‹ L'ascétique chrétienneChapitre 52 sur 100 · I. — LA PRIKRE · texte numérisé non relu

I. — LA PRIKRE

La prière est vocale ou mentale. — De la prière vocale. — Elle est putlîque ou privée. — La nécessité de la prière vocale privée. — Ses effets. — Les formules qui lui conviennent. — L'attenLion qu'elle réclame. — Relativement à la durée, ne pas confondre la prière longue avec la prière verbeuse; — la prière articulée n"est pas possible sans interruption ; — il coi^.vient de proportionner le nombre et la longueur des formules au degré de dévotion intérieure du sujet qui prie.

I. — La prière est vocale ou mentale, selon qu'elle est exprimée par des paroles ou qu'elle consiste dans de simples mouvements du cœur. Celte dernière porte plus particulièrement le nom d'oRAisoN.

Le présent chapitre traite de la prière vocale, de sa nolion, de ses variétés, de sa nécessité et de son utilité, enfin des règles pour la bien faire.

IL — Nous venons de le dire, la prière vocale est celle qui s'énonce par des mots articulés.

Cette expression extérieure et sensible de la prière consiste dans une formule déterminée que l'on répète, ou dans

l'articulation verbale des pensées et mouvements spontanés du cœur. Bien que dans l'un et l'autre cas il y ait exercice de la parole, et rigoureusement parlant prière vocale, toutefois dans le langage habituel on réserve cette expression pourdésigiieiLics formules déjorminées, lues ou récitées de mémoire.

III. — La prière vocale est publique ou privée. La première comprend toutes les formules employées par l'Eglise dans la célébration des saints mystères, l'office divin et les bénédictions qu'elle donne par ses ministres; la seconde, celle que chaque fidèle récite selon sa dévotion, ou les paroles par lesquelles il exprime les sentiments intimes de l'âme'.

Les prières liturgiques sont nécessaires en vertu du précepte de l'Eglise qui les impose; et, s'il s'agit de formules sacramentelles, elles sont absolument requises pour la production et l'existence des sacrements ^

IV. — Y a-t-il une obligation semblable pour la prière privée?

Plusieurs théologiens l'ont pensé, et ils en donnent pour raison l'exemple de Notre- Seigneur et des saints, et l'obligation de faire à Dieu hommage de notre corps aussi bien que de notre âme. La pratique universelle semble justifier

* s. TII0MA5, Snni. 2.2, q. 83, a. 12 : Duplex est oratio, communis et singularis. Comuuuiis quidem est oratio quaB per ministros Ecclesiae in persona totius fidelis populi Deo offertur; et ideo oportet quod talis oratio innotescat toli populo pro quo olTi'rtur; quod fieri non posset nisi esset vocalis; et ideo ralionabiliter inslitutum est ut ministri Ecclesiœ liujusmodi oraliones etiam alla voce pronuntient ut ad noliliam omnium possint pervenire. Oratio vero singularis est quae offertur a singulari persona cujuscumque sive pro se sive pro aliis oranlis, et de hujusmodi orationis necessitate non est quod sit vocalis.

* Cafech. rom., 4« p., c, 5 : Sed quoniam duplex precandi ratio est, privata et publica, privatae orationis pronuntiatione utimur, ut intimum studiura et pietatem adjuvet; in publica, quae ad incitandam fidelis populi religionem instituta est, certis statisque temporibus, linguae officie, supersederi nuUo modo potest.

262 3*^ MOYEN INTEHIECR DE PERFECTION : L'UXiON A DIEU

ce sentiment'. Peut-être cependant aurait-on de la peine, ainsi que le remarque Suarez^, à signaler dans le droit naturel, divin ou même ecclésiastique, un précepte formel imposant de prier vocalement, soit môme tel ou tel genre de prière en particulier. Il est certain du moins qu'il n'est // guère possible à l'homme d'accomplir la loi générale dy "^44la prière sans recourir de temps en temps aux paroles articulées.

Il nous suffit, dans la matière présente, de montrer comment la prière vocale aide la perfection et la prière intime.

