CHAPITRE XXXVII
PREMIER MOYEN EXTÉRIEUR : LA DIRECTION
4" QUALITÉS d'un DIRECTEUR 2. — La piété.
La piété envers Dieu. — Elle se révèle dans un directeur par le soin qu'il prend de sa sanctification personnelle. — Elle lui inspire sympathie et dévouement pour les âmes. — Le directeur dépourvu de piété expose son salut. — Son action du moins cesse d'être surnaturelle. — 11 ne sanctifie pas les âmes, et il peut les perdre. — .Ministère fécond d"uu directeur pieux. — Ses progrès dans la perfection.
I. — La piété dont Dieu est l'objet est une inclination du cœur qui nous porte à aimer Dieu comme notre père; c'est l'hommage filial de la créature envers son Créateur, source de son être et de sa vie. Ce n'est pas seulement une forme de la vertu humaine, c'est un des sept dons du Saint-Esprit^, don merveilleux qui introduit en nous ce divin Esprit, et nous fait pousser, ainsi que l'enseigne
1 s. Tiio.M.'^s, 2.2, q. 121, a. 1 , ad 1 : Pietas quae exhibet patri camaîi ofDcium et cultus est virtus; sed pietas quae est donum, hoc exhibet Deo ut patri.
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saint Paul', ce cri des enfants adoptifs : « Mon Père, mon Père! »
La piété donne donc à l'âme un sentiment de Dieu, profond, affectueux, filial, qui l'incline à l'aimer, à l'honorer, à le servir, et à faire reconnaître et bénir son doux et paternel empire.
II. — La piété dans un directeur se révélera par ce sentiment fdial et dominant de Dieu, et par conséquent par un grand zèle pour sa sanctification personnelle. Cette note peut se formuler ainsi : s'occuper de son âme avant tout, pour aimer Dieu et le servir filialement.
Cette préoccupation de l'esprit et ce mouvement du cœur, s'ils sont sincères, auront un double effet : détaclier de la créature, et unir à Dieu. La vraie piété suppose donc dans un directeur qui la possède la mortification des sens et l'esprit d'oraison ^ Livrée aux impressions sensibles, une âme ne s'appartient pas, et elle appartient encore moins à Dieu ; sans la prièr-e qui l'élève et la fixe en haut, elle doit fatalement retomber sur elle-même et sur les choses inférieures.
La pratique de la mortification et de l'oraison introduisent le directeur dans les voies spirituelles où il doit servir de guide. Il parle aux âmes le langage qu'il se tient à lui-même; il a le sentiment et l'intelligence de ce qu'elles éprouvent quand elles vont à Dieu, parce qu'il en a l'expérience ^.
1 Ro7n. vni, 15 : Accepistis spiritiim adoptionis filiorum, ia quo clamainus : Abba (Pater).
2 S'<= Tékèse, Liv. des fondât., cil. 3 : Si les directeurs ne sont pas des hommes d'oraison , la science leur senira peu.
3 ScRiN, Dial. spir., 1. 5, cil. 7 : Votie confesseur peut être un fort habile théologien, et fort peu instruit des matières de la vraie spiritualité, qui est pourtant la science nécessaire pour conduire les âmes à la perfection. La raison est que la spiritualité consiste en des choses dont on ne traite point dans les écoles, di y enseigne hien les fondements de toutes les vérités spirituelles... Mais comme, pour faire une maison, ce n'est pas
La note caractéristique de la piété sacerdotale, qui résume toutes les autres , est une grande union à Dieu dans les actes de la vie ordinaire, et principalement pendant l'exercice môme de la direction. Pour conduire son âme et celle des autres, le directeur pieux n'a qu'une règle : Dieu; il va à Dieu, et il mène cà Dieu.
III. — Le don de la piété imbibe le cœur de bienveillance et d'affabilité envers le prochain; il communique une tendre compassion pour les pécheurs, ennemis de Dieu et privés de son amour. La marque de la paternité divine imprimée dans toutes les âmes les rend chères à l'âme pieuse, qui les considère comme ses sœurs.
