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SEPTIÈME MOYEN EXTÉRIEUR : LA COMMUNION FRÉQUENTE

L'Eucharistie, source de tous les biens spirituels. — Concours qu'elle apporte à la perfection en donnant Jésus-Clirist. — Elle contient le démon et réduit la concupiscence. — Elle fait épanouir les vertus clirétiennes.

— La Communion eucharistique n'opère ces effets qu'à la condition d'être fréquente. — Plus on s'abstient de la Table sainte , plus on s'éloigne de la perfection. — Que faut- il entendre par la Communion fréquente? — Règle pour la Communion mensuelle et semi-mensuelle, — pour la communion liebdon:adaire, — pour la Communion fréquente, — pour la Communion quotidienne.— Le signe le plus rassurant est dans les effets produits. — La fréquente Communion se règle moins sur la perfection acquise que sur le désir de la perfection et la bonne volonté. — Le directeur doit être le régulateur et l'arbitre de l'usage de l'Eucharistie.

— Dans les communautés religieuses, le nombre des Communions est déteiminé par les statuts. De qui relèvent les exceptions? — En principe, on ne doit pas retrancher de ces Communions réglementaires. — Préparation éloignée et prochaine à la Communion. — L'acte même de la Communion. — L'action de grâces. — Sa durée.

I. — Il est facile de montrer dans la divine Eucharistie la ressource principale qui aide le chrétien à devenir parfait.

Tous les biens surnaturels sont coordonnés vers Dieu et concourent à notre sanctification, en particulier les sacrements, qui sont les sources normales et ordinaires de la grâce. Or tous les sacrements convergent vers l'Eucharistie comme les ruisseaux et les fleuves vers l'Océan, ainsi que

l'enseigne le Docteur angéliqiie^ L'Eucharistie est donc par excellence la source de la vie spirituelle, et contient par rapport à la perfection tout ce que les autres sacrements ensemble lui fournissent de moyens ^.

Indépendamment de cette excellence relative, l'Eucharistie, considérée dans sa forme spéciale et sacramentelle, a un rapport direct avec la vie des âmes, puisqu'elle leur est donnée sous forme d'aliment. Elle produit en elle les effets que la nourriture sensible produit sur les corps : elle entretient, augmente et consomme la vie spirituelle , comme le pain matériel soutient et accroît la vie animale.

II. — Si nous envisageons Jésus-Christ dans ce mystère, nous comprendrons aisément le merveilleux secours qu'il fournit à la perfection.

Nous ne devenons parfaits qu'autant que nous sommes unis et identifiés avec Jésus -Christ : la mesure de notre ., perfection est celle de la reproduction du Sauveur en nous ■ et de notre union avec Lui. Et c'est principalement la sainte Communion qui nous unit à Notre- Seigneur. Luimême nous l'assure^ : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui. » Conçoit-on une plus grande intimité que la cohabitation dans l'âme même? Cette communauté de vie va jusqu'à une sorte d'identification. La nourriture corporelle se transforme en la chair qui l'absorbe; dans l'Eucharistie, il se produit un effet contraire : c'est l'âme qui se trouve transformée en la nourriture qu'elle reçoit, selon cette parole que saint

1 Sum. 3 p. q. 65, a 3 : Dicendum quod simpliciter loquendo sacramentum Eucharistiae est potissinium inter alia sacramenta... Omnia alia , sacramenta ordinari videntur ad hoc sacramentum sicut ad finem. r ■ 2 Catech. Conc. Trid. P. 2 , De Euch. n. 48: Hoc vero aliqua ex parte ita assequentur si omnium sacramentorum vi atque natm'a patefacta , Eucliaristiam tonti, caetera rivulis comparaverint, vere enim ac necessario fons omnium gratiarum dicenda est.

3 Joan. VI, 57: Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem in me manet, et ego in eo.

Augustin^ met dans la bouche du Sauveur : «: Je suis le pain des parfaits : croîs, et tu me mangeras; et ce n'est pas toi qui me changeras en toi-même, comme tu changes l'aliment de ta chair; mais c'est toi qui seras changé en moi. »

C'est la pensée exprimée par plusieurs saints Docteurs, que par la Communion eucharistique, le Yerbe de Dieu achève et opère son incarnation en chacun de nous. Nous ne connaissons pas sur ce sujet de paroles plus ardentes, plus précises que celles de Bossuet^ : « Vous êtes donc ma viclime, ô mon Sauveur! mais si je ne faisais que vous voir sur votre autel et sur votre croix, je ne saurais pas assez que c'est à moi, que c'est pour moi que vous vous offrez. Mais aujourd'hui que je vous mange, je sais, je sens, pour ainsi parler, que c'est pour moi que vous êtes olïert... Vous venez vous-même me mettre ce feu dans les entrailles, afin que je vous aime d'un amour semblable au vôtre. Ah! je vois maintenant, et je connais que vous avez pris pour moi cette chair humaine, que vous en avez porté les infirmités pour moi, que c'est pour moi que vous l'avez offerte, qu'elle est à moi. Je n'ai qu'à la prendre, à la manger, à la posséder, à m'unir à elle. En vous incarnant dans le sein de la sainte Yierge, vous n'avez pris qu'une chair individuelle : maintenant vous prenez la chair de nous tous, la mienne en particuher; vous vous l'appropriez, elle est à vous; vous la rendez comme la vôtre par le contact, par l'apphcation de la vôtre : premièrement pure, sainte, sans tache; secondement immortelle, glorieuse; je recevrai le caractère de votre résurrection, pourvu que j'aie le courage de recevoir celui de votre mort. Yenez, venez, chair de mon Sauveur;

