IV
mer (i). La conclusion est précipitée ; car le bord des mers était fort large pour les Assyriens : les royaumes de Moab et d'Ammon, à l'est du Jourdain, sont aussi attribués à la côte de la Méditerranée dans leurs inscriptions. Il est vrai toutefois que le royaume d*Amat avait acquis un grand développement au viii® siècle avant notre ère. Sous Salmanasar II, le mont Amanâ appartient à Damas, dont la puissance est alors prépondérante en Syrie.
Salmanasar II reprend le chemin de la Syrie méridionale, et pousse plus avant de ce côté dans la campagne qui occupa sa dix-huitième année.
« Dans ma dix-huitième année, pour la seizième fois, je traversai le Puratu (Euphrate). Khazaïlu (Hazaël), du pays d'Imirisu, s'était fié à la force de ses soldats et les avait réunis en grand nombre. Il s'était retranché dans le mont Saniru, sur les sommets (qui s'élèvent) en face du Labnanu (Liban). J'engageai le combat avec lui. 16 000 de ses soldats succombèrent sous mes armes. Je lui pris 1122 chars, 470 bitkhalli, et ses bagages. Pour sauver sa vie il .... (2) Je le poursuivis, je l'enfermai dans Dimasqi, sa ville royale, j'abattis ses jardins. J'allai jusqu'au pays de Khauranu. »
Ayant saccagé quelques villes du Khauranu, en hébreu Khauran (ordinairement transcrit HawanJ, l'Auranitis des Grecs, au sud de Damas, Salmanasar change de direction : il gagne les bords de la Méditerranée (3).
Il n'y a pas à hésiter sur Dimasqi. C'est Damas (en hébreu Dammeseq, en grec Aa/xa^/.ô;), avec sa belle campagne et ses jardins, dévastés par les Assyriens. Le mont Saniru, dans lequel Hazaël s'est posté pour défendre l'entrée de son pays, est l'Anti-Liban, comme Salmanasar le dit eu toutes lettres. L'armée assyrienne a suivi la vallée
(1) Cf. Delitzsch, W; Laq du P ira lies, pp 277, 278.
(2) Le mot employé, iiiy devrait se traduire il monti; mais le contexte s'y oppose.
(3) Cun, Inscr, of Western Asta, t. III, pi. 5, n° 6.
de rOronte, puis celle du Kasimijeh ou Litany, vivant aux dépens de la Cœlésyrie. Hazaël occupa sans doute les montagnes en face de Baalbek pour fermer la vallée du Barada qui mène à Damas.
Le nom assyrien du royaume de Damas se présente sous les formes mat Imiri-su, mai sa Imiri-su, mat sa Imirizikan-su. Il signifie : le pays de son âne, le pays de son âne mâle ou le pays de son âne domestique (Zikarit\ mâle ou domestique), si on lit le second élément sa, avec M. Fried. Delitzsch. Si, avec Schrader, on lit cet élément gar, ce qui est possible en soi, le nom Mat Gar-bnivisu signifiera le pays de la forteresse (?J de son âne. Nous préférons la première hypothèse, parce que, dans la seconde, on s'explique diflScileraent l'emploi facultatif de Gar; tandis que dans la première, l'emploi ou l'omission de sa, qui est l'équivalent de notre préposition de, sont conformes à l'usage delà langue assyrienne.
Le pays de son âne est une dénomination étrange, mais certaine. La lecture du mot vniru n'est pas douteuse dans ce groupe : il se rencontre écrit une fois en toutes syllabes i-mi-ri'SU, 11 signifie âne ; car l'épithète zikari, dont il est accompagné dans l'expression plus complète Mat sa Imirizikari'su, s'applique aussi au nom du mouton. On ne peut donc songer ici qu'à un nom d'animal, et puisque imiru a le sens de âne, bien établi d'ailleurs, il faut l'adopter ici. Tout motif d'étounement disparaît, quand on songe à ces noms bizarres dont il a été parlé précédemment, donnés par les rois d^Assyrie aux villes et aux pays conquis. Mat sa Imiri'Su, est une dénomination du genre de Atsbat-lakmm, Je-pris-non-pas-poiir-vous, Ana-Assur-utir-atsbat, je-repris pour-Assur, signalés précédemment. Ces vocables ne choquaient point en assyrien, où les noms propres sont leplussouvent une phrase significative. Ainsi Assurbanipal signifie Assur a engendré un fils, Sinakhi-irba (Sennachérib) signifie Sina multiplié les frères, etc, Mat sa Imiri-su est sans doute une qualification ironique, une allusion à
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un fait ignoré aujourd'hui. Il est étonnant que les assjriologues n'aient pas songé à une explication si simple et si conforme aux analogies (i).
