéographie.
Il ne faut pas un grand etTort d'imagination pour reconsti tuer l'existence des Proto-aryens. Dans ces plaines immenses, découpées et morcelées à Tinfini par les étiers et les lagunes, sans un relief, sans un abri, la vie monotone et friste ne devait cependant pas être difficile. Le sol, humide partout, inondé deux fois par jour sur des étendues sans fin, devait être couvert de prairies abondantes, de tourbières dans les lieux où les eaux du ciel se trouvaient rassemblées, de plantes salines le long des étiers et des lagunes. La marée basse découvrait de vastes régions, où le sable et la vase alternaient avec les herbiers. La prairie nourrissait de nombreux herbivores, les grèves découvertes fournissaient à foison les coquilles, le gibier d'eau devait être d'une prodigieuse abondance, les eaux riches en poisson se prêtaient aux modes les plus faciles de pêche. La vie matérielle était donc facile, et Talimentatien suffisante pour une population nombreuse. L'hiver brumeux mais sans gels n'apportait point d'obstacle à la chasse et à la pêche, les herbivores trouvaient de quoi brouter même dans la saison la plus mauvaise, et Tété sans soleil ne desséchait jamais les prairies.
L'existence morale du Proto-aryen devait être monolone et triste, comme la nature au sein de laquelle il vivait. Cet horizon vaporeux qui l'enveloppait dans un cercle étroit et mouvant avec lui, sous un ciel bas, couvert de nuages plombés qu'entrouvrait rarement un rayon de soleil, ces demi-ténèbres faites en haut de nuées et de brouillards en bas, diffusant la lumière oblique, les retours incessants de la pluie, doi'ce et fine mais battante, le contact du vent du nord, froid, humide et puiFfant qui le secouait sans cesse, tout ce milieu d'har-
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monique mélancolie devait travailler à façonner son esprit, comme l'excès d'eau et l'absence de lumière façonnaient peu à peu son corps.
Il est facile de comprendre combien ce climat devait être supporté avec peine. Si riche en nourriture que fût la plaine de Latham, ses habitants durent être d'abord clairsemés, et une dure sélection se fit pendant des milliers d'années parmi les fils des immigrants. Toute raue, tout individu gai, vif, ami du soleil et de la vie se trouvait fatalement écarté. Dans cette nature abondante mais austère, mais uniforme, mais infiniment triste, ceux-là pouvaient vivre seulement qui apportaientavec un tempérament résistant une disposition d'esprit froide et mélancolique, une énergie calme, mais inépuisable.
Ainsi se fit une race de pêcheurs, de chasseurs, de marins, de pasteurs, robuste mais lymphatique, intelligente mais triste, énergique mais froide, qui de siècle en siècle augmenta en nombre, accusa ses caractéristiques et devint enfin l'Aryen de l'antiquité la plus haute.
Peu à peu cette race s'étendit sur la grande plaine du Nord, dans la région de la Baltique, dans les grandes forêts de la Gaule, de la Germanie, de la Scandinavie, se mêlant à des éléments analogues, qui dans ces milieux frais, humides, couverts, ne devaient guère différer d'elle par les caractères du corps et se rattachaient à une même origine. C'est de la grande forêt ombreuse de l'Europe moyenne, de rx\tlantique à la Mer Noire, que sortiront peu à peu les essaims aryens, mar^ chant à la conquête de la chaleur, de la lumière, de tout ce qui avait manqué à leur enfance terne, uniforme et sévère, et derrière ces essaims d'autres viendront à leur tour, à mesure que la nature eachanteresse, l'air embaumé, les vibrants rayons d'or, les horizons infinis et la vie douce et molle de l'Orient et de la Méditerranée auront couché les premiers
so'js la teiri3 p3rfide et couverte de fleurs, car le soleil a toujours attiré l'Aryen, l'attire sans cesse, Tanaollit, le désarme et le tue.
Généalogie de l'homme- — Il nous reste maintenant à déterminer la raC3 qui placée dans le milieu spécial de larégion de Lalham, adonné, sous Tinfluencedu milieu et de la sélection, la forme de H. Europa^us. C'est en somme la question de la généalogie de B, Europasus qui se pose, c'est-à-dire d'un rameau seulement du groupe humain. Je parlerai donc Itès sobrement du tronc et pas du tout des branches éloignées, l'étude très difficile de la généalogie générale de Thomme ne me paraissant pas avoir un intérêt direct pour la question.
