DE LA PROFESSION RELIGIEUSE
Les deux formes de la vie chrétienne : la perfection commune et l'état de perfection. — L'état s'entend de l'engagement de tendre à la perfection ou de l'obligation d'exercer la perfection acquise. — Il embrasse les préceptes et les conseils, mais son caractère propre se prend de la pratique obligatoire des conseils. — Les religieux sont dans l'état de perfection dans ce sens qu'ils contractent l'obligation de l'acquérir. — Gravité de cette obligation. — La règle ne s'impose pas ordinairement sous peine de péché. — Il est rare néanmoins qu'on la viole sans péché véniel. — Les cas où ces transgressions sont mortelles. — Les supérieurs qui laissent s'introduire l'habitude de manquer aux règles pèchent mortellement.
I. — La perfection chrétienne, telle que nous l'avons définie, peut se pratiquer de deux manières : dans la vie commune. /sans autre lien que celui de la bonne volonté, ou bien sous le joug d'une charge ou d'une discipline!
librement r solennel Ippipnt p.t — irrévocablement acceptée.
Dans le premier cas, on est simplement dans l'exercice de la perfection ; dans le second, on est dans un état de perfection.
D'où il suit, ainsi que le remarque saint Thomas, que
l^^onjeiit êtrft parfait sans ôlro Hnn-; l'f^lnt Hp porfprfiori^) et être dans l'état de pcrfcclion sans être parfait'.
Relativement à la perfection, il existe donc deux états' : l'un commun^ aux fidèles qui travaillent activement à leur ^ salut, pressés seulement par les invitations générales du Sauveur à tous les chrétiens; l'autre particulier à quelques- ^»uns, et justement appelé état de perfection, parce qu'iU résulte d'un engagement spécial à être ou à devenir plus parfait.
H. — L'état de perfection s'entend, en effet, en ce double sens : de Ig pnrrpriinn n npq]]f^pir^ et de la perfection h exercer. On peut embrasser cet état ou pour s'y former ai la perfection à l'aide d'observances particulières, ou pour/ y professer une perfection déjà acquise.
Suarez^ signale et affirme cette distinction, fort importante dans ses applications. Saint Thomas semble contredire cette doctrine quand il dit des prélats et des religieux
' Sum. 2.2, q. 184 , a. 4 : In statu perfectionis proprie dicitur nliguis essç^ non ex eo quod habet actum dilcclionis perfectœ , sed ex eo quod obligat ee perpétue cum aliqua solemnitate ad ea auae sunt perfectionis. Contingit etiam quod aiiijui se obligant ad id quod non servant, et aliqui implcnt id ad quod se non obligarunt, ut patet [Matth. xxi, 28) de duobus filiis, etc.. Et idco niliil proliibet aliquos esse perfectos qui non sunt in slatii perfectionis, cl aliquos esse in statu perfectionis, qui tam'-n non sunt pcrfecli.
- SiAitEZ. de Statu relig. 1. f, c. 2, n. 7 : Facile est rcspondere stalum vitae cliristianœ optime in statumcommunisvits cliristiano), oplime in statum communis vitœ et perfectionis distingui... Hatio aulenihujusniodi vila& duplex est : quaedam est omnibus fidelibus communis et generalis , quia est ad salulem necessaria; alla vero esse potest spccialior, quœ praeter ea quœnecessaria sunt, plura média compieclitur. Et ulraque ratio vivcndi in suo gradu habet debitam perfectionom et stabil.italem. Ergo rccte inde duplex status consurgit vitae chriitianae, communis et perfectionis.
3 Sl'akez, ibid. n. 8: Dicitur autem status vitœ communis, non quia in illo non possint homines opéra supcrerogalionis facere et in perfeclion& spiritual! crescere, quantum voluerint, utique a Deo adjuti; sed quia status ad hoc non obligat ncc specialia média confert, nec in illo génère opéra peculiarem stabilitatem liabcnt.
* Ibid. c. 14, n. 3 : Nihiiominus assero convenienter statum perfectionis. dividi in st,;ilnm ncqniroml-p. et exerccndap perfoplinnis; vei, quod idem est^ in statum tendenliuiu ad perfectionem , et statum perfectorum.