I. — LES DISTRACTIONS
En quoi elles consistent. — Leurs sources du côté de l'esprit. — Les causes qui tiennent au cœur. — La part du démon. — Les distractions sont volontaires ou involontaires. — Moyens de remédier aux unes et aux autres.
I. — L'âme rencontre dans la prière des difficultés que nous devons faire connaître. Elles se ramènent ta ces deux : les distractions et les aridités ; les unes empêchent l'attention de l'esprit, et les autres retardent le mouvement du cœur.
Les distractions sontdes pensées étrangères qui nous détournent de la prière. Nous avons de la peine à gouverner notre esprit et à le tenir longtemps sur. le même objet. Mais c'est principalement au moment de la prière que cette mobilité se déclare et devient difficile à contenir. Les souvenirs, les rêves, les images se succèdent à flots pressés, remplaçant l'objet unique sur lequel la volonté voudrait maintenir et prolonger l'attention.
On ne saurait s'imaginer tout ce qui survient en nous
de pensées futiles pour empêcher la prière et emporter notre esprit; selon l'expression de saint Augustin \ il échappe à lui-même, sans qu'il soit possible de lui tracer des limites qu'il ne franchisse point, ni de lui opposer des barrières qui le contiennent dans sa course vagabonde.
II. — Les distractions proviennent de sources diverses. Elles naissent de la vue des objets^jdérieurs et des impressions qu'ils font sur nos sens. Chacun apporte son image et éveille des souvenirsmuUrgles. La rencontre des choses nouvelles auxquelles le regard n'est point accoutumé produit une excitation plus vive et distrait ordinairement l'esprit de toute autre vision.
La mobilité de l'esprit, qui est grande en tous, l'est particulièrement en certaines natures volages et impressionnables, qui sont sous l'empire de l'imagination et des nerfs. Plus ou moins incapables d'un effort persévérant et d'une attention prolongée, elles passent d'une vision à une autre comme le papillon va de fleur en fleur.
Les habitudes de la vie sont la source la plus féconde des distracùons. Au moment de la prière, l'esprit revient de lui-même à ses occupations accoutumées, souvent même avec une vivacité qu'il n'a pas à l'heure de l'gçtion.
Et puis une infinité de gens ne donnent nulle attention y aux divagations de la pensée pendantje trayail , et s'étonnent de n'être point libres dès qu'ils veulent prier. La mer- • veille serait qu'il en fût autrement.
L'étude mal réglée est aussi un obstacle à la vie d'oraison, non certes par elle-même, ainsi que le remarque saint
» In Psalm. 85, c. 7, p. 100 : Attendat ergo et videat quanta aguntur in corde hiimaiio, quemadmodum ips;e plerumque orationes impediuntur vanis coj.'itaticnibus, ita ut vix stet cor ad Deum suum : et vult se tenere ut stet, et quodammodo fugit a se née invenit caacellos quibus se includat, autobices quosdam quibus relineat avolationes suas et vagos quosdam motus, et stet jucundari a Deo suo. Vix est ut occurrat taiis oratio inter niulias orationes.
Thomas ', mais à cause de la suffisance el de l'enflure dont elle fournit l'occasion. C'est, non l'usage, mais l'abus de la science, qui cause l'indévotion, selon Cajetan ^ commentant le Docteur angélique.
III. — Les distractions iKnssenL^rincipalement des attaclies du cœur. Notre esprit revient toujours à ce qu'il aime, et c'est un signe peu équivoque d'affection que le retour spontané de la pensée vers le même objet.
La haine , quoique agissant en sens contraire, produit le même effet. L'objet détesté importune l'esprit avec la même insistance que l'objet aimé l'obsède agréablement.
IV. — Le démon, ainsi quenous l'avons dit, peut, en agissant sur les organes^ s^ujever des impressions, des images, des pensées qui nous détournent de Dieu, et c'est principalement pendant la prière qu'il exerce, dans la mesure où Dieu le permet, ces funestes influences. Il est difficile d'expliquer autrement certaines obsessions qui se produisent au moment où l'âme s'efforce de s'élever vers Dieu.
