‹ L'Asepsie IntestinaleChapitre 22 sur 30 · PRE · texte numérisé non relu

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moindre aussi est la quantité de toxines résorbées, de poison alimentaire, de « poison vaso-constricteur >» comme l’appelé M. Huchard.

D'ailleurs malgré ses avantages, ce n’est plus au réqgIme végétal ou même végéto-carné qu'ont recours M. Huchard et son élève dans les crises de dyspnée ; c’est au laitSeul, au régime lacté, que nous allons maintenant étu-

dier.

\ S3. — Le régime lacté.

Hippocrate et Galien ont.vu dans le lait plutôt un remè-. de qu’une substance nutritive ; 1ls lappelaient l'aliment médicamenteux. Cependant même en reconnaissant au lait des qualités thérapeutiques, Hippocrate ne le permettait pas aux fiévreux. Cette défense est article de foi jusqu’à Brouscais qui soumet ses fébricitants à la diète absolue. Graves et Trousseau réagissent, veulent alimenter leurs malades fébriles et leur donnent du lait. Le régime lacté a été l’objet d’une foule de travaux trop nombreux ponr que nous puissions les citer. D'ailleurs nous étudierons seulement ici les chapitres nécessaires au. développement de cette idée : Le régime lacté moyen d’asepsie intest:nale.

Le lait est un aliment complet, il contient tous les matériaux nécessaires à la nu‘rit'o1 : eau, sels, matières protéiques, principes ternaires hydrocarbonés, graisses. Selon son origine ces matériaux sont contenus dans des propor-.

tions différentes ; ce tableau de Féry nous le montre.

Pr

Femme Anesse Vache Chèvre Densité 1033 50 1032 10 J033 40 1038 85 Eau 900 10 914 910 08 869 52 Extrait sec 133 40 LI810 12332 164 32 Beurre 43 43 30 10 34 60 68 Sucre 76 14 69 30 02 16 48 56 Caséine 10752 12:30 28 12 44 37 Sels AE 4 50 (6) 9 10

Deux remarques s'imposent immédiatement : le lait de vache, celui que l’on donne aux malades et le seul que nous aurons dès à présent en vue, contient beaucoup ee moins de principes lernaires (beurre et sucre) que celui 7. de la femme, et renferme près de trois fois plus de 4 matières azotées. Le lait de vache n’est donc pas pour en l’homme un aliment parfait; il ne contient pas les principes nutritifs en proportion harmonique, il n’est que le moins imparfait des #ngesta.

I'est donc nécessaire de rechercher quelle est la quantité de lait suffisante à notre entretien. D'après Payen un #2 = homme de 74 kilogs élimine quotidiennement :

AZ RE 20 gr: Ééthon AT Ne ere 310 gr.

A taie OU à 590 gr.

Re Dole ent ee. 0 dOÛ Que

Pour réparer ces pertes l’homme doit ingérer les quan-

tités suivantes indiquées par Moleschott :

#0 Principes quaternaires protéïques . . 124 gr. “3 Principes ternaires hydrocarbonés. . 430 gr. À — EDTAISSES AR MTS 55, gr) hr:

or

Examinons combien il faut ab;orber de litres de lait par jour pour attendre ces moyennes.

Deux litres de lait contiennent : Trois Quatre litres litres.

Principes quaternaires protéiques. 56 gr. 84 112 — ternaires hydrocarbonés. 104 156. 208 — —- DLASE, ANT IE 68 102: 2.156 ES PU A en nv.

SE CPR RP DE TD AE TU En ee PE 12 18 2:

Un homme doit donc prendre quatre à cinq litres de lait par jour pour arriver à la ration alimentaire de Moleschott. Les chiffres donnés par cet auteur concernent l’homme sain livré aux occupations journalières ; ils doirvent être considérablement abaissés chez le malade couché toute la journée n’usant qu’un minimum de matériaux, et dont les fonctions sont ralenties. Toutes ces raisons et la sous-alimentation parfois voulue du malade font que l’on atteint rarement les moyennes de Moleschott..

Comment administrer le lait?

