II
Mais revenons au 29 octobre 1850, Avant la soirée, | tout le personnel de la communauté était installé, avec ; les pénitentes, dans la nouvelle maison, et il suffit du lendemain pour compléter l'aménagement qui d’ailleurs consistait en si peu de choses qu'il aurait fait
envie aux disciples de saint François ou aux filles de
sainte Thérèse. Sur la rue de la Chevrotière, un hangar, à double étage, qui avait servi de boutique de boulanger, était accoilé à la maison avec laquelle il communiquait par deux portes percées au premier et au second étages.
“ Ce hangar, remarque la sœur annaliste, nous sera d’une grande utilité : la partie supérieure sera transformée en dortoir, et le bas en salle de blanchissage. Le four sera utilisé pour cuire le pain qui nous est nécessaire ?,
La chapelle avait été installée dans une chambre du second étage de la maison, donnant sur la rue Saint- Amable, La dédicace de ce petit sanctuaire faite par le P, Saché renouvela la scène touchante du 2 mai précédent et fit naître les mêmes émotions. Le saint religieux fut aussi admirable dans son exhortation que six mois auparavant, On eût dit le bon Pasteur en personne entouré de ses brebis, [l rendit grâces à Dieu et les exhorta à se réjouir de ce que la sainte pauvreté continuait à vivre avec elles. La pauvreté et l'humilité sont deux sœurs qui se tiennent par la main, Quand on travaille en leur compagnie, Dieu se fait ouvrier avec nous; nous n'avons qu’à lui prêter notre bonne volonté et il agit. Voyez ce qui vient de se passer: il n’y a pas encore un an, chacune de vous était chez soi, sans avoir le moindre soupçon de ce qui devait arriver,
Vous avez prêté votre volonté; c’est tout ce que vous
pouviez offrir, et voilà qu’une œuvre nouvelle a surgi. N'est-ce pas Dieu qui a tout fait? Attachez-vous donc avec plus d'amour que jamais à la sainte pauvreté et à l'humilité; c’est ce qui assurera l’avenir de votre œuvre.
A la date du mois de novembre on lit dans les Annales : “ Sœur Thivierge a la douleur de voir que la santé lui fait encore défaut ; elle n’a qu’un désir, qu’un espoir au monde : celui de se vouer au Seigneur dans l'état religieux, et elle voit bien qu’elle sera privée de ce bonheur, M°”° Roy pense qu’il sera plus prudent de la renvoyer dans sa famille, le médecin déclare qu’elle n’en a pas pour longtemps à vivre. Le révérend P. Saché est consulté et il conseillé de garder la pauvre malade dans la maison ; cer il n’ignore pas que son départ lui sera plus douloureux que toutes ses souffrances. D'ailleurs, il fait remarquer que le bon Dieu bénira la petite communauté en vue des soins charitables qu’on prodiguera à la patiente,
Le mal parut s'éloigner pendant quelque temps ; mais se déclara ensuite avec tant de violence qu’on perdit tout espoir de sauver la malade qui fut transportée à l’'Hôtel-Dieu. Après avoir été pendant plusieurs jours entre la vie et la mort, elle se rétablit contre toute espérance et put revenir à la communauté au commencement du mois de janvier suivant,
Le vide temporaire laissé par le départ de sœur
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Thivierge fut rempli par l'arrivée d’un précieux sujet, qui joignait à toutes les qualités propres à une religieuse, une instruction très soignée qu'elle avait recue à l'Hôpital-Général de Québec, grâce à la protection d’un oncle et d’une tante qui l'avaient adoptée. Marie- Anne Fiset, connue en religion sous le nom de sœur Marie de Saint-Charles, était encore à fleur de l’âge quand elle vint frapper à la porte du Bon-Pasteur. Elle avait porté le voile blanc des novices à l'Hôtel-Dieu, mais avait été forcée de le quitter par défaut de santé. Elle aspirait toujours à abandonner le monde, quand un affreux malheur, qui vint fondre soudainement sur e'le, acheva de l’en détacher : son oncle et sa tante périrent avec plusieurs autres victimes dans l'incendie du théâtre de Québec, qui eut lieu en 1846.
La jeune communauté qui était en voie de formation, avait besoin de sujets éclairés et expérimentés dans la vie religieuse pour frayer la marche aux autres, On voit que la Providence les tenait en réserve : déja deux ont répondu à son inspiration. Elles seront suivies de plusieurs autres qui viendront au temps marqué. Mais aucune parmi elles n’apportera un concours aussi efficace, ne prêchera mieux d'exemple que la sœur Fiset. Dès son entrée, elle se montra un modèle de fidélité à la règle et d’exactitude aux moindres observances, et durant les trente-six ans qu’elle vécut dans la communauté, elle ne se démentit pas un seul jour.
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L'ensemble des qualités dont elle était douée, la rendit apte aux premières charges. Nommée d’abord dépositaire de la communauté, elle remplit ensuite la charge de supérieure au couvent de la Rivière-du-Loup, puis à celui de Chicoutimi, enfin à celui de Champlain, d’où elle ne revint que pour rendre le dernier soupir à la maison-mère, le 5 mars 1886. Son éloge peut se faire en deux mots: elle était la personnification de la règle qu’elle sut partout faire observer par cet heureux mélange de fe meté et de modération qui est un don de la nature aussi bien que de la grâce.
