XXVII
ci-dessus, et sur les lignes suivantes de Teglatphalasar P' :
w Je soumis le pays de Subarî, rebelle, indocile. Quant aux pays d'Alzi et de Purukuzzi, qui avaient refusé de donner leur tribut et leur présent, je leur imposai le joug puissant de ma domination, pour qu'ils m'apportassent leur tribut et leur présent chaque année à ma ville d'Assur. Conformément à ma bravoure, (qui vient) de ce que le dieu Assur a mis dans ma main une arme puissante domptant les rebelles, Assur m'ordonna d'élargir le domaine de son pays. 4000 hommes du pays de Kasku et du pays d'Urumu, hommes de Khatti, rebelles, qui dans leur puissance avaient pris les villes du Subarî, soumis au dieu Assur, apprirent que je marchais sur le Subarî. Le prestige de ma bravoure les frappa, ils prirent mon joug (i). »
Le récit indique clairement que le Subarî, l'Alzi, le Purukuzzi, le Kasku etl'Urumu, forment un groupe de pays.
M. Schrader, qui place le Kasku bien loin au nord, sur la branche septentrionale de l'Euphrate, n'obéit-il pas au désir de rapprocher les Kaiskiens des Colchiens, avec lesquels il les identifie? M. Fried. Delitzsch les cherche avec plus de raison en Syrie.
Le Milidu que son nom, le voisinage de Tabal et sa situation sur la rive droite de l'Euphrate identifient avec la Mélitène, Me/tr-y/vy;, forme, sous Sargon(2), une province de l'empire assyrien, avec un canton voisin, le Kammanu^ qui rappelle Comana, rà ICô|jiava, ville de Cataonie, sur le
(1) Prisme de Teglatphalasar P^, U, 89 — UI, 5.
(2) Fastes j 78—83. « Tarkhunazi de Miliddu se souleva ; il viola le serment des grands dieux ; il refusa son tribut. Dans l'indignation de mon cœur, je brisai comme une cruche Miliddu, sa ville royale, avec les villes voisines. Lui-même, avec sa femme, ses fils, ses filles, tout le trésor de son palais, cinq mille prisonniers, ses soldats, je les fis sortir de Tul-Garimmi, sa forteresse, et je les traitai en captifs. Je fis occuper la contrée de Kammanu par les archers Suti, capture de ma main, et j'agrandis le pays (de Miliddu). Je livrai ce pays aux mains d'un de mes officiers. »
Sarus, dans la vallée de TAnti-Taurus, célèbre durant la période gréco-romaine (i).
Le Musku,qui confinait au Tabal à Touestjformait, comme il a été dit plus haut, l'angle nord-ouest de l'empire assyrien sous Sargon,c( qui domina depuis Yatnana (Chypre), au milieu de la mer jusqu'au territoire deMutsuri (Egypte) et de Muski, sur le vaste pays d'Akharri (Phénicie), sur le
paysde Khatti (Syrie) en entier » L'Egypte, l'île de
Chypre, et le Musku déterminent à Touest de l'empire une zone extrême, dont le Musku est le point le plus reculé au nord (2). Il était dans le voisinage du Qaû. Car sous Sargon, le gouverneur du Qaû réprime un soulèvement des Muskiens (s). Il n'est pas à une très grande distance du Kummukh, avec lequel ses conquêtes le mettent en contact sous Teglatphalasar P% à moins d'en faire un grand empire à cette époque (4). En résumé, le Musku a pour domaine approximatif le cours supérieur du Sarus et de la Samantia, et le cours moyen de l'Halys (Kisil-Irmak actuel), avec une étendue indéfinie à l'ouest. Dans cette région, la géographie classique connaissait une ville de Mazaca^dont le nom représenterait Musku,aussi bien que TarsO'S représente Tarzi (b).
Le Musku est le Mesek biblique, le Mosoch des Septante, dont la lecture, quant aux voyelles, est préférable à celle des massorètes. 11 faisait avec les Tyriens le même commerce que le Tubal (e).