1 Confess. 1. 7, c. 10 : Cibus sum grandium; cresce et manducabis me; nec tu me mutabis in te, sicut cibum carnis tuae; sedtu mutaberis ia me. « Médit, sur les Év., 23^ j., L 11, p. 67.

charbon ardent, purifiez mes lèvres, brûlez-moi de l'amour qui vous livre à la mort. Venez, sang que l'amour a fait répandre; coulez dans mon sang, torrent de flamme. »

III. — Il est d'autres effets de grâce qui font de l'Eucharistie un moyen très actif de perfection.

Elle met en fuite les démons, qui n'ont pas de plus grand ennemi ni de plus puissant adversaire que Jésus-Christ. Dès qu'il paraît, ils fiémissent de rage et se retirent tremblants.

En touchant à notre chair, l'Eucharistie en tempère les feux; à ce contact du corps sacré de l'IIomme-Dieu, nos sens prennent quelque chose de l'esprit et subissent plus docilement le joug de la raison*.

IV. — Sous l'influence eucharistique, les vertus chrétiennes s'épanouissent dans l'âme comme les fleurs au soleil et à la rosée.

Les vertus théologales se fortifient par la possession même de leur objet, qui est Dieu; mais chacune d'elles trouve un ahment spécial dans ce sacrement.

Lajûi est en présence d'un profond mystère qui semble contredire le témoignage des sens et bouleverser les lois ordinaires du monde. Et puis la plupart des mystères de la vie du Sauveur s'y trouvent reproduits et exagérés : le

t/ sacrifice de l'autel est l'image et la continuation de l'immolation de la Croix ; le Verbe descend dans les mains du

t/prêtre et dans le cœur des fidèles voilé sous les apparences du pain, comme il entra dans le sein virginal de Marie

'^pour s'y revêtir de notre chair; il sera sur l'autel et dans le

•^ tabernacle plus muet et abaissé qu'il ne l'était dans la crèche. L'Eucharistie fournit également à l'espérance toutes les garanties, les motifs les plus entraînants et les plus persuasifs. Dieu s'identifie à nous pour vivre et combattre

> Catech. Conc. Trid. De Euch. n. 55 : Sed carnis etiam libidinem cohibct ac reprimit; dum enim charitatis igné animos magis incendit, coacupiscealiae ardorem restinguat necesse est.

avec nous, nous donne les témoignages de l'union la plus intime et de l'amour le plus tendre : que pourrions -nous craindre, nous avons déjà en nous le gage de la vie éternelle?

La Charité n'a pas de plus ardent foyer où elle puisse s'allumer et s'embraser envers Dieu et à l'égard de l'homme. Dieu épuise dans le mystère de la Communion eucharistique sa puissance, sa sagesse et sa bonté : qui ne laimerait? Et l'homme, comment ne l'aimerions-nous pas, lorsque en Jésus-Christ, tous tant que nous sommes, nous ne faisons qu'un, n'ayant qu'une même table, un môme pain, un même principe de vie? Comme les grains de froment moulus ensemble, comme les grappes pressées dans j/^ une même coupe concourent à former la matière première de l'Eucharistie, ainsi par ce sacrement se consomme en nous l'unité du corps mystique de Jésus-Christ.

Les vertus morales y trouvent aussi un principe de préservation, d'accroissement et d'exercice, en particulier la relj^on, l'humiUté, la patience, la. Joyce, la tempérance, la chasteté.

V. — La Communion ne produit ces effets dans l'âme €t ne les y maintient qu'à la condition d'être fréquemment y renouvelée. La forme même que revêt ce sacrement l'indique : c'est celle du pain, l'ahment ordinaire et quotidien de l'homme. Voilà pourquoi le Concile de Trente' exprimait le vœu que les fidèles fussent en état chaque fois qu'ils assistent au saint sacrifice de la messe d'y communier, non seulement spirituellement, mais sacramentelle:;^ ment, à l'exemple de la primitive Éghse.

Les premiers chrétiens, en effet, participaient tous les jours au corps et au sang du Sauveur, et, quand les rigueurs de la persécution, la maladie ou les nécessités de

1 Sess. 22, c. 6 : Optaret sacrosancta Synodus ut in singulis missis fidèles adstantes, non solum spirituali affectu, sed sacramentali eliam Eucliaristiae perceptione communicarent.

la vie ne leur permettaient pas d'assister au sacrifice eucharistique, l'Église, toute remplie des sentiments de son céleste Époux, envoyait ses prêtres et ses diacres dans la i^ maison des vieillards et au chevet des malades; elle osait même confier à des enfants le corps sacré de Jésus-Christ, plutôt que de priver de cette nourriture divine les fidèles qui ne pouvaient venir le recevoir eux-mêmes; elle le remettait entre leurs mains pour qu'ils le prissent dans leurs maisons, lorsqu'ils prévoyaient des empêchements qui les retiendraient loin de l'assemblée sainte au moment du sacrifice.

Tel fut et tel est encore l'esprit de l'Église relativement à la Communion eucharistique. L'enseignement des docteurs, témoins de cette pratique des premiers siècles et fidèles interprètes des volontés de Jésus-Christ, est unanime à ce sujet. Nous ne citerons pas ces témoignages de nos maîtres dans la foi et la vie chrétienne : qu'on Use le traité de Bellarmin sur l'Eucharistie et la lettrede Fénelon sur la fréquente Communion, et l'on se convaincra que de ,sainrDènys"et saint Justin à saint Ambroise, saint Chrysostorne, saint Augustin et saint Jérôme, tous les Pères n'ont qu'une voix pour recommander aux fidèles l^isage quotidien , ou du moins trèsjréquent de l'Eucharistie.

