II. — La vie guirituelle ne commence ciue lorsque l'âme
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a rompu avec le péché mortel et recouvré la grâce de Dieu £ar^la justification; jusque-là c'est l'infécondité de la mort. ^ Mais , au début de ce travail , les passions, soulevées par l'habitude du péché ou non encore réduites, menacent la charité. Il faut lutter péniblement et au miheu des angoisses pour se sauver des abîmes. C'est le règne de la crainte ', qui torture et purifie l'àme, et, en redoublant la vigilance, y sauvegarde l'amour.
Cet état de violence et d'amertume est justement appelé la voie purificatrice ou purgative.
III. — Quand, par la résistance et la fidélité, les passions se sont apaisées, l'âme, tranquille alors du côté des sens et des aniorces du péché, regarde moins ce qu'elle doit repousser que ce qu'elle doit atteindre; la récompense la solUcite plus que le châtiment ne l'effraye. Ses yeux se reposent avec plus de persistance et de désir sur les biens éternels promis par la foi, et sur le divin modèle qu'elle doit réaUser pour y parvenir. La contemplation habituelle de Jésus-Christ, des vérités saintes et des biens éternels produit dans l'esprit un rayonnement et une lumière qui , en révélant la beauté du monde surnaturel, achèvent de détacher des biens périssables et excitent à l'exercice des verijjs. La voie s'illumine de ces espérances et de ces divines leçons, et le but lumineux auquel on tend fait une clarté qui dissipe les ombres du voyage et redouble le courage.
Ce qui caractérise cet état, c'est donc, non seulement le progrès accompli, mais le dessein de progresser__et de tendre à la perfection par la pratique des vertus surnaturel lj3£^jLjl£iem]2ie__de J[es^^ ; et les vertu.^ gui y dominent sont la foi et l'espérance , l'espéran'^^^ '^^irtftjUj c'est-à-dire l'assurance que Dieu nous appelle au terme
1 S. Thomas, 2.2, q. 19, a. 8: Timor iaitialis dicitur ex eo quod est iaitium... Accipilur secundum quod competit statui incipientium.
OÙ nous serons heureux, et que, pour l'atteindre, sa grâce ne nous manquera point.
C'est bien la voie illuminative et l'état du progrès.
lY. — A force de regarder Dieu, le terme de la vie, et Jésus -Christ son guide, l'âme s'éprend des perfecl.JDns et '^*^^^^^.Jc^ d.p-' riniP^^'^'^'^^ ^'^inpp ; elle s'unit et s'associe au Sauveur, au point que le^bon vouloir divin formele^princi|3al mobile y v de sa .\iB. La crainte est passée; l'espérance, par son côté Z^^t^ égoïste, devient comme mconsciente ; l'amour règle et '^^'y^^ . domine tout. L'âme alors cesse de s'appartenir pour être tout entière au Dieu qu'elle aime. Elle voyage encore, mais son cœur est au terme, reposé sur l'objet unique de son amour.
Tel est l'état des parfaits, la voie ou la vie unitive.
On le voit par ce résumé des trois états, dont nous empruntons la substance à Suarez^ en chacun deux l'élan
1 De Statu relig. 1. 1 , c. 13, n. 8 et 9 , t. 15, p. 63 et 64 : Concludimus très illos status distinguendos esse ex modo operandi rnagis A'el minus perfecto , vel ipsam dilectionem Dei et proximi , vel opéra virtutum quae ipsa cliaritas vel ex necessitate, vel ex consilio, vel ad melius esse postulabat.
Hic autem modus operandi esse videtur promptitudo , facilitas et delectabilitas in operihus charitatis, sive elicitis sive imperatis. Nam modus operandi proprius virtutis seuex virtute, est prompte ac delectaLiliter operari; cum ergo charitas sit maxima virtutum, recte gradus perfectionis ejus ex diversitate in tali modo operandi distinguentur. Et inde poterit etiam oriri diversitas in modo operandi magis vel minus fervente , id est cum majori vel minori conatu et intensione, atque etiam in extensions ad aclus difficiliores vel heroicos.
Atque hoc modo charitas incipiens vocabitur illa quae a coucupiscentiis et aliis passionibus nondum mortiflcatis , non solum impeditur ne facile et delectabiliter virtutem operetur, sed etiam in periculo versatur ut a peccato aliquo superetur et expeilatur. Et bic status dicitur pugnae et viae purgativae, quia in illo praecipua cura esse débet resistendi concupiscentiis et mortificandi passiones , uutriendo simul et foveado charitatem ipsam , ut D. Thomas (2.2, q. 24, 9) dixit. Hoc autem fieri potest et débet, non tantum servando praecepta, sed etiam praeveniendo , ut sic dicam, occasiones in quibus praecepta obligant, ut ad vitanda peccata illis contraria, charitas prompta et optiuie disposita sit. Et ideo talis status, licetex una parte imperfectus sit, ex alia in statu perfectionis etiam intenditur.
Secundus autem gradus charitatis proficientis seu provectae , incipit etiam ei parte subjecli, quando jam in illo passiones ita sedatae sunt, ut pugnu
4i DE LA PERFECTION
vers la perfection ne se dislingue pas du mouvement même de la charité; seul le motif gui le d<jtermine est dirférent. Au début, c'est la craint^, puis l'fspémnr.ej et enfin T^mQnrpur.
