‹ L'Asie centrale à vol d'oiseauChapitre 2 sur 6 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Ï.KS âTRPrF,l?l AftALCl-CASPIî;N>?KS. — TURKOMAN

Les steppes aralo-caspiennes ont été le f inier Lhèâlre ou cht^mp de balai lie sur leq Ke soul loneoiiLrèey les dtux grandes ra!

humaines i Aryens, venus du midi, Tôt niem^ venus du ûord-est; et les héros rÉran comme ceux du Touran rempHss^ de leui's exploits et de leur.s luUes giganles(f le Zend-Avesta, ou livre sacré des Pars Plus lard nous retrouvons encore, entre TOî et riaxarte, les longues guerres entrepri par Cyrus et Darius, llls d'IIystaspe, con les Massage tes et les Scythes, cavaliers errai et vagabonds, qu'Alexandre trouve aussi i vaut lui iorsqu il va tenter la conquête de Ma

canda et de Bactres, avant de pénétrer dans les Indes.

Plus tard, ce fut par là que s'écoulèrent toutesleshordesasiatiques, qui, depuis celles du légendaire Odin jusqu'au temps de Mounzouk, père d'Attila, seprécipitèrent sur le vieux monde, que Rome avait pour ainsi dire tout entier façonné à son image ; et par cette voie, qu'avaient jalonnée tant de déprédations et de massacres, vinrent aussi les guerriers de Baïan et d'Arpard, les tribus armées de Gengis-Khan et deTimour, sans compter les Turcs Seldjoucides et Ottomans, dont les derniers descendants s'étendent des rives du Danube à celles de l'Amou- Daria, et remplissent encore de leur histoire toutes les annales des temps modernes.

C'est contre eux que le grand empire moscovite du « Gzar Blanc » a entrepris une lutte acharnée, poursuivie depuis Pierre le Grand ; et en même temps que la Russie cherche à rejeter les Osmanlis en dehors de la péninsule des Balkans, elle engage d'autre part une guerre à mort contre leurs frères les Turkomans de la steppe, le premier des peuples que nous rencontrons sur notre passage dans notre excursion à travers l'Asie centrale.

Les Turkomans se donnent le nom de Turkmen ou de Turcs par excellence. Ils occupent tout l'espace, généralement inculte et désolé, qui s'étend au sud de l'Oxus, entre la mer Caspienne et le territoire de Balkh, et poussent même leurs déprédations jusque dans les environs de Hérat.

Ils se divisent eux-mêmes en huit peuples différents ou Khalks; mais ces Khalks se rattachent aux trois branches principales entre lesquelles se partage cette race : les Jomouds^ les Groklans et les TékMs,

Les Jomouds occupent le littoral oriental de la mer Caspienne et se répartissent en. tribus ou Tcharva^ qui vivent séparément dans la vallée de TAtrek inférieur, péchant à l'embouchute des rivières, cultivant au printemps quelques terres fertiles, et émigrant en été sur les hauteurs du sud. — A Test des Jomouds s'étendent les Goklans, avec trois mille tentes ou kibitkas, errant au hasard à travers les steppes arides du Kara-Koum. Quant aux Tekkés, ils forment la branche la plus connue et la plus redoutable de la race turkomane. C'est contre eux que les Russes opèrent aujourd'hui avec des alternatives de revers et de succès, sans

espoir de les soumettre bientôt à leur domination effective. Ils occupent une longue et étroite oasis, qui s'allonge du nord-ouest au sud-est, entre la crête du Kouraz-dagh et quelques collines sablonneuses du sud. Cette vallée, dite vallée d*Arkatch, est arrosée par de nombreux cours d'eau, et défendue par ime série de quarante-trois petits forts détachés, qui s'étendent sur toute sa longueur, jusqu'à quelque distance de Merv.

C'est une population moitié nomade, moitié sédentaire, et divisée en tribus distinctes, vivant chacune dans un village que gouvernent les anciens. Ces villages, dits aouls^ se groupent autour d'un fort destiné à en défendre l'approche. Mais, unis entre eux par les intérêts communs que fait naître le souci de la défense ou l'espoir du pillage et du gain qu'il apporte avec lui, les Tekkés sont, parmi les Turkomans, les plus belliqueux et les plus redoutables. Avec leurs excellents chevaux, habitués à dévorer l'espace et à souffrir sans trop grande fatigue la soif et la faim, ils sont devenus la terreur des Perses leurs voisins, qui les craignent à l'égal des démons ou des mauvais génies du désert.

