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DE LA SENSUALITÉ

Définition de la sensualité. — Elle réside dans les cinq sens. — Le corps en est le siège , mais c'est l'àme qui la ressent. — De ces déleclalious, les unes sont lé,i,'itimes, les autres désordonnées. — Difficulté d'observer la limite qui sépare les unes des autres. — Depuis la chute otiginelle, la chair est le tourment de l'homme. — Toutes les énergies de l'instinct tendent à se concentrer autour de deux fonctions concernant l'individu et l'espèce. — L'empire sur ses instincts sensuels ennoblit l'homme, la servitude le déshonore. — La vie de la chair est l'inverse de la perfection.

— Parallèle entre l'orgueil et la sensualité. — La première précaution contre la chair est de savoir s'abstenir de ce qui est permis. — La seconde est de se durcir à la souffrance. — L'étude est un autre préservatif naturel. — Remèdes tirés de la foi : la pensée de l'enfer et du purgatoire.

— La méditation de la passion du Sauveur. — La prière.

I. — Le second mouvement de la concupiscence est dans ce que saint Paul appelle la convoitise de la chair contre l'esprit'. Cette révolte consiste dans la recherche désordonnée des plaisirs des sens ou du corps.

C'est ici surtout que l'instinct prévient la raison, et voilà

1 s. Thomas, Sum. 1.2, q. 30, a. l : Unde concupiscentia , proprie loquendo, est in appetitu sensitivo, et in vi concupiscibili quae ab ea denominatur.

pourquoi la dénomination de concupiscence s'applique principalement aux mouvements spontanés qui tendent aux jouissances sensibles.

Cet appétit extrême pour le plaisir réside dans nos sens et se produit par autant de manières diverses que nous avons d'organes pour entrer en relation avec le monde matériel.

II. — Les cinq sens sont les fenêtres ^ par où l'ennemi entre dans la forteresse de notre âme et s'y établit en maître. L'âme est tour à tour vaincue ou du moins tentée par les yeux, les oreilles, l'odorat, la bouche et le toucher. Les vains spectacles, le faux éclat des choses rares et auxquelles les hommes attachent du prix , les formes corporelles et la seule vue de la chair gagnent l'âme par le canal des yeux. Les chants voluptueux, les paroles lascives la sollicitent par celui des oreilles. Les parfums et les senteurs agréables l'amollissent à travers l'odorat et servent d'amorce à la volupté. Les douceurs de la table, du manger et du boire, sont une des grandes préoccupations humaines. Des plaisirs qui tiennent au toucher, on n'en parle qu'en rougissant ; mais qui ne sait que la plus lougueuse passion est là , qu'elle met en jeu toutes les autres, et que sa violence confine à la folie ^?

1 Jer. IX. 21 : Ascendit mors per fenestras nostra?.

2 S. Jérômr, Adv. Jovinian. L 2, c. 12, Migne, Patr. t. 23, col. 297 : Per quinque fensus quasi per quasdam fenestras vitiorum ad animarum iatroitus est. Horum perlurbationihus anima praepravatur, et capitur adspectu, auditu, odoratu, sapore, tactu. Si circensibus quispiam delectetur, athletarum certamine, si mobilitate histrion um, si formis mulicrum, splendore gemraarum, vestium, metallorum, at caeteris hujuscemodi, per oculorum fenestras animae capta libertas est, et implevit illud propheticum : Mors intravit per fenestras vestras. Rursum auditus vario organorum cantu et vocum inflexionibus delinitur, et carminé poetarum et comœdiarum, mimorumque urbanitatibuset stropliis, et quidqiiid per aures inlroiens virilitatem mentis effœminat. Odoris autem suaritas, et diversa thj-miamata, et amomum, et cyphi, œnantlie, muscus, et peregrini mûris pellicula, quod dissolutis etamatoribus conveniat, nemo nisi dissolutus negat. Porro ciborum aviditas, quod avaritiae mater sit, et animum quasi quibusdam com-

DIVERSES CONCUPISCENCEo : LA SENSUALITÉ 117

La vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le tact, sont donc autant de foyers de concupiscence.

