XXVII
(2) Proverbes, xxxi. 21-24.
de Sadikanni,de l'argent, deTor, des objets en étain, des objets en bronze, des bœufs et des moutons. Je partis de Sadikanni, je fis halte dans la ville de Katni, je reçus le tribut de la Suna; je partis de la ville de Katni, je fis halte dans la ville de Dur-Kumlimi. Je partis de Dur-Kumlimi, je fis halte dans la ville de Bit-Khalupî ; je reçus le tribut du pays de Bit-Khalupî, de l'argent, de l'or, des objets enétain, des daqari de bronze, des vêtements de couleurs variées, des vêtements de fti7w, des bœufs, des moutons. Je partis du pays de Bit-Khalupî ; je fis halte dans la ville de Sirki : je reçus le tribut des gens de Sirki, de l'argent, de l'or, des objets en étain,des daqari ^àjè% bœufs,des moutons. Je partis de Sirki ; je fis halte dans la ville de Tsupri ; je reçus le tribut des gens de Tsupri, des objets en argent, en or, en étain,desrfag'an, des bœufs, des moutons. Je partis de la ville de Tsupri ; je fis halte dans la ville de Nakarabani ; je reçus le tribut de la ville de Nakarabani, des objets en or, en argent, en étain, des rfagan , des bœufs, des moutons. Je partis de la ville de Nakarabani, je fis halte en face de la ville de Khindani. La ville de Khindani est située au delà du Purat (Euphrate). Je reçus le tribut de la ville de Khindani, de Targent, des objets en or et en étain, des daqari^ des bœufs, des moutons. Je quittai la ville de Khindani, je fis halte dans les monts qui sont sur le Purat. Je quittai les monts. Je fis halte dans Bit-Sabaya, en face de la ville de Kharidi. La ville de Kharidi est située au delà du Purat. Je quittai Bit-Sabaya, je fis halte en face de la ville d'Anat (i). La ville d'Anat est située au milieu du Purat. Je quittai Anat. J'assiégeai Suru, forteresse de Sadudu, chef du pays de Sukhu. »
Assurnatsirpal avait quitté le Bit-Khalupî, comme il le dit expressément, et quand il arrive à Suru, il est déjà as^ez loin de ce district. Ce Suru, désigné par des traits tout particuliers, a donc été confondu mal à propos avec le
(1) Littéralement en tête de la ville d'Anat. L'expression ina ris, ainsi traduite, s'applique aux noms de villes situées en face de la mer.
Suru de Bit-Khalupî.Nous admettrions volontiers quelque rapport entre le nom de Suru, porté par deux villes importantes dans ces parages, et les noms 1-jooi, et l-^p'.y.. Car on va voir que nous sommes dans la Syrie des Grecs, qui s'étendait jusqu'au Chabor, ou jusqu'à l'Araxés, comme Xénophon nommait cette rivière (i).
Sadudu se défend vigoureusement, et ne cède qu'après plusieurs combats, ou trois mille de ses soldats périssent. Suru de Sukhu livre un riche butin en tout point analogue à celui de Suru de Bit-Khalupî, et tel que cette dernière ville, saccagée, comme on Ta vu, peu d'années auparavant, était incapable d'en fournir alors. Le vin ne figure point au butin, bien qu'Assurnatsirpal se montre d'ordinaire très soucieux de cet article, et que le pays de Sukhu en produisît d'excellent, à en croire Nabuchodonosor, qui offrait du vin de Sukhu à ses dieux (2).
Parmi les défenseurs de Suru, il se trouvait un prince et des soldats de Kardu nias (pays babylonien). Aussi Assurnatsirpal ajoute-t-il que le bruit de sa victoire répandit la frayeur en Kardunias, en Kaldu (Chaldée) et dans les montagnes des bords de l'Euphrate, -c'est-à-dire chez les riverains du fleuve, au sud et au nord du Sukhu où il se trouvait (3).
La situation du Bit-Khalupî, de Khindanu, du Sukhu et du Laqî, achève de se dégager dans le récit d'une troisième expédition d'Assurnatsirpal en ces contrées :
« Comme j'étais dans la ville de Kalakh^ on m'apporta un avis : les gens du pays de Laqî, de la ville de Kindanu et du pays de Sukhu, tout entiers, s'étaient révoltés, ils avaient passé le Purat (Euphrate). Au mois de Sivan (mai), le vingt-huitième jour, je partis de la ville de Kalakh. Je
(1) Anabase, IV, 19.
(2) Inscription du Baril de Phillips, col. i, 1. 26. — Nabuchodonosor écrit Sukhâ avec un samek^ et Assurnatsirpal avec un schin. Mais cet échange des sifflantes est très fréquent dans l'écriture et n'empêche pas quil s'agisse du même pays.
traversai le Diglat (Tigre) et gagnai le désert. Je me construisis des bateaux à Suru, et je remontai le Purat. J'allai jusqu'aux khinqî du Purat. Je pris les vjUes de Khinti-ilu et d'Azi-ilu du pays de Laqî ; je tuai leurs soldats, j'enlevai leurs dépouilles ; je renversai, je détruisis,
je brûlai les villes. Je Depuis les bouches du
Khabur, jusqu'à la ville de Tsibati du pays de Sukhu, je renversai, je détruisis, je brûlai les villes de Laqî et de Sukhu en deçà (sur la rive gauche) du Purat. »
Suivant M. Fried. Delitzsch, les khinqî de l'Euphrate sont les étroits défilés par lesquels le fleuve descend dans la plaine de Mésopotamie. Le mot khinqî, de la même racine que l'hébreu khânaq^ étrangler, comporte ce sens, et l'emploi des barques, qui suppose des obstacles sur les rives, le confirme assez.
Assurnatsirpal décrit le pillage de la rive mésopotamienne, et continue son récit :
« Je passai le Purat à la ville de Kharidi. Les gens de Sukhu, les gens de Khindanu se fièrent à la puissance de leurs chars, de leurs troupes et de leurs forces. Ils rassemblèrent six mille (sic) de leurs soldats; ils vinrent à ma rencontre pour me livrer bataille. Je me battis avec eux, j'opérai leur déroute. Je dispersai (i) leurs chars, je fis périr par les armes six niille cinq cents {sic) de leurs combattants. Le désert de Purat dévora les autres par la sécheresse. Depuis la ville de Kharidi du pays de Sukhu, jusqu'à la ville de Kipina je pris les villes des gens de Khindanu et de Laqî, sur la rive ultérieure. Je tuai leurs guerriers, j'enlevai leurs dépouilles. Je renversai, je détruisis, je brûlai les villes. Aziilu du pays de Laqî se fia à ses forces. Il prit position (?) dans la ville de Kipina. Je me battis avec lui, je le délogeai de Kipina, je lui tuai mille guerriers, je dispersai (f) ses chars, je m'emparai de ses dépouilles, je pris ses dieux. Pour sauver sa vie, il gagna une montagne d'accès diiïïcile dans le pays de Bisuru, plus haut, sur le Purat. Je le poursuivis pendant
deux jours, je le poussai jusqu'à Dummitiet Azmu, villes du fils d'Adini (c'est-à-dire des fils d'Adiui, des habitants du pays d'Adini). Je pris les villes de Dummiti et d'Azmu ; je les renversai, je les détruisisse les brûlai. J'entrai dans les khinqî du Purat. Je.... (i). »
Dans les khinqî, Assurnatsirpal s'empare d'une tribu de Laqî ; il assiège dans sa capitale un prince qui possède un palais, et qui se rachète en payant un tribut de quelque valeur.
Les fils d'Adini, chez lesquels Aziel de Laqî possède des villes, habitaient, comme on le verra ci -après, les deux rives de l'Ëuphrate, et avaient des territoires à louest jusqu'au Sadschur (la rivière d'Aïntab). Assurnatsirpal a donc opéré en remontant le fleuve. Il a rencontré successivement,sur la rive droite,la ville deKharidi,qui appartient au Sukhu des villes de Khindanu et de Laqî, tandis que sur la rive gauche, il avait pillé à partir des bouches du Khabur les villes du Lakî et du Sukhu. Tout s'explique, si on se réprésente les pays dont il s'agit marqués sur la carte dans l'ordre suivant : sur la rive gauche, à partir du Chabor, le pays de Sukhu, joignant l'Ëuphrate, puis s'en écartant pour faire place au Laqî ; sur la rive droite dans le même sens, Sukhu, Khindanu, Laqî. Le Bit-Khalupî ne semble pas avoir confiné à l'Ëuphrate, du moins à l'ouest du Chabor.
Dans les khinqî de l'Ëuphrate, sur la rive droite comme sur la rive gauche, Assurnatsirpal trouve des villes à piller et des chefs à soumettre. L'expression a donc un sens étendu : les khinqî sont la région des défilés (2). ' Il reste à déterminer, dans le groupe que nous considérons, les limites du Sukhu et du Laqî à Vouest.
Le Sukhu, du temps de Teglatphalasar P% s'étendait, à l'ouest, au moins jusqu'au Balikh, la rivière dont un des aflluents passe à Édesse :
« Je réunis mes chars et mes guerriers, je gagnai le désert, je me rendis dans les Akhlami (tribus?) du pays des Armaya, ennemis d'Assur, mon seigneur. Depuis la région en face du pays de Sukhu, jusqu'à la ville de Khargamis au pays de Khatti, en un jour, je les dévastai, je tuai leurs soldats, j'enlevai un butin, des richesses et des possessions sans nombre. Le reste de leurs troupes, qui avait fui devant la puissance d'Assur mon maître, passa le Purat sur des barques de peau bourrée (?); je pris six de leurs villes au pied du mont Bisru (i). »
Les Armaya perdent six villes à l'ouest de TËuphrate. ■ Ils occupaient par conséquent les deux rives. Mais leur territoire avait si peu d'étendue de l'ouest à l'est, qu'en rayonnant d'un certain point, l'armée de Teglatphalasar P'^ le saccagea d'un bout à l'autre en un jour. Puisque le domaine des Armaya était compris, dans ce sens, entre le pays de Sukhu et celui de Kargamis, une faible distance séparait ces deux États. Or, on va voir Kargamis se placer aux environs de Biredschik. Le Sukhu atteignait donc, ou peut-être même dépassait le Balikh à l'ouest.
Bien que subjugué et ravagé par Assurnatsirpal, le Sukhu se releva bientôt de ses ruines. Un indice de l'importance relative qu'il recouvra, c'est qu'une quarantaine d années plus tard, sur l'obélisque de Salmanasar II, le Sukhu forme avec les pays de Kirzanu, de Bit-Khumri (royaume d'Omri, d'Israël), de Mutsri et de Patinu, le groupe qui ofire les tributs les plus remarquables. Le roi de Sukhu, qui porte le nom babylonien de Mardukpaliddin (Marduk-a-donné-un-fîls), fait présenta Salmanasar II d une certaine quantité d'or et d'argent, de seaux d or, de barres d'or, de dents d'éléphant, de vêtements de birmikitu (vêtements aux couleurs variées) (2). Les tributs de ce groupe sont les seuls que la sculpture assyrienne ait représentés par des bas-reliefs sur l'obélisque ; Salmanasar II
(1) Prisme de Teglatphalasar /«', V 44-59.
(2) Layard, Inscriptions^ pi. 98.
sans doute en était spécialement flatté. Il est d'ailleurs certain que le Patinu et le Bit-Khumri ou le royaume d'Israël avaient de l'importance, et que le Mutsri n'en avait pas moins, si ce mot, ici comme presque toujours, signifie l'Egypte.
Si le mont Bisuru ou Bisru, où se retirèrent les gens d'Armaya etdeLaqî poursuivis parles armées assyriennes, a laissé des vestiges de son nom dans le Tel- Baser actuel, ainsi que le pensent MM. Fried. Delitzsch et Sayce, la limite du pays des Armaya et du Laqî se précise à l'ouest. Ils comprenaient au moins le cours inférieur du Sadschur. Notre raisonnement toutefois suppose que le territoire des Armaya avait gardé les mêmes limites dans l'intervalle des règnes de Teglatphalàsar 1®^ et d'Assurnatsirpal, ce que l'on serait en droit de contester, bien que le pays des Armaya soit encore mentionné par Assurnatsirpal (i). Dans tous les cas, le texte suivant d'Assurnatsirpal prouve que le pays de Laqî pénétrait assez avant dans la Syrie à l'ouest.
