I. — LA PRIKRE
Importance et division des matières. — L'oraison commune et active. — Ses deux éléments : la méditation et l'oraison proprement dite. — La méditation, premier éléoient de la prière mentale. — Elle n'a d'autre objet que d'allumer l'oraison. — Elle suppose ordinairement deux regards successifs : l'un sur le bien désirable, l'autre sur l'âme elle-même. — L'oraison proprement dite est l'élément constitutif de la prière mentale. — 11 faut introduire l'oraison dans la médiUition elle-même. — Quand le cœur est pris par les affections, il convient de suspendre les considérations de l'esprit. — Est- il bon d'user de paroles sensibles dans ce colloque de l'âme avec Dieu?
I. — Nous avons déjà dit que l'oraison est la prière intérieure et silencieuse dans laquelle \ âme s'élève vers Dieu sans le secours de formules ni de paroles.
Tous les auteurs ascétiques exaltent l'excellence de l'oraison mentale et son indispensable nécessité pour arrivera la perfection. 11 faudrait un long traité pour donnera cette matière les développements qu'elle comporte. Pour ne point
sortir de notre cadre, qui est de tracer les lignes générales de la perfection, nous nous bornerons à énoncer les points principaux, qui se ramènent aux suivants, savoir : la notion de l'oraison, son excellence, la marche à suivre pour la bien faire, les sujets à considérer, enfin les conditions extrinsèques favorables à l'oraison.
Ce sera la matière d'autant de chapitres successifs. Celui que nous commençons expose la notion et le mécanisme de la prière mentale.
II. — L'oraison consiste dans l'application de l'esprit à une vérité, dans le but d'exciter les affections et les résolutions par lesquelles l'àme monte vers Dieu, lui rend ses devoirs, implore son secours et s'attache à son service.
On voit d'après cette notion qu'il s'agit ici de l'oraison commune. Dans la rencontre entre Dieu et l'àme qui se fait dans la prière, tantôt c'est l'effort de l'âme qui domine, tantôt c'est l'action de Dieu. L'irruption divine va jusqu'à réduire l'àme à la passivité. De telles oraisons sont du ressort de la théologie mystique. L'Ascétique proprement dite considère l'action militante de l'àme pour atteindre à la perfection, l'effort qu'elle déploie pour se tourner vers Dieu, l'appeler, l'attirer et s'attacher à lui. Selon la comparaison de sainte Térèse , c'est le jardinier qui à force de bras tire du puits l'eau dont il arrose ses plantes et ses fleurs.
On peut apprendre à faire l'oraison commune ou militante; on n'apprend pas, on peut à peine entendre, même après l'avoir éprouvée , comment se produit l'oraison passive. Il est certain du moins que l'intelligence n'en est donnée entièrement qu'à ceux qui ont goûté ces faveurs,, selon la parole de l'Apocalypse ' ; « Personne ne connaît que celui qui reçoit, d
' Ajjoc. il, 17 : Nemo scit nisi qui accipit.
III. — L'oraison dont nous parlons ici comprend deux opérations. L'une appartient à l'esprit et consiste à considérer une vérité et à s'en convaincre jusqu'à émouvoir le cœur et ébranler la volonté. L'autre relève de l'activité intérieure et nous fait désirer, aimer, demander, accepter le bien proposé par l'esprit.
La première de ces opérations constitue la considération ou la méditation; la seconde, la prière ou l'oraison proprement dite. Ce sont là les deux éléments de la prière mentale.
lY. — Pour avoir la notion vraie de la méditation religieuse dont il s'agit , il faut regarder la fm à laquelle elle tend, et qui lui donne sa raison d'être. Ce n'est pas une application purement spéculative dans le but d'apprendre et de savoir, ou une simple étude ; c'est une considération qui attire et embrase le cœur. On fixe le regard de l'esprit sur la vérité pour y croire , sur le bien pour le désirer, sur la beauté pour l'aimer, sur le mal pour le détester, sur les périls qui menacent l'âme pour les éviter.
En un mot , la méditation a pour objet de provoquer l'amour et l'action. Et comme c'est la lin qui détermine les actes, non seulement la méditation aboutit à l'arnour, mais, comme on ne médite que pour aimer, l'amour devient le principe et le terme de la méditation'.