« Selon la doctrine de saint Augustin, cette malignité de la concupiscence se répand dans l'homme tout entier. Elle court, pour ainsi parler, dans toutes les veines et pénètre jusqu'à la moelle des os. C'est une racine envenimée qui étend ses branches par tous les sens : l'ouïe , les yeux et tout ce qui est capable de plaisir en ressent l'effet ; les sens se prêtent la main mutuellement ; le plaisir de l'un attire et fomente celui de l'autre, et il se fait de leur union un enchaînement qui nous entraîne dans l'abîme de mal. Il faut, dit saint Augustin, distinguer dans l'opération de nos sens la nécessité, l'utihté, la vivacité du sentiment, et enfin l'attachement au plaisir sensible : libido sentiendi. De ces quatre qualités des sens, les trois premières sont l'œuvre du Créateur : la nécessité du sentiment se fait remarquer dans les objets qui frappent nos sens à chaque moment; on en éprouve l'utilité, dit saint Augustin, particuhèrement dans le goût, qui facilite le choix des aliments et en prépare la digestion; la vivacité des sens est la même chose que la promptitude de leur action et la subtilité de leurs organes. Ces trois qualités ont Dieu pour auteur; mais c'est au milieu de cet ouvrage de Dieu que l'attache forcée au plaisir sensible et son attrait indomptable, c'està-dire la concupiscence introduite par le péché, établit son siège. C'est celle-là, dit saint Augustin, qui est l'ennemie de la sagesse, la source de la corruption, la mort des vertus :

pedibus degravatum in terra teneat, quis ignorât? Propter brevem gui» voluptatcm, terrae lustrantur et maria, et ut mulsum vinum pretiosusque cibus famés nostras transeat, totius vitas opéra desudamus. Tactus autem alienorum corporum et fœminarum ardeutior appetitus vicinus insaniae est. Ob hunesensum, cupimus, irascimur, gestimus, invidemus, cemulamur, soUiciti sumus, et expleta voluptate, per quamdam plenitudinem rursus accendimur, quœrimusque facere quod, cura fecerimus, iterum pœniteamus. Igitur, cum per bas portas, quasi quidam perturbationum cunei ad arcem noslrae mentis intraverint, ubi erit libertas, ubi forlitudo ejus? etc.

118 OBSTACLES A LA PERFECTION : i° LA CONCUPISCENCE

les cinq sens sont cinq ouvertures par où elle prend son cours sur ces objets, et par où elle en reçoit les impressions; mais ce Père a démontré qu'elle est la même partout, parce que c'est partout le même attrait du plaisir, la même indocilité des sens, la même captivité et la même attache du cœur aux objets sensibles. Par quelque endroit que vous le frappiez, tout s'en ressent. Le spectacle saisit les yeux; les tendres discours, les chants passionnés pénètrent le cœur par les oreilles. Quelquefois la corruption vient à grands flots, quelquefois elle s'insinue goutte à goutte : à la fm on n'en est pas moins submergé. On a le mal dans le sang et dans les entrailles avant qu'il éclate par la fièvre ^ d

III. — Quoique le corps soit le siège du plaisir, c'est l'âme qui le ressent. Dès qu'une excitation se produit sur nos organes, l'âme répond par un mouvement spontané et sort, pour ainsi dire, d'elle-même, pour savourer ou repousser l'objet qu'on lui présente. Ce mouvement, qui constitue l'instinct animal, n'est pas Hbre; la volonté ne peut que le modérer en prévenant les occasions qui l'excitent, en refusant de le suivre et de le satisfaire dans ses convoitises , ou enfin en lui accordant ce qui est permis et en lui retranchant ce qui est désordonné.

IV. — Les exigences de l'instinct sont, en effet, de deux sortes : les unes sont conformes à l'ordre de la nature et au plan providentiel de Dieu sur l'homme; les autres blessent les lois de l'ordre et de la raison : celles-ci sont mauvaises et défendues, celles-là sont légitimes *. Dans les unes

' BossuET, Maximes et réflexions sur la comédie, n. 8, t. 12, p. 324.

2 S. Augustin, rfe verbis Apost. n. 2, t. 19, p. 357 , ser-m. 159 : Haec omnia quae nos délectant in sensibus corporis, aliqua licita sunt. Délectant enim, ut dixi, oculos spectacula ista magna naturae; sed délectant oculos etiam spectacula theatrorum. Haec licita, illa illicita. Psalmus sacer suaviter cantatus, delectat auditum; sed délectant auditum etiam cantica histrionum. Hoc licite, illud illicite. Délectant olfatum flores et aromata, et haec Dei ciTatura; délectant olfatum etiam thura in aris daemoniorum. Hoc licite, iilud illicite. Delectat gustum cibns non proliibitus ; délectant gustum etiara

DlVtRSES CONCUPISCENCES : LA SENSUALIlE 119

et les autres le plaisir est le même ; mais , quand les délectations qui réjouissent le corps sont contraires à la loi de Dieu, elles donnent la mort à l'âme*.

V. — La difficulté est d'observer la limite qui sépare la délectation bonne et permise de celle qui est désordonnée et défendue. Cette difficulté est d'autant plus grande que l'usage de ce qui est licite allume la convoitise de ce qui est interdit.

Bien plus, les satisfactions accordées à un sens éveillent les appétits des autres. Gela vient de ce que le plaisir localisé dans les cinq sens se trouve répandu par tout le corps, et que toucher à l'un c'est faire vibrer l'organisme tout entier.

