IX. — La position naturelle du corps dans la prière
' Luc, xxn, 41 : Posilis genibus, orabat.
- Marc. XIV, 35 : Procidit super terram, et orabat.
3 Ps. VI, 7 : Lavabo per singulas noctes lectum meum, etc.
* De Oral. c. 12 : Item quod adsignata oratione assidendi mos est quibusdam, non perspicio rationem... Eo apponitur et irreverentiae crimen, etiam ipsis nationibus, si quid sapèrent, intelligendum. Si quidem irreverens est assiiere sub conspectu contraque conspectum ejus quem quam maxime reverearis ac venercris; quanto magis sub conspectu Dei vivi, angelo adhuc orationis adstante, factum istud irreligiosissimum est, nisi exprobramus Deo quod nos oratio fatigaverit?
c'est d'être à genoux, les yeux clos ou levés vers le ciel, ou reposés sur quelque image sainte. Si le mouvennent intérieur y porte, ou si l'on veut recourir à des démonstrations sensibles pour recouvrer la ferveur, on peut se prosterner à terre, étendre les bras en croix, lever les mains et les yeux en haut. Dieu n'a nul besoin de ces signes pour entendre notre prière; mais ils sont l'expression naturelle des supplications intimes de l'âme, et ils excitent les mouvements intérieurs de la piété, ainsi que le remarque saint Augustin'. Seulement il faut s'abstenir en public de tout geste et de toute attitude inusitée qui attirerait l'attention, et en général de ce qui créerait une distraction aux autres.
Lorsque l'oraison doit être longTie on peut ménager les forces du corps en changeant de position, et tour à tour se tenir à genoux, debout, s'asseoir môme modestement ou se promener.
Tous ces conseils se résument dans cette règle générale, qu'il ne faut être, pour faire oraison, ni trop bien ni trop mal ^
1 De Cura geranda pro mort. I. 1, c. 7, p. 607 : Nam et orantes de membris sui corporis faciunt quod supplicantibus congruit, cum gonua figunt, cum extendunt manus, vel etiam prosternuntiir solo, et si quid aliud visitilitcr faciunt , quamvis eorum invisibilis voluntas et cordis intentio Deo nota sit, nec ille indigeat his indiciisut humanus cipandatur animus; sed bine magis seipsum excitât bomo ad orandum gemendumque buinilius atque ferventius. Et neseio quomodo, cum hi motus corpori? fieri nisi motu animi praecedente non possint, eisdom rursus exterius visibilittT faclis, ille interior invisibilis qui eos fecit augetur; ac per boc cordis affectus qui ut fièrent ista praecossit, quia facta sunt crescit, Verumtamon si eo modo quisque teneatur vel etiam ligetur ut baec de suis membris faeere nequeat, non ideo orat interior bomo, et ante oculos in secrelissimo cubili ubi compungitur, slernitur.
* ScHRAM, Theol. myst. § 31, scb. 1, t. 1, p. 100 : Generatim loquendo potier modus quoad externum corporis compositionem est orare genibus flexis, quando sine magno incommodo sustineri potest : sed generalior régula est, ut modus nrc sit valde inconimodus, nec deliciosus : ideoque xnultoties expedit nunc genuflectere , nunc stare , nunc modeste sedere vel deambulare. 2 A gestibus inusitatis, v. g. expandendo manus, bumi se
X. — Saint Augustin ' observe avec raison que, lorsque la prière s'élève dans l'àme, il faut lui laisser un libre cours, sans se préoccuper de mettre le corps dans telle ou telle attitude. Il n'en est pas moins vrai que pour l'exercice régulier de l'oraison il convient de prendre une posture qui facilite l'attention et le recueillement, exprime l'humilité et le respect, et excite la ferveur.
Le P. Guilloré recommande, avec sa gravité ordinaire, le maintien sévère du corps pendant la prière mentale.
« 11 faut commencer, dit-il ^, par le premier avis que j'ai ta vous donner de la composition du corps pendant l'oraison. Désabusez- vous donc, si vous ne l'étiez déjà, qu'il importe peu pour faire oraison comme le corps soit , pourvu que l'esprit soit avec Dieu dans toutes les dispositions de respect, d'amour et d'anéantissement. D'ordinaire on se flatte extrêmement en ce point, ne voulant donner aucune gène ni la moindre contrainte à son corps. L'on s'excuse sur des incommodités qui ne sont souvent qu'imaginaires ou trop légères, l'on prend ainsi toujours la posture la plus aisée; souvent on la change cent fois, comme si ce changement de posture devait mieux faire trouver le repos de l'esprit et de l'oraison. Je sais bien qu'il y en a dont le corps a ses faiblesses et qu'il faut soulager par quelques situations plus commodes , afin que l'esprit dans ses fonctions n'en soit point diverti; mais il faut aussi avouer qu'ordinairement ce n'est qu'un lâche
prosternendo, in loco publico abstinendum est, sed hase et similia in loco privato exerceri possunt.
1 De div. qusest. ad Simplician. q. 4, p. 212 : Gum autem non quaeritur, sed inferlur appetitus orandi , hoc est, cum aliquid repente venit in mentem quo supplicandi moveatur affectus gemitibus inenarrabilibus, quoeumque invenerit liominem, non est utique difFerenda oratio, ut quceramus quo secedamus, aut ubi stemus, aut ubi prosternamur. Gignit enini sibimenlis intcnlio solitudinem, et sœpe etiam obliviscitur vel ad quem cœli partem, vel in qua posilione corporis membra illud tempus invenerit.
2 Confér. spirit., 1. 2, conf. 3, C. 1, § 2, 1.
appesanlissement qui fait que le corps n'a rien dans l'oraison de bien composé et de respectueux. Dieu sait aussF quelles sont les belles oraisons de ces personnes qui pendant ce temps ne font que prendre toutes les postures qu< demandent d'eux la pesanteur, la paresse et la commodilt, de leurs corps ! Donnez donc à votre corps dans ce temps sacré la situation la plus pleine de respect que vous pourrez; car cela n'est-il pas dû à la majesté du Dieu présent?... J'ajoute que la composition du corps est un très bon. moyen pour rappeler l'esprit des extravagances dont il est souvent emporté. »
Tous ces conseils, donnés sous une forme un peu austère, sont l'expression du bon sens et de l'esprit chiétien.