On comprend les grands effets de zèle que ce sentiment est capable de produire dans un cœur sacerdotal, et l'on s'explique l'angoisse de saint Paul voulant sauver ses irères en Israël' : « J'ai en moi une tristesse profonde, et une douleur continuelle me déchire le cœur, jusqu'à m'inspirer de devenir moi-même anathème pour mes frères, qui sont mes proches selon la chair. »
Ces eff"usions de la piété inclinent vers toutes les créatures, même inanimées, parce qu'elles sont les œuvres de Dieu, et les fruits, pour ainsi dire, de sa paternité'. Saint François d'Assise appelait toutes les créatures ses sœurs, et les invitait à bénir leur Créateur.
assez d'avoir fait de bons fondements , et qu'il faut en bâtir les appartements, en élever le toit, et puis la meubler; de même, pour Té lifice spirituel, il ne suffit pas d'en avoir jeté les fondements par une solide doctrine delà théologie scolastique, il faut achever l'ouvrage; il faut apprendre la manière de se corriger de ses défauts, de bien faire l'oraison mentale, de se garder des illusions, de pratiquer l'abnégation intérieure, de découvrir et d'arracher les plus secrètes fibres de l'amour -propre, de marcher sûrement par les degrés de la contemplation quand on y est attiré; or ce n'est pas la théologie scoiastique qui enseigne cela.
1 l^om. IX, 2-3 : Quoniam tiistitia mihi magna est et continuus dolor cordi meo. Optabam enim ego ipse anaUiema esse a Ghristo pro fratribus rueis, qui sunt cognati mei secundum carnem.
* Harphius, Mijst. l/ieol. 1. 2, c. 38, p. 3.
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lY. — La piété est nécessaire au directeur pour trois raisons principales : sans piété, le directeur court les plus grands risques pour son propre salut, et il devient une occasion de ruine pour les autres; avec la piété, au contraire, son ministère est pour lui et pour les âmes une source incomparable de grâces, et une cause très active de perfection.
En premier lieu, le directeur dépourvu de piété s'expose à perdre son âme.
En dehors de l'esprit de foi et de l'amour de Dieu, le commerce avec les âmes devient purement naturel. On s'attache ou l'on se dégoûte selon que l'on trouve de la satisfaction ou de la peine. En s'atlachant aux âmes pour sa propre jouissance, on retient un bien qui devait aller à Dieu , et l'on encourt les anathèmes de ce Dieu, extrêmement jaloux quand il s'agit des âmes. Si l'on se dégoûte, on néglige,, tout en s'y maintenant, des fonctions d'où dépendent la perfection et le salut de plusieurs, et l'on assume la responsabilité de leur vie tiède et de leur sort éternel.
Ce ministère, tout divin qu'il est par la fin qu'il poursuit et par la grâce qui l'accompagne, met en présence de tout ce qui peut troubler la pureté du cœur et éveiller les passions. La vertu elle-même ne triomphe pas aisément; sans vertu, il y aura des ruines. Tous les périls inhérents à la confession se rencontrent ici , et d'autres encore *. Les confidences de la direction ne livrent pas seulement le secret des chutes, des faiblesses et des tentations, ce qui déjà
* s. LiGuom, Prax. confess.: Introd. Et cum bonilatem dico, non hic intelligo illam solam naliitualem , quae siinplicem gratiae statum, sed positivam bonitatem, quœ ministrum Poenitentiae decet, cui tanquam nutrici duplex alimeutum opus est, unum ad sui, alterum ad prolis sustentationem... Débet emm tôt peccatorum ulcéra tractare, quin se deturpet ; cum mulieribus et adolescentibus saepe versari, earum confessiones de iis rébus, de quibus magnopere erubescunt, excipiendo, quia sibi aliquid damni evenisse sentiat.
conslilue un danger sérieux à ne regarder les choses qu'au point de vue naturel; mais elles révèlent encore les sentiments nobles et élevés , tout ce qui peut jaillir du fond de l'âme humaine, transformée par la grâce, de générosité déhcate, de pure tendresse, d'élans magnanimes. Ce sont là autant de charmes qui émeuvent, attirent, attachent le cœur; et le cœur, une fois captivé, glisse par une pente imperceptible de l'amour spirituel à l'amour naturel , et de celui-ci à l'amour charnel'. Seule la piété maintient dans la région de l'âme et des choses divines.