Ceci est particulièrement vrai des sens du toucher, qui réside à tous les points du corps, et qui, depuis le péché originel, tend aux jouissances animales avec une vivacité et une violence que n'ont point les autres sens. C'est pourquoi la délectation qui accompagne la génération est appelée simplement l'œuvre et le plaisir de la chair.

« Tous les plaisirs des sens, dit Bossuet^, s'excitent les uns les autres; l'âme qui en goûte en remonte aisément à la source qui les produit tous. Ainsi les plus innocents, si l'on n'est toujours sur ses gardes , préparent aux plus coupables; les plus petits font sentir la joie qu'on ressentirait dans les plus grands, et réveillent la concupiscence. Il y

epulae sacrilegorum sacriiîciorum. Hoc licite, illud illicite. Délectant conjugales amplexus; délectant etiam meretricum. Hoc licite, illud illicite. Videtis ergo, charissimi , esse in istis corporis sensihus licitas et illicitas deleetationes. Justitia sic delectet ut vincat etiam licitas delectationes; et ei delectationi qua licite delectaris, praepone justitiam.

* BossuET, Connaiss. de Dieu et de soi-même , c. 2, n. 8 : Le plaisir, de lui-même, est un trompeur; et quand l'àme s'y abandonne sans raison, il ne manque jamais de l'égarer, non seulement en ce qui la touche, comme quand il lui fait abandonner la vertu, mais encore en ce ^ui regarde la corps, etc.

^ Il ailé delà ConcupisceJice , c. l.

a même une mollesse et une délicatesse répandues dans tout le corps, qui, faisant chercher un repos dans le sensible, le réveillent et en entretiennent la vivacité. On aime son corps avec une attache qui fait oublier son âme et l'image qu'elle porte empreinte dans son fond : on ne se peut rien refuser; un soin excessif de sa santé fait qu'on flatte le corps en tout; et tous ces divers sentiments sont autant de branches de la concupiscence de la chair.

« Hélas ! je ne m'étonne pas si un saint Bernard craignait la santé parfaite dans les religieux; il savait où elle nous mène, si on ne sait châtier son corps avec l'Apôtre et le réduire en servitude par les mortilications, par le jeûne, par la prière et par une continuelle occupation de l'esprit. Toute âme pudique fuit l'oisiveté, la nonchalance, la déUcalesse, la trop grande sensibilité, les tendresses qui amollissent le cœur, tout ce qui flatte les sens, les nourritures exquises; tout cela n'est que la pâture de la concupiscence de la chair, que saint Jean nous défend , et en entretient le feu. »

VI. — Le péché originel nous soumet tous à cette tyrannie des sens, et allume dans nos membres, etjusque dans les profondeurs de notre âme, le feu des convoitises charnelles.

Personne n'a jamais exprimé avec plus de vivacité et d'amertume que saint Paul ce combat de la chair contre l'esprit, cette lutte acharnée et continue que nous avons à soutenir contre nous-mêmes en nos organes et en nos membres. Il suffit de citer ce qu'il dit de lui-même avec une humilité profonde et une indignation vengeresse.

«Nous savons, dit-il*, que la loi est spirituelle, mais moi

• Rom, VII, 14-25 : Scimus enim quia lex spiritualis est : ego autem carnalis sum, venumdatus sub peccato. Quod enim operor non intcUigo; non enim quod volo bonum , hoc ago : sed quod odi malum, illud facio. Si autcm quod nolo illud facio, consentio legi, quia bona est. Nunc autem jam

DIVERSES CONCUPISCENCES : Là SENSUALITE 121

je suis charnel, vendu pour être l'esclave du péché. Car ce que je fais , je ne le comprends pas : le bien que je veux , je ne le fais point, et je fais le mal que je hais. Si je fais ce que je ne veux pas, j'acquiesce à la loi, je la reconnais bonne. Ainsi ce n'est pas moi qui le fais, mais le péché qui habite en moi. Je sais que le bien n'habite pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair; car le vouloir est près de moi; mais accomplir le bien, je ne sais y parvenir; encore un coup, le bien que je veux, je ne le fais point, et le mal que je ne veux pas, je le fais. Si donc je fais ce que je ne veux pas, ce n'est pas moi qui le fais, mais le péché qui habite en moi... Je vois dans mes membres une autre loi qui combat la loi de mon esprit, et me captive sous la loi du péché, qui est dans mes membres. » Et résumant sa plainte en un mot, il s'écrie : «Malheureux homme que je suis ! qui me délivrera de ce corps qui me vaut la mort ? La grâce de Dieu par Jésus -Christ Notre- Seigneur. Moimême donc j'obéis par l'esprit à la loi de Dieu, et par la chair à la loi du péché. »