V. — Les bons effets qu'elle produit peuvent se ramener à ces quatre signalés par le Docteur angélique ^ : elle sanc-

1 Laurea , Opusc. de oral. c. 7 : Existimo ex traditione Ecclcsiae praeceptum hoc orandi vocaliter cuiliLet christiauo capaei iuaposilum esse. Iino dictamen hoc a Dec et a natura a Deo condita, curn commune sit, provejiire; siquidem vix chrislianum, quin nec mahometanum reperies qui aliquoties vocaliter non oret Deum, vel laudando, vel gratias ageudo, vel bonum aliquod ah eo petendo.

2 De Oralione , 1. 1, c. 2. : In rigore Scholae vix reperiri praeceptum sive jure nalurae, sive divine, sive ëcclesiaslico ad determinatc vocaliter, sive ia gencre sive in specie, orandum.

3 Sum. 2.2, q. 83, a. 12 : Adjuiigitur tamen vox tali orationi triplici ratione. Primo quidcm ad excitandam interiorem devotionem, qua mens orantis elevetur in Deum, quia per exteriora signa vocum, sive eliam aiiquorum factorum movetur mens hominis sccundum apprehensionem, et consequens secunduni affectioncm. Unde August. dicit ad Probam [Ep. 130j, quod « verbis et aliis signis ad augendum desiderium sanctum nos ipsos acrius excitamus ». Et ideo in singulari oralione tantum est vocibus et hujusmodi signis utendum, quantum profîcit ad excitandum iulerius mentem. Si vero mens per hoc distrahatur vel qualitercumque impediatur, est atalibus cessandum; quod prœcipue contingit in his quorum mens sine hujusmodi signis est sufficienter ad devotionem parata.

Secundo adjungitur vocalis oratio quasi âd redditionem debiti, ut scilicet homo Deo sei-viat secundum illud totum quod ex Deo habet, id est non solum mente, sed etiam corpore, quod praecipue compelit orationi secundum quod est satisfactoria.

Tertio adjungitur vocalis oratio ex quadam reduadantia ab anima in corpus, ex vehementi affectione, secundum illud [Vs. xv, 9): Lœlatumest cor meum et exultavit lingua mea.

Ad 1 : Vocalis oratio non profertur ad hoc quod aliquid ignotum Deo manifestctur, sed ad hoc quod mens oranlis vel aliorum excitetur in Deum.

tifie les organes, elle soutieiiLJ'atLenlioa, elle excite la dévotion , elle en est le signe et la conséquence.

Notre corps , comme notre âme , doit être à Dieu , et nous ne saurions lui en faire un hommage plus immédiat ni plus agréable qu'en le faisant servir à la prière. L'homme tout entier s'incline ainsi devant Dieu et concourt à la gloire qui doit lui revenir du monde des créatures.

L'àme et le corps sont d'ailleurs tellement unis, que les signes sensibles sont nécessaires pour soutenir l'attention aux choses spirituelles, et qu'il devient difficile h l'esprit de maintenir longtemps son application sans le secours des termes conventionnels du langage.

En vertu de la môme loi, la dévotion ne s'allume au cœur qu'avec l'aide des signes qui l'expriment; et, à son tour, quand le cœur est plein, il déborde par les éclats sensibles de la parole.

C'est pourquoi tous ceux qui prient font une part plus ou moins grande à la prière vocale. La plupart des hommes ne connaissent même et ne pratiquent que cette forme de prière, et^ bienJaitg^^h^sunUabsolument à la perfection cûmmune'.