«Assurnatsirpal, roi qui soumit à sa domination depuis les rives du Diglat (Tigre) jusqu'au pays de Labnana(ou Labnan, le Liban, en hébreu Lebanôn), et la Grande-Mer, le pays de Laqî en entier, le pays de Sukhi jusqu'à la ville de Rapiki. Sa main a conquis depuis les rives du Supnat (affluent gauche du Tigre), jusqu'à la plaine (?) de bitani; depuis la plaine (jl) de Kirruri jusqu'au pays de Kirzani, depuis les rives du Zab inférieur jusqu'à la ville de Tul-Bari...(2) »
Dans ce panorama, on pose d'abord deux extrêmes, les rives du Tigre à l'est, le Liban et la Méditerranée à l'ouest; ensuite on partage l'empire en différentes zones
(1) Cun, Inscr. of W, A., t. 111, pi. 6, lignes 47, 48.
(2) IL 127-130 ; 111, 121-123. — Dans notre Esquisse de géographie assyrienne, publiée ici, t. XIV, p. 119-169, nous avons parlé, page 134,d'une mer de Laqi. C'est une erreur provenant d'une interprétation fautive de ce passage, que nous traduisions : J'ai régné depuis les bords du BigLat jusqu'à la Grande- Mer du pays de Laqî,
se succédant de Touest à l'est de manière à revenir aux rives du Tigre. CarleZab est un affluent de la rive gauche de ce fleuve. Le Laqî, d'après cela, doit être assez rapproché du Liban, auquel on donne ici un sens très large. Avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de prolonger le Laqî jusqu'au Liban proprement dit dans le sens assyrien.
Le plan d'Assurnatsirpal se révélera de plus en plus dans la suite de ses marches. 11 cherche à établir sa domination sur l'Euphrate, en le remontant à partir du Chabor, sans se soucier des pays situés plus bas entre le Chabor et la Babylonie. Ces contrées désertes offraient trop peu à sa cupidité ; elles étaient voisines du pays de Kardunias, dont le roi voyait de mauvais œil les progrès des Assyriens. Mais entre le Chabor et le Balikh il y avait matière à pillage. La rive gauche de l'Euphrate à cet endroit était peut-être assez fertile, du moins çà et là. Ii]n effet, à la fin du quatrième siècle avant J.-C, Xénophon y remarqua beaucoup de villages remplis de blé. Au delà le pays était désert et de plus en plus nu à mesure qu'on approchait de la Babylonie. Xénophon le décrit ainsi :
A partir de l'Araxe « par l'Arabie, ayant l'Euphrate à droite, Cyrus fait cinq étapes, trente-cinq parasanges (environ quarante- trois lieues), en pays désert. En cet endroit, le sol était une plaine tout unie comnâe une mer ; il était tout couvert d'absinthe. Tbut ce qui s'y voyait encore en fait de plantes et d'arbustes répandait une bonne odeur comme celle de parfums. Il n'y avait aucun arbre. Mais il s'y trouvait des animaux sauvages de toute sorte, des onagres en très grand nombre, beaucoup d'autruches de grande espèce. 11 s'y rencontrait aussi des outardes et des chevreuils (i). » Après ces cinq étapes, les Dix Mille en firent treize, quatre-vingt-dix parasanges, dans une région absolument aride où beaucoup de bêtes de somme périrent faute de fourrage.
(1) Anabase, 1, v, 1-5.
On constate au .contraire une progression ascendante dans la richesse des tribus en remontant TEuphrate avec les rois d'Assyrie, depuis le Chabor jusqu'aux environs de Biredschik.
Assurnatsirpal fait encore un pas en ce sens dans une quatrième expédition, dont Thistoire se lit à la suite du dernier récit reproduit.
<c Je quittai la ville de Kalakh, je traversai le Diglat (Tigre), j'allai au pays de Bit-Adini. J approchai de Katrabi, forteresse de ce pays, ville extrêmement forte (?), suspendue au ciel comme un nuage. »
Katrabi était donc située sur une haute montagne. Les Assyriens s'en emparent après une siège dans lequel ils" font jouer leurs plus puissantes machines ; ils tuent beaucoup de monde, et déportent 2400 soldats prisonniers à Kalakh, une des capitales de leur empire.
En faisant la part de l'exagération, on reconnaît dans Katrabi une ville assez importante. Le fait d'armes d'Assurnatsirpal jette l'épouvante dans Bit-Adini. Akhuni, prince d'Adini, se soumet au tribut, ainsi que Khabini, prince de Tul-Abni (Mont des Pierres) :
c( En ces jours, je reçus le tribut d'Akhuni, fils d'Adini, et de Khabini de Tul-Abni, des objets en argent, en or, en étain, en bronze, des vêtements de birmi étoffe de hitu^ des poutres d'zWni^ (cèdre?), trésor de son {sic) palais; je reçus leurs otages, je leur fis grâce (i). »
Tul-Abni semble être voisin de Bit-Adini. Khabini et Akhuni sont compromis dans 1^ même révolte, et ils se soumettent à la suite du même événement.
Un savant place Tul-Abni beaucoup plus au nord, parce que Salmanasar II, dans une seule campagne, va exiger. le tribut de Tul-Abni et se rend de là aux sources du Tigre. Mais Salmanasar II ne fait que passer à Tul-Abni, et le Tigre a ses sources dans la Mésopotamie occidentale. De plus, il remonte jusqu'aux sources du Tigre uniquement
pour y offrir des sacrifices, et y placer sa statue avec une inscription (i). Tout a pu se faire dans une seule tournée, même si l'on met Tul-Abni dans le voisinage du Bit- Adini.
L'arbre que les Assyriens désignent sous le nom d'mnw,* et qui est compris dans le tribut de 'Khabini, croissait en abondance dans le Liban et l'Amanus, où il attirait souvent les rois de Ninive ; mais il se rencontrait aussi dans la Mésopotamie occidentale où nous plaçons Tul-Abni : le Kummukh est condamné par Salmanasar II à lui faire présent chaque année de trois cents solives d'irinuiz); la région du Chabor en produisait assez pour être nommée le pays d'irinu (3).
Le Èit-Adini était un État considérable. Il avait de l'ascendant sur les pays voisins, si on en juge par le fait qu'il avait donné un chef au Bit-Khalupî, Alihiyababa, dont il a été question précédemment, et qu'il y combattait l'influence assyrienne. Salmanasar II, filsd'Assurnatsirpal, ne le réduira qu'après trois campagnes successives. Suivant les récits de ce prince, le Bit-Adini occupait les deux rives de l'Euphrate, et tout au moins une partie de la rive gauche du Sadschur.
c( Dans ma deuxième année, je m'approchai de Tul- Barsip, je pris les villes d'Akhuni, fils d'Adini. Je l'assiégeai dans sa ville. Je traversai l'Euphrate dans sa crue, je pris Ja ville de Dabigu. Je pris une forteresse (4) du pays
(1) Obélisque, 61 -TZ.
(2) Stèle de Kurkh, II, 30.
(3) Cun. Inscr. of West. Asia, t. 11, pi. 51, n^ 1, 1. 4.
(4) Le mot bîriu que nous traduisons forteresse a été considéré par d'autres comme le nom propre {Birtu) d'une ville. Le passage parallèle de la stèle de Kurkh cité ci-après, et plusieurs autres prouvent que birtu est un nom commun. Ainsi Salmanasar II {Inscriptions des portes de Balawat^ VI, 5, 6) dit : « Je descendis au pays de Kaldu (Chaldée). J'approchai- de la ville de Baqâni, forteresse {birtt) d'Adini, fils de Dakuri. » .
Si birtu était un nom propre, il y aurait des villes de Birtu en beaucoup de pays : un Birtu au pays de Khatti, trois Birtu au pays d' Arumu, un Birtu
de Khatti avec les villes voisines. » Sur la stèle de Kurkh, dans le passage parallèle, la forteresse est désignée par son nom propre: « J'approchai de la ville de Sazabirî, ville forte de Sangara (roi) de Kargamis. Je l'attaquai, je la pris, j'en tuai les soldats en grand nombre, fenlevai leurs dépouilles (i). Je renversai, je détruisis, je brûlai les villes du voisinage.
» Dans ma troisième année, Akhuni, fils d'Adini, senfuit devant mes armes puissantes; il abandonna Tul- Barsip, sa ville royale. Je pris pour moi (c'est-à-dire, j'annexai à TAssyrie) (2) la ville d'Ana-Assur-utir-atsbat que les gens du pays de Khatti appellent Pitru, située de l'autre
côté de l'Euphrate, sur le fleuve Sagurri (Sadschur;
— Dans le limmu (éponymie) de Dayan-Assur, je quittai Ninive. Je traversai le Purat dans sa crue. J'allai à la poursuite d' Akhuni, fils d'Adini... 11 avait pris pour lieu de sûreté les hauteurs du bord du Purat. J'attaquai les montagnes, je m'en emparai. J'emmenai au pays d'Assur Akhuni avec ses dieux, ses chars, ses chevaux, ses fils, ses filles, et ses soldats (3). »
Parmi les villes d'Adini, Salmanasar juge dignes d'une mention spéciale, sur la rive gauche de l'Euphrate : Lahlahti, Burmarhana, Tul-Barsip, cette dernière au borp du fleuve,. en face de Kargamis ; sur la rive droite, outre plusieurs noms en tout ou en partie efiacés, Sitamrat. Surunu,' Paripa, Mabasiri, Dabigu, à l'entour desquelles il ravage deux cents localités de moindre importance, et Pa-
sur le Zab inférieur à l'est du Tigre, un Birtu aux frontières de Chaldée et d'HJlam.
Birtu est du reste employé au pluriel, birâti. Assurnatsirpal réunit au territoire d'Assur les villes de Kharimu et de Kharutu, forteresses {birâti du pays de Kardunias (11, 130, 131).
(1) Ou bien -.je les réduisis en captivité. Le mot sallatu, dérivé de sakilu,) piller, signifie proprement butin enlevé aux ennemis. Souvent aussi il désigne les ennemis réduits en captivité.
(2) Les villes et pays simplement soumis au tribut n'étaient pas considérés comme territoires assyriens.
(3) Obéliaque, 32-50; Stèle de Kurkh, II, 19 20.
garrukhbuni, qui se rend après une bataille ou périssent 1300 hommes du côté des assiégés. Il nomme aussi, sans en déterminer Ja situation Aligu, Nappigi, Ruguliti.
Pour mettre le sceau à sa conquête, Salmanasar II donne aux trois dernières villes, ainsi qu'à Tul-Barsip, des noms qui la rappellent : « Je donnai à Tul-Barsip le nom de Kar-Salmanusir, c'est-à-dire, Fort-de-Salmana;? sar ; à Napigi le nom de Litâ-Assur, Loi-d'Assur ; à AUigi, le nom à' Atsbat-la-kunu, Je-pris-non-pas-pourvous; à Ruguliti, le nom de Kibit-Assur (i), Commandement-d'Assur.
Salmanasar parle aussi d'une ville à! Ana-Assur-utiratsbaf, Je-repris-pour-Assur, que les gens du pays de Khaiti nomment Pih^ (2), et qui devait sans doute sa dénomination assyrienne au même u^age que les précédentes. Les gens de Khatti n'avaient point adopté un nom étranger qui leur rappelait des souvenirs désagréables, et Salmanasar, pour être compris des Assyriens eux-mêmes, juge prudent de l'interpréter par le vocable connu de tout le mondp. Kar Salmanusir semble être aussi tombé en désuétude, on le trouve encore dans Tinscription de Samsiraman, fils de Salmanasar II, mais Sennachérib ne connaît plus que Tul-Barsip (3).
