CINQUIÈME MOYEN EXTÉRIEUR : LES LECTURES
La parole est le mode régulier de l'instruction, dans l'Église. — Après renseignement oral vient la lecture. — Les saints Pores exaltent surtout l'étude des divines Écritures. — Ces éloges, toutes proportions gardées, conviennent aux livres spirituels. — Importance de la lecture prouvée par la pratique universelle dans le monda de la piété. — Secours qu'un bon livre apporte à la perfection. — La lecture spirituelle est la pourvoyeuse de l'oraison. — Précautions pour le choix des livres. — Les ouvrages classiques de la piété. — La lecture doit convenir au lecteur. — Manière de lire avec profit. — Relier la lecture à loraisou. — Régularité à faire cet exercice. — Veiller à l'entraînement naturel de la curiosité et de la vaine complaisance.
I. — L'enseignement par la parole est le mode ordinaire de l'instruction pour la plupart des hommes, particulièrement dans l'Eglise de Dieu, où tout se fait par voie d'autorité. Qu'il s'agisse de la croyance ou de la pratique, des rigueurs du précepte ou des délicatesses du conseil, le chrétien doit apprendre ces vérités et ces règles de la bouche des pasteurs. Il y a dans cette parole vivante, qu'elle soit solennelle et donnée du haut de la chaire, familière et telle qu'elle convient aux simples et aux enfants, intime et particulière comme dans le tête-à-tête de la confession et de la direction, il y a une vertu d'institution divine que rien ne remplace.
II. — Après l'enseignement oral, le moyen régulier de s'instruire est la lecture.
Puisqu'il n'est ici question que des choses qui concernent la perfection, il ne s'agit non plus que de la lecture spirituelle, c'est-à-dire de ces livres qui apprennent à devenir parfait, soit par les leçons qu'ils contiennent, soit par les exemples qu'ils proposent.
III. — La lecture spirituelle a été universellement signalée comme un moyen très efficace de perfection. Il faut seulement remarquer que les anciens Pères exaltent surtout la vertu des divines Écritures. On les lisait dans les assemblées chrétiennes , ainsi que l'attestent les annales ecclésiastiques, et en particulier l'office des Lecteurs élevé par l'Église à la dignité d'un Ordre. Mais on en recommandait aussi la lecture et la méditation aux fidèles dans le secret de leur maison. Les écrits des saints Docteurs, qui ne sont pour la plupart que leurs lettres ou la reproduction de leurs discours, sont r-emplis de ces exhortations. Saint Jérôme, le docteur des Ecritures, revient sans cesse dans ses épîtres à ses amis, à ses admirateurs, à ses filles spirituelles, sur l'étude journalière des pages sacrées. Mais qu'il nous suffise de citer les paroles suivantes de saint Jean Chrysostome* :
d C'est une prairie spirituelle, c'est un jardin de déUces que la lecture des divines Écritures, un paradis de délices bien supérieur au paradis terrestre. Dieu a placé ce paradis, non sur la terre, mais dans les âmes des fidèles; non dans l'Éden ni vers le couchant, le resserrant dans une seule contrée; mais il l'a étendu par toute la terre, et jusqu'aux extrémités du monde habité... Dans ce paradis comme dans l'autre se trouve une source, une source d'où sortent des milliers de fleuves, et non pas quatre seulc-
» Ilom. 3 in Titul. Ad. Trad. de M. Jeannîn, t. 4, p. 52.
