‹ L'ascétique chrétienneChapitre 76 sur 100 · MOYEN : RÈGLEMENT DE VIE · texte numérisé non relu

MOYEN : RÈGLEMENT DE VIE

par sa conduite, qui veut l'ordre dans la paroisse, et qui vit sans règle? Il détruit d'une main ce qu'il édifie de l'autre. La paroisse sera bientôt dans le désordre comme son Pasteur! Combien de fonctions déplacées et mal faites! combien de temps perdu ! quel vide dans sa vie ! Il ne se lève qu'après avoir donné à la paresse les moments si précieux du matin; il se couche plus tôt ou plus tard suivant la durée des plaisirs de table, ou suivant l'attrait du sommeil; il ne prie, il ne lit, il n'étudie que quand il i trouve un certain goût sensible ; il garde la chambre par mauvaise humeur ou parce qu'il ne sait où aller; il diffère indiscrètement la récitation du bréviaire, la visite des malades, la composition de ses instructions; sa vie n'est qu'une suite de ses caprices, un effet de l'humeur et de la volonté propre; il ne peut rien attendre de Dieu, qui n'est presque jamais la règle et la fin de ses actions.

« Mais un prêtre fidèle à son règlement édifie son peuple par sa régularité, soutient ses instructions par ses exemples; le temps lui paraît d'un grand prix; il en ménage les moments, il les distribue judicieusement pour y placer avec ordre tous ses exercices spirituels, toutes les fonctions de son ministère; ses jours sont tous pleins, ils sont tous consacrés au besoin de son troupeau; il a fait à Dieu un sacrifice continuel de ce qu'il a de plus cher, de ses inclinations et de sa propre volonté; et par ce sacrifice il louche le Seigneur, il en obtient les secours les plus abondants pour soi-même et pour la sanctification de son peuple. Le règlement de ce Pasteur renferme les pratiques propres à chaque jour, à chaque semaine, à chaque mois et à chaque année. »

IV. — Les personnes qui vivent dans le monde ont aussi besoin d'un règlement de vie, si elles veulent se préserver et avancer.

Son premier objet doit être de déterminer la part de la

piété, c'est-à-dire : le temps, la durée et la forme des exercices religieux, selon la condition, les habitudes et les attraits; les prières, les méditations, les examens, les lectures de chaque jour; dans la semaine, le mois ou l'année, ce qui concerne la communion, la confession et la direction, les retraites et les revues; en un mot, les pratiques journahères, hebdomadaires, mensuelles, annuelles.

Il établira la régularité dans le lever et le coucher, qui sont deux points de grande conséquence dans l'ordre d'une journée'; dans les occupations prévues et normales, dans les repas et les délassements, dans les rapports avec les personnes qui vivent sous le même toit et avec celles du dehors, enfin, autant que cela est possible, jusque dans les incidents inattendus, en prévoyant les dispositions où l'on s'efforcera de tenir son âme.

Il n'est pas facile de tout préciser comme on le fait dans les cloîtres. Les imprévus de la vie séculière exigent é\idemment une certaine latitude. Le principe est que l'on règle ce qui est susceptible de l'être, et dans la mesure convenable.

V. — Une observation de la plus haute importance est qu'il faut tout subordonner aux devoirs d'état, tout hors le salut, même les prières et les pratiques de la piété. Ces obligations principales servent de cadre à toutes les autres. Un père et une mère doivent avant tout, Dieu et l'àme exceptés, s'occuper de leurs enfants cl leur assurer une éducation chrétienne. Une femme mariée doit être aux devoirs de la vie conjugale et domestique, un serviteur aux offices auxquels il s'est engagé, un magistrat aux soins de la justice,

1 s. Fhakç.ois de Sales, InlrocL, 3« p., ch. 23 : Je pense que c'est un soin vertueux de prendre son sommeil devers le soir à bonne heure , et de faire son lever de bon matin : certes, ce temps -là est le plus gracieux, le plus doux et le moins embarrassé ; les oyseaux mesraes nous provoquent en iceluy au réveil, et aux louanges de Dieu ; si que le lever matin sert à la 'Mrité et à la saincteté.

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