La ville de Pitru était située sur le Sagûrri ou Sagur, Justement identifié avec le Sadschur (la rivière d'Aïntab), un trait fort précis de cette partie de la géographie assyrienne. Pitru, remarquons-le bien, est attribué au pays de Khatti, dans lequel on ne comprend pas le Bit-Adini.
(1) Le second élément du nom, Assu,r^ est conjectural. H y a une lacune en cet endroit.
i2) Asarhaddon {Prisme hexagonal^ II, 22-26) parle des pays de Barnaki et de Tul Assuri (colline d'Assur) que les gens nommaient Mikhranu et Pitaou. Les deux derniers noms étaient les vrais ; les deux premiers étaient factices, contrairement à l'assertion d'un assyriologue.
(3) Stèle de Kurkh II, 34-36 ; Obélisque, 38-41 ; Portes de Balawat, III, 4. — Stèle de Samsiraman, II, 9. — Mémorial tablet (de Sennachérib) 1.24.
Assurnatsirpal raconte une cinquième expédition aux bords de TEuphrate en ces termes :
« Au mois d'Airu (avril), le huitième jour, je quittai Kalakh. Je traversai le Diglat, je pris le chemin delà ville {variante : du pays) de Gargamis (Kargamis) au pays de Khatti. Je reçus le tribut du fils {singulier pour le pluriel, des fils) de Bakhiani, des chars rakisu, de l'argent, des objets en or, en étain, en bronze, des daqari de bronze. (Assurnatsirpal semble dire ensuite qu'il s'adjoignit des renforts de Bit-Bakhiani.) — Je partis de Bit-Bakhiani, j'approchai du pays d'Anila. Je reçus le tribut de Ramanimmi d'Anila, des chars rakisu, des chevaux, dos objets en argent, en or, en élain, du bronze, des daqari de bronze, des bœufs, des moutons, des vins. (Adjonction de renforts d'Anila.) — Je partis d'Anila, j'approchai de Bit-Adini. Je reçus le tribut d'Àkhuni, fils d'Adini, des objets en argent, en or, en étain, du bronze, des daqari de bronze, des tables d'ivoire, des lits d'ivoire, despidni d'ivoire, des sièges ornés d'ivoire, d'or et d'argent garra, des bracelets d'or, des colliers (ou anneaux) d or de tamliti, des gagt d'or, des birki d'or, des bœufs, des moutons, du vin. (Adjonction des renforts de Bit-Adini). — En ces jours je reçus le tribut de Tul-Abni, quatre mines d'argent (i), • quatre cents moutons. Je lui imposai pour la première année (suivante) un tribut de dix mines d'argent (2).
Le karanu, c'est-à-dire le vin, est souvent mentionné par Assurnatsirpal. Le nom assyrien du vin est intéressant en lui-même et par les aventures qu'il rappelle.
Le plus souvent dans les inscriptions assyriennes, karanu vient après alpi, bœufs, et tsini, moutons. De plus, dans un passage répété trois fois par les annalistes de Sennachérib, karanu est précédé de l'idéogramme qui se lit
(1) La mine forte babylonienne pesait, d'après M. Oppert, environ 1 kil., 010. La mine fatale étsiit la moitié delà mine forte. De quelle mine est-il question ici? — Voir Oppert, L'étalon des mesures assyriennes^ pp. 72-82.
imiruy signifie d'ordinaire âne, quand il est isolé, et joue le rôle de déterminatif aphone devant les noms de certaines bêtes de somme. Enfin karanu avait une analogie apparente avee le mot qêren, corne; il semblait en conséquence désigner le petit bétail cornu par opposition au mouton. Ce sens était confirmé par une glose d'Hésychius qui donne à y.xoa.v(ii^ mot d'origine phénicienne usité en Crète, le sens de chèvre. Sur ces indices, dont le troisièine (le déterminatif des bêtes de somme) était à vrai dire assez singulier, karanu se traduisait chèvre, et rien n'était plus plausible en soi que cet énoncé : Je reçu on je pris des bœufs CcilpiJ, des moutons OsiniJ, et des chèvres (karanij (i). Néanmoins Georges Smith traduisit kar^anu, fin, dans le récit du déluge (2), comme il avait déjà traduit kurunnu, synonyme de karanu, dans son histoire d'Assurbanipal(8), et les preuves de son interprétation parurent bientôt décisives. Nous donnons ici les arguments principaux en faveur du sens adopté aujourd'hui. Le Noé chaldéen charge son navire de diverses provisions parmi lesquelles on remarque \q karanu et le kurunnu, abondants comme les eaux d'un fleuve ; Nabuchodonosor offre à ses dieux du karanu et du kurunnu de plusieurs pays qu'il indique, en quantité immense comme les eaux d^un fleuve ; la déesse Istar, apparaissant à Assurnatsirpal et le rassurant sur un danger qu'il courait,lui dit deprendre sa nourriture et de boire son kurunnu sans inquiétude. Karanu et kurunnu sont donc la boisson des dieux et des rois : ce sont assurément des vins. Dans le passage de Sennachérib : « J'exigeai du pays rie Khirimmi, comme prémices aux dieux d'Assur, un bœuf, dix moutons, et dix imiri
(1) Voir, pour plus de détails, Lenormant, Étvule sur quelques parties des syllabaires cunéiformes^ pages 117-136.
(2) The eleventh Tablet of the Izduhar Legends, dans les Transactions ofthe Soc. of Bibl. Archteology, t. III, pp. 530-596, spécialement pages 545 et 591.
(3) Page 125.
de vin, » imiru est un nom de mesure, le même que le khônier hébraïque.
Le nom du vin une fois reconnu, il était facile de noter les crus mentionnés dans les inscriptions assyriennes. . Mais par malheur les renseignements sont peu abondants. Ils se bornent aux indications relativement nombreuses d'Assurnatsirpal et de Salmanasar II, aux passages cités de Sennachérib et de Nabuchodonosor, et à une petite liste qui se lit sur un fragment de tablette provenant de la bibliothèque d'Assurnatsirpal. Avec ces matériaux, François Lenormant a dressé la liste des pays qui fournissaient le vin à la table des rois de Ninive et de Babylone (i). Nous la reproduisons avec quelques changements.
Le vin est compté par Assurnatsirpal et Salmanasar II dans le tribut collectif de quatre groupes de peuples.
Le premier groupe comprend les cantons de Kirruri, Simisi, Simira, Ulmania, . Adaûs, Kharga, Kharmania ; le second comprend les cantons de Bit Zamani, Ruri, Nirdun, Urimi de bitani, et ceux des peuples de Naïri soumis à TAssyrie sous Assurnatsirpal. Le troisième groupe, défini comme le quatrième par Salmanasar II, se confond en partie avec le premier. Il est formé des cantons de Khargasa, de Kharmasa, de Simisi, de Simira, de Simisa, de Sirisa, et d'Ulmania. Le quatrième se compose de 1 ul-Abni et d'un ou deux autres cantons dont les noms sont effacés.
Le vin est donné par Assurnatsirpal et Salmanasar II comme tribut particulier des cantons de Kirkhi, Sura, Kasiyari, Nirbi, Tuskhan, Izalla, Kibaki, Kummukh, Guzan, Anilaet Bit-Adini.
Ces districts, "comme nous le prouvons en plusieurs endroits de notre travail, appartiennent à la Mésopotamie occidentale, au cours supérieur du Tigre, et à cette région
(1) Étudies sur quelques parties des syllabaires cunéiformes, pp. 117-126.
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où les deux grandes branches deTEuphrate se rapprochent et se réunissent. Assurnatsirpal tirait encore du vin du pays de Zamuya et spécialement du district de Dagara, à Test du Tigre, dans la région arrosée par TAdhem et le Diyâla. Salmanasar II en exigeait, sur la rive droite de TEuphrate, en Syrie, du canton de Yakhanu. Sennachérib impose un tribut de dix imiri de vin au district de Khirimmi, qu'il faut chercher dans le voisinage de la Chaldée. Nabuchodonosor offrait à ses dieux le vin de Khilbunu (Khélebôn), au nord-est de Damas, célébré par Ézéchiel, et préféré plus tard par les rois de Perse à tous les autres vins de leur empire (i). Nabuchodonosor usait aussi des vins de Sukhu, dont nous avons déjà parlé; des vins d'Izalla, dans la Mésopotamie septentrionale, non loin des sources du Chabor, ainsi que des vins d'Aranabanu, de Tsimmini, de Bit-Kubatî, de Bigatî, contrées inconnues. Le fragment d'Assurbanipal nomme les vins de Khulbunu, d'Aranabu, et de Khabur (Chabor) ; il en caractérise plusieurs, autres par des qualifications dont le sens reste caché. On comprend toutefois ces mots, karanu masqita sa sarri, le karanu boisson du 7W, qui confirme le sens de vin donné à karanu (2).
Un article également intéressant est Tivoire, qui figure au tribut de Sukhu et de Bit-Adini, comme il figurera à celui de Kargamis et de Patinu, autres principautés syriennes.
L'ivoire était indigène en Syrie. Si Teglatphalasar P' et Assurnatsirpal, deux siècles après lui, se vantent d'avoir
(l)Strabon, XV, 111,22.
(2) Les témoignages invoqués dans cette question sont : Assurnatsirpal, 1, 54-50, 100; 11, 10-14, 52, 53, 70-95, lOl, 102; 111, 101, 102 ; -- Monolithe de Kurkh, verso, 1. 9.
Salmanasar 11, Stèle de KurkK 1. 10, 17, 28, 35-37, 41 ; 11, 11, 13.
Sennachérib, Smith, History of Sennachérib, pages 30, 34, 39.
Assurbanipal, Smith, History of Assuràanipal, p. 122 ; Cun. Inscr. of W A, t. a, pi. 44, 11.9-13.
Nabuchodonosor, Baril de Phillips, 1, 21-20 ; 11, 24, 35; 111, 7-17.
tué ou pris des éléphants en grand nombre dans cette contrée, cela prouve que cet animal s'y rencontrait alors au moins à l'état sauvage.
a Je tuai, dit Teglatphalasar P^ dix forts éléphants mâles, dans le pays de Kharran et sur les rives du Chabur. J'en pris quatre vivants. Je portai leur peau et leurs dents (celles des éléphants tués), et j'emmenai les éléphants vivants à ma ville d'Assur (i). w
Assurnatsirpal fit périr dans des pièges C?, ina subtij trente éléphants ; il en tua cinquante-sept du haut de son char. Il ne précise point le théâtre de ses exploits ; il les rattache au récit d'une campagne aux bords de la Méditerranée. Le même monarque prit en outre des éléphants en nombre suffisant, à ce qu'il dit, pour en former des troupeaux dans une espèce de jardin zoologique à Kalakhi une de ses capitales (2).
Plusieurs siècles avant Teglatphalasar ^^ d'après les égyptologues, Thotmès III, roi d'Egypte, aurait tué 120 éléphants dans l'Asie occidentale (3).
La mention de Tivoire et de l'éléphant dans les textes assyriens n'est pas absolument certaine. Mais Tinterpréta-
(1) Prisme de Teglatphalasar /•»•. VI, 70-75.
(2) Layard. Inscriptions, pi. 44, 11. 18-24.
(3) L'inscription funéraire d'Amonemeb, officier de Thotmès III, rapporte le fait. Chabas, Étude sur V antiquité historique, 2® édit., pp. 573-575, traduit ainsi le passage qui nous intéresse :
« Une seconde fois, dit-il, je fus témoin d'un autre acte glorieux fait par le seigneur des deux mondes à Ninive. 11 prit à la chasse 120 éléphants pour leurs défenses (pour l'ivoire). Je pris le plus extraordinaire d'entre eux, l'attaquant devant Sa Majesté. Moi, je fus celui qui lui coupa le pied de devant. »
Thotmès chassa l'éléphant à Nia. L'identification de Nia avec Ninive est regardée maintenant comme douteuse par les égyptologues. Mais c'est une ville de l'Asie occidentale.
a L'Egyptien, dit Chabas, était familiarisé avec la chasse à l'éléphant. C'est en blessant cet animal aux jambes qu'on le met hors d'état de se défendre. Leurs premières terreurs passées, les soldats romains battirent ainsi les éléphants de Pyrrhus. > - D'autres égyptologues cependant traduisent : Ce fut moi qui lui coupai la trompe.
tion suivie dans les passages cités repose sur des inductions légitimes.
