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Son excellence

L'oraison est moralement nécessaire pour aUeindi-e à la perfection, soit qu'on la considère comme prière en général, — soit en particulier comme méditation . — et comme oraison proprement dite. — Cette nécessité cependant n'est pas la même pour tous. — Efficacité souveraine de l'oraison mentale pour rendre parfait.

I. — L'excellence de l'oraison telle que nous l'avons déflnie se tire de son rapport avec la vie chrétienne : elle est moralement nécessaire et d'une efficacité exceptionnelle pour réaliser la perfection.

Établissons d'abord la nécessité de l'oraison, en faisant les réserves qu'imposent la doctrine et la sage conduite des Ames.

L'oraison est moralement nécessaire* pour atteindre à

» Tr,o>so>-. Manuel du sé^nin.. o» entr., t. 1 , p. 123 : Je dis donc que, comme chrétiens, nous sommes obligés de faire oraison : car l'oraison nous €.=,t nécessaire pour nous acquitter de nos devoirs, et tellement nécessaire,

la perfection, soit qu'on la considère dans sa notion générale, soit qu'on l'envisage en particulier comme travail de l'esprit et comme mouvement du cœur.

Il est difficile de séparer l'exercice de l'oraison de la pratique de la perfection.

Aller à Dieu diligemment, promptement et fréquemment par des actes d3 charité, c'est la perfection en acte. Or il est moralement impossible que l'âme arrive à cette diligence, à cette promptitude, à cette habitude de la charité sans l'oraison, en supposant môme que ces deux mouvements soient différents l'un de l'autre; car, sans la pratique de l'oraison, on ne songera môme pas à cet exercice de charité.

C'est pour cela que saint Thomas ' assigne comme cause productive de la dévotion, qui n'est que la perfection en activité, la méditation : par le double regard qu'elle nous fait porter sur Dieu et sur notre misère, elle allume en nous le désir de nous donner à Dieu.

que sans elle il est non seulement difficile, mais même moralement impossible d'y satisfaire. Quelles sont nos obligations comme chrétiens? Elles sont immenses, mais, pour ne nous point trop étendre, réduisons-les toutes à une seule, à notre obligation d'èlre saints; nous devons être saints, c'est tout dire en un mot. Or je dis que sans l'oraison il est moralement impossible, ou d'arriver à la sainteté, ou au moins de s'y maintenir; je ne dis pas seulement dans cette haute sainteté, mais même dans une sainteté médiocre et commune.

1 Sum. 2.2, q. 82, a. 3: Causa devotionis extrinseca et principalis Deus est... Causa autem intrinseca ex parte nostra oportet quod sit meditatioseu contemplatio. Dictum est enim quod devotio est quidam voluiitatis actusad hoc quod homo prompte se trailat ad divinum obsequium. Omnis autem actus voluntatis ex aliqua consideratione procedit, eo quod bonum intellectum est objectum voluntatis... Et ideo necesse est quod meditatio sit devotionis causa, inquantum scilicet homo per meditationem concipit quod se tradat divino obsequio. Ad quod quidem inducit duplex consideratio : una quidem quae est ex parte divinœ bonitatis et beneficiorum ipsiu?...; et hœc consideratio excitât dilectionem, quae est proxima devotionis causa. Alia vero est ex parte hominis considerantis suos defectus, ex quibus indiget ut Deo innitatur..., et haec consideratio excludit praesumptionem, per quam aliquis impeditur ne Deo se subjiciat dum suae virtuti inuititur.

Tous ceux qui ont fait profession de vie parfaite ont pratiqué l'oraison, montrant par leur exemple et souvent par leurs paroles que l'oraison et la perfection leur paraissent dans les rapports du moyen à la fin.

En première ligne, il faut signaler le grand modèle, Jésus -Christ, qui passe les nuits à prier' et inculque à ses disciples la nécessité^ et la puissance de la prière^.