Et dans la deuxième Epître aux Corinthiens, après avoir raconté ses visions et ses transports , il parle ainsi : « Afin que la grandeur de ces rélévations ne m'enorgueilhse, j'ai à subir l'aiguillon de ma chair, l'ange de Satan, qui me soufflette. J'ai trois fois prié le Seigneur qu'il se retirât de moi. Et il m'a dit : Ma grâce te suffit; car ma force éclate dans la faiblesse. Avec joie donc je me glorifierai dans mes

non ego operor illud, sed quod habitat in me peccatum. Scio enim quia non habitat in me, hoc est in carne meo, bonum. Nam velle, adjacet mihi, perficere autem malum non invenio. Non enim quod volo bonum, hoc facio , sed quod nolo malum, hoc ago. Si autem quod nolo illud facio, jam non ego operor illud, sed quod habitat in me peccatum. Invenio igitur legem voient! mihi facere bonum, quoniam milii malum adjacet. Condelector enim legi Dei secundum interiorera hominem. Video autem aliam leg«^m in membris meis, repugnantem legi mentis meae, et captivantem me in lege peccati quae est in membris mois Infelix ego homo! quis me. liberabit de corpore mortis Iwjus! Gratia Dei per Jesum Christum Doœinum noslrum..

infirmités, afin que la force du Christ habite en moi..., car quand je suis faible, alors je suis fort'. »

VII. — Dans l'homme déchu, le corps domine ou du moins tend à asservir l'âme, et dans le corps toutes les forces de l'instinct semblent se concentrer autour de deux fonctions animales : se nourrir et procréer. Les autres sens sont au service de ces deux, qui absorbent et tyrannisent tout l'homme. Et, il faut le remarquer, dans ces deux opérations vitales, la concupiscence cherche moins leur fin providentielle et morale, qui est de conserver l'individu et de perpétuer l'espèce, que le plaisir et la jouissance, à ce point que, si la raison n'intervient pour contenir l'appétit instinctif, ces sens réprouvés vont à la ruine de l'individu et à l'extinction de l'espèce.

Ecoutons Bossuet nous décrire ces deux excès qui font la honte de l'homme.

« Le plaisir de la nourriture les captive : au lieu de manger pour vivre, ils semblent, comme disait un ancien et après lui saint Augustin, ne vivre que pour manger. Ceux-là qui savent régler leurs désirs et sont amenés au repas par la nécessité de la nature, trompés par le plaisir et engagés plus avant qu'il ne faut par ces appas, sont transportés au delà des justes bornes; ils se laissent insensiblement gagner à leur appétit, et ne croient jamais avoir entièrement satisfait au besoin, tant que le boire et le manger flattent leur goût. Ainsi, dit saint Augustin, la convoitise ne sait jamais où finit la nécessité : Nescit cupiditas nbi finitur nécessitas^. C'est donc là une maladie

1 // Cor. XII, 7-10: Et ne ruagnitudo revelationum extoUat me, datus est mihi stimulus carnis meœ, angélus Satanae, qui me colaphizet. Propter quod ter Dominum rogavi ut discederet a me ; et dixit mihi : Sufficit tibi gratia moa ; nam virtus in infirmitate perficitur. Libenter igitur gloriabor in infirmitatibus mels, ut inhabitet in me virtus Ghristi... Cum enim infirmer, tune potens sum.

2 Contra Julian. 1. 4, r. 70, p. 298 : Ita nescit cupiditas ubi finitur nécessitas.

que la contagion de la chair produit dans l'esprit, une maladie contre laquelle on ne doit point cesser de combattre ni d'y chercher des rem.èdes par la sobriété et la tempérance, par l'abstinence et par le jeûne.

« Mais qui oserait penser à d'autres excès qui se déclarent d'une manière bien plus dangereuse dans un autre plaisir des sens? Qui, dis-je, oserait en parler ou oserait y penser, puisqu'on n'en parle pas sans pudeur et qu'on n'y pense point sans péril, même pour le blâmer? 0 Dieu, encore un coup, qui oserait parler de cette profonde et honteuse plaie de la nature , de cette concupiscence qui lie l'âme au corps par des liens si tendres et si violents, dont on a tant de peine à se déprendre, et quf cause aussi dans le genre humain de si effroyables désordres ? Malheur à la terre, malheur à la terre, encore un coup, malheur à la terre, d'où sort si continuellement une si épaisse fumée, des vapeurs si noires qui s'élèvent de ces passions ténébreuses, et qui nous cachent le ciel et la lumière; d'où partent aussi des éclairs et des foudres de la justice divine contre la corruption du genre humain*. »

11 convient d'ajouter que les satisfactions de la table préparent les autres plaisirs , plus honteux , et qu'entre les uns et les autres il existe une liaison fatale ^ Le vin et la bonne chère sont l'ahment de l'impureté^.

VIII. — La concupiscence est le tourment de la vie humaine. Si l'homme lutte courageusement, il souffre sans

' Trait, de la Concup. c. 4.

