TROISIÈME MOYEN EXTÉRIEUR : LES AUSTÉRITÉS
Notion. — Elles témoignent de la bonne volonté. — Elles matent la chair. — Elles associent au divin Crucifié. — Danger d'exténuer le corps. — Estil permis d'abréger sa vie par les rigueurs de la pénitence? — Péril des vaines complaisances. — Les mortifications les plus fructueuses sont celles qui s'attachent à la condition de chacun. — Les austérités volontaires les plus recommandables sont celles que l'Église a coutume d'imposer.— Les pèlerinages. — Le silence. — Le cilice et la haire. — Les chaînes : ceintures, bracelets. — La flagellation et la discipline. — L'exercice de la pénitence relève de la direction. — Prudence avec laquelle doit procéder le directeur. — La mortification des sens convient à tous indistinctement.
I. — Par austérités, nous entendons les pratiques extérieures qui ont pour but de mortifier la chair. Que ces rigueurs volontaires soient inspirées par le regret des pé- \ chés commis ou par une sage prévoyance qui tient le corps ' en servitude, elles procèdent de l'esprit de pénitence.
Nous n'avons pas à démontrer ici la nécessité de la mortification pour la vie chrétienne ' et en particulier pour la perfection 2. Il suffit à notre dessein d'indiquer le rapport des œuvres extérieures de pénitence avec la perfection.
1 Gai. X, 24 : Qui autem sunt Christi , carnem suam crucifi-xerunt cuni vitiis et concupiscentiis.
* Voir cil. 12, de la Sensualiié, p. 115.
II. — Le caractère de ces austérités étant d'être volontaires, elles témoignent tout d'abord en faveur de la bonne volonté. La gêne, la souffrance sont difficiles à soutenir, et la plupart des hommes ne les subissent que parce qu'ils ne peuvent s'y soustraire. Quand donc on a le courage, non seulement de les accepter, mais de se les infliger soimême à soi-même, il y a dans cet acte pris en soi un indice que l'on veut être sincèrement à Dieu et que, pour
\^devenir parfait, on est décidé à combattre les convoitises déréglées, puisque l'on va au delà de ce qui est rigoureusement exigé.
III. — Un autre effet plus appréciable des austérités est ^ qu'elles matent le corps, et, selon la belle expression de
saint PauP, le réduisent en servitude. La chair tend à dominer aux dépens de l'âme, et pourtant c'est l'àme qui doit commander. Par les privations et les châtiments, on le ramène à l'ordre, on le remet à sa place, il redevient ce qu'il doit être, l'esclave, et non le maître.
IV. — Mais l'efficacité la, plus directe de ces mortifications volontaires vient de ce qu'elles unissent et associent au diyin^ Rédempteur. Jésus-Christ a racheté~Iënrnondë~parTa souflVance volontaire, et en Lui tout, jusqu'à la mort, a été subi librement. C'est un des plus ardents désirs de son cœur de prolonger cette expiation, non plus en sa chair, qui n'a plus rien de passible , mais dans ses membres mystiques, soumis encore à la loi de la mortalité. Les âmes les plus aimantes entrent dans ces dispositions et permettent à l'adorable Victime de souffrir encore en elles, disant avec saint Paul- : « J'accomplis dans ma chair ce qui manque
^ à la passion de Jésus-Christ. »
Si cette association est sincère , rien ne saurait concourir
' / Cor. IX , 27 : Casligo corpus ruoum et in servitutem redigo. ' Col. I, 24 : Adimpleo ea quae desunt passionum Christi in carne mea, pro corporeejus, quod est Ecclcsla.
plus efficacement au dégagement de la créature, et à l'union avec Dieu qui fait la perfection.
V. — Le croirait-on? il peut s'attacher des dangers à ces pratiques de pénitence.
Le premier est celui d'exténuer le corps au delà des limites. Les mortifications qui ne sont pas réglées par la prudence épuisent les forces, et souvent , pour n'avoir pas su se modérer, on en vient à ne pouvoir plus soutenir les pénitences les plus communes et les devoirs les plus ordinaires de la vie chrétienne. Il vaut mieux tenter moins, et maintenir d'une manière constante l'empire de l'âme sur le corps.