La matière X (i), qui a été identifiée avec Tivpire, servait aux mêmes usages que celui-ci. Les inscriptions parlent de sièges ou trônes de X, de lits, de tables (2), de palais de X, comme la Bible parle de bâtons, de trônes, de maisons et de palais d'ivoire, c'est-à-dire de bâtons, trônes, etc. ornés d'ivoire. Le mot hébreu senUyec plus d'exactitude schenj, qui désigne l'ivoire, signifie proprement dent^ comme Tidéogramme qui exprime la matière X, dans l'assyrien, a entre autres valeurs celle de sin Cschin), mot qui signifie également dent.
Si la matière X est l'ivoire, l'animal Y est bien Téléphant, comme on Fa supposé. Car on voit employé aux mêmes usages des X, sans déterminatif, ou des X de l'animal Y. L'animal Y vit sur terre, et il fournit une trop grande quantité d'ivoire, si X exprime réellement cette matière, pour qu'on l'identifie avec le rhinocéros, auquel on pourrait aussi songer. Enfin les rois de Sukhu et de Patinu offrirent à Salmanasar II des X de Tanimal Y, que la gravure assyrienne paraît avoir représentés par des défenses d'éléphant. Le fait est consigné sur l'obélisque de Nimrud. Ce monument, dont le musée de la porte de Hal à Bruxelles possède un moulage (3), est
(1) Nous représentons par X ridéogramme qui est censé figurer Tivoire, et par Y le groupe de signes où nous voyons l'expression de l'éléphant, afin de ne préjuger ni la lecture ni le sens des deux mots dans la discussion, et parce que rusage des caractères cunéiformes nous est interdit
(2) En assyrien passuri. Les assyriologues allemands donnent à passuru le sens de coupe. Nous lui donnons le sens de table^ parce que sur le passuru de ses dieux, Nabuchodonosor (Baril de Phillips, m, l9-2«) servait non seulement du vin de plusieurs crus, mais encore du poisson et de la volaille. Le sens de plat que F. Lenormant déduisait d'un autre passage ne convient pas à celui-ci.
(3) Les quatre faces de l'obélisque sont clairement représentées dans l'ouvrage de l'abbé Vigouroux, La Bible et les découvertes morfernes, 3« édit. t. IV, planche 69, en face de la page 64.
orné de cinq bas-reliefs figurant les chefs ou les ambassadeurs d'autant de pays, avec les présents qu'ils offrent à Salmanazar II. Chaque série est surmontée d'une légende explicative. Dans la quatrième et la cinquième série, consacrées au Sukhu et au Patinu, un objet qui se répète plus d'une fois ressemble aux défenses d'éléphant, tandis que les légendes correspondantes mentionnent l'une et l'autre parmi les articles présentés des X de l'animal Y.
Les inscriptions parlent aussi en plusieurs endroits de la même matière X fournie par le poisson nommé nakhiru, et qui sert aux mêmes usages.
Le D"" Lotz, dont nous reproduisons à peu de chose près les considérations sur ce sujet (i), observe justement que le nom de l'ivoire doit se rencontrer dans les textes cunéiformes. Car ils énumèrent en plus de cent endroits les matières, métaux, pierres, bois, employés à la construction ou à l'ornementation des édifices, et il serait étrange qu*ils oubliassent l'ivoire, exhumé en grande quantité des ruines assyriennes. Or si le X, ou le X de l'animal Y et le X de Nakhiru ne sont pas l'ivoire, on ne voit pas quelle en serait l'expression dans les écritures de Ninive.
Tant d'indices ne satisfont point certains esprits. Le P. Strassmaier, notre savant confrère, hésite encore sur le sens des deux noms (2). En cela nous le trouvons un peu sceptique ; mais il faut bien reconnaître qu'en assyriologie le plus sceptique a été maintes fois le mieux avisé. Jusqu'à nouvel ordre néanmoins, nous présumons que ranimai Y est l'éléphant. Le nom de leléphant en assyrien est encore inconnu. Si l'ordre des noms dans les légendes correspond à celui des figures dans les bas-reliefs sur l'obélisque de Salmanazar II, l'éléphant se nomm 'VBxisusu ou piru. Car on pense qu'un de ces deux noms correspond à l'éléphant figuré dans le tribut du pays de Mutsri
(1) Die Lischnflen Tiglatphileser's /, pp. 160-166.
(2) Alphabetisches Verzeichniss der assyrtschen und akkadt'schen Wôrter, nM09.
Teglatphalasar P'^et Assurnatsirpal chassèrent en Syrie un autre grand animal dont le nom n'a pas moins exercé la patience des savants.
M (liCS dieux) Ninib et Nergal, dit Teglatphalasar, ont confié leurs armes puissantes et leur arc sublime aux mains de ma royauté. Avec le secours de Ninib, mon protecteur, je tuai quatre rimâni puissants, énormes, dans le désert, au pays de Mitani et dans le territoire (i) d'Araziki, en face du pays de Khatti. Avec ma lance de fer et mes traits aigus, je leur enlevai la vie. Je rapportai leurs peaux et leurs cornes à ma ville d*Assur (2). »
On lit à la suite, sur le prisme de Teglatphalasar P*", le récit de la chasse à l'éléphant, reproduit plus haut, et celui delà chasse au lion. Les autres animaux n'obtiennent qu'une mention générale. Cette circonstance et la solennité de Texpression insinuent déjà que le Hmw est une espèce remarquable.
Le théâtre de la chasse au rîmu, le territoire à'A^^azik en face du pays de Khatti, n'est pas assez déterminé à notre gré. Car le pays de Khatti s'étendait à l'est sur la rive droite de TEuphrate jusqu'au Bit-Adini, dont la capitale Tul-Barsip ou Kar-Salmanusir (près de Biredschik) , se trouvait en face du pays de Khatti (s), et il empiétait sur la Mésopotamie septentrionale par le pays de Kummukh (4), dans le voisinage duquel le canton de Kirkhi, sur la rive gauche du Tigre, était situé en face du pays de Khatti (jb). Cette note est donc assez vague. Mais comme Teglatphalasar 1" chasse aussi le rîmu au pied du Liban (e), et qu'Assurnatsirpal le poursuit à son tour sur la
(1) Littéralement dans la ville, iru. Ici il est évident que le mot iru désigne un pays, un territoire.
(2) Prisme de Teglatphalasar /«f, vi, 58-69
(3) Stèle de Samsiraman, ii, 9.
(4) Fastes de Sargon^ 138.
(5) Assurnatsirpal, m, 97.
(6) Broken Obelisk, 5.
rive droite, ou, pour parler à la façon des Assyriens, sur la rive ultérieure de TEuphrate, à l'occasion d'une course au pays de Laqî (i), le rîmu appartient certainement à la faune des régions que nous parcourons, et c'est ici le lieu de nous en occuper.
Le caractère cunéiforme qui représente le rîmu, et dont la lecture est assurée par un syllabaire (2), se rencontre aussi précédé d'un déterminatif aphone, qui se lit Hpu, bœuf, quand il est employé seul comme signe idéographique. Il y à plus. L'idéogramme ordinaire du rhnu, dans sa forme ancienne, tant à Babylone qu'àNinive, se montre composé de deux lettres dont l'une est encore l'idéogramme d'alpu, bœuf, et l'autre celui de sadu, montagne (3). De sorte que la première expression graphique du ?îmu, la moins complexe, dit à l'œil bœuf de fnontagne, et la seconde, avec redoublement, bœuf, bœuf de montagne. Rîmu et alpu-rîmu désignent bien le même animal, puisque Sennachérib emploie indifféremment ces expressions dans deux passages parallèles (4). A ces indices, on reconnaît déjà la nature bovine du rîmu, et Ton voit qu'il a été confondu à tort avec le buffle, qui est le bœuf des marais, et avec l'aurochs, qui est le bœuf des forêts marécageuses.
Le rîmu était un quadrupède majestueux. Il est parlé quelque part d'un dieu gigantesque qui 7^essemble à un rîmu vigoureux, couché sur la montagne, et dont les cornes (celles du dieu) brillent comme la lumière du soleil [0], Sennachérib, à la tête de ses soldats, gravit des montagnes escarpées, comm^ im rîmu vigoureux. Enfin, on donnait
. (1)111,48. (2j Strassmaier, Alphabetisches Verzeichnisd , n. 401.
(3) Remarque très ingénieuse de M. Fried. Delitzch, dans Lotz, Teglathpt léser, p. 159.
(4) Prisme de Taylor, Ili, 74 ; Bull Inscriptions, n. 1, 38. — Cf. Smith. History of Sennachérib ^ p. 80.
(5; Cun. Inscr, of W. A., t. IV, pi. 27, col. 1, 19^22.
— aile nom de rimàni (pluriel de Hmu) aux énormes taureaux qui ornaient le vestibule des palais assyriens.
Le Hmu ou rîm des Assyriens est identique au rêm ou reêm de la Bible.
Comme le.rîmu des cunéiformes, le rîm biblique est une espèce bovine. Il est associé dans les textes au taureau. Isaïe, par exemple, caractérise les grands d'Idumée par les noms figurés de rêmîm, — parîm, taureaux, — et abbîrim^ taureaux d'une force extraordinaire (i). Dans un psaume, Je ho va, par son tonnerre, fait bondir les cèdres du Liban comme des veaux ^ et les montagnes comme les fils du rêm (2).
Le rêYii fait un usage terrible de ses cornes : on les redoute comme la gueule du lion (3). Elles sont l'image de la force : de ses cornes, comme de cornes de rêm, Éphraïm frappe tous les peuples (4) ; elles sont Timage de la grandeur et de la majesté : Thomme au comble de la prospérité et de la puissance a une corne comme celles du rêm (5) ; dans la prophétie de Balaam, le Dieu qui tire Israël de TÊgypte a des cornes brillantes, des cornes de rêm (g).
Cet animal est essentiellement sauvage : jamais il ne reconnaîtra l'empire de l'homme. « Le rêm, dit Job, consentira-t-il à te servir? Passera-t-il la nuit dans tes étables ? L'attacheras-tu d'une corde dans tes sillons ? Traînera- t-il la herse derrière toi ? Te reposeras-tu sur lui parce qu'il est fort, et lui confieras-tu tes travaux ? Lui laisseras-tu le soin de récolter tes moissons, et d'amasser le grain de ton aire (7) ? »
(Il XXXIV, 6, 7.
(2) XXIX, (i.
(3) Psaume xxii, 22,
(4) Beutéronome, xxxiii, 17.
(5) Psaume xcii, 11.
(6) Nombres, xxiii, 22.
(7) Job, XXXIX, 9-12. — La traduction citée est celle de l'abbé Le Hir, nous avons seulement substitué rêm au mot buffle, qui n'est pas une traduction exacte.
Lerêm (hébreu) ou rîmu ^assyrien) avait donc des analogies extérieures très frappantes avec le bœuf domestique, mais un naturel fort différent, et il ne nous semble pas qu'il en ait été la souche.
M. Fritz Hommel, professeur d'assjriologie à l'université de Munich, s'est appliqué à démontrer l'identité du rîmu des inscriptions et du bœuf sauvage, wilde Ocks (i). Il y a parfaitement réussi, à ce qu'assure un juge compétent, qui s'était prononcé lui-même dans un sens tout différent (2). Mais, n'ayant pas eu à notre disposition l'ouvrage où M. Fritz Hommel a traité ce sujet, nous ignorons le sens précis qu'il attache à la qualification de bœuf sauvage, qui est vague par elle-même.
