MOYEN : BÉGLEMENT DE VIE
un commerçani à son négoce , un médecin à ses malades, et ainsi de suite des diverses situations et professions.
Il faut encore que la règle de la vie soit accommodée aux occupations, aux dispositions d'esprit et au tempérament, aux forces du corps et principalement au degré de perfection et aux attraits de la grâce.
Ecoutons à ce sujet saint François de Sales ' :
« Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs friiicts chascim selon son genre, ainsi commande-t-il aux chresliens, qui sont les plantes vivantes de son Eglise, qu'ils produisent des fruicts de dévotion un chascun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit estre différemment exercée parle gentilhomme, par l'artisan, par le valet, par le prince, par la vefve, par la fille, par la mariée : et non seulement cela, mais il faut accommoder la practique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Je vous prie, Philothée, seroit-il à propos que l'evesque voulust estre soHtaire comme les Chartreux? Et si les mariez ne vouloient rien amasser non plus que les Capucins, si l'artisan estoit tout le jour à l'église comme le religieux, et le religieux tousjours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme l'evesque, cette dévotion ne seroit-elle pas ridicule, déréglée et insupportable? Cette faute neantmoins arrive bien souvent, et le monde, qui ne discerne pas ou ne veut pas discerner entre la dévotion et l'indiscrétion de ceux qui pensent estre dévots, murmure et blasme la dévotion, laquelle neantmoins ne peut mais de ces desordres. Non, Philothée, la dévotion ne gaste rien quand elle est vraye, ains elle perfectionne tout, et lorsqu'elle se rend contraire à la légitime vocation de quelqu'un, elle est sans doute fausse. »
Puisque la dévotion s'accommode ainsi avec chaque con-
1 Inlrod., 1" p., ch. 3, p. 37.
dilion, il faut qu'au lieu d'en troubler l'ordre, elle lui soit une aide, et par conséquent que les devoirs propres à chacune soient les premiers inscrits et assurés dans le plan de vie que l'on se trace.
VI. — Une fois ce règlement arrêté, il faut s'y tenir sans scrupule, mais avec fidélité. L'enfreindre par immortification et caprice, c'est renoncer aux bienfaits qu'il procure et s'exposer aux périls dont il préserve.
Cela ne veut pas dire que l'on doive être esclave de la lettre. Il peut survenir des raisons qui justifient les dispenses et autorisent, commandent même des modifications. Quand les circonstances varient notablement, il est tout naturel que les règles de la vie en subissent elles-mêmes le contrecoup.
Les raisons les plus ordinaires de ces changements sont un mal à éviter, un plus grand bien k réaliser, l'édification du prochain, une utilité appréciable au spirituel et môme au temporel.
Mais, dès que la cause de l'interruption a cessé, il faut se remettre sous la sauvegarde du règlement que l'on s'est prescrit.
VIL — Ce règlement doit être concerté avec le directeur et approuvé par lui , et de temps en temps il convient de lui rendre compte de la fidélité avec laquelle on s'y conforme et des infractions que l'on aurait à se reprocher. Si l'expérience ou des situations nouvelles exigeaient des changements, c'est encore au directeur que l'on devrait en référer: on se donne ainsi la garantie du conseil et le mérite de l'obéissance.