« Généralement, dit saint François de Sales', il est mieux de garder plus de forces corporelles qu'il n'est requis, que d'en ruiner plus qu'il ne faut. Car on peut tousjours les abattre quand on veut, mais on ne les peut pas reparer tousjours quand on veut. »
VL — En admettant que par l'énergie de la volonté on persévère dans ces rigueurs, est-il permis de les pousser jusqu'à abréger sa vie? Les mondains répondent hardiment qu'il y a là un crime. Les théologiens sont moins affirmatifs et commencent par distinguer. Si l'on se livrait aux macérations avec l'intention expresse et directe de hâter la mort, il y aurait certainement matière à péché mortel. Refuser, par exemple, toute nourriture ou en prendre à peine, s'imposer un travail excessif, exercer sur son corps des cruautés qui le déchirent et le brisent, et cela pour en finir avec la vie, c'est tout simplement un suicide, que l'on soit chrétien ou non, que l'on donne à ces actes les apparences de la pénitence ou tout autres ^
» Inlroduct., 3e p., ch. 23.
2 Carrière, de Justitia, n. 855, t. 2, p. 473 : Scd posito quod reip?a, sive ex ausleritatum extraordinario rigore, sive ex dtbili valetudiae subjecti, vila brevianda sit, quid senliendum? Haec occurrunt apud Bene-
Il n'en est pas de même s'il s'agit d'embrasser un genre de vie dont les austérités auront pour effet probablement, sûrement si l'on veut, d'abréger la vie, non pour ce résultat, mais en se proposant une fin surnaturelle de perfection et de salut. Non seulement cela est licite, c'est encore louable et méritoire.
Mais, comme l'observe Benoît XIV*, il n'est nullement certain que les abstinences et les autres austérités, telles qu'on les pratique dans la vie religieuse, ou même celles que tant de saints ont exagérées, s'il est permis de parler de la sorte, aient cet effet de bâter la mort : l'extraordinaire longévité de plusieurs de ces saints, comme saint Paul l'Ermite, saint Antoine, saint Hilaire, et d'une multitude d'anachorètes et de religieux tendrait plutôt à prouver le contraire. Les excès de table ou de travail que l'on ne songe pas à réprouver font périr plus de monde que les rigueurs de la pénitence chrétienne^.
Ajoutons avec Alvarez de Paz ^ que Dieu appelle parfois certaines âmes à des austérités qui peuvent paraître exces-
dict. XIV, de Bentif. I. 3, c. 29, n. 6. Si quis eas austeritates adhibeat ut moriatur, vel ut terminum vilœ breviorem sibi constituât, communis est senteiitia theologorum id illicitum esse, et sine gravi peccato fieri non posse. Sed seclusa ea intentione, si quis asperum vitae genus amplectatur ob finem supcrnaturalem , ut Dec videlicet inserviat , ut concupiscentiam Iraenet, etsi prsevideat illud sibi esse mortem acceleraturum , vera est theologorum sententia id licite et cum merito fieri posse.
1 De Béatifie. 1. 3, c. 29 , n. 4 : Primo docent theologi assumentem immodicas abstinentias , et similia, ut moriatur, velut breviores sibi constituât naturales vitae terminos, graviter peccare. Secundo, probabile est, non tamon certum, ex dictis, et abstinentiis similibus eosdem terminos abbreviari, ut ex Hippocrate coUigitur; quin etiam S. Paulus primus eremita aliique rigidissimi pœnitentes vitam longius produxerunt. Tertio, licitum, et meritorium est amplecti asperum vitœ genus ob finem supernaturalera, licet inde mors celeiius adventura prœvideatur, dummodo non intendatur.
2 Platus, de Bono slalus religiosi p. 3, c. 28.
3 De Vita spirit. t. 3, p. 1247 : Aliqui ad extraordinarium vitae modum et ad magnas corporis aillictationes vocantur, qui per gratiam multum supra naturam et supra communes homines possunt, quos oporlet suscipcrc et regulis communibus non obligare.
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sives, à en juger par la loi commune; mais il donne aux directeurs des marques de sa volonté, et aux sujets des forces qui les élèvent au-dessus de la nature.
Le danger des mortifications corporelles se rencontre seulement en celles qui sont indiscrètes, qui ne sont pas réglées par la prudence et une sage direction'.
VII. — Le danger que nous venons de signaler regarde le corps : un autre plus grave, qui touche à l'âme, est de nourrir Famour-propre.