YL — Puisque la prière vocale convient à tous, il im-

1 ScuRAM, Theol. myst. § 51, corol. 4, t. 1, p. 104 : Denique ex omnibus hueusque de oralione vocali diclis, colligit Reguera, Th. myst. t. l , p. 308, prœcisam oratioaem vocalem cuin debitis explicatis circumstantiis foçtani quibnRilnm nd .'ji.lMorem orationem non vocatis posse sufficere ad cliristiane, quin et perfecte yiyendum , maxime si quis a Deo ad eam spccialiter moveaîiTr, quod^ex^ëîTëctu cognosei poterit; si nimirum in ea affectus magis excitetur, uti enim notât S. Bonaventura in Spec. discipl. p. 1,

12 : « Ordo et modus quem Spiritus suggerit est servandus in oratione^^ et qui afFéctui magis sapit. » Et de Perf. relig. c. 72 , dicit oraliones vciZ> cales « incipientibus et rudibus hominibus magis expcdire , ut saltem consuetudo moveat ad orationis studium, ne semper vagi ad exteriora, a Deo fiant alieni et frigidi torpeant, et nunquam aliquo devotionis igné calescant.» Imo etiam devotioribus oratioues vocales praescribit ut ex bona consuetudine ruminentur, quando major devotio non habetur. Quod si ergo per totam vitam boc modo devotio inspiretur, unusquisque cum sua oratione vocali contentas esse debf»

porte de tracer les règlcsÀ-Suivre pour s'en acquitter digney' ment. Elles intéressent les formules, l'attention et la durée. -^ Parmi les innombrables formules qui peuvent entrer

d /in'^''*'^aans la prière vocale , aucune ne s'impose avec la rigueur du précepte, excepté peut-être l'Oraison^ dominical e, la prière par excellence qui embrasse nos devoirs envers Dieu et toutes nos nécessités'. Il en est d'autres dont la récitation est tellement dans les habitudes religieuses, que toute personne chrétienne ne saurait les omettre sans une sorte d'inconvenance, comme sont : le Svmbole des apôtres .et la Salutation angélique, l'invocation de la très sainte Trinité par le signe de la croj^x, les acjes d'adoraUon, dejbi, d.'esBJiiancc , d e chariXé et de contrition.

Les prières du malin et du soir comprennent généralement ces diverses formules. Il est bon d'y joindre l'énoncé des commandements de Dieu et de l'Eglise, afin de se re nouveler dans la résolution d'éviter le péché; et une prière pour les morts.

\/ La récitation de l'^/iye/z^s trois fois le jour au son de la cloche, le Benedkile et les grâces aux repas sont autant de signes de vie chrétienne.

Le chapelet est la prière favorite des personnes pieuses qui ont à cœur d'honorer la Bienheureuse Vierge Marie.

Le long du jour, l'esprit se relève vers Dieu et le cœur

se réchauffe gar quelques aspirations ardcntcg, qui des

lèvres passent en quelque sorte à tous les organes, et par

/ le corps atteignent l'âme et stimulent en elle la dévotion.

>^ YII. — Quelles que soient les paroles, l'attention ^st

^ //i J^(f^ ''^^^^"^TT^^^^- requise pour que la prière vocale soitagréable

^ à Dieu et méritoire. « Si quelqu'un est volontairement dis-

trait en priant, dit saint Thomas ^ il pèche, et sa prière est sans fruit. » Il faut donner d'autant plus d'attention à la prière vocale que la répétition de ces formules arrêtées expose à la routine, et c'est principalement dans ces redites quotidiennes qu'il convient d'appliquer le conseil du Sage *: « Avant la prière prépare ton âme , pour que tu ne sois pas comme un homme qui tente Dieu. »

Il n'est pas nécessaire néanmoins que l'attention de l'esprit soit toujours actueHe. Il est moralement impossible à l'homme de se maintenir longtemps dans le regard conscient d'une même pensée, surtout dans la contemplation des choses divines^; ij suffit que la volonté persévère, et la volonté de prier n'est suspendue que par une distraction Ijhrwnp.ar'accepfee. L2aJj£iiliinL.Xi£UifiiL6 , c'est-à-dire l'acte de volonté continué, est donc la sieiile,qui soi^j;e(]iiise*. L'attention habituelle ne saurait suffire, parce qu'elle n'est pas à proprement parler une attention véritable, mais une facilité à l'attention.

L'application de l'esprit dans la prière vocale peut être à tIoLs degré§ ou de trois sortes.