Le nom de Mat sa Imiri-su est significatif à un autre point de vue. Salmanasar II ne le crée point ; il le trouve déjà en usage dans la langue officielle de Ninive. Le nom émanait donc d'un roi plus ancien, qui avait fait la guerre à Damas avant lui.
Le royaume de Damas était assez fort pour affronter seul Tempire de Ninive, qui jetait sur la Syrie des armées comptant jusqu'à 120 000 hommes (2). Ses richesses égalaient sa puissance. Prise par Rarnannirar, petit-fils de Salmanasar II, Damas paie une amende de 2300 talents d'argent, 20 talents d*or, 3000 talents de bronze, 5000 talents de fer, — en d'autres termes, une amende de 69 000 kilogrammes d'argent, 600 kilogrammes d'or, 90 000 kilogrammes de bronze, 150 000 kilogrammes de fer, sans compter des meubles précieux en grande quantité (3).
La fertilité de la campagne de Damas, déjà célèbre pour ses jardins auxquels l'éternité semble promise, les vins de Khélebon servis à la table des dieux et des rois, et transportés au loin par les marchands phéniciens, ses troupeaux dont la laine était célèbre (4), sa situation à proximité de l'Arabie, qu'elle reliait à la Cœlésyrie, le grand chemin de l'Asie occidentale, par la vallée du Barada, tout cola rend bien compte d'un état si florissant. La prospérité de Damas s'explique comme, plus tard, celle de Baalbek; elle se comprend mieux que celle de Palmyre, assiégée de tout côté par les sables du désert. Saccagée cent fois, Damas s'est toujours relevée : elle n'a cessé d'être une
(1) Sur le nom Mat sa Imirisu, voir : Obélisque de Salmanasar II, 68, 88, 98, 103 ; Cun. Inscr. of WesL Asia, t. I,pl.35, 1, 15 ; t 111, pi. 2, n^ xx, 3 ; pi. 9, 50 ;
.{•^) Layard, Inscriptions, pi. 47, lignes 43, 44.
(3) Cun. Inscr. of West, Asia, 1. 1, pi. 35, n. 1, 14-21.
(4) Ezechiel, xxvik 18.
ville importante depuis l'aurore de Thistoire jusqu'à nos jours.
Au retour de ses expéditions en Syrie, Salmanasar II visitait volontiers l'Amanus. Il le ravagea avec son armée au moins cinq fois. L'Amanus, plus rapproché de TAssyrie que le Liban, fut aussi plus exploité par les rois de Ninive. Ses forêts étaient inépuisables. Un siècle et demi après Salmanasar II, la beauté de ses ombrages était encore .proverbiale en Assyrie. Les grands parcs créés par Sargon et Sennachérib pour le plaisir de leurs sujets ressemblent à l'Amanus (i).
Son produit principal était le bois d'irinu, généralement regardé comme le cèdre, quoique l'hébreu ôren, qui lui est identique, désigne, non le cèdre, mais, à ce que l'on croit, le pin. Le correspondant du mot hébreu érez, qui signifie cèdre, n'a pas été constaté jusqu'ici en assyrien. Mais M. Fried. Delitzsch a émis naguère des doutes sur le sens de cèdre attribué au mot irinu. Pour lui irinu et surminu sont le cèdre et le cyprès, sans qu'on puisse déterminer lequel désigne le cèdre, lequel le cyprès. Il incline néanmoins à regarder Yirinu comme le cyprès, et le surminu comme le cèdre (2). Il s'appuie sur la liste assyrienne de quararte-sept pays, caractérisés pour le plus grand nombre par un produit de leur sol (3). Et de fait ce document, qui donne au Khamanu, à la région du Khabur et au pays de Khasur la qualification de pays d' irinu, fait du Labnanu (Liban , de l'Atilur, et de l'Atsiandu des pays de surminu. Mais le raisonnement repose sur une supposition gratuite, pour ne pas dire fausse. Chaque pays est-il qualifié dans la liste par un produit remarquable ou par son
(1) Inscription d>s Taureaux de Sargon, 54, 55; Cylindre de Bellinoy 57.
(2) Wo lagdas Paradiefi,,^. 107.