Sur la rive droite de TEuphrate, au cours de son expédition au pays de Laqî, Assurnatsirpal chassa encore une espèce d'oiseaux, dont le nom, exprimé dans l'écriture assyrienne par un idéogramme complexe (avec le déterminatif aphone des oiseaux), n'a pas été lu jusqu'à présent (s). Il en abattit vingt et en prit vingt autres vivants (4). On a cru que l'oiseau en question, que nous nommerons T, était l'aigle, mais il semble que ce soit plutôt l'autruche. Assurnatsirpal, en effet, dit ailleurs qu'il en forma un troupeau dans sa ville de Kalakh (5), ce qui est possible et se pratique aujourd'hui pour lautruche, mais non pour l'aigle. Assurnatsirpal énumère les animaux sauvages qu'il réunit en troupeaux, dans l'ordre suivant : « Des
(1) Die Namen der Saûgethiere bei den sudsemittschen Voilier ^ pp. 227, 409, cité par Lotz, Tiylathpileser, p. 159. — M. Fritz Hommel est encore l'auteur d'un petit travail fort bien fait sur deux inscriptions de chasses d'Assurbanipal : Zwei lagdinschriften AssurbanipaVs. Leipzig, Hinrichs,
(2) Cf. Fried. Delitzsch, dans Lotz, Tiglathpileser^ ibid.
(3) Il arrive assez souvent dans l'étude des inscriptions cunéiformes, qu'on découvre avec certitude le sens d'un idéogramme, indépendamment du mot qu'il représente.
(5) Layard, Inscriptions^ pi. 44, 11. 17-19.
troupeaux de rtmâni, d'éléphants, de lions, d'oiseaux T, d'animaux S, d'animaux R, d'onagres, de gazelles, etc. » T semble donc être un oiseau de grande taille et avoir de l'analogie avec les animaux terrestres (i). Ces traits aussi conviennent mieux à l'autruche qu'à l'aigle et à tout autre oiseau.
L'autruche était fort r^'pandue dans les déserts de l'Asie occidentale. Les écrivains bibliques en parlent comme d'un oiseau généralement connu, et Xénophon, parcourant la rive gauche de l'Euphrate avec Cyrus le Jeune, en vit un grand nombre dans le désert arabe, au delà du Chabor (2). En deçà, dans le pays syrien, où cette rive était fort peuplée, il ne la mentionne pas. Assurnatsirpal rencontre lautruche en Syrie, mais sur la rive droite du fleuve.
L'autruche se joue des chasseurs : elle défie le cheval à la course. Les Grecs de l'armée de Cyrus s'exercèrent en vain à la poursuivre (3). Assurnatsirpal prétend y avoir mieux réussi, et inscrit avec fierté de si beaux exploits dans ses annales.
Revenons au Bit-Adini, un peu perdu de vue dans les digressions précédentes.
Le premier tribut d'Akhuni, chef de ce pays, avait été insignifiant, si l'on considère l'importance de ses États. Le second est plus riche : l'empire d'Assurnatsirpal s affermissait sur TKuphrate. On est frappé de la variété et de la richesse des objets énumérés dans la liste d'Akhuni. Il est d'autant plus regrettable que la lecture et l'interprétation de beaucoup de ces termes offrent encore de si grandes difficultés.
De chez Akhuni, Assurnatsirpal se rend à Kargamis, en face, sur la rive droite du fleuve. Il traverse l'Euphrate
(1) Aristote considérait Tautruche comme une sorte d'être mixte entre l'oiseau et le quadrupède, et les naturalistes modernes justifient cette impression.
(2) AnabasCy I, v.
(3) Ibid., I, IV.
sur des radeaux faits de peaux bourrées (7j, comme nous avons vu les fuyards Armaya le passer, sous Teglatphalasar ^^ Les Dix Mille le passèrent et le repassèrent beaucoup plus bas, mais encore en deçà de Babylone, à Charmande, sur des sacs de peau remplis de paille sèche (i). Au rapport de Quinte-Curce, les soldats d'Alexandre franchirent le Tanaïs sur des embarcations pareilles (2).
' J'approchai de Kargamis, dit Assurnatsirpal. Je reçus le tribut de Sangara, roi du pays de Khatti, 20 talents d'argent, des colliers (ou anneaux?) d'or, des birki d'or, 100 talents de bronze, 250. talents d'étain, des X de bronze, des khariâti de bronze, des nmnakâti de bronze, des kibil de bronze, des lits de bois diurkarinnu, des X. Y, 200 femmes Z, des vêtements de birmi étoffe de kitu, de la laine de couleur uknu-tsalmu, de la laine de coxAexxY uknU'Sa7nu^ de la pierre X, des dents d'éléphant, un char ibbitu, une statue C?J à! or de tamliti, joyaux de sa royauté (3). »
On jugera de la quantité de métal fourni, si Ton se rappelle que, d'après M. Oppert, le talent assyrien est un poids d'environ trente kilogrammes (4j.
Sangara enrichira encore Salmanasar IL En expiation d'une révolte, il lui donnera 2 talents d'or, 70 talents d'argent, 30 talents de bronze, 100 talents de fer, 20 talents de laine ukriu-samu, 5 X, une de ses filles avec sa dot, 100 filles de ses principaux sujets, 500 bœufs, 5000 moutons. 11 paiera en outre chaque année un tribut consistant en une mine d'or (505 grammes ou le double), un talent d'argent, deux talents de laine de couleur uknu-samu (5). La contribution annuelle est faible, mais le pays était ruiné.
(1) Anabase, 1, ix.
(2) Vn, V seq.
^4) L'étalon des mesures assyriennes^ p. 72.
(5) Stèle de Kurkh, II, 27, 28.
Kargamis appartient donc au pajs de Khatti ; Sangara et Pisiris, princes de Kargamis, sont même les seuls chefs dont les noms se rencontrent accompagnés du titre spécial de roi de Khatti (i) Le pluriel rois de Khatti s'applique en revanche fréquemment à des groupes de rois plus ou moins nombreux des bords de la Méditerranée et de l'île de Chypre. Le titre spécial donné à Sangara et à Pisiris signifie t il un roi de Khatti? ou bien le roi de Khatti, ce qui ferait de la principauté de Kargamis le pays de Khatti par excellence ? Le D' Fried. Delitzsch adopte le dernier sens, qui repose sur des indices sérieux, mais oflfre également une difficulté.
Le peuple de Khatti, si on réduit son vrai territoire au petit royaume de Kargamis, aurait difficilement joué le rôle que lui attribuent les monuments égyptiens, suivant lesquels il tint plusieurs fois en échec dan3 la vallée de l'Oronte les Pharaons de la dix-septième et de la dixhuitième dynastie. Pour échapper à l'objection, on supposera sans doute une extension graduelle de la dénomination de Khêla en Egypte, comme de celle de Khatti en Assyrie. Mais si les Assyriens ont étendu naturellement le nom, de l'est à Touest, à tout le bord de la mer et à l'île de Chypre, à mesure que leurs connaissances géographiques s'élargissaient, il est invraisemblable que les Égyptiens l'aient fait de leur côté. Car ceux-ci ont connu la Palestine et laPhénicie avant Kargamis.
Quoi qu'il en soit, Salmanasar II distingue un Khatti au sens propre et un Khatti au sens large. Une.de ses campagnes le mène de Ninive aux bords du Balikh, et de là à TEuphrate qu'il traverse. Il est alors au pays de Khatti. Il quitte le pays de Khatti, passe par Khalman ou Khalvan, qu'on a identifié à tort ou à raison avec Alep, et arrive à Qarqar près de l'Oronte. Là il rencontre Dadidri, roi de Damas, et Irkhulini, roi d'Amat, ou Khamat
(1) Layard. Inscriptions^ pi. 33, 1. 10.
(Hamah), et douze rets des bords de la mer (i). Ces douze rois, Salamanasar II les appelle ailleurs rois du pays de Khatti (q). Parmi eux on remarque le roi d'Arvad (Aradns) en Phénieie, un Akhabbu Tsirlaï, généralement identifié avec Achab d'Israël, le roi d'Ammon, le roi de Mutsri, qui semble être un roi d'Egypte (s).
Le Bit-Adini, sur les deux rives de TEuphrate et sur le Sadschur, n est séparé du pays de Kbatti par aucune démarcation physique. Il en est de même des cantons de la Mésopotamie septentrionale limitrophes du Kummukh, qui est pays de Kbatti. Ce qui caractérise le Kbatti doit donc tenir aux populations ; c'est une différence ethnographique. II semble que le Sukhu et le Bit-Adini fussent encore des cantons assyrio-babyloniens, Mardukpaliddin, nom d'un roi de Sukhu, est un nom porté à Babylone et en Chaldée, où l'on trouvé pareillement un Bit-Adini. Tul-Barsip est composé de deux éléments assyriens, tul ou tu, colline, mont, et Barsip qui se retouve comme nom d'une ville célèbre dans le voisinage.de Babylone.
Tul-Barsip n'était pas un nom imposé par les Assyriens, puisque ceux-ci, en souvenir de leur conquête, le remplacent par Kar-Salmanicsir (forteresse de Salmanasar). Il paraît être un nom indigène et néanmoins de forme assyrienne.
Il est possible que le nom de Kbatti, qui avait une signification moins étendue à l'origine, se soit appliqué ensuite à un groupe indéfini de pays occidentaux qui se distinguaient par l'usage d'idiomes non assyriens.
(1) Layard, Inscriptions, pi. 46. On hack ofbuU, n° 2, 1-6.
(2) Obélisque^ 88. Le texte publié par Layard est défiguré en cet endroit par une faute qui a passé dans les traductions, et qui n'est pas sans inconvénient pour le commentaire géographique. On y ht : >• 87 Je descendis
vers les villes du pays de Khatli (88) du pays d'AmaU » Mais les mots ba mat Khatti qui terminent la ligne 87 ne se lisent point sur l'original. On peut s'en assurer par l'inspection du moulage de l'obélisque de Salmanasar 11 au musée de la Porte de Hal à Bruxelles.
(3) Stèle de KurU, 90-95.
Les renseignements recueillis jusqu'ici dans les documents cunéiformes précisent plusieurs notions de géographie biblique.
Le pays des Armaya baigné par le Balikh, TEuphrate et le Sadschur, pourrait bien être, comme le soupçonne M. Schrader, le pays d'Avam-Nafiarîm, TAram des fleuves, premier séjour d'Abraharn après son départ d'Ur en Chaldée. Armaya dérive d'un nom comme Aramu, Aram. Il signifie habitant d'Aram. De plus la ville de Haran, aujourd'hui Harran, où Abraham laissa son frère Nachor, est située dans le voisinage, sinon dans le pays même des Armaya. Nous pourrions transcrire le nom biblique Kharan, comme nous transcrivons Kharran le nom assyrien, avec lequel on l'identifie généralement, car ils ont les mêmes articulations.
La ville de Pitru ou Pitur, située sur le Sadschur, paraît identique au Petor biblique, patrie du devin Balaam, située sur une rivière en Aram-Naharîm. La rivière qui baigne Petor porte, il est vrai, dans la Bible le nom de fleuve des Fils d'Ammô (i). Mais ce n est pas là le . nom propre de la rivière, et rien de ce chef ne s'oppose à l'identification de Pitur et de Petor.
La lecture Aram-Naharîm, Aram des fleuves, nous semble préférable à Aram-Nakaraïm, Aram des deux fleuves. Aram des deux fleuves fait songer à l'Eu phrate et au Tigre qui n a rien à voir ici. Les fleuves de l'Aram dont il s'agit sont bien plutôt ceux qui ont été nommés plus haut, l'Euphrate, le Balikh, le Sadschur.
Les Fils d'Adini et le Bit-Adini sont rapprochés par M. Fried. Delitzch des Fils d'Éden et du Bet-Eden de la Bible (2).
(1) D'après une note des massorètes, il faudrait lire Ammôn au lieu d'Ammô. La correction est invraisemblable, indépendamment des données assyriennes. Car la Bible place dans l'Aram-Nabarîm, Haran, situé en Mésopotamie, loin du pays d'Ammon, auquel ont pensé les massorètes.
(2) Wo lag dus Paradf'eSy pp. 3-5.