L'ASIE CENTHALE

En 1873, les colonels Markeaov et Slo!

fireoL une reconnaissance dan 5 une partie Toasiscles Tekkés, (jne ceux-ct avaient mofll lanémeat abandonnée avec leurs forts. M peut-on se faire nne idée de ce iprest un | en leraps ordinaire. Des deux eûtes du fol grou^ient les kibi t kas ,(qii i conti e nnenl, chacÉ des sacs de maïs, de riz, de blé ou de sofj et, pour ameublement, des feutres, des tapi quelques usteni>iles de ménage. Dans d'elles on trouva un appareil à fendre le cuii dans quelques autres, des instruments agrifi grossièrement fabriqués, et des métiers à ti des tapîs. Chevaux, bétail, cochons et viûà ermient encore à Tentour. Près du fort bH daient des jardins plantés de peupliers; el< le voisinage tournaient quelques moulins à|

Jaloux et fiers de leui' indépendancôi Tekkés ne consentiront pas facilement à i| 1^ volontés de la Russie; et depuis 1873, <p

sont entrés avec elle en relations plus moins hostiles, ils ont su conserver l^ut nomie entière.

En général, le Turtoman est dé moyenne. Assez bien proportionné, d une constitution robuste qui lui pertacti

supporter assez longtemps les privatioûs et les fatigues. Il a la peau à peu près blanche, la physionomie ouverte, les pommettes saillantes, le front large et la boite osseuse assez développée. Son œil bridé et fendu en amande est vif et intelligent; le nez petit et retroussé ; les lèvres grosses et sensuelles. Son costume se compose d'un large pantalon, tombant sur le pied et serré à la hanche ; d'une chemise sans col et ouverte sur le côté jusqu'à la ceinture, qui tombe par-dessus le pantalon jusqu'à la cuisse. Par -dessus, une ou plusieurs grandes robes sont serrées à la hanche par une ceinture en étoffe de coton ou de laine. Les manches en sont très longues et très larges. La coiffure consiste en une calotte, qui remplace les cheveux, mais qui est recouverte d'une sorte de chevelure factice. La chaussure consiste en babouches, remplacées en hiver par les bottes, que portent également les femmes. Le costume de celles-ci ne diffère pas essentiellement de celui des hommes ; mais il se couvre d'une foule d'ornements et de brimborions en métal et en verre, sans compter les boucles d'oreilles en argent, les bracelets, les colliers, les chaînettes, les plaques rondes, etc.

Lorsqu'une douzaine de femmes vont ensemble chercher de leau, le cliquetis produit par leurs bijoux ressemble assez au bruit des sonnettes d'une caravane de mulets. Souvent on voit les femmes les plus pauvres, vêtues d'un accoutrement sordide, chargées néanmoins de parures variées, dont elles ne se séparent jamais, pas même pour dormir. La coquetterie est de tous les pays !

Leurs mœurs forment un mélange véritablement disparate, où Ton retrouve à la fois les vertus et les qualités de l'homme déjà civilisé, et les coutumes grossières des peuples primitifs. Chez eux, la loyauté est hautement prisée, et qui viole sa parole est pour toujours rejeté de sa kibitka. On mettra deux et même trois mois à discuter un marché; mais, une fois conclu et accepté de part et d'autre, il sera définitif. « La parole d'un Européen, disent -ils va jusqu'à la ceinture; celle d'un Turkoman monte jusqu'à la barbe. » L'hospitalité, comme chez tous les peuples nomades, est la première des vertus ; et l'hôte récusons la tente devient moralement le chef de la famille, dont tous les désirs sont prévenus, et les conseils écoutés. La musique et la danse, le chant et la poésie

comptent parmi les amusements les plus populaires; et en cela les Turkomans sont bien frères des Arabes. Le hartchi^ ou musicien de profession, s'en va, comme autrefois Taède et le trouvère, de tente en tente faire entendre des chants de guerre ou d*amour, et, pendant toute la nuit souvent, retient ses auditeurs attentifs autour de lui. Il n'est cadeaux recherchés qu'on ne lui fasse, ^ prévenances qu'on ne lui montre. Mais le bartchi, parait-il, est parfois capricieux, fort chatouilleux surtout sur le point d'honneur. 11 connaît son pouvoir et souvent en abuse, pour arracher plus que ses services ne réclament à ses admirateurs enthousiastes.