(3) Cmw. Inscript, of West. Asia, t. II, pi. 51, no 1.— Cf. Fried. Delitzsctt, Op, cit., pp. 101-110, et notre Esquisse de géographie assyrienne^ t. XIV de cette revue, pp. 165-166.
produit principal? Le D'Delitzsch raisonne dans la seconde hypothèse, sans s'apercevoir qu'elle se heurte au document lui-même. 11 s'y rencontre en effet, comme on vient de le voir, un pays de Khasur, avec l'épithète de pays d^ surminu. Or khasur e^i un nom d'arbre. Le pays dont il s'agit est le pays du bois de khasur, et cette dénomination n'a rien d'insolite, puisqu'on trouve les expressions depays de Mikhri (arbre) et de pays d'Irini, employés comme noms propres de deux districts (i). Le pays de Khasur, d'après cela, est celui qui se distingue par l'arbre dont il porte le nom, le khasur, et non le surminu, passait pour son produit principal. Et cela devait être, car Teglatphalasar \^^ regarde le bois de khasur comme supérieur à Virinu et au' surminu (2).
Il est néanmoins assez curieux que l'Aman us, si souvent nommé dans les inscriptions pour son bois d'irinu, le soit si rarement pour le surminu. Il nous revient seulement en mémoire un passage déjà cité d'Assurnatsirpal et celui où Sennachérib parle de Virinu et du surminu, productions du Khamanu et du Sirara (montagne dont la situation nous est inconnue) (3). Par contre, l'Atalur ou Atilur, qui se rattache à l'Amanus, figure dans la liste, aussi bien que le Liban, pour le surminu. Cette particularité indiquerait-elle que l'Amanus en général produisait cette essence en moindre quantité? Il faut encore noter, pour la solution du problème, que Virinu était très commun : il croissait sur l'Amanus, le Liban et l'Anti Liban (4), le Sirara et l'Ammanâ, dans le Kummukh et sur les rives du Chabor en Mésopotamie. Un bois qu on trouvait partout et qu'on employait avec profusion eût-il été prisé comme
(1) Assurnatsirpal, Ul, 91 ; Cun. Inscr, of ^Vestern Asia, t. II, pi. 52, 43, d.
(2) Tablette de Teglatphalasar II, 76. Voir le texte, cité plus hmt.
(3) Assurnatsirpal, 111, 88, 89 ; Sennachérrb, BuU Inscription, n , 5.
(4) Nabonide, roi de Babylone au sixième siècle avant J.-C, pour la construction d'un temple à Kharran (Harran), de bois d'/rmw coupé dans le pays d'Amat (Hamah). Cun. Inscr. of Western Asia, t. V, pi. 64, 11. 10, 11,
le cèdre Ta été dans l'antiquité, notamment chez les Juifs, si proches du Liban ? Il est vrai que les cèdres devaient se compter par milliers dans cette montagne, puisque sous Salomon les cèdres du Liban affluèrent à Jérusalem en aussi grand nombre que les sycomores dans la plaine de Joppé (i). Du reste, si Tm^west trop commun pour s'identifier avec le cèdre, il s identifiera difficilement, pour la même raison, avec le cyprès, qui n'a pas moins de valeur.
Après tout, il se peut que Yirinu soit simplement le pin,
comme Vôren des Hébreux. Ce conifère est un des plus
résineux et, si nous sommes bien informé, c'est celui de
• tous qui livre sa résine avec le plus de facilité. Sous ce
rapport, Virinu répond parfaitement au pin.
Salmanasar II reçoit en effet, comme tribut extraordinaire, de <( Khayanu, fils de Gabbaru, qui habite au pied du ynont Khamanu (probablement de l'Amanus septentrional, puisque toutes les places semblent occupées ailleurs), un talent d'argent, 90 talents de bronze, 90 talents de fer, 300 vêtements de birmi étoffe de kitu, 300 bœufs, 3000 moutons, 200 solives ou poutres d'irinu, une fille
avec riche dot, 2imiri de résine d^irinu. » Khayanu
est de plus soumis à un tribut annuel a de 10 mines d'argent, 200 solives ou poutres dîirinu, (un) vniru de résine d'mVm (2). »
Uimiru était une mesure de capacité chez les Assyriens : Sennachérib nous a parlé d'un imiru de vin qu'il offrait à ses dieux. Cest le mot assyrien correspondant au chômer des Hébreux. Uimiru, d'après M. Oppert, a une contenance de plus de 247 litres et demi (3). Gabbaru aurait donné la première fois près de 5 hectolitres de résine, et peut-être plus. Car les deux clous verticaux
(1) l Rois, X, 27.