Voilà pourquoi on désigne indistinctement la prière
1 s. TuoMAS, Siu7i. 2.2, q. 180, a. 7, ad 1 : Vita contemplaliva , licet essenlialitcr consistât in intellectu, piincipium taoïen habet iii an'cctii , inquantuDi videlicet aliquis ex charitatu ad Dei contempkitioaem iiicitatur. Et quia liiiis respondet priucipio, inde est quod eliam terminus et Unis vitae contemplalivae habet esse in afîectu, dum scilicct aliquis in visionc rei amat.'G ileleetatiir, et ipsa deiect;itio rei visœ amplius excitât amoivuj. Unde fireforius dicit {Sup. Ezech. hom. xiv) quod « cum quis ipsum qviem ama. viderit, in amore ipsius amplius igriescit ». Et hœc est ultima perfectic contemplativœ vitœ, ut scilicet non solum diviva veiitas videatur, sod etiara ametur.
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mentale commune par le mot de méditation ou d'oraison, et préférablement par le premier quand on veuf, l'opposer à la contemplation proprement dite ou à l'oraison passive.
Y. — De là sort une conclusion pratiquo de la plus haute importance, h savoir, qu'on ne doit faire travailler) l'esprit par la méditation que dans la mesure où cela est! nécessaire pour mettre le cœur en mouvement et allumer ' le feu de l'oraison proprement dite ; qu'il faut imposer silence à l'esprit des que le cœur est assez échauffé pour agir, et ne prolonger ou ne reprendre la considération qu'autant qu'il convient pour maintenir et activer l'oraison.
Le Père Rodriguez emploie une comparaison familière qui fait bien entendre le rôle de la méditation dans la prière : « On a besoin d'aiguille pour coudre, dit-il'; mais ce n'est pas l'aiguille qui coud , c'est le fil ; et ce serait un travail bien inutile et bien ridicule que celui d'un homme qui emploierait tout le jour à passer dans la toile une aiguille sans fd. Cependant, c'est à peu près ce que font ceux qui dans l'oraison méditent et rétléchissent beaucoup, sans s'appliquer aucunement à produire des actes de volonté et de charité. Car la méditation doit être comme l'aiguille : il fLmt qu'elle passe la première; mais c'est pour faire passer après elle le fil de l'amour et les mouvements affectueux, par lesquels notre volonté nous unit à Dieu. »
Et ce grave et pieux auteur ajoute en forme de conclusion - : « Puisque nous nous servons de la méditation et de la réflexion comme d'un moyen pour exciter notre volonté à des mouvements alïectueux et à de saintes réilexions, et que c'est Là notre unique but, nous ne devons par conséquent nous entretenir dans la méditation qu'autant de
1 Pi-atiques de la perf. dire t. De l'oraison, c. 11 , t. 2, p. 75. î Ibid., p. 78.
temps qu'il en faut pour émouvoir noire volonté. Car les movens doivent èlrc proportionnés à leur fm : ainsi, dès que nous sentons que notre volonté est touchée de quelque senïïment de piété..., il laut interrompre aussitôt notre méditation et nous arrêLer 1 ces mouvements affectueux jusqu'à ce que notre âme en soit pénétrée. »
Ce résultat de la méditation est plus ou moins long et laborieux h obtenir, selon que l'âme est plus ou moins impressionnable par nature et surtout par grâce. La grâce divine intervient dans le travail de la réOexion, mais elle se révèle principalement dans le mouvement du cœur qui lait la prière.
Toujours est-il que pour arriver à l'oraison il faut préalablement passer par la méditation, la volonté ne marchant jamais qu'autant qu'elle est éclairée et conduite^ par l'intelligence ^
YI. — Les sentiments divers qui constituent la prière et sont les Iruits de la méditation surgissent dans l'âme de différentes manières.
Pour provoquer l'adoration, l'amour, l'admiration, la louange et les autres mouvements du cœur qui naissent de la vue seule de l'objet, il suffit de se mettre en présence du bien adorable , aimable, admirable, parfait.