Au premier degré, on s'attache à bien prononcer les mots, sans regarder ni au sens ni à la fin de la prière. " Au second, on remarque le sens des paroles. Au troisième, . on vise au but de la prière, qui est d'honorer Dieu et de -^^^ demander telle chose en particulier ^

1 Sum. 2.2, q. 83, a. 13, ad 3 : Si quis iu oratione ex proposito mente evagetur, hoc peccatum est, et impedit orationis fructum.

2 EcclLxwiu, 23 : Ante orationem praepara animam tuam, et noli esse qucCSr^oaîoquTte ntat Deum.

3 S. Thomas, Su7n. 2.2, q. 83, a. 13, ad 2 : Mens humana propter infîrmitatem nalurae diu stare in alto non potest; pondère enim infirmitalis humanae deprimitur anima ad inferiora; et ideo contingit quod quando mens orantis ascendit in Deum per contemplationem subito evagetur ex quadam infirmitate.

* Bellarmin, de Just. 1. 5, c. 15 : Tune enim dicuntur opéra virtute in

Deum relata , cuni intentio prcBcedens est vera causa operum quœ postea fiunt.

5 S. Thomas, Suin. 2.2, q. 83, a. 13 : Triplex est attentio quœ oralioni

266 b" MOYEN INTÉRIEUR DE PERFECTION : L'UNION A DI'EU

Selon Scarancelli ', la première de ces atlenlions suffît, pourvu que celui qui prie se soit mis en la présence de Dieu avec l'intention de l'honorer; la seconde est bonne et peut être très profitable; mais la troisième, meilleure encore que les deux autres, peut être fort utile à celui qui s'y applique sérieusement.

Le suffisant et l'indispensable de la prière est dans le mouvement de l'âme vers Dieu, dans l'application de l'esprit et du cœur à Dieu. La prière vocale comprend , pour ainsi parler, l'esprit et le corps : le corps, ce sont les~pàrôTes articulées; l'esprit, c'est l'intention et le désir de s'élever à Dif;n. La vraie prière n'est pas un^nrplejrayail d^^inlelli^encej^iais surtout un^^ëxercTce du cœur et de la^ volonté. Avec l'esprit de prière , les simples et les ignorants peuvent retirer de grands fruits même de la récitation de formules dont ils n'entendent pas le sens , et ceux-là mêmes qui en ont l'intelligence gagneront davantage à aban- ^^.^ donner l'âme à l'élan de la prière.

*^ t VIII. — Concernant la. durée des prières vocales plu- ^^ycV^''*^^^^ sieurs choses sont à observer.

En premier heu, il ne faut pas confondre la prière prolongée avec la prière verbeuse, ni même avec la multitude des demandes. Noire- Seigneur l'enseigne expressément dans l'Évangile quand il dit ^ : « Ne multipliez pas les pa- t^

verbali potest adhiLeri : una quidem quae altenditur ad verha ne aliquis in eis erret; s^cunda, qua aUenditur ad sensum verborum ; tertia qua altenditur ad finem orationis, scilicet ad Deum et ad l'em pro qua oratur; quae quidem est maxime necessariit; tK nanc eliam possunt habere idiotae; et quandoque in tantum abundat hœc intentio qua mens fertur in Deum, ut etiam aliorum omnium mens obliviscatur, sicut dicit Hugo de Sancto Victore [lih. de modo orandi, c. 2).

1 Birelt. asc. TraU. 1, a. 6, c. 6, n. 260, t. 1, p. 122 : La prima attenzione è sufficiente ; la seconda è buona e puô essere anche molto profittevole; la terza è ottima e puô riescire a cbi vi si applichi seriamente, utili=sima.

- Matth. VI, 7 : Crantes autem noiite multum l0L[ui, sicut ethnici : putan t enim quod in mulliloquio suc exaudianlur.

rôles en priant, comme font les païens; car ils s'imaginent être exaucés à force de paroles. » Tous les docteurs reproduisent d'un commun accord cet enseignement du Maître. Ils distinguent avec soin la multiplicité des discours, et le mouvement par lequel l'àme monte et se repose en Dieu.