2 S. JÉiiÔMiî, Adv. Jovinian. 1. 2, c. 12, 14 , t. 23, coL 297 et seq. 4 : Esus carnium et potus vini, ventrisque saluritas, seniinarium lihidinis est. Unde et Comicus : Sine Cerere , iiiquit, et Libero, friget Venuf... Luxuriosa res vinum... Quidquid supra fueiit, non ad vitœ necessitatem spectare, sed ad vilium voluptatis.

3 S. Jeak Chkysost. In ep. ad Rom. hom. 24 : Nihil enim adeo et concupiscentiam et iram inflammat atque ehrietas et vinolentia. Atque ideo, cu:n priinum dixisset: Non comessationiàus et ebrictatibus , tune subjuuxil : Non cuhilibus ac lasciciis, non contentione et semulalione.

12/i OBSTACLES A LA PERFECTION : 1° LA CONCUPL-CtNCE

doute, mais il sort de ce combat purifié, grandi, maître de lui-même, riche de mérites et d'honneur. L'àme qui résiste aux sollicitations répétées des sens affirme et exerce son empire sur son corps, et à mesure qu'elle triomphe, le corps s'assujettit , les sens obéissent , les passions se modèrent.

Au contraire, quand l'âme succombe, elle devient l'esclave des membres et le jouet des sensations. Plus elle cède, moins elle garde de liberté et de repos. En se détachant du maître qui lui donne la vie et la paix, elle cesse de s'appartenir.

La sensuahté déshonore l'homme en faisant prédominer en lui l'instinct sur la raison ; elle le fait descendre audessous de lui-môme et l'égale à la brute, selon cette parole de l'Ecriture : « L'homme n'a point compris sa grandeur; il a été comparé aux animaux sans raison, et il leur est devenu semblable*. »

IX. — Un tel abaissem.ent est l'inverse de la perfection chrétienne , qui retire l'âme des créatures inférieures et d'elle-même pour l'élever et la reposer en Dieu. L'homme sensuel, non seulement n'est pas uni à Dieu, mais il perd le sens des choses divines, ainsi que le dit saint Paul*; sa vie est dans le corps. Esclave de ses membres, il a déserté les hauteurs supérieures de l'esprit pour se plonger et s'avilir dans la chair. S'il garde la lucidité de l'intelligence et l'usage de la raison, c'est pour les choses humaines, et surtout pour la satisfaction des sens; mais le monde de la foi lui est comme interdit, ou il n'y voit que des contradictions et des impossibihtés. Sans doute il. y a des degrés dans cet aveuglement de l'esprit , comme il y en a dans la servi-

1 Ps. xLviii, 13 : Et homo, cum in honore esset, non intellexit; comparatus est jumentis insipientibus et similis factus est illis.

* l Cor. n, 14: Animalis homo non percipit ea quae sunt Spiritus Dei; EtuUitia est illi, et non potest intelligere.

DIVEHSES CONCLPISCENCES : LA SENSUALITE 125

tude charnelle ; l'un est presque toujours dans la proportion de l'autre.

Ce que nous disons de la sensualité en général est particulièrement vrai de la passion de l'impureté. Elle renverse le sens et détourne les yeux de l'âme du ciel et des choses éternelles*. Ici le désordre est toujours mortel : non seulement on compromet la perfection , mais on renonce au salut. Les ténèbres se répandent dans l'âme et y font une nuit épaisse.

« Non, dit Bourdaloue% il n'y a point de péché qui jette l'homme dans un aveuglement plus profond, et saint Chrysostome en apporte une raison bien évidente ; parce que ce péché, dit-il, est un attachement déréglé et même un assujettissement honteux de l'esprit à la chair, et que par là il rend, pour ainsi dire, l'esprit tout charnel. D'où vient que saint Paul, en parlant d'un impudique, ne l'appelle plus absolument homme, mais homme charnel, animalis homo. Or, de prétendre qu'un homme charnel puisse avoir des connaissances raisonnables, c'est vouloir que la chair soit esprit, et voilà pourquoi l'Apôtre conclut qu'un homme possédé de cette passion, quelque intelligent qu'il paraisse d'ailleurs , ne connaît plus les choses de Dieu , parce qu'elles ne sont plus de son ressort... Nous voyons ces hommes esclaves de leur sensualité, au moment que la passion les sollicite, fermer les yeux à toutes considérations divines et humaines... Ils perdent surtout trois connaissances : la connaissance d'eux-mêmes , la connaissance de leur propre péché et la connaissance de Dieu. »

X. — Si l'on compare le désordre de la chair avec celui de l'orgueil, par certains côtés celui-ci l'emporte sur celui-là; par d'autres, il paraît plus de dépravation dans le premier que dans le second.