Mais, pour déterminer la reconnaissance, il faut de plus un retour de l'âme sur elle-même pour se souvenir qu'elle a reçu. A plus forte raison ce retour est-il nécessaire quand on en vient à la demande , qui est le principal de la prière : on ne solhcite que lorsqu'on est convaincu du besoin que l'on a d'un bien dont on a reconnu l'excellence ou l'im-
* s. Thomas, Suw. 2.2, q. 82, a 3 : Omiiis auteiu actus voluutatis ex aliqua consideratione procedit, eo quod bonum intellectum est ohjectum volujlLiJis. Unde et August. dicit {De Trin. I. xiv, c. 8) quod « voluntas oritur ex iiUelligeiilia ». Et ideo necesse est quod meditatio sit devotionis causa, inquaiitum seilicet homo per meiitalionem concipil quod se tradat divine cbsequio.
portance. Or c'est surtout pour implorer le secours de Dieu que l'àme se livre à l'exercice de l'oraison. Il est • donc juste de dire que la mrditalion comprend généralement ce double regard : le premier, qui est la considé- / ration proprement dite sur l'objet désirable; le second' sur nous-mêmes pour prendre conscience de notre misère' et faire éclater la prière.
Ajoutons que souvent, pour faire produire à la volonté les sentiments que la simple vue du bien devrait déterminer, il est nécessaire de recourir à la prière, et que cette prière ne jaillira du cœur qu'après que l'on aura pris connaissance de sa propre insensibilité. La méditation emporte donc généralement le double regard dont nous venons de parler.
Tel est le premier élément ; voici le second et le principal.
Yll. — Les mouvements alTectifs par lesquels Tùme s'élance vers Dieu aperçu et considéré dans la méditation, pour l'adorer, l'aimer, l'admirer, le bénir, lui rendre grâces, l'invoquer, forment l'oraison; et, dans l'acception' rigoureuse du mot, toute la prière est là. La méditation qui n'aboutit pas à ces élans du cœur n'est qu'une étude ou une pure divagation.
Et cç n'est pas assez dire; car n'est-ce pas même un désordre de considérer la beauté et la bonté sans aimer, la majesté infinie sans se prosterner, la libéralité divine sans lui rendre grâces, notre indigence absolue et l'infinie bienveillance de Dieu sans rien demander?
Dans tous les cas, la simple vision n'emporte ni ascension ni union du cœur; on peut ne pas aimer, on peut même détester l'objet le plus aimable, et contredire par la volonté les visions de rinlelligence.
Sans la méditation, l'oraison est impossible; sans l'oraison, la méditation est stérile : avec l'une et l'autre, on
s'élève à la plus haute perfection. « Nul n'arrive aux sommets d'un coup, dit saint Bernard'; c'est en montant, non en volant, que l'on parvient au haut de l'échelle. Faisons donc l'ascension comme avec deux pieds, savoir : la méditation et l'oraison. La méditation enseignera ce qui manque, et l'oraison l'obtiendra; l'une montrera la voie , l'autre y mènera. Par la méditation nous connaîtrons les dangers qui nous menacent, par l'oraison nous y échapperons. »
VIII. — Non seulement l'oraison doit être la conséquence et le fruit de la méditation, mais il faut autant que possible introduire l'oraison dans la méditation; ou, pour parler plus clairement, faire la méditation en la forme même de l'oraison, accompagnant chaque regard et chaque réflexion de l'esprit d'un mouvement et d'une adhésion du cœur.
Celte méthode n'est pas toujours facile à ceux qui commencent et ont encore peu l'habitude de la prière mentale ; mais elle est aisée et très profitable à ceux qui sont déjà exercés dans la piété et se sentent quelque ardeur intérieure.
Cette fusion de l'esprit et du cœur pour concourir à une seule opération suppose que l'àme , au lieu de se livrer d'abord à un travail de considération abstraite et de raisonnement pur, contemple en la présence de Dieu, en s'adressant à Dieu même, en parlant et en écoutant comme si elle avait devant elle, ce qui est vrai, une figure vivante à qui elle parle et qui lui répond. L'esprit et le cœur opèrent de concert, le regard de l'un et le mouve-
1 Senn. 1, de sancio Andréa, n. 10 : Nemo repente fit summus; ascendendo, non volando, apprehenditur suiumitas scalae. Ascendamus igitur, velut duobus quibusdam pedibus, mcditatione et oratione. Meditatio siquidem docel quid desit , oratio ne desil obtinet. Illa viam ostendit , isla deducit. Mcdilalione deniciue agiioscioius imminenlia nobis peiicula, oralione eva* dimiis.