ment... Voulez- vous savoir quelle est la nature de cette eau? Voyez à quoi elle sert. Elle est utile, non pour la vie présente, mais pour la vie éternelle. Restons dans ce jardin, asseyons -nous près de la source; ne faisons pas comme Adam , pour ne pas être comme lui chassés de ce lieu. Ne nous laissons pas entraîner par de funestes suggestions, par les mensonges de Satan; restons dans le paradis, nous y trouverons la sûreté; continuons de nous adonner à la lecture des saintes Écritures... David, ce grand prophète qui connaissait l'utiUté de la lecture des saints Livres, compare celui qui s'applique aux Ecritures et qui passe sa vie avec elles à un arbre toujours verdoyant, planté sur le bord d'une rivière... Cet arbre jouit sans cesse d'une humidité convenable, et brave impunément toutes les intempéries de l'air; il ne craint pas les ardeurs desséchantes du soleil, ni l'air enflammé; ayant en lui-même une sève abondante, il se défend contre la chaleur extérieure et la repousse. De même une âme qui se tient près des eaux de la sainte Ecriture, qui s'en abreuve continuellement, qui recueille en elle-même cette rosée rafraîchissante' de l'Esprit- Saint, devient supérieure à toutes les attaques des choses humaines, que ce soit la maladie, la médisance, la calomnie, l'insulte, la raillerie ou tout autre mal ; oui, quand toutes les calamités de la terre fondraient sur cette âme, elle se défend facilement contre toutes ces attaques, parce que la lecture de l'Écriture sainte lui fournit des consolations suffisantes... C'est un entretien avec Dieu, et quand Dieu console un affligé, qui pourra le rejeter dans l'affliction? « Appliquons-nous donc à cette lecture, non pas seulement pendant ces deux heures, cela ne suffirait pas pour nous sauver, mais toujours; que chacun, rentré chez soi, prenne en main les Livres divins, et qu'il réfléchisse sur les pensées qu'ils renferment, s'il veut en retirer un secours continuel et suffisant. »
IV. — Les éloges donnés par les Docteurs à la lecture des divines Écritures conviennent, toutes proportions gardées, à celle des livres spirituels. Saint Jérôme' conseillait à la veuve Furia de lire , après les saintes Lettres , les ouvrages recommandables par leur doctrine. Saint Augustin* fait ce charmant rapprochement entre la prière et la lecture : « Quand vous priez, vous parlez à Dieu, et quand vous lisez, c'est Dieu qui vous parle. »
V. — La pratique universelle indique le prix que l'Eghse et les âmes pieuses attachent à la lecture.
Dans toutes les associations et familles religieuses, elle est prévue comme exercice journalier et constitue un des points importants de la règle. Pour ne parler que de l'ordre de Saint-Benoit, la part faite à la lecture était considérable, au rapport de Mabillon dans son Traité des études monastiques^. « On accordait à un chacun tous les jours, après Prime , au moins deux heures de lecture en particulier, et trois en Carême, auquel temps on distribuait à chacun, suivant sa portée, un Hvre que l'on prenait dans la bibliothèque. Outre cela, on employait à la lecture le temps qui restait entre Matines et Laudes en hiver, et entre le diner et les Vêpres, depuis le mois d'octobre jusqu'en carême, sans parler de la méridienne en été, que l'on pouvait aussi employer à Hre; et des jours de dimanche, qui étaient tout consacrés à cet exercice après les offices divins et la prière. En tout temps on avait grand soin que la lecture se fit exactement aux heures prescrites, et il y avait un surveillant pour voir si chacun en particulier s'acquittait de cet exercice. Que s'il se trouvait quelqu'un qui
1 Ep. ad Furiam, ip. 4 : Post Scripturas sanctas, doctorum liominum tractatus lege, eorum cluntaxat quorum fides nota est : non necesse habes auruni in luto quaerere.
2 Enarr. in Ps. 85, n. 7, p. 191 : Quaudo legis, Deus tibi loquilur; quando oras, Deo loqueris.
» P. 1, ch. 14, t. 1, p. 119.
îre pûl OU ne voulût point s'y appliquer, on lui assignait quelque autre occupation, afin qu'il ne fût pas oisif. — A résard des livres, il est facile de connaître ceux dont on accordait la lecture aux religieux ; car, après que saint Benoît, par un trait de sa modestie, a reconnu que sa Règle ii*est qu'une ébauche de la perfection chrétienne et reli- ^'euse, il ajoute que ceux qui aspirent à la perfection peuvent apprendre les moyens d'y parvenir dans les livres du Vieux et du Nouveau Testament, où il n'y a aucune page qui ne contienne une règle très exacte de la vie chrétienne, et dans la doctrine des Pères de l'Église, n'y ayant aucun de leurs livres qui ne nous fournisse d'excellents moyens pour nous porter à Dieu ; en un mot, dans les Conférences cl les Institutions de Cassien et dans la Règle de Saint-Basile. 2)
On ne trouvera pas des personnes vouées à la piété et à la perfection qui ne recourent, pour s'y avancer, quand , elles le peuvent, à l'exercice de la lecture. Un des premiers soins du directeur doit être de la recommander. « Si TOUS vous rendez assidu à la lecture des livres spirituels, dit le pieux Louis de Blois, parlant aux âmes rehgieuses, si vous vous y portez avec empressement, vous éprouverez bientôt qu'il n'y a rien de plus propre à remplir l'âme de joie, à lui adoucir les exercices de la piété, à l'accoutumer insensiblement aux pures délices de l'esprit, à la dégoûter des plaisirs des sens , à l'affermir parfaitement dans ses bons desseins. »