— SS- II est fait mention des Fils d'Éden dans le message de Sennachérib à Ézéchias. « Les dieux des peuples que mes ancêtres ont détruits, les ont-ils délivrés? (Ont-ils délivré) Gôzan, Haran, Retseph, les Fils d'Éden qui sont à Telassar (i) ? »
Telassar est un nom assyrien. 11 n'est autre que Tul- Assurou Til-Assur. M. Schradér croit que Telassar est un de ces noms imposés aux villes ou aux pays vaincus, dont il a été parlé précédemment.
Il y aurait alors deux Tul-Assur,un en Babylonie et un autre en Bit-Adini,coriime M. Fried.Delitzscli le soutient. Mais il est possible aussi que Telassar soit le Tul-Assur de Babylonie où les Fils d'Éden auraient été transportés. Le discours de Sennachérib ainsi compris serait beaucoup plus significatif. Les autres pays du groupe, Gozân aux sources du Chabor, Haran sur le Balikh, Retseph, le Resêpha de Ptolémée, sur le Wadi-Sahel, à quelques lieues au sud de TEuphrate, Arpad, aujourd'hui Tel-Erfâd, entre Alep et Azas, sont voisins de Bit-Adini, et dès lors le rapprochement d'Adini, ou Adin, etd'Éden s offre de lui-même. L'identité du Kargamis des inscriptions de Ninive et du Carchémis biblique a toujours été regardée comme cei'taine. En même temps, l'hypothèse qui faisait de Carchémis une seule et même ville avec Circésium à lembouchure du Chabor a été définitivement abandonnée. Kargamis, ainsi qu'il a été démontré, se trouvait aux environs de la ville moderne de Biredschik, sur la rive droite de l'Euphrate, en face de Tul-Barsip, capitale du Bit-Adini, située sur la rive gauche.
Quant à l'identité du Sukhu ou Sukh des inscriptions et du Soukh biblique, la patrie de Bildad, un des amis de Job (2), elle a été proposée avec une réserve louable par M. Fried. Delitzsch.
(1) U (iv) Rois, XIX, 12 i Isaîe^ xxxvii, 12.
(2) Job. Il, 11, etc.
En remontant l'Euphrate, Salmanasar II rencontre, au sortir de Tul-Barsip, et par suite sur la rive gauche, le pays deSugab et plus bas le Bit-Zamani.
« Je partis de Kar-Salmanusir (Tul-Barsip), je traversai le pays de Sugab (i); je descendis au pays de Bit- Zamani. »
La direction sud-nord est nettement indiquée par la suite du récit, qui mène Salmanasar en Dayaini sur le haut Euphrate U) et jusqu'en Urarthu (Ararat, Arménie).
w Je partis de Bit-Zamani, je traversai le pays de Namdanu, le pays de Mirkhisu, chemins pénibles, montagnes difficiles... Je descendis au pays d'Inziti qui fait partie du pays d'Isua. Ma mains empara du pays d'Inziti tout entier. . . Je partis d'Inziti ; je traversai le fleuve Arzania. J'approchai du pays de Sukhmi; j'en pris la forteresse, la ville d'Uastal. Je brûlai, je renversai, je détruisis tout le Sukhmi ; je m'emparai de Sua, son chef. Je partis de Sukhmi, je descendis au pays de Dayaini... Je parti^ de Dayaini. J'approchai d'Arzaskun, ville royale d'Arami d'Urarthu(3). »
Le Sugab semble donc se rattacher aux montagnes de Bit-Adini, et le Bit-Zamani s abaisser vers la plaine mésopotamienne.
Le Bit-Zamani était riche, et il avait eu naguère une certaine importance, comme on le voit par un récit d'Assurnatsirpal. Celui-ci, au cours d'une expédition sur les deux rives du Tigre aux environs de Diarbékir et d'Égil, arrive à Tuskhau, dans la Mésopotamie septentrionale. De là, il se rend dans le Bit-Zamani. Ammibahal, chef de ce pays et fidèle sujet de Ninive, lui avait payé tribut quelques années auparavant dans la ville de Tuskhan, qui
(1) La syllabe gah est douteuse.
i^) Stèle de Kurkh, h, 40-48.
(3) Ici le mot kitu a'est pas précédé du déterminatit tsipatu^ étoffe, mais du déterminatif itsy bois, favorable au sens de coton^ qui a été proposé pour kitu.
semble ainsi se trouver dans la même région. Le roi d'Assyrie allait cette fois venger Aramibahal de ses sujets révoltés.
c( Les grands officiers d'Ammibahal, fils de Zaraani, s'étaient révoltés contre lui et l'avaient tué. J'allai venger Ammibahal. Ils redoutèrent la force de mes armes et ma puissance supérieure. Je reçus des chars (variante .- 40 chars) rakisu, des équipements (?) pour hommes et chevaux, 460 chevaux de ses attelages (d'Ammibahal), 2 talents d'argent, 2 talents d'or, 100 talents d'étain, 100 talents de bronze, 300 talents de fer, 100 daqari (?) de bronze, 3000 kappi de bronze, des bassins (?) et des ganâti de bronze, 1000 vêtements de bir^ni kitu, — une table, un pidnu, une statuei^) avec ornements d'ivoire et d'or, des akhkhuzuti{?}, trésors de son palais, — 2000 bœufs, 5000 moutons, sa femme avec sa riche dot, les filles de ses grands officiers avec leurs riches dots (i). »
Après avoir recueilli la succession d'Ammibahal, en sa qualité de suzerain, et puni rigoureusement un certain Burmânu, le plus coupable des révoltés, Assurnatsirpal réorganise le Bit-Zamani. Il parle à ce propos de troupes d'Armaya, qu Ammibahal avait enlevées à leur pays. Ce détail révèle le voisinage d'Aram-Naharîm, à moins de faire contre toute vraisemblance du Bit-Zamani, tributaire de Ninive et enclavé dans l'empire assyrien, une puissance étendant au loin ses conquêtes. Du territoire de Bit-Zamani, Assurnati=îirpal passe sans marquer d'intermédiaire dans le mont Khamanu, que des indices clairs et nombreux identifieront plus loin avecla chaîne de l'Amanus.
Ainsi le Bit-Zamani se présente revêtu de conditions qui le fixent dans la région de Samsat (lancienne Samosate) et d'Urfa (Édesse), au sud-ouest du Kummukh.
11 est proche d'Aram-Naharîm, la région fertile en trou- Ci) Assurnatsirpal, U, 118-125 ; Cuneiform Inscript, of W A.,t III, pi 6 Reverse y I:k)-54.
peaux où Jacob s'enrichit dans la profession de pasteur ; du pays de Naïri qui abondait en chevaux, ainsi que du ïabal,dans le bassin du Pyramus, qui en fournissait d'une race particulière aux écuries royales de Ninive,etqui était en outre célèbre pour sa métallurgie. Enfin le nom d'Amwibahal, qui rappelle ceux des princes de Tyr, de Sidon et d'Aradus, insinue que le peuple de Bit-Zamani appartenait à la race industrieuse et commerçante des Phéniciens. Les richesses très variées qui remplissent le palais d'Ammibahal répondent donc à la situation de sa petite principauté.
Au nord-est du Bit-Zamani, était situé leKummukh, toujours en révolte contre l'Assyrie, depuis Teglatphalasar 1«' jusqu'à Sargon. Voici quelques passages qui justifient la place qui 1 i est assignée.
« Au commencement de mon règne, dit Teglatphalasar 1«% ving^t mille hommes du pays de Musku et leurs cinq rois, maîtres pendant cinq ans des contrées d'Alzi et de Pnrukuzzu qui apportaient leur tribut et leurs présents au dieu Assur, auxquels aucun roi (d'Assur) n'avait jamais offert la bataille, se fièrent à leurs forces. Ils descendirent et s emparèrent du pays de Kummukh. Avec l'assistance d' Assur mon seigneur, je rassemblai mes chars, et sans tarderai) je traversai la montagne de Kasiyara, terrain difficile. Je me battis avec leurs vingt mille hommes et leurs cinq rois dans le pays de Kummukh, je les mis en déroute (i). »
Ainsi Teglatphalasar h^, qui venait de la ville d' Assur sur la rive droite du Tigre, traverse le Kasiyara, appelé ailleurs montagne d' Assur, et par conséquent situé dans dans la partie nord-orientale de la Mésopotamie : il est alors en Kummukh; de leur côté les rois de Musku, contrée que Sargon place dans le nord-ouest de son empire
(1) Broken Obeh'sk (où sont racontées les chasses de Teglatphalasar I), lig. 17. — Cf. D. Lotz, ligl'itliyileser, pp. 19e)-197.
sur la rive droite de l'Eiiphrate (i), envahissent le Kummukh après la conquête des pays d*Alzi et de Purukuzzu ; enfin Salmanasar II rencontre le pays d'Alzi en allant de Bit-Adini en Dayaini, sur TEuphrate, dans le voisinage de l'Arménie. Les pays nommés dans le récit de Teglatphalasar P*" se rangent donc avec probabilité de Test à l'ouest dans l'ordre suivant : (Assur), Kasiyara, Kummukh, Alzi et Purukuzzu, Musku, ce dernier certainement sur la rive droite de l'Euphrate.
Le Kummukh avait des territoires sur les deux rives du Tigre.
Teglatphalasar raconte en effet que peu de temps après la défaite desMuskiens, il eut à réprimer un soulèvement du Kummukh, qu'il prit le pays, et en brûla les villes. Puis il continue : «Les restes de Kummukh, qui avaient fui devant mon armée, passèrent dans la ville de Sirisu, qui est de l'autre côté du Diglat (Tigre) et ils s'y retranchèrent. »
Ici la rive ultérieure est la rive gauche, car Teglatphalasar venait d' Assur sur la rive droite. Mais si c'était la rive droite, notre conclusion serait encore légitime. Seulement le passage du tieuve se serait effectué dans le sens inverse.
Assurnatsirpal dit, il est vrai, à son tour : « Par l'ordre d'Assur, je partis de Ninua. Je me dirigeai vers les villes qui sont au pied du mont Nibur et du montPazati.... Quittant les villes situées au pied du Nibur et du Pazati, je traversai le Diglat, j'approchai du pays de Kummukh. Je reçus le tribut du pays de Kummukh et du pays de Musku, du fer, des bœufs, des moutons, du vin. »
Assurnatsirpal passe de la rive gauche du Tigre, où étaient situés les monts Nibur et Pazati, à la rive droite en Mésopotamie. Cela prouve, non pas que le Tigre fût la limite du Kummukh au nord contrairement à la donnée de Teglatphalasar, mais que le Kummukh n'occupait point
( l) Nous revenons plus bas sur ce point.
parallèlement les deux rives dans toute son étendue. Assurnatsirpal ajoute que du Kummukh,endeçà du Tigre, il passa aux rives du Chabor, sans faire mention de fleuve ou de montagne qu'il aurait eu à traverser. Il part donc d'un point situé entre le Tigre et l'Euphrate. 11 n'est dit nulle part d'une manière formelle que le Kummukh touchât TEupIirateet encore moins qu'il le dépassât, à l'ouest. La ressemblance de Kummukii et de Koaaay-yjvy;, Commagène, nom du district de Samosate, compris entre l'Euphrate et le Pjramus, l'Amanus et le Taurus, ne le prouve pas assez, bien que l'analogie soit séduisante. Il est également fort chanceux de le conclure, avec M. Schrader, de ce que Je roi de Kummukh paie son tribut à Salmanasar II sur la rive droite de l'Euphrate. Le désir d'échapper à la visite incommode du roi d'Assur explique suffisamment une pareille démarche dans l'hypothèse contraire.
Toutefois le Kummukh a des affinités avec les peuples méditerranéens. vSargon l'attribue au pays de Khatti, ce qui n'est jamais le cas pour le. pays d'Adini, situé en partie à l'ouest de l'Euphrate et si proche de Kargamis (Carchémis), regardé comme le chef-lieu du pays de Khatti par excellence.