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ment de l'autre étant simultanés et comme fondus ensemble. Alors l'œil de l'âme est parlant et devient une prière, selon l'expression de Jérémie^ : « Que la pupille de ton œil ne se taise point, »
Dès que l'adhésion s'opère, il convient, ainsi que nous l'avons déjà dit, de suspendre le travail de l'esprit pour s'abandonner sans réserve au mouvement du cœur. Cependant la suspension de l'esprit ne peut jamais être complète, à moins d'une action spéciale de Dieu sur l'âme, dont nous n'avons pas à parler ici ; elle se borne à relâcher l'eiïbrt de la considération pour donner à celui de l'adhésion toute son énergie, et surtout à contenir l'esprit pour qu'il ne coure pas à des considérations nouvelles.
IX. — Observons ici une chose capitale. Parfois, dans l'oraison, l'âme est saisie d'un sentiment cpii l'attire et la fi.xe comme par un charme mystérieux et suave. Non seulement elle s'incline pour adorer Dieu, mais, prosternée à terre, elle sent comme une action prolongée et croissante qui l'enfonce dans la poussière. Non seulement elle s'élance vers Dieu par l'amour, mais une main mystérieuse semble la retenir sur le sein de Dieu, une onction secrète se répand en elle comme un délicieux parlum. Non seulement l'âme dit une fois m.erci, mais elle prend une altitude de reconnaissance où tout son être se compose et se plaît à rendre grâces. Non seulement, du fond de sa misère, elle élève ses regards vers Dieu pour implorer son secours, mais ses yeux demeurent fixés sur ces deux tableaux de sa misère et de la bonté divine. ■
Quel que soit le sentiment par lequel l'âme se fixe et se repose en Dieu, il faut le conserver, le protéger contre toute considération nouvelle : on a atteint le but de la
1 Thren. ii, IS: Neque taceat pupilla oculi tui.
prière; il n'y a plus qu'à s'y maintenir. L'âme a rencontré, pour parler de la sorte, une mamelle divine; elle ne doit point s'en dessaisir avant de s'être rassasiée. C'est la comparaison employée par saint Jean Chrysostome : « N'avezvous point remarqué, dit-il', ce que fait un agneau cjui tette sa mère? Il se retourne d'abord de côté et d'autre, il prend, il laisse, il reprend à diverses fois tantôt une mamelle et tantôt une autre; mais dès qu'il sent que le lait commence à venir, il s'arrête aussitôt, et ne fait plus que le recevoir et goûter à longs traits. »
Peu importent le sujet de l'oraison, les méthodes conseillées, les pensées et les affections que l'on avait en vue : l'essentiel est de boire à longs traits quand on a trouvé une source pure et fortifiante. La meilleure oraison serait celle qui se passerait dans une affection unique.
Une seule réserve est à faire : c'est qu'avant de clore la prière, il convient de prévoir les difficultés pratiques et de prendre des résolutions qui assurent la sécurité et la persévérance de l'àme.
Tels sont les conseils et les règles que saint François de Sales trace à l'âme dévote. « Il vous arrivera quelquesfois, dit-il', qu'incontinent après la préparation, vostre affection se trouvera toute esmeuë en Dieu; alors, Philothée, il lui faut lascher la bride sans vouloir suivre la méthode que je vous ay donnée : car bien que pour l'ordinaire la considération doit précéder les affections et resolutions; si est-ce que le Sainct- Esprit vous donnant les affections avec la considération , vous ne devez pas rechercher la considération, puisqu'elle ne se fait que pour esmouvoir l'affection. Bref, tousjours, quand les affections se présenteront à vous, il les faut recevoir et leur faire place, soit qu'elles arrivent avant ou après toutes les con-
' Tract, de Oratione.
