LES DIFFICULTÉS DE LA PRIÈRE 2. — LES SÉCHERESSES
Kotior. de ces épreuves. — Tantôt elles affectent l'esprit et tantôt le cœur. — La forme la plus désolante est celle où Dieu semble s'être retiré de l'âme. — Périls et bénéfices de ces états. — Les causes volontaires de l'esprit et du cœur. — Celles qui .proviennent de la fatigue du corps et des occupations excessives. — L'intervention du démon. — La part de Dieu. — Les oéclicresses n'empêchent pas la prière. — 11 faut supprimer les causes volontaires. — Le désir d'être délivré est permis, mais il est plus parfait de soutenir courafrcusement les aridités. — Qu'y a-t-il à faire quand on aspire à la délivrance? — Conduite à tenir pour supporter avec fruit. — Dispositions intérieures qui rendent ces épreuves
• profitables.
I. — Les aridités ou sécheresses consistent dans une pénible dilTicuilé^à mouvoir son âme vers Dieu, dans une absence de vue, d'attrait, d'élan qui la portent vers Dieu.
II. — Parfois l'impuissance semble venir de l'esprit, qui ne voit rien, qui ne sait se fixer à aucune pensée forte, utile, consolante. On dirait que la foi est éteinte, que Dieu et les choses surnaturelles ne sont plus rien pour cette âme abandonnée. C'est ce que David exprimait par cet
LA PRiÉRE : SES DIFFICULTES : LES SECHERESSES 233
aveu plein d'humilité : « Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de sommet »
D'autres fois l'impuissance paraît être moins dans l'esprit que dans le cœur. On voit ce qu'il faudrait faire, on est convaincu, on voudrait s'élever; mais le cœur est de glace, une sorte d'insensibilité le paralyse, toute onction est desséchée. Si l'on parle à Dieu, il semble qu'on ne dise rien, ou que ce soit sans foi et sans amour. En cet état, l'âme est comme une terre inculte, stérile et sans eau 2, et elle peut redire la plainte du Psalmiste : « J'étends mes mains vers vous ; je suis sous vos yeux comme une terre desséchée^. »
Ilf. — Il est une autre forme d'aridité plus désolante encore, et réservée ordinairement aux âmes les plus généreuses. Dieu semble s'être retiré de l'ânie, et, s'il y apparaît quelque chose de Lui, ce n'est qu'un regard d'indifterence, de délaissement ou de sévérité. L'âme crie vers Dieu, et Dieu semble sourd à toutes les supplications, ou, ce qui est plus navrant, on dirait qu'il dédaigne et qu'il repousse.
Cette privation de toute onction spirituelle, outre qu'elle est pour l'âme qui voudrait aller à Dieu une cruelle souffrance, rend la prière extrêmement pénible et en fait une sorte de supplice.
« Il adviendra, dit saint François de Sales "*, que quelques fois vous serez tellement privée et destituée du sentiment de la dévotion, qu'il vous sera advis que vostre ame soit une terre déserte, infructueuse, stérile, en laquelle il n'y ait ny sentier, ny chemin pour treuver Dieu , ny aucune eau de grâce qui la puisse arrouser à cause des sécheresses, qui, ce
1 Ps. Lxxn, 23 : Ut jumentum apud te factus sum.
2 Ps. Lxii , 2 : In terra déserta , et invia et inaquosa , sic in sancto apparui tibi.
3 Ps. GXLH, 6 : Expandi manus nieas ad te : anima mea sicut terra sine aqua tibi.
■* Inlrod. 4" p., cli. l'i.
23'i 3'= MOYEN INTÉRIEUR DE PERFECTION : L'UNION A DIEU
semble, la réduiront totalement en friche. Ilelas! queTame qui est en cet estât est digne de compassion! et surtout quand ce mal est véhément : car alors, à l'imitation de David, elle se repaist de larmes jour et nuit, tandis que, par mille suggestions, l'ennemy, pour la désespérer, se niocque d'elle, et luy dit : Ha! pauvrette, où est ton Dieu? par quel chemin le pourras-tu trouver? qui te pourra jamais rendre la joye de sa saincte grâce? »