‹ L'Asie centrale à vol d'oiseauChapitre 3 sur 6 · LE TURKESTAN OCCIDENTAL — TADJIKS ET OUZBECKS · texte numérisé non relu

LE TURKESTAN OCCIDENTAL — TADJIKS ET OUZBECKS

Si noii& qnèttons la plaine arab^caspienue et les steppes aapides que paireourent les Tarkomans et les Eiighises, pour nous engager, àJfc'est, dans lea longues et fertiles vallées qu'arrosent l*0su6, riaxarte et leurs affluents, quel saisiasant contraste ! Là^ c'é^ent de vastes étendues occupées pa^ des déserts de sable, aussi désolés et dangereux souvent que ceux du Sahara; véritable terre de malheur, couverte en. hiver de ne^s et de glaces, et balayée par les T»nta efirayants du nord, soumise en été aux rayoDiS^ impitoyables d'im soleil de feu qui tue les hommes et les animaux les plus dïcrs à la fatigue. Seul, le cours de TAmou-

Daria, amoindri depuis sa source par les notobreuses saignées que les indigènes pratiquent sur ses rives, traçait une étroite oasis à travers cette région maudite que Dante lui-môme n'aurait pu imaginer danstoute son horreur. Ici, au contraire , coulent de nombreuses et vivifiantes rivières, au milieu d'une luxuriante végétation parsemée d'arbres touffus, où les rossignols, dit-on, sont aussi nombreux que les moineaux en Europe. Ce ne sont partout que bocages, vergers et jardins ; que haies odoriférantes et champs couverts de moissons, où la nature semble avoir voulu, comme à loisir, multiplier ses dons : c'est le paradis après l'enfer ; et les écrivains arabes, qui nous ont laissé de nombreuses et si belles descriptions de ce pays au moyen âge, ont fait autant à'Edens dé ces plantureuses vallées, où le bonheur semble abriter les heureuses populations qui les habitent contre la désolation des déserts voisins.

Nous comprenons mieux ainsi, avec l'importance de ces vallées qui tracent les seules routes de commerce et de communicatioB à travers l'Asie centrale, les convoitises inassouvies des populations nomades que le froi<i ou la faim chasse du désert, et qui viec-

nent rôder aux portes de ces paradis terrestres pour leur dérober quelque chose de leur bien-être. Nous nous expliquons mieux aussi pourquoi ces bienheureuses oasis ont été si souvent le théâtre de luttes sanglantes, qu'amenaient les invasions multipliées du nord-est, alors que les hordes tartares se précipitaient, en interminables avalanches, pour ruiner sur leur passage les florissantes cités, où leur rage de destruction trouvait de quoi se satisfaire.

Mais c'est moins à TOxus qu'au Syr-Daria que cette partie du continent asiatique doit sa richesse et sa constante prospérité. En dehors du territoire de Khiva et du district de Samarcande, que féconde le Zarafchan, rOxus n'arrose malheureusement sur son cours moyen et inférieur que des sables et des marécages. Le Syr-Daria ou laxarte, au contraire, apporte la fertilité et la vie dans son bassin presque tout entier, et les villes se pressent sur ses bords aussi nombreuses parfois que les tentes ou kibitkas autour des forts de la vallée de l'Atrek. La quantité d'eau qu'il charrie est considérable, variant avec les saisons, et, dit-on, avec les heures du jour : elle atteint son maximum à 11 heures du

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matin, décrott jasqu*à 3 heures apsès midi poor reQHiûler ensuite. Lla^arte se jette âcns TAral par plusieurs einbouchures : les -deoi plus cunnues sont k Fam-Daria, oa mrièn nouvelle, qui sert seule à la naingatioa, et le YaMa^~J)aria^ ou mauTaîss rivière. Mais ci croit savoir que^ dans i 'ani if juité, il allait, i rOxus mn &ère, se déverser dans la Caspieutie, fortnaat avec lui les àemx jkoî belles voies de commua ication â;aviale que pratiquasse» L les anciens pour péoétrer dans r empire des Sères, Comme pour TOxas aussi, les liusÈGâ espèrent biea lui Eaûre r^pendit un jour sou ancien lit daos la directicKi dn réservoir caspien, surtout quaad ils aoroiit amené le Tchoui et le Sary-Sal à se j^»r de uouveau dans son cours ; et les bdles exfityrations accomplies en 1&74 par le colonel Skobelev ont préparé la voie à ce grandiose travail de transformation que doit «abir h région désolée de rAral.

Plus encore que de nos jorors, la Tailée de riaxarte jouissait dans rantiquité «tau mX}jtsn. âge d*uue prospérité matéri^e que Tan a peine à se Egurer. Une vieille légeacte piétesd qu'elle était autr^ois si bien habitée, qu':an

rossignol eût pu voler de branche en branche sur les arbres à fruits, et un chat sauter <de muraille en muraille, ou de toit de maison en toit de maison, depuis la mer d'Aral jusqu'à la ville de Kachgar, dans la Tartarie orieatale. Nous savons en effet que, sur les bords du fleuve, s'élevaient un graîud nombre de viUes, disparues aujourd'hui, mak dont les indigànes ont gardé fidèlement le nom et le âouvendr.

Ce n'est pas à dire pourtant que le déserJt Mil complètement disparu. Nous le retrouvons encore par-ci par-la, continuant aussi loin que possible la lutte acharnée qu'il semble poursuivre contre tout ce qui a trace de vie (xu de civilisation. Entre TOius et Tlaxarte se vcontinue le Kysyl-Koum, dont la partie orientale empiète même sur les contreforts extrêmes du système des Thian-Chan; et la Toute de Tachkend à Saman^ande doit même parcouiôr une steppe complètement aride, à laquelle ies indigènes ont donné le nom de « Désert as M fadm n. Toute trace de culture y a dlspami« presque jusqu'aux bords des cours [d'eau, ut l'on ne trouve du reste que de maigres roseaux^ et partout le sabla, sec et brûlant en ^iép crevassé ou couvert de neige en hiver,, donne

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ridée de la plus grande désolation : les puils mêmes, que Ton rencontre de distance en distaace, ne donnent qu'une eau saumâtre et fort désagréable au goût.

Cependant, à Texception de ce désert de la faim, les autres steppes de la région présentent encore quelques traces de végétation : de?

broussailles, des arbrisseaux, donnant du boi? de chauffage, et de nombreuses plantes, dont peuvent s extraire, parait-il, lassa -fœtida. l'acimoniaque et le galbanum. On y trouve aussi quelques minerais de fer, des marbres de qualité inférieure et des pierres à bâtir. Nous sommes là, du reste, au débouché d'une des contrées de l'Asie les plus riches en giles mtlallifères de toutes sortes, que la Russie commence à exploiter, et dont le Grand Central Asiatique centuplera la valeur, quand il mettra en communication Orenbourg, Tachkend, Kouldja et Pékin. On y constate la présence de lor, de Targent, du plomb, de la galène, des turquoises, de salines nombreuses et du naphte. Mais ce qui abonde le plus, c'est la houille, dont on a découvert d'immenses gisements au sud de Tachkend, de Marghilan et de Khokand. Le gouvernement russe a voulu

tirer parti de cette immense richesse ; mais les indigènes ne peuvent se résoudre à l'employer comme combustible. Celte matière noire, extraite du sol et qui donne une lumière si intense, trouble leur esprit superstitieux ; et, bien qu'on la distribue gratuitement, les habitants ne veulent pas en user, préférant leurs feux de bois ou de fumier séché. Volontiers ils imiteraient les Anglais du règne d'Elisabeth, qui jetèrent à la mer ou détruisirent les premières houilles que l'on ait extraites à cette époque du sol de la Grande-Bretagne. Mais, depuis, les Anglais ont bien changé, et ainsi feront les Asiatiques.

Cette vallée présente encore un phénomène particulier, dont ont parlé tous les voyageurs qui la parcoururent. « On y voit partout des exhalaisons gazeuses d'un caractère étrange, dit l'un d'eux. Des différentes fissures, qui s'étendent sur une assez grande superficie, s''exhalent des gaz dont la température est assez élevée pour enflammer immédiatement des pièces de bois.

Nous pûmes même nous faire une tasse de thé en plaçant la bouillotte sur une des fissures. A quelque distance du point où nous nous trouvions, les gaz étaient très riches en sou-

VkSlE CENTRALE

&e, qu'ils déposaient sur les rochers et que les lûdigèQes Tenaient recueillir. C'est un des spectacles cpoi m'ont le plus frappé dans voyage; et cette expédition me rappela lumeot celle que j'avais entreprise, en 1868, wa cratère du Vésuve. » — Si Ton en croit les iadigèaes, ces gaz se transformeraient la nuit «n flammes; et Massoudi, célèbre écrivain anbe du moyen âge, prétend même en avoir vu à ane distance de 100 parasanges.

C'est là une des régions du centre de TAsie les plus bouleversées par les révolutions géi>logif [ues ; et si nous remontons plus au nordest, nous nous trouvons dans le voisinage de VImyk-Koul<t où les traditions indigènes placée l Texistence antérieure de deux ou trois i^^randes villes, qui', après avoir été ûoris- <^aQtes pendant plusieurs siècles, disparurent un jour dans les eaux du lac. Le mot à'Issyk- Kiml signifie du reste lac chaud: les Kaiiiiouks l'appellent aussi Temourtou-Noor, le lac de fer. Les récentes explorations accomplies dans ces parages ont en effet amené la découverte de ruines et de poteries nombreuses, que Ton retrouve môme sous les eaux, jusqu a une certaine distance de la rive, sans

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compter des statuettes et des statues, qui témoignent d'un art assez perfectionné. Mai&, jo& qii'il y a de plus curieux à signaler dans it contrée, c'est une légende qui, trait pour trait, rappelle la célèbre histoire de Midasjtma oreilles d*âne^ et que les indigènes rapportent j& un prince du pays.

Autrefois^ ce peiiple était gouverné par un khan, qui, n'ayant pas de fils, pria pendant longtemps le ciel de lui en accorder un. A la fin, ses vœux furent exaucés. Mais, pour une cause difficile à expliquer, sa femme mit bxl monde un fils, Jany Beck, qui avait des oreilles d'âne. Tant que le père vécut, on réussit .à les lui cacher. Mais, quand lejeime prince monta sur le trône, force lui fut de confier sa tête à un barbier, qui devait nécessairement constater l'existence des maudites oreilles.