Nous ne connaissons pas les ancêtres fossiles de l'homme, à part les Pithecanthropus qui sont déjà des hommes. Les primates sont très anciens. Les frères Ameghino ont trouvé et décrit de nombreuses espèces de singes du crétacé et du tertiaire inférieur de la Patagonie '. Parmi ces formes, quelques-
I. Ameghino, Contribucion .al conocimiento de los Mannferos fosiles de la Reptiblica Argentinn^ Actos de la Acad. de Scie ne la s en Cordoba, 1889, Vf, 1059 paf^es, 97 planches. — Prem. contrib. à la connaissance de la faune... à Pyrotherinm. Bol. Inst. Geofçr. arg., 1895, XV.
On trouve ce qu'il est nécessaire de connailre, et de bonnes figures, dans divers mémoires de seconde main : Trouessarl, les Primates tertiaires^ Anthrop., 189?, âoT-'iTi; Glangeaud. les Mammifères crétacés de la Patagonie, R. gén. des sciences, 1898, 133-144. V. aussi Ameghino, L'Age des couches fossilifères de Pataifonie, H. scient., 1898, II, 72-74.
Les Notopithecidés (Notupitheciis, Eupithecus, Archaeopiihecus) des couches à Pyrotherium du crétacé supérieur seraient les ancêtres des Lémuriens, mais en môme temps très rapprochés des Typothéridés, qui sont des ongulés. A cOlé des Lémuriens, on trouve de vrais singes dans les couches éocèncs du Santacruzien. Ces singes répartis par Ameghino en plusieurs genres {Homunculus, Anthropops, Eudiastatus, Uomocentru^), sont les ancêtres des cébiens, dont ils ont la formule dentaire. AnthrO'
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unes sont plus près du type humain qu'on ne pourrait le supposer, et d'une manière générale les singes sont d'autant plus singes qu'ils se rapprochent davantage de noire époque. Les espèces à mâchoires formidables comme le gorille et le chimpanzé, ou comme les cynocéphales, ci'lles à mains adaptées pour la fonction de crochet et dépourvues de pouce comme les colobes^ celles à estomac complexe comme les semnopithèques, toutes les formes à longues queues servant de balancier, à membres très allongés et à corps très grêles, adaptés à la vie arboricole d'une manière si parfaite, tous ces singes très évolués paraissent récents, les espèces fossiles que Ton connaît sont très loin d'être spécialisées avec la même perfection. Au risque de provoquer l'étonnemeot, je crois devoir dire, après une longue étude des primates, que de tous ces êtres les moins différenciés, les moins éloignés du type ancestral des mammifères, ce sont encore les anthropoïdes. Or si nous éludions les fœtus ou les petits des anlhropoïdes, nous sommes aussi obligés de conclure que la ressemblance avec l'homme diminue avec Tàge, et que par suite les ancêtres du gorille ou du chimpanzé ne possédaient ni formidables mâchoires, ni crêtes osseuses du crâne, qu'ils avaient les pieds mieux adaptés à la marche, et que par l'aspect général du corps, des membres et surtout de la tête, ils s'écartaient beaucoup moins du type de l'homme ^
pops perfecius A. a une mâchoire inférieure de forme presque humaine, courte, presque en demi-cercle, à symphyse haute et épaisse, n'ayant ni plus ni moins de menton que celle de P'thecanthropus ?ieanderthalensis. Celles des autres espèces, et aussi du iSolopilhecus adapinus A. crétacé, rappellent les formes des mâchoires des anthropoïdes.
1. Le crâne du gorille, du chimpanzé très jeunes, âgés de moins d'un an, ressemble d'une manière prodigieuse à celui des Pithecanthropus. Les arcades sourcilières sont môme moins accusées, et la ressemblance se
De ces observations, qui leront Tobjet d'un ouvrage spécial, il résulte à mes yeux deux choses très probables, la première que Thomme no descend pas du singe, la seconde que les singes sont les cad.Hs et non les aînés de Thomme. L'origine commune, indiscutée aujourd'hui, est indiscutable, la plus proche parenté avec les anthropoïdes est évidente, mais c'est rhomme qui me païait représenter la descendance la plus directe de l'ancêtre commun.