Ce ne sont pas seulement des pensées étrangères, mais d'odieuses J.entatipns qui envahissent l'âme et la soUicitent au mal. Fatiguées, découragées par ces irruptions maudites qui semblent attendre l'heure de la prière pour se produire, certaines âmes se retirent de la prière pour trouver la paix. C'est donner pleinement dans les pièges du tentateur ^ La lutte que ron soutient n'est pas moins
1 Sium. 2.2, q. 82, a. 2, ad 3 : Scientia et quidquid aliud ad magnitudinem perliaet , occasio est quod liomo confldat de se ipso , et ideo jion totalitex' se Deo tradat. Et inde est quod hujusmodi quandoque occasioualiter devotionem impediunt, etc.
2 Comment, in loc. prsc. Non est ergo culpa scientia doctorum, nec in laude imperfectio muliebris, sed aiusus scientiae in magnifaciendo se, et rectus usus imperlectionis in non elevando se; quo longe melior essct reclus usus perfeclionis , ut scilicet et eam haberet et ex ea non se magnificaret, ut ipse auctor (Thomas Aqu.) tam eminentis doctrinae faciebut.
» ScvRA.\ii:i.u, Dirett. asc. tr. 1 , p. 192, t. 1, p. 93 : Non v'è cosa che
fructueuse que la prière elle-même, ainsi que le révélait un jour la très sainte Vierge à sainte Brigitte'. Lié fruit sera double : on aura celui de la prière qu'on voulait faire, et celui de la victoire que l'on remporte. L'essentiel est de ne point donner de consentement à ce qui détourne ou tourmente l'esprit.
V. — Les distractions, en effet, sont volontaires ou invo; lontoires , selon qu'elles dépendent ou ne procèdent point de la volonté. Les distractions volontaires iûnL ac çeBtécs en dkSzI]fîÊIïlês^ou consenties dans leurs causes.
Autre chose est subîFdans son esprit des pensées et des images qui y apparaissent, sans qu'on les ait évoquées et avant qu'on ait eu le temps de s'en apercevoir ; autre chose est de les y appeler par une application libre et«^ consentie; ou, si elles ont surgi spontanément, de les consid4i:er d^mj;egar^^ pleinemen^tcpnscient.
On ne saurait être responsable des distractions qui ne sont volontaires ni en elles-mêmes ni dans leurs causes, pouryu^ue J^on s^enj^ctJT^^ que Ton s'aperçoit de la déviation de l'esprit, car autrement ce serait y consentir*.
Mais^pour^jes distractions dont on pose ou dont on ac-
più dispiaccia al demonîo quanto un' anima dedita ail' orazione mentale, perché sa il gran bene che ne risulta ; e perseverandovi ella costante, dispera il maligno di prenderla nella sua rete. Perciô ingerisse mille pessime suggestioni nella mente di chi médita, ed usa mille arli e mille slratagemmi per alienarlo dà un si utile e si divoto escrcizio , ete.
1 Louis de Blois, Monit. spir. c. 3, § 4 : Diabolus explorator invidus quaerit impedire bonos, dum orant. Tu vero, filia, quantumcunque tentatione pulseris intcr orandum, persiste in desiderio, vel bona voluntate et conatu sancto sicut commode potes; quia desiderium et conatus tuus plus reputabitur pro effectu orationis. Etiamsi pravas et sordidas cogitationes quœ cordi tuo incidant ejicere non poteris, tamen prn illo cnnatn coronam. in cœlis recipies ; ita tibi proderit illa molestia , n]iod£ non consentias tentationi , sed tibi displiceat quoiLinJLeçens eil.
' S. Thomas, Siim. 2.2, q. 83, a. 13, ad 1-3 : In spiritu et veritate orat qui ex instinctu spiritus ad orandum accedit, etiamsi ex aliqua infirmitatc mens postmodum evagetur... Si quis ex proposito in oratione mente evagetur, hoc peccatum est, et impedit orationis fructum... Evagatio vero mentis quae fit praeter propositum, orationis fructum non toUit.
cepte librement }^V™^^}P^i il es^évident qu'elles sont imputables à la volonté, aussi bien que celles sur les^elles elle s^ ^e^ose^directCTûent , à la condition toutefois que l'on aperçoive Ja connexioiL enlre la distraction et la ^ause qui la détermine^^^et^^^u^oi^^ deposerceUe cause.
Il n'est pas nécessaire pour encourir la responsabilité de ces divagations de prévoir que tel acte doit amener telle pensée ; il suffit que l'on accepte la cause en général comme source de distractions, pour que celles qui naîtront de là soient réputées volontaires et le soient en réalité.