YI. — Plus on s'éloigne de la Communion, plus on résiste aux intentions du Sauveur et aux désirs de l'Église, et l'on tarit la source la plus abondante de la grâce. Tirons donc cette conclusion avec le pieux archevêque de Cambrai dans une autre lettre relative encore à la Communion fréquente* : a Toute notre vie doit tendre à nous rendre dignes de recevoir ce pain de vie le plus souvent que nous pouvons. Il ne faut point croire avoir rempli notre devoir à cet égard, jusqu'à ce que nous puissions atteindre à la

* Lettre sur le fréquent usage des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie,l. 2, p. 636.

Communion de tous les jours. L'Eucharistie n'est offerte par le prêtre qu'afm que le fidèle en vive ; ces deux actions se rapportent l'une à l'autre; et il manque^ielque ~y^ chose au sacrifice quand le laïque se tient comme inter4it loin des autels, n'osant manger la victime offerte pour lui. »

VII. — Toutefois, pour être fructueuse, la Communion fréquente exige des conditions qu'il importe de bien peser. Mais avant d'assigner les principes qui en règlent l'usage, il faut entendre et préciser en quoi consiste la fréquente Communion.

Évidemment cette expression indéterminée emporte une certaine latitude. La Communion quotidienne sera la plus fréquente, puisque l'Église ne permet pas généralement de recevoir l'Eucharistie plus d'une fois par jour. Il n'est pas aussi facile de déterminer l'espace de temps que l'on peut mettre d'une Communion à l'autre sans qu'elle cesse d'être fréquente. Mais remarquons que ce n'est point au monde qu'il faut demander l'expression et la règle, mais aux docteurs chrétiens, qui ont seuls, avec l'Église, l'esprit, le sens et la mesure des choses divines.

Les théologiens et les auteurs spirituels s'accordent à ^ tenir pour fréquente la Communion plusieurs jbis répétée dans la semaine, et pour non frég^uente celle qui Jie se renouvelle que tous les quinze jours. Mais tandis que saint François de Sales exige pour la Communion de tous les huit jours les conditions de la Communion fréquente, et décide par cela même que communier une fois par semaine c'est déjà communier fréquemment; de son côté saint Alphonse de Liguori, après avoir exposé et adopté les conditions de la fréquente Communion telles que les trace le saint évêque de Genève, suppose néanmoins que l'on peut permettre à une personne qui ne remplit pas ces conditions de communier une fois tous les huit jours, et semble par là même décider que la Communion simple-

j^-i„^<3'-^ ment hebdomadaire n'est pas de celles que l'on qualifie g^,^,^fïtr*^''^^e fréquentes. Cette diversité de sentiments, quoique peu importante en apparence, mérite d'être signalée à cause des conséquences pratiques qu'elle entraîne.

Sans prétendre trancher le différent, nous concluons seulement que, selon les docteurs, la Communion ne peut être qua- Hfiée de fréquente si elle dépasse régulièrement la semaine.

La Communion de tous les mois et même de tous les quinze jours, sans être fréquente, suppose quelque souci de la perfection. Il est bon de déterminer les règles à suivre pour son usage, et, suivant une marche ascendante, de tracer ensuite successivement celles qui concernent la Communion fréquente proprement dite et la Communion quotidienne.

YIII. — La Communion mensuelle peut se permettre i à tous généralement, pourvu que l'on se confesse avec les I dispositions requises, alors môme que l'on tomberait de ' temps en temps dans le péché mortel.

Toutefois, indépendamment de la prudence et de la sévérité que la théologie recommande ta l'égard des habitudinaires, pour s'assurer de leurs dispositions et rompre leurs chaînes, le respect que l'on doit à la divine Eucharistie et l'intérêt des âmes commandent des réserves vis-à-vis de ceux qui apporteraient tous les mois une somme considérable de péchés mortels, et surtout certains péchés d'une gravité exceplionnelle. En supposant que l'on criât pouvoir les absoudre, on ne devrait pas inférer de là qu'on peut également les admettre à la table sainte. La raison en est que le sacrement de l'Eucharistie exige un respect spécial, et que cette facilité de commettre des fautes très graves, énormes, témoigne d'une absence notable de révérence envers cet adorable mystère*.

' RiTL'ALE Rom. de Sacr. Pœn. Rarius autem vel serius confilontiljus vel in peccata facile recidenlibus , ulilissimum fuerit consulere, ut sœpe, puta

A plus forte raison conviendrait- il moins en pareils cas de permettre la communion semi-mensuelle. Mais on peui l'accorder à ceux qui sont encore affectionnés au péché véniel, et à qui il arrive de temps en temps de tomber dans le péché mortel.

Le tracas des affaires et les hens du monde ne sont pas un obstacle à ces Communions relativement rares. Ils sont un empêchement moindre de beaucoup qu'une trop grande facihté à retomber dans des fautes mortelles'.