La nature humaine est ainsi blessée par le péché qu'elle n'évite un écueil que pour tomber dans un autre. Le triomphe de l'âme sur le corps jette dans une vaine satisfaction, surtout quand on se compare à la foule si avide de jouissances, si attentive à éviter les privations et la douleur. Au lieu d'imprimer à la pénitence le cachet de l'humilité, on se complaît en soi-même et l'on se j) réfère aux, autres, ce qui est le propre de J/orgueil. Mieux vaudrait l^ëstërplus bas pour ne pas trouver dans sa vertu l'occasion de s'élever contre Dieu.
Ces vaines complaisances sont souvent punies de chutes profondes qui remettent sous le joug humiliant des passions sensuelles. On a vu de prétendus pénitents qui frappaient le vulgaire par l'ostentation de leurs austérités, et se livraient en secret aux turpitudes charnelles.
Un des signes de la pénitence orgueilleuse et fausse est la sévérité à juger les autres et la confiance en sa propre vertu. C'est l'inverse de la pénitence humble qu'inspire l'esprit de Dieu 2.
^ Carrière, de Just. n. 853, p. 474 : Agnoscunt tamen auctores illud non intelligendum de austeiitatihus immodicis , quae non essent secundum prudentiae régulas ordinatae , et praesertim quae absque obedientiae subsidio et sapientis directoris consilio fièrent; si enim sanitati nolabiliter officiant, et sint manifeste occisivae, in his non currit motivum virtutis, sed potius ab^unt exercitio virtutum.
8 Bo>"A, Principia vitse christ. § 38, p. 67 : Qui hoc spiritu (divino)
VIII. — Après ces reflexions sur l'utilité et les abus des macérations corporelles, indiquons les principales formes que ces rigueurs peuvent revêtir.
Il faut placer en première ligne les pénitences qui s'attachent à la condition, comme les travaux, les veilles, les privations, les infirmités que la divine Providence impose. Par elles-mêmes, ces peines, provenant du genre de vie auquel on est astreint, semblent différer des austérités dont nous parlons, et qui ont pour caractère d'être spontanées. Mais par l'acceptation que l'on en fait, elles prennent le mérite des actions libres, et apportent avec elles une plus grande certitude qu'elles plaisent à Dieu, parce qu'elles procèdent de sa divine volonté, non de notre choix.
Les exercices de la vie religieuse gardent particulièrement l'empreinte des pénitences volontaires, puisqu'on les a embrassées volontairement et dans le dessein d'y assujettir la chair à l'esprit. Saint François de Sales, et à sa suite Bossuet, qui fut un grand directeur, avaient pour règle de conduite de peu conseiller et permettre des austérités de surérogation aux religieuses, leur répétant que la parfaite observation des règles monastiques devait leur suffire, à l'exemple du bienheureux Berchmans, dont la maxime favorite était : « La vie de règle est ma plus grande pénitence. »
IX. — Parmi les austérités que l'on choisit soi-même, les plus recommandables sont celles que l'Eglise a coutume d'imposer.
C'est d'abord la prière. Tandis qu'elle nourrit l'àme en ouvrant sur elle la source de la grâce, la prière fatigue le corps et l'assujettit. Elle exige la vigilance et l'effort de l'esprit pour prévenir et contenir les distractions, et, par
imbutus e.>t, peccata sua aote oculos habet, aliéna post tergum; de suis dolet, aliéna non respicit; sua casligat, aliéna excusât. Periculum timet in quibus versatur, quae multa suntet assidua observalione praecavenda.
une suite du péché originel, ce qui devrait délecter l'homme lui est un travail. En outre, la prière doit accompagner, du moins par la disposition intérieure du cœur, toutes les pénitences extérieures, pour les vivifier et les diriger vers Dieu.
Le jeûne a toujours été en grand honneur parmi les pratiques de pénitence et de religion, et de temps immémorial l'Église chrétienne a coutume de l'imposer aux fidèles pendant tout le carême, à certains jours et en certaines circonstances. Le corps vit et prospère par la nourriture : en lui retranchant ou en diminuant les aliments, on l'affaiblit, on le contient, on le soumet au joug.