» Dan. xni, 9 : Et cverterunt sensum suiim et declinavernnt ociiîos SUJ3 ut non vidèrent cœlum.

2 Senn. sin- l'imparelê , t. 3 , p. 97-99.

126 OBSTACLbS A LA PEUFECTION : 1° LA CONGDPISCEXCE

Ane regarder que le poinL de départ, l'orgueil est plus désordonné , car il prélude à tout péché par la séparation de Dieu; mais si l'on considère le terme de la chute, la sensualité est plus avihssante : dans l'orgueil, l'homme se sépare de Dieu pour tomber sur lui-même, tandis que dans la sensualité il descend au-dessous et s'égale à l'animal sans raison.

Seulement la première chute prépare la seconde. En rompant avec Dieu, qui est son bien principal, l'àme se condamne à n'avoir plus que les biens sensibles et charnels, et ainsi la chute dernière et grossière de la chair est comme la suite de la cluite première de l'orgueil.

Sous le rapport de la difficulté , il est moins aisé de prévenir et d'apercevoir les mouvements de l'orgueil que ceux de la chair, à cause de 4eur fréquence et de leur subtilité ; mais, la tentation une fois déclarée, la chair est plus redoutable dans ses assauts que l'orgueil; la véhémence de l'instinct sensuel s'accroît sous le feu de l'imagination, tandis que les aspirations de l'amour-propre se dissipent, ainsi que nous l'avons dit, par la considération de notre néant, de la grandeur de Dieu ou de la vanité des biens qui nous tentent.

Voilà pourquoi , quand on cède à l'orgueil d'un consentement pleinement délibéré , il y a plus de péché que de succomber aux tentations charnelles, quoiqu'il y ait plus de honte dans la seconde chute que dans la première. Mais dans les surprises et les concessions indéUbérées, le péché de l'orgueil est moins grave que celui de la chair.

XI. — La sensualité est l'obstacle principal à surmonter dans la vie purgative. Il importe de connaître les moyens propres à la contenir et à la réduire. La nature en suggère quelques-uns, mais les plus efficaces viennent de la foi.

La première précaution est de ne pas aller jusqu'au bout des jouissances permises, si l'on ne veut glisser de ce qui est licite à ce qui ne l'est pas. Prétendre que l'on s'arrêtera à temps et qu'à l'aide de la raison on saisira la limite précise au delà de laquelle le péché commence , c'est faire le jeu de l'acrobate, qui, le balancier à la main, marche et se joue sur la corde tendue. Sur cent qui essayent, un à peine parvient à se maintenir en équilibre, et celui-là même, un jour ou un autre, est pris de distraction ou de vertige, et porte la peine de sa témérité. « Ils feront bientôt ce qui n'est pas permis, dit Clément d'Alexandrie*, ceux qui font tout ce qui est permis. »

Que devient d'ailleurs la perfection dans une conduite qui supprime les conseils et ne tient compte que des préceptes rigoureux?

Au heu donc de s'accorder tout ce qui n'est pas défendu, il faut tendre à retrancher de ce qui est permis. On peut restreindre beaucoup, sans aucun inconvénient pour le corps, des satisfactions qui délectent les yeux, les oreilles, et particulièrement l'odorat et le tact.

Il est plus difficile de régler le besoin de la nourriture et de ne point dépasser les hmites de la nécessité. Saint Augustin en gémit dans ses Confessions et déclare qu'il lui arrivait plus d'une fois d'avoir à se reprocher des surprises. « Vous m'avez appris sur cela. Seigneur, dit-il- en

1 Pedag. 1. 2, c. 1 : Gito facient quse non licent, qui faciunt omnia quae licont.

2 Conf. I. 10, c. 31: Hoc me docuisti ut quemadmodum medicamenta, sic alimenta sumpturus accedam. Sed dum ad quietem satietatis ex indigentiae molestia transeo, in ipso transitu mihi insidiatur, laqueus concupiscentiae. Ipse enim transitus voluptas est, et non est aiius qua transeatur quo transire cogit nécessitas... Et saepe incertum fît utrum adlmc necessaria corporis cura subsidium petat, an voliiptaria cupiditatis fallacia ministerium suppetat. Ad lioc incertum liilarescit infciix anima, et in eo prœparat excusationis patrocinium, gaudens apparere quid salis sit moderamini valetudinis, ut obtentu salutis obumbret negotium voluptatis. His tentationibus quolidie conor desistere.

