A LA B. VIERGE MARIE ET AUX SAINTS
Union des âmes en Jésus-Christ et concert entre le ciel et la terre. — La dévotion à Marie , signe de prédestination. — Désir que ressent la Bienheurei'se Vierge de notre perfection. —Sa puissance auprès de son divin Fils pour noiis l'obtenir. — Son empire sur les démons. — La dévotion à Marie se fait d'amour et de confiance. — Elle se témoigne par la vénération et l'imitation. — Faire de la perfection la fin de la dévotion envers la Mère de Dieu. — Les pratiques en son honneur ; la Salutation angélique et le Rosaire, — le Scapulaire, — communier à ses fêtes, — le samedi et le mois de Marie, — le Petit Office de la Vierge. — Les Saints sont des modèles de notre perfection. — Ils la désirent et nous prêtent leur concours. — Cette dévotion se témoigne par la prière, les honneurs, l'imitation. — Les Saints que l'on honore spécialement. — Pour s'exciter à la dévotion envers les Saints, lire leurs vies et leurs ouvrages.
I. — Les âmes ne sont point isolées : elles forment un même corps avec Jésus-Christ leur chef, comme les membres se rattachent à la tête et au cœur, pour en recevoir le mouvement et la vie. Associées dans une commune vie, animées du même esprit, vivant de la même foi et du même amour, tendant au même but, elles voyagent et luttent de concert, elles se soutiennent et s'entr'aident. Mais celles qui sont parvenues au terme et jouissent de la pleine lumière s'inclinent avec une sympathie plus vive
vers leurs sœurs qui sont encore au milieu des ombres et dans les hasards du voyage.
On ne peut regarder au ciel sans penser aux bienheureux qui nous y ont précédés et nous appellent. Cette seule vue nous est un secours. Mais travailler à la perfection ou tendre h la céleste béatitude, c'est une et même chose; et si les saints nous aident à arriver au ciel , c'est qu'ils nousprêtent leur concours pour devenir parfaits.
11 est donc juste de signaler la dévotion aux Saintscomme un moyen de perfection.
Dans ce monde de la gloire et cette société des âmes, la Bienheureuse Vierge Marie occupe, après son divin Fils, le premier rang- et exerce les plus puissantes influences-. C'est donc sur elle qu'il faut d'abord reposer nos, regards.
II. — La dévotion à Marie a toujours été signalée par les saints Docteurs comme un merveilleux secret de perfection. Ils s'accordent à voir dans cette dévotion un signe et une garantie de prédestination. Avec l'Église, ils appliquent à la très sainte Vierge ce qui est dit de la divine- Sagesse ' : « Celui qui m'aura trouvée trouvera la vie, et il puisera le salut dans ces trésors de la bonté du Seigneur. »• Par cette vie, dit Corneille la Pierre '^ il faut entendre la vie de la grâce et de la gloire. C'est une égale impossibi- Hté, comme l'observe saint Antonin^ après saint Anselme*,, que ceux-là soient sauvés, desquels Marie détourne les re^
1 Prov. Mil, 35 : Qui me invenerit, inveniet vitain,et hauriet saluteni' a Domino.
2 Comm. in loc. cit. : Qui me invenerit. inveniet vitam, hoc est : inveniet vitam gratiœ et gloriae.
3 Siun. 4 P. lit. 15, c. 14, § 7: Sicut impossibiie est quod illi a quibus Maria oculos suse misericordiae avertit salventur, ita necessarium est ut hi, ad quos convertit oculos pro eis advocans, glorificentur.
* Or. 51 adB. Y. Mariam : Sicut enim, o Beatissima, omnis a te aversus et a te despcctus necesse est ut intereat; ita omnis ad te conversus et a. le respectus impossibiie est ut pereat.
gards de sa miséricorde, et que ceux-là soient perdus à qui elle accorde sa protection et sa prière. Non pas, qu'on le remarque bien , que la Mère de Dieu veuille et puisse sauver ceux qui vivent et meurent dans le péché; mais dans ce sens qu'elle obtient par son intercession la grâce de sortir et de se préserver du péché', la lumière qui montre les biens éternels et l'attrait qui les fait aimer. En cela, l'intervention de la Bienheureuse Vierge est toute-puissante.