« Prier longtemps, dit saint Augustin* dans sa lettre à la veuve Proba, qui est un succinct et admirable traité de la prière, ce n'est pas se répandre en beaucoup de paroles, comme quelques-uns se l'imaginent : autre chose est un long discours, autre chose un sentiment prolongé du cœur... S'il faut bannir avec soin de la prière la multitude des paroles, il est bon de multiplier la supphcation aussi longtemps que le permet la ferveur intérieure. Parler beaucoup en priant, c'est s'étendre en paroles superflues pour demander ce dont on a besoin; prier beaucoup, au contraire, c'est frapper longuement et par les élans d'une véritable piété du cœur à la porte de celui à qui s'adresse notre prière. C'est là une affaire qui se traite pour l'ordiA naire par les gémissements plutôt que par les discours,^ par les larmes mieux que par les précautions du lan-/ gage. »

« La longueur de la prière, dit saint Thomas^, ne consiste pas à demander beaucoup de choses, mais dans la continuité du mouvement du cœur pour obtenir la chose que l'on désire. ï>

1 Ep. 130, n. 19-20, p. 778 : Neque enim, ut nonnuUi putant, hoc est orare in multiloquio , si diutius orelur. Aliud est sermo multus , aliud diuturnus affectus... Absit enim ab oratione multa locutio, sed non desit multa precatio, si fervens perseveret intentio. Nam multum loqui est in orando rem necessariam superfluis agere verbis. Multum autem prccari est, ad cum quem precamur, diuturna et pia cordis excitatione pul?are. Nam plerumque plus gemitibus quam sermonibus agitur, plus fletu quam affaïu.

- Sinyi. 1^2, g. lS3,a 14, ad 2 : Prolixitas orationis non consislit in hoc quod multa pelanlur, sed in hoc quod affectus coutinuetur ad unum desiderauJum.

IX. — Une seconde remarque est que la prière vocale ne peut pas se pratiquer sans interruption : cela est audessus des forces et en dehors des conditions de la vie humaine. On ne peut que déterminer des moments précis où, pour se hvrer à cet exercice, on se retire des occupations extérieures, et, dans les intervalles, exciter en soi le désir et le mouvement de la prière par de courtes et fréquentes aspirations.

Ecoutons là-dessus saint Augustin ^ : « Un désir continuel, formé par la charité et soutenu par la loi et par l'espérance, est donc une prière continuelle, et pour nous y maintenir il nous faut, à de certaines heures réglées, prier avec des paroles, afin que ces signes nous rappellent ce désir, et que rentrant en nous-mêmes nous puissions connaître s'il augmente et nous exciter à le rendre plus vif : .1 car l'effet de la prière sera d'autant plus grand que le mouvement du cœur aura été plus ardent. Lors donc que l'Apôtre nous dit : ce Priez sans cesse, » c'est comme s'il disait : Désirez sans cesse la vie heureuse, qui n'est autre que la vie éternelle, et demandez -la sans cesse à celui quiseuljjeut la donner. En nous maintenant dans ce désir devant Dieu, nous prions sans cesse. Mais comme les soins et les occupations de la vie tendent à l'attiédir, nous reve-

1 Epist. ad Proham, n. 18, p. 477 : In ipsa ergo fide et spe et cliaritate continuato desiderio semper oramus. Sed ideo per ccrta iiilervalla liorarum et temporum eliam verLis rogamus Deiim, ut illis rcrum si.irnis nos ipsos admoneamus , quantumque in hoc desiderio pvofecerimus nobis ipsis innoteseamus , et ad hoc augendum nos ipsos acrius excilemus. Dignior enim sequetur effeclus quam ferventiorpraecedit affeclus. Ac per hoc et quod ait Apostolus : Sine intermissione orale [I Thess. v. 16), quid est aliud quam heatam vitam , quae niilla nisi aeterna est , ah eo qui eam solus dare potest, sine intermissione desiderate. Semper ergo hanc a Domino Deo desideremus, et oramus semper. Sed ideo ah aliis curls atque negotiis quibus ipsum desiderium quodam modo tepescit, certis horis ad negotium orandi mentem revocamus, verbis orationis nos ipsos admonentes in id quod desideramus intendere, ne quod tepescere cœperat, omnino frigescat, et penitus extinguatur nisi crebrius inflammetur.