VI. — Il est facile de rendre raison du secours que la lecture spirituelle apporte à la perfection.
Un bon livre, c'est un prédicateur que l'on peut faire parler quand on veut, que l'on arrête à son gré pour méditer les vérités qu'il enseigne, qui répète autant de fois qu'en le désire la doctrine, les exhortations, les conseils, f Ce Uvrc nous retrace les exemples des saints, condamne
notre indifférence, rappelle le souvenir des jugements de Dieu , rapproche de nous le moment de réternité , dissipe les illusions du monde, répond aux faux prétextes de l'amour-propre, donne des armes pour résister aux passions. C'est un moniteur qui reprend en secret, un ami qui ne peut être soupçonné de nous tromper, un juge qui décide sans partialité, un prophète qui annonce la vérité sans flatterie. Il n'est ni importun, puisqu'on le quitte et qu'on le reprend quand on veut; ni contradicteur, puisqu'il produit ses pensées sans disputer contre les nôtres; ni indiscret, puisqu'il donne des avis sans savoir si nous les suivrons; ni susceptible de jalousie, puisqu'il nous laisse toute liberté de déférer à ses conseils ou de préférer ceux d'un autres j>
Aussi le nombre des conversions opérées par cette prédication silencieuse est innombrable. Parmi les plus fameuses, il faut compter celles de saint Augustin^ et de saint Ignace de Loyola ^
VII. — La lecture spirituelle est la grande pourvoyeuse de l'oraison.
Nous avons dit que l'esprit et le cœur avaient chacun leur part dans la prière mentale. Celle de l'esprit consiste en la méditation de pensées qui élèvent le cœur vers Dieu. Ces considérations pieuses, ce sont les Hvres généralement qui les fournissent. Dans les sécheresses surtout, la lecturedevient le soutien de l'âme, supplée à la pénurie de l'esprit et à l'insensibiHté du cœur. Elle présente, pour ainsi dire, le travail tout fait : l'âme n'a qu'à l'accepter et à s'en faire l'apphcation.
« Les sentiments que Dieu répand dans nos âmes par les saintes pensées et les pieux désirs, sont sujets à divers
1 p. Berthier, Ré/l. spir., t. 5, p. 234. « Confess. L 8, c. 6.
3 BB. 31 Jul., t. 34.
changements et à diverses altérations, observe le savant Mabillon ', plaidant la nécessité de l'étude dans la vie monastique. Dieu en suspend quelquefois le cours, et il veut même que nous contribuions de nous-mêmes à nourrir et à entretenir ces bons sentiments par la retraite et la solitude, par le silence, par les bonnes lectures et par la prière. L'oraison même et la contemplation ont besoin d'être nourries et entretenues par de pieuses pensées et de saintes affections que l'on puise dans la lecture : Fomenta fidei de Scripturarum interlectione''- . Sans ce secours, l'oraison est sèche et languissante, et devient ennuyeuse. »
Par la lecture assidue des Hvres spirituels, l'âme se rend familières les saintes pensées, elle s'en fait un trésor dans sa mémoire, où, à l'heure de la prière, elle puise sans effort.
VllI. — Il faut procéder avec sagesse dans les lectures, si l'on ne veut trouver un écueil là où l'on cherche un appui, ni s'exposer à transformer en poison un aliment bon de sa nature.
Ce discernement, nous ne devons pas le demandera nos propres lumières, mais aux conseils d'un directeur docte et prudent.
En matière de lecture spirituelle, deux choses sont à considérer : le choix du livre et la manière de lire.
Il ne suffit pas que les livres soient bons; ils doivent être spirituels, c'est-à-dire dans l'ordre de la vertu et de la sanctification. Il en est des lectures comme des conversations. Celles qui sont profanes attiédissent l'âme et la dégoûtent des choses divines. L'exemple de saint Jérôme est de nature à désabuser ceux qui seraient trop attachés aux lectures profanes. Celui qui devait être le docteur des divines Ecritures goûtait peu, dans les premiers temps de sa conver-
1 Traité des Études monast., 1^^ p., cb. 8, t. 1, p. 65. * Tertcl. 1. 2 ad uxorem.
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sion, la simplicité des Livres sacrés. Il les lisait par nécessité, mais ses préférences étaient pour les auteurs païens. Transporté en vision au jugement de Dieu , on lui demanda d'un ton sévère ce qu'il était. Il répondit : « Je suis chrétien. — Tu mens, répliqua le juge; tu es cicéronien, et non chrétien; car là où est ton trésor, là est ton cœur. » Et aussitôt ordre est donné de le flageller et de le précipiter dans l'ahime. Le malheureux implore la pitié du souverain juge, et promet de ne plus toucher à Cicéron , à Piaule, à Virgile. Sur sa promesse, la main meurtrière s'arrête : on surseoit à l'exécution de la sentence, et le solitaire de Bethléem revient à lui-même et à l'épreuve, mais gardant sur ses épaules la trace de la cruelle flagellation'.