Tous les instituts religieux, tous les hommes vraiment spirituels ont pratiqué et recommandé l'oraison. Les maîtres de la vie spirituelle insistent sur la nécessité de la prière pour triompher des obstacles et aller sûrement à Dieu. On dirait qu'ils ne savent concevoir la vie parfaite qu'avec le soutien de l'oraison ^

II. — La méditation en particulier est d'une exceptionnelle importance pour entrer et s'avancer dans les voies parfaites.

Qui ne connaît la parole du prophète^ : <r La terre est remplie de désolation , parce que nul ne rentre en son cœur? » Est-ce dire autre chose, sinon que l'absence de méditation est la cause principale des crimes qui désolent la terre?

La connaissance de soi-même, nous l'avons vu, est la condition indispensable de la perfection et du renoncement,

1 Luc. VI, 12: Et erat pernoctans in oralione Dei.

~ Matlh. XXVI, 41 : Orate, ut non intrelis in tentationem. — Luc.xw, 36: Vigilale ilaque omni terapore orantes.

3 lilaic. XI, 24 : Quœciimque orantes petitis, crédite quia accipietis.

■* Cajetan, Com. in Th. 2.2, q. 82, a. 3: Ex hujusmodi namque mcditalionibus quae quotidianae esse debent, religiosis et spirilualibuspersonis, omisso vocalium oralionum muitiloquio voluntario, dcvolio aliœqucconsequenter gignuntur virlutes; nec religiosi aut religiosœ sou spirilaalis nomine vocari potest, qui saltcm semel in die ad hujusmodi se non transfert. Quomodo namque effectus absque causa, finis absque medio, insularis portus absque navigations haberi nequit, sic nec religio in actu absque frequentatis aclibus suarum causarum, mediorum ac voliiculorum.

5 Jerem. xii , 11 : Desolalione desolata est omnis terra, quia nuUus est qui rccogitet corde.

LA PRIERE : ORAISON MENTALE : EXCELLENCE 2So

et l'on ne parvient à- se bien connaître que dans la mrditalion.

Le travail de la vie parfaite consiste à diriger son âme vers le bien infini , et pour cela il faut d'abord le considérer : le cœur ne saurait goûter et désirer ce qu'il ne connaît pas. Cette application de l'esprit, c'est la méditation. Quiconque n'acquiert pas de Dieu et des choses éternelles cette notion qui les fait aimer et rechercher, est comme étranger à la perfection.

III. — Plus encore que la méditation, l'oraison proprement dite, ou l'action du cœur pour s'élever à Dieu, est nécessaire à qui veut être parfait.

Le P. Guilloré en donne plusieurs raisons, dont voici les plus saillantes.

L'àme est née pour la conversation perpétuelle avec Dieu , et c'est un tourment continuel tant qu'elle n'a pas établi son repos en Dieu : cette conversation et ce repos en Dieu, c'est l'oraison ^

Si Dieu veut quelque chose de nous, c'est surtout le cœur, et il n'accepte rien si le cœur n'y est pas; mais, à y bien regarder, cette donation du cœur, n'est-ce pas un exercice d'oraison^?

Les jouissances spirituelles sont extrêmement utiles pour nous détacher des sens, et celui qui les dédaignerait comme inutiles ne se soutiendrait pas longtemps dans la vertu. Or la source des consolations spirituelles est principalement dans l'oraison^.

IV. — Quand nous disons que l'oraison mentale est nécessaire, nous entendons ce mot dans son sens le plus large, et nous ne voulons point parler d'une méditation divisée et poursuivie méthodiquement jusqu'à ce que l'on

1 Max. spir., 1. 4, m. 1, c. 3, p. 326.

* Ibid., p. 327.

3 lOid., c. 2 et 3, p. 323, 327.

ait allume en soi les saints désirs. Ceux qui sont capables de cette application d'esprit doivent s'y livrer, s'ils prétendent à la perfection. Mais les forces de tous ne vont point jusque-là. Pour les esprits incultes et bornés, qui doivent néanmoins arriver au salut et peuvent aspirer à la perfection, si l'oraison est nécessaire, elle doit revêtir une autre forme et se ramener à l'élan de l'âme vers Dieu pour l'honorer, l'aimer et implorer son secours.

