ANTISEPSIE DU TUBE DIGESTIF
L 'Antisepsie du tube digestif est, sans consteste, une des plus difficiles à réaliser. Comme nous le montrerons bientôt en la comparant, en particulier, à l’ampoule rectale, la bouche, même à l’état normal, est peuplée d’une quantité innombrable de microbes, les uns inoffensifs, les autres dangereux. Et que dire de l’intestin? — La flore du tube digestif commence aujourd’hui, surtout depuis les travaux de MM. Rappiu, Vignal, Miller, etc., sur les microbes de la bouche, a être assez bien connue; mais que n’y a-t-il pas encore à trouver dans cette voie, surtout pour ce qui à trait à l’état pathologique !
Nous limitant à dessein à la chirurgie proprement dite, nous ne dirons rien de ce qui touche à l’antisepsie médicale et même à Y antisepsie dentaire , car cette dernière sort trop de notre domaine. Pour être décrite d'une façon utile et pratique, elle exigerait d’ailleurs des développements dans lesquels nous ne pouvons entrer. Et pour prendre un exemple — artifice de description qui fixe souvent mieux l’attention du lecteur — nous supposerons qu’il s’agit plutôt d’une tumeur faisant saillie dans la cavité buccale, d’un néoplasme ulcéré, impossible à enlever sans mettre largement en communication l’entrée des voies digestives avec une vaste plaie, déchiquetée et anfractueuse, pouvant s’ouvrir elle-même dans les fosses nasales.
On ne sait pas encore exactement quels sont les microorganismes qu’on a, au préalable, à combattre dans ces cas avant de prendre le bistouri ; quels sont ceux qui prospèrent sur telle ou telle sorte d’ulcération, etc. ; mais
étant donné ce que l’on connaît des habitants accoutumés de la salive à l’état normal, il est avéré qu’il s’y trouve des micro-organismes pathogènes. Pour le chirurgien, jusqu’à plus ample informé du moins, cela suffit largement. On doit donc, avant l’intervention sanglante qui va ouvrir des voies faciles à la pénétration de ces germes pathogènes, tenter de détruire tous ceux qui sont susceptibles de s’y précipiter et d’infecter non seulement les régions voisines, mais l’organisme tout entier. Si l’on n’y arrive pas complètement — ce qui est un fait presque constant pour la bouche et les fosses nasales en particulier, — on peut au moins considérablement gêner dans leur développement ces commensaux dangereux, atténuer en quelque sorte à l’avance leur action nocive et se placer dans les conditions les plus favorables que l’on connaisse aujourd’hui. Et, en modifiant de telle ou telle manière les procédés de la chirurgie générale aseptique avant de les mettre en pratique dans cette région, en les combinant surtout avec ceux qui ressortissent plus spécialement de l’antisepsie proprement dite, on peut aujourd’hui obtenir des résultats sur lesquels on ne pouvait compter il y a quelques années encore.
Certes, il y a déjà longtemps que , pendant les opérations sur le rectum et dans la bouche, on fait des irrigations antiseptiques. Il y a longtemps aussi que l’on pratique des lavages buccaux après les extirpations de maxillaire supérieur, de cancers delà langue, etc. Depuis des années déjà, nous voyons journellement employer dans ce but de l’acide borique, le chloral, l’eau de Vichy, le bicarbonate de soude, etc.; mais combien y a-t-il, même aujourd’hui, de chirurgiens qui, avant d’enlever une langue épithéliomateuse, un rectum ulcéré, se condamnent à faire pendant des semaines, voire même des jours, avant l’intervention — avec le soin tout particulier que réclame l’état de quelques néoplasmes, — le traitement antiseptique préopératoire de la tumeur et de la région qu’elle envahit et qu’elle infecte ?
Jusqu’à ces temps derniers, ce traitement antiseptique préopératoire n’avait été érigé en méthode que pour la
surface cutanée. On avait totalement oublié les surfaces muqueuses. On voulait bien consentir à « astiquer » — qu’on nous passe cette triviale expression — la peau du sujet avant de l’inciser; mais on ne songeait guère à nettoyer ses muqueuses avant d’y couper à plaisir. ;Les spécialistes, les premiers, en ont reconnu l’utilité: ils ont créé l’antisepsie génitale, l’antisepsie oculaire, nasale, auriculaire, préopératoires dont nous avons ébauché l’histoire; puis on a songé aux organes urinaires, (Terrier, Guyon, etc.) . Mais , malgré les travaux de l’Ecole du Pr Bouchard, on n’a, dans le domaine chirurgical, utilisé les ressources de l’antisepsie préventive du tube digestif que tout récemment. C’est par l’extrémité inférieure de ce canal que l’on a commencé, quand on a voulu tenter chez nous les résections rectales ; il importe désormais de continuer à travailler dans cette voie. C’est pour cela qu’il est utile, dès aujourd’hui, de décrire avec détails ce que l’on sait sur V antisepsie bucco-pharyngée , l'antisepsie intestinale proprement dite et l'antisepsie rectale.