III. — La raison de cette efficacité tient d'abord au grand désir qu'a la sainte Vierge de nous voir parfaits.
Plus que toute autre créature et plus que toutes les créatures ensemble , elle désire que le règne de Dieu s'étende sur les âmes, qu'il soit connu, adoré, servi, que tout être remonte vers lui par la louange et par l'amour. Elle souhaite ardemment que Jésus-Christ se reproduise dans les âmes et y domine par son esprit de sainteté et de religion, qu'il soit le médiateur efficace entre son Père et toute créature. Tout cela, est-ce autre chose que le résultat et l'abrégé de la perfection?
Mais si Marie éprouve ce désir à l'égard de toutes les âmes, ne l'éprouvera-t-elle pas plus vif et plus pressant envers celles qui recourent à elle afin d'avancer dans la perfection, c'est-à-dire pour aller à Dieu comme à leur fin, pour recevoir et dilater en elles Jésus-Christ?
IV. — D'autre part, l'efficacité de cette intervention s'explique par la puissance dont dispose la Vierge Marie. En sa qualité de Mère de Dieu, elle dispose de la puissance même de son Fils, non par nature, mais par la vertu de sa prière. Selon la belle expression d'un saint Père, Marie est la toute-puissance supphante. Dans le plan providentiel,
1 ScARAMELU, Dir. asc. n. 449, 1. 1, p. 203 : Inteiidono solamente dire que la Vcrgine otliene ajuti efficaci ai suoi divoU, per cui vivono di falto in grazia , o prestamente vi ritornano quando Thanno smarrilta , et finalmente vi mujono.
elle sert d'intermédiaire entre Dieu et le monde. Saint Fiilgence' la compare à un pont par lequel Dieu est venu vers les hommes, et les hommes vont à Dieu.
Son intercession doit être merveilleuse, quand elle rappelle au Sauveur tout ce qu'il a voulu, ce qu'il a fait, ce qu'il a souffert pour sauver les âmes et les rendre parfaites; quand elle demande ce qu'il a le plus à cœur, la sainteté, la perfection, pour les âmes qui recourent à elle, l'aiment, l'honorent et se réclament de sa protection pour devenir parfaites.
V. — L'empire qu'elle exerce sur les démons rend l'intervention de la sainte Vierge souveraine contre ces ennemis de notre sanctification. Son nom seul suffit à contenir leur audace et à les mettre en fuite. Toute âme dévote à Marie et désireuse de la perfection peut s'écrier avec saint Jean Damascène : « Vous êtes mon espoir, ô Mère de Dieu, je serai sauvé; vous êtes ma défense, je suis sans crainte. Je poursuivrai et disperserai mes ennemis, ayant pour égide votre protection et votre secours. La dévotion envers vous est une arme de salut que Dieu donne à ceux qu'il veut sauver*. »
Yl. — Cette dévotion exprime la confiance et l'amour. Toute pénétrée de la grandeur, de la puissance et de la miséricordieuse bonté de la Mère de Dieu, l'âme se sent attirée, ravie, protégée; elle se repose en sécurité sous ce reaard maternel et sous cette main invincible. L'amour éclôt sous les rayons de la beauté et de la bonté, et Marie est merveilleusement belle et admirablement bonne. La
1 Serm. denat.Dom.: Sicut beatissima Virgo ponsest per quem Deus ad homines descendit, ita pons est per quem bomines ascendunt ad Deum.
î Serm. de Annunt.: Spem tuam babens, o Deipara, servabor; defensionem tuam possidens, non timeo. Persequar inimicos meos et in fugam convcrtam, babens ut tboracem piotectionem tuam , auxiiium tuum. Nam devotum tibi esse est arma quaedam salutis, quae Deus iis dat quos vult salvos fieii.
confiance naît du mélange de la bienveillance et de la puissance, et Marie possède également l'une et l'autre. Deux mois résument tous les titres de Marie à notre foi et à notre affection : elle est Mère de Dieu et elle est notre mère'.
YII. — Faite de confiance et d'amour, la dévotion envers Marie doit se traduire par la vénération et l'imitation.
Nous devons honorer la divine Mère de Jésus et lui donner dans notre esprit le rang qu'elle occupe dans le plan divin, c'est-à-dire la placer au sommet de toutes les. choses créées, et immédiatement après Dieu. Nous n'adorons pas la sainte Vierge, ce qui serait une impiété et une absurdité; mais nous adorons Dieu en elle et nous professons avec saint Thomas d'Aquin '^ que, par sa maternité^ elle confine à l'ordre divin et plane par- dessus toutes les autres créatures.