Le fait ne tient pas à l'extension graduelle de la dénomination de pays de Khatti sous les derniers rois d'Assyrie. Car une partie de la Mésopotamie septentrionale est déjà rapportée au pays de Khatti dans les inscriptions d'Assurnatsirpal. Le nom de Mutallu que portent un roi de Gamgumu près de Kargamis sous Salmanasar II, et un roi de Kummukh sous Sargon, mérite d'être signalé comme un indice probable d'affinité entre les deux royaumes (i). Teglatphalasar II, dans une inscription où les peuples de l'empire, successivement passés en revue, sont groupés
(l) Les noms de Tarkhunazi, roi de Milidu (Mélitène) et de Tarhhulara, roi de Gamguin, voisin du Bit-Adini ;Sargon, Fastes. 78 et 83), semblent être des composés ayant un élément commun tarkhu^ et appartenir à la même langue.
géographiquement, met leKummukh en tête des pays méditerranéens :
« Je reçus le tribut de Kustaspu de Kummukh, — de Rakhianu de la ville d'Imirizikarisu (Damas), — de Minikhimmi de Samirina (Menahem de Samarie), — de Khirummu (Hiram), — de Tsurru (Tyr), — de Sibittibihli de Gubal (Gébal), — d'Urikki de Qui, — de Pisiris de Gargamis (Kargamis, Carchémis), — d'Iniilu de Khamat (ou Amat, Hamahj — de Panammu de Samhalu, — de Tarkhulara de Gamgum, — de Sulumal de Milidu, — de Uadiilu de Kaski, — d'Uassurmi de Tabal, — Uskhitti de Tuna, — Ûrpalla de Tukhana, — Tukhammi d'Istunda (ou Miltunda) , — Urimmi de Khusimna, — de Samsî, reine d'Aribi (Arabie), — de Tor, de l'argent, de l'étain, du fer, des peaux d'éléphant, des dents d'éléphant, des vêtements de birnti éioûe de kiêu, de la laine pourpre violette, de la laine pourpre rouge, du bois d'usu, du bois cVurkarinnUy toutes les choses précieuses, les trésors royaux, des moutons donifstiques (?), palcutii à la laine couleur pourpre rouge, des oiseaux ailés du ciel aux ailes couleur pourpre violette, des chevaux, des..., des boeufs domestiques (?), des chameaux, des chamelles avec leurs petits (i). »
Le Kummukh, qui est en tête de la liste, fournissait à Ninivedu vin et du bois. Sous Salmanasar II, ce dernier tribut est réglé d une façon définitive : le roi de Kummukh doit livrer chaque année trois cents poutres ou troncs dVrmw(cèdre?)(2). Les forêts du Kummukh couvraient probablement les monts Karadscha entre Mardin et Suwerek.
Nous avons déjà rencontré sur notre route plusieurs des pays énumérés par Teglatphalasar II ; les autres se présenteront dans la suite, excepté leTuchana, Tlstunda, et le Khusimna. Sur ceux-ci, on a pour tout renseignement la mention qui vient d'en être faite, et qui les laisse sans
(1 ) Tablette de Salmanasar II, 46-55, complétée par Cun, Inscr. ofW. A., t. 11, pi. 9, n» 3, 50-57.
U) Assurnatsirpal, III, 95 ; Salmanasar II, Stèle de Kurkh, 11, 29-30.
situation précise dans la région occidentale de l'empire assyrien.
Le Kummukh nous a mené au terme extrême de la zone que nous voulions explorer en remontant le cours de TEuphrate. Un récit d'Assurnatsirpal, dont nous reprenons la suite, nous introduira dans la deuxième zone qui nous reste à parcourir aujourd'hui. Cette zone, comme il a été dit, est parallèle à la première : elle comprend la Syrie sud-occidentale, la Cilicie et la Cappadoce.
§ 2. La Syrie sud-occidentale, la Cilicie et la Cappadoce.
Après avoir mis pour la seconde fois sous son joug le Bit-Adini et Kargamis, Assurnatsirpal se dirige vers l'ouest. Il descend le cours de l'ifrin, en longeant l'Amanus, traverse TOronte, atteint le Liban et arrive en vue de la Méditerranée.
« J'allai au mont Labnanu. Je quittai Kargamis. Je fis route entre (?) les pays de Munzigani et de Khamurga (ou Kakharga). Je laissai (?) le pays d'Akhanu à ma gauche. J'approchai de la ville de Khazazi appartenant à Lubarna (chef) du pays de Palinu. Je reçus de l'or et des vêtements de couleur variée étoffe de kitu. Je passai le fleuve Aprî, et je fis halte (i). »
Avant d'aller plus loin, arrêtons-nous un instant au nom de pays Patinu. A considérer seulement l'écriture, ou lirait aussi bien Khattinu que Patinu, le preipier caractère employé étant susceptible des deux valeurs pa et khat. Ici la lecture pa est plus probable, parce que, si la lecture était khat, comme le nom se répète souvent dans les documents d'Assurnatsirpal et de Salmanasar II, il est
presque certain qu'on rencontrerait parfois, suivant l'usage en pareil cas, la variante Ma-a^, en deux caractères, mais à prononcer khat (i). Or cette variante n'a pas été constatée. Qi.ant à la lecture Khatti des traductions de M. Menant (2), elle est fautive et a le grand inconvénient de confondre deux termes essentiellement distincts, Patinu ou Khattinii, et Khatti,
Pour se rendre de Kargamis (en face de Biredschik) au Liban, une route naturelle est la vallée de l'Ifrin, rivière formée par quelques ru isselets, dont un étroit plateau sépare les sources de celles du Sadschur, le Sagura de Salmanasar II. L'Ifrin coule vers le sud-ouest parallèlement au mont Amanus et dans le même sens que le Kara-su qui longe le pied de cette chaîne ; il traverse, comme le Kara-su, le lac d'Antioche avant de mêler ses eaux à celles de TAsy, l'Oronte des classiques, l'Arantu des documents cunéiformes.
Si l'Apri assyrien et l'Ifrin actuel sont identiques, comme nous le pensons, Assurnatsirpal, qui a traversé l'Aprî, en a parcouru la vallée suivant la rive droite. Car dans la supposition contraire, avant d'arriver à l'Oronte, qu'il va également passer, il aurait dû franchir le Kara-su ainsi qu'une partie de l' Amanus. Or il décrit sa marche trop minutieusement pour omettre des détails si importants.
L'Aprî ne peut être le Kara-su, parce qu Assurnatsirpal, s'il avait cheminé sur les deux rives du Kara-su, ne pouvait manquer de s'engager dans l'Amanus, ni par conséquent de mentionner cette montagne.
On sait que l'Oronte prend sa source à peu de distance de Baalbek ; qu'il longe, coulant du sud au nord, et bai-
(1) Dans récriture assyrienne, une syUabe fermée comme lam a deux expressions, l'une en une seule lettre, l'autre en deux lettres figurant les deux syllabes ouvertes la et am, la-am.
(2) Annales des rois d'Assyrie, pp. 88, 103, 107. A la page 109, on trouve la vraie lecture Patin, avec la désinence assyrienne u retranchée ; à la page 109, on trouve Patid.
gnant les villes d'Emèse et d'Hamah (l'Amat ou Khamat des Assyriens) le versant oriental du Nusairieh, prolongement du Liban vers la Cilicie, et tourn-e enfin tout à coup vers la Méditerranée, qu'il atteint après avoir baigné Antioche. Dans la dernière partie de son cours, rOronte sépare le Nusairieh de l'Aman us, qui continue la ligne du Liban, le long de la Méditerranée et à Test de la Cilicie, jusqu'au trente-septième degré de latitude, et s'infléchit ensuite vers l'Euphrate, auquel il se termine au nord de Biredschik.
Le Patinu a donc des territoires à l'ouest de TAprî ou Ifrin. Là se trouvaijt Khazazi, identifié à tort avec Asas, que les cartes actuelles marquent sur le rive orientale, et plus mal à propos encore avec Gaza au pays des Philistins.
Le centre du royaume de Patinu semble avoir été Kunulua entre l'Ifrin et l'Oronte.
a Je partis de dessus l'Aprî. J'approchai de Kunulua, ville royale de Lubarna, du pays de Patinu. 11 redouta mes armes puissantes et un combat terrible (?) avec moi. Pour sauver sa vie, il prit mon joug. Je reçus de lui comme tribut 20 talents d'argent, 1 talent d'or, 100 talents d'objets en étain, 100 talents d'objets en fer, 1000 bœufs, lu 000 moutons, 1000 vêtements de birmi étoffe de kitu; des statues (?), des tugulli (?) de iamliti, des akhkhuzati, des lits de bois d'urkarinni, des lits de tamliti X.Y, des tables d'ivoire et d'urkarini^ en grand nombre, meubles de son palais nombreux et d'un prix infini; 10 femmes X (i); de grands pagûtu, de grands X (2). »
Lepagu (pluriel masculin papiî^e, pluriel féminin pagâti) est une espèce animale, qu'Assurnatsirpal multiplie, avec d'autres races sauvages, dans son jardin zoologique à Kalakh. Il est oflfert aux rois d'Assur par les princes de
(1) Lacune d'un ou deux mots dans le texte.
(2j M. Menant traduit : des grands maîtres.
Patinu, de Pht^nicieet d'Egypte, trois contrées situées au bord de la Méditerranée. Dans Tinscription des chasses de Teglatphalasar !«', il est question d'un groupe danimaux curieux : pagâti, namsukha, X de fleuve, bêtes de la Grande-Mer, envoyés par le roi de Mutsri (Egypte). On croirait à première vue que les pagûtu sont des animaux de mer. Mais l'expression collective hêtes de la Grande-Mer ne doit pas, malgré l'absence de la conjonction et, se prendre comme apposée à tout le groupe. Car la qualification ne convient pas à VX fluvial. Dans rénumération des animaux sauvages du parc royal de Kalakh, les pagî (i) (autre forme du pluriel masculin) et les pagâéi sont nommés après les bœufs rîmani, les éléphants, les lions et les autruches, immédiatement avant les onagres (2).
Malgré le grand nombre de mots dont le sens échappe dans le détail du tribut, la liste en est très significative. Si on réduit les talents en kilogrammes en les multipliant par trente, et qu on mette le bétail au plus bas prix, on obtient déjà une fort belle somme. Cependant le Patinu paie encore davantage sous Salmanasar II, après avoir été ravagé par les armées assyriennes. 11 donne alors 3 talents d'or, 100 talents d'argent, 300 talents de bronze, 300 talents de fer, 1000 daqari (?) de bronze, 1000 vêtements de birmi étoffe de kitu, une fille du roi avec sa riche dot, 20 talents de laine couleur uknu-samu, 500 bœufs, 5000 moutons. Il est en outre condamné à payer chaque année un tribut consistant en un talent d argent ou d'or, (on ne sait lequel des deux parce que le signe spécifique du métal indiqué a été omis par une distraction du scribe), deux talonts de laine de couleur uknu-samu, et cent poutres ou troncs de bois ôHrinu (cèdre ?).
(1) On lit dans le texte imprimé (Layard, Inscriptions^ pi. 44) is-gi-i. Nous pensons que Iç premier caractère est pa, qui difl'ère de is par le simple prolongement de deux traits horizontaux. Cette substitution a souvent lieu " dans ce recueil qui date des premiers jours de l'assyriologie.
(2) Broken Obelisk, 29, 30 \ Layard, Inscriptions, pi. 43 et 44, 11. 13-20.
A Kunulua, capitale de Lubarna de Patinu, Assurnatsirpal reçoit aussi le tribut de Gusi,du pays de Yakhanu, sur lequel Salmanasar II donnera des renseignements plus précis.
Après Siwoiy dévalisé Lubarna, Assurnatsirpal lui fait grâce. Il s'adjoint des renforts patinions, prend des otages et continue sa i:oute. Il traverse TOronte, à l'ouest duquel le Patinu possède encore des territoires.