{2, Sfèiede Kurhh, 11,24-27.
(3) L^ étalon des mesures assyriennes^ p. 60.
représentant le chiffre 2 dans le texte sont précédés d*une lacune où il y a place pour un troisième clou, ce qui ferait trois imiri, et même pour des chiffres marquant des dizaines et d'autres nombres supéritmrs. Que la tablette portât primitivement le nombre trois, cela est possible ; mais la nature du produit rend invraisemblable qu'un chiffre de dizaines ait disparu. Plus loin, le texte, sans lacune dans la copie du Brilish Muséum, porte simplement imi?^ de résine : nous supposons que cela veut dire un imiru.
Personne que nous sachions ne connaît jusqu'à présent la prononciation du mot assyrien qui signifie résine : la mention de ce produit n'a pas même été remarquée. L'idée de résine est exprimée dans l'écriture cunéiforme par un monogramme dont le sens ordinaire est sang (X), en assyrien dâmu, (hébreu, dâm). Le sens spécial de ce caractère aux endroits que nous considérons est certain ; le sang du cèdre, du pin, ou du cyprès, c'est la résine. Si ces passages ne sont pas rendus dans les anciennes versions, cela n'est pas étonnant, puisque l'emploi de imiru comme nom de mesure de capacité et le sens du monogramme qui exprime l'idée de sang n'ont été découverts que depuis peu.
Les marches de Salmanasar II à Touest de l'Amanus sont aussi décrites avec beaucoup de précision. L'histoire des campagnes auxquelles il consacra sa vingt-deuxième et sa vingt- troisième année de règne détermine la situation du Qaû ou Quu, laquelle une fois reconnue éclaire tout un groupe de pays intéressants.
« Dans ma vingt-cinquième année, je traversai le Purat (Euphrate) à l'époque de sa crue. Je reçus le tribut de tous les rois du pays de Khatti. Je traversai le Khamanu. Je descendis vers les villes de Kati (nom d^homme) de Qaû.
(i) Le Dr Lotz établit ce sens dans son travail sur les inscriptions de Teglatphalasar l«r, p. 140.
J'assiégeai Timur, sa forteresse. Je tuai ses soldats, je lui enlevai des captifs ; je renversai, je détruisis, j'incendiai ses villes, sans nombre. A mon retour, je pris, pour qu'elle me servit de forteresse, la ville de Mùru, forteresse d'Arami fils d'Agusi
» Dans ma vingt-cinquième année, je traversai le Khamanu pour la septième fois ; je marchai sur les villes de Kati de Qaû pour la quatrième fois J'attaquai Tanakun, forteresse de Tulka (nom d'homme). Le prestige redoutable d'Assur,mon maître, l'épouvanta : il sortit et se soumit à mon joug. Je lui pris des otages, je reçus son tribut, de l'argent, de l'or, du bronze, des bœufs, des moutons. Je m'éloignai de la ville de Tanakun ; je marchai sur le pays de Lamina. Les habitants évitèrent (le combat), ils gagnèrent une montagne de diflBcile accès. J'assiégeai le sommet des montagnes ; je m'en emparai. Je tuai leurs soldats, je fis descendre de la montagne les captifs (les hommes destinés à la captivité), leurs bœufs, leurs moutons. Je renversai, je détruisis, je brûlai leurs villes. Je marchai sur la ville de Tarzi ; ils (les habitants) se soumirent. A mon retour, je gravis le mont Khamanu ; j'y coupai des poutres dïrmw.... Je les transportai à ma ville d'Assur (i). »
Salmanasar II franchit donc l'Amanus. Au pied de la montagne, à l'ouest, il trouve un pays dont une des villes est Tarzi, Tarse, dont le nom est écrit avec un z sur les monnaies, d'après M. Schrader, qui a fort bien expliqué ces deux récits de Salmanasar (2).
Le Qaû appartient à la basse Cilicie, dont les plaines sont arrosées par le Pyramus, le Sarus et le Cydnus; il confine au territoire de Tarzi sur la mer. Il n'appartient pas au Khilakku, la Cilicie au sens assyrien. La distinction des deux pays est formellement attestée par Salmanasar II, qui combat sur la rive gauche de l'Oronte, entre autres
(1) Obélisque, 126-141.