Quelle que soit son élévation, Marie est notre modèle : nous devons l'imiter. Toute proportion gardée , il s'échappe des actes et des leçons de sa vie, qui n'est d'ailleurs que la reproduction la plus fidèle de celle de Jésus-Christ, une grâce d'imitation. Les âmes qui aspirent à Ja vie parfaite ne sauraient trouver, après le Sauveur, un exemplaire plus achevé. Elles recueilleront de grands avantages de la considération de ses grandeurs et de ses mystères, principalement de sa maternité divine^, de sa virginité^, de son immaculée conception^, de sa vie cachée. En méditant ses
1 s. BoNAVE.M. Spéculum B. M. V. : Numquid solius Christi Mater est Maria? Immo certe, quod jucundissimum est, Maria non solum est Mater Christi singuiaris, sed etiam omnium mater fideliiim universalis.
2 Sum. 1 p. q. 23, a. 6, ad 4 : Bcata Virgo, ex hoc quod est Mater Dei. habet quamdam dignitatem infînitam ex bono infuiito, quod est Deus.
3 ScHKAM. Theol. myat. § 1 13 : Meditatio privilegii Mnternitatis SS. Deiparœ ad proficiendum juvat.
* /d. § 116 : Meditatio virginitatis B. M. V. ad proficiendum conducit. . ^ Id. §117: Meditatio immunitatis a peceato B. V. ad proficiendum juvat.
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privilèges, sa fidélité, ses mérites, sa puissance et sa gloire, leur dévotion s'enflammera, et, non contentes de recourir à cette divine Mère pour s'avancer dans la perfection, elles subordonneront tous les autres moyens à ce secours, elles espéreront tout et voudront tout obtenir par elle, selon cette parole de saint Bernard' : « Dieu a voulu que nous eussions tout par Marie. »
VIII. — Si l'on veut que la dévotion envers la Bienheureuse Vierge ait toute sa vertu pour procurer la perfection, on fera de la perfection la fin même de cette dévotion : on vénérera, on aimera, on invoquera Marie dans le but de devenir parfait; et si l'on attend d'autres biens, si l'on sollicite d'autres grâces, tous ces biens et toutes ces grâces seront subordonnés à cette grâce principale et à ce bien souverain *.
IX. — Les pratiques en l'honneur de la sainte Vierge dépendent de la dévotion de chacun. Nous n'avons à signaler que celles qui sont en usage dans l'Eglise.
La plus ancienne et la plus vénérable est la récitation de la Salutation angélique ou Ave Maria. Cette prière est tellement entrée dans les habitudes chrétiennes, que ceuxlà seuls l'omettent qui ne prient plus. C'est une pratique universelle dans l'Église, de réciter régulièrement trois fois par jour la Salutation angélique au son de la cloche.
Le BosAiRE est une pieuse industrie due au zèle de saint Dominique, pour multipUer la récitation de VAve Maria, et fixer l'esprit dans la méditation des grands mystères chrétiens. On sait qu'il se compose de quinze dizaines
1 Scrm. inNat. B. V. de aquœ-ductu, n. 17 : Mariam hanc veneremur : quia sic est volunlas ejus, qui totum nos habere voluit per Mariam. Haec, inquam, volunlas ejus est, sed pro nobis.
2 ScARAMELLi, Dir. CSC. xï. 485, t. 1, p. 218: Se brama il Direttore que la divozione di Maria wa al suc pénitente vero mezzo per acquistare la salute ovvero la perfezione, abbia cura che tutti gli ossequi eh' egli presta alla Vergine , gr indirizzi al conseguimento di questo fine.
à! Ave Maria, précédée chacune d'un Pater, en mémoire de cinq mystères joyeux, de cinq mystères douloureux, et de cinq mystères glorieux de la bienheureuse Yierge Marie, Le Rosaire comprend donc trois parties, qui peuvent se réciter séparément, et dont chacune forme ce que nous appelons un Chapelet. Les Souverains Pontifes, entre autres Léon X, saint Pie V, Grégoire XIII, Sixte V, et plus particulièrement Léon XIII, ont exalté cette forme de prière, parce qu'elle convient également à tous , et qu'elle applique l'esprit aux principaux mystères du Christianisme.
