CHAPITRE III
LES VOEUX. LES DISCOURS SACRÉS D*iELIUS ARISTIDE.
Que demandaient-ils au dieu tous ces suppliants dont nous avons essayé d'esquisser les physionomies variées ? Si Ton excepte les corporations, comme les médecins publics et les Asclépiastes, qui venaient accomplir dans le sanctuaire certains rites déterminés , la plupart de ceux qui fréquentaient l'Asclépieion n'avaient qu'un but , qù'im désir : guérir eux-mêmes ou obtenir la guérison pour les leurs. La force physique, la vigueur du corps, en un mot, la santé, voilà ce qu'on demandait à ce dieu, que l'art représentait sous les traits d'un personnage robuste , à la large poitrine , à la barbe drue , fortifié dès l'enfance par la rude vie qu'il avait menée sur le mont Titthion, en Argolide (1) , ou dans les forêts sauvages du Pélion (2).
De là à l'invoquer en présence du danger , il n'y avait qu'un pas ; il ne devait pas seulement réparer le mal une fois venu : il devait le prévenir. C'est ainsi qu'avant de partir pour une campagne , on se recommandait à lui , ou que , dans une bataille, on lui promettait une offrande, si l'on sortait sain et sauf de la môlée. Un curieux ex-voto d'Athènes paraît faire allusion à un vœu de ce genre. C'est un bas-relief, par malheur très mutilé, provenant des fouilles de la Société archéologique et représentant le dieu assis , le bras gauche nonchalamment posé sur le dossier de son siège; à ses côtés, se tient Hygieia; devant lui, sont rangés quatre suppliants, une femme, un enfant et deux hommes. Sur Tarchitrave de Pédicule , on lit :
...(ov éXeu0epc»6[clc , dtvéOT)]xev (3).
(1) Pausanias, II, 26, 3-6.
(2) ApoUodore, III, 3 ; Eratosthène, Catastéritmes » 40, éd. WestertnanD.
(3) BuU. de corr. heUén., I, p. 157. a. 4. Cf. ibid., II, p. 86.
90 L*ASGLÉPIEION D*ATHÈNES.
Le commencement et le milieu de l'inscription manquent. Mais le sens do la scène se devine aisément. Un soldat, fait prisonnier, a promis à Asclépios de lui consacrer une offrande s'il revoyait sa patrie. Racheté , revenu sain et sauf au foyer domestique , après avoir traversé maint péril , il témoigne au dieu sa recounaissance en lui faisant don d'un bas-relief où lui-même sans doute figure accompagné de toute sa famille. La sculpture , probablement de Tépoifue romaine, est peu soignée; le style en est lourd , le travail grossier. Le sentiment qui a présidé à la consécration de Toffrande n'en est pas moins touchant. Il est intéressant de constater le rôle (jue joue ici Asclépios : ce n'est plus le dieu médecin que nous connaissons , c'est une divinité tutélaire qu'on invoque dans les dangers pressants , une sorte d'ange gardien auquel on se confie pendant le combat ou durant les souffrances de la captivité.
Une autre offrande du même genre se rencontre parmi les débris trouvés sur la pente méridionale de l'Acropole. C'est une plaque de marbre pentéliquo qui ne paraît détachée d'aucun exvoto; elle-même tenait lieu d'ex-voto, fixée sans doute aux parois du temple , comme ces tablettes de marbre blanc portant des inscriptions en lettres d'or, dont la piété populaire tapisse les murs
de certaines de nos églises. On y lit ces mots : Ni «vopocS... .iSr.ç,
ffwôtç (sic) ix iLty%\o*j xtv^uwj, 'A5xXî;wwi x«l *YYteiat euyiqv (1). Le mot x{v$uvoç est vague et peut faire allusion à une maladie. Mais les malades , en général , se contentaient de faire graver leur nom et celui du dieu, avec ou sans 4v»0r,xEv; le motif pour lequel ils avaient con&acré leur offrande était sous-entendu. Il est probable qu'il s'agit ici de quelque danger particulier n'appartenant pas à la catégorie des maux pour lesquels on invoquait ordinairement Asclépios (2). L'auteur de la dédicace, sauvé de ce danger par la bienveillante intervention du dieu , lui on témoigne sa gratitude.
Ce n'est pas seulement à Athènes qu'on regardait Asclépios comme un dieu sauveur, sous la protection duquel on se plaçait dans les périls imminents. Plusieurs inscriptions recueillies par M. K, Stéphanos dans Tile de Syra contiennent les remercie-
(l)'A6«v«iov,V, p. 156. n.9.
(2) La môme expression se retrouve dans une inscription où rien ne fait croire qu'il s'agisse d'une guérison. Voir Le Bas, AtUque, 32 : ZcùOsI; èy jteYaXwv xtvSuvtov, ctxôva Tr,v88 «îjffcv Au<rîpiQr/o; na».àôi TpiToysveî.
Avffi|&axoc Av<rtOtîdov 'AYpu>iiOev.