IX. — Pour la Communion hebdomadaire, la règle est différente selon qu'on la considère comme fréquente ou non fréquente.

En suivant ce dernier sentiment, avec saint Liguori et plusieurs autres, on pourra permettre la Communion une fois par semaine à ceux qui en éprouvent le désir, bien qu'il leur arrive de tomber dans des fautes notables de surprise, et qu'ils soient sujets à des défauts légers dont ils n'ont pas souci de se corriger. Malgré ces imperfections volontaires, ils sont suffisamment disposés pour recevoir dignement et avec fruit la céleste nourriture. Si l'on ne constate nul amendement dans leur vie et que l'on craigne une fâcheuse routine, il sera bon de leur retrancher de temps en temps la Communion accoutumée, afin de les rappeler à eux-mêmes, et de leur inspirer un plus grand respect pour la divine Eucharistie ^

semel in mensae, vel certis diebus solemnihus conflteantur, et, si expédiât, communicent.

1 ScHRAM, Theol. myst. § 424, t. 2, p. iH : Illis qui vel minus ad perfectionem contendunt vel majorihus externis impedimenlis impediuntur, sacra Communio per singulos quindecim dies vel singulos menses, aut pro feslis principalibus per annum consulenda est.

* S. Liguori, Prax. Conf. n. 149 : Respectu earum personarum quae... committunt ordinariepeccata venialiadoliberata.etnulla in eis emendationeque desiderium emendationis effulget, optimum erit non permittcre eis Communionem plus quam semel in hebdomada, imo poterit expediens esse illis aliquando per integram hebdomadamCommunionem interdicere, ut majorem concipianî horrorem in sues defectus, et majorera erga sacramentum hoc reverentiam.

X. — La Communion fréquente, entendue dans ce sens qu'elle est répétée une ou plusieurs fois dans la semaine, convient manifestement aux âmes qui s'appliquent à la perfection, et n'ont point d'attache au péclic, soit mortel, soit véniel, alors même qu'elles seraient encore faibles et sujettes à des fautes qu'elles regrettent aussitôt.

Ces âmes sont véritablement dans l'exercice de la peffection chrétienne et de la charité divme : on ne saurait,sans une sorte d'injustice, les priver du grand aliment qui apporte, maintient et augmente en elles la \ie spirituelle.

Telle est la doctrine des théologiens et des auteurs spirituels, nommément de saint François de Sales*, de Benoit XIV ", de saint Liguori'.

't^XI. — Le décret de la S. Congr. du Concile édicté le 20 décembre 19Ù5 par le pape Pie X glorieusement régnant, élargit singulièrement l'usage de la Communion fréquente et quotidienne, et modifie les règles précédemment assignées par des docteurs spirituels en grand renom de prudence et de doctrine.

Saint François de Sales * formulait la règle suivante,

' Introd., 2* p., c 20[ p. 161 : Pais que, comme je présuppose, v«os n'avez nulle sorte d'affection au péché mortel ny aucune affection du péché véniel, vous estes en la vraye disposition que saint Augustm requiert, et encore plus excellente, parce que non seulement vous n'avez pas Taffection de pécher, mais vous n'avez pas mesme l'affection du péché. Si que, quand rostre père spirituel 'le trouveroit bon, vous pourriez utilement communier encore plus souvent que tous les dimaBches.

- Synod. diœc. 1. 7, c. 12, n. 9, p. 219 : Monendi sunt confessarii ne frequeniem ad Eucharistiam accessom iis aut suadeant eut permittant qui in gravia peccata ssepe iabuntur, nec de pœnitentia peragenda èuaque vita emendanda sunt solliciti : siculi nec iUis, qui etsi gravia évitent crimina, voluntalem tamen habent venialibus inhaerentem : qua de re le,gendi sunt S. Franciscus Sal. Philolh. P. 2, c. 20, et Joannes Thaulerus, serm. 4 m fest. vener. Sacramenli.

' Homo Aposl. App. 1, § 4 : lis qui actualia habent venialia aut aiïectum ad illa sine desiderio emendationis aequum est frequentem Communionem denegare.

* Inlrod., 2« p., c. 20, ad fin.

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très précise dans sa généralité : « Pour communier tous les huict jours, il est requis de n'avoir ny péché mortel, ny aucune affection au péché véniel, et d'avoir un grand désir de se communier ; mais, pour communier tous les jours, il faut, outre cela, avoir surmonté la plupart des mauvaises inclinations, et que ce soit par advis du père spirituel. »

Saint Liguori ^ caractérise encore mieux le degré de perfection requis en disant qu'on ne tombe plus dans le péché, même véniel, pleinement volontaire. Il ajoute^ cependant qu'il ne faudrait point retirer la Communion quotidienne à une âme à qui il arriverait de temps en temps de commettre par pure fragilité quelque j)éché véniel volontaire, mais qui en ressentirait une prompte et vive douleur avec un ferme propos d'être plus vigilante.

Fénelon n'exclue pas les imperfections, poursu que l'on ait le désir de s'en corriger et que l'on y travaille sincèrement. « J'avoue, dit-ir\ que les gens qui aiment leurs imperfections, et qui sont volontairement dans des péchés véniels, sont indignes de cette Communion quotidienne. Mais pour les âmes simples, droites, prêtes à tout pour se corriger, dociles et humbles, c'est à elles qu'ap})aitient le pain quotidien ; leurs infirmités involontaires, loin de les exclure, augmentent leur besoin de se nourrir du pain dos forts. »

Suarez semble demander davantage : il veut que ceux

* Prax. Conf. n. 132 : Semper vero ac illa vivendo alienata ab affectu cujiiscumque culpce venialis, incumhit insuper niultuni orationi mentali, et conatiir tendere ad perfectionem ; et ampliiis non labilur in peccata etiam venialia plene vohinfaria. "

* Ibid. n. 153 : Et quamvis anima aliqua caderct aliquando in veniale peccatum voluntariuni ob meram fragilitatem, sed cito postea doleret emendationemque proponeret ; si deinde Commiinionem desideraret ad robur accipiendum a Sacramenlo, ne cedat, et ad progrediendum in via perfcctionis, quanam de causa ei esset deneganda Commiinio ?