Chez les Turkomans, la mariée s'achète, comme ailleurs dans toute l'Asie centrale; mais le prix varie suivant sa beauté et ses grâces. L'époux donnera de150àl60 timans c'est-à-dire de 660 à 720 francs, pour une fiancée belle et séduisante ; mais parfois il descendra à 60 ou 80., même à 15 ou 20, quand son choix ne réunira pas tous les charmes que recherchent les plus raffinés. Dernier détail de mœurs : la graisse et l'huile jouent un grand rôle dans la toilette des femmes, surtout chez

"ik L*ASIE CENTRALE

les Tekkés. Après chaque repas, elles se lèchent les doigts, se frottent les mains jusqu'aux poignets, de manière qu'elles soient également graissées ; ensuite elles se les passent sur la ûgure aûn de donner de la souplesse et du luisant à la peau. « Un soir, dit un voyageur. J'étais en train d'allumer un lampion dans ma kibitka, quand accoururent des voisines, qui vinrent successivement tremper leurs doigts dans mon huile ou faire fondre un morceau de graisse de mouton à la flamme.

Avec cette huile ou cette graisse, elles oignaient leur figure et celles de leurs enfants. » C'est là un cold-cream assez primitif, et qui certes vaut bien celui de nos élégantes d'Europe; car avec lui, du moins, on ne risque pas de s'empoisonner les tissus de la peau.

Des Turkomans, passons aux Kirghises^ qui vivent au nord de TOxus, à travers les sables du Kysyl-Koum, et peuplent la plus grande partie du nouveau territoire russe annexé,!

dans le Turkestan, depuis ces trente dernières années. C'est là aussi une population nonaade,| de race ouralo-altaïque, la plus anciennemeDij connue, du reste, et dans laquelle les ethnographes veulent voir le type primitif du Turt

« Ils constituent, dit l'un d'eux, la race primitive d'où sont issues toutes les nations turques. Je n'ai pas su découvrir, dans le turk qu'ils parlent, un seul mot persan ou arabe, et leur dialecte peut être considéré comme la meilleure transition du langage mongol au langage du Djagataï. Le type de leur physionomie se prête à une remarque analogue. Leurs yeux obliques, leur menton sans barbe, leurs joues proéminentes, les assimilent aux Mongols, etj pour la plupart très petits, ils montrent une agilité surprenante. » On peut voir dans les Kirghises de nos jours les descendants directs des anciens Scythes^ qui dès la plus haute antiquité erraient à travers ces steppes immenses, où Hérodote, un des premiers, fit pénétrer l'histoire et la géographie.

Mais les Kii^hises se divisent en deux branches principales : les Kirghises Bourouts o\x Kara-Kirghises (Kirghises noirs), à l'est, et les Kirghises-Kaïzahs (Kirghises vagabonds), à l'ouest, voisins des Turkomans et des Khiviens.

Les Kar a-Kir ghises ou Kirghises Bourouts errent sur une grande partie de l'Asie centrale, depuis le pied de l'Altaï, au nord, jusqu'au bas-

L*ASIK CKKTftAte

sin dérOxua et même de rindus, au sud, ?

l?s rettx>uvoQs plus loin dans le Thib^l t Kacb^arie. Ils occupent potir ainsi dire mal Ires la Dzoungarie, le Kbokand or ici lus principautés indépendantes du Pamir e haut Oxus, pillant indifféremment les ] mouks de la Sibérie, les Badjiks du Khnk les Ouïbeks de Boukhara et de Kachgai même les Chinois lliibétains. Maia c^ lagcs, organisés sur une vaste échelle» et harantas^ les enrichissent peu ; et, parm populaLioûs asiatiques, ils peuvent j^sser les plus misérables. Chez eux, du resU religion musulmane, qu'ils professent en parence, n*est qu'un grossier fétichisme, vrognerie est très répandue , et les m* sont complètement dissolues. Ils ne se lèvent dans Veslime du vojageur civ que par la haute vénération qu'ils proies pour leurs ancêtres, et par le culte dont ile toureut leurs morts. Toucher à une sépul est à leurs yeux le plus grand sacrilège, ont également pour le feu un reste d'adora qui rappelle probablement lancien culU Zoroastre, auquel ils devaient être soumis a de connaître T islamisme, U est de la plus li

iconvenance de erachar dans le foyer ; et, penant la nuit du jeudi de diaque semaine, ils ratiquent une eérémonie spéciale qui consiste . aviver les flammes en y jetant de la graisçe» rendant qu*à Tentour du feu neuf d*entere eux iennent, chacun, une lampe allumée, et qu*un Jollah dit des prières.