Le lait peut être donné cru ou cuit. Le lait cru plaît mieux aux malades. Il n'offre aucun inconvénient sl vient d'animaux sains. Pour certains auteurs, il serait plus digestible que le lait cuit, mais l'accord est loin d’être parfait sur cette question. Le lait cuit doit pour être stérilisé avoir été soumis au bain-marie d’eau bouillante pendant trois quarts d’heure. Son utilité est incontestable dans l'alimentation de l’enfant et en temps d’épidémie ; nous le verrons, son action quant au microbisme intestinal n’est pas différente de celle du lait cru. Au contraire de lopinion émise plus haut M. Reichmann croit le lait cuit plus digestible que le lait cru. ue,

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Le lait peut être employé en totalité ou en partie. En effet certains dyspeptiques, pour qui les graisses sont toujours pénibles, ne peuvent digérer le beurre ; il faut .donc écrêmer le lait ou même parfois donner seulement du petit lait, c’est-à-dire du lait privé de beurre et de caséime. Les laits fermentés comme le Képhir et le Koumys, ce dernier étant du lait de cavale, sont plus diges- 5 tibles que le lait ordinaire, et il y aura souvent intérêt à les prescrire.

Diverses substances médicamenteuses ou simplement 4 nutritives peuvent être ajoutées au lait: le sucre, le sel marin, les eaux gazeuses acidalées, les eaux alcalines comme Vichy et Vals. Mais on doit préconiser surtout l’eau de chaux à la dose d’une cuillerée à café, par tasse à thé de lait. ; ne __ Certains praticiens accordent beaucoup d'importance à la régularité des prises de lait. D'après eux cet aliment

= doit être donné d’une façon rythmique toutes les deux ou

trois heures. L’estomac pourrait ainsi se reposer dans

l'intervalle des digestions. Pour d’autres au contraire le

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lait doit être pris non pas en grandes quantités espacées,

mais par petits volumes à intervalles de temps irréquliers et rapprochés. L'étude physiologique de la digestion du lait donne raison à cette dernière manière de voir. On a sur la digestion du lait chez l’homme des données assez précises. Nous ne rappellerons pas les recherches si connues de W. Beaumont et de Spallanzani. Il nous suffira de dire, que pour ces auteurs, le séjour du lait dans lestomac n’excède pas une heure et demie à deux heures, et

qu'il serait même plus court d’après M. Richet : « en par- -

==80 = ticulier le lait paraît être de tous les aliments le plus facilement digéré; après une heure c’est à peine sl enreste quelques traces ».

Sous l'action du ferment lab, le lait se coagule rapidement dans l’estomac; on.a pu le dire avec raison: « c’est un aliment liquide dans la bouche,solide dans l’estomac ». Cette coagulation résulte du dédoublement de la caséine en albumose et substance caséogène. Tandis que lPalbumose reste dissoute, la substance caséogène se combine aux sels de calcium pour former le caséum. Disons-le tout de suite, ceci expliquerait le rôle bienfaisant de l’eau de chaux dans la digestion du lait. Il existe donc à ce moment dans l’estomac deux parties : l’une solide, le caséum, enrobant dans ses mailles une certaine quantité de globules gras du lait; l’autre liquide comprenant Peau, les sels, le sucre et l’albumose. Ces diverses parties subissent ensuite les transformations suivantes : |

Le caséum est attaqué par la pepsine et l’acide chlorhydrique, redissous et transformé en peptone c’est-à-dire en albumine absorbable. Le suc pancréatique achève d’ailleurs l’action du suc gastrique, si elle a été incomplète. L’albumose subit le même sort que le caséum. L’eau, les sels sont absorbés eu nature. Le sucre est transformé en galactose pour les uns, en acide lactique pour les autres.

On comprend äonc maintenant pourquoi l’administration

du lait par petites quantités est préférable. Il se forme |

ainsi de petits coagula bien plus facilement attaquables et digérés par le suc gastrique, qu'un gros coagulum,

fut-il dans l'estomac. Selon une comparaison très juste

de M. Gilbert, il se passe ici un phénomène analogue à celui du bloc de glace résistant longtemps à la fusion tandis que des cristaux multiples et pilés arrivent très vite à la complète résolution.

Nous nous sommes étendus avec quelques détails sur la disgestion du lait ; c’est en effet une question très importante pour la réalisation de l’asepsie intestinale. Nous allons le voir en étudiant les effets physiologiques du lait, cet aliment est un moyen d’asepsie surtout par sa facile et presque entière digestibilité. Il faudra donc quand on voudra réaliser l'asepsie intestinale ne pas se contenter de prescrire le lait mais s'informer encore de sa digestion, la faciliter, la rendre complète pour réduire au minimum les déchets nutritifs, facteurs des pullulations microbiennes.