^ Lettre sur le fréquent usage des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, p. 656.

qui se nourrissent habituellement de Faliment céleste se distinguent parla sainteté et la pureté insignes de leur vie*.

Pie X ramène les conditions à ces deux : l'état de grâce et l'intention droite et pieuse ; et il enjoint aux confesseurs d'avoir à se conformer à cette règle. Il n'y a pas de conduite ["plus sûre dans l'adminislralion des sacrements et dans la conduite des âmes que celle tracée par l'Eglise.

Hors de ces conditions assignées par le décret du 20 déc. 1905, la Communion fréquente serait plutôt un péril qu'un secours. Il n'est pas nécessaire d'insister sur l'inconvenance de l'habilude du péché mortel. Mais, pour ne parler que de la négligence de ce qui tient à la perfection et de l'affection au péché véniel délibéré, qui ne voit que de telles dispositions constituent dans l'âme l'état de tiédeur, et que la Communion fréquente, si elle ne guérit pas ce mal, doit avoir pour effet de dégoûter de plus en plus et Jésus-Christ et l'âme qui le reçoit ? , Remarquons, avec saint Liguori ', que de sages directeurs . conseillent de s'abstenir de temps en temps, ce qui n'enlève pas à la Communion son caractère de quotidienne.

Il ressort de l'ensemble de ces principes une conclusion pratique importante, savoir : que parmi les chrétiens sincères il n'en est pas à qui on ne puisse consejller la Communion de chaque mois, qu'il en est peu à^qui il faille refuser la Communion de chaque semaine, et qu'il est à désirer que le nombre se multiplie de ceux qui^as^irent. sincèrement à la Communion quotidienne.

L'intention droite et l'état delà conscience restent soumis à l'appréciation du confesseur; mais lui ne doit pass'affran-

< De Euch. disp. 46, secl. 7 : Decet qui lali cibo uUinlur, insigni vitse sanclilate et puritate esse conspicuos.

' Prax. Conf. n. 152 : K.vcipe ordinarie loquendo unum diem in quavis hebdomada, ut facere soient prudentes aliqui directores.

chir sans raison de la règle tracée par l'autorité souveraine de rÉglise.

XII. — La règle la plus facile et la plus sûre se prend des fruits produits par la Communion.

Quand une âme qui se nourrit fréquemment de la sainte Eucharistie s^avance dans l'amour de Dieu et l'abnégation d'elle-même, diminue par la vigilance le nombre de ses fautes et multiplie les actes surnaturels, il est permis d'attribuer ces heureux résultats à la grâce du sacrement. Il en est qui se trouvent dans des circonstances telles que la seule résistance aux tentations devient une marque suffisante des efîets de la Communion. A ces deux catégories, on doit en ajouter une autre plus nombreuse encore : celle des âmes qui, sans avancer d'une manière sensible dans la perfection, se maintiennent sans chute ni tiédeur; car c'est un grand point dans la vie spirituelle de ne point retourner en arrière.

Une seconde marque, qui, combinée avec la précédente, donne beaucoup de garantie, est la faim de la divine Eucharistie. Il est vrai, <r il y a, selon saint François de Sales \ deux sortes de faim : l'une qui est causée de la bonne digdflion, l'autre du desreiglement de la force attirante de l'estomach. » Mais quand les fruits de la bonne vie viennent s'ajouter à la faim que l'on ressent, il est permis de l'imputer à la grâce et à l'amour. C'est pourquoi le même saint ajoute : o: Ceux qui font bonne digestion corporelle ressentent un renforcement par tout leur corps, par la distribution générale qui se fait de la viande en toutes leurs parties. Ainsi ceux qui font bonne digestion spirituelle ressentent que Jésus-Christ, qui est leur viande, s'espanche et communique à toutes les parties de leur anie et de leur corps. Ils ont Jesus-Christ au cerveau, au

» Lettre 48».

cœur, en la poictrine, aux yeux, aux mains, en la langue, aux oreilles, aux pieds. Mais ce Sauveur, que fait-il par tout par là? Il redresse tout, il purifie tout, il vivifie tout, il ayme dans le cœur, il entend au cerveau, il anime dans la poictrine, il parle en la langue, et ainsy des autres : il fait tout en tout, et lors nous vivons, non point nousmesmes, mais Jésus -Christ vit en nous. 0 quand sera-ce, ma fille, quand sera-ce? Mais cependant je vous monstre à quoy il faut prétendre, bien qu'il se faille contenter d'y atteindre petit à petit. Tenons -nous humbles, et communions hardiment; peu à peu nostre estomach intérieur s'apprivoisera avec cette viande et apprendra à la bien digérer. »

Quand on constate ce bon résultat de la Communion, non seulement il ne faut point en diminuer l'usage, mais y ajouter encore; de la Communion mensuelle ou semimensuelle passer à celle de chaque semaine, de la Communion fréquente à la Communion quotidienne.