Mais nous avons moins à nous occuper ici les Kir g Aises Bourouts que des Rirghises Kaï- 'aks^ ou Kirghises deToccident, dont les tribus partagent avec celles des Turkomans la possession de la plaine aralo-caspienne. Les Kaïsaks, au nombre de 1,000,000 environ, se divisent en trois groupes ou hordes : la grandd lorde^ à Test, h.petite horde^ au nord et à Touest, ît la horde moyenne^ au milieu. Le mol horde trient du mot turc ordoUy campement, que nous retrouvons encore aujourd'hui dans l'expression àQOurda^ citadelle, généralement employée \ Tachkend, à Ehokand et dans le Ferghana.

Chaque horde se divise à son tour en districts ^ gouvernés par des Sultans, choisis à l'élection pour trois ans, rééligibles et portant le titre de grand , pendant la durée de leurs fonctions. — Chaque district comprend de 1 5 à 20 cercles^ avec un chef élu pour

deux ans; chaque cercle se subdivise en 10 ou 12 aouls, ou villages, qui comprennent environ 50 ou 60 tentes ou kibUkas; et c'est encore à l'élection que le chef de chaque aoul doit son pouvoir.

C'est là, nous le voyons, une administration assez savamment organisée et qui témoigne, chez les Kaïzaks, d'un sage esprit politique. Ces Kirghises, du reste, sont beaucoup moins barbares que les Bourouts; ils ont des mœurs relativement douces, sont faciles à gouverner et très soumis aux arrêts de la justice que rendent les chefs des cercles et des aouls.

Aussi scrupuleux que les Turkomans sur la question de la parole jurée, comme eux, aussi, ils respectent soigneusement les droits de l'hospitalité. On se sent là en présence d'une race mélangée, qui n'est plus exclusivement, comme celle des Kara-Kirghises, la race ouralo-altaïque, mais qui a dû s'unir fort souvent avec différentes tribus d'origine aryenne et subir leur influence salutaire. Mais parfois aussi le vieux sang altaïque reparaît pour pousser le Eaïzak à des excès sauvages ; et l'on en a vu, dans le paroxysme de la rage et de la vengeance, boire le sang de leurs ennemis, comme autrefois les

Scythes et les Massagètes. Nous nous rappelons la tradition grecque de la reine Thomyris, qui fait tuer Gyrus et placer sa tète dans une outre pleine de sang, en s'écriant : « Rassasietoi de ce sang dont tu fus si altéré pendant ta viel »

Le Kaïzak vit généralement dans sa tente ou kibitka^ qui est en somme une habitation assez confortable, chaude en hiver et fraîche en été-. Quand la saison est trop rigoureuse, ils s'enferment souvent dans des huttes souterraines 011 l'on ne pénètre que par d'étroits passages ; et là, troupeaux, enfants, parents, tous vivent, jouent et dorment pèle-mèle. — La kibitka est une tente circulaire, faite de pièces de feutre étendues sur des châssis, ou charpentes en bois, qui peuvent se démonter et se transporter ailleurs. La pose et l'installation d'une kibitka ne demande pas plus d'un quart d'heure. D'un côté s'ouvre la porte, fermée par une tenture en feutre ; le foyer se trouve au milieu et la fumée s'échappe par une ouverture pratiquée dans la toiture. L'intérieur est décoré de pièces de rubans de différentes sortes, qui se dérou lent parfois en gracieuses arabesques. L'ameu-blement consiste en carpettes, en matelas tt

coussins de soie ou de laine, en vêtements et objets d'argent, mêlés aux harnais des chevaux et aux ustensiles de ménage.

Le Kaïzak porte, comme vêtement une robe de dessous, ou chemise, un pantalon bouffant et deux ou trois robes de dessus, suivant la saison. Les riches et les nobles se distinguent des autres par de magnifiques robes de velours, richement ornées d'agréments d'or et d'argent. Le gouvernement russe a l'habitude d'accorder comme marque de distinction une robe de velours rouge, et il n'y a rien que les Kirghises recherchent avec plus d'ambition et portent avec plus de fierté. Dans les grandes occasions, leurs coiffures simulent de véritables monuments : ce sont des chapeaux de feutre élevés en forme de hauts clochers, et dont les larges bords se terminent en deux longues cornes agrémentées de velours et couvertes d'or. Mais leurs ornements d'apparat consistent surtout en éperons, en ceinturons, en brides et en selles de chevaux, qu'ils ont coutume de recouvrir de pierres précieuses.