L'abstinence accompagne le jeûne. On entend ce mot du retranchement de la viande, mais l'abstention peut s'étendre à tout ce qui flatte le goût, donne de la vigueur au corps ou surexcite sa sensibilité, comme le vin et les boissons enivrantes.
En général, il n'y a pas de vraie pénitence, si elle n'atteint pas le goût, le manger et le boire; la tempérance suppose, non seulement la mesure, mais aussi l'abstention; à plus forte raison la pénitence.
Les prescriptions liturgiques recommandent certaines attitudes comme favorables à la supplication humble et pénitente : les plus communes sont de se tenir à genoux , d'étendre les bras, de se prosterner.
Les veilles étaient autrefois régulièrement pratiquées aux jours que nous appelons encore les vigiles des fêtes. Les fidèles passaient la plus grande partie de la nuit à chanter les louanges de Dieu. Ces pieuses coutumes revivent aujourd'hui dans les adorations nocturnes du Saint -Sacrement.
X. — Les voyages étaient encore dans les âges de foi une des formes de la pénitence, mais les pèlerinages t'uits à pied et en demandant l'aumône. On allait surtout
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à Jérusalem, à Rome, à Compostelle en Galice pour honorer saint Jacques le Majeur, cà Tours au tombeau de saint Martin.
XI. — Toutes les règles monastiques inscrivent le silence parmi les prescriptions destinées à réduire la nature et à favoriser la prière. « Soyez persuadées, chères âmes, disait Bossuet ' parlant à des religieuses, qu'en gardant fidèlement le silence, vous serez victorieuses de toutes vos passions et qu'en peu de temps vous arriverez à la perfection. » La vertu du silence est de contenir la langue, qui est pour l'homme une source intarissable de péchés, et, comme l'intempérance de la langue est très difficile à réprimer, le silence constitue une des pénitences les plus austères et les plus méritoires ^
XII. — Les pénitences ducs à l'initiative individuelle ne sauraient s'énumérer. Les saints ont toujours été ingénieux cà tourmenter le corps, afin de le réduire; ils usaient de mille industries pour éluder l'inexorable loi du sommeil et de la nourriture, ou la ramener du moins au strict nécessaire, et plus d'une fois ils semblent sortir des limites de la prudence humaine. Sans jeter aucun blâme sur des excentricités gui peuvent procéder de l'esprit de Dieu, on ne doit pas les proposer à l'imitation. Nous ne mentionnerons ici que les pénitences traditionnelles dans le monde de la piété.
Le sens du toucher est le siège principal du plaisir : on le mortifie par un contact qui l'irrite et l'émousse. Les vêtements rudes et grossiers obtiennent immédiatement ce but.
Le cilice a toujours été signalé chez tous les peuples parmi les instruments de pénitence. C'est un tissu fait de poils rudes et piquants et que l'on porte sur la chair.
1 Instr. aux relig. Ursulines de Meaux : sur le silence, t. 5, p. 219. ' BosA, Pnncipia vits Christian. § 8, p. 78 : Sapienlisslmus est qui Bcit tacere, difficilius est eteuira nosse tacere, quam loqui.
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Généralement il se compose de deux carrés reliés par deux bandes, comme unscapulaire, et qui retombent l'un sur le dos, l'autre sur la poitrine. Parfois c'est une tunique étroite qui serre tout le haut du corps : c'est le sac donc il est si souvent parlé dans l'Écriture. Il y en a aussi en forme de ceinture. Agaçant pendant le jour, cet habit de poils le devient davantage pendant la nuit et rend le sommeil difficile.
La haire, sorte de cilice, est une chemise ordinairement sans manches, faite de crins de cheval, ou de chanvre et de crins tissés ensemble, cr La haire, observe saint François de Sales', matte puissamment le corps, mais son usage n'est pas pour l'ordinaire propre ny aux gens mariez, ny aux dehcates complexions, ny à ceux qui ont à supporter d'autres grandes peines. Il est vray qu'es jours plus signalez de la pénitence, on la peut employer avec l'advis du discret confesseur. »
XIII. — Les chaînes métalliques sont souvent employées comme engins de pénitence. Ce sont des treillis en fil de fer, de cuivre ou de tout autre métal, dont les pointes sont retournées en saillie, et c'est par ce côté des pointes qu'on les applique et les fixe sur la chair, à la ceinture, aux bras et aux jambes, d'où le nom de ceintures et de bracelets.