Indépendamment des périls qui tiennent aux fonctions et aux relations humaines, c'est une anomalie monstrueuse de pousser à la piété par son ministère, tandis qu'on en est soi-même dépourvu. « C'est une sorte de nécessité, dit saint Grégoire le Grand ^, pour ceux qui ont à dire des choses élevées, d'avoir à les montrer dans leur vie. » Et ailleurs^ : « Étrange abus, qu'on ose se faire le juge de la vie d'autrui, quand on ne sait pas régler la sienne. s> — € Chose monstrueuse, dit à son tour saint Bernard*, qu'une langue disant des magnificences, et des mains oisives, de beaux discours et des fruits nuls. »
Y. — En admettant que le salut du directeur ne soit pas essentiellement compromis par l'absence de piété, du moins le manque d'union à Dieu l'expose, au jugement du pieux Oher^, à quatre grands malheurs.
1 J. LoPEz EzQLERRA , Luc. myst., tr. 1, c. 5, n. 40 : Nec se reputet securuin ex eo quod fœminae sint valde spirituales, cum eisdem enim majori periculo se exponit , quia nimirum virtus ac sancta conversatio quamdam. addit fœminis amabilem pulchritudinem , quae, si familiariter tractentur, sensiiQ ad libidinis impuritatem alliciunt.
2 De Cura past. p. 2, c. 3 : Qui enim loci sui necessitate exigitur summa dicere, hac eadem necessitate compellitur summa monstrare.
3 Hom. 26 in Ev. : Durum est ut qui nescit tenere moderamina vitae suae, judex liât vilae alienae.
•» Consider. I. 2 : Montruosa siquidem res est, lingua magniloqua et manus otiosa, sermo multus, et fructus auUus. B L'Esprit d'un direct , art. 1, p. 15.
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(T Le premier est l'acception des personnes, dérèglement que Dieu condamne hautement dans l'Écriture sainte, et que l'apôtre saint Jacques ' en particulier nous représente comme tout à fait opposé aux principes de la foi. En effet, lorsqu'on regarde autre chose que Dieu dans la conduite des âmes, on entre aisément dans des vues humaines au sujet de la qualité des personnes, on a égard à la différence des conditions, on considère la diversité de leurs talents ; on a plus de condescendance pour les riches et les grands, et de sévérité pour les pauvres et ceux qui sont abandonnés; on écoute les uns et on rebute les autres; enfin on les traite selon qu'ils reviennent plus ou moins à notre humeur. Ainsi, comme on n'agit que par le mouvement de la nature, de l'inclination ou de l'amour-propre, qui s'attache à ce qui plaît, tout le travail devient inutile, et on n'aura aucun fruit ni pour soi ni pour les autres, ni dans le temps ni dans l'éternité, ni aucune bénédiction sur ses travaux.
« Le second malheur qui arrive aux dire'cteurs , lorsqu'ils ne regardent pas Dieu purement dans les âmes, est le mauvais usage et la perte du temps. Car, à moins que d'avoir Dieu uniquement en vue, on recherche ses petites satisfactions dans l'entretien des personnes que l'on conduit ; on se plaît à converser plus souvent avec celles pour lesquelles on se sent plus de tendresse ; on ne se lasse jamais de discourir avec elles; quelques moments qu'on est obligé de donner quelquefois aux autres, paraissent plus longs et plus ennuyeux que. les heures et les journées entières que l'on passe dans la compagnie des premières. On y tient mille discours qui ne regardent aucunement leur direction ni le bien des âmes... Ainsi les heures se passent, et ce temps si précieux qui doit être
* Jac. II, 1.
si cher à une âme fidèle, se consume très inutilement.