Aussi, pour éviter tout commérage injurieux, Jâny Beck faisait-il régulièrement mettre à mort le malheureux ^tiste appelé chaque semaine à l'honneur de lui raser la tôte. Mais un jour se présenta un jeune Figaro qui sut si bien, par son bavardage et ses manières insinuantes, le séduire, que, sous la promesse du plus profond secret, relativement à ses oreilles

d'àne, il le garda près de lui, Téleva aux plus grands honneurs et en fit son premier ministre. Des années s'écoulèrent ainsi sans qu'aucune iodiscrétion eût été commise. Mais, dans une chasse que donnait le khan, son faucoa fui dépassé pai celui du favori, qui dans sa joie s'écria à haute voix : « Mon faucon a vaincu celui de Jany Beck khan aux oreilles d'âne 1 • Il s aperçut trop tard des paroles imprudentes qu'il venait de prononcer, et s'enfuit dans la montagne, pour échapper à la colère de son maître. Mais la nouvelle s'était répandue dans la capî laie et les villes voisines, et tout le monde connaissait le secret. Tout le monde en parlait aussi , car le khan, impitoyable dans sa colère, condamnait chaque jour au supplice un grand nombre de victimes. Son ancien favori pénétrait souvent, en cachette, dans l'intérieur de la cité, et assistait, l'âme navrée, à toutes ces exécutions. Un jour, ne pouvant contenir son indignation, il appela tout haut la vengeance du ciel, le priant de mettre un terme à ces malheurs ; et la ville aussitôt se trouva submergée tout entière. A sa place s'étendit im lac; c'était VIssyl'KouL îîous ne pouvons parler de la géographie

physique du Turkestan, et surtout du khanat de Boukhara, sans dire quelques mots du système d'irrigation en usage, et qui tient une si grande place dans les préoccupations des habitants. Au centre de TAsie, les terres cultivables sont de deux sortes : d'abord celles qui se trouvent au bas des montagnes et que fertilisent soit les sources, soit les pluies d'automne: ce sont les Lalmi; puis celles qui s^étendent au milieu de la vallée ou de la plaine et qui ne peuvent être arrosées et fécondées que par Firrigation ; ce sont les OU, — Quoique les premières soient les plus étendues et donnent, dans les bonnes années, d'abondantes récoltes de céréales, les secondes sont peut-être plus productives encore, car elles contribuent pour la plus grande part au bien-être et à la civilisation relative de ces contrées. Aussi la question de l'irrigation est-ellerobjet des études et des soins éclairés de tous les habitants, surtout dans les environs de Balkh et de Tachkend, et dans toute la vallée du Zarafchan. Le mot de Zarafchan signifie qui « roule de l'or et de l'argent, » et si c'est le Nil qui fait l'Egypte, on peut dire qu'au centre du continent asiatique, ce sont les cours d*eau seuls qui font la prospérité

de leurs vallées. L'abondance plus ou moin§ grande d*eau dont peut disposer une familk.

explique le nombre plus ou moins cansidéi»- Lie de ses membres, car chaque goutte d*eaa a sa valeur. Le prix de la terre dépend, lui aussi, de la quantité d*eau qu'elle peut recevoir ; et li majeure partie des contestations qui s'étôvei^ entpe les habitants viennent de là. Dans la vallée seule duZarafchan, on ne compte pa£ moins de 85 canaux de première importance.

ou AryJis^ qui dérivent Teau du Ueuve sur une étendue de 1,200 kilomètres, et chacoii d'eux n'a pas moins de 100 à 125 kilomètres.

Quant aux canaux secondaires, qui ne sont que des dérivations partielles des premiers, destinées À fertiliser les jardinsetles champs de moyenne grandeur, ils sont en nombre incalculable.

Boukhara doit son existence propre aux deux canaux qui Tentourent, VAh-Daria et le Earor-Daria ; et sans eux, elle serait vouée à une mort certaine. Nous comprenons quelle arme terrible est entre les mains des vainqueurs ou des conquérants l'irrigation de ces plaines ou de ces vallées. Ils peuvent à Yolouté fermer et ouvrir ces canaux, les détruire même, ce dont ils ne se font pas faute

pour ruiner plus sûrement toute une population qu'ils font viYxe. C'est par la destruction systéoiatique de ces 'yoies d'eau aptiôcielks, qu'il nous faut expliquer la ruine de ces florissantes cités, qui, dans Tanliquité et jusqu'au milieu du moj'en âge, s'élevaient dans des contrées aujourd'liui à peu près désertes.

Comme, pour certaine moissons, la semence doit être faite au printemps, et pour d'auta^es en .automne, il est ikécessaire d'avoir de l'eau en quantité suffisante pour irriguer les terres à ces différentes époques de l'année, du mois de mars au mois d'octobre* Avant les semailles, le gouvernement indigène veille avec un soin minutieux sur la distribution des eaux, de façon que les habitants des hautes terres, par un usage abusif de celles qui coulent sur leurs champs, ne viennent pas léser les droits des habitants inférievirs. La plupart des canaux sont coiifiLés à l'administration d'un officier spécial, le Mir-ab [mir, gouverneur, a^, eau), payé par les habitants qui bénéficient de leau du canaL D'autres fonctionnaires, appelés Bomman^ sont chargés des digues et des écluses. L'habileté des Boukhariotes à construire leurs ca-

naux est très grande et d'autant plus méritoire, qu'ils maniquent naturellement des connaissances hydrauliques nécessaires en cette circonstance. Mais Tintelligence et l'activité suppléent à la science. Ce peuple n'a de rival en ce genre que le petit peuple hollandais, qui, lui aussi, a une administration spéciale pour tout ce qui concerne les canaux ; et le Waterstaë forme le corps le plus important du royaume après les Chambres.

Si, dans la steppe, nous ne trouvons, pour nous rappeler l'existence de l'homme, que les kibitkas de feutre, qui disparaissent avec les saisons et suivent le mouvement des migration? nous trouvons ici^ sur les bords de tous ces cours d'eau dont nous parlions plus haut, de nombreuses et riches cités, peuplées de 5O,O00à 60,000 habitants, parmi lesquelles Khi va, Boukhara, Samarcande, Tachkend et Khckand.

pour ne prendre que les principales et les pb célèbres. Avec elles nous entrons déjà dans un pays à moitié civilisé, et qui tôt ou tard suhï^ l'influence complète de la vie européence.

Même sous la domination des Khans, attaché^ de cœur aux traditions et aux coutumes del^ vieille Asie, l'Europe a pu pénétrer par quel-

^^ues fissures cachées dans Tinlérieur de ces J habitations orientales, voire même dans ce- 'lui des harems, où cependant Toeil du pro- 'fane n'a jamais pu se faire jour. En 1873, lors , de l'expédition mémorable que les Russes entreprirent contre Khi va, lorsque la ville eut été rprise el que les officiers envahirent le palais du Khan fugitif, ils trouvèrent dans la principale ' salle du harem un piano de la maison Erhard et C»«; et, tout ouverte sur un pupitre, s'étalait ' ' la partition de la Belle Hélène^ que quelques ^ heiires auparavant jouait, Dieu sait comment sans doute ! la favorite, aux applaudissements r de ses compagnes. Se figure-t-on Offenbach, ^ le pétulant auteur de tant d opéras-boufîes, , interprété et acclamé, à 1,500 lieues de Paris,

par les descendants des Kalmouks !

'"^ Khiva, du reste, est la ville du chant. Elle abonde en rossignols, qui pullulent, dit-on, dans ses bosquets et ses hautes futaies, tandis que plus loin, à Boukhara, on ne trouve que des cigognes. Boukhara n'a pas une tour, un édifice élevé, ou un bâtiment quelconque que ne surmonte sa cigogne, sentinelle vigilante, à la vie de laquelle s'attache le salut ou la prospérité de la ville.

Les Khiviens raillent même très fort, à ce Ëujet, les Boukhariates : « Ghez-voua, diaeniilSf la cigogne, en daquantdu bec, remplace k chantharmonieiixduxossignol.» MaiB,beaucoi]|i plus que Khiva, fioukbara présente Tasped d'une ville, déjà gagnée, en partie, à la civilisation moderne. Les habitants se sont peu à peu polis au contact xépéié des voyagems ([uelle sut de tout temps attirer, et des Russes surtout, qui sont aujourd'hui les véritaUes maîtres du pays. Aim^hles et hospitaliers, les Boukhariotessemontrentmème fortprévânant^ \'i5-à-vls des étrangers. Leurs manières ne manquent ni de grâce ni de distinction. Mais ne nous y ûons pas trop, cependant, dit un clair- % ûjant touriste. La simplicité primitive a disparu, il est vrai, et avec elle la grossièreté dfê moeurs, mais pour céder la place à la ruse et à la duplicité* L^ petits marchands surtout sont j^assés maîtres « en intelligence commerciale. •»

C'est à Boukhara que nous trouvons pour la première fois, au centre de l'Asie, ces établissements de baias si prisés des Orientaux, et que le Hammam de la rue Neuve-des- Mathurins a si bien acclimatés chez nous.

Entrons pour quelques ioBlairts dans l'un d'eux : nous nous cpoirions encaore à Paris, tellement la ressemblance «st frajppante.

Nous pénétrons d'abord dans une:salle assez vaste, bordée de banquatles élevées, recouvertes de moelleux tapis.; on s'y déshabille pour y revêtir un long peignoir jîottant. Be là nous entrons dans une première saUe, où la température ïcst élevée déjà à 5^0 degrés^ ^t tout à l'entour 3e creuflent dans les murailles comme des niches assez larges, avec des sièges pour contenir les clients. Nous restons là le temps nécessaire pour nous accoutumer à la température, puis jQious passons dans une salle viriôine, échauffée à la température de 65 à 70 degrés, où Ton nous offire de l'eau pour activer la re^iration. Si cela ne nous suffit point, nous asvoDS à droite ime troisième chambre, « c'^st Vmfer », où ne pénètrent que les plus aguerris ouïes plus endurcis. Mais contentons-nous d'y jeter . un coup d'œil et appelons un baigneur^ C'^t le masseur qui ^e présente, aux membres musculeux et à la iigupe ruisselante. U nous fait mettre sur le ventre, et pendant dix minutes nous travaille les bras, les cuisses, les reins et les muscles, faisant craquer toutes les join-

lie

lures ël nous réduisant à merci. Puis, nous noiJi relûurnoQS iiur le dos, et la môme opéralio:

recomuience, Noua rentrous ensuite dans k première salle ^ pour juSnétrer dans une de ce^ uiche!^ que uous avions remarquées dans la muraille* Le baignetu* nous saisit de nouveau nous barbouille de savon des pieds à la tèu nous lave à grande cnu , et se prépare à nouf masser une seconde foisji, si nous n'y prenoit ^^aMe, Mais nous sommes satisfait, et reprenant notre peignoir, dont nous nous enveloppons avec soin, nous rentrons dans la salle dVntrée, pour nous étendre et reposer délicieusement sur dWpais tapis^ tout en consouimaiii une tasse de ihé et quelques fruits exquis.

Nous nous habillons lentement et sortons après avoir payé, quoi?,, oh ! peu de chose, ce que nous voulons, entre 0,25 cent, et 1 fr. de notre monnaie, t^est pour rien, n'est-ce pas"^ et le lendemain, nous avons hâte de recommencer.

Ce procédé de massage est très usité che3 les Boukharioles, qui y trouvent un véritable plaisir. Les gens à Taise ont même l'habitude le soir, avant de se coucher et sans prendra aucun bain, de se faire travailler longuemeni

les membres et les muscles par ua de leurs domestiques. Aussi chez eux la santé est-elle toujours Ûorissante.