XIV. — La discipline est aussi célèbre et d'un usage plus étendu.
On appelle ainsi un fouet destiné à flageller le corps. Elle est en fer ou de cordes. La première se compose d'un faisceau de chaînettes terminées en pointes et réunies à une chaîne qui sert à les brandir. L'autre se fait avec des cordes nouées et armées quelquefois de pointes de fer. La forme et la matière importent peu.
1 Introd.fZo p., ch. 23. d. stoû.
La flagellation peut être faite par une main étrangère ou par chacun de sa propre main. La première sorte a été en usage chez tous les peuples comme châtiment. Elle faisait partie des corrections infligées aux moines dans les anciennes règles monastiques.
Le souvenir de la flagellation du Sauveur n'a pas peu contribué sans doute à accréditer ce genre de pénitence. Cependant on ne le voit apparaître qu'au moyen âge. A cette époque, les flagellants', qui dégénérèrent en hérérétiques, se frappaient souvent les uns les autres en public. Sous cette forme, la flagellation offre plus d'un péril. Sur quelque partie du corps que la main étrangère l'e.xerce, les lois les plus élémentaires de la décence interdisent de la pratiquer entre personnes de sexe différent. Elle ne serait pas sans inconvénient môme entre personnes d'un même sexe.
La pratique générale est que chacun se flagelle de sa propre main et en secret. Dans certaines communautés religieuses des plus austères, on prend la discipline en commun, durant un temps déterminé : dix minutes, un quart d'heure; ou pendant la récitation d'un ou plusieurs Miserere, soit chacun dans sa cellule, soit réunis au chœur, au chapitre ou dans une salle commune, mais alors dans l'ombre et avec toutes les précautions qu'exige la modestie^ L'exercice a lieu une, deux ou trois fois la semaine, selon les règles et les coutumes de chaque maison ; mais les supérieurs el supérieures donnent des licences particulières , en ayant soin de déterminer le temps ou le nombre des coups.
La flagellation se fait régulièrement sur le dos. Il paraîtque, pratiquée sur les épaules, elle présente des dangers pour la santé. Il en est qui l'exercent à la partie dor-
1 Cf. Flf.lry, les Mœurs des chrétiens , n. C3. — BERGiEn, Dict.de Tliéol.,. Flacella>>. — Benoit XIV, de Bealific. et Canon. 1. 3, c 2S, n. 7.
sale inférieure et au haut des jambes, au siège, en un mot. Ce mode est signalé comme périlleux pour la chasteté. Selon Benoît XIV ', cela ne peut être que l'exception, et ceux qui ressentiraient de tels effets n'auraient qu'à s'abstenir ou à prendre une autre partie du corps. La flagellation aux mollets n'offre pas cet inconvénient; si elle n'en a pas d'autres, elle a celui d'être fort douloureuse.
L'usage de la discipline est général dans les monastères et les communautés religieuses, et la pratique en est plus étendue qu'on ne pense parmi les personnes du monde vouées à la piété. L'énergie déployée pour s'armer ainsi contre soi-même et s'imposer l'aiguillon de la douleur, devient un excitant de la ferveur, et par ce chcàliment volontaire elle prévient et contient l'audace de la chair. Saint François de Sales * disait à sa Philothée : « La discipline a une vertu merveilleuse pour recueillir l'appétit de la dévotion, estant prise modérément. »
XV. — Les pénitences volontaires, de quelque nature qu'elles soient, ne peuvent être abandonnées au caprice et à la ferveur de chacun ; elles doivent être pratiquées avec l'assentiment d'un sage directeur.
« La pénitence corporelle sans obéissance est très imparfaite, dit saint Jean de la Croix ^; les commençants, il est vrai, s'y sentent portés par la consolation et le goût qu'ils y trouvent ; mais s'ils y font leur propre volonté, ils s'exposent à croître bien plutôt en vices qu'en vertus. »
XVL — Le directeur, à son tour, sera attentif à ne pas charger outre mesure de mortifications extérieures, n'oubliant jamais que la pénitence n'est pas la fin, mais un
1 De Beatif. et Can. 1. 3, c. 28, n. 7 : Spernendae vero sunt opposiiioiies petitae a detrimeiito oculorum et incitamento ad libidiiiem : vix enim iuveflitur qui liaec experiatiir; quod si experiretur, deberet ab lis abstiiiere aut Jocum verberatioiiis mutare.