« Le troisième malheur est qu'à la suite des entretiens avec ces personnes que Ton conduit, et d'où l'on devrait sortir tout plein de Dieu, tout animé de son amour, tout porté à son service, on se trouve dans les dispositions contraires... De sorte que, par un renversement étrange, ce qui devait nous porter à Dieu nous en éloigne, ce qui devait nous éloigner de la créature nous y porte; et la direction, au lieu de servir à la perfection des directeurs et des personnes qu'ils dirigent, devient pour les uns et les autres l'occasion de leur perte, et un des plus grands obstacles à leur salut.
« Le quatrième malheur, suite inévitable des autres, est le dégoût de l'oraison, de la retraite, et de la plupart des exercices spirituels... Le canal des gTiàces, qui conduisait les eaux du salut pour les répandre ensuite sur les peuples, étant coupé et détourné, on voit les directeurs s'affaiblir, parce qu'ils ne reçoivent plus si abondamment les communications de cette première source, et les âmes insensiblement se dessécher, parce qu'elles n'ont plus le secours qu'elles devaient recevoir de notre ministère. »
VI. — La seconde conséquence, en effet, qu'entraîne l'absence de piété dans un directeur, est qu'il ne sauve pas les âmes, et que souvent il est cause de leur perle.
« Beaucoup se trompent quand ils prétendent connaître l'esprit sans l'avoir, » disait sainte Térèse *. Sans l'esprit de piété, on n'entend pas les âmes, on n'a pas l'intelligence des attraits, des besoins, des désirs qui les tourmentent, de leurs aspirations et de leurs plaintes : dès lors, comment les diriger? « C'est en vain, s'écrie saint Bernard^, qu'il écoute ou qu'il lit le cantique de l'amour,
1 Sa Vie par elle-même, ch. 13.
* Serm. 79 in Cant. : Frustra ad audieudum legendumve amoris Carmen, qui non amat acccdit, quoniam omnino non potest capere ignitum
celui qui n'aime pas; un cœur froid ne peut comprendre une parole enflammée. De même que le Grec n'entend pas* celui qui ne parle point grec, ni le Latin celui qui ne s'exprime point en latin, et ainsi des autres; pareillement la langue de l'amour est inconnue à quiconque n'aime pas; elle est à ses oreilles comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. »
Le commerce d'une âme refroidie avec des âmes ne peut qu'être froid : rien n'y activera le mouvement vers Dieu. Et si ce commerce devient intime et ardent, il est à craindre que ce ne soit au profit de la nature.
Et, en supposant que l'on entende encore et que l'on parle le langage spirituel, Dieu frappera de stérilité cette parole sans vie. « Vous ne parlerez jamais à un vrai homme de Dieu, dit le P. Guilloré', que vous n'en soyez embaumé, et que vous n'en sentiez une divine baleine qui vient de l'onction de l'esprit de Jésus, dont son cœur est plein, et dont il porte partout l'odeur et le parfum; à peu près comme il vous arrive de sentir l'haleine parfumée d'une personne qui vous parlerait, ayant dans la bouche un anis musqué.
« Il y en a d'autres qui tiennent bien le même langage, mais qui ne touchent pas plus qu'un timbre qui résonne ; ce sont des gens qui n'ont que de froides lumières et un cœur glacé, qui traitent les choses spirituelles d'une spéculation sèche, et qui en demeurent à des termes beaux et choisis, ne laissant dans les esprits que de vaines ^t superbes conceptions de spiritualité, d
Que deviennent les âmes sous une telle direction? Le
doquiiim frigidum pectus. Quomodo enim graece loquentem non iatelligit qui graecum non novit, nec latine loquentem qui latinus non est, et ita de caeteris ; sic lingua amoris ei qui non amat barbara , eritque sicut aes sonans aut cymbalum tinniens.
» Max.sp., 1. 1, m. 8, § 1.
plus souvent elles languissent et s'étiolent comme les plantes privées de soleil et de rosée. L'instrument qui devait porter la lumière, le canal destiné à répandre la grâce venant à manquer, les âmes restent dans l'ombre et l'aridité. Heureuses encore quand ces agents infidèles, qui tarissent en elles la sève divine, n'y éveillent pas les convoitises maudites, pour aller et mener à la perdition.