* Inliod, 2e p., c. 8, p. 118.
side râlions : et quoy que j'aye mis les affections après toutes les considérations, je ne l'ay fait que pour mieux distinguer les parties de l'oraison : car, au demeurant, c'est une règle générale qu'il ne faut jamais retenir les affections, ains les laisser tousjours sortir quand elles se présentent. Ce que je dis non seulement pour les autres affections, mais aussi pour l'action de grâces, l'offrande et la prière qui se peuvent faire parmy les considérations : car il ne les faut non plus retenir que les autres affections, bien que par après, pour la conclusion de la méditation, il faille les repeter et reprendre. Mais, quant aux resolutions, il les faut faire après les affections et sur la fin de toute la méditation. »
X. — Convient-il d'employer des paroles sensibles dans ce colloque de l'âme avec Dieu?
En général, l'oraison doit être silencieuse, pour laciliter le recueillement de l'âme sur elle-même et en Dieu. Il faut particulièrement prendre garde de troubler et d'interrompre par des discours, même intérieurs, l'adhésion et l'attitude de l'âme devant Dieu dont nous parlions tout à l'heure. S'il échappe alors quelques paroles, elles doivent être spontanées et sortir de la surabondance intérieure.
Si l'oraison se fait surtout en commun avec d'autres, on ne saurait être trop attentif à éviter tout ce qui pourrait troubler et distraire. Cassien rapporte que, lorsque les cénobites de la Palestine se réunissaient à certains jours de fête pour chanter et prier, ils se tenaient dans le plus profond silence, veillant à ne point laisser échapper un mot, à ne pas bâiller, tousser, cracher ni se moucher, et ceux qui s'oubliaient étaient soumis à des corrections sévères'.
' De Cœnob. inst. 1. 2, c. 10, Mi?np, t. 49, p. 98 : Cum ipitur praedictas soleninit:ttes qu;is illi syiKixes (convonlu?) vor;mt, cololiratiiri convoniunt, taulum a cuaclis silenliuiii prœLttur, ut cum in uiium tani iiinuraerosa
C'est que le silence est indispensable dans l'oraison , le silence extérieur d'abord, mais plus encore le silence intérieur.
Toutefois, si l'on est seul, on peut articuler de loin en loin quelques aspirations pour exciter la ferveur, et cela est particulièrement utile dans le temps des sécheresses et des distractions .
« Emmy les affections et resolutions, dit saint François de Sales, il est bon d'user de colloque, et parler tantost à Nostre-Seigneur, tantost aux anges, et aux personnes représentées aux mystères, aux saincts, et à soy-mesme, à son cœur, aux pécheurs , et mesmcs aux créatures insensibles, comme l'on voit que David fait en ses pseaumes, et les autres saincts en leurs méditations et oraisons... S'il vous arrive, Philothée, de n'avoir point de goust ny de consolation en la méditation, je vous conjure de ne vous point troubler; mais quelquesfois ouvrez la porte aux paroles vocales; lamentez-vous de vous-mesme à Nostre- Seigneur^ »
fratrum mulliludo conveniat, praeter illum qui consurgens psalraum décantât in medio, nullus hominum penilus adesse credatur; ac prœcipue cum consummatur oratio in qua non sputum emittitur, non exscreatio ohstrepit, non tussis intcrsonat, non oscitatio somnolenta dissutis malis et hiantus traliitur, nnlli gemitus , nuUa su?piria etiam astantes impedilura promuntur, nulla vox absque sacerdotis precem concludentis, auditur; nisi forle haec quœ per excessum mentis claustra oris eflugerit, quœque inscnsibiliter cordi obrepserit, imraoderato scilicet atque inlolerabili spiritus fervore succenso, dam ea quœ ignita mens in semetipsa non praevalet continere, per ineffaLilem qucmdam gemilum ex intimis pectoris sui conclavibus evaporare conatur. Illum vero qui constitutus in tempore mentis cum clamore supplicat, aut aliquid horum quœ praediximus e faucibussuis emittit, aut praecipue oscitatlonibus praevenitur, dupliciter peccare pronuntiant; primo quod orationis suœ reus sit, quod eam vidclieet negligenter olTerat Dco; secundo quod indisciplinato strepitu, alterius quoque qui forsitan intentius orare potuit, intercipit sensum. * Introduct. 2' p., ch. 8 ad fin., ch. 9 initio.