» Inlrod., 3* p., di. 23, p. 290.
^ Maximes et avis spirit., n. 258, p. 447.
moyen nécessaire ou convenable dans la proportion même où il atteint cette fm '. Il doit tenir compte de la condition, des devoirs d'état, de la santé, de l'attrait, de la ferveur, du degré de vertu ^ Il s'absliendra et détournera de tout ce qui sentirait la singularité, causerait au prochain du dommage ou du dégoût, pourrait soulever de justes critiques et des oppositions fâcheuses. Enhn il n'engagera pas dans une voie où il prévoit qu'on s'arrêtera bientôt : il vaut mieux laisser s'aiguiser les désirs que de donner lieu au découragement et aux regrets de l'inconstance.
XYII. — La pénitence la plus accommodée à toutes les situations et à laquelle le directeur n'aura jamais à s'opposer est la modération dans le sommeil et la nourriture, afin de ne pas sortir des limites du nécessaire ; la vigilance à contenir les sens, n'accordant à chacun que ce qui convient et le sevrant de ce qui ne servirait qu'au plaisir et au péché ^. La constante mortification des yeux, pour ne
* J. LoPEz EzyuERRA, Luc. myst. n. 49, p. 13 : Ideo uimis errant magistri, qui niliil sibi facere putant si animas maximis l'igoribus non onerant; tantoque eas proficere exislimant quanto inaudilis rigoribus se macérant. Sciant Isti quod pœnitentia non est finis, sed médium que caro subjugatur spiritui, et in tantum necessaria est in quantum bunc linem consequitur.
î Id., ibid. n. 113-114, p. 23 : In primis perpendere débet magister \'ires animae, genium, occupationem et statum; ut lac teneris, et solidum cibum pertectis possit ministrare , ut superius diximus. Praeterea mortifîcationes et pœnitentias taxet juxta vires personarum, et conjugatos non ita oneret pœnitentiis et ciliciis, quod nequeant solvere obligationem debitam matrimonio... Propterea necessarium est quod magister in se induat statum singulorum, ut prudenler respective possit omnes in suc statu perticere; oui quidem respondere debent labores , mortifîcationes et pœnitentiae quas illis injungat.
^ ScuRAM, Tkeol. myst. § 102, sch. 4, t. 1, p. 193 : Mortificanda igitur est caro : 1° per temperantiam in cibo et potu, ne quid illi ultra necessitatem ad vitam et functiones status indulgeatur ; 2o per temperantiam in somno, necessarium non subtrahendo , superfluum adacediam, luxuriam, ■ lemporis jacturam \'itandam et moUitiem l'ugiendam, resecando... 5° Visus morlilicandus est ne oculi turpia, incasla, curiosa et non necessaria, sed ad amorem Dei et devolionem excitantia aspiciant. 6" Auditus mortificandus est ne aures scandalosa, detractoria, turpia, vana et inutilia audiant.
rien voir de frivole ou de dangereux; des oreilles et de la langue, pour ne pas entendre ou tenir des discours inutiles, médisants ou licencieux; du tact, pour ne pas même se toucher sans nécessité; de l'odorat et du goût, pour éviter les délectations de pure sensualité, suppose et fait dans l'àme une vertu qui n'accompagne pas toujours les grandes macérations. Une modestie persévérante qui maintient l'ordre et la mesure en chacun des sens coûte plus à la nature que certaines violences transitoires, qui l'effrayent et l'abattent un instant, mais lui laissent des relâches dont elle profite au grand détriment de l'âme.
70 Gusiu.? mortificandus est ne in cLbo et potu excédât, nimis delicafa,. preliosa, etc., appelât. 8° Odoratus mortificandus est a delicatis et pretiosis odoribus. 9° Tactiis mortificandus est ne, vel proprium, vel alia corpora. sine necessitate tangat. 10" Lingua mortificanda est a verbis malis, otiosis, inlionestis, detractoriis , scandalosis, etc. Il» Potentia locomotiva mortificanda est ut in incessu seivelur modesta gravitas. Verbo, omnes corpori? sensus et potentiae nonnisi ad aeternam nostram et proximorum sainte m dirigendi sunt.