X. — Les difficultés dont nous venons de parler sont
involontaires. Il en est d'un autre genre, non moins graves,
^ qui tiennent davantage à notre volonté, et procèdent d une
J tendance secrète ànoustrompernous-mêmessurnousmèmes.
1 Job. VII, 20 : Quare me posuisti contrarium tlbi, et factus sum miliimetipsi gravis.
2 Tr. de l'amour de Dieu, ]. 6, ch. 1.
Les illusions personnelles ne sont pas la moindre de nos misères. Tous nous sommes sujets à ce charme singulier qui nous dérobe à nos propres regards. Nous n'avons pas de peine à le constater chez les autres, quelque aveugles que nous soyons pour nous ; et souvent ce spectacle amuse notre légèreté, au lieu qu'il devrait nous inspirer le sérieux de la réflexion.
Les illusions sont volontaires ou involontaires, selon qu'elles sont ou ne sont pas au pouvoir de la volonté. En l'un et l'autre cas, le résultat est le même : on ne se connaît pas ; dans le premier parce qu'on ne veut pas ' , et dans le second parce qu'on ne sait pas se connaître-. Souvent ces deux difficultés du pouvoir et du vouloir se compliquent l'une par l'autre : on ne veut pas se connaître parce que ce travail de concentration est pénible et qu'il aurait pour effet d'obliger; on ne peut pas ou l'on croit ne pas pouvoir à cause de la difficulté môme, et souvent par la peur des conséquences auxquelles on est bien aise d'échapper.
XI. — Le témoignage le moins équivoque de la sincérité est l'emploi des moyens qui facilitent à l'àme l'étude d'ellemême, et qu'on peut ramener aux deux suivants : le recueillement et la prière.
Le recueillement habituel est indispensable à quiconque veut se connaître. Il consiste à se détourner du monde__/i.-' extérieur, et à porter sur soi un regard constant et tran-'^~7T' quille.
Il faut d'abord se retirer de la multiplicité qui captive au dehors. Ce recueillement extérieur exige deux conditions : la solitude et le silence. Il ne s'agit pas dans la vie commune de s'abstraire entièrement des créatures, et de s'astreindre à
1 P?. XXXV, 4 : Noluit iatelligere ut bene ageref:
2 S. AuG. Lib. de lihe)'. arb. c. 19 : Non tibi deputatur ad culpam quod invitus ignoras, sed quod negligis quaerere quod ignoras.
un S lence absolu. Nous disons seulement que le commerce humain constitue un vrai danger pour la possession de soimême, et que le souci de la perfection doit avoir pour effet d'éloigner ou d'atténuer ce péril. L'amour et la recherche des spectacles bruyants et des conversations mondaines se concilieraient difficilement avec le calme de la vie intérieure, qui est le second élément du recueillement véritable.
L'âme se retire du dehors pour être à elle-même au dedans, pour fixer son attentjon^sur^es. mouvcjmenls^inlimeSj savpir d'oilils viennent eLoùjls vont, j^n cela consiste à proprement parler l'étude de soi-même. Ce regard vigilant, cet examen attentif supposent la tranquillité intérieure. De même que l'œil du corps ne voit rien dans une eau trouble et agitée, de même l'œil de l'esprit ne discerne dans l'âme inquiète que les mouvements tumijjtucux des passioiis , mais sans lumière pour apercevoir les causes et mesurer les effets.
XII. — Mieux que l'effort humain, la prière procure à l'âme la connaissance d'elle-même. La prière est toutepuissante, et elle est la voie ordinaire pour élever au dessus des forces de la nature. Elle illumine la source d'où elle émane par les rayons divins qu'elle y attire, et comme cette source c'est l'âme, l'âme doit trouver la vue de ce qu'elle est dans les clartés que lui apporte la prière.
La prière assure toutes les autres conditions de la connaissance intérieure. Une âme priante est par là même recueillie, vigilante sur ses pensées et ses mouvements, maîtresse d'elle-même sous le regard de Dieu.
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