Si, au lieu de progresser, on se maintient dans ses imperfections, dans ses négligences volontaires et ses fautes vénielles délibérées; si, loin de disparaître, la tiédeur augmente, l'immortification des sens redouble, c^st le signe que la divine nourriture ne profite pas à l'âme, et il conviendra d'en restreindre l'usage' : « car, ainsi que le remarque Bourdaloue ^ ce sont deux choses incompatibles, qrip^r]f^ hjpn rnTT^ri^iinipr p\ dp. ne pas bien vivre. J)

XIII. — En somme, la fréquence de la Communion se règle moins sur la perfection acquise que sur le désir

1 s. LiGuoRi, Prax. Conf. n. 155: Quod si postea dignoscatur, non obstante frequentia Gommunionis , anima nihil proficere in via perfectionis , neque se emendare a culpis delitieralis licet veniaiibus, ut si adhaereret etiam voluptatibus sensutim in videndo, audiendo, edendo, cum aliqua vanitate vestiendo , tune certe coasulto restringendus erit usus Communionis, etiam ut cogitare incipiat de sua emendatione et suae spirituali perfectioni consulere.

* Retraite spirit., Séjour, ad fin.

d'être parfait et l'effort pour le devenir. Il en est qui n'osent communier parce qu'ils sont imparfaits, et d'autres qui se croient parfaits parce qu'ils communient souvent : les uns et les autres se trompent.

« Votre grande intention en la Communion, dit excellemment saint François de Sales*, doit être de vous advancer, fortifier et consoler en l'amour de Dieu : car vous devez recevoir pour l'amour ce que le seul amour vous fait donner... Si les mondains vous demandent pourquoy vous communiez si souvent, dites-leur que c'est pour apprendre à aymer Dieu, pour vous purifier de vos ^iT^perfections, pour vous délivrer de vos misères, pour vous consoler en vos afflictions, pour vous appuyer en vos faiblesses. Ditesleur que deux sortes de gens doivent souvent communier : les parfaicts, parce qu'estant bien disposez, ils auroient grand tort de ne point s'approcher de la source et fontaine de perfection; et les imparfaicts, afin de pouvoir justement prétendre à la perfection; les forts, afin qu'ils ne deviennent pas faibles, et les faibles, afin qu'ils deviennent forts; les malades, afin d'estre guéris, les sains, afin qu'ils ne tombent pas en maladie : et que pour vous, comme imparfaicte, foible et malade, vous avez besoin de souvent communiquer avec vostre perfection, vostre force et vostre médecin. Dites-leur que ceux qui n'ont pas beaucoup d'affaires mondaines doivent souvent communier, parce qu'ils en ont la commodité, et que celuy qui travaille beaucoup et qui est chargé de peines doit aussi manger les viandes solides, et souventes fois. Dites-leur que vous recevez le sainct sacrement pour apprendre à le bien recevoir : pour ce que l'on ne fait guère bien une action à laquelle on ne s'exerce pas souvent. Communiez souvent, Philothée, et le plus souvent que vous pourrez, avec l'advis de vostre père spirituel; et croyez -moi, les fièvres deviennent blancs

' InUod., 2^ p., c. 21 ad fia.

parmi nos montagnes en hyver, parce qu'ils ne voyent ny mangent que la neige; et à force d'adorer et manger la beauté, la bonté, la pureté mesme en ce divin sacrement, TOUS deviendrez toute belle, toute bonne et toute pure. »

XIV. — Le principe qui domine tous les autres dans cette matière de la Communion fréquente, es? que le direc-

i^teur doit en être le régulateur et l'arbitre; tous les maîtres sont d'accord sur ce point. Le pape Innocent XI * condamne ceux qui érigent en réglé générale qu'il faut communier souvent ou qu'il faut communier rarement; c'est à ceux qui ont la conduite des âmes à décider ce qui convient à chacune, ^es pasteurs doivent en général exhort^rJjQiis-ie&- fid^lps,,sans distinction, à se nourrir fréquemment de la divine Eucharistie, mais en soumettant leurs dispositions au contrôle de la confession et d'une sage direction.

j On pourrait cependant, dans un cas particuher où il /serait difficile d'aborder le confesseur, présumer son auto- Irisation pour s'approcher de la Table sainte, pourvu que la ^conscience fût libre de toute faute mortelle ^

XV. — Dans les communautés religieuses, la pratique de la Communion est déterminée par la règle commune. Les conjesseurs et__les pénitentes doivent en principe s^ tenir : la paix et le bon ordre le demandent \

Toutefois, quand il se rencontre des âmes pures, plus

» Decr. 12 febr. 1679. Cf. Analecia, 1SG4, col. 831.

'BoNAL. Inst. theol. Euch. n. 136 : Eïcipe taraen casum in quo pcraccidens adesset specialis communicandi ratio, nec pœnitens, aliundesuffîcienter éispositus , facile adiré posset Confes?arium.

' BoNAL. ibid. : Usus Communionis pro religiosa communitate ordinarie înstituto Ordinis determinatur, ut vitetur singularitas et diversitas, quae iaud rare inter ejusdem Ordinis sodales fit occasio zelotypiae, querelarum atque dissensionum; et ideo Confessarius instituto Ordinis ab auctoritate competenti approbato, regulariter stare débet. « Moniales quotidie sacram Communionem petentes admonendœ erunt ut in diebus ex earum Ordinis instituto praestitutis communicent. » Ita Inuoc. XI in eodem décrète diei 12 febr. 1679.

ferventes, et qu'un attrait impérieux pousse à une Communion plus fréquente, le pape Innocent XI, dans le décret déjà mentionné, autorise les supérieurs à satisfaire ces désirs : et par les supérieurs il faut , en premier lieu , entendre les confesseurs; mais il convient aussi que les chefs qui gouvernent les communautés soient prévenus et ne fassent aucune opposition raisonnable. Dans tous les cas, ce n'est pas aux supérieurs à juger des dispositions intérieures, mais seulement au guide de la conscience ^ qui doit tendre à abonder dans le sens du décret de Pie X en faveur de la Communion quotidienne.