Avant le déchiffrement des écritures cunéiformes, on avait toujours identifié le Tubal et le Mosoch avec les Mscjxot et les Tcêap-yjvof! (Moschiens et Tibaréniens) de la
(1) Strabon, XI, xii, 1 ; XU, 11, 3.
iji) Fastes, 16, 17. — Voir notre Esquisse de géographie assyrienne, t. XIV de la Revue, pp. 150-152.
(3) Fastes, pp. 150153.
,4» Prisme de Teglatphalasar /«' 1, 62-68.
(5) Strabon, Xll, 11,7; XIV, 11, 29, etc.
(6) CiZéchiel, xxvii, 13.
géographie classique, situés près du Pont-Euxin et du Caucase, assez loin des lieux où les rois de Ninive placent le Tabal et le Musku. Les assyriologues maintiennent ridentification, et la justifient par l'hypothèse d'un déplacement des populations. Suivant M. Schrader, les Tibaréniens se seraient divisés en deux branches : l'une serait restée au pays d'origine, l'autre aurait émigré vers le nord. Il allègue à ce propos un passage de Cicéron, qui eut affaire dans sa province de Cilicie à la peuplade indocile des Tibaréniens (i).
Ici, nous faisons office de simple rapporteur, sans émettre d'opinion personnelle, excepté en ce qui concerne les Tibaréniens de Cicéron. Si cette tribu est un reste des Tabaliens des documents cunéiformes, le Tabal n'était point situé aux sources du Pyramus, du Sarus et du Balikly-Su, où le marque la carte de M. Schrader. Pour cela, il faudrait que les Tabaliens eussent suivi deux courants d'émigration diamétralement opposés. Les Tabaliens de Cicéron habitaient, en effet, la province romaine de Cilicie, au sud du Taurus, tandis que les sources du Pyramus étaient enclavées dans le royaume contemporain de Cappadoce (a). En général, ' pour tout ce groupe de contrées, nous nous écartons sensiblement des idées du savant assyriologue berlinois.
Le Tabal envoyait des chevaux d'une race particulière à Ninive, comme la région du Naïri soumise par Teglatpha-» lasar P% région qui s'étendait jusqu'à la Méditerranée et comprenait peut-être le Tabal dans ses limites, fournissait également des chevaux, 1200 par an, à ses maîtres assyriens (3). Cela donne à penser que le Qaû (autres formes usitées dans les inscriptions : Quû, Qicï, Quà), par lequel le Tabal communiquait avec la Méditerranée, est le Qwê
(1) Epist, ad. fam, xv, 4.
(^) Cicéron, Ibid. xv, 2.
{^6) y oiv noÏTQ Esquisse de géographie assyrienne^ t. XIV de la Revue, pp. 121-124.
(dans la Vulgate Coaj^ d'où Salomon tirait des chevaux pour ses écuries et pour le commerce.
« Les chevaux de Salomon venaient de Mitsraïm (Egypte) et de Qwê. Les marchands du roi les tiraient de Qwê à prix (d'argent). De TÉgypte, il venait un char pour six cents sicles d argent, et un cheval pour cent cinquante sicles : les rois des Khittîm, et les rois d'Aram les obtenaient par kur entremise (celle des facteurs de Salomon) à ce prix (i). »
Rien n'oblige à chercher le Qwê du côté de l'Egypte : le Qaû, ou Quï, -répond parfaitement aux exigences du texte biblique.
Le Twiu, compté par Teglatphalasar II au nombre de ses tributaires dans l'Asie occidentale, serait-il la ville et le territoire de Tyane, aux sources du Korsun, rivière tributaire du Sarus ? Si l'hypothèse était fondée, on aurait déterminé du même coup la situation approximative du Sinukhtu, principauté qui armait au moins sept mille hommes et que Sargon annexe au Tunu. Matti, roi de Tunu-Sinukhtu, paie un tribut d'argent, d or, de chevaux, et peut-être de mulets (2).