nons à cerlains moments à la prière pour le rallumer au moyen de paroles scnsijjles qui nous remettent devant les yeux ce qui doit en être l'objet, par crainte que, perdant toujours de son ardeur, il ne vienne à se refroidir, et, laute d'être rallumé, à s'éteindre tout à fait. »

Et sur les aspirations souvent renouvelées qui enlretienngiit resprkje^^rière , le saint Docteur cite l'exemple des anciens cénobites. « On dit, ajoute-t-il', que les frères de l'Egypte font des prières fréquentes, mais très courtes, et lancées à la façon des flèches par des élans du cœur, afin de maintenir par ces actes "répétés l'intention intérieure si nécessaire à la piière. En quoi ils nous font assez voir qu'il Auit prendre garde d'affaiblir cette application de l'esprit en voulant la prolonger au delà du possible, et de l'interrompre tant qu'elle peut se soutenir. »

X. — Enfin une dernière observation relativement à la pratique des prières orales est qu'il^st sage d'en proporlionncr le nombre et la durée au degréde3évotion^ iiilérieure.

Cette règle a des applications diverses. I Ceux qui ressentent un grand attrait pour l'oraison mentale, goûtent peu les formules et préfèrent le silence à la parole dans la prière. A ceux-là on recommande seulement autant de prière vocale qu'il en faut pour entretenir et exciter la ferveur. Ils feront bien même de suspendre la récitation des formules, quand l'attrait de l'oraison se fait sentir.

î Si, faisant l'oraison vocale, dit saint François de Sales-,

1 Epist. ad Probam, n. 20, p. 478 : Dicuiitur fratres in ^iigypto creLras qiiidem liabeie orationcs, sed eas tamen brevissimas, et raptini quodam modo jaculatas, ne illa vigilanter erecta, qiice oranti pkirimum necessaiia est per productiores mores evanescat, alque hebetetur intealio. Ac pcr hoc etiam salis ostendunt hanc intentionem, sicut non est obtundenda, si perduiare non po'.est, ila si perduraverit, non cito esse rumpendam.

* Inlrod. 2= p., c. 1, n. 8, p. 103.

VOUS sentez vostre cœur tiré et convié à l'oraison intérieure ou mentale, ne refusez point d'y aller, mais laissez tout doucement couler vostre esprit de ce costé-là, et ne vous souciez point de n'avoir pas achevé les oraisons vocales que vous vous estiez proposées; car la mentale que vous aurez faite en leur place est plus agréable à Dieu et plus utile à vostre ame; j'excepte l'office ecclésiastique, si vous estes obligé de le dire, car en ce cas-là il faut rendre le devoir. »

/v A ceux, au contraire, qui ont encore peu de piété et que pourraient dégoûter de longues prières, la mesure à prescrire doit être en rapport avec leurs dispositions, c'est-àdire qu'il faut leur imposer peu, afin de ne point leur rendre la prière odieuse.

% Ce que nous disons d'un individu s'applique à plus forte raison aux communautés et aux paroisses, selon la remarque du Docteur angélique '.

jl La règle est la même envers les personnes à qui la faiblesse ou les habitudes d'esprit rendent une longue attention pénible et difficile. Il vaut mieux prier moins, mais le faire avec attention et dévotion.

1 Sum. 2 2, q. 83, a. 14 : Uniuscujusque autem rei quanlitas débet esse proportionata fini, sicut quanlitas potionis sanitati. Unde et convetiiens est uJ^jfraUo^taJiliLiDjiuifiLâUi^^ estjj^Lile ad excilandam interioiis desiderii fervorem. Cura vfto liane mensuram excedit, ita quod sine t;edio durare noiTpCssit, non est ulterius oratîo protendenda... Et sicut Loc est attendendum in oratione singulaii per eomparalionem ad intentionem orantis , itaetjamjn communi oratione per comparationem ad populi devotionea.

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