Mais Boukhara renferme une autre curiosité, celle-là soigneusement cachée aux regards de l'étranger, et dont nous devons dire quelques mots, car elle intéresse au plus haut degré les savants et les lettrés européens. Nous voulons parler de l'a Biiliothèque de Tamerlan, On sait aujourd'hui que, dans le trésor du Khan, se trouvent un grand nombre de livres, écrits dans une langue inconnue aux personnages les plus instruits de Boukhara, qui pour cette raison les dédaignent. Ils proviennent de cette fameuse bibliothèque que Tamerlan apporta de Brousse, en Asie Mineure, lors de sa lutte victorieuse contre Bajazet, et dont le sort intrigua si longtemps les érudits du xv° siècle. Qui sait si nous ne retrouverions pas là des trésors ignorés, qui compléteraient heureusement quelques-uns de nos classiques grecs et latins? Ce serait comme une nouvelle Renaissance, à laquelle le gouvernement russe, tout-puissant aujourd'hui dans T Asie centrale, ferait bien de contribuer de tous ses efforts. Tamerlan remplit de sa renommée et de sa

gloire le pays du Zarafcban qui Ta vu naître. £ech, sa vIWq natale, fîiillit même un instao! siippkiUer Samarcande, comme capitale èt\ rimmense empire qu'il avait fondé en Asie, et qu i, des rives de la mer Noire, s*étendait jusqu'aux confins de l'Empire Chinois. Mais Ssraarcande remporta, grâce à son antiquité eî aux Bûuvenirs les plu^ émouvants qui se rattachent à son nom, depuis A&osiab, son fondateur, père iëgendaire de la mythologie ta^ tare, jus^^u a Baber, en passant par Aleafonirt k Grand et Gmgw-KMn le Terrible.

Samarcandel c'est bien là en effet un nom m a gi que q ui m i roite k l 'imagination de tout voyageur a' aventurant en Orient; et bien avant qu'elle lui apparaisse avec ses minarets, ses dômes et ses ruines grandiosei^^ elle se dresse devant lui, entourée de cette brillante auréole que lui fait la fable, mêlée à tout ce que l'histoire a jamais enregistré de grand et de merveilleux. Rarement vi-itée, du re.ste, par un Européen, mais bien souvent décrite et toujours célébrée avec enthousiasme par les poètes et les écrivains orientaux, elle trouve aujourd'hui, dans « Timpénétrabilité mystérieuse » où elle a pour ainsi dire vécu pendant des siècles, comme un

îgain de célébrité que justifient amplement 3S mopuments et les splendides vestiges dé 1 prospérité passée. Cest là qu'Alexandre onna ce festin, tristement mémorable, dans 3quel il tua son ami Clitus. Maracanda avait cette époque plus de 70 stades de circuit et ontenait trois cent mille habitants. Le souvenir 'Alexandre est resté vivace dans toute la vallée ; ït It^us les petits prinxjeê de cette p^ion se rédament de lui ccMBEnnede leur ancêtre commun. 5on n<wn se retrouve encore aujourd'hui daus dui de r hkender-Kovi ou lac d'Alexandre, ui se trouve au sommet du pays du Zaraf- [lan. Boukhara, nous dit la légende, s'élève auîurdTiui sur un emplacement où ne se trouaient autrefois que des marais, parcourus par le iarafdian. Alexandre désira l'assainir, et relontant à la source même du fleuve, il la capta u moyen d'une écluse d'argent. Un lac se forma ussitôt, riskender-Eoul, et la vallée, assainie eu après, devint habitable. Boukhara s'éleva lientôt, rivale de Samarcande. Mais l'eau du ic, emprisonnée par Técluse, put se frayer un lassageà travers quelques fissurés; et, entraîlant dans son cours des parcelles d''argent, étachées de la digue, reçut le nom de « Zaraf-

UASTE CENTRALE

ij ;i'

cliaii ti, ou rivière d'argeai. Onanl à Téclus était gardée par des cen taures , qu6 les 1^ ont probablement mis en fuite dans em ûieres années.

Eu 122t, <|uand SaoïarcaDde tomba àx voir de Googia-Klian, pkia de cent luil milles s'abrilaient dcrdère ses mu rai îles:

conquérant mongol en massacra plus il*s quarU. Mais, deux siècles plus tard, lor^ visite do don Luis Gonzalès de Clavijt bassadeur de Henri III, roi de Ga^liUc avait recouvré sa grandeur d'autrefois, description que nous a donnée le vov esi>agnijl est aussi brillante (|ue celle nous oni laissées les vpyageurs musulniîi

C'est là qu'a vécu dans ces dernières aa guettant lavenir et rêvant du trône, un sonnagé célèbre, que la fortune vient d'appeler à la domination de rAfghaû Abdur-Rharaan Khan, neveu de Tanciei] ChÎT-Ali, Peraôcuté par ce prince, qui .voj lui uu rival dangereux et qui Tavait dé^à versé une fois du pou voir , Abdur- Rhamai se mettre, en 18G9, sons la protection du vernejnent russe, et celui-ci Ini fit une pe annuelle, en lui iixant Saraai^cande ce

résidence. Depuis lors, le prince afghan resserra les liens qui l'unissaient à la cour de Saint-Pétersbourg , se montrant docile aux exhortations du général Kauffmann et soumis aux conseils qui lui venaient du grand Czar Blanc. Aujourd'hui que le gouvernement anglais consent à traiter avec lui et à le reconnaître comme souverain légitime de TAfghanistan, on peut se demander quel rôle il jouera dans le perpétuel conflit qui met en présence l'empire Russe et l'empire Anglo-Indien.

En 1870, lors d'une tentative d'invasion qu'il voulait faire dans le Caboulistan, il écrivait à l'empereur Alexandre II : « Vous savez que notre contrée est soumise à la protection anglaise. Je place mon espoir en vous, car je suis instruit que les Etats du grand Czar Blanc sont plus étendus que tous les Etats réunis de l'Angleterre, de la France et de l'Allemagne. Dans mon passage àMechehed, j'ai appris que la Perse est sous le protectorat du Czar Blanc ; je suis venu à travers les steppes jusqu'à Khiva, soutenu par l'espoir que vous répondrez à mon appel, et que vous verrez en moi un allié toujours fidèle. » Abdur-Rhaman tiendra- t-il en 1 880 la promesse qu'il faisait il y a dix ans ? Tout nous

UASIË CEKTIULE

porte à le croire, et ravenir, peusaas-nou nous démenlira |>aB. Déjà Le cabiûel de ^ Pélersboiirg pouvait compler sur la ï qu'il s'était attachée depuis 1837; dès lo; peut également compler sur TArg^haiii dont le souverain paraît dévoué à sa poli et à ses intérêts. C'est un atont de plus vient de mettre dans son jeu ; et cet atout | rait bien lui faire gagner la partie si dift>| qu'il joue avec le cabinet de Saint- James puis plus d'un demi-siècle.

Mais hâtons-nons de rentrer daas le ' kestan, avec lequel nous n'en avons pas en fini. Tadjiks et Ouzheks sjollicitent ég:aler notre attention, et si le pays présente que!

intérôtj comme sol et souvenirs historiques population mérite, elle aussi, qu'on s'y an

Tous les habitants du Turkestan oecide se répartissent en deux catégories, celle Tadjiks et celle des Ou^bêks ; quant à l'exp sion de Saf^ts^ elle n'a rien de sdeiUifiqui d'ethnographique ; elle s^oppose simplemet CQllCi de KdUak. — Ka^zak signifie, nous Ta v vu, nomade et vagabond, et Sart vent dire dentaire ou colou. On désigne aussi généra ment de ce nom tous les habitants des vi]

qui s'adoiment à la pratique des arts manuels ou au commerce, et les Ouzbeks ea font un terme de mépris pour les Tadjihs, qu'ils traitent de gens efféminés et de couards.

Les Tadjiks appartiennent à la race iranienne ou persane. Ils sont les habitants primitifs de la plaine aralo-caspienne et de la haute région kachgarienne, qu'ils ont peuplée Lien avant l'arrivée des représentants de la race touranienne. Celle-ci ne descendit que plus tard des hauteurs de l'Altaï, pour venir occuper le bassin de l'Iaxarte, où elle se heurta tout d'abord aux premiers occupants ; et, à la suite d'une lutte séculaire donl les haut faits remplissent les légendes asiatiques, l'Oxus fut accepté d'un commun accord comme limite des deux races rivales et ennemies. Les Turkomans, puis les Turcs proprement dits, principaux représentants de la race touranienne, franchirent peu à peu ce fleuve, refoulèrent les Tadjiks ou les réduisirent en servitude, et leurs descendants actuels sont les Omheks^ qui jouent vis-à-vis des premiers le rôle que les Normands, en Angleterre, ont rempli pendant plusieurs siècles vis-à-vis des Saxons.

Le nom dHOuzbék signifierait, paralt-il.

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L'ASIE CKNTItALE

homme libre, inâéptndant, Tcrs le x\^ siècl serait formée une confédénilion de guen nomades pôur occuper tout le bas |>ay; riaxarte et de TOxas î et, grâce à son no tu cette conrédératioD n'aurait pag lardé à dom sur toute celte région. Elle ise subdivisa b tôt ea clans ou familles, dont ou oe cûni| pas moins de 92, La plus miportanle celle des Karakalpaks, qui a conservé ses h ludes nomades el vagabondes des prem temps; les Ouzbeks proprement dits, se 1 sant aller peu à peu, sinon à embrasser ci plèleuient la vie sédentaire, du moins à boi leurs migrations le long des affluents du é Daria, sans s'éloigner beaucoup deâ vil où ils forment aujourd'hui une partie nou de la population. Les OuzLeks se rat tact donc aux Mongols ou Tatare de L'est et \ Turhomans de rouesl, avec lesquels Us conserv^é des airs de parenté très étroite.

Rien ne diffère plus d'un Ouxheh cfu

Le 2hdjik est généralement gros de sa p sonne, large d'épaulcâ et d'une figure plei Il porte une lon^e bai'bo noire bien to fue, dont il a un soin extrême. VOn^i

st plus grand et plus élancé, généralement aaigre et musculeux. Il a la figure osseuse, es pommettes quelque peu saillantes, les ^eiix placides, et ne porte qu'une barbe assez rare. Le Tadjih a \m air de ruse et de finesse bien caractérisé ; il est bavard, léger et fanfaron ; paresseux et lâche à la fatigue, peu scrupuleux et surtout très corrompu. Il excelle à se bien vêtir, à marcher avec grâce, à porter convenablement sa toilette, qui se distingue par quelques couleurs voyantes. UOuziek est simple dans ses mœurs et sa mise, grave et parlant peu, fidèle à sa parole, d'une très grande sobriété. Toujours digne dans sa démarche, il se soucie fort peu de Topinion de ses voisins et vit pour lui. 11 méprisé souverainement le Tadjik, mais il subit néanmoins son ascendant, sans s'en douter ; et le Tadjik, de son côté, traite TOuzbek comme un enfant de la nature, à peine dégrossi et naïf, dont il peut se jouer au gré de ses caprices ou de ses passions. Les mariages entre eux ne sont pas rares cependant : mais c'est encore im moyen pour le Tadjik d'affirmer sa supériorité sur l'Ouzbek. Le Tadjik ne se nommera jamais Tadjik : il se dira homme de Boukhara, de Samarcande, de

'Jl.