XVI. — En conséquence, les confesseurs ne doivent pas, sans de bonnes raisons, retrancher aux religieuses les Communions que la règle leur permet ^ A plus forte raison cela est interdit aux supérieures, excepté quand il s'agit de punir une transgression notable et causant du scandale, commise depuis la dernière confession , et seulement jusqu'à la confession suivante^.

XVII. — Plus la Communion est répétée dans la vie, plus elle commande^^djittention et^e^ignance pour préyeniiMesabu^^^deJa^j;^^^^ donc quelques réflexions sur la manière de bien comimmier^^

Ce grand acte exige unej^régarationsérieuse et^^ Une pratique excellente est de diviser l'intervalle de temps

1 BoNAL. ibid. la praefato decreto Innoc. XI haec adduntur : « Si quae (Moniales) vera puritate eniteant et fervore spiritus ita incaluerint, ut dignae frequentiori aut quotidiana S. Sacramenti perceptione videri possint, id illis a superioriLus permittatur. » Porro, per vocem superioribus , S. Pontifex intellexit in primis ac praecipue confessarium , uti declaravit S. Congr. Regular. 17 apr. 1724. Imo hodierna ejusdem Gongr. jurisprudentia haec est : « Ad frequentiores Commuuiones peragendas sorores sese diiigere detent judicio prudentis confessarii. » Vide Analecta, 1864, col. 638.

2 De LuGO, de Pœnit. disp. 25, n. 64 : Regularitor non expcdit talem pœnitentiam imponere, licet in casu rarissimo negandum non sit quod possit utiliter imponi.

3 S. CoNGR. Reg. décision. 27 jun. 1876.

f^y^- V yî&qui sépare deux Communions, et de consacrer la première ^Ji^-^ partie à I!a£tkm de grâces ej la seconde à la préparation. La veille du jour où l'on doit communier, la pensée doit se fixer, \ive et aimante, sur ce grand objet. Mais dès que le jour paraît, elle doit remplir et absorber l'esprit, en écarter avec une attention jalouse les préoccupations étrangères et profanes.

<t Commencez le soir précèdent, dit saint François de Sales '■ à sa Philothée , à vous préparer à la saincte Communion par plusieurs aspirations et eslancemens d'amour, vous retirant un peu de meilleure heure, afin de vous pouvoir aussi lever plus matin : que si la nuict vous vous reveillez, remplissez soudain vostre cœur'et vostre bouche de quelques paroles odorantes, par le moyen desquelles vostre arne soit parfumée pour recevoir l'Espoux, lequel, veillant pendant que vous dormez, se prépare à vous apporter mille grâces et faveurs, si de vostre part vous estes disposée à les recevoir. Le malin levez- vous avec une grande joye, pour le bonheur que vous espérez, d ^ Il est bon d'avoir dans chaque Comm.union un but pajticulier, comme d'obtenir la victoire sur un défaut déter-' miné, la grâce de l'oraison, telle faveur, soit spirituelle, soit temporelle , pour soi-même ou pour ses amis.

Il faut se disposer par une grande pureté de coq d'âme : l'Eucharistie est appelée le pain dés anges, parce qu'elle requiert en ceux qui la reçoivent une pureté angélique^ La foi doit dominer et inj^irer^tousjes autres jerir timents : c'est elle qui découvre et reconnaît Celui qui vient, pourquoi il vient et ce qu'il apporte \ Cette foi doit exciter imjirdent désir de recevoir Notre-Seigneur et une prière amoureuse qui l'appelle dansj'âme.

' Introd., 2e p., c. 21.

' Saikt-Jl-he, De la Conn. et de l'Amour du Fils de Dieu, N.-S. J.-C, 1. 3, c. 10, s. 8.

Id ibid. sect. 7 13.

Ce désir et cet appel constituent la Communion spirituejjeTnutre qu'elle est une excellente préparation à la réelle réception du sacrement, cette sorte de Communion produit des fruits de grâce qui la font recommander par les saints Docteurs. <r Quand vous ne pourrez pas avoir ce bien, de communier réellement à la saincte messe, dit saint François de Sales ^, communiez au moins de cœur et d'esprit, vous unissant par un ardent désir à cette chair vivifiante du Sauveur. »

€ On ne peut recevoir qu'une fois par jour le sacrement de l'Eucharistie, remarque l'auteur du Comdat spirituel"; mais, pour la Communion spirituelle, on peut la faire à chaque heure, à chaque moment du jour; et il n'y a que la négligence ou quelque autre faute de notre part qui puisse nous priver de ce précieux avantage. Il est des circonstances dans lesquelles une Communion spirituelle peut procurer plus de fruits à celui qui la fait, et plus de plaisir à Dieu, que certaines Communions sacramentelles, qui deviennent moins utiles à raison des imperfections de ceux qui les reçoivent. Toutes les fois donc que vous voudrez vous disposer à cette Communion, soyez sûr que vous trouverez toujours le Fils de Dieu prêt à vous nourrir luimême spirituellement de ses propres mains. »

XVIII. — Après ces préliminaires vient l'acte luimême. Pour peu que l'on soit fait à la pratique de l'oraison , il vaut mieux parler peu des lèvres , mais beaucoup et ardemment^du cœur. Les sentiments de l'âme au moment de la Communion doivent être l'adoration et l'humilité, la contrition et l'amour^ le désir et Toblation. Il est des personnes qui conservent religieusement l'habitude de réciter des formules traditionnelles qui excitent leur piété : on ne peut que les en louer.