128 OBSTACLES A LA PFIRFECTION : 1° LA CONCLPL-CENCE

parlant à Dieu, à ne prendre les aliments que comme des remèdes. Mais quand je veux passer de l'état fâcheux de la faim et du besoin à l'état plus tranquille où nous nous trouvons quand nous avons donné à la nature ce qu'il lui faut, la cupidité me tend ses pièges sur ce passage, car la volupté s'y trouve, et il faut nécessairement passer par là pour arriver à ce soulagement dont nous ne saurions nous passer... Il arrive souvent même qu'on ne voit pas bien si c'est encore le besoin qui nous fait manger, ou si ce n'est pas le plaisir qui nous trompe et qui nous emporte, et l'âme est assez misérable pour aimer cette incertitude ; car, comme elle espère de s'en faire une excuse, elle est bien aise de ne pas voir les bornes de ce qui suffirait pour la santé, afin que le prétexte du besoin lui donne lieu de satisfaire sa volupté. Je suis tous les jours aux prises contre ces sortes de tentations, et dans cet état j'appelle à mon secours votre main toute -puissante, et vous expose mes agitations et mes peines, car j'avoue que je ne vois pas bien encore ce que j'ai à faire sur cela... Pour la gourmandise, j'avoue qu'elle me surprend quelquefois. :>>

On peut juger par les perplexités et les aveux de ce grand saint combien il est malaisé dans les besoins du corps de se tenir dans les justes limites.

XII. — La seconde précaution pour prévenir les envahissements sensuels est de savoir souffrir avec calme et égahté d'âme, et de s'imposer à soi-même l'aiguillon de la douleur pour échapper à celui du plaisir. Telle a été la pratique de tous les saints, et l'on ne saurait parvenir à la perfection sans cette acceptation résignée ou volontaire de la souffrance.

S'abstenir et souffrir était l'axiome dont les stoïciens avaient fait la base de leur philosophie. Leur erreur consistait à contester que la douleur fût un mal, menlanl ainsi à la nature. Mais rabslenlion du plaisir, comme ennemi de

DIVERSES CONCUPISCENCES : LA SENSUALITÉ i2î

la vertu, et le mépris ou du moins le support de la souffrance, sont, en effet, deux conditions de la vie pure et vertueuse.

XIII. — Un autre préservatif naturel contre la sensualité est l'étude ou l'amour de la science.

C'est un fait d'expérience que les voluptés des sens obscurcissent et hébètent l'esprit, tandis que la tempérance et la chasteté prédisposent au travail intellectuel'. Non seulement l'abstention des plaisirs sensuels ouvre l'esprit à la science, mais l'étude, à son tour, devient un principe de pureté ^ En deux mots, le culte des lettres et des sciences demande et inspire le dégagement des sens.

La raison naturelle de ces influences est que l'exercice dominant d'une faculté dans l'homme restreint d'autant la puissance des autres, et aussi parce qu'on retire aui passions sensuelles les objets qui leur servent d'ahment.

XIV. — Les moyens vraiment puissants et les seuls constamment efficaces pour réduire la chair, il faut les demander à la foi.

Dans cet ordre, le premier est la méditation de l'enfer et du purgatoire, des châtiments terribles dont Dieu punit la sensualité. Le Psalmiste demandait à Dieu de pénétrer sa chair de la crainte de ses jugements^, afin de rester fidèle

* s. Thomas, Sum. 2.2, q. 15, a. 3: Ex luxuria oritur caecitas mentis, ci gula autem liehetudo sensus, quae reddit homiiiem debilem ciroa hujusmodi intelligibilia. Eté converso oppositae virtutes, scilicet aistinentia et castitas, maxime disponunt Iiominem ad perfectionem intellectualis operationis. Uiide dicitur {Dan. i, l7)quodpuem his, scilicet abstinentibus et conlinentibus, dédit Deus scientiam et disciplinam in omni libro et sapienlia.

2 Ibid. q. 188, a, 5 : Valet enim (studium lilterarura) ad vitandum carnis lasciviam ; unde et Hieronymus dicit ad Rusticum monaclium : « Ama Scripturarum scientiam et carnis vitia non amabis. » Avertit enim animum a cogitalione lasciviœ , et carnem macérât propter studii laborem, secundum illud {Eccli. XXXI, 1) : Vigilia honeslalis tabefaciet carnes.

3 Ps. cxvm, 120 : Gonflge timoré tuo carnes meas; a judiciis enim tuis timui.

à sa loi. Saint Paul châtiait son corps et le réduisait en servitude, de peur qu'après avoir travaillé à sauver les autres, il ne fut lui-même réprouvé'. La chair a horreur de souffrir; il faut la contenir par la crainte des supplices dont elle est menacée dans l'autre vie, si elle s'abandonne maintenant à ses convoitises. Les maux qui la font frémir en ce monde ne sont rien comparés aux tourments éternels^. Là chaque sens et chaque péché aura son supplice, ainsi que le dit l'auteur de I'Lmitation ^. a: Les damnés souffrent des tourm.ents indicibles en tous leurs sens et en tous leurs membres, parce que, comme ils ont employé tous leurs sens et leurs membres pour pécher, ainsi souffriront-ils en tous leurs membres et en tous leurs sens les peines dues au péché! les yeux, pour leurs faux et mauvais regards, souffriront l'horrible vision des diables et de l'enfer! les oreilles, pour avoir pris plaisir aux discours vicieux, n'oyront jamais que pleurs, lamentations et desespoirs, et ainsi des autres ^ »

XV. — Le second préservatif que la foi suggère à l'âme contre les amorces sensuelles est la méditation de la Passion du Sauveur.