Tacbkend, etc. ; un Ouzbek, au contraiie, s< glorifie de ce nom : il se vante d'être Ouzbek de telle ou telle famille ; et volontiers il vous éaumérerait les divisions et les subdivision: du clan auquel il appartient.

L'histoire populaire de Chirin et de JPerlà montre parfaitement bien toute la dlSerencf qui sépare Tun de Tautre ces deux peuples £1 y avait autrefois une reine, nommée C7Âîns Hatun^ d'une grande beauté, qui vivait éloignée sur les bords du Syr-Daria. Elle avai; deux prétendants, un Tadjik et un Ouzbek.

qui la poursuivaient depuis longtemps de leurs vœux et désiraient Tépouser. Lasse de leurs sollicitations et incertaine du choix à &ire, elle demanda Tavis d'un vieillard, qui lai conseilla de leur donner à exécuter un travail difficile et d'épouser celui qui pourrait t réussir. Elle leur ordonna donc de creuser un long canal à travers la steppe de la Faim y pour fertiliser le pays. Perhad^ l'Ouzbek, esprit borné, mais nature vaillante au travail, prit aussitôt sa bêche, et tout le long du jour creusa le sol pour dériver un canal de la rivière voisine. Quant au Tadjik, esprit rusé et fertile en ressources, il imagina l'expédient qui suit. Cou-

pant des roseaux sur les bords de TAral, il les ficha en terre deux par deux, et recourba l'une sur lautre leurs extrémités supérieures, de manière à former comme un long et très grand berceau, de la largeur d'un canal de moyenne grandeur. Au, matin, les rayons du soleil venant à frapper ces roseaux sur lesquels étincelaient des gouttes de rosée, on eût dit un long cours d'eau qui courait dans la plaine. Ghirin Hatun s'y laissa tromper et donna sa main au Tadjik. L'Ouzbek, en apprenant son malheur, fut pris de désespoir; et, lançant sa bêche à une grande hauteur, celle-ci retomba sur lui de tout son poids et lui fendit la tète.

Parmi les professions les plus prisées, dans les villes du Turkestan occidental, se trouvent celles de médecin et de professeur. A défaut de science et de bonnes études spéciales, le médecin est toujours d'une conscience exemplaire et procède souvent d'après la bonne méthode. Son premier soin, quand vous le faites appeler, est d'étudier votre physionomie, de vous questionner longuement sur votre tempérament et surtout d'examiner vos urines. Cela fait, il se reporte au Tulthpa-tul-Muminin^ ou codex généralement suivi, et

UASIE CENTRALE

range votre maladie dans une des quatre catégories f[ue cet ouvrage renferme et décrit avec soin. PuU, quand il a comparé les symptômes de la maladie avec votre tempérament, il tireui &ac de sa poche, y prend des petits paquets qu'il paîpe d'abord et sent même au besoin pour M pas se tromper, et vous en donne un ou deux, avec rindiciition précise des doses à employer. Ces médicaments sont toujours très simples.

Ils cousis lenl pour la plus grande part en malières végétales, quelque peu de matières animales ; mais presque tous sont encore aujoll^ d'hui les mêmes qu'à Tépoque des Arabes.

LUnstructioD, ou pour mieux dire Téducation et Viusiruction, ont toujours un caractère essentiellement religieux, et se donnent dans les Médressés, ou collèges. Les Médressés soni nombreux dans le Turkestan, et chaque ville en possède plusieurs, dont quelques-uns très iniportanls et célèbres. A Boukhara, à Tachkend, à Samarcande, on n'en compte pas moins de vingt qui datent de trois cents à quatre ceûta anSj et les plus grands possèdent de cent-vingt à cent-cinquante étudiants. L'enseignement y est gratuit, sinon obligatoire.

Les élèves même y sont entretenus aux

rais du collège, qui possède souvent de nom- )reux revenus, consistant en terres ou en pro- )riétés données pour ces pieux usages. La ondation des Mosquées et des Médressés, qui y ;ont le plus souvent attachés, a de tout temps )assé comme affaire de grande piété; et un >on nombre d'habitants riches consacrent une lartie de leur fortune à créer des établissements ie ce genre.

L'enseignement compte plusieurs degrés.

jCS enfants commencent dans les écoles rimaires, où ils entrent à Tâge de cinq à ix ans, pour y rester au moins sept ans 'une façon continue. Ils débutent par l'albabet et l'écriture, épèlent et lisent les six ramiers livres du Coran, qu'ils s'habituent nsuite à copier sur de petites ardoises en ois. Le professeur ou instituteur, muni 'énormes lunettes qui lui cachent les yeux t le nez, se tient d'un côté de la salle, vec ime pile de livres à ses côtés ; les élèves ont rangés en cercle autour de lui, tous ageouillés et penchés sur leurs livres qui repo- 3nt à terre. Armé d'une longue verge, il s'en 3rt pour rappeler immédiatement au devoir enfant qui s'oublie à quelque distraction, mais

J:!!!i:^«T«Au

^U soir av«r •*" sofcn :, . ^ <**

re le passage d'un texte sur la loi du die. Après l'avoir achevé, il le commente et )lique. Les auditeurs l'écoutent avec beau- ) d'attention, murmurant parfois des ach !

^ et hochant la tête. Vient ensuite le tour élèves, qui doivent faire des remarques, uter le passage lu et commenté par le pro- 3ur, et engager entre eux une controverse 3use. C'est au professeur d'écouter, de Te les raisonnements émis par chacun de élèves, et de murmurer acA ! ach I en hoit la tôte. Les spectateurs étrangers, — car cours sont publics, — peuvent prendre à la discussion, qui devient alors aniet très intéressante. Après un certain [)s, le professeur reprend la parole, étaquelle est la vraie doctrine à accepter, et ie au paragraphe suivant. On comprend ' de suite quel intérêt présentent ces cours ii faits, et quelle utilité en retirent les ils soucieux et réfléchis qui veulent coure un texte.

'litre les médressés, il y a encore quelques

^es spéciales, comme le SaHarat-Khama^ où

apprend à réciter des prières ; le Karihh-

»wa, où l'on étudie le Coran pour devenir

UASIE CENTRALE

i if I

juge OU Kazi ; et les Masnari-Khama, oui étudie les œuvres poétiques de Masnari.

grand poète national.

Quant aux petites filles, elles reçoivent, el aussi, une instruction assez développée à des écoles particulières, où elles apprenneii lire, à écrire et à réciter. Ces études dureni 3 à 4 ans ; et généralement, pendant les dâ années qui précèdent leur mariage, el suivent un enseignement particulier sur couture. C'est là ce qui manque généralemi en Europe. Les Orientaux seraient-ils i pratiques et plus intelligents que nous* cependant ila n'ont pas, que je sache, Molière. *

Quant aux professions manuelles, elles â variées et portent sur la fabrication de tous olijets nécessaire à la vie; mais aucune e aussi développée que le travail de la ^ C'est bien là, aujourd'hui, une industrie u»

nnle, pour toute la région duTurkestan occii lai ; et les Boukhariotes, surtout, ont.ac^^ dans cette industrie, une remarquable habi^ Aussi leurs soieries sont-elles recherché?

préférence à celles des autj:es villes, tant] la qualité de Tétoffe que pour la teinl^

ouleurs et la disposition des dessins. Chaque iorps de mjétier se trouve constitué, comme Lutrefois nos corporations, avec une tradition îcrite de son origine et de ses principes, dite Resala^ ou commission^ et ses procédés particuliers de travail et de confection, qu'il cache ivec un soin jaloux au corps de métier voisin .

L origine de la fabrication de la soie est très incienne dans le Turkestan. Elle fut probableaent importée de la Chine par l'intermédiaire le Khotan et de Kachgar ; mais, pour les "Jr ayants y elle remonte bien plus haut, et leur 'ierit directement du prophète Ayoub ou Joh, ^a légende mérite d'ôtre rapportée ; c'est une les plus gracieuses que Ton trouve dans l'Asie entrale.

Dieu, voulant éprouver Job, lui avait envoyé me foiile de maux, et son' corps bientôt n'avait )lus été qu'une plaie, que ravageaient im nom- )re infini d'insectes. Job souffrait eu silence, , e contentant.de louer Dieu. Un joifr qu'il 'était trouvé trop faible pour se remuer, il )ria sa femme de reprendre un ver (\\xï venait le s'échapper et de tomber à terre, pour le eplacër dans la plaie qu'il avait quittée.

« Puisque Dieu m*a ordonné, dit-il, de fourni mon corps en pâture aux vers, je serais cri niinel de priver celui-ci de la nourriture qi) lui est due; » et la femme du prophète fit c qui lui était commandé. Ce que voyant, Di^ eut enfin piti^ de son serviteur. Sur son ordrt range Gabriel descendit sur la terre, frapp le aol de son aile et fit jaillir une large soun" d'eau vive dans laquelle il plongea le patient Job recouvra immédiatement la santé, h vers qui rongeaient son corps le quittèrent toutes ses plaies se cicatrisèrent. Cette sours subsiste encore aujourd'hui ; elle s'appelle î Mer de Lumière^ dans laquelle tous les crovani doivent venir se baigner poiu* y recouvri b santé de Tâme et du corps.

Quant aux vers qui avaient quitté le prophèl ils rampèrent sur un mûrier voisin, en uiai itèrent les feuilles et se tissèrent un nid { les enferma complètement. C'était \q pïlU,^ cocon. Cependant, Job, ayant pris un a>^ dans sa main, dit à Dieu : « Voudrais m'apprendre comment se sont formés ces;)il pour que ton peuple en profite et se rapp avec reconnaissance le souvenir de ton s vileur? » Il n'avait pasachevé sa pensée, qn

homme apparut près de lui et lui dit : « Je suis le trésorier de Dieu et je ne demande pas mieux que de t' instruire. Prends un cocon, plonge-le dans reauetfrappe-re longtemps avec une verge d'osier. » Job fit ce qu'on lui demandait; et il se trouva que le cocon était de la soie la plus riche et la plus soyeuse. Job écrivit aussitôt un livre où tout ceci était raconté pour la plus grande gloire de Dieu et de son serviteur fidèle.