Nous ignorons s'il faut rattacher au groupe des contrées étudiées jusqu'ici le pays de Yazbuku dont l'armée combat avec celle de Patinu sous Salmanasar II (3), ainsi que les pays d'irkanatu, d'Usanatu, et de Sizanu, qui figurent parmi les royaumes dont les armées furent vaincues à Qarqar sur l'Oronte par Salmanasar II.
(( 1200 chars, 1200 bitkhalli (signification inconnue), 20 000 hommes de Dadidri d'Imiri-su (Damas) ; 700 chars, 700 bitkhalli, 10 000 hommes d'Irkhulini d'Amat (Hamah) ; 2000 chars, 10 000 hommes d'Akhabbu de
(1) I (III) Rois, X, 28 ; II, Parai., i, 16. — Voir sur ce sujet une note de M. l'abbé Vigoureux, La Bible et les découvertes modernes, 3e édit., t. III, pp. 51(5, 517, note très instructive, quoique l'opinion de M. Schrader sur la situation du Quï y soit mal jugée.
(2) Fastes, 28, 29.
(3) Stèle de Kurkh, I, 54.
Tsirhalu (ou Sirhalu) ; 500 hommes du roi de Gua (Qui) ; 1000 hommes du roi de Mutsur ; 10 chars (dix, dans le texte lithographie), 10 000 hommes du roi àUrkanatu ; 200 hommes de Matinubahal d'Arvad ; 200 hommes du pays diUsanaiu ; 30 chars, 10 000 hommes d'Adunubahal, roi du pays de Sizanu ; 1000 chameaux de Gindibuh du pays d'Arabu ; X hommes de Bahasu, fils de Rukhubu, roi d'Amanâ (i). »
Ce n'est pas le lieu de nous occuper d'un autre royaume qui figure également parmi les alliés du roi de Damas, le royaume de Tsirhalu, qui a pour chef A kkabbu, vu qu'on a généralement identifié ce prince avec Achab d'Israël, et qu'ainsi le Tsirhalu se trouve en dehors de notre sujet. On remarquera néanmoins que l'identification a trouvé crédit principalement parce qu'on croyait pouvoir lire Binhidri le nom du roi de Damas dans le document assyrien, et l'identifier avec Benader (2), comme les Septante lisent (au lieu de Benhadad) le nom du roi de Damas contemporain d' Achab d'après la Bible. Mais le nom assyrien se lit aujourd'hui Raman-idri, ou mieux Dadidri. Du reste, sans parler du trouble qu'elle jette dans la chronologie, l'identification à'Akhabbu de Tsirhalu avec Achab d'Israël offre deux difficultés : le nom d'Israël y subit une déformation insolite dans les transcriptions assyriennes des noms hébreux ; partout ailleurs dans les documents cunéiformes, le rovaume d'Israël est nommé Bit'Khumri (maison d'Omri), et dans les textes de Salmanasar II lui-même, Jéhu est fils de Khumri.
Les rois d'Assyrie éprouvaient un attrait irrésistible pour la Syrie et les bords de la Méditerranée ; leurs expéditions en Phénicie, en Palestine, dans l'Arabie septen-
(1) stèle de KurXK 11, 90-95.
(2) Les Septante ont fait de Ben un nom commun, fits, et ont traduit fils d'Ader,
trionale et en Egypte achèveront de le démontrer. C'est dans ces contrées qu'ils dépensent le plus d'activité, parce que c'est là qu'ils trouvent le plus à piller. Ils en veulent à l'argent, et TAsie occidentale est pleine de richesses. Sous ce rapport, les longues et fréquentes énumérations des biens de toute sorte enlevés aux vaincus ont une éloquence qui leur est propre et qu'un tableau d'ensemble ne saurait suppléer. Aussi les avons-nous reproduites plusieurs fois dans ces pages.