Cependant le divin Pasteur amenait de nouvelles brebis au bercail, et leur nombre croissait bien plus que les aumônes nécessaires à les nourrir, “La pauvreté devient d'autant plus grande que la Société de Saint-Vincent de Paul ne se trouve plus en moyens de continuer les secours qu’elle nous donnait.
“ Nous faisons appel à la charité des dames Ursulines, de l’'Hôtel-Dieu, et des prêtres du séminaire qui nous permettent d'aller chaque jour chercher les restes
de leurs tables, dont nous faisons nos repas ”.
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Un des motifs qui avaient engagé le curé de Québec et la Société de Saint-Vincent de Paul à fixer l’Asile dans le quartier Saint-Louis, était d’y ouvrir une école
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et d’en confier le soin aux Directrices. Le besoin s’en faisait vivement sentir, car les enfants de ce quartier, trop éloignées des maisons d'éducation situées à l’intérieur des murs, grandissaient la plupart dans l'ignorance. Une école fut donc ouverte le 7 janvier 1851, et confiée aux sœurs Thivierge et Mary. Sœur Thivierge enseigna aux enfants de la langue francaise, et sœur Mary à celles de la langue anglaise, En attendant un local plus convenable, le deuxième étage du hangar fut divisé en deux compartiments pour servir de classes. La contribution mensuelle exigée des parents en état de payer était de douze sous par élève, Les enfants pauvres, en nombre considérable, étaient admises gratis. Dès la première semaine, le nombre des élèves s’éleva jusqu’à quatre-vingt-dix.
Telle est l’origine du double but qu'embrasse l’Institut du Bon-Pasteur, c’est-à-dire l’œuvre des pénitentes et l’enseignement. Ce dernier, bien que d’une grande utilité pour le public, n’est cependant que le but secondaire de l’Institut, adopté pour venir en aide à l’œuvre essentielle qui est le recouvrement de la brebis perdue, C’est à cette fin que tout est subordonné dans la Congrégation, C’est dans cet esprit qu'est formée la religieuse du Bon-Pasteur, qui autrement, ne mériterait pas le nom qu’elle porte. La jeune postulante est saisie de cette pensée dès son entrée au noviciat; elle en est pénétrée à mesure qu’elle avance vers le temps de sa
ea profession, C’est pour cela que, même sous le voile { blanc, on lui fait remplir l’office de fille du Bon-Pasteur auprès des pénitentes, C’est la première obligation à
laquelle elle s'engage en prononçant ses vœux, et c’est ensuite le principal mobile de sa conduite, L’enseignement lui sert comme d’un échelon pour s'élever jusqu’au ! il Cœur de Jésus, le divin Pasteur: c’est là qu’elle va
| A puiser cette bonté d’âme, cette tendresse de cœur qui IF lui fait comprendre et relever toutes les misères. il À Durant un bref séjour que M. Muir avait fait à | {| 1 Québec au cours de l'été, il avait eu le loisir et le zèle | | | de faire avec le président des Conférences, M. Augustin Le Gauthier, une quête en faveur de l’Asile, Les Directrices È FH LE avaient été d'autant plus touchées de ce dévouement | Le | que les deux charitables amis avaient rencontré plus ! FA \ d'un mécompte dans leur tournée. 1 | he 1 Au mois d'août suivant, M. Muir écrivait de Toronto 1 | À la Mère Fondatrice : 4 14 É “ Mes occupations ont été si constantes depuis le com- 4 | hi mencement de la session du Parlement, qu’elles ne me ; l ] laissent que bien peu de moments de loisir pour vous
témoigner le plaisir que m'a causé la connaissance du | succès, dont Dieu à béni vos soins charitables pour les Î : | N , mn ñ | E pauvres infortunées qu’il a placées chez vous.
| | “ Votre bonne œuvre a beaucoup avancé et se déve- L loppera plus encore avec la grâce de Dieu : elle est trop Î
| NE : bien marquée au coin de la charité pour ne pas attirer ses. 4 |
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bénédictions. Mais, comme vous me le dites, il faudra
attendre que l’on ait pourvu aux besoins des excellentes Sœurs de la Charité, avant que les citoyens de Québec puissent vous offrir tous les secours que demanderait votre maison encore presque naissante, Néanmoins, il y à un grand avantage à ne pas avancer rapidement : la communauté, par ce petit noviciat, se fait aux devoirs que lui impose l’état religieux, et elle acquiert les grâces et l'expérience nécessaires pour accomplir d’une manière plus parfaite les nouvelles obligations qu’elle aura à remplir. De plus, on s'assure, pendant cette épreuve, des sujets qui sont vraiment appelés à cet état, de sorte qu’il y a moins d'incertitude et d’embarras à l'entrée dans la vie religieuse et à la formation d’une nouvelle communauté, Ces réflexions, vous les avez faites, je n’en doute aucunement, il y a déjà longtemps, et je ne les inscris ici que pour vous faire part de ma pensée.
“ La persévérance d’un si grand nombre de pénitentes doit vous offrir beaucoup de consolations au milieu de vos inquiétudes et vous engager à continuer avec plus de courage vos louables efforts. Vingt-six pauvres filles arrachées au vice dans dix-sept mois, avec aussi peu de moyens pécuniaires à votre disposition, est un bien beau résultat et prouve clairement que c’est l’œuvre de
Dieu que vous faites,