Si c'est par devoir que l'on s'occupe d'études et de lectures profanes, Dieu donne toujours une grâce qui contrarie les effets de ce commerce.
IX. — Parmi les livres spirituels, au premier rang et bien haut par -dessus tous les autres se place l'Ecriture sainte. Ces pages sacrées ne doivent pas être mises indistinctement entre les mains de tous, à l'exception néanmoins des saints Evangiles, dont la lecture ne peut oïï"rir que des avantages. <r Appliquons-nous donc, disait saint Jean Chrysostome^ à son peuple, à la lecture de l'Ecriture, du moins lisons avec soin les saints Evangiles. A peine aurezvous ouvert ce livre, que vous y verrez le nom de Jésus- Christ... Mais si vous continuez votre lecture jusqu'à la fin, bientôt vous rejetterez toutes les choses du siècle, vous rirez de tout ce qui est terrestre. »
Après celle des Livres sacrés, la lecture des vies des saints est incontestablement de toutes la plus utile. L'exemple vivant et humain de ces vertus héroïques excite l'ad-
* Epist. ad Eustoch. de serv. virginit.
* In Joann. hom. 53. Trad. Jeannin, t. 8, p. 359.
miration et stimule le courage. On se prend à aimer la vertu en la voyant si belle, et aussi Dieu en constatant ses ineffables condescendances envers les âmes fidèles et généreuses.
Les écrits des saints Docteurs sur les différentes vérités de la religion, et les formes diverses de la vie chrétienne, sont un aliment très substantiel pour la piété.
Les ouvrages affectifs qui mettent la prière et la méditation en acte, comme I'Imitation de Jésus- Christ, les Soliloques de saint Augustin , les Visites au saint Sacrement de saint Liguori, les Souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ par le pieux Thomas de Jésus, et autres que nous passons sous silence, lus à petites doses, fournissent un excitant merveilleux à la ferveur.
Les traités didactiques de spiritualité sont très utiles pour faire connaître la perfection et les moyens de la mettre en pratique. Dans la multitude, nous signalerons riNTRODUCTiON A LA VIE DÉVOTE de saiut François de Sales et son Traité de l'amour de Dieu, les Exercices de saint Ignace de Loyola, le Combat spirituel de Scupoli, la Perfection chrétienne de Rodriguez, le Directoire ascétique de Scararaelli.
Les livres spéciaux qui traitent des obligations d'état sont également précieux pour apprendre à chacun comment il doit se sanctifier dans sa condition. Il faut en dire autant de ceux qui considèrent en particulier les vertus et les diverses pratiques de piété.
X. — Une seconde chose est à considérer dans le choix des lectures, c'est qu'elles soient proportionnées à l'état, aux dispositions, à l'ouverture d'esprit, au degré de vertu de ceux qui les font.
Il faut prendre garde en conséquence de ne point mettre des livres de haute spiritualité entre les mains des" commençants, soit pour ne pas les décourager, soit pour ne
pas les jeter dans l'illusion , les uns se persuadant que leur faiblesse ne leur permettra jamais d'atteindre ces hauteurs, les autres étant assez présomptueux pour croire qu'ils y touchent par cela seul qu'ils font effort pour y arriver.
Pareillement on ne conseillera pas aux âmes timorées et resserrées des lectures capables d'ajouter à leurs craintes, ni aux âmes qui s'abandonnent trop aisément à l'onction et aux joies sensibles, des tableaux qui exaltent leur imagination et les dilateraient à l'excès.
XI. — Il ne suffit pas d'avoir entre les mains un livre bon et convenable, il faut s'appliquer à le bien lire.
La lecture spirituelle n'est pas une étude , mais un exercice de piété; si l'on y apprend, ce doit être pour nourrir le cœur et ahmenter l'oraison.