Le péril devient plus imminent, lorsqu'on n'admet sous sa conduite que les personnes du sexe. « Il se rencontre des directeurs, remarque un grave auteur espagnol', qui ne s'occupent que des femmes et des religieuses, comme si les hommes n'avaient pas d'âme ou qu'ils fussent absolument étrangers à toute direction spirituelle, bien que cependant leur esprit ait plus de vigueur que celui des femmes, et qu'il n'y ait pas de danger à les conduire et à les gouverner. »
VIL — Autant la direction qui manque de l'arôme de la piété est stérile et dangereuse, autant celle qui en est embaumée est féconde en fruits de salut.
Un directeur pieux aura du zèle pour porter les âmes à la perfection; il les poussera par ses exhortations et ses conseils, il les aidera de ses prières.
Quand les âmes reconnaissent un homme de Dieu, elles accourent à lui. Une sorte d'instinct les conduit et les
* J. LoPEZ EzQUERRA, Luc. myst. tr. 1 , c. 5 , n. 42-43, p. 13 : Non débet igitur magister affabiliorem se ostendere uni quam alteri, nec magis ferri in directionem fœminarum quam virorum, quia sunt nonnulli ita directioni fœminarum vel monialium dediti, quasi viri spiritum non haberent, vel a spirituali directione prorsus alieni, quando quidom eonmi spiritus capaciores sunt spiritibus mulierum, et possunt absque periculo dirigi et gubernari. Hos profecto movet occulta luxuria et fucata libido, quae sensim eos in ruinam et praecipilium trahet... Qui autem aequali anime et nuUa sexus facta differentia directionem libère exercens, œqualiter viris et mulieribus assistant, et quantum in ipsis est, plus veliut viros quam fœminas dirigere.
guide, et le même attrait qui les appelle à Dieu les incline vers celui qui sera pour elles l'organe de ses volontés et l'instrument de ses bénédictions. En parlant des deux termes qui s'unissent dans la perfection, Dieu et l'âme, nous avons signalé l'attraction mystérieuse qui les pousse l'un vers l'autre. Or c'est le plan providentiel que Dieu se donne aux âmes, et que les âmes aillent à Dieu par le ministère sacerdotal. Dieu et les âmes recherchent donc avec une égale avidité, l'intermédiaire fidèle qui doit les réunir. Aussi, dès qu'il paraît, Dieu lui livre tous ses dons, et les âmes lui apportent toutes leurs tristesses; il est l'homme de Dieu et l'homme des âmes. <r Que les hommes nous regardent, disait saint Paul', comme les ministres du Christ et les dispensateurs des mystères divins; or, parmi les dispensateurs, ce qu'on cherche, c'est d'en trouver de fidèles. î> Seul le directeur pieux rempht ces conditions de fidélité envers Dieu et envers les âmes.
VIII. — Lui-même s'avance à grands pas dans les voies de la perfection , lorsqu'il travaille avec piété à y conduire les autres.
La rencontre des âmes, leurs douleurs, leurs luttes, leurs efforts , leurs aspirations , lui donnent un sentiment plus vif de son âme, et du besoin qu'elle a de Dieu. Dans la marche et l'ascension qu'il dirige, les autres l'excitent, le soutiennent, et ce spectacle le défend contre le ralentissement et le repos. Ces âmes, en quelque sorte les filles de son âme, transformant leur reconnaissance affectueuse en prière, appellent sur elle les bénédictions divines. Di'^u enfin, dont la bonté l'emporte sur la gratitude humaine, repose sur son ouvrier ce regard de complaisance, qui multiplie la grâce et en assure le fruit. La parole de
1 I Cor. TV, 1-2 : Sic nos existiœet homo ut ministros Christi et dispeas;itores mysteriorum Dei. Hic jam quaerilur inter dispensatores ut fidelis quis invenialur.
l'Apôtre' se réalise pleinement ici : « La piété est utile à tout; elle a les promesses de la vie présente et de la vie future : y> de la vie présente, par la grâce reçue et le bien accompli; de la vie future, par la récompense éternelle qui en sera le prix.
1 / Tira, iv, 8 ; Pietas autem ad omnia utilis est, promissiouem habens vitae quae nunc est, et futurae.