Je ne crois pas que ce soit une humiliation pour la science, qui de nos jours a fait tant de découvertes en si peu de temps, d'avouer Tiguorance complète où nous sommes de l'ascendance de rhomme. Le hasard nous a livré récemment le chainon le plus rapproché de la chaîne, le Pithecanthropus, il nous livrera probablement les autres, mais il serait téméraire d'y compter. La découverte que j'ai faite moi-môme de YAnthropodiis Rouvillei prouve que nous ne connaissons pas tous les
coulinue dans la face. A partir d'un an la divergence s'accuse, et à mesure que les saillies osseuses se développent la ressemblance diminue et disparaît. Le prognathisme énorme du gorille et du chimpanzé ne dépasse pas à la naissance celui du Boschiroan adulte. L'évolution de l'homme se fait donc par la conservation de plus en plus longue des caractères fœtaux, et celle des anthropoïdes par l'exagération chez l'adulte d'une foule de caractères nouveaux. C'est pourquoi l'on peut dire exactement que les anthropoïdes, partis du même point que l'homme, n'ont pas su s'arrêter à temps. La lente oblitération des sutures crâniennes chez l'homme, a été cause et effet du développement cérébral. La matière osseuse qui chez lui sert à l'agrandissement de la boîte crânienne a été différemment utilisée par les grands singes, et leur a fourni les matériaux d'une puissante ossature raciale et crânienne, destinée à porter des muscles robustes. L'évolution des anthropoïdes est analogue à celle qu*ont subie les grands carnassiers.
11 a été publié depuis la thèse de Deniker (Recherches anatomiques et embryologiques sur les sinyes anthropoïdes, Paris, i886), des documents intéressants sur l'embryogénie des anthropoïdes. Le travail en cours de publication de Selenka sera d'une grande importance.
primates fossiles de l'Europe, mais il n*e?t pas probable que ce continent nous réserve de grandes surprises. Les gisements nouveaux fournissent désormais très peu de nouveautés. Le reste de l'ancien continent n'a pas été exploré d'une manière complète, maislesdécouvertesd'Ameghinopermettentdecraindreque le berceau des primates se soit trouvé dans le continent austral. Déjà Ton vient de découvrir à Madagascar un singe à formule dentaire semblable à celle des singes américains, le Nesopithecus Fors. Maj., et d'autre part les recherches de Selenka démontrent la fréquence chez l'orang-outang des molaires supplémentaires. Il est donc possible qu'une bonne partie des formes ancestrales ait vécu dans des régions couvertes aujourd'hui par la masse profonde de l'Océan ^
Les Pithecanthropus. — Les revues scientifiques et les journaux ont vulgarisé le Pithecanthropus erectus Dub. découvert à Trinil, dans l'île de Java, par le D'' Dubois. De cette forme on connaît seulement une calotte crânienne, deux dents et un fémur. La calotte ressemble beaucoup à celle du Néanderthal,
\ . Sur les aDlhropoïdes fossiles, voyez comme travaux récents : Gaudry, U Dryopitkèijue, Mém. de la Soc. géol. de France, Paléontologie, ^890, 1, \ ; Harlé, Une mâchoire de Dryopithèqve, B. Sijc. géol. de Fr., i898, S. lil, XXVI, 377-383; Dubois, Utber drei ausgestorbene Menschtnaffen, N. Jahrb. fur Minéralogie, i897, I, 83-104; Branco, lie menschenàhnlichen Zàhne ans dem Bohnerz dir schwàbischen Alb, Jahreshelte des Ver. fur Naturk. in Wurtt., 1898.
Pour le NetopithecuF, v. Gaudrv, communication à TAcad. des Sciences, C. R. Ac. des Se, i896, CXXllI, 542. Ce singe pléistocène atteignait la taille de Thomme; sa dentition était voisine de celle des macaques et des semnopilhèques, mais il avait 36 dents comme les singes américains. Nesopithecus Robertin'csi connu que de Madagascar. Pour Torangoutang, V. Selenka, Die Rassen und der Zahnwechsel des Orang-Vtan, Sitxungsberichte der K. K. Akad. der Wissenschaften zu Berlin, 1896, XXXVI, 391-392.
