II. — La science est absolument nécessaire au directeur
Sans une connaissance convenable de la doctrine chrétienne et des règles de la sainteté, il est impossible qu'il nourrisse les âmes du pain de la vérité et qu'il conduise sûrement dans les voies de Dieu; il ne sera qu'un faux docteur, un guide aveugle et imprudent.
« Je demande au nom de Notre -Seigneur à celle qui sera supérieure, disait sainte Térèse', de tâcher toujours d'obtenir de l'évêque ou du provincial, pour elle et ses religieuses, cette sainte liberté de communiquer de son intérieur avec des personnes doctes, principalement si leurs confesseurs ne le sont pas, quelque vertueux qu'ils puissent être. Car Dieu les garde de se conduire en tout par un confesseur ignorant, quoiqu'il leur paraisse spirituel et qu'il le soit en effet. La science- sert extrêmement pour donner lumières en toutes choses, et il n'est pas impossible de rencontrer des personnes qui soient tout ensemble et savantes et spirituelles, b
* Ch*»nin de la perf., ch. 5.
III. — Quelle est celte science absolument recjuisc, et celle qui serait désirable dans les prêtres chargés de la direction spirituelle des âmes?
Tout directeur doit au moins posséder la science compétente, qui consiste à suffire par soi-même aux cas ordinaires et communs, et dans les autres à savoir douter; puis, le doute soulevé, à résoudre les difficultés, soit par une étude personnelle, soit en prenant conseil; ou bien à renvoyer à de plus capables.
Par conséquent, quiconque aborde ce ministère de la direction ne peut ignorer ce qui est strictement nécessaire pour entendre les confessions; et, selon Schram', il faut encore davantage.
En elfet, outre la théologie scolastique, qui embrasse ce qui regarde la foi; outre la théolo^iie morale, qui traite des lois divines et humaines ei aes aiiiérentes manières de les violer, science indispensable au confesseur, le directeur doit connaître les principes élémentaires de la spiritualité *• : en quoi consiste la perfection, à quoi et qui elle oblige., les obstacles à écarter, les moyens à mettre en œuvre. Et, dans l'ordre des phénomènes mystiques, le moins qu'on puisse lui demander est qu'il sache respecter et douter. Il y en a qui admettent tout, il y en a qui rejettent tout : l'imprudence est la même. Saint Paul donne la règle ^ : « Ne
1 Theol. mijst § 346, t. 2, p. 14 : Ex modo dictis fluil secundo magistrum spiritualem , per se loquendo, quaerendum esse qui doctrina non vulgari et ad rem facienle polleat... Sane si omni coufessario scientia requiritur pro qualitate pœnitentium multo major, nec vulgaris inmagistro ad perfectionem manu ducente, necessaria erit, etc.
2 J. LoPEz EzQUERRA, Lucerti. niysl. n. 4ti : Praecipue tamrn débet esse dodus in scientia spiritus, ut fundamentalitcr noscat modes quibus anima suas operationes producit; ad quos notitiam omnium virium, potentiarum €t habilitatum ejus habere débet, simulque modum quo in eis spiritualia infundantur, et scopulos, pericula et procellas, quae in hoc mare maguo spiritus eveuire conlingunt.
3 / Thess. V, 20-21 : Prophetias nolite spernere; omnia probate, quod bonum est tenete.
méprisez point les communications surnaturelles, mais éprouvez tout, et retenez ce qui est bon. î Or pour distinguer il faut connaître.
Le directeur doit être versé dans la connaissance des âmes, savoir ce qui convient à chaque tempérament, aux différentes conditions, aux divers états : aux commençants, à ceux qui progressent, aux parfaits; les manières dont les âmes s'éloignent de Dieu, les procédés à suivre pour les éclairer, les ramener, les dominer, les conduire ^
Il est difficile d'assigner la limite précise de celte science convenable ; mais qui ne voit que sans elle la direction ne peut être ni éclairée ni prudente, et par conséquent autorisée ?