Les Kaïzaks s'adonnent géuéralement à l'élevage du bétail et surtout du mouton, qui fait, avec la viande de cheval, le fond de leur nom-

Lture. La recherche des pâturages est la cause rincipale de leurs migrations à travers la steppe, [ais ils ont leurs campements d'été et leurs ^.mpements d'hiver; et chaque volost, ou tribu, des limites nettement fixées par le gouvernelent russe et qu'elle ne peut franchir. Quelues-uns, préférant la vie sédentaire à la vie omade, se sont bien établis le long du Syr- ►aria pour y cultiver le froment et autres §réales : mais ils sont souverainement mépri- §s par leurs compatriotes, qui ne peuvent comrendre ce dégoût pour la vie de leurs ancêtres t pour qui la steppe entière est une patrie. )urs à la fatigue, lesKaïzaks peuvent rester un )ur sans boire et plusieurs jours sans manger : . est vrai que, lorsqu'ils réparent le temps erdu, ils se gorgent « jusqu'à repléiion. » Leur )oisson ordinaire consiste dans du tké : celui u'ils consomment se dénomme généralement hé en brique^ car il a été comprimé et façonné n forme de petits pains, plus faciles à porter et urtout à conserver. — Dans les grandes occaions et aux jours de fête, ils boivent aussi leux espèces de boissons fermentées, le Koumi, ait de lait de cavale et qui porte à la joie, nais non à Tébriété ; et le Borna, bière de grain

qui engourdit et assoupit les sens. Une des principales fêtes de famille est celle de la Circoncision. Le rite est accompli par des Mollahs ambulants, qui s'en vont, à travers la steppe, mettre leur piété et leurs connaissances en médecine au service des Kirghises qui les réclament.

Habitués à vivre dans le désert, lesKaïzaks peuvent, au milieu de la nuit la plus noire, se guider aussi bien qu'à la clarté du jour. Ils connaissent, comme tous les peujdes nomades, la marche des étoiles; mesurent les distances par la portée de leur voix ou de leurs regards. Les notions qu'ils ont sur le temps et les saisons méritent d'être signalées.

Ils comptent par périodes de douze ans, appelées maUchaL Dans une période, chaque année tire son nom d'un des douze animaux suivants : souris y h'œuf^ léopard^ lièvre^ poisson^ serpent, cheval^ mouton^ singe, volaille, chien et pourceau. C'est là, du reste, un usage encore adopté aujourd'hui par les Sartes et les Persans, qui le suivent dans la rédaction de leurs documents et actes officiels. Pour eux l'année 1880 est l'année du poisson, Demande-t-on à un Kirghise son âge? Rarement il vous répondra par

le nombre des années ; mais il yous dira simplement : « Mon année est celle du cheval ou du chien^ » vous laissant à deviner le nombre de périodes ou de cycles de douze ans qu'il a déjà vécu. S'il désire vous être agréable et répondre avec plus de précision, il dira : « Je suis aujourd'hui dans mon troisième maïtcAaly et mon année est celle du singe. » Cette fois, ce sera plus clair.

L'année commence à l'équinoxe^ du printemps, que célèbre la grande fête du Naurouz^ et se divise en 12 mois solaires, désignés par les noms des 12 animaux qui servent déjà pour la période de douze ans. Le mois s'appelle une constellation; et, quant au jour, il se divise en quatre parties : le lever ^ le manger^ le midi et le coucher du soleil.

L'art de la divination tient une grande place ians la vie du peuple kirghise; et le mouton, jui constitue sa nourriture essentielle, lui fourlit aussi les moyens les plus généralement employés pour conjurer le danger ou prédire Tavelir. L'os de la jambe d'un mouton est toujours )lacé devant la porte d'une kibitka, pour la )réserver des voleurs ; et les honunes Temporent très souvent avec eux, pour s'en servir

LAS^fR rKNTRALK

comme d*uii charme protecteur, en wi éventualités fâcheuses qui peuvent au nu:

un long voyage. Pour vous convaincre, 1 hitants vous raconteront le fait suivaii; Kaïzak qui parlait pour faire une absij plus d'un mois se laissa persuadûr ] femme d^emporler avec lui un petit sac, i lui donna, et de le bus pendre à la selle ' cheval, avec promesse de ne jamais 1 ou^ de s en défaire. Il partit et voyagea durai mate jours de suite, sans avoir fait de vaise rencontre* Mais, le quarante et unièn cheval fatigué s'arrêta; et alors, je tant leê sHr le sac qui pendait à la selle, le E sans souci de tenir la parole donnée à sa ît rouvrit, y trouva quarante os qu'il m de jeter au loin pour décharger sa nio La nuit même qui suivii^ il fut attaqué f voleurs qui le guettaient depuis son déf Taoul, et dépouillé de son cheval, ainsi ( tout ce qu'il portait sur lui.

