I. Antisepsie nasale
Les fosses nasales, comme la bouche, sont à l’état normal le réceptacle d’une grande quantité de germes, et leur desinfection présente les plus grandes difficultés. Quoique l’on fasse, on n’est jamais certain de l’obtenir, alors même qu’elles sont normales; a fortiori quand elles sont le siège d’une lésion importante. Mais l’antisepsie préalable de cette région si anfractueuse et il un accès si difficile est encore plus malaisée quand la muqueuse est enflammée chroniquement et surtout produit en abondance des sécrétions mucopurulentes. Les microbes de la suppuration, comme les plus vulgaires, y foisonnent par milliers et, malgré cela, comme pour toutes les cavités naturelles, les antiseptiques forts n’y sont pas de mise. C’est ainsi qu'on doit, en général, écarter l’acide phénique et même le sublimé. M. Terrier
(1) M. T errier fait à Bichat les operations d’ophtalmologie ordinairement le jeudi matin, lendemain du jour de la consultation spéciale des maladies des yeux, des oreilles et du nez.
n’a recours qu'à la solution boriquée pour les fosses nasales.
On sait en outre que, clans tous les cas où il s’agit de muqueuses fort délicates, boursoufflées, se congestionnant facilement, comme la muqueuse olfactive par exemple, il vaut mieux se servir de solutions dégourdies ou tièdes.
a). Le traitement préopératoire consistera donc, dans les cas simples, en l’administration de douches nasales antiseptiques, répétées plusieurs fois par jour et faites comme d’ordinaire, c’est-à-dire autant que possible avec le siphon de Weber (1). Ce siphon sera pourvu d’une canule de verre à gros bout cylindrique, qui ne servira qu’à un seul malade et ne pourra être utilisée pour un autre qu’après stérilisation complète. Dans l’intervalle des irrigations, on la laissera séjourner dans un bocal plein d’une solution de sublimé. (Ce bocal est placé sur la tablette du lit du malade.) On emploiera la solution boriquée tiède et n’opérera que lorsqu’on sera convaincu que de nouvelles irrigations seraient inutiles, que l’on a obtenu le maximum d’antisepsie possible. Cela peut demander plus d’une semaine, si la muqueuse pituitaire est malade depuis longtemps.
Quand l’infection est plus profonde, on peut se risquer à employer, pendant quelques jours au moins, au début de la période de désinfection, la solution de sublimé à 1/2.000 ouau moinsà 1/5.000; mais on surveillera avec le plusgrand soin les gencives et, à la première menace, se bornera à l’acide borique. Si la suppuration nasale est extrêmement marquée (ozène), on pourra introduire dans le nez, pendant un ou deux jours avant l’opération, des tampons ou des petits bourdonnets de gaze iodoformée et procéder dans ce cas comme si l'on faisait un tamponnement modéré des fosses nasales pour arrêter une hémorrhagie (2)- Les instruments qui servent à l’examen du nez (spéculum, etc.) devront être stérilisés après avoir servi à un
(1) On ne se servira pas de seringue.
(2) Faisons remarquer, en passant, qu’il faut toujours faire ce tamponnement des fosses nasales avec des tampons d’ouate stérilisée ou mieux de gaze iodoformée.
malade. Pour ce faire, on emploiera un artifice analogue à celui que nous avons décrit quand nous avons parlé de l’antisepsie vaginale à la policlinique gynécologique.
b) . Pendant l'opération , on pourra faire usage des antiseptiques ordinaires, surtout si l’on ouvre largement la cavité, comme dans une résection du maxillaire supérieur. Les instruments seront stérilisés comme s’il s’agissait d’une opération dans une région quelconque.
c) . Le pansement sera (toujours fait avec de la gaze iodoformée, car dans ce milieu, dont on n’est jamais bien sûr d’avoir obtenu la désinfection, il ne faut pas se borner à employer des substances aseptiques ; elles pourraient souvent n’ôtre pas suffisantes.