(2) Keilinschriftenund Geschichtsforschung,^^»23Q'2A2,
princes venus au secours du roi de Patinu, Kati de Quû et Pikhirim et Khiluku. Qaû alternant avec Quû, et Khiluku avec Khilakku, ne doivent pas nous étonner plus que Khulupî alternant avec Khalupî, et gasur (poutre), avec gusur, pour ne citer que deux exemples parmi plusieurs parfaitement constatés.
L'identité du Khilakku assyrien et de la Cilicie montagneuse, KiÀi/îa Tpa/ct5', des classiques, se déduit de passages qui fixent en même temps la position du Tabalu au nord du Qaû et à Test du Khilakku. Sargon agrandit le royaume de Tabal aux dépens du Khilakku (i) ; Sennachérib soumet les gens de Khilakku qui habitent de hautes ynontagnes (2) ; Assarhaddon soumet les hoynmes de KInlakku et de Dukhâ qui habitent les montagnes attenantes au pays de Tabal {3), De son côté Salmanasar II nous dit : Dans ma vingt-deuxième année, je traversai le Purat pour la vingt et unième fois ; je descendis au pays de ïabal (4). »
Si Ton tient compte des données précédentes, on voit que Salmanasar n'a pu descendre au pays de Tabal qu'en traversant l'Euphrate vers Samsat ou Biredschik, et en s'engageant dans les vallées tributaires du Pyramus, dont le cours inférieur appartenait au Qaû. Le Tabal était donc situé au nord de cette contrée.
A s'en tenir à la lettre des endroits cités, le Khilakku se placerait dans l'Aman us, aussi bien que dans le Taurus en face de l'île de Chypre, où se trouvait la Kùa^cia. rpoL/iioL des Grecs (5). Mais cette dernière circonstance nous fait préférer le Taurus, d'autant plus que Sennachérib et Asarhaddon, si familiers avec l'Amanus, au lieu de le désigner vaguement, l'eussent plutôt nommé par son nom.
(1) Fastes/SO y Si.
(2) Smith, Eistory of Sennachérib, pp. 86.
(3) Cylindre A, II, 10-21.
(4) Obélisque, 104, 105.
(5) Strabon, XIV, v, I.
Le Tabal confinait au Milidu, Mèlitène des classiques, territoire de la moderne Malatié. En effet, la ville de Tul- Garimmi faisait partie du royaume de Milid sous Sargon (i), tandis que Sennachérib l'attribue au territoire (pad) de Tabal ou, si le mot pad signifie frontière (2), la place aux confins de Tabal (s).
Il était voisin du Musku, ou même lui était contigu, à l'ouest, d après une énumération de Sargon, qui procède de l'est àTouest : Sargon dont la main conquit le Manna, rUrarthuJe Kasku, le Tabal Jusqu* au Musku i^).
Le Tabal possédait des montagnes, c'est-à-dire des mines d'argent, de mulu, et d'albâtre ou de marbre, qui eurent des attraits pour Salmanasar II (5). On ignore le sens du mot mulu. Un siècle après Salmanasar II, le Tabal, coupable de rébellion, paie une amende de 10 talents (300 kilogrammes) dor, 1000 talents (30 000 kil.) d'argent, et 2000 chevaux, qui dénote une richesse exceptionnelle pour un si petit pays (e). Plus tard, il donne à Assurbanipal comme tribut annuel, de grands chevaux (7). Enfin, d'après Ezéchiel, le Tubal (qui va s'identifier avec le Tabal assyrien) envoyait au marché de Tyr des esclaves, et des produits métallurgiques (8).
Le Kasku, qui est pays de Khatti, semble situé à lest du Tabal, dans la Commagène des classiques, au sud du Milidu (Mèlitène). VUrumu, également pays de Khatti, et le Subarî ou Subarti, voisins du Kasku ainsi que de TAlzi et du Purukuzzi, doivent aussi se chercher de ce côté. Nos assertions reposent sur le passage de Sargon cité
(1) Fastes, 19, 80.
(2) Sur le sens du mot pad, voir notre Esquisse de géographie asi^yrienne, dans cette revue, t.XlV, p. 191, et notre étude sur Le peuple et l'empire des Mèdea, p. 100.
(3) Smith. History of Sennachérib, p. 86.
(4) Cylindre de Sargon (dans Oppert, Inscriptions de Dour-Sarkayan), 15 .
(5) Obélisque, 106, 107.
(6) Tablette de Teglatphalasar 11, 64, 65.
(7) Prisme 1 de Rassam, II, 73, 74.