L'ETAT DE PERFECTION : LA PROFESSION RELIGIEUSE
En principe, la règle oblige, et sans la règle la vie religieuse perd sa physionomie, sa vertu et sa sécurité. Toutefois eljç^n'obiige pas d'ordinaire sous peine.-d£Pilçh.é même véniel , ainsi qu'il est exprime dans la plupart des règles, en particulier celle des Frères Prêcheurs', dont les formules et l'esprit sont empruntés à saint Augustin.
C'est le sentiment formel de saint Tiiomas"^, et la raison qu'il en donne est que la profession religieuse n'emporle pas le vœu d'observer telle ou telle observance , mais celui de suivre une vie régulière, par la pratique de la continence, de la pauvreté et de l'obéissance. Ajoutez à cela que, si toutes et chacune des règles s'imposaient sous peine de péché, l'état religieux, loin d'être un moyen de perfection et un port de salut, comme s'exprime saint Grégoire le Grand, serait un écueil et une occasion fréquente de péché'.
VII. — Il est rare néanmoins que l'infidélité aux règles n'entraîne pas au moins péché véniel, à raison du motif qui la détermine et naît de quelque passion désordonnée, comme l'orgueil, la curiosité, l'immortilication, la colère, la paresse*.
1 Compendium Constit. Fratrum Ordinis Prsedic. Paris, 1873, Prolog, p. 4 : Constitutiones nostrae et ordinaiiones Capitulorura aut Prœlatorum non obligant Fratres ad culpam coram Deo , sed tantum ad pœnam taxatam a lege vel per Praelatos taxandam.
12 Sum. 2. 2, q. 186, a. 9, ad 1 : Dicendum quod ille qui profitetiir regulam non vovet servare omnia qucE sunt in régula, sed vovet regularem vitam quae essentiaiiter consistitin tribus prœdicUs, etc.
5 S. Thomas, ibid. q. 186 , a. 9 : Sed contra est quod status religionis est securior quam status ssecularis vitae. Undc Gregorius (ia princ. Moral. — in Epist. ad Leandr. episc. super Expos, lib. Job, c. 1 a princ.) comparât vitam sœcularcm mari fluctuanti, vitam autem religionis porlui Iranquillo. Sed , si quœlibet transgressio eorum quae in régula continentur religiosum obligaret ad peccatum mortaie , status religionis esset periculosissimus proptermultitudinem observantiarum; non ergo quaelibet transgressio eorum quae in régula continentur est peccatum mortaie.
'' SuAREz, de Relig. tract. 8, 1. 1, c. 3 : Raro contingit religiosum operari ex motivo houeslo quando opcratur contra regulam, sed ex aliqua oliosi-
VIII. — Ces transgressions atteignent même les proportions du péclié mortel en certains cas, que saint Thomas ramène à deux^ j^e premier est le mépris de la règle ou dn lègislnfpiir, directement contraire au vœu par lequel on s'engage à une vie régulière. Le second est un ordre fnf|i7pl dn '^iipén'eiy^ et cet ordre existe quand le supérieur commande au nom de la sainte obéissance, ou qu'il sanctionne ses prescriptions par une censure ecclésiastique : il y aurait alors transgression directe du vœu d'obéissance, qui oblige sous peine de péché mortel. *•
L'habitude consentie de transgresser les règles, sans effort pour s'amender, et un état d'esprit où l'on serait résolu à ne plus observer dans la vie religieuse que les points essentiels et graves, constitueraient, au sentiment de la plupart des maîtres, une faute mortelle. Selon la remarque sévère, mais juste, de Denis le Chartreux^, la vie d'un religieux ainsi disposé serait comme un péché con tinuel.
IX. — Schram tient pour un péché grave la foiblesse ou la négligence des supérieurs qui laissent s'introduire l'habitude de violer les règles. « D'après le sentiment commun des théologiens, dit-iP, il y a péché mortel pour
tate, vel delectatione ; ideo fréquenter hoc non fit sine culpa veniali. — Schram , Theol. inyst. § 23 , sch. 4 , 1. 1 , p. 46 : Bene tamen observât Régnera Thcol. mijst. t. 1, q. 10, n. 116(5 et 1187, vixaut nunquam, talis tfansgressio levi culpa vacabit, quia fere semper torpor, negligentia, concupiscentia et amor proprius intercurret; quin etiam, dum movetur quis titulo boni moralis, raro a culpa immunis erit, etc.
* Sum. 2. 2, q. 186, a 9 : Quantum vero ad ea quae excedunt communiter necessitatem praecepli, non obligat ad mortale, nisi pronter comemptum... vel propter contemptum regulae , quia hoc directe contrariatur professioni , per quam aliquis vovit regularem vitam; vel propter praeceptum sive orctemis a pr^plnin f.ictum . sive in régula espressum. quia boc esset facere contra obedientiae votum.
2 De Reform. claustr. a. 6 : Consuetudo excedendi seu assiduitas delinquendi in istis et non curare nec emendare , non potest a mortali excusari peccato; imo tota vita eorum est quasi quoddam peccare continuum.
3 Theol. myst. § 655, scb. t. 2, p. 420 : Unde communis est tlieologorum
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le supérieur qui néglige de réprimer les péchés véniels et les transgressions, même légères, de la règle; car, selon de Lugo*, ces transgressions tolérées ruinent les observances régulières, comme il le prouve par différents exemples, desquels il résulte que la violation du silence, \ps lectures défendues, Fentrée dans la cellule d'autrui Qjii causé la perte de plusieurs communautés. »
sententia praelatum graviter peccare , si culpas veniales et transgressiones sanctae regulae, alioquia forte sub peecato noa obligantis, corrigere negligat, quia ait Lugo (Disp. 9 de Just. et Jure, sect. 2): Per liujusmodi defectustoleratos observantiaregularis maxime labefactalur. Cujus exempla affert in transgressione silentii, lectiones, ingressus in aliorum cella?, etc. 1 De Just. et Jure , Disp. 9, sect. 3, n. 21 , t. 6, [. 23 : Exemplum autem commune esse solet in praelato regulari, qui aliquando potest graviter peccare negligendo culpas veniales in subditis, imo et inobservantiam circa régulas, quœ tameu non obligant subditos ad peccatum etiam veniale; quia in hac ipsa negligentia prœlatus defuit graviter obligationi quœ ex munere suo tenetur consulere potissimum bono spirituali et profectui subditorum et observaulise regulari, quae per liujusmodi defectus tolérâtes maxime labefactalur.
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