Voici comment s'exprime a ce sujet le P. Scaramelli ' : « Cependant, quand, appuyé sur l'autorité du Docteur angélique, je dis que la méditation est un moyen nécessaire pour acquérir la perfection, je ne prétends pas que cette nécessité soit la même pour tous, ni, comme disent les scolastiques , qu'elle soit physique ou métaphysique; car je pense que pour les personnes dont l'esprit est borné et incapable de suivre un long raisonnement, le Seigneur y supplée au moyen de la lecture spirituelle, si elles peuvent la faire, ou tout simplement par des prières vocales récitées très lentement; et que dans cet exercice il leur communique d'abondantes grâces qui, comme des ailes, les portent à faire promptement tout ce qui concerne le service de Dieu.

« Je veux dire seulement que la méditation est nécessaire d'une nécessité morale, et pour ceux-là seuls qui sont capables de la bien faire. Car il est certain que la perlée tion leur serait très difficile et moralement impossible sans le fréquent usage de la méditation. »

1 Dirett. mist. irM. 1, a. 3 , c. 1 , t. 1 , p. 81 , n. 163 : Si avverta pero che quando appoggiato ail' autorità dell' angelico Dottore io dico clie è assolutaniente necessaria la meditazione per l'acquislo délia perfezione, non inlendo dire che in tutti vi sia una tal nécessita, o che sia, per usare il Itrinine délie scuole, una fisica o metafisica nécessita, perché sono di parère che in persone assai rozze, inabili a riflettere ed a discorrere posatamente cou le loro meuli, Iddio supplisca o con la lezioiie spirituale, se ne sono capaci, o con orazione vocali faite in maggior copia del consuoto, etc.

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Schrain ' pense à peu près de même et laisse aux confesseurs le soin de décider dans quelle mesure et sous quelle forme l'oraison mentale peut être imposée aux personnes du monde, qui sont dans la perfection commune '-.

Le P. Guilloré, selon son habitude, est plus sévère et semble vouloir ranger tout le monde à cette loi de l'oraison^ Il va même jusqu'à en faire un moyen de salut pour certaines personnes, et les raisons qu'il en apporte ne sont pas sans quelque valeur. « Je soutiens, dit-il*, qu'il y a telle personne que l'on peut dire ne pouvoir se sauver sans l'usage de l'oraison; soit que vous le preniez du côté de sa cornplexion naturelle, dont les passions sont si fortes et toutes les inclinations si corrompues, qu'il n'y a que l'oraison qui les puisse réformer par de fréquentes et de profondes considérations; soit que vous le preniez du côté des volontés éternelles de Dieu; car enfin Dieu, comme le maître et le souverain, a pu absolument arrêter de ne sauver cette personne que par la pratique de l'oraison , à cause de certaines prévoyances...; soit que vous le preniez enfin du côté de l'expérience; car il y en a peu qui ne confessent que le dérèglement de leur vie n'est arrivé que pour avoir abandonné l'oraison, et que ce n'est que par la seule oraison qu'ils sont rentrés dans les voies de la sainteté et du salut. y>

1 Theol. myst. § 53, sch. ! et 2, t. 1, p. 108 : Disputant theologi an detur uUum pneceptum orationis mentalis : qua in re ccrlum quod meditatio pro sainte œterna non sit simpliciter necessaria... Necessaria tamen poteft esse secundum quid, ut loquuntur llieologi, ad obtinendam perfcctionein, potissimum quoad Religiosos... Quod idem dicendum de quolibet Ecclesiastico, etc.

- Ibid. sch. 3, p. 110 : Prudens confessarius, cum cernit aliqucm vel a peccato niorlali abhorrentem et progredi desiderantem in amore divino, vol in vitiorum cœno volutantem a quo se liberare non possit , nisi secum recogitet corde atque annos antiquos in mente habeat, curet illuru disponoie ad bene peragendam orationem mentalem, etc.

