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Le sujet de la méditation

Le sujet des considérations est un élément indispensable de l'oraison. — • Il faut le prévoir et le préparer dès la veille. — Il doit être simple et pas trop abondant. — 11 doit convenir aux nécessités, aux devoirs et à l'attrait de chacun. — Matière de ces considérations. — L'objet principal qui domine dans tous les sujets doit être Notre -Seigneur.

I. — L'oraison débute par la contemplation d'une vérité ou d'un mystère chrétien. Quel qu'il soit, l'objet que l'entendement considère forme le sujet de la méditation. La matière des considérations parait au grand nombre constituer le point capital de l'oraison; cela suppose une fausse notion de la prière mentale; il est vrai du moins qu'elle en forme un élément nécessaire et important.

IL — Ce sujet doit avoir été prévu dès la veille, ainsi que nous l'avons dit, ou bien lu avant la méditation. Il faut demander à l'esprit le moins d'effort possible au moment de l'oraison, afin de laisser au cœur son libre cours,

et prendre garde de transformer la prière en une simple lecture.

Il est cependant des personnes qui ne peuvent que difficilement se passer de livre. « J'ai été plus de quatorze ans, dit sainte Térèse ' parlant d'elle-même, sans pouvoir du tout méditer, si ce n'est en lisant. Il y en a plusieurs de cette classe , et il s'en trouve quelques" unes qui ne sauraient méditer même en lisant, ni prier que vocalement, parce que cela arrête un peu davantage. » La règle en ces choses est de se conformer à l'attrait de la grâce et aux situations diverses que Dieu fait.

III. — En principe, le sujet doit être court, simple et clair, sans complications, ni recherche, ni finesse. La prière n'est pas un jeu de bel esprit, mais une comparution humble de l'âme devant Dieu. Lorsque l'impuissance ou l'aridité réduisent à une lecture méditée ou à une prière vocale lente, dont on considère successivement chaque mot ou du moins chaque pensée, en ces cas même, au lieu de courir d'une parole à l'autre, on s'arrêtera le plus possible pour exprimer et savourer ce que chaque parole contient, jusqu'à ce que le cœur s'émeuve et s'ébranle.

Dans les conditions ordinaires, il convient de ne proposer à l'esprit qu'un très petit nombre de pensées. Quand on sait prier, une, deux, trois au plus suffisent pour alimenter la plus longue oraison. Qu'on ne l'oublie pas, il ne s'agit ici de voir que pour aimer et vouloir : l'oraison est avant tout un exercice du cœur. En général, les livres présentent une abondance qui transforme la méditation en lecture spirituelle. Ce n'est qu'à demi la faute des livres : à une table trop copieusement servie, on ne mange pas de tout, mais seulement à son choix et à son appétit. Nous aimerions bien néanmoins des recueils où l'on n'in-

1 Chemin de laper/., c. 17, Migne, t. 1, p. 498.

diquerait pour chaque jour que deux ou trois pensées. A notre avis, ce seraient les meilleurs dans l'espèce. Ceux qui pour une seule oraison condensent des traités sur la matière, accusent dans leurs auteurs une notion très défectueuse de la prière; et au lieu de simplifier l'oraison el de la faciliter, ils la compliquent et en partie la suppriment.

IV. — Dans la substance et dans la forme, les réflexions doivent être proportionnées aux nécessités, aux obligations et à l'attrait de chacun. C'est ici le repas de l'àme : il convient qu'elle y trouve ce qui répond à ses besoins, à ses fonctions et à ses goûts.

Y. — Les sujets ordinaires qu'il est bon de méditer sont ceux qui rattachent l'âme à Dieu, la maintiennent dans la fidèle observation de ses commandements, et l'aident à bien sanctifier la vie. Les obligations d'état, les vices et les vertus, les fins dernières, Dieu et ses perfections, Jésus-Christ, ses mystères, ses exemples et ses paroles; la bienheureuse Yierge Marie et les saints, les solennités et les aspects divers du cycle liturgique : telles sont les considérations les plus propres à exciter la dévotion et à alimenter la prière. Mais il est pour chacun des points particuhers sur lesquels il lui importe de revenir fréquemment, comme sont le défaut dominant, l'attrait spéciat de la grâce, les devoirs et les périls de sa condition. Hors de là, et en cela même, les circonstances, le mouvement intérieur et les avis d'un sage directeur déterminent le véritable champ de la méditation. Que les sujets soient habituels ou passagers, il est toujours utile de répéter, même plusieurs fois, ceux qui ont touché et fait prier.

« Tous ne doivent pas employer le même mode d'oraison, ni les mômes voies pour s'élever à Dieu, dit saint Laurent Jiislinien'. Car les uns se sentent bien près do-

* De Diseipl. monaslic.

Dieu quand ils récitent un psaume, l'Oraison dominicale ou quelque autre prière vocale. D'autres, méditant successivement dans l'oraison sur l'enfance , la vie, les actions, les miracles, la passion, la descente aux enfers, la résurrection, l'ascension du Sauveur, sentent leur esprit s'enflammer et s'élèvent à Dieu par l'attrait de cette dévotion. D'autres, s'abaissant profondément de corps et d'esprit, s'humiliant et se condamnant en comparaison de ce que sont les autres, se rapprochent autant de Dieu par l'humilité qu'ils se croient loin de lui. »

YI. — Quel que soit le sujet particulier que Ton médite, l'objet principal de notre considération et de nos affections doit être Nolre-Scigneur. Nos prières, comme nos œuvres, ne sont agréables à Dieu qu'autant qu'elles sont faites en union avec le divin Médiateur. Or rien n'assure cette communion comme de se maintenir pendant la prière en la présence et sous le regard de Jésus-Christ, en dirigeant vers lui les considérations de l'esprit et les affections du cœur.

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