Ici se place naturellement la notion de la théologie mystique.
L'union de l'âme avec Dieu, qui constitue la perfection, est à la fois le résultat de Taction de Dieu par la sfràce et de l'action humaine par la liberjé. Dans les conditions ordinaires, l'homme a plus conscience de sa propre activité que du concours divin. Mais, quand Dieu le veut. Tinter- r/ vention divine devient plus sensible que l'action humaine : I l'homme sent moins son propre effort que la violence qu'il subit; il souffre plus qu'il n'agit, il est plutôt patient qu'agissant.
La Mystique a pour objet l'étude de ces violences divines. Or cette irruption de la part de Dieu intervient régulièrement à la troisième étape de la perfection, dans la vie unitive, de sorte que la Mystique, ainsi que nous en avons déjà fait la remarque, est la suite ^ et comme le couronnpmpnt dp l'AsrériqiiP.^,
V. — Nous venons de décrire la marche norr:ale et commune.^L'àrne passe successivement de la purification à l'illumination, de Tillumination à l'union.
contra concupiscenliam non ila soUicitet animam diligentem Deum, praesertim de lapsu gravi, quia jam prompte et faciliter incumbat operationi virtulis, ejusdemque charitatis incremento. Et idco ille status dicitur ^iae illuminativœ quia in eo mens magis ac magis iliuminalur in opcrationem virtutis. Unde in tioc gradu forlior est cbaritas ad prompte et faciliter evitanda peccata mortalia, quamvis in vilaiidis venialihus adbuc difflcultatem patiatur.
Tertius autem gradus charitatis perfectae esse dicitur, quando jam sunt passiones ita edomitfe,et animus operationi \irtutis adeo est assuetus, ut in proprio et perfeclissimo munere charitatis, quod est diligero. Deum, prompte et delectabiliter se exerccat. Et hic est status perfeclionis hujus vitae, qui merito via unitiva esse dicitur. quia per dilectionem cum Deo unitur; et hoc est praecipuum hujus gradus studium.
1 Cf. La Mystique daine, Introd., t. 1, p. 8.
Cependant ces lois n'ont rien dlabsolu. Dieu, par la' toute-puissance de sa grâce, peut porter soudainement des/ profondeurs du péché aux élans généreux de l'espérance e aux plus hauts sommets de la charité ' ; comme aussi sa| providence, sage et miséricordieuse jusque dans ses ri-} gueurs, peut maintenir l'âme la plus pure dans la frayeup de ses jugements et les amertumes de la crainte.
YI. — Une autre réserve est à faire sur ces états. Us ne sont pas tellement distincts qu'il ne paraisse plus rien d.ans l'un de ce qui caractérise les autres. A quelque degré que l'on soit parvenu, il y a toujours, dans une certaine mesure, lutte, crainte et vigilance contrp. 1p pé^hé : ce qui est le propre de la vie purgative; on resarde au terme et l'on pratique les vertus, ce qui caractérise la voie illuminative ; on s'abnndnnne à Dieu et à sa volonté, ce qui est l'csscnliel de la voie unilive-.
La note distinctive de ces différents états se prend de ce
qui prédomin'- d:ins; l'Amp p\ dnn^ In vip Si CC SOnt la lultC
ronfre les ton la lions violentes et la crainte de l'enfer, on rjjnrche dans la voie purgative: lorsque c'est l'impulsion de resnérance, on court dans la voie illuminative ; quand c'est le désintéressement de la charité, on est dans la voie
1 s. François de Sales, Introd. à la vie dév., l" p., c. 5 : C'est le commencement de noslre santé que d'estre purgé de nos humeurs peccantes. Saint Paul, toutcn un moment, fut purgé d'une purgation parfaite, comme fut aussi sainte Catiierine de Gennes, sainte Madeleine, sainte Pélagie et quelques autrts; mais cette sorte de purgation est toute miraculeuse et extraordinaire en la grâce, comme la rt surrection des corps en la nature : si que nous ne devons pas y prétendre. La purgation et guerison ordinaire soit des corps, soit des esprits, ne se fait que petit à petit, par progrès d'avancement en avancement, avec peine et loisir. — Cf. Suarez, de Statu relig. L 1, c. 4, n. 7.
2 Suarez, de 0>at. 1. 2, c. Il, n. 4, p. 166: Ex qua declaratione constat hos très status nunquam esse in via ita condistinctos, quin unusquisque illorum aliquid de caeteris participet. Quilibet ergo illorura ab co quod in ipso prœdominatur nomen et rationem accipit. Nam imprimis in bac vita nunquam ad eum gradum perfectionis pervenitur in quo profîcere homo non possit et debeat.
unitive. Mais durant tout ce voyage de la vie mortelle, à quelque point de la perfection que l'on soit parvenu, toujours il y a travail de purification ' , d'illumination et d'union, touioiiiS-JJ^^nouveaux propres àj^éaljser ej^ des ascensions supérieures à atteindre.
1 s. François de Sales, Introd., 1« p., c. 5: L'exercice de la purgation de l'ame ne peut ni ne doit finir qu'avec la vi8.
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