3 Max. spir., 1. 4, m. 1.

* Conf. spir., L 2, c. 3 , § 1 et 2.

'28â 3^ MOYEN INTERIEUR DE PERFECTION : L'UNION A B!EU

Y. — Les auteurs spirituels se divisent quand il s'agit d'apprécier dans quelle mesure l'oraison est nécessaire; ils sont unanimes pour affirmer son efficacité souveraine dans l'œuvre de la perfection.

Tous les moyens de perfection se trouvent, en effet, réunis dans l'oraison : le désir de la perfection, la connaissance de nous-mêmes, l'union à Dieu; la prière mentale suppose ou réalise ces dispositions et ces états de l'àme.

La considération prolongée de Dieu , telle qu'elle se pratique dans la méditation, doit produire l'amour de cet aimable objet; et la perfection, nous l'avons dit tant de fois, c'est la charité en acte. Rien par conséquent ne peut faire aimer Dieu et rendre parfait comme l'oraison.

Et, dans la prière mentale, l'âme trouve une garantie de sincérité qu'elle n'a pas au môme degré dans la prière vocale : celle-ci peut être seulement des lèvres, celle-là part toujours du cœur. Comment ce mouvement volontaire, réfléchi, sincère, d'ascension et d'union à Dieu ne réaliserait-il pas la perfection, puisque c'est la perfection même en exercice?

Enfin, selon la remarque du pieux Rodriguez ',« l'oraison est un moyen très efficace pour nous aider à bien régler notre vie, et à surmonter tous les obstacles qui se peuvent rencontrer dans le chemin de la vertu, d Et saint Alphonse de Liguori- ajoute que toutes les autres pratiques de piété peuvent se rencontrer avec le péché, mais non pas l'oraison : l'àme quittera le péché ou délaissera l'oraison. C'est pourquoi saint Augustin^ a dit celte belle parole, qui exprime admirablement l'excellence de l'oraison : 1 Celui-là sait bien vivre qui sait bien prier, d

' Perfection chrétienne , l''^ p., 5"^ tr., c. 2.

2 Praxis confess. n. 122: Cum reliquis pietatis operibus potest peccatum consistere, sed non possunt cohabitare oratio et peccalum. Anima aut reiinqiiet orationem aut peccatum.

' Uom. 4 ex 50 : Recte novit vivere qui recte novit orare.

Saillie Térèse ' , que l'on peut appeler le docteur de l'oraison, compare les effets de la prière mentale à ceux de Tcau, qu'elle ramène à trois : elle rafraîchit, purifie et désaltère; ainsi l'oraison éteint le feu des convoitises, lave l'âme de toutes les souillures du péché, étanche la soif qu'elle a de Dieu, et, par sa surabondance, elle peut ôter la vie en désaltérant : mort heureuse, où l'on cesse de vivre de la vie présente pour vivre de l'éternelle vie!

Saint Laurent Juslinien enchérit encore sur cette excellence de l'oraison : « Par elle, dit-il*, les cœurs des justes sont enflammés en l'amour de leur Créateur; et alors, s'élevant quelquefois au-dessus d'eux-mêmes, il leur semble déjà qu'ils sont parmi les chœurs des anges, et qu'en la présence du Seigneur ils chantent, ils aiment, ils gémissent, ils louent, ils pleurent, ils jouissent, ils mangent cl ils ont faim, ils boivent et ont soif, et que dans toute l'étendue des forces de leur amour ils travaillent pour se transformer en vous, contemplant par la foi, adorant par l'humilité, recherchant par les désirs et jouissant par la charité de vos perfections divines. C'est alors qu'ils connaissent par expérience combien ce que vous avez dit est véritable : ma joie sera accomplie en eux. d

' Chemin de la perf., c. 19, Migne, t. 1, p. 505. 2 Tract, de Orat. in ligno vilœ.

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