h' os de l^ jmtiH sert à conjurer le di Vù$ de répaulû servira à deviner Tavôuî le dépouille complè terne ot de sa chair et place sur un charbon ardent* L'os se c graduellement ; mais les crafiuements qu^

ndre, la couleur qu'il prend, les parcelles i ou moins grosses qui s'en détachent, tout

à préciser la nature des événements qui rront surgir.

uand un Kirghise part en expédition, il em- :e toujours ayeclui quelques-uns de ces os. ^ arrête plusieurs fois en chemin, allume du et consulte son oracle. Un troisième proh est le koumalak, qui demande l'emploi

excréments de mouton, dont 41 petites les, pour ne pas employer le terme propre par trop cru, doivent servir à l'opération.

te peuple kaïzak est, à beaucoup d'égards, peuple encore enfant, qui a toutes les quai mais aussi tous les défauts des tribus priives : tapageur, indiscret, libre et curieux, s candide, confiant, fidèle à sa parole, et, ime nous l'avons dit déjà, foncièrement pitalier. Il aime, par-dessus tout, le chant, musique et les contes. Souvent les habits de plusieurs kibitkas se réunissent pour onner un chant d'im rythme simple, mais

ne manque ni de grâce ni de charme, L sons de la guitare, de la harpe ou du tamirin, leurs instruments favoris. Les longs its les captivent toujours, excitant parfois

leur admiration et leur enthousiasme ; car, e aussi, ils ont une véritable poésie épique, ài laquelle un Hercule asiatique, nommé Mû\ tient ime grande place. Ils recherchent et éc tent avec avidité les moindres nouvelles | intéressent les cercles ou la horde; et, en qù ques heures, on les voit, télégraphes ambulat colporter à travers la steppe les faits divers jour.

Chez eux, la polygamie est admise ; mais première femme épousée est toujours la mi tresse de la kibitka, et a pleine autorité sur: autres. Un trait de mœurs assez curieux p<^ trouver sa place ici. En présence d*étrang&' les femmes ne doivent jamais appeler par leu noms propres leurs maris ni leurs parents, c ce serait de la dernière inconvenance ; mai^ leur faut employer les circonlocutions souvâ les plus embrouillées pour les désigner ai personnes présentes.

Un jour, une femme kirghise, voulant raci»

ter qu'un loup avait ravi une brebis de ï^ troupeau pour l'emporter au loin, et la dévoi sur les bords marécageux du lac d'Aral, vit fort embarrassée pour trouver les tenu propres ; car tous les hommes de sa famille po

laient précisément les noms correspondants à ceux du loup, de la brebis et du lac. Elle dut procéder par véritables figures : « Ce matin, dit-^lle, un hurlant a ravi une de mes laineuses, pour aller la dévorer au delà de Vhumide, »

Un des amusements favoris est la « chasse au mariage x qui aboutit toujours à une union. Une jeune fille qui se voit recherchée pai^ un grand nombre de prétendants^ fixe un. jour pour faire le choix de celui qui l'obtiendra. Montée sur une jument agile, elle fuit loin de Vaouls poursuivie par tous ies^jeunes gens qui aspirent à sa main. Elle doit devenir le prix de celui qui pourra Tatleindre et la désarçonner; mais elle a pour se défendre un long fouet, dont elle a droit d'user et même d'abuser, suivant ses goûts; car souvent elle s'en sert avec acharnement, pour se débarrasser de prétendants désagréables, et se faire prendre par celui qu'elle a remarqué et choisi de longue date. Naturellement, ce dernier est toujours le vainqueur. Mais comme, d'après la coutume kirghise, un fiancé doit toujours fournir à l'avance un jCcily"^^ ou argent de fiançailles, et avoir l'agrément du père qui fournit le douaire^ la « chasse

U'ASiE C EN TU AL E

au mariage » n'est que pour k Ibrme. Le JTet/;

coosiste généralement en quelques cheva on en plusieurs têtes de bétail. Quant donaire, il doit toujouiB renfermer la kilïil àTusage de Tépousée.

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