Il faut ajouter que le mûrier est l'arbre le plus commun du Zarafchan et du Ferghana, et que les plus pauvres gens mômes en possèdent au moins deux ou trois, qui leur permettent d'élever des vers à soie. II est d'usage d'offrir au souverain les premiers cocons que Ton recueille ; et, dans le Khokand, le Khan donnait en retour au donateur une sarpaï ou vêtement complet. Lorsque Chir- Ali Khan, père et prédécesseur de Khoudazar, détrôné en 1875, arriva au trône, il ignorait, complètement cette coutume, et, comme il avait vécu jusque-là au milieu des Kirghises, il ne savait même ce qu'étaient les cocons. Un jour qu'on lui en apporta, suivant la coutume, il les prit pour des fruits rares ou exquis, et les

lu

mangea tous avec la plus grande tranquillité d'esprit.

Ne qulttoii?^ pas le Turkestan, sans donner quelques détails sur la cérémonie du mariage. rjui là^ comme partout ailleurs, est la plui importante qui se célèbre. Quand un jeune homme arrive à Tâge de prendre femme, sa mère, sa sœur ou une parente cherche quelle jeune fille pourrait lui plaire et lui apporter ui douaire suffisant. Le choix une fois fait, elle va trouver la famille de lafuture, débat avec elle le douaire et le kalym^ ou dot apportée par l*épou5t et revient rendre compte de sa mission à riutéressé, qui souvent ne connaît pas même de nom la jeune fille. Mais elle lui fait ua récit exact de ce quelle a vu et remarqué, lui décrit la prétendue, sa taille, la couleur de ees yeux, ses charmes, ses attraits, etc. Détails très nécessaires, nous allons voir pourquoi. Alors seulement le futur peut fréquenter sa future; mais celle-ci ne doit jamais ôterson voile, Y a-t-il parfois des infractions à la r^le? Le mariage est célébré dans la maison de la jeune fille par im Mollah^ qui récite les prières du Coran, et conclut absolument comme le mair& chez nous : « J'ai accompli le mariage

entre un homme et une femme, en vertu de stipulations librement convenues entre eux.

Je déclare les deux époux liés par la foi du serment; qu*ils soient toujours Tun pour l'autre un soutien. » Mais, en présence de qui croyez- vous qu'il parle ainsi? — des époux?

— non, mais des témoins. Ceux-là se sont retirés chacun dans une chambre séparée; et les témoins seuls assistent à la cérémonie et répondent aux questions du Mollah. La cérémonie terminée, l'époux peut pénétrer dans l'appartement où se trouve sa femme, mais à la condition d'en forcer l'entrée, que défendent ses beaux-frères et ses nouveaux parents. Une fois entré, il se trouve au milieu d'un groupe de jeunes filles, parmi lesquelles se cache sa femme habillée comme elles. Il doit cependant la reconnaître, lui prendre la main et la nommer ; comme il ne la jamais vue, c'est souvent fort difficile. Heureusement, là comme partout, il est avec la coutume des accommodements, àaxquels les compagnes de l'épousée prêtent les mains ; et l'heureux mari peut enfin voir celle qu'il fréquente depuis deux ou trois mois, et comparer la réalité avec l'idéal forgé par son imagination.

masses montagneuses qui marquent la frontière naturelle des régions aralo-caspiennes et des hauts plateaux de TAfghanistan. Sur cette immense plaine, une étape en amène une autre, un fort en appelle un second ; et la nécessité de défendre une frontière indécise et que rien ne sauvegarde fait que la guerre sort de la guerre même. Ainsi, nous avons vu, il y a quelque temps, le Khokand passer définitivement sous Tautorité du gouvernement de Tachkend ; aujourd'hui, c'est le tour des Turkomans et des Tekkés ; demain, ce sera celui du Khanat de Boukhara ; et, en dernier lieu, quand tout le bassin du Syr-Daria fera partie intégrante du Turkestan russe, on abordera franchement la question de FOxus et c'en sera fait de Khiva. Déjà la conquête des districts monta- ^ gneux du Hissar et du Karateghin est terminée.

* L'Angleterre a donc raison de craindre pour son empire indien; et de cette crainte légitime naît

* la Question Afghane, qui n'est pour ainsi dire I qu'une face nouvelle de la Question d'OriefU. f Abandonnons donc le Turkestan russe pour

pénétrer au sein de ce pays que nos voisins

d'outre-Manche voudraient bien pouvoir appeler

' l'Afghanistan anglais, mais qui s'obstine, mal-

gré les résultats de la dernière guerre, a vouloir conserver son indépendance, voire môme son autonomie administrative complète. C'est que l'Afghanistan forme bien par lui-même une région spéciale, essentiellement distincte du Bengale et des Indes, de la Perse et du plateau dellran; car il commande à la fois tous les passages conduisant des bords de THilmend à ceux de l'Amou-Daria, et des rives de l'Amou- Daria à celles de l'Indus, et il prétend bien garder pour lui les clefs des principaux de ces

Du reste, tous les véritables hommes d'état, en Angleterre*, ne s'y sont jamais trompés.

Voyant l'impossibilité absolue qu'il y aurait toujours pour le cabinet de Saint-James à faire de l'Afghanistan une province anglo-indienne, ils ont cherché tout au moins à le préserver, sinon de la domination (qui serait également impossible à réaliser), du moins de l'influence russe, et c'est ce qui nous explique aujourd'hui la situation territoriale actuelle de ce pays, que le traité de décembre 1873 a faite beaucoup plus grande qu'elle ne devait l'être véritablement.

On annonçait, à cette époque, une nouvelle

ai L'ASIE CENTRALE

et décisive expédition du général Kaufibnann contre Khiva, — c'était celle qui devait se terminer par la victoire des Russes et un traité très onéreux imposé au khan de ce pays ; — TAngleterre s'émut ; et le gouvernement russe, pour la tranquilliser, consentit à fixer d'avance une limite précise qu'il ne pourrait jamais franchir, et qui serait comme la frontière officiellement reconnue d'un état neutre, l'Afghanistan. Lord Glarendon avait donné au prince Gortchakoff une carte de l'Asie centrale, considérée comme correcte, et sur laquelle les négociations pouvaient s'appuyer. Le Caucase indien, ou Hindou-Kouch, y était considéré comme la frontière du territoire afghan. Mais quand la Russie, forte de la configuration physique du sol, que lui représentait la carte, fit des propositions qui lui donnaient le droit d'absorber ce qu'il était déjà convenu d'appeler le Turkestan afghan, au sud de l'Amou-Daria, le Foreign Ofjice fut étonné de l'extravagance de cette proposition. Heureusement \lndia% Office avait l'avantage de connaître la nature el la situation des lieux avec une profonde science géographique ; et une ruineuse concession fui évitée. Le cours de l'Oxus fut considéré comme

la limite naturelle de l'Afghanistan, sous le I prétexte apparent que Tempire de Dost Mohammed Khan s'était étendu jusque-la. Mais ttn autre motif plus sérieux et plus pratique avait dirigé la politique de TAngleterre.

Jetons en effet un coup d'oeil sur la carte de l'Asie centrale, et nous verrons qu'en occupant la rive gauche de l'Oxus, l'Afghanistan défend l'entrée de ces vallées nombreuses qui conduisentau sommetdel'Hindou-Kouch et du Koh-i- Baba, et prévient ainsi toute invasion. Les vallées et les cols qui sont autant de portes ouvertes dans le cœur même du massif montagneux, deviennent un péril continu pour la sécurité de l'intérieur, quand ils se trouvent placés entre les mains d'un puissant ennemi.

Et, arrivée au sommet du col de Khawak, de Parwan et d'Irak, la Russie dominerait par cela même sur les vallées qui s'ouvrent dans la direction du midi. C'était ce qu'il fallait empêcher à tout prix ; et l'Oxus fut proposé et accepté comme frontière commune, entre les dépendances du khanat de Boukhara et la domination territoriale de l'émir de Boukhara.

Mais on ne devait pas tarder à s'apercevoir que les décisions politiques du traité

de 1873 ne s'appuyaient pas sur des données géographiques assez précises, pour pouvoir durer longtemps. On avait arbitrairement fait entrer dans ce territoire afghan des régions qui lui sont complètement étrangères, et que leur configuration propre porte à se développer dans une tout autre direction que celui de CalïouL On avait ainsi violemment rattaché à TauLorité de Témir des provinces qui ne pouvaient être que transitoires ou temporaires, comme celles de Koundouz, de Balkh et de Hétat surtout, pour ne point parler deCandahar. Aujourd'hui, on est revenu à une vue plus saine des choses et à une interprétation plus intelligente des faits. Un grand parti s'est même formé en Angleterre, pour demander k séparation et l'autonomie distincte de ces réj^^ions, d'autant plus que les événements acomplis dans ces dernières années avaient ouvert les yeux à beaucoup. En 1873, on avait cru pouvoir compter sur la reconnaissance du souverain de Caboul, dont on ne doublait le territoire que pour en faire un allié fidèle, en attendant peut-être dé le réduire à l'état de simple vassaL Ghir-Ali et Yacoub Khan n'avaient pas lardé à démentir cette espérance. Aujour-

d'hui , l'arrivée au trône d'Abdur-Rhaman n'est pas faite pour rassurer beaucoup le gouvernement anglo-indien, qui voit en lui Tbôte du général KauSmann et le partisan nettement avoué de la politique russe, nous l'avons montré plus haut. On ne peut donc raisonnablement lui fournir les moyens et les armes dont il pourrait disposer plus tard pour attaquer le vice-roi de Tlnde; et la saine politique commande qu'on détache ausitôt de ses États Koundouz, Balkh et Hérat, pour les limiter au nord et au nord-ouest par THindou-Kouch et le Koh-i-Baba.

Balkh et Koundouz, entre les mains des Russes, deviendraient un danger persistant pour les Indes anglaises. Mais ce danger pourrait être en partie conjuré du côté des énormes montagnes qui composent le système de l'Hindou-Kouch et des Himalaya. Quant à Hérat, ce serait bien pis si jamais cette ville tombait au pouvoir du czar. « Hérat et Gandahar, dit un diplomate anglais, sont le Mamelon-Vert et le Malakofif de notre position dans l'est ! » G'est-à-dire qu'il faut les défendre à tout prix, car de ce côté il n*y a ni montagne, ni hauteur sérieuse, ni obstacle qui pourrait

arrêter l'ennemi. « Plusieurs fois j'ai parcouru cette route, continue le môme personnage, seul ou avec un corps de troupes, et je puis dire que de Quettah à Candahar, et de Candakir à Hérat, il n'y a positivement rien qui mérita le nom de montagne ou de chaînon, à l'exception del'insignifiantsystèmeduKhojak, quel'oii doit nécessairement tourner. » — « Hérat! dit-il en terminant, voilà la clef même des Indes, qu'il nous faut confier à des mains sûres I »

Du reste, les dernières expéditions entreprises par les Anglais, soit dans le Caboulistan propre, soit dans l'Afghanistan du sud, ont eu l'avantage de leur faire comprendre mieux encore les points faibles de leurs frontières du nord-ouest, et d'y porter remède. Sur les conseils de lord Beaconsfield, alors au pouvoir, ils ont cherché à se donner cette limite scientifique qui pouvait parer à tout grave événement; et l'annexion de la vallée du Khurram et de la plaine de Pichin^ constitue, en ce sens, une conquête de premier ordre. — Par la vallée du Khurram, au nord, on tourne les défilés difficiles du Kaïber et les positions inexpugnables des Afridis, population belliqueuse du Soliman-Dagh, qui ne s'est jamais montrée

bien dévouée aux intérêts du gouvernement anglo-indien. Par la plaine de Pichin, au sud, on s'établit au centre même de cette route directe qui de Hérat conduit à Moultan et à Calcutta, et qui commande tous les passages et tous les débouchés ouverts dans la direction de Candahar, de Quettah et de Ghazni. Le major général Biddulph s'étend complaisamment sur les avantages précieux que l'Angleterre devra retirer, dans un avenir peu éloigné, de cette dernière acquisition.

