III. Comparaison de l'antisepsie buccale et rectale
Il est une question un peu délicate que nous aborderons en terminant. Nous voudrions en effet montrer,
(1) Il y aurait bien un moyen d’assurer encore mieux l’antisepsie rectale avant d’enlever, par exemple, le cancer qui la nécessite: ce serait de faire au préalable un anus contre nature temporaire, par où toutes les matières fécales s’échapperaient. De la sorte, le rectum pourrait être désinfecté et par l’anus normal et par le bout inférieur de l’intestin. Nous croyons pourtant que ce procédé complexe et peu pratique, bon à recommander quand il s’agit de désinfection et de résection du gros intestin et même de l’intestin grêle, est inutile à l’heure actuelle pour la majorité des interventions sur le rectum. S’il devait être recommandé, ce ne serait, en tous cas, que chez des malades spéciaux, à état général mauvais, qui ne pourraient supporter une diète lactée prolongée , l’usage du naphtol P. — Voir eas de Schede, Lauenstein (Congrès de Berlin, 1890); Polosson, Durante (69 Congrès des Chir. Italiens , H avril 1887); etc., etc.
(2) Bull, et Mém. de la Soc. de Chir., 1890, p. 406.
quoique cela paraîtra encore à beaucoup légèrement paradoxal, quelle différence il y a entre le rectum et la bouche au point de vue de la possibilité de leur désinfection et indiquer pourquoi l’antisepsie rectale nous semble bien plus facile à réaliser que l’antisepsie buccale.
Il est d’abord plus aisé, on le reconnaîtra sans peine en y réfléchissant quelques instants, de nettoyer et de maintenir sans microbes un rectum normal qu’une cavité buccale saine. Il n’y a pas, en effet, nous l’avons vu, de meilleur milieu de culture, d’antre où florissent avec plus d’éclat un aussi grand nombre de microbes. La flore buccale, comme on l’a dit, est une des flores régionales les plus riches, non seulement du département du tube digestif, mais de tout le corps.
Le rectum, au contraire, n’a rien d’analogue à cet affreux repaire de brigands ; il n’a rien de commun avec une caverne, car il est plutôt une sorte de canal (1). En tous cas, on ne trouve point là ces diverticules nombreux que présente la cavité buccale, ces nids à microbes, correspondant aux intervalles qui séparent les dents, aux points de carie dentaire si fréquents même à l’état normal, aux sillons alvéolaires, etc.
S’il n’en est plus ainsi dès qu’il y a une lésion ulcérée du rectum, si le contenu de ce canal se rapproche alors de ce qui existe pour la bouche en ce qui concerne les microbes dangereux, il est cependant facile de comprendre pourquoi on peut y faire une antisepsie plus parfaite (2).
(1) Miller, sur les 25 espèces de la bouche qu’il a déterminées et énumérées, n’en a retrouvé que douze dans les selles. Vignal, sur les 17 qu’il a trouvées dans la salive, n’en a rencontré que 6 dans les matières fécales. Il est vrai qu’il y a découvert en outre un Streptococcus, un Coccus et deux Bacilles. Aujourd’hui, on ne sait pas cependant, d’une façon précise, combien l’on trouve d’ordinaire de microbes pathogènes dans l’extrémité inférieure du tube digestif et quels sont ces microorganismes.
(2) Les antiseptiques pénètrent plus facilement dans les anfractuosités d’une ulcération où se multiplient les microorganismes que dans les cryptes amygdaliennes et surtout les espaces interalvéolo-dentaires et les fissures qui en partent, de même que dans les multiples conduits des glandes salivaires.
De plus, dans les cas de lésions limitées, les cancers élevés du rectum opérables par exemple, on peut être plus radical, car, le mal une fois enlevé, on aura généralement un nouveau rectum qui ne sera plus infecté, puisqu’il sera reformé avec des portions d’intestin non malades. Il est impossible de faire quelque chose d’analogue dans le cancer de la langue, par exemple.
On voit donc qu’au point de vue de la possibilité du développement ultérieur des accidents septiques, après ablation du néoplasme, les tumeurs du rectum, comparées à celles de la région buccale, sont celles qui présentent le moins de gravité. C’est par cet argument topique que nous voulions terminer pour montrer que, désormais, on doit entreprendre la chirurgie rectale avec une bien plus grande confiance que jadis, puisqu’elle est moins grave que la chirurgie buccale qui, elle, a toujours trouvé depuis longtemps des défenseurs fervents.
ÔHÀBlTËË IV
ANTISEPSIE VAGINO-UTÉRINE
La désinfection du canal vulvo-vagi no-utérin est surtout délicate dans la partie la plus élevée de' ce canal (l’utérus), à moins de dilatation préalable. Tant qu’à agir sur les trompes, jusqu’à aujourd’hui du moins, on n’a pu y parvenir d’une façon suffisamment certaine et suffisamment pratique pour que nous y insistions davantage. Par contre, la partie vaginale est plus facile à désinfecter, en raison même de ses dimensions et de sa conformation anatomique.
L’antisepsie du conduit vagino-utérin, telle qu’elle est pratiquée à l’Hôpital Bicliat (nous laissons de côté, bien entendu, tout ce qui concerne l’obstétrique), a été décrite par notre ami et prédécesseur, M. le Dr Hallé (1). Nous lui emprunterons donc la plupart des éléments de cette note qui n’est que le résumé de son important travail. Nous y ajouterons toutefois les renseignements pratiques qu’il avait dû passer sous silence et les modifications récemment apportées dans l’organisation du service au point de vue de la chirurgie gynécologique.
Tout ce que nous allons dire s’applique aussi bien aux interventions dans les régions voisines de la zone génitale qu’aux opérations sur le vagin et l’utérus. L’antisepsie vagino-utérine doit, en effet, être faite avec grand soin, non seulement quand il s’agit d’explorer l’utérus et ses
(1) Hallé. — Thérapeutique utérine antiseptique; in Gazette des Hôpitaux , 11 février 1888, p. 149. — Voir aussi pour tout ce chapitre: Pozzi. Traité de Gynécologie , Paris 1890, passim, et les traités classiques d’ Antisepsie et de Gynécologie.
annexes, ou bien de les enlever par la voie sus-pubienne, mais dans la plupart des cas de laparotomie, lors des opérations qui portent sur l’extrémité inférieure du tube digestif ou sur les voies urinaires de la femme. Ces différentes régions sont trop connexes pour que l’état d’infection de l’une ne retentisse pas sur l’autre,
Les parasites qui vivent d’ordinaire dans les voiës génL taies chez la femme sont encore mal connus ; toutefois* depuis les recherches de Winter, Steffeck, Dœderlein, etc., on sait que le vagin et la cavité cervicale de l’utérus en renferment un grand nombre d’espèces et d’individus ; que Winter en a compté jusqu’à 27. Aussi, pour éviter toute inoculation à la moindre intervention sanglahte, est-il nécessaire de faite avec le plus grand soin l'antisepsie vit P va ire, vaginale et intra-utérine.
Mais avant d’indiquer quelles sont les précautions à prendre pour y parvenir* un mot d’abord sur le matériel employé spécialement dans ce but;