Les personnes véritablement pieuses récitent tous les jours le chapelet, ou du moins une partie. Nous n'insistons pas sur les avantages de celte pratique. Citons seulement cette réflexion de saint Bernardin de Sienne ' : a Apprenez de l'Ange à saluer Marie, et voyez le merveilleux profit qui vous en reviendra : toutes les fois que quelqu'un salue la bienheureuse Vierue, elle lui rend son salut. Car c'est une reine d'une exquise politesse que la glorieuse Yierge Marie, et on ne la salue jamais qu'elle ne rende un déhcieux salut. Si vous dites dévotement mille Ave Maria dans un jour, c'est mille fois que la Yierge bénie vous salue. »
Saint François de Sales- termine ses conseils à l'âme dévote en lui traçant une méthode pour réciter pieusement le chapelet : nous y renvoyons le lecteur.
X. — Le ScAPULAiRE est comme la livrée des serviteurs de Marie. La sainte Yierge promit à saint Simon de Stock, fondateur de la Confrérie du Saint-Scapulaire, que celui qui mourrait avec cet habit serait préservé des feux éternels-^;
^S. Bern. Se-n, t. 4, p. 93: Disce ergo ab Angelo salutare Mariam. Considéra mirificum lucrum; quia cum homo dévote salutat Yirginem, resalutatui ab illa. Est enim urbanissima Regina gloriosa Virgo Maria, ncc polest salut.iri sine resalutatione miranda. Si mille Ave Maria dicis in die dévote, millies a Virgine resalutaris.
' Introd. à la vie dév., ad fin.
3 Cf. Guillaume de Co:(VENTRr, Scutum Caiinelitarum, 164S.
non sans doute que l'on puisse échapper à l'enfer si l'on meurt en état de péché mortel ; mais, par l'intercession de Notre-Dame du Carmel, les pécheurs qui portent le scapulaire obtiendront et accepteront la grâce de leur conversion, ou bien ils s'en dépouilleront avant de mourir par une infidélité qui consommera leur réprobation.
XI. — C'est une excellente manière d'honorer la Mère de Dieu de communier à toutes ses fêtes, et, toutes les fois que l'on communie, de recevoir comme de sa main la divine Hostie. Il ne faudrait pas tenir ceci pour une pieuse illusion : « Je pose pour premier principe, dit Bossuet' dans sa belle théologie sur la sainte Vierge, que Dieu ayant résolu dans l'éternité de nous donner Jésus- Christ par l'entremise de Marie, il ne se contente pas de se servir d'elle comme d'un simple instrument pour ce glorieux ministère; il ne veut pas qu'elle soit un simple canal d'une telle grâce, mais un instrument volontaire qui contribue à ce grand ouvrage, non seulement par ses excellentes dispositions, mais encore par un mouvement de sa volonté. »
XII. — Le samedi est le jour de la semaine, et le mois de mai le mois de l'année particulièrement consacrés à la très sainte Vierge : les âmes soucieuses de leur perfection ne manquent point de s'en souvenir pour ranimer leur dévotion et leur confiance.
XIII. — Il en est qui récitent tous les jours, ou bien une ou plusieurs fois par semaine, l'Office de la Vierge. Cette pratique est d'autant plus efficace pour exciter la ferveur, que l'on comprend mieux les magnifiques louanges que l'Église dans ses prières adresse à la Mère de Dieu^.
XIV. — La dévotion aux Saints est aussi un moyen auquel les âmes ont recours pour s'avancer dans la perfection.
1 1er Senn. pour la Nat. de la sainte Vierge, 3^ p.
2 Faiuon, Vie intérieure de la très sainte Vierge, d'après M. Olier, t. 2, p. 313.
Les vertus des Saints nous sont un excitant précieux. Ils sont des modèles de perfection plus à notre portée, et en les regardant nous concevons mieux en quoi consiste la perfection, et comment les hommes peuvent la réaliser.