«Considérant les changements miraculeux qui se sont opérés dans ces vingt dernières années de paix et de tranquillité au sein du Pendjab et du Syndh, on peut se figurer quelle transformation s'opérera dans le Pichin, d'ici à vingt ans, quand on verra le railway parcourir en tous sens ce pays, où nous pouvons à peine aujourd'hui conduire un phaéton. Des routes et des voies ferrées en grand nombre desserviront les fertiles et riantes vallées ouvertes $ur la Perse, le Béloutchistanetles Indes ; la culture du sol fera de grands progrès, et partout surgiront des villages au milieu des bosquets et des jardins, et le long des cours d'eau. Les habitants, déjà naturellement portés au commerce.

Ijénéficieront des voies nouvelles, conduisant dans rinde et à la mer leurs produits, et rappor-

. . (aût chez eux les marchandises européennes.

f I Dans ces voyages répétés, ils auront appris

ce que vaut pour la prospérité d'un pays un

*||* gouvernement pacifique, fort et juste. Tel est

le changement produit jusque-là dans le pays 011 s'est établie la domination anglo-indienne; tel est celui qui est réservé à la plaine de T'ichin. »

Ce sont là les données fournies par la politique sur la situation présente de l'Afghanistan, et qui ne manquent pas, croyons-nous, d'un certain intérêt. Demandons maintenant ri la géographie de nous guider dans Tétude sommaire que nous avons à faire de son sol, fie ses productions et de ses races si variées. Aussi bien un voyage accompli au cœur de ces intéressantes et curieuses régions, hier encore à peu près complètement inconnues, fera passer devant nos yeux plus d'un pittoresque tableau. Le colonel anglais Mac Gregor se plaignait, ily a quelques années, que l'Afghanistan, placé aux portes mêmes de l'Inde, fût plus ignoré des Anglais que le centre même de la Chine. Mais, aujourd'hui, il n'en est plus

ainsi ; et nous pouvons, sans péril comme sans crainte de nous égarer, nous aventurer au sein de ces longues vallées, sur ces hauts plateaux, dans ces larges plaines ou dans ces dédales inextricables de dépressions de toutes sortes, qui constituent toute la région située entre TAmou-Daria et Tlndus.

C'est de Balhh que nous devons partir.

Balkh^ autrefois Bactres, ville florissante et célèbre, rivale de Samarcande, et berceau de la doctrine de Zoroastre, aujourd'hui bien déchue de son antique splendeur, ne vit plus pour ainsi dire que des glorieux souvenirs de son passé. Placée sur les confins du désert qui la sépare de l'Aral, c'est à peine si elle trouve, dans les torrents descendus des hauteurs méridionales, l'eau nécessaire pour féconder ses jardins et arroser ses champs. Aucun monument ne peut y arrêter le touriste. Passons et remontons l'étroite et longue vallée que creuse une rivière quelconque, et qui doit nous conduire au sommet de l'Hindou-Kouch.

Nous allons «par monts et par vaux», escaladant des hauteurs que percent des cols d'accès souvent difficile, pour retomber immédiatement dans ses bas-fonds resserrés, au milieu de

masses dénudées, et remonter de nouveau hmsquement jusqu'à l'entrée d'un autie passage, plus étroit encore que le premier. Nous pai-courons ainsi près de trois degrés de latitude en ligne droite, sans sortir d'un vaste système de montagnes, entrecoupées de vallées^ de précipices et de cols nombreux. Nous voyons là un soulèvement considérable de trois cent cinquante à quatre cents kilomètres de large, d'origine volcanique, et profondément travaillé par les révolutions intérieures du globe, où tout se croise et se confond, sans permettre a l'oeil le plus exercé de trouver une ligne de • faite nettement définie.

Et cependant nous sommes là sur la grande route historique suivie, dès la plus haute anti- ([ulLé, par tous les conquérants asiatiques qu'at* tirait, au midi, la renommée des Indes. C'est là qu'ont passé et séjourné Alexandre le Grand, doat tous les chefs de tribus, comme ceux du Zarafchan, prétendent aujourd'hui descendre, Gengis-Khan, Tamerlan et Baber, pour ne prendre que les plus illustres. Remontons, du reste, plus au sud, pour arriver au pied même de THindou-Kouch ; nous nous trouvons en présence de ruines grandioses, d'inscriptions

en dififérentes langues orientales, de roches taillées et d'idoles en pierre, qui ont rendu célèbre la vallée de Bamyan.

La principale de ces idoles a la forme d'un éaorme lézard ou crocodile, ayant près du cou une tache rouge comme du sang. Elle occupe le sommet d'un pic complètement isolé au milieu de la vallée, et faisant face à d'autres idoles, de forme humaine, taillées dans les parois abruptes de la montagne, au sein de laquelle s'ouvrent encore de profondes cavernes, à compartiments réguliers, où devaient se réfugier les habitants en cas d'invasions ennemies. Quant à ce crocodile, figure-t-il le dragon légendaire dont parlent les annales musulmanes, et que tua un saint mahométan du vieux temps, pour pouvoir s'avancer plus loin et conquérir à la foi de Mahomet les idolâli^es de ces contrées? On montre encore sur le rocher l'empreinte d'un pied gigantesque; P^bablement celui du saint victorieux. Quelque P^t que nous allions , nous retrouvons ces Veilles légendes de la Grèce, dans lesquelles 1^ géant quelconque. Hercule ou tout autre, joue le principal rôle.

Mais nous voici au sommet de l'Hindou-

Kouch, et sur la limite même de rAfghanistan proprement dit, ou Cdboulistan, Le Caboulistan forme comme un énorme forteresse de 45,000 kilomètres carrés de superficie, et d'une altitude moyenne de 1,800 à 1,400 mètres. Qu'on Taborde du côté du nord, du sud ou de Fest, il faut escalader les contreforts abrupts qui défendent son approche et assurent son indépendance. Quoiqu'il paraisse s'ouvrir, dans la direction des Indes, par la rivière Caboul, qui, descendue du Paghman, rejoint l'Indus, dans le voisinage d'Attok, c'est peut-être de ce cêté que la nature a multiplié les obstacles, pour rendre les invasions dangereuses, avec ces passes étroites qui donnent entrée de la vallée de Caboul dans celle de Jalalabad, et de celle de Jalalabad dans celle de Péchaver. C'est entre Caboul et Jalalabad que se trouve le défilé de Kourd-Caboul, rendu si tristement célèbre par le massacre de 1842, où les dix mille homme du général Elphinstone périrent jusqu'au dernier. Entre Jalalabad et Péchaver, nous pouvons pénétrer dans l'Afghanistan par quatre cols principaux, dout . deux sur la rive gauche de Caboul, les cols à'Ahltana et de Karapa, et deux sur la rive

droite, les cols de Tartara et de Xhaïber. Le plus fréquenté comme aussi le plus célèbre est sans contredit le col de Khaïber, qu'ont franchi successivement tous les plus illustres des conquérants asiatiques, depuis Alexandre le Grand jusqu'à Mahmoud de G-hazni^ Bdber et Nadir-Chah, et que la tribu belliqueuse des A/riâis tient tout entier entre ses mains. Nous croyons donc utile de donner sur ce col quelques détails qui doivent naturellement trouver leur place dans la description sommaire du Caboulislan.

Le Safid'hoh oriental projette dans la direction du nord un puissant contrefort, qui va se terminer sur la rive même du Caboul. Deux cours d'eau en descendent, l'un pour se jeter dans le Caboul, à Daka, en face de Lalpoura, — l'autre pour arroser Jamroud et se perdre dans la vallée de Péchaver. Le lit de ces torrents forme le col de Khaïber, qui commence à environ 5 kilomètres, à l'ouest de Jamroud, pour se terminer à Daka. Sa longueur totale est de 53 kilomètres; sa largeur varie entre 21 et 135 mètres, et parfois même il n'a qu'une bande de terrain très resserré entre i'un des torrents et les masses montagneuses

qui le dominent perpendiculairement. Le point stratégique du passage est occupé par le fort d'AU'Mesjid, situé à 740 mètres d'altitude, sur une roche escarpée qui domine la vallée

■ d'une hauteur de 180 mètres. Ali-Mesjid est j à 13 kilomètres, à louest de rentrée du pasr

■ sage, à 42 kilomètres de Péchaver et à 107 de ;; Jalalabad.

[^^ Le col de Khaiber se termine au nord par

\ celui de LanâV^hana^ qui conduit directem«rt

l à Daka, sur les bords du Caboul. Nulle partie

^ col de Khaïber ne présente de trop sérieuses

difficultés, car il est toujours praticable aux chariots. Mais les pluies d'été (juillet et août) j et celles d'hiver (décembre et janvier), le trans-

{ forment le plus souvent en véritable torrent, et

l il est alors infranchissable. Ajoutons que, do*

* miné de toutes parts par les demeures fortifiées

1 des AfHdis^ son passage dépend absolument

i de leur bon vouloir. Aussi les Anglais n'ont:

1 ils rien négligé, dans la dernière guerre, pour

] obtenir leur neutralité bienveillante.

Ainsi, adossé, du côté du nord et du nord- I ouest, au Caucase indien, le Caboulistan va

\ s'abaissant, étage par étage, jusqu'aux basses

} plaines de l'Indus, dont le col de Khaïber lui

livre rentrée ; et chacun de ces étages forme comme un compartiment distinct qui ne communique avec le compartiment voisin que par une porte étroite et généralement fort difficile à franchir. En arrivant de l'Hindou-Kouch, nous trouvons d'abord leEoh-i-Stan, de 2,800 à 3,000 mètres d'élévation; puis le Koh-i-Daman^ à 2,500 mètres; le territoire de Caboul, à 2,100 mètres; le Lamghan, à 1,400 mètres ; le Jalalabad, à 700 mètres; et enfin Zalpoura, à 450 mètres, qui nous conduit à Texlrême frontière anglo-indienne. Quant à la région du nord-est, on y voit se creuser dans la direction du Pendjab, de l'Hindou-Kouch oriental et des Himalaya, d'étroites et longues vallées, appelées le Kaffirutan, le Yassin et le Chitral, où jamais nul gouvernement régulier n'a pu s'établir, malgré les efforts des conquérants asiatiques et européens.