m:iis esl intermédiaire entre celle-ci et le cràae des gibbons. Les dMits sont également intermédiaires entre celles de l'homme et des anthropoïdes. Le fémur, bien humain, caractérise Tôtre de Trinil d'une manière définitive. Le genre Pithecanlhropus doit èlre regardé comme rentrant dans le genre Homo, et formant le sous-genre le plus inférieur de celui-ci ^
Le Piihecanthropus erectus Dub. parait avoir vécu à une époque très tardive du pliocène, peut-être au commencement du pr'istocène. Il est très difficile d'établir le synchronisme exact des faunes fossiles de l'Europe et de la Malaisie. I-es espèces communes manquent, et nous ne possédons pas assez de jalons intermédiaires pour établir des synchronismes par intermédiaires rapprochés. Il est certain seulement que le
\. Le travail fondamental sur ce Pithecanthropus reste rëtudc originale de Dubois, Pithecanthropus erectus y eine mensohmâhnliche UebergangS' form aus Java, Batavia, i894. Il a paru depuis toute une bibliothèque de travaux de seconde main, dont le meilleur est peut-être celui de Manouvrier, Deuxième étude sur le Pithecanthropus erectus^ Bull. Soc. d'xVnthr., ^896, Vr, 553-6*1.
Gomme autres travaux sur les hommes tertiaires, voir le résumé de Buschan, v ïerliàrmensch, Handwjrterbuch der Zoologie, t. VU (Breslau, Treveudl, le tome a paru en 1897), et Issel, Liguria geologica e preislorictty II, 319-330 et pi. XXIV. Il est douteux que les pièces citées soient fossiles, mais la preuve contraire n'est pas faite, et les déci^uvertos de Trinil et de Taubach commandent une circonspection de plus en plus grande dans la négation.
Pour l'homme fossile pléistocène, voyez Quatrefages et Hamj*, Crania ethnica, p. <-t46. Cotte partie, comme d'ailleurs tout le recueil, est bien incomplète et surannée aujourd'hui. Hamy adonné dans le Compte-rendu du X« congrès d'Anthropologie à Paris une bonne étude critique des matériaux connus en 1889 (\îati^riaux pour servir à V étude de la paléontologie humaine, p. 405 à 4o6 du Compte-rendu). Voyez encore, comme étude critique générale, Mortillet, Formation de la nation française, Paris, Alcan, 1897, spécialement vi* part., ch. i et 2.
ORIGINE DES ARYEXS
lecanthropus faisait partie d'une rniine éteinte, que celle faune a (-ié remjilacL'e piir celle (J'aujourd'imi sans intermi'-diaire, et que ce dernier rejn placement est di'jà ancien, car li'S formes communes ù l'ilc cl à la presqu'île malaise sont assci nombreuses, et doiven'. avoir préexisti' à la subniersiiin des n'gions voisines.
Le Pithecanihropus erectus appartient certainement an groupe de formes qui a donne naissance à celles de l'humanité acluelle. Peut-êlre est-il même l'ancùlre indirect dos
Auslraliens, dont les affinités le type du .Néauderthal ont été souvent relevées. Je
Fig. *, l'ilbecaalhmpu» e\
- Pithtcanlhrapui erecim Duh,
I. Les rigurcii 4 ù lOaont crapruotOca ii lu Forni'iUon de la nati'in française de M. de Mortillet. Les clichés ont il-tii gracieusement cominuLiiiiués par roditeur M. Mcan.
Qe crois pas qu'ils doivent figurer dans la lignée directe de H. Europœus. II est probable qu'il a existé diverses variétés régionales de Pithecanthropus , le type de Néanderthal, P. Neanderthalensis King est certainement une de ces variétés, mais il n'y a pas de raison pour regarder le Pithécanthrope de Java comme le père plutôt que l'oncle ou le cousin de celui d'Europe, el il n'est pas d'autre part bien certain que H. Europœus descend3 du Piihecanthropus Neanderthalensis.
Les traces certaines de l'homme ne remontent pas en Europe au delà du second interglaciaire. Il subsiste des doutes très fondés sur l'origine artificielle des silex et des autres objets provenant des couches antérieures. Les volumineux coups-de-poing chelléens sont au contraire le produit évident d'une industrie, et on les trouve répartis en abondance variable, dans les alluvions du second interglaciaire et même des temps qui suivirent. Ces instruments, même allégés et modifiés, disparaissent tout à fait en Europe vers le commencement du quatrième interglaciaire, mais ils paraissent être restés en usage plus longtemps sur d'autres points du globe.