Jésus-Christ a souffert, non seulement pour expier nos péchés, mais aussi pour nous donner l'exemple, nous

1 / Cor. IX , 26 : Gastigo corpus Qjeum et in servitutem redigo , ne forte cum aliis prœdicaverim , ipse reprobus efficiar.

2 S. At'G. de verb. Âpost. Serm. 161, n. 4, p. 375 : Quaecumque ibi mitiora tormenta sunt, pejora sunt quam quae formidas in isto sœculo.

' L. 1, c. 24, n. 2-4 : Melius est modo purgare peccata et vitia rosecare quam in futuro purganda resecare. Veré nos decipimus por inordinatum amorem quam ad carnem liaberaus. Quid aliud ignis illa devorabit nisi peccata tua? Quanto amplius tibi ipsi nuncparcis et carnem sequeris, tanto durins postea lues, et majorem matcriam coraburendi réservas. In quibus homo magis peccavlt, in illis gravius punietur. Ibi acediosi ardentibus stimulis perurgebuntur. Ihi luxuriosi et voluptatum aniatores ardeiiti pice et fœtido pulfiire perrumlontur, et sicut furiosi canes invidiosi ululabunt. Nulliim vitiuin erit quod snum pro|irium cruciatum non babebit.

♦ S. François de Sales, Introd., l'« p., c. 15.

rendre courageux contre le plaisir, nous apprendre à soutenir la douleur. Sa Passion est donc le grand remède contre la concupiscence ; il s'en dégage une grâce d'imitation qui nous préserve du péché, dont les amorces sont principalement en nos sens. L'amour surtout attache l'àme à Jésus-Christ crucifié; il la jette dans une sorte d'indignation contre les voluptés, et de honte d'être un membre délicat sous un chef couronné d'épines , ainsi que s'exprime saint Bernard'. L'apôtre saint Paul est plus explicite et plus sévère; il fait de la mortification de la chair le signe et la preuve qu'on est à Notre- Seigneur : « Ceux qui sont du Christ, dit-il^, ont crucifié leur chair avec les vices et les concupiscences. » Selon saint Pierre, la méditation de ce que le Sauveur a souffert nous est une arme pour triompher de toutes les convoitises^.

XVL — La prière humble domine tous ces moyens.

Lorsque saint Paul redoublait ses instances pour être délivré de l'aiguillon de la chair, le Seigneur lui répondit : € Ma grâce te suffit*. » C'était lui dire qu'il devait recourir à la prière, qui est la source ordinaire de la grâce.

Le Sage reconnaissait qu'il ne pouvait demeurer chaste qu'avec l'aide de Dieu, et il implorait humblement ce secours ^ Au livre de l'Ecclésiastique, il demande encore d'être préservé de l'immodestie des regards et des ardeurs de l'impureté. « Seigneur, qui êtes mon père et le Dieu de ma vie, ne m'abandonnez pas, s'écrie -t- il '^, à l'emporle-

1 In fest. omnium SS. serni. 5, n. 9, p. 421 : Pudeat sub spinato capite membrum fieri delicatum.

2 Gai. V, 24 : Qui Chrisli sunt , carnem suam crucifixerunt cum vitiis et concLipiscentiis.

3 / Pet)-. IV, 1-3 : Cbristo igitur passo in carne, et vos eadem cogitatione arniamini; quia qui passus est in carne, desiit a peccalis; ut non jam desideriis hominum , etc.

* II Coi-, xii , 9 : Et dixit mihi : Sufficit tibi gratia mea. 5 Sap. VIII, 21 : Et ut scivi quoniara aliter non possem esse continens nisi Deus det... adii Dominum et depreeatus sum illum. ^ Eccli. xim, 4-6 : Domine paler et Deus vitae mete, ne derelinquas me

,32 OBSTACLES A LA PERFECTION : 1« LA CONCUP.SCENXE ment de mes pensées. Ne me donnez point des yeux alt.ers, Tt Lu-tez de moi tout désir mauvais. Eteignez en mes entrailles les convoitises charnelles, et ne me laissez pas succomber aux excès d'une âme qm a perdu la honte

'' Tou " le"^ens travaillent, nous l'avons déjà remarqué, .u profit du sens réprouvé. Suspendre la vigilance qui les nCt, C'est préparer les chutes honteuses; et puisque la prière est nécessaire pour se préserver de ces defail lancés, elle doit l'être aussi pour maintenir la garde des

sens.

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