Nous passerons rapidement sur les effets physiologiques du régime lacté, étrangers à ceux qui dérivent de lasepsie intestinale.

Le malade ne prenant que du lait a la langue blanche, l’haleine fade, une soif vive. Sa langue est blanche parce que les aliments solides étant supprimés, la mastication et l'insalivation ne fonctionnent plus. Les alimentssolides ne

râclent plus mécaniquement le dos de la langue, la sali-

- ve n’en balaie plus les débris épithéliaux et l’enduit blan-

châtre qui couvre la langue se forme sous leurs couches successives. La soif est vive par la suppression de la salive et l'extrême activité da la fonction urinaire.

D’autres troubles se font encore sentir du côté des systèmes nerveux et musculaires. Le malade a le cer-

veau un peu vide, les jambes molles et les muscles sans Dardelin ; e (o

force. L’abolition des excitants ordinaires café, alcool, thé suffit amplement à expliquer la légère dépression nerveuse. La suppression de la viande qui constitue d’habitude une sorte d’opothérapie journalière donne la raison de la faiblesse musculaire.

Ce sont là, en somme, de légers inconvénients ne devant guère nous arrêter en comparaison des immenses avantages du régime lacté. Deux appareils en bénéficient surtout : les reins et le tube digestif.

Le lait est un puissant diurétique. La cause en est à la grande quantité d’eau qu’il fait entrer dans l’organisme à l’élévation du taux de l’urée qu'il produit, à la lactose, qu'il contient. Sous son influence, la quantité des urines augmente leur couleur devient moins foncée, leur densité diminue. D’après M.Chibray le taux de l’urée s’accreît de 60 0/0. Le cœæfficient uro-toxique diminue et si cer-

tains anteurs l’ont trouvé augmenté au début du régime, c’est qu'il se produit alors une sorte de lavage de léconomie.

Les fonctions digestives sont encore influencées d’une façon plus salutaire. Le malade éprouve une sensation de

très grande liberté au niveau de l’estomac et de l’abdo-

men. 51 elle existait la diarrhée cesse et la constipation

s'établit, Les matières évacuées chaque jour restent assez volumineuses mais sont diminuées de poids ; leur couleur

varie du mastic au jaune d’or, suivant les variations d’in-

tensité dans l’action cholagogque dulait ; leur odeur habi-

tuelle est perdue et leur putridité diminuée. Tous ces faits ne sont que des résultats objectifs d’une action uni-

que, l’asepsie intestinale.

Mais ici nous cédons la parole à notre maître, Ilafait

DSL sur ce sujet une importante communication à la Société de biologie dans sa séance du 24 avril 1894.

« Le régime lacté exerce une action remarquable sur le chiffre des microbes que contiennent les fêces de l’homme et des animaux.

Nous avons soumis un homme adulte normal dont les fèces renfermaient, dans les conditions de l’alimentation ordinaire 67.000 germes par milligramme, à Palimentation intégrale lactée pendant cinq jours (1). Au bout de deux jours lès fèces ne contenaient plus que 14.000 microbes ; au bout de trois jours 5.000; après quatre jours 4.000 ; après cinq jours 2.250 (2). Le poids du bol fécal qui chez ce sujet soumis à la nourriture habituelle atteignait 175 grammes, s'était réduit à 73 grammes, et ainsi le nombre des microbes quotidiennement éliminés par la voieintestinale était tombé de 11.725.000.000 à 164.250.000. Bref le régime lacté avait eu pour effet de réduire le microbisme de fèces à 1/71° du taux physiologique.

Ce résultat a été obtenu après l'emploi du lait non stérilisé. Chez une malade (3) qui depuis vingt jours était au régime lacté absolu et qui depuis dix jours ne prenait que du lait stérile nous avons noté l’existence dans les fèces de 3.000 microbes par milligramme, c’est-à-dire, un chiffre peu différent de celui obtenu dans notre premier

cas et non inférieur à lui.

À. Cet homme a pris 2 litres 1/2 de lait par 24 heures. 2. Dans toutes les numérations, il s’est agi de colonies non liquéfiantes.

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