L'homme qui a taillé ces silex nous est inconnu. Les deux seuls débris humains authentiques trouvés dans les couches du second interglaciaire sont deux dents. Elles ont été trouvées dans le tuf à ossements du gisement célèbre de Taubach près Weimar, et étudiées par Nehring {Veber einen fossilen Menschenzahn aus dem Diluvium von Taubach bei Weimar, Verh. d. Berliner anthrop. Gesellschaft, 1895, 338-340; Ueber einen diluvialen Kinderzahn..,, \h., 425-433; Ueber einen menschlichen Molar..,, ib., 573-587). Ces dents, une première molaire de lait inférieure gauche, et une première molaire adulte inférieure gauche, sont très volumineuses et indiquent une puissance de mâchoires qui rappelle les anthropoïdes. La molaire adulte est en outre ridulée comme celles du chimpanzé. L'in-
dustrie de rhomme de Taubacb était distincte de celle de nos Cbelléens et très supérieure, de sorte qu'on ne peut conclure à l'identité de la population (V. Reinach, La Station de Taubach. Anthropologie, 1897, VIII, 53-60).
Les débris humains contemporains du mammouth et de l'ours des cavernes sont plus nombreux. Ils appartiennent les uns à P. NeanderthalensiSy les autres à de véritables Homo,
Delà première forme on connaît aujourd'hui tous les os, par les squelettes presque entiers de Spy et par des pièces diverses, surtout des calottes crâniennes et des mâchoires, trouvées dans un grand nombre d'endroits de l'Europe centrale, occidentale et méridionale.
MM. Fraipont et Lohest ont consacré aux squelettes de Spy deux monographies qui se complètent {Recherches ethnographiques sur des ossements humains découverts dans les dépôts quaternaires d'une grotte à Spy, Archives de Biologie, VIII, 387-757, et L(?,v hommes de Spy ^ Congrès int.
d'Anthr., 10® session, Paris, 1889). Il a paru depuis de ^ nombreux mémoires de di-
Fig. 6. — Pilhecanlhropus Neandertha-
lensis King. - Spy. ^^^^ auteurs qui ne contien-
nent pas d'éléments nouveaux. Le P. Neanderthalensis était relativement petit et trapu, d'une taille analogue à celle des Lapons modernes. Il avait la tête volumineuse, le tronc massif, les membres courts, même les supérieurs, ce qui l'éloigné fortement des anthropoïdes, les jambes sensiblement ployées en avant, au niveau de l'articulation du genou, dans la station verticale. Cette conformation lui donnait une facilité plus grande pour la marche, moin-
(Ire pour la station debout. La marche en messager, comme disent les Belges, c'est à-dire la jambe un peu plice, lui était naturelle; elle est la plus pratique et donne une grande résistance à ceux qui parviennent aujourd'hui à l'apprendre ^ Le crâne était dolichocéphale, platycéphalo, peu capace, le front bas, fuyant, avec des saillies sourcilières proémiuentes en
visière comme celles du chimpanzé ou du gorille. Les orbites paraissent avoir été vastes et arrondis', les os de la face puissants, sans prognathisme bien marqué, li mâchoire inférieure dépourvue de menton.
Fig. 7 et 8. — P. Neanderthalensis K. ~ Néandertlial.
Ces caractères morphologiques sont confirmés par le crâne de Gibraltar, par celui du Néanderthal, qui exagère le faciès bestial du type, et par toules les autres pièces. On trouvera dans l'ouvrage de Mortillet, Formation de la nation française,
\. La marche en flexion a été étudiée par Marev qui a constaté par la méthode chronophotographiquc sa supériorité physiologique sur la marche ordinaire. Des essais pratiques ont été faits ensuite au !!• corps sous la direction du commandant Raoul. Les troupes arrivent adonner sans fatigue 20 kilomètres en 1 heure et demie (Comment on marche, par F. Regnault et Raoul, préf. de Marey, Paris, 1898).
275 295^ l'étude sommaire des pièces de date moustérienne authentiques connues en 1896. L'auteur omet une quantité à peu près égale de documents dont la date seule est incertaine et^ qui se rapportent à la race de Néandertbal avec une complète certitude. Je crois cette omission peu justifiée, car on n'a jamais trouvé cette race dans des couches dont la date plus récente soit certaine ^ Dans ces conditions les pièces se datent elles-mêmes, comme le feraient des débris d'ours des cavernes. Peu nous importe d'ailleurs ici, car nous étudions la race en elle-même, et sans nous occuper d'une manière principale de l'époque à laquelle son existence paraît avoir cessé ^.
1. Voici les principales mensuratioDs des crânes de Pithecanthropùs les moins mutilés :