Le Koh-i'Stan forme ime des provinces les plus pittoresques de cette pittoresque région. Quoique composée, en presque totalité, de rochers dénudés ou stériles et de précipices, elle nous présente quelques coins de terre de la plus grande fertilité. Nulle part ailleurs, peutêtre, l'activité des habitants des montagnes

n'engendre plus de merveilles. Ils conquièrent ici, pied à pied, sur les hauteurs montagneuses qui les entourent, le sol à féconder et à cultivet, en construisant des aqueducs élevés souvefli de vingt à vingt-cinq pieds au-dessus des terrains qu'ils veulent irriguer, et dont ils dérivent im nombre infini de cours d'eau destinés à répandre partout la vie. Mais les tremble^ menis de terre y sont nombreux ; et le sului Baber nous en signale un qui de son temf)^ renversa les remparts de plusieurs forteresses et les sommets de quelques hautes collines,* eo même temps qu'il détruisait la plus grande partie des villages. Sur une étendue de quarante kilomètres^ « le sol se trouva complètement bouleversé, s'élevant, là, à la hauteur d'un éléphant, et, ici, s'abaissant de toute la hauteur d'un chameau. »

Du Koh-i^Stan nous pénétrons dans le Kohi-Daman par la passe de Tutan-Dara^ qui s'ouvre sur un des champs de bataille les plus célèbres de l'Afghanistan, la plaine de Bagrân. C'était là, en efifet, un des points stratégiques les plus importants.de toute l'Asie centrale, où la défense était facile pour ceux qui voulaient repousser l'invasion venue de l'Hiû-

dou-Kouch. On a cru pendant longtemps, et Ton croit encore aujourd'hui, que l'Alexandrie du Caucase^ fondée par le héros macédonien dans ces parages, correspondait à l'antique cité de Bagràn, aujourd'hui disparue. C'est maintenant un pays désert, mais qui renferme de nombreuses richesses archéologiques, des ruines et des médailles frappées à l'effigie de princes grecs. Les poissons abondent dans les rivières voisines, et la chasse aux canards sauvages s'y fait d'une ingénieuse manière. Les habitants sculptent en bois quelques douzaines de canards, admirablement exécutés et ressemblants, qu'ils placent sur le bord des cours d'eau pour attirer les canards vivants. Ceux-ci arrivent en masse, trompés par la vue de leurs faux frères ; et c'est par milliers, dit-on, qu'ils tombent sous la main des villageois, qui en font leur principale nourriture.

Mous sommes là dans le voisinage d'un des phénomènes les plus curieux qui aient frappé l'imagination des Orientaux, et dont les Européens seuls ont pu reconnaître l'origine et définir le caractère. Nous voulons parler du Reg- Rawan ou du désert parlant. Quand, au sortir de la plaine de Bagrân, on s'avance du côté

dlstalif, on croirait entendre comme im kuil lointain de tambourins et de cithares joatf un air harmonieux, empreint d'une certsôaft poésie, et nulle part cependant on ne voittatt de vie ni d'habitation. Aussi la légende s'enh para-t-elle très vite de ce fait pour l'emhdt. et le rendre à la fois gracieux et terrible» lu rares voyageurs chrétiens qui visitèrent ce p^ au moyen âge furent, eux aussi, si fra|^i ce phénomène, qu'ils en firent la descripUoûli plus fantastique. Un d'eux, Odéric de Friod^ nous dit : « C'est là que se trouve le fleuve te délices, qui arrose une vallée étroite, terribte» très longue, fermée aux infidèles sous peii»* mort. J'y entrai cependant, et fus frappé ai spectacle qui se présenta à ma vue. Je vis d'abord dans le rocher la figure d'un homifi* qui semblait me menacer du regard, et jeu»

mis aussitôt à prier, mais je n'osais pas ^ procher de plus de cinq ou six pas. M<»tâflt alors sur une petite colline, je vis devant a» un grand nombre de cadavres qui couvraieût le sol, et j'entendis des sons variés, semblaWfiS à ceux des cithares, que jouaient des artistes invisibles. C'était un bruit à lafoisharmonieuî et terrible, qui m'épouvantait et me charmait»

Je trouvais aussi des pièces d'argent en grande cpiantité; mais je les rejetais aussitôt, et mon Sarrazin, moins timide, les recueillait. »

L'explication de ce phénomène a été donnée parle voyageur Wood. Le vent du nord amoncelle le sable au sud d'une colline assez élevée, creusée, sur ses flancs, de précipices et de galeries profondes, dans lesquels tombent incessamment, jour et nuit, les grains de sable. Le bruit multiple qu'ils produisent en s'écbappant de la dune, et que répercutent ses parois intérieures, produit l'effet de plusieurs instruments invisibles, dont le voyageur tout d'abord peut à peine se rendre compte. Ce phénomène se retrouve, du reste, aussi en Arabis et en Syrie, où les géographes arabes l'ont ttientionné.

Mais nous voici dans le Koh-i-Baman^ au sein de ce paradis terrestre, unique en son genre, et dont tous ceux qui l'ont visité nous >nt fait la plus délicieuse description. Écoutons m enthousiaste :

« Rien ne saurait nous donner l'idée de ^tte charmante et magnifique contrée. Tout e long de la route que nous avions à parcouiî*, pour nous rendre à Istalif, ce n'étaient que

vergers clôturés d'arbrisseaux odoriférants, de plantes et de mille fleurs, pendant qu'au loin s'allongeaient des arbres vigoureux, plataaes et noyers. L'œil s'arrêtait avec plaisir sur te collines voisines, où mûrissait la vigne, deal les grappes pendantes donnaient au paysage uac ravissante teinte empourprée. Il manquait à ob charmant spectacle les chants des oiseaux, car depuis quelque temps déjà les tribus ailées avaient fui vers un climat plus chaud. Mais M fraîcheur de l'air, qui les avait chassés, ne faisait qu'augmenter notre sentiment de bien-être, car il était délicieux et fortifiant. Que dire des sites nombreux que nous présentait le pays et surtout la ville d'Istalif ? Toute peinture serait au-desous de la réalité. Nous avions établi notre camp à mille yards environ de ses murs, sur la pente d'un coteau; et de là nous la voyions s'élever en forme de pyramide, étageant ses terrasses, et le sommet couronné d'un sanctuaire qui dispàrassait au Jû^' lieu des platanes. En avant, s'étendaient des vergers, des jardins, des vignobles, et tout au pied coulait un ruisseau qui se répandait dans la plaine. A l'opposé, nous apparaissaient les sommités du Paghman, couvertes

dune neige récemment tombée, et au delà, comme pour former le fond de ce tableau, la massemajestueuse de THindou-Kouch, devant laquelle tout semblait s'effacer. La scène était d'une sublime grandeur. Non, je 'ni ?roi3',p^s que la vallée de Tempe, en Tbessaiîer, ûit Jamais réjoui plus agréablemerirt leé»^ Jeux» Â^es Ioniens d'Athènes, que ne le fit Istàlil pour nous, Béotiens de r Angleterre! »

Les paysages de cette grande et surprenante beauté abondent, du reste, dans le Gaboulistàn; et le territoire même de Caboul ne manque pas d'un charme pénétrant que tous les conquérants et les voyageurs ont ressenti à sa vue. Les contrastes y sont nombreux et contribuent encore à animer le spectacle.

« Les contrées chaudes et froides, nous dit Baber, sont très r2q)prochées Tune de l'autre, dans cette délicieuse contrée (remarquons que le mot délicieux revient à chaque pas, dans tous les récits que les voyageurs orientaux ou autres nous ont laissés de ce pays) . A un jour de marche de Caboul, vous trouvez milieu où il ne tombe jamais de neige ; à deux journées, au contraire, un territoire où la neige ûe fond presque jamais. L'air y est aussi déli-

deux. Je ne crois pas qu'il y ait un autre lieu au monde comme Caboul. On y peut dormir la nuit en plein air, durant Tété, sou s une peau de mouton ; en hiver même, au miliôii deé neiges, le froid n'y est pas excessif. Samarcahde etTauris sont toutes deux célèbres pàrjfeiir cliàîat ;^~mais on ne peut les comparer à' GaVouf . Tous les fruits des pays chauds y viennent : raisins, grenades, abricots, coings, pêches, poires, prunes, cerises, orange^ et limons. Moi-même j'y ai implanté la canne à sucre et la cerise aigre, qui viennent parfaitement. » Lorsque plus tard Baber se fut engagé dans le Pendjab et les Indes, pour aller combattre sur les bords du Sutledge, ce n'était pas sans un très vif sentiment de regret qu'il pensait à Caboul; et il écrivait dans ses mémoires : « Quand pourrai-je revoir ce pays où l'air est si doux et le ciel si clément, et, buvant le vin sur la citadelle de Caboul, faire circuler la coupe à la ronde ? »

Caboul est à 2,110 pieds au-dessus du niveau de la mer, sous la latitude de Tripoli de Syrie, de Tunis et de l'île Madère; elle occupe un site admirable, que borde un amphithéâtre de montagnes. Pendant neuf mois, le

soleil y brille d'un éclat extraordinaire ; et les nuits sont souvent plus belles que les jours, car, grâce à leur transparence, les voyageurs y peuvent continuer leur route en toute sécurité. Elles y développent même, paraît-il, une très grande électricité ; et plusieurs explorateurs ont remarqué que la plus petite friction opérée sur n'importe quel objet dégage des étincelles avec im léger crépitement.

Caboul est, dit la légende, la ville de Gain, fils d'Adam, qui vint des pays d'occident importer dans ces lieux la culture du sol et la pratique des premiers arts. Un Mollah fait môme descendre les Afghans à!Afghâna^ petitfils de Juda, fils de Jacob. Là se retrouvent, aussi vivaces que dans les autres parties de l'Asie centrale, les traditions juives, qui s'y sont perpétuées à travers les siècles. La population est d'environ 60,000 habitants, mais composée d'éléments bien divers, car on y voit réunis des A/'gkans^uTS, des Tadjiks, des Ombeks même, des Hazaras, des Ghilzis et quelques Hindous. Aussi cette juxtaposition étrange en fait-elle une agglomération remuante et difficile à gouverner. « Nous aimons les désordres, disait un habitant à quelques

lO'i L'ASIE CENTRALE

voyageurs anglais, nous aimons les troubles^ ^, nous aimons le sang, mais jamais noua^ n'aimerons longtemps un maître. » Et la puia* santé aristocratie militaire des Sirdars contribue, elle aussi, à rendre impossible b^ consolidation d'uik gouvernement fort et respecté.

Ce que nous disons de Caboul s'applique bien mieux encore à l'Afghanistan tout entier, où jamais ne pourra s'établir la cohésion ou la consistance nécessaire au fonctionnement"'*, d'une monarchie régulière. La nation consiste, |^^ « en une collection panachée de tribus, »

d'habitudes diverses, de nombre varié et de puissance fort inégale, qui sont plus ou moins fidèles à l'autorité centrale, et qui n'obéissent souvent qu'au seul chef qui les gouverne.

