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CHAPITRE XXXIX

PREMIER MOYEN EXTÉRIEUR : LA DIRECTION

4° QUALITÉS d'un DIRECTEUR 3. — Le zèle.

Le zèle est nécessaire au directeur. — Oualités du zèle : il doit être pur de toute intention humaine et désordounee. — Les signes de l'intentioa pure. — Les motifs surnaturels. — Le zèle doit être éclairé. — Il doit être patient. — La patience n'exclut pas la fermeté.

I. — Le zèle est comme la flamme de la piété, et sans ce rayonnement extérieur, un directeur ne sera jamais réputé pieux. Ce signe, ce témoignage de la ferveur intérieure est presque aussi nécessaire dans le prêtre que la piété elle-même.

On n'arrive à la perfection que par la charité, qui en fait l'essence. Comment allumera-t-on dans les âmes ce feu sacré, si on ne l'a pas en soi-même?

La faiblesse humaine a besoin de stimulant pour se porter vers les choses spirituelles, et ce stimulant ne peut provenir que du zèle. Un directeur indifférent laissera les âmes marcher ou se mlentir à leur guise : ce qui revient à l'absence de direction dans les voies du salut.

Cette intervention sensible et active de la part du directeur est d'autant plus nécessaire, que le démon et le monde font tous leurs efforts pour détourner les âmes de Dieu. Il faut opposer à ces influences maudites une action contraire : cette action, c'est le zèle qui la produit, c'est le zèle en exercice.

Rien n'est plus agréable à Dieu que d'employer ses soins au salut des âmes ' ; car c'est le but que sa bonté a eu en vue dans toutes ses œuvres*. « Dans le travail de la création , remarque Pierre de Blois ^, on ne voit intervenir personne qui aide l'Esprit du Seigneur ou lui serve de conseiller. Mais dans le mystère de notre rédemption, il a voulu avoir des coadjuteurs. Le prêtre est cet aide du Rédempteur et le conseil de l'Esprit-Saint, qui fait rentrer en grâce les pécheurs. j> Le prêtre s'identifie avec Jésus- Christ à l'autel, mais il consomme son union par la part qu'il prend au salut des âmes, qui est, avec la louange et la gloire de son père, l'objet capital de la médiation du Sauveur *.

Comme représentant de Dieu, coopérateur de Jésus- Christ, guide et tuteur des âmes, le directeur spirituel doit donc avoir le zèle.

IL — Ce zèle doit être pur, éclairé et patient.

Le zèle tire son caractère de l'intention qui l'anime. La

1 s. J. Chrysost. Hom. 3 in gen. : Nihil tam studiose aflectat Deus et tam illi gratuni ut salus animarum.

2 Clément d'Alex. Admonit. ad gent. : Nihil aliud est Domino curae, praeterquam hoc solum opus , ut homo salvus fiât.

3 In verba Ps. 48, v. 13 : In opère creationis non fuit qui adjuvaret spiritum Domini aut consiliarius ejus esset. In mysterio vero redemptionis nostrae voluit hahere coadjuteres. Est ergo sacerdos coadjutor Redemptoris, consiliarius Domini sabaolh, cujus consilio offensi redeant in graliam.

* S. Laurent Jdstinien, De compl. Christ, perf. : Attende quid in adventu suo fecerit mediator, et nihil in eo reperies nisi paterni honoris et sajutis animarum zelum.

398 MOYENS EXTERIEURS DE PERFECTION : l^" MOYEN

pureté exclut tout motif de sensualité, de vanité, d'ambition et d'intérêt.

On doit aimer les âmes, non pour la jouissance qu'elles peuvent donner, mais uniquement pour les conduire à Dieu. « Si les âmes te plaisent, aime-les en Dieu, se disait saint Augustin' parlant à son âme, car par elles-mêmes elles ne sont qu'instabilité; ce n'est qu'en Lui qu'elles deviennent fixes et stables; s'il ne les soutenait, elles disparaîtraient et retomberaient dans le néant. Ne les aime donc qu'en Lui, et tâcbe d'entraîner avec toi-même vers Lui toutes celles que tu pourras, et dis-leur : Aimons-le, aimons-le; c'est Lui qui a fait tout ce que nous voyons, et il n'est pas loin de nous. :t> Comme le remarque ailleurs le même saint-, ceux qui conduisent les brebis de Jésus- Christ comme si elles étaient à eux et non à Jésus -Christ, prouvent que c'est l'amour d'eux-mêmes et non celui de Notre-Seigneur qui les inspire. Que ce soit pour les jouissances de l'affection naturelle ou pour les satisfactions de l'amour-propre , détourner ainsi vers soi les âmes que le Sauveur réclame impérieusement, est un vol sacrilège, selon le mot de saint Laurent Juslinien^

C'est encore une profanation plutôt qu'un ministère sacré de se faire du soin que l'on paraît donner aux âmes un moyen pour s'élever aux dignités que l'on convoite.

Enfin le seul lucre auquel il soit permis d'aspirer dans

1 Confess. 1. 4, c. 12 : Si placent animae, in Deo amentur, quia et ipsce rautabiles sunt , et in illo fixae stabiliuntur, alioquin irent et périrent. In illo ergo amentur, et râpe ad eum tecum quas potes, et die eis : Hune amemus, hune amemus; ipse fecit liaBC. et non est longe.

2 Tract. 123 in Joann. : Qui hoc animo pascunt oves Christi , ut suas velint esse, non Christi, se convincuntur amare, non Christum.

3 De compl. Christ, perf. : Optimum et acceptahile Deo opus est pro honore ipsius utilitatibus animarum insistere, illarumque continuum fructum spiritualem acquirere, non sibi sed Domino. Qui enim quidquid sibi vindicat quod debetur Christo, fur et latro est, eo damnabilior quo Deo chariora praedatur.

le travail du zèle est celui des âmes, de se sauver en sauvant les autres ^

III. — Le signe de l'intention pure est qu'on ne lait acception de personne et que l'on se donne indistinctement à tous, comme l'Apôtre ^, pour les sauver tous. L'intention humaine , au contraire, se trahit par les préférences accordées à certaines personnes, par le désir d'une clientèle nombreuse et choisie , par l'ennui d'avoir perdu tel pénitent ou telle pénitente, par la recherche exclusive des femmes.

IV. — Pour rendre l'intention surnaturelle, il faut l'animer d'un motif tiré de la foi. Trois principaux motifs semblent vivifier le vrai zèle sacerdotal : la charité envers Dieu, l'amour des âmes, le désir de la réparation.

Le zèle, dit saint Thomas^, provient de l'intensité de l'amour. L'amour de Dieu fait que l'on veut étendre son règne sur toute créature, et écarter tout ce qui porte atteinte à sa gloire.

La charité envers le prochain produit un effet semblable. Elle n'est que l'extension de la charité divine, et elle poursuit le salut des âmes avec une vivacité égale à l'amour supérieur où elle prend sa source.

Le besoin et le désir de réparer des fautes et des scandales peuvent aussi inspirer la sainte activité du zèle. On veut contraindre en quelque sorte Dieu à oublier les injures reçues par les louanges qu'on lui procure, et le mal causé aux âmes par le bien que l'on s'efforce d'accomplir.

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