« Je partis de Kunulua, ville royale de Lubarna de Patinu, je traversai le fleuve (Aranti) (i). Je fis halle sur l'Aranti. Je m'éloignai de TAranti (2). »
Quand on s'écarte de l'Oronte, sur la rive gauche, on s'approche de la Méditerranée, dont le rivage est en général parallèle au fleuve. Assurnatsirpal passe d'abord entre les pays de Yaraki et de Yaturi, Le Yaraki, que Salmanasar II traversera en allant de l'Ifrin à Amat ou Khamat (aujourd'hui Hamah) sur l'Oronte, est laissé sur la gauche. Les deux cantons doivent être situés à la hauteur de Deirkusch. Les districts nommés dans la suite du récit s'échelonnent du nord au sud jusqu'au Liban.
w Je traversai le pays de Je m'arrêtai sur le
fleuve Sangura. Je m'éloignai du Sangura. Je passai entre les pays de Saratini et d'Adpani (Girpani ? Kalpani ?). Sur
le je fis (3). J'allai à Aribua, place forte de
Lubarna de Patinu. Je pris cette ville pour moi-même ; j'y déposai, pour y être gardé (?) le siam et le sinnu (deux sortes de céréales) du pays de Lukhuti. Je fis tasiltu dans son palais; j'y établis des Assyriens. Comme j'étais dans la ville (territoire) d'Aribua, je pris les villes du pays de Lukhuti. Je tuai leurs soldats en grand nombre» je renversai, je détruisis, je brûlai ces villes. Les hommes que ma main prit vivants, je les empalai près de leurs villes.
(1) Aranti^ mot eflacé, mais restitué avec une entière certitude.
(2) ni, 78, 79.
(3) Lacunes du texte original.
En ce teraps-là je gagnai les versants (i) du mont Labnana (Liban) ; je montai à la mçr du pays d'Akharri (Phénicie) (s). »
Le Sangara s'identifie sans trop de témérité avec le Nahar el-Kébir, le plus important des fleuves côtiers au nord de la Phénicie. Car en s'éloignant du Sangara, Assurnatsirpal s engage dans une contrée fertile en. blé, dont la population est assez forte pour tenter la résistance, et d'où il gagne la Méditerranée en gravissant le Liban. Ces traits caractérisent exclusivement la vallée qu'arrosent les premiers affluents de TAsy (Oronte) et du Nahr-el- Litany (Léontès), la Cœlésyrie proprement dite des classiques. Ainsi la ville d'Aribua â l'entrée de la Cœlésyrie appartenait encore au Patinu.
Arrivé au bord de la Méditerranée, Assarnatsirpal reçoit les tributs de Tyr, Sidon, Gébal ou Byblos, d'Arvad ou Aradus, et d'autres villes phéniciennes, sans visiter ces villes. 11 termine ainsi :
« Je montai au mont Kbamani (Amanus). Je coupai des poutres (ou troncs) d'irinu (cèdres?), de surminu (cyprès?),
de dapranu, de burasu J'allai au pays des arbres
mikhri. Je pris la totalité du pays des mikhru ; je coupai des poutres (ou troncs) de mikhru et je les transportai à Ninua (Ninive) (3). »
La situation du canton spécialement fertile en arbres de mikhru reste dans le vague. Assurnatsirpal le visite au retour de sa première expédition au Liban, après avoir touché l'Amanus. Le pays des mikhri pourrait n'être qu'une ramification de cette dernière montagne.
Assurnatsirpal s'enrichit des dépouilles du Liban au cours d'une seconde expédition. L'inscription (4) où nous
(1) Sidi se dit des fleuves, des mers et des montagnes. Quand il s'agit de montagnes, laut-il traduire versant ?
(4) L'inscription d'Assurnatsirpal trouvée à Imgur-Bel, aujourd'hui Bala-
lisons qu'il y coupa des poutres à'irinu (cèdres?), de surmm w (cyprès?), de cfa/>ranw, est postérieure aux annales qui omettent ]e fait, tandis qu'elles parlent du pillage de TAmanus. Les Assyriens estimaient les forêts de TAmanus autant que celles de Liban ; ils en tiraient à peu près les mêmes bois.
Salmanasar II renouvelle les expéditions d'Assurnatsirpal, et ses récits sont très instructifs.
(( Je partis de Pagarrukhbuni (sur la rive droite de TEuphrate, dans le Bit-Adini). Je m'avançai vers les villes de Mutallu de Gamgumu. Je reçus. le tribut de Mutallu deGamgumu, de l'argent, de l'or, des bœufs, des moutons, une fille de Mutallu avec sa riche dot. Je partis de la ville de Gamgumu ; je m'avançai vers la ville de Lutibu, forteresse de Khânu, du pays de Samhalu. »
Ici, Salmanasar rencontre l'armée confédérée de Khânu de Samhalu, de Sapalulmi de Patinu, d'Akhuni de Bit- Adini, de Sangara de Kargamis. Il la met en déroute, il jonche la plaine de cadavres, il teint la terre de leur sang. La ville de Lutibu est détruite et livrée aux flammes ; le Samalhu est ravagé.
c( En ces jours, ajoute Salmanasar, je fis une grande {?) statue de ma seigneurie. J'y inscrivis les exploits de ma vaillance et les hauts faits de ma bravoure. Je la plaçai aux sources du fleuve Saluara qui (coule) au pied du mont Khamanu. Je quittai le Khamanu, je traversai TArantu, je m'avançai vers la ville d'Alizir, ville forte de Sapalulmi de Patinu. »
Ici tous les détails sont à noter. Au sortir de Bit-Adini, se dirigeant vers l'Amanus, sans toucher Kargamis, Salmanasar II rencontre le Gamgumu : on se représente naturellement ce petit État vers les sources du Sadschur, aux environs d'Aïntab. Le Gamgumu, nous le savons déjà, donnait ses vins à l'Assyrie. Le Samalhu est une région
wat, et publiée avec interprétation par Budge dans les Trans. of the Soc» of BiblicaL Archseology, t. VU, pp. 59-82.
de TAmanus. Car après l'avoir saccagé, Salmanasar quitte le Khamanu. Le Saluara, qui coule au pied de cette chaîne de montagnes, répond exactement au Kara Su, comme on s'en assurera par un coup d'œiljeté sur la carte. L'Amanus au sens assyrien, comme au sens classique, se termine à rOronte.
La suite du texte de Salmanasar est en fort mauvais état. Il y est parlé des grandes forteresses du Patin u à l'ouest de rOronte. Le roi d'Assur pousse jusqu'à la mer supérieure d'Akharri, c'est-à-dire la Méditerranée, qu'il touche une seconde fois en revenant vers le nord.
« Je fis une statue avec mon nom inscrit pour toujours, et jeTérigeai au bord de la mer. Je montai au Khamanu j'y coupai des troncs d'mnw et de burasu. J'allai aux
montagnes pays d'Atalur.... (Je m'éloignai) de la
mer. Je pris les villes de Taya... (i), de Khazazu, de Nulia, de Butanu, appartenant au Patinu. (Dévastation du canton, 2600 soldats sont tués, 14 000 personnes réduites en captivité) (2). Je reçus le tribut d'Arami, fils de Gusi, de l'argent et de l'or, des bœufs... (3). »
L'Atalur, ou Atilur, est nommé ailleurs pour son bois de surminu, résineux de la famille du cèdre, si ce n'est le cèdre lui-mênae. Salmanasar décrit la région en quelques mots et dit ce qu'il y fit. 11 est regrettable que le sens du passage nous échappe. Nous voyons par ce qui suit que TAtalur plonge dans la Méditerranée, et qu'il appartient par conséquent au versant occidental de l'Amanus. Il faut le chercher entre l'embouchure de l'Oronte et la basse Cilicie.
Le canton où régnait Arami, fils de Gusi, se nommait 'Yakhami ; car Gusi^ du pays de Yakhanu, avait payé tribut à Assurnatsirpal en Patinu (4). La position du Yakhanu ne
(1) Une partie du nom est eflfacée.
{2) Ici sailat signifie certainement captif.
(S) Stèle de Kurkh, 1, 40— II, iîd.
tardera pas à se dessiner. Il était situé près des sources du Kara-Su et de Tlfrin. Nous l'avons signalé précédemment comme fertile en vin.
L'expédition dont on vient de lire le récit est des premiers jours de Salmanasar II. Quafre années s'écoulent et il revient aux mêmes lieux.
<( Je quittai les rives de rp]uphrate, je m'approchai de la ville de Khalman (ou Khalvan). Ils (les habitants) évitèrent le combat ; ils prirent mon joug. Je reçus leur tribut, de l'argent et de l'or. »
On a identifié Khahnan avec le Khilbu des monuments égyptiens, qui semble être Alep. Mais le passage de l'un à l'autre est assez rude. On a répondu à la difficulté en disant que les Assyriens, lorsqu'ils parlaient de Khilbu^ avaient dans l'oreille Khalman, le nom d'une localité à l'est du Tigre ! Mais nous avons peine à admettre cette explication. M. Fried. Delitzsch suppose plus ingénieusement que le nom d'Alep fut dans le principe ZAa/ôan, et que le n finit par disparaître comme dans Megidclô, primitivement Megiddôn.
Après avoir rançonné Khalvan, Salmanasar II entre dans les États d'Irkhulini d'Amat. Il y prend les villes d'Adinnu, de Masgâ, d'Arganâ, et de Qarqar. Entre Qarqara et Gilzahu, sur les bords de l'Oronte, il défait douze rois confédérés (i). Les villes nommées étaient selon toute probabilité situées au nord d'Amat, que l'armée assyrienne ne semble pas avoir atteinte. Rien n'indique dans le présent récit à quelle rive de l'Oronte elles appartenaient.
Salmanasar II suit la rive gauche de l'Oronte, dans une seconde expédition au territoire d'Amat (ou Khamat).
c( Dans ma onzième année, je traversai le Purat pour la neuvième fois ; (je le franchis) dans sa crue. Je pris sept villes de Sangara ; je renversai, je détruisis, je brûlai cent villes d'Arami. Je gagnai le bord du Khamanu. Jetraver-
(1) Stè'e de Kurih, U, 85-102.
sai le pays de Yaraqu ; je m'avançai vers les villes du pays d'Amat (i). »
Nous avons déjà visité le Yaraku avec Assurnatsirpal, après avoir traversé l'Oronte. La rive gauche du fleuve semble être le chemili de prédilection des armées assyriennes. Qarqar et les autres villes nommées plus haut étaient vraisemblablement situées de ce côté.
Le Yaraqu, encore distinct de la principauté d'Amat sous Salmanasar II, y sera annexé plus tard. Il figure parmi les dix-neuf districts que Teglatphalasar H enlève à la principauté d'Amat (2^. Dans cette liste, Yaraqu est accompagné de la qualification de montagne. Il se rattache par conséquent au Nusairieh (ou Cassius) septentrional.
La plupart des autres cantons soumis par Teglatphalasar II portent des noms obscurs. Nous y remarquons seulement, à la suite l'un de l'autre, le mont Ammanu et le mont du bois d'urkarim, L'Ammanu, doù Teglatphalasar II tire pour la construction d'un palais de grandes solives dHrinu fcèdre ÎJ^qui exhalent une odeur agréable à respirer comme celte du bois de khasur (3), peut s'identifier avec VAmanâ, célébré avec le Liban, le Sanir et l'Hermon dans le Cantique des Cantiques (4.). Les eaux de TAmanâ formaient la rivière du même nom, aujourd'hui Barada(?), qui descend dans la campagne de Damas. La région montagneuse de l'Amanâ serait donc la partie méridionale de l'Anti-Liban. Plusieurs des cantons dont il s'agit appartiennent au Liban, et l'ensemble est rapporté par l'annaliste assyrien à la côte de la mer du soleil couchant, à la côte de la Méditerranée. De là, on a inféré que le royaume d'Amat, s'étendait alors jusqu'à la
(1) Layard, Inscriptions, pi. 48, 11. 35, 1^.
(2) Cun. Inscr, of West. Asia, t. lil, pi. 9, n° 3, 26-30.
(3) Tablette de Teglatphalasar II, 1. 70. — La phrase citée a été très heureusement traduite par M. Stan. Guyard, Notes de lexicographie assyrienne, n° 53.