L'important n'est donc pas de hre beaucoup, mais de méditer ce qu'on lit, revenant à plusieurs reprises sur les pensées qui font une plus vive impression ou qui sont pour l'àme d'une plus grande utilité. « Quand vous hsez, dit saint Éphrem', ne vous contentez pas de tourner les feuillets du Hvre, mais revoyez deux fois, trois fois et plus souvent encore le même passage, afin d'en bien comprendre toute la portée. »
L'inconstance qui ferait courir d'un livre à un autre au gré du caprice serait très préjudiciable. On doit se tenir à la lecture déterminée, à moins de circonstances appréciables qui autorisent une suspension ou un changement. <r Bornez-vous donc à une lecture utile , dont vous aurez fait un choix prudent, dit Louis de Blois ^ Demeurez-y attaché, malgré les dégoûts que vous y pourriez sentir. Relisez même plusieurs fois les endroits qui vous paraîtront
y Lib. de patientia et consum. : Dum legis non stuJeas dumtaxat libri folia evolvere ; sed non plgeat bis, terque ac saepius eumdem repetere sensum, ut vim orationis intelligas.
2 Le Direct, des âmes retig., cli. 3, n. 2, p. 727.
importants et propres à vos maladies spirituelles. En un mot , faites vos lectures avec méthode , et non avec confusion, ni en passant tantôt d'un côté et tantôt de l'autre. Ce n'est pas que dans le temps de la tentation , des peines intérieures et de la disette spirituelle, on ne puisse quitter pour un temps le livre qu'on aurait commencé, et chercher ailleurs la force, la consolation et la nourriture dont on a besoin. C'est à la prudence à choisir alors ce que la nécessité semble exiger. )>
XII. — Puisque la lecture spirituelle est la préparation de l'oraison, il convient de les rattacher l'une à l'autre. « L'oraison et la lecture, dit le P. Berthier', sont deux exercices qui se soutiennent mutuellement; sans la lecture, l'oraison pourrait n'être fondée que sur nos propres pensées, qui sont souvent trompeuses et illicites. Mais, sans l'oraison, la lecture serait presque toujours dénuée d'onction; elle pourrait parler à l'esprit, mais point au cœur; elle commencerait par le travail et finirait par l'ennui. Il ne s'agit pas de hre beaucoup, mais d'avoir l'âme élevée à Dieu avant et durant la lecture. »
« Rien de plus vrai, dit à son tour Louis de Blois^ que cette maxime des maîtres de la vie spirituelle, qu'il est très utile de passer de la lecture à l'oraison, et de l'oraison à la lecture. C'est une pratique très louable de les faire succéder l'une à l'autre pour en bannir le dégoût et l'ennui. L'esprit, plein de vigueur au sortir de l'un de ces exercices , se trouve en état de reprendre l'autre avec des forces toujours nouvelles. Enfin ces deux sources étant jointes ensemble, les biens qui eh découlent n'en sont que plus abondants. Et qui vous empêche même de mêler de telle sorte l'oraison à la lecture, que vous n'en fassiez qu'une seule et unique occupation? Vous n'avez qu'à in-
* Réflex. spirit., 9« jour, l^e méd., 2» p., p. 240. » Le Direct, des urnes spirit.', cli. 3, n. 2, p. 727.
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terrompre de moment à autre ce que vous lisez pour faire de courtes aspirations vers le ciel, pour soupirer après Dieu par de tendres élancements d'amour. Et combien y a-t-il de traités, combien de livres d'où vous pourrez tirer tout à la fois des sujets de lecture, de prière et de méditation! »
XIII. — Si l'on veut protéger la régularité de cet exercice, on doit, autant que possible, en déterminer le moment et la durée. Cependant, quand les loisirs le permettent, on peut le prolonger au delà du temps réglementaire.
XIV. — A moins d'une vigilante attention pour prévenir les mouvements de la nature, on se laissera aller dans ces lectures qui élèvent et charment l'esprit à une impulsion de curiosité, à des retours de complaisance et au vain désir de paraître spirituel et parfait. « Pour retirer des livres de piété les fruits qu'ils contiennent, dit encore Louis de Blois ' , il faut s'appliquer à les lire non seulement avec ardeur, mais aussi avec sagesse; c'est-à-dire y rechercher des instructions salutaires, des motifs d'aimer Dieu de plus en plus, et non de quoi flatter la curiosité, comme serait un vain étalage d'érudition, ou l'ornement des discours et la politesse des termes. Le royaume de Dieu ne consiste pas dans la beauté du langage, mais dans la sainteté de la vie. Cependant, comme on ne doit pas se faire une peine de ne pas rencontrer dans un livre de dévotion l'élégance du style, il ne faut pas non plus, quand elle s'y trouve, la rejeter avec mépris, mais en profiter avec reconnaissance; car c'est un don de Dieu. Recevez tout avec actions de grâces, et tout contribuera à votre avancement dans la vertu. »
» Le Direct, des âmes spirit., ch. 3, n. 2, p. 726.