' Inlrod., 2« p., c. 21.

* Ch. 56.

Quand le moment est venu de^j;eceyoii^jes saintes Espèces , ^ faut suspendre tou te jrière sensible , entrer dans unrecueillement profond, replier, pour ainsi parler, son Amejont ejTtière sur elle-même et la tenir dans le silence de Tadoration et de l'amour au)Lpieils da ilij^in Hôte.

« Apres que vous aurez dit les paroles sacrées : « Seigneur, ^e ne suis pas digne, d dit pieusement saint François de Sales S ne remuez plus vostre teste ny vos lèvres, soit pour prier, soit pour souspirer, mais, ouvrant doucement et médiocrement vostre bouche, et eslevant vostre teste autant qu'il faut pour donner commodité au prestre de voir ce qu'il fait, recevez, pleine de foy^'esperance et ; de charité, Celuy lequel, auquel^ par lequel et pour lequel /', vous croyez, espérez et aymez. OPhilothée, imaginez-vous que comme l'abeille, ayant recueilly sur les fleurs la rosée du ciel et le suc plus exquis de la terre, et l'ayant réduit en miel, le porte dans sa ruche; ainsi le prestre, ayant pris sur l'autel le Sauveur du monde, vray Fils de Dieu ei vray fils de la Vierge, qui comme la fleur est sorty de la terre de nostre humanité, il le met en viande de suavité dedans vostre bouche et dedans vostre corps. L'ayant receu, excitez vostre cœur à venir faire hommage à ce Roy d^saliit, traictez ayecjuy^de vos aff'aires intérieures , considerez-le dedans vous où il s'est mis pour vostre bon-heur. Enfin faictes-luy tout l'accueil qu'il vous sera possible, et comportez- ^^ls^gn^m;tj^ r[ng rnjT^iingnnisse en t.onteg^yos actions que Dieu est avec vous^ »

« Dès que vous avez reçu le Sauveur et que vous le possédez au dedans de vous-même, disait sainte Térèse- à ses filles , tâchez de fermer les yeux du corps , et, ouvrant ceux^,d§J^âm^j^e|a^ votre cœm"; car, je vous le

dis, je vous le redis et vous le redirais volontiers cent fois,

* Introd., 2« p., c. 21.

' Chemin de la per/., c. 34.

si VOUS faites ainsi chaque fois que vous communierez, et si vous tenez votre âme assez gure pour mériter souvent celte faveur, il je montrera à vous en quelque manière, et, cédant enfin à vos désirs, il se dévoilera entièrement, d

XIX. — L'adoration silencieuse et amoureuse que l'on / donne à Notre-SeigneuiY venu et présent dans l'âme, commence, rjction de grâces. C'est un des moments lesjlus précieux de la ^râc^. « La chose peut-être la plus importante en toute la vie spirituelle, observe le P. Saint- Jure', est de savoir bien se servir du temps d'après la sairy^Çgnimunion, afin d'en recueillir les fruits pour lesquels elle a été instituée, prenant soigneusement garde d'entretenir pour lors Notre -Seigneur et lui faire compagnie ; car de le laisserJlàJout seul , c'est une énorme incivilité, tout autre que ne serait si vous laissiez seul en une chambre le roi qui vous aurait fait l'honneur de vous visiter en votre logis. Et de ce manquement vieiU^ue^u de personnes tirent de la sainte Communion les profits qu'elles pouïTâîënt. »

Dans l'action de grâces, l'âme parle et écoute tour à -2tjjur. Elle parle à Notre-Seigneur, moins par les paroles que par le regard et les mouvements du cœur pour l'adorer^ le remercier, l'aimer, s'attacher à lui , s'humilier, lui— exprimer ses besoins et ses désirs. Innocent XI a condamné une étrange proposition de Molinos*, par laquelle ce faux mystique soutenait que la perfection pour les âmes

1 De la Connaissance et de l'Amour de N.-S. J.-C, I. 3, c. 10, scct. 13, t. 2, p. 98.

* Prop. 32 : Nec ante nec post Communionem alia opus est prasparatione aut graliarum actione pro animabus hisce internis , quam ut se teneant iii solUa resignatione passiva; quia in hac invenitur aiuor qui supplet modo perfecliori quam alii omnes virtutum actus qui fieri possunt et fiunt in via ordinaria. Et si in hac occasione Communionis accédant motus humilitalis, pelitionis aut gratiarum actionis, reprimi debent quoties non cognoscuntur esse spéciales Dei impuisus; aliter enim sunt impulsus nalurae nondum mortux.

intérieures consistait à se tenir entièrement passives et à ne produire aucun acte, soit avant, soit après la Communion. L'âme peut donc multiplier l'expression de ses sentiments par la parole, soit intérieure, soit sensible.

Elle ne profite pas moins en écoutant Notre-Seigneur, en recueillant les pensées qu.jljn£pir.fi., en acceptant avec aTriour et docilité les saints désirs qu'il suggère.

XX. — Selon saint Liguori, l'action de grâces devrait durer une heure entière, ou du moins une demi-heure. Le moins que l'on puisse demander est un quart d'heure.

Ainsi que nous l'avons dit, c'est une pratique louable et avantageuse de partager le temps qui s'écoule entre deux Communions en action de grâces et en préparation. Il convient du moins que le jour où l'on a communié, le souvenir de ce grand bienfait se conserve dans la mémoire et réveille dans le cœur les sentiments de la reconnaissance et de la lidéhté.

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