Cela est particulièrement vrai des Saints qui ont été dans les conditions où nous sommes, qui ont eu les mêmes ennemis à combattre, les mêmes épreuves à sanctifier. « Entrez en esprit dans cet auguste temple de la gloire, où régnent avec Dieu tant de bienheureux, dirons -nous avec le grave Bourdaloue'. Vous y verrez des Saints qui ont tenu dans le monde les mêmes rangs que vous y tenez aujourd'hui; qui se sont trouvés dans les mêmes engagements, dans les mêmes affaires, dans les mêmes emplois; et qui , non seulement s'y sont sanctifiés , mais, ce que je vous prie de bien remarquer, qui s'en sont servis pour se sanctifier... Dieu a fait des Saints de tous les caractères, autant que la diversité des conditions, des complexions, des génies, des talents, des inclinations l'exigeait pour la perfection et la sanctification de l'univers. C'est dans cette vue qu'il en a choisi de pauvres et de riches, d'ignorants et de savants, de forts et de faibles, dans le mariage et dans le célibat, dans la robe et dans l'épée, dans le commerce du monde et dans la retraite; qu'il a pris plaisir à former les plus grands Saints dans les mêmes états où la sainteté parait avoir plus de difficultés à vaincre... Pourquoi? Non seulement afin qu'il n'y eût personne dans le monde qui ait droit d'imputer à sa profession les relâche ■ ments de sa vie, mais afin qu'il n'y eût personne à qui sa profession même ne présentât un portrait vivant de la sainteté qui lui est propre. »
XV. — De leur côté les Saints ressentent un ardent désir de notre perfection. Dans la pleine lumière qui les
' Serm. sur la sainteté , t. 1, p. 339-342.
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inonde, ils voient que tout est mensonge et vanité, hormis sauver son âme, la reposer en Dieu, la remplir de Dieu; que là est en même temps et la gloire du Créateur et la béatitude des créatures. L'amour qui les transporte pour Dieu, la bienveillance qu'ils donnent à leurs frères leur font souhaiter que tous travaillent de concert à réaliser cette perfection.
Ils ne se bornent pas au désir : ils s'entremettent pour concourir à ce grand dessein. Ils prêtent l'oreille aux supplications de la terre, et ils les appuient auprès de Dieu de tout leur pouvoir, particulièrement en faveur de ceux qui aspirent à marcher sur leurs traces.
XVI. — La dévotion envers les Saints se témoigne par la prière, par la vénération, par l'imitation.
Il faut invoquer les Saints avec foi et persévérance, les conjurant de s'intéresser à notre perfection.
Il faut les honorer par notre zèle à célébrer leurs vertus, à étendre leur culte, à procurer leur exaltation et leur louange. Ce culte est agréable à Dieu, parce que c'est lui que l'on honore dans ses serviteurs, et il accorde plus largement ses grâces à ceux qui lui rendent gloire dans ses élus.
Enfin la vraie dévotion s'attache principalement à imiter les Saints. Il y a une sorte d'indécence à se répandre en sympathie, en admiration, en louanges pour ces amis de Dieu, quand par sa vie on les contredit et l'on oflense le Dieu qu'ils aiment et bénissent.
XYII. — Parmi les Bienheureux, il en est qui méritent particulièrement notre confiance et nos hommages.
La piété catholique place immédiatement après la Bienheureuse Vierge son époux saint Joseph, à raison de sa glorieuse mission, de ses prérogatives de grâce, de sa fidélité singulière, de sa gloire insigne et de sa haute puissance.
Dieu veut que nous honorions d'un culte spécial les patrons particuliers dont on a reçu les noms au baptême, ceux des paroisses, des communautés, et en général les Saints qui ont vécu et se sont sanctifiés dans les lieux où nous sommes.
Enfin chacun a ses préférences, qui se justifient par l'attrait qu'il éprouve et par les grâces qu'il obtient.
XVIII. — Le moyen d'exciter et d'entretenir la dévotion confiante envers les Saints est la lecture habituelle de leurs vies et de leurs ouvrages. On trouvait autrefois dans les familles chrétiennes, à côté de la Bible et de riMiT.\TiON DE Jésus-Christ, les Vies des Saints; on les lisait dans les longues soirées d'hiver, et principalement le dimanche. Aujourd'hui le journal et le livre profane, souvent le roman léger et immoral remplacent ces livres pieux, qui apprenaient la vraie science, découvraient les vrais biens, donnaient les vraies consolations. Puissent les traditions et les habitudes de foi reprendre leur cours au foyer domestique, afin que Dieu soit plus connu, aimé et servi, que les âmes, toutes pleines du sentiment de leur destinée, gardent la foi, l'espérance et l'amour des biens éternels!
Nous touchons au terme.
Notre dessein a été d'exposer cette partie de la théologie sacrée qui montre à l'homme sa fin et sa voie, qui lui apprend comment il se peut achever et parfaire lui-même par la rencontre de l'objet unique et nécessaire de sa destinée, qui est Dieu : la science de la spiritualité, en un mot.