IV. — Si la science éminente n'est pas rigoureusement exigée de tous et de chacun , il est à désirer que le nombre des prêtres qui la possèdent soit considérable. Ceux-là du moins qui par leur charge ont à conduire des âmes vouées à la vie parfaite et contemplative, ou à donner leur avis sur les difficultés de la direction spirituelle, sont obligés de s'instruire plus à fond pour être à la hauteur de leur ministère.
Y. — La science a besoin de la sanction et des clartés de l'expérience. La rigueur dogmatique ne convient pas au gouvernement des âmes. Il ne s'agit pas seulement ici d'une science; c'est un art, c'est-à-dire une science pra-
* J. LoPEz EzQUERRA, Luc. myst. n. 46 : Insuper débet cognoscere animorum couditiones , genios, aplitudines et humores; quia cum fere nulla sit, quae sit alii consimilis, et Dominas earum aptitudini et capacitati se accommodet , ideo eas per diversas vias ad se trahit, et necessarium est quod magister aliquam saltem notiliam habeat singularum : quare débet plures myslicorum libros revolvere, in quibus per assiduum studium versatus sit, ut id de quo experientiam non babet, a doctorum experientia et doctrina accipiat, et pro certo habeat quod, bis nonobstantibus , quotidie mulla reperiet quae neque in libris legerit, nec in seipso expertus sit, et tune opus erit alios interrogare, in quibus licetaliquando lucem non invenial, propter suam huniilitatem a Deo liberaliter illuminabitur.
tique qui exige, avec la connaissance des principes, celle des sujets auxquels il faut les appliquer, des circonstances qui leur conviennent. Il faut une pondération, une mesure que la seule théorie ne peut donner, qui ne peut être que le fruit de l'expérience.
VI, — Mais ce serait une erreur grossière, et plût à Dieu qu'elle fiât rare! de penser que le bon sens et la pratique suppléent la science. Sans la doctrine, le bon sens est court, et la pratique ne mérite pas le nom d'expérience ; elle n'a d'autre valeur que ceiie d'un fait : conforme aux principes, il est bon; contraire, il est mauvais*. , Le vrai directeur commence par étudier les règles, faites du dogme et du droit purs, des tempéraments que réclament la liberté, les forces et les dispositions humaines, des conseils et des méthodes des maîtres. Il suit ces règles avec tout le discernement dont il est capable , toujours attentif aux résultats qui l'éclaireront, non pas précisément sur la vérité et la justesse des principes, mais sur la convenance et la fécondité de leur appUcation. C'est ainsi que l'expérience sert de contrôle à la science.
L'alliance de la doctrine et de l'expérience constitue le grand art de la spiritualité : trésor inestimable, auquel
1 JoLY DE Chodî, lîisir. sur le Rituel de Toulon, t. 1, p. 330 : Il faut plaindre les pénitents qui tombent entre les mains des confesseurs qui s'imaginent pouvoir tout décider par le ion sens, par l'expérience seule, et sans l'étude, auxquels on doit appliquer ce que dit l'Esprit-Saint [Pi-ov. XXVI, 12) : Vidisti kominein sapientem sibi videri? Magis illo spem habehit insipiens. La longue expérience dans un confesseur qui est sans étude et sans science n'est proprement qu'une vieille habitude d'er-* reur; et on doit moins espérer d'un confesseur ancien et ignorant que d'un autre plus jeune qui n'a ni science ni expérience. A la vérité, ni l'un ni l'autre n'est capable de conduire; mais, dans celui-ci, il ne faut que semer ou planter; il craint de manquer et il consulte; il a de la docilité, il pourra devenir maître. Mais, dans le confesseur ancien et ignorant, il faut arracher et détruire ce qu'il y a de mauvais avant que de l'instruire; et comme il présume de sa longue expérience, quoique irrégulière, il est à craindre qu'il ne puisse être ni disciple ni maître.
384 MOYENS EXTÉRlEUnS DE PERFECTION : 1<»' MOYEN
conviennent admirablement ces paroles du Sage ' : ce L'or et les perles sont des choses précieuses ; plus précieuse encore est la parole de l'homme savant. s>
1 Prov. XI, 15 : Est aurum et multitude gemmarum, et vas pretiosum labia scientix.