Nous citions plus haut quelques-unes de ces tribus qui peuplent le Gaboulistan proprement dit et la capitale; mais il en est un nombre infini d'autres, dispersées un peu partout dans les vallées et les gorges des masses montagneuses : les DouraniSj qui dominent aussi à Caboul, les Ynzafsis^ les Eimahs, les SafiSf les HundkiSy les Kahars, les Yagis^ les Turis, les AfridiSy les Marris, les Kaffirs, etc., etc.»

ennemis les uds des autres, et plus ennemis encore d'un pouvoir qui voudrait leur enlever leur autonomie.

Du reste, on ne peut juger de ce pays, et comme sol et comme habitants, de la même façon que nous ferions pour les nations européennes. Chez nous, TÉtat est un : c'est pour ainsi dire une seule et grande famille, dont tous les membres se reconnaissent comme frères, et qui tous vivent en communication facile les uns avec les autres, sur un sol favorablement disposé. Nulle part, en Europe, ces barrières infranchissables, ces neiges éternelles, ces précipices sans fond, ces plateaux dénudés et ces affreux déserts de sable qui séparent les différentes parties d'une môme région : toutes choses ou plutôt tous obstacles que nous voyons, non seulement dans l'Afghanistan, mais dans la plupart des contrées de l'Asie centrale. Les populations s'y parquent comme elles peuvent, dans des vallées plus ou moins resserrées, à l'écart de leurs voisins, dont les séparent des hauteurs considérables, bloquées sept ou huit mois sur douze parles neiges ouïes glaces. Autant de vallées, autant de tribus distinctes, qui ont leurs coutumes propre??, leur

dialecte, leurs traditions, leur culte souvent et leur gouvernement particulier ; où le pouvoir appartient à un chef librement choisi, qui le transmet parfois à ses descendants. Il arrive encore très souvent que,dans cette même vallée, un village porte cinq à six noms différents, qui jettent l'explorateur dans le plus grand embarras. Ainsi nous avons : !<> le nom même du village, qui est le plus ancien; 2<» le nom de la tribu-mère; S® le nom de la subdivision de U tribu; 4® le nom du chef actuel de cette tribu; 5® le nom du chef ancien ; 6<* enfin le nom imaginé par le guide, qui se trouve être d'ime autre subdivision. En xm mot, Vindividu^ dans ces pays peu civilisés, est tout ; la nationaîiti, rien.

Aussi ne cherchons pas, dans l'Afghanistan, le patriotisme si commun en Europe, ni le sentiment des intérêts communs à sauvegarder ou à défendre contre l'ennemi. A leur place, nous ne voyons qu'im amour désordonné de la liberté individuelle, toujours en révolte contre l'autorité de l'émir, et impatient du contrôle qui viendrait aussi bien d'une monarchie indigène que de conquérants étrangers. Et même il n'arrive pas toujours que l'invasion

étrangère ait pour résultat de grouper cette foule de petits peuples contre renvahisseur : témoin la dernière guerre, où les Anglais surent habilement rattacher à leur cause quelquesunes des peuplades les plus redoutables du Soliman-Dagh et du Saûd-Koh.

Mais il en est qui veulent rester et qui resteront pendant longtemps encore indépendants et libres du joug, aussi bien du côté de TAfghanistan reconstitué en état autonome sous Abdur-Rhaman, que du côté du gouvernement anglo-indien. Ce sont notamment les Afridis, les Yagis et les Kaffirs, sur lesquels nous pouvons insister, d'autant plus que nous les trouvons sur notre passage, avant de quitter l'Afghanistan, pour pénétrer dans le Pendjab et la région des Himalaya.

Les Afridis, les Tagis'ei les Turis sont les plus belliqueuses de ces tribus de maraudeurs qui régnent en maîtres dans^tout le Vaziristan, sur les pentes occidentales du Soliman-Dagh.

Ils sont très habiles à la fabrication des armes à feu, fusils et pistolets, des couteaux et des poignards surtout. Leurs poignards jouissent d'une grande réputation, car ils ont toujours près de deux pieds de long, sur un pouce et

demi de large à la poignée. Leurs coutumes sont toutes originales, quelques-unesbarbarcs, notamment celles qui concernent le mariage; et la cérémonie des fiançailles fait souvent répandre plus de sang que toute autre transaction commerciale.

Quand une jeune fille atteint T-âge de 7 à8 an«i elle est fiancée à un jeune garçon, qui a dé* sormais ses entrées libres dans la maison dei parents; et aucun autre ne peut plus prétendit à sa main. La jeime fille grandit dans la plifr] grande intimité avec son futur, jusqu'à Vi de la puberté. A ce moment, le fiancé est vite à payer une somme, parfois énorme, variant . de cent àquatre cents roupies, avant d'épouser la jeune fille ; et, en cas de refus, il se voità jamais éloigné de la maison. Le résultat invarial)lo est toujours une guerre à mort entre le futur évincé et le père de la jeune fiiUe ; et, neuf foi» sur dix aussi, celle-ci. s'enfuit avec son fiancé. Alors le père se met en campagne, assassine, s'il le peut, son gendre en expectative j ou, à son défaut (ce qui le satisfait tout autant, paraitil !) un des siens. C'est alors une terrible venr detta qui commence. L'autre famille se met aussitôt de la partie, pour venger la victime,

OU plutôt, suivant Theureux euphémisme employé par les habitants, « pour opérer un échange »; et cela continue parfois jusqu'à extinction des deux familles. Il arrive aussi, mais rarement, que la jeune fille refuse d'abandonner la maison paternelle ; alors son fiancé l'enlève après avoir tué le père.

Afridis^ Yagis et Turis^ sont des tribus afghanes se rattachant toutes à la même race ; il n'en est pas de même des Kaffirs, ou Infidèles blancs, qui vivent dans les contrées montagneuses de THindou-Kouch, au milieu de vallées inaccessibles et fort peu visitées jusqu'à nos jours. C'est là un petit peuple à part, qui de tout temps a excité la curiosité des géographes et des voyageurs orientaux ou européens : car tout indique, dans leurs traits, voire même dans leurs mœurs et leur manière de vivre, une origine européenne. Sont-ce des Aryens primitifs, qui s'étabhrent dans ces montagnes, au lieu de suivre le grand courant d'émigration qui emportait au loin leurs frères? Sont-ce les descendants des colonies grecques qu'Alexandre avait établies au nord de llndus?

On rignore; mais tout indique une race particulière et qui ne s'est jamais confondue

avec les races environnantes ; et les Afghans eux-mêmes, quand ils parlent aux Anglais des habitants de ce pays, disent : « Les Kaffirs, vos parents. »

Le Kaffir est grand et élancé, a le nez aquilin, le regard intelligent et Toeil fendu en amande, tantôt bleu, tantôt couleur noisette; le teint rosé et la chevelure blonde ou noire. 11 parle beaucoup, gesticule de même, ne peut tenir en place et s'anime dans la conversation, au point de pousser de grands éclats de voix. Il ne connaît pas la gravité orientale et s'en soucie fort peu du reste. Il tend volontiers la main « à l'européenne, » ne s'asseoit jamais à terre, mais sur des escabeaux, qui, par leur forme, rappellent ceux de nos campagnes, et mange autour de trépieds qui lui tiennent lieu de tables. U n'adore pas de divinité connue ; mais il a l'habitude d'ériger des statues ou des monuments à ceux qui ont rendu de grands services de leur vivant; et l'ensemble de ces statues forme uû véritable Panthéon^ dont tous les orientaux de rinde ou de l'Afghanistan connaissent l'existence. Ils croient cependant à une autre vie, car une de leurs maximes favorites est la suivante : « La libéralité et l'hospitalité condui-

sent aux portes du Paradis, dont le courage ouvre rentrée. »

Mais pénétrons un peu plus avant dans la vie domestique du Kaffir; demandons-nous si nous ne sommes pas là en présence d'un peuple resté européen, et dont la vue réveille en nous le souvenir de la patrie absente. « En entrant un jour dans un de leurs villages, dit le dernier explorateur qui ait visité le pays en 1879, je fus étonné et tout ému de ce qui frappa immédiatement ma vue. C'étaient d'abord quelques jeunes gens qui jouaient à sauteinoutofiy et certes je ne m'attendais pas à trouver, au cœur d^ l'Asie centrale, ce jeu cher lux collégiens de nos universités. Un peu plus loin, ce furent de petites filles qui jouaient avec fies poupées habillées de rose, les couchaient ilans de petits berceaux, et leur parlaient comme à leurs propres enfants. Je me reportais alors à trente années en arrière et je me revoyais, au milieu de mes sœurs, dans la Nm'gery de la maison paternelle. J'éprouvai, i ce moment-là, une des émotions les plus touces de ma vie I »

Le Kaffir habite des maisons à plusieurs -tages, construites en bois, et qui s'élèvent sur

les flancs des montagnes. Chaque étage a plusieurs chambres distinctes, dont la chambre à coucher, avec des lits en bois au lieu de nattes, des chaises sans dossier, des armoires, et de hautes fenêtres. Au rez-de-chaussée se trouve toujours un leœge cellier, divisé en plusieurs compartiments, destinés a faire le fromage et le vinaigre, et à conserver le vin. Le vifl récolté est de trois sortes : le ilanc^ le r(mg6 et le mêlé; en Lorraine, on dirait du Tin gris; etson mode de fabrication est à peu près le môme que chez nous. Le vin est la boisson habituelle de tout le monde ; il est môme de mode d'en donner quelques petites gorgées à l'enfant qui vient de naître, avant de le confier au sein de sa nourrice. Quand le travailleur va aux champs, il porte toujours, suspendue à son cou^ une bouteille de cuir pleine de vin, qu'3 boit dans les intervalles de repos : on dirait le Bourguignon partant à la fenaison ou au labour, ayant lui* aussi son petit baril susr pendu à son cou. Dans la saison des chaleurs, les habitants du village exposent mème^ * tour de rôle, un baquet rempli de vin ; il esl placé à Tombre sur la voie publique, et tout passant peut venir s'y désaltérer. Nouveai

A VOL D'OISEAU li3

genre de fontaine Wallace, et qui aurait grand succès à Paris 1

Que dire encore? Le vin se garde dans des amphores ou des cruches eu grès, et se boit dans des coupes, dont quelques-unes sont faites d'aj^ent. Il arrive très souvent qu'à la fin d'un repas, se font entendre des refrains répétés, «ar le Kaffir est généralement de tempéra- Dient joyeux et a la gaieté communicative. Sommes-nous donc dans l'Asie centrale, ou dans quelque village ignoré de la Haute-Bourgogne? Volontiers nous oublierions, au sein de ce petit peuple, les Orientaux, à la poursuite desquels nous devons nous mettre de nouveau, en disant un adieu fraternel au Kaffiristan et aux Kaffirs, « nos aimables cousins ».

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