Ce mot désigne et résume tout un monde. Il exprime la partie noble et invisible de l'homme qu'il s'agit de perfectionner, et aussi la source divine de la vie qui, du sein de Dieu, de l'Esprit-Saint, l'amour substantiel de l'adorable Trinité, s'épanche sur les âmes pour les soumettre à la raison et les remplir de Dieu.
Là est la perfection de l'homme, et dans sa perfection est son salut.
Notre premier soin a été de définir la perfection et de la distinguer des notions fausses ou incomplètes, d'indiquer l'étendue qu'elle embrasse, son point de départ, ses -progrès, son caractère obligatoire.
Nous avons ensuite décrit les obstacles qu'elle rencontre en nous et hors de nous, dans la triple tentation suscitée par la concupiscence, le monde et Satan.
Enfin nous avons proposé les moyens tant intérieurs qu'extérieurs qui facilitent la pratique de la perfection.
Toute la théologie ascétique est dans ces trois énoncés :
La perfection,
Les obstacles,
Les moyens.
Nous n'avons envisagé dans le présent ouvrage que les voies communes, le travail de l'ascète, qui, secondé de la grâce divine, combat et triomphe par la fidèle observation des préceptes et des conseils. Les voies extraordinaires, où l'action de Dieu éclate au dehors sous une forme miraculeuse et tend à réduire au dedans l'âme à une heureuse passivité, sont l'objet de la Mystique. Nous avons déjà traité ce sujet avec l'ampleur et les détails que comportent ces difficiles matières.
Dans l'Ascétique, nous avons visé à être plus succinct, nous tenant dans le cadre général de la doctrine et des principes, et laissant à des traités spéciaux les développements faciles et les applications particulières. Nous avons cependant, croyons-nous, suffisamment abordé les détails pour rendre intelligibles et pratiques les règles et les conseils qui découlent de la doctrine.
Avons -nous atteint le but en restant dans la mesure? Avons-nous été à la fois assez doctrinal, pour parler de la sorte, et assez pratique, ne manquant ni à la sobriété ni à la clarté?
Le lecteur en décidera.
Rappelons, en terminant, une double observation de la plus haute importance.
La première est que l'étude et la science de la spiritualité ne dispensent pas des lois de la direction. Notre-
Seigneur impose à tous cette loi, pour prévenir les illusions de l'esprit et réduire souverainement la volonté au bort vouloir divin. Aussi voit-on dans l'Eglise de Dieu, qui est le champ du salut, ce phénomène capable, en effet, d'étonner la sagesse mondaine, d'hommes devenus des maîtres dans l'art de conduire et soumettant humblement leur propre conduite à d'autres guides qu'eux-mêmes.
A plus forte raison doit-il en être ainsi des simples fidèles, qui n'ont reçu ni la mission ni la grâce de gouverner.
Avec cette humble soumission et ce dépouillement de son propre esprit, tout profite à l'ame soucieuse de la perfection et du salut; et, sous un directeur sage et obéi, aucune autre lecture ne lui saurait être plus profitable que celle qui lui montre le but final à atteindre, les obstacles à surmonter et les moyens à mettre en œuvre.
Le second point qu'il est utile de rappeler, c'est combien est nécessaire aux directeurs des âmes l'alliance de l'étude et de l'expérience, de la science des règles et de leur application. La théorie et la pratique sont l'une à l'autre comme deux réflecteurs qui se renvoient leur lumière, et, en se la renvoyant, la multiplient.
Pour les uns et pour les autres, pour les maîtres et pour ceux qu'ils conduisent, la source suprême de l'ilkiminalion intérieure, de l'intelligence et du discernement, est dans l'oraison, dans la méditation humble et amoureuse des vérités saintes, des préceptes et des conseils divins.
C'est pourquoi, à tous ceux qui liront ces pages, nous adresserons, après nous l'être adressée à nous-même, l'exhortation de saint Paul à son disciple Tiinolhée ' : « Mé-
' 7 Thn. IV, 13 : Haec meditare, in liis esto, ut profectus tuus manifestua
Sit OlP'iibuS.
ditez ces choses, soyez-y tout entier, afin que votre progrès ■apparaisse à tous, s
Nous découvrons le but, nous apercevons les obstacles, nous avons devant nous les moyens : déployons nos voiles, tournons les écueils, luttons contre les flots; et, regardant aux signes du ciel , cédant à tous les vents favorables , ramant sans cesse, dirigeons hardiment et sûrement notre nacelle au port.
Que Dieu et le Sauveur Jésus nous soient en